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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 08:00

Au Musée de l'Orangerie, en ce moment, une exposition sur un artiste un peu à part, Giorgio de Chirico (1888-1978), considéré comme un père par les surréalistes, puis conspué par la suite par les mêmes, et le leur rendant bien ! Né en Grèce, issu d’une famille ottomane cosmopolite de nationalité italienne, son œuvre est unique, étrange. Sa peinture qualifiée par Guillaume Apollinaire de « métaphysique », a fortement marqué l’art moderne, de Picasso au surréalisme.

L'exposition offre le parti-pris d'une approche resserrée sur quelques années, sur une œuvre belle et énigmatique. Elle croise ainsi les thèmes récurrents de la programmation du musée de l’Orangerie - Apollinaire, les avant-gardes parisiennes, la Grande Guerre et ses conséquences sur la scène artistique européenne, la galerie Paul Guillaume…

Le parcours de l'exposition comporte trois sections, pour lesquelles nous reprenons l'essentiel de la présentation des commissaires.

Section 1. Munich : La proto-métaphysique 

De son séjour à Munich, Giorgio de Chirico se choisit pour maîtres Arnold Böcklin et Max Klinger. Leurs œuvres inspirées des mythes de la Grèce antique mêlent surnaturel et quotidien. Elles lui rappellent l’univers de son enfance à Vólos, en Thessalie, berceau de l’expédition des Argonautes,
des sagas des Centaures, empreint d’une dimension panthéiste ancestrale, celle d’une nature habitée de nymphes et de géants. Ainsi la peinture de Chirico prend une dimension autobiographique, et c’est naturellement qu’ils s’identifient, lui et son frère Alberto Savinio, aux figures des Argonautes ou à celle d’Ulysse errant, métaphore vivante de la connaissance. 

Serenata [Sérénade]  - 1909 - Huile sur toile 

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Prometeo [Prométhée] - Automne 1908 - Huile sur toile 

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Centauro morente [Centaure mourant] - Printemps 1909 - Huile sur toile 

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Les inspirateurs de Chirico :

Walther Georgi (1871-1924)
Romance de centaures [Kentauren-Roman]
Publié dans Jugend. Münchner illustrierte Wochenschrift für Kunst und Leben, vol. 2, nº 37
Munich, Leipzig, Georg Hirth´s Kunstverlag, septembre 1898

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Max Klinger (1857-1920)
Ève et l’avenir [Eva und die Zukunft], planche 2, Futur immédiat [Erste Zukunft] opus III, première édition, Munich, 1880 - Eaux-fortes et aquatintes
L’enlèvement de Prométhée [Entführung des Prometheus], planche 24 - 1894 - Eau-forte, burin et aquatinte

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique
Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Arnold Böcklin (1827-1901)
Vision en mer [Vision auf dem Meer] - 1896 - Huile sur toile 
Ulysse et Polyphème [Odysseus und Polyphem] - 1896 - Gouache sur papier

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Section 2. Paris : La métaphysique

Giorgio de Chirico arrive à Paris la nuit du 14 juillet 1911. Il montre au Salon d’Automne ses premiers tableaux métaphysiques et entreprend une nouvelle série de tableaux inspirés de Turin. Capitale de la Maison de Savoie pour laquelle l’aïeul du peintre, diplomate, s’engagea et gagna sa naturalisation italienne, la ville piémontaise est un lieu originel et référentiel pour le peintre. Scène idéale, la cité aux arcades est le décor choisi de ses statues d’Ariane endormie, de ses effigies masculines et de trains évocateurs de la figure du père ingénieur. Découvert par Apollinaire en 1913, Chirico est soutenu et exposé par le jeune galeriste Paul Guillaume. Il participe avec son frère à la vie artistique parisienne, découvrant Cézanne, les compositions spatiales subtiles des tableaux que Matisse rapporte de son séjour au Maroc ou les stylisations archaïsantes des peintures de Picasso, notamment La Dryade de 1908. Il développe alors une suite d’œuvres inspirées par la poésie des Illuminations de Rimbaud, compositions insolites d’objets hétéroclites – artichauts, fruits exotiques, canons, etc. – qu’il désigne par la « solitude des signes ». La complicité avec Apollinaire se renforce autour d’une vision partagée d’une poétique unissant modernité et antiquité. La figure du poète s’apparente dans sa peinture au mannequin, métaphore de l’aède aveugle aux choses du présent, mais capable de voir distinctement le passé et le futur, donnant vie à la « poésie », unique source de salut et de régénération.

Ariane et Dionysos

La Nostalgie de l’infini - Automne-hiver 1912, daté sur la peinture de 1911 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

La Tour rouge (La Tour rose) - Première moitié de 1913 - Huile sur toile 

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

La Sérénité du savant - Avril 1914 - Huile et fusain sur toile 

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Les Joies et les énigmes d'une heure étrange - 1913 - Huile sur toile
Etude - Crayon, encre et crayon bleu sur papier quadrillé  

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique
Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

La Récompense du devin - Juin-juillet 1913 - Huile sur toile 
Etude (encre et crayon dur papier)

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique
Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Le Retour du poète - 27 Avril 1914 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

La Solitude des Signes

La Conquête du philosophe - Janvier 1914 - Huile sur toile 

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Mélancolie d’un après-midi - Novembre-décembre 1913 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Le Cerveau de l’enfant (Le Revenant) - 1914 - Huile sur toile 

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

L’Incertitude du poète - Novembre-décembre 1913 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Composition métaphysique - Juillet-août 1914 - Huile sur toile 

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Composition métaphysique avec jouets - Giorgio de Chirico - Juillet-août 1914 - Huile sur toile 

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

La Vision du Poète

Le Vaticinateur - Hiver 1914-1915 - Huile sur toile 

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Le Voyage sans fin - juillet 1914 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Les Deux Sœurs - Janvier-avril 1915 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Portrait de Guillaume Apollinaire - 1914 - Huile et fusain sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Section 3 : Ferrare – La grande folie du monde

À Ferrare, en pleine guerre, la peinture métaphysique change du tout au tout, tant pour des raisons pratiques qu’à cause de nouvelles sources d’inspirations. Privé d’atelier, contraint de peindre chez lui souvent de nuit, pendant les rares heures où il est libéré de ses fonctions militaires, Giorgio de Chirico peint de petites toiles et concentre son regard sur le microcosme du quotidien et l’analyse de la folie qui s’est emparée du monde. La représentation d’intérieurs clos et protecteurs dénote chez lui un besoin d’espace de réflexion et de sécurité dans lequel il orchestre des dialogues muets et absurdes entre objets décrits avec la plus grande exactitude réaliste : cartes géographiques, équerres et instruments, biscuits et gâteaux typiques
de Ferrare, décorations militaires, pieds de table, fragments de mannequins…
Au printemps 1917, réfugié avec Carrà à l’hôpital militaire, Villa del Seminario, il dépeint dans ses tableaux et dessins le mobilier et les instruments des salles de soin – prothèses, chaises pour électrochocs, rééducation scolaire et technique… – dans des mises en scènes glaçantes de mannequins – allusions à peine voilées aux mutilés de guerre. L’absurde tragédie de la guerre est exposée sur décor de salons ferrarais feutrés et
désuets.

Le Mystère des Objets

La Nostalgie de l’ingénieur - 1916 - Huile sur toile 

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Mélancolie du départ - 1916 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Le Langage de l’enfant - 1916 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

La Révélation du solitaire - 1916 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Interno metafisico (con alberi e cascata), [Intérieur métaphysique (avec arbres et cascade)] - Avril 1918  - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Interno metafisico (con faro), [Intérieur métaphysique (avec phare)] - Fin 1918 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Dans cette section, plusieurs peintres italiens dans la mouvance de Chirico, au premier rang desquels Carlo Carrà (1881-1966) :

La camera incantata [La Chambre enchantée] - 1917 - Huile sur toile
Madre e figlio [Mère et Fils] - 1917 - Huile sur toile
Il figlio del costruttore [Le Fils du constructeur] - 1917-1921 [vers 1920-1926] - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique
Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique
Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Giorgio Morandi (1890-1964)

Natura morta (metafisica), [Nature morte (métaphysique] - 1918 - Huile sur toile 
Natura morta con palla [Nature morte avec ballon] - 1918 - Huile sur toile
Natura morta [Nature morte -] 1918 - Huile sur toile
Natura morta [Nature morte] - 1920 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique
Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique
Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique
Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Alberto Magnelli (1888-1971)

Homme au chapeau - 1914 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

L'exposition se termine avec des œuvres de Chirico, sous le titre

« La Grande Folie » du Monde

Il ritornante [Le Revenant] - 1917-1918 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Composition métaphysique - 1917 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Le Rêve de Tobie - Avril-août 1917 - Huile sur toile 

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

I pesci sacri [Les Poissons sacrés] - Décembre 1918 - janvier 1919 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

Il trovador [Le Troubadour] - 1917 - Huile sur toile

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

A la sortie, une photo de Man Ray (1890-1976) :
André Breton devant « L’Énigme d’une journée » de Giorgio de Chirico - Vers 1925 - Tirage argentique 

Giorgio de Chirico - La peinture métaphysique

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commentaires

Agnès Rondeau 27/10/2020 11:38

Merci Michel de nous partager une fenêtre culturelle en nous faisant découvrir Giorgio de Chirico en ces temps où nous vivons un peu reclus de la civilisation... Ca fait du bien :-)
Belle journée à toi et portez-vous bien!

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