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10 octobre 2020 6 10 /10 /octobre /2020 08:00

Nous poursuivons la visite de la rétrospective Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (notre billet du 3 octobre).

Les sections 11 - fairy tales (1985) et 12 - sex and surrealist pictures (1992-1996) sont un peu à part dans l'œuvre de Cindy Sherman.
Dans la première, elle joue sur des contrastes d'échelle ou plonge dans le sordide et le macabre, en se métamorphosant en truie ou en ogresse, en femme accroupie sur un sol de petits cailloux et de coquillages, 


 

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

L'artiste est totalement absente de la seconde. Pour composer ses étranges "natures mortes" mêlant féminin et masculin, elle utilise des fragments de mannequins. Clin d'œil à Hans Bellmer, mais aussi cruauté et perversité de l'enfant qui joue à torturer ses poupées et transforme des objets transitionnels en jouets érotiques.
 

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

Encore une section atypique avec 13 - disasters (1986-1987)
Ici, l'artiste approfondit son exploration du grotesque, de l'horreur et de l'épouvante pour basculer dans le registre du trash, du gore et du répugnant. Cindy Sherman pousse au paroxysme l'exploration de l'abject et de l'informe dans une imagerie hallucinatoire intense et dérangeante. Les personnages tendent à disparaître : un sujet parfois se niche dans le reflet de lunettes, à l'arrière-plan, dans l'ombre, ou décentré.
 

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

14 - masks (1994-1996)

Avec un cliché d'ensemble où les visiteuses font un clin d'oeil au titre de la section...

 

 

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

S'il a déjà fait de ponctuelles apparitions en tant qu'accessoire, le masque devient ici le sujet même de la composition, Rougeoyants, gluants ou recouverts d'une matière indéterminée, ils figurent en gros plan, la physionomie coupée par des effets de grossissement aussi grotesques que monstrueux. Cindy Sherman trouve là une façon de se cacher, nous rappelant aussi que derrière le masque il n'y a souvent personne, et qu'en latin persona renvoie au masque de l'acteur.

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

15 - clowns (2003-2004)

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

La figure du clown marque un point d'orgue dans la dimension carnavalesque de l'oeuvre de Cindy Sherman. Elle s'en approprie les codes de représentation tout en les caricaturant. Portant perruques et couvre-chefs extravagants, ses personnages sont outrageusement maquillés, exhibant des bouches démesurément agrandies, des yeux et des nez exagérés. Les tenues ont été composées par l'artiste à partir de vêtements de seconde main et d'articles de square dance. En plus des versions masculines, Cindy Sherman en imagine de féminines voire d'androgynes, étendant la vision traditionnelle du cirque. À travers différents portraits, Cindy Sherman explore la physiognomonie du clown sous des différents registres : joyeux et hilare, triste et déprimé ou encore cruel et pathétique. Cette série marque une première étape dans le passage de l'analogique au numérique. Si les personnages sont toujours photographiés avec un appareil argentique, les fonds - aplats ou motifs aux couleurs bariolées - sont conçus par ordinateur.
 

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

Avant de quitter le rez-de-bassin du bâtiment et monter vers la deuxième partie de l'exposition,  une salle spectaculaire,16 - murals (2010)

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

Mis à l'échelle de l'architecture, les personnages de Cindy Sherman dont l'excentricité se cognait encore aux limites du cadre sont à présent sans limite. D'une taille démesurée, ses figures surgissent dans l'espace de l'exposition, faisant du musée un théâtre. L'arrière-plan graphique en noir et blanc de ces papiers peints accentue le décalage entre un décor de conte de fée et des êtres tout aussi factices, mais larger than life. Chevaliers de pacotille, gentes demoiselles ou saltimbanques sortis d'un cirque fantaisiste sont campés par une artiste au naturel, mais hagarde. Exempts de cosmétique, les visages de Cindy Sherman dévoilent des troubles légers, des déformations allusives opérées par un logiciel de retouche.
 

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

Insérés dans ces murals, une section réduite ici à une oeuvre, 17 - collages (2015)
Même si Cindy Sherman travaille presque toujours par « séries », les critères d'appréciation de ses œuvres se rapprochent de ceux appliqués au tableau. Il s'agit d'objets autonomes plutôt que d'images extraites d'un ensemble. Toutefois, depuis le début des années 2010, l'artiste commence à accrocher certaines de ses œuvres à touche-touche, cadre contre cadre. Ses photographies sont parfois exposées à la façon de séquences assemblées par cuts - soit des raccords abrupts où voisinent deux images pour susciter de nouvelles significations. En 2015, elle a poursuivi en combinant des images de différentes séries restées non exploitées dans ses archives.

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

Passons à la deuxième partie de la rétrospective, située au rez-de-chaussée du bâtiment :

18 - landscapes (2010-2012)
 

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

Situées dans la suite des murals, ces grandes prises de vues panoramiques aux allures de cinémascope ont été originellement réalisées pour Pop Magazine en collaboration avec Chanel. Cindy Sherman y campe des créatures intemporelles, notamment grâce à une garde-robe qui navigue des années folles de Coco à l'érudition de Karl Lagerfeld. Avec un souci de l'étrangeté et du trucage délibéré, elle s'incruste, avec l'extravagante retenue d'une femme tombée du ciel, sur des clichés de nature sauvage, retouchés par des filtres informatiques, pris en Islande ou sur les îles de Capri et de Stromboli.

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

19 - society portraits (2008)
Pour ces portraits d'apparat, Cindy Sherman s'affiche dans un univers d'un classicisme luxueux, dans des postures de noblesse et de haute bourgeoisie. Las, malgré les insignes de l'argent et du pouvoir, ces images se fendillent à mesure qu'affleurent les rides sous le maquillage, que se dévoilent des mains accusant les années ou des détails incongrus. En 2008, après une césure de quatre ans dans son travail, elle perçoit un changement sur son visage, encore accentué par la haute définition de l'appareil numérique qu'elle utilise dorénavant. « À présent, il ne s'agit plus de rajouter des rides mais d'utiliser celles que j'ai pour raconter autre chose. », explique l'artiste.
 

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

20 - headshots (2000)
Dans ces « portraits d'identités » (headshots), Cindy Sherman redevient actrice pour mimer « des comédiennes ratées ou tombées dans l'oubli (secrétaires, ménagères ou jardiniers dans la vie réelle), qui posent pour des portraits afin de trouver un emploi », manifestant son empathie pour ses personnages. Les headshots nous parlent d'illusions perdues, de vieillissement et de la difficulté à trouver sa place dans la société actuelle, dans un ton à la fois sévère et tendre.
 

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

21 - fashion (2007–2008 / 2016-2018)
Réalisés au XXIe siècle, les travaux impulsés par les collaborations de Cindy Sherman avec Balenciaga ou Harper's Bazaar obéissent au nouveau régime iconographique de la mode, désormais passée au rythme des réseaux sociaux.
 

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

Observatrice des passions d'un milieu vivant grâce à l'image, elle délivre une série de clichés délibérément street style, en accord avec les codes des bloggeurs et autres influenceuses. Sherman juge le selfie, acte autocentré, « so vulgar », mais ses poses et déguisements ont annoncé la vogue d'une mise en scène de soi décomplexée. Reprenant les choses en main, elle a par ailleurs débuté un compte Instagram où se mêlent des images occasionnelles de sa vie privée et des selfies débridés à grands coups de filtres numériques accessibles du bout des doigts.

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

La rétrospective s'achève sur une section réalisée tout récemment par Cindy Sherman, présentée ici en première mondiale...

22- men (2019-2020)
 

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

Inédite, cette série se caractérise par un changement de genre. Si l'artiste a déjà incarné des personnages d'hommes depuis ses premières oeuvres de jeunesse, c'est la première fois qu'elle y consacre une série complète. Pour l'occasion, Sherman a puisé dans le vestiaire homme de Stella McCartney composant des silhouettes à la masculinité androgyne qui apparaissent dans des paysages variés travaillés numériquement. Lorsqu'ils ne sont pas solitaires, ses personnages sont accompagnés d'un double, potentiellement féminin. A travers cette galerie de portraits, elle réinvente les codes de représentation d'une masculinité nouvelle et volontiers ambiguë qui brouille les frontières habituelles entre les genres.
 

Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)
Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton (2)

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commentaires

Matatoune 10/10/2020 14:34

Une expo incroyable et en tout cas, magnifique !

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