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21 mai 2022 6 21 /05 /mai /2022 08:00

Depuis l’Hommage à Maillol organisé en 1961 au musée national d’art moderne pour le centenaire de sa naissance, Aristide Maillol n’a pas bénéficié d'exposition dans un musée parisien qui lui soit exclusivement consacrée. Le musée d’Orsay lui consacre enfin une grande rétrospective, que nous avons plaisir à faire partager à nos lecteurs.

Avant même l'entrée le visiteur est accueilli par la groupe Nymphes de la prairie, 1930-1938 (modèle), 1941 au plus tard (fonte), bronze, fonte Alexis Rudier.

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

Maillol peintre

Maillol arrive à Paris en 1882 pour répondre à une vocation de peintre. Il étudie dans l’atelier d’Alexandre Cabanel, puis dans celui de Jean-Paul Laurens. En 1885, il est admis à l’École des Beaux-Arts. Sa première œuvre connue, un Autoportrait daté de 1884, se revendique de Courbet. Il peint par la suite essentiellement des paysages baignés par la lumière de son Roussillon natal, où il retourne régulièrement. La découverte de Puvis de Chavannes en 1887 puis de Gauguin vers 1889 l’entraîne dans une direction radicalement différente, déjà manifeste dans la Couronne de fleurs de 1889 : une peinture synthétiste caractérisée par des aplats de couleur, un refus de la perspective linéaire et la recherche d’effets décoratifs. Vers 1890, la carrière de peintre de Maillol prend un nouvel essor grâce aux commandes du sculpteur roussillonnais Gabriel Faraill. Il peint ses filles de profil, souvent coiffées de chapeaux extravagants, cadrées aux épaules, et parfois en pied par goût des grands formats. 

Autoportrait, vers 1884, huile sur toile

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

La Couronne de fleurs, 1889, huile sur toile

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

L'Enfant couronné, vers 1890-1892, huile sur toile

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

La Couronne de fleurs, première version, vers 1888-1889, huile sur toile

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

Maternité - Portrait de Clotilde Maillol, épouse de l'artiste, avec leur fils Lucien, fin 1896-Début 1897, huile sur carton

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

Tante Lucie (Lucie Maillol, 1817-1909), vers 1892, huile sur carton
(ce tableau offre un écho évident au célèbre tableau de Whistler La mère de l'artiste (1871) qui était entré au musée du Luxembourg en 1891 - cf notre billet du 12 mars 2022)

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

- Autoportrait, vers 1898, encre de chine sur papier bleu-gris
- Étude de tête de jeune fille, vers 1890-1895, crayon et fusain sur papier vergé filigrané
- Profil de femme, vers 1896, pastel et fusain sur papier gris d'emballage
- Profil de jeune femme, vers 1892, lithographie dur papier vergé

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)
Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)
Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)
Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

Portrait de jeune fille (portrait de Mademoiselle Faraill ?), vers 1890, huile sur toile

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

Femme à l'ombrelle, vers 1892, huile sur toile

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Jeune paysanne en buste, 1891, huile sur toile

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

Questions de décor

Comme beaucoup de ses contemporains, Maillol s’intéresse à la matière, « sans autre raison que le plaisir », selon sa biographe Judith Cladel. Cette curiosité le conduit à explorer plusieurs disciplines dans les années 1890, à commencer par la broderie. La première est présentée en 1893 au Salon de la Société nationale des beaux-arts. Concert de femmes est remarqué par les Nabis en 1895. Grâce à Édouard Vuillard, Maillol fait alors la connaissance de la princesse Hélène Bibesco, son premier mécène, qui l’encourage à continuer : il produit des broderies, tentures murales, garnitures de sièges, écrans de cheminée. Tout en surveillant les ouvrières chargées de l’exécution des broderies, Maillol taille ses premiers bois et s’essaie bientôt à la céramique, à Banyuls et à Paris. Mal outillé, il exécute avec simplicité des objets d’usage courant : des vases et des veilleuses exposées en 1897, puis un relief, et enfin des fontaines d’appartement dont l’une obtient une médaille d’argent à l’Exposition universelle de 1900. En 1899, il est nommé sociétaire de la Société nationale des beaux-arts dans la section Objets d’art, alors que le plaisir qu’il a pris à tailler le bois puis à modeler des statuettes l’encourage à se tourner vers la sculpture.

- Femme brodant, vers 1895, crayon rouge sur papier
- La Princesse Bibesco, vers 1895, crayon noir sur papier Boucher

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)
Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

Fontaine, vers 1900-1902 ?, terre vernissée sur support de bois

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)
Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)
Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)
Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

- Femme à la mandoline  et Danseuse, vers 1895, bois, arbre fruitier ?
- Jeune fille au voile, dessin préparatoire pour le bois Danseuse, vers 1895, crayon bleu sur papier
 

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)
Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

- Concert de femmes, 1895, broderie à l'aiguille, laine, soie, lin, fils d'argent et d'or
- Concert champêtre, carton de broderie, automne-hiver 1894, huile sur toile

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)
Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

- Jeune fille cueillant des herbes, carton de broderie, vers 1894-1895 ?, huile sur panneau
- La Laveuse, projet de panneau décoratif, 1895, zincographie sur papier
- Clotilde Narcis, automne-hiver 1894, huile et crayon sur toile

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)
Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)
Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

Baigneuses et Lavandières

Vers 1895, Maillol s’intéresse aux thèmes des lavandières et baigneuses. Il est sans doute marqué par l’art de Paul Gauguin découvert vers 1889 grâce à un ami commun, le peintre George-Daniel de Monfreid. Le goût pour l’expérimentation et la facilité déconcertante avec laquelle Gauguin passe d’une discipline à l’autre, fait circuler et adapte ses motifs selon les matériaux et les supports, ont montré une voie possible à Maillol.

La pratique simultanée de la peinture, de la broderie, de l’estampe et de la sculpture caractérise son art entre 1895 et 1904, avant sa maladie des yeux et la prééminence donnée à la sculpture.

Premier nu abouti, La Vague est probablement peinte « de chic », c’est-à-dire sans modèle. Dans des teintes sourdes, une baigneuse décorative dont le corps occupe tout le cadre se détache sur fond de mer. Transposée en estampe, la baigneuse devient le bois gravé le plus gauguinien de Maillol, sur fond d’eau parsemé de grandes taches mouvantes. Maillol transcrit également ce motif dans un médaillon en relief : l’accent est mis sur la solidité du corps galbé par contraste avec l’onde ridée.

Il poursuit durablement les réflexions sur les baigneuses de dos et de face, en particulier dans des illustrations pour les Églogues de Virgile.

En guise d'introduction au thème, beaucoup plus "lavandières" que baigneuses", cette zincographie de Paul Gauguin (1848-1903) de la suite Volpini, Les Laveuses, que nous avions déjà vue au musée de Pont-Aven (notre billet du 21 août dernier)

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

La Source, 1895-1896, haut-relief très "gauguinien" de Maillol

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

La Vague, vers 1894, huile sur toile

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

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Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

Femme accroupie, 1911 (modèle), plâtre de fonderie

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

Vase, vers 1905, terre cuite, engobes et glaçures partielles et quelques statuettes

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)
Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

- Baigneuse en mer, vers 1894, gravure sur bois sur papier
- La Vague, entre 1895 et 1898, gravure sur bois
- Nu accroupi, dit aussi Ève et le serpent, vers 1893, gravure sur bois sur papier vergé

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)
Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)
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Vers la sculpture

En 1896, Maillol expose une peinture intitulée Sur le fond de la mer à la galerie Le Barc de Boutteville (Paris). Il pourrait s’agir de Femme à la vague qu’il considère comme l’une de ses meilleures peintures. Sa compagne, et bientôt épouse, Clotilde lui sert de modèle.

Dans un cadrage moins serré, il exécute un dessin au fusain à grandeur d’exécution qui sert de carton de référence pour l’exécution par Clotilde d’un écran de cheminée en broderie. Maillol adopte une composition volontairement décorative, anatomiquement impossible, encadrée par une frise végétale.

Il fait évoluer ce motif dans des directions et supports variés : gravure sur bois, et enfin relief de grandes dimensions en plâtre présenté grâce à Auguste Rodin à un emplacement favorable au Salon de la Société nationale des beaux-arts de 1903. Dans ce relief baptisé Femme au bain, le contexte marin disparaît presque. Seule une légère draperie volante recouvre le bras droit et anime discrètement le fond d’où jaillit le corps simplifié, puissant et monumental.

Ce plâtre constitue la première sculpture de grande dimension de Maillol conservée, préalable à Méditerranée.

Femme à la vague, 1895-1896, fusain sur papier marouflé sur toile

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

Femme à la vague, écran de cheminée, 1896, broderie à l'aiguille, sans doute exécutée par Clotilde Maillol

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

Femme au bain, dit aussi La Vague, 1903, plâtre

Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l'harmonie (1/2)

Le parcours de l'exposition se poursuit avec la sculpture, qui a fait la célébrité de Maillol et que nous proposerons au lecteur dans un prochain billet.

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