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4 juin 2022 6 04 /06 /juin /2022 08:00

Le musée d'Orsay consacre actuellement son grand espace d'exposition à Gaudí : "Artiste emblématique de Barcelone, Antoni Gaudí (1852-1926) est toujours l’un des architectes les plus célèbres au monde. Pour populaire qu’il soit, il n’en reste pas moins un artiste déroutant, échappant aux classifications habituelles de l’histoire de l’architecture et des arts décoratifs. S’il appartient historiquement au courant du modernisme catalan et à la vaste nébuleuse de l’Art nouveau européen, il se distingue par une œuvre proprement originale et personnelle. Il ne fit l’objet d’aucune exposition monographique en France, sinon de manière modeste lors du Salon national des Beaux-Arts en 1910. Son œuvre fut présentée par des photographies à plusieurs reprises dans des expositions consacrées à la naissance de l’art moderne, notamment dans l’exposition « Pionniers du XXe siècle », organisée en 1971 par le musée des arts décoratifs, qui présentait Gaudí auprès de Guimard, Horta et Van de Velde. Grâce au musée national d’art catalan de Barcelone (MNAC), cette plongée dans l’œuvre si singulière de Gaudí a été rendue possible. De l’intimité de sa démarche créatrice à ses réalisations les plus iconiques, son univers se dévoile peu à peu et révèle toute sa richesse."

Au seuil de l'oeuvre

Le visiteur est accueilli par un vestibule tout en boiseries, ici remonté pour la première fois, qui conduisait le visiteur au sein de l’un des appartements de la Casa Milà (1905-1910).  Il est dû à Gaudí et Josep Maria Jujol (1879-1949).

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

Au seuil de l'œuvre 

Cette section est consacrée aux ateliers de Gaudí, avec ces moulages sur nature avec armature en fer et ce dispositif à miroirs destiné à faire des photographies utilisées ensuite pour des sculptures...

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

des photographies d'époque de son atelier...

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

des projets du jeune Gaudí à l'école d'architecture (1876)

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

Gaudí et Güell

Eusebi Güell i Bacigalupi (1846-1918), industriel du textile, bourgeois-aristocrate, littéraire et mélomane, joue un grand rôle dans les débuts de Gaudí.

Fernández de Villasante Julio Moisés (1888-1968) : Portrait d'Eusebi Güell, 1913, huile sur toile

Gaudi au musée d'Orsay

Il lui confie la réalisatio du Palais Güell (1885-1889). Bâti en plein quartier médiéval de Barcelone, le palais s’annonce comme un palais de la Renaissance italienne, discret voire austère en façade, vaste et riche à l’intérieur. 

Photo de l'entrée du palais Güell prise par l'auteur en 2004.

Gaudi au musée d'Orsay

Dans l'exposition, des éléments de mobilier du palais Güell, dans la veine de l’Art nouveau naissant, mais dont l’inspiration générale emprunte toutefois encore à l’art gothique et à l’art mudéjar, comme dans la Casa Vicens. 

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

Le Park Güell, 1900-1914

Ce lieu emblématique témoigne de l’engagement sociétal de Güell dans la cité. Conseiller municipal puis député, Güell avait le souci de créer des aménagements « collectifs ». Il se lance ici dans la transformation d’un parc naturel désertique (la « Montagne pelée »), aux limites de la ville, pour y créer une villa-jardin. Elle est destinée aux propriétaires aisés aspirant à un lieu de vie dans la nature, à la manière anglaise, relié par des chemins arborés à des espaces communs dédiés à la culture (théâtre) et à la beauté visuelle (point de vue sur la ville). Sur soixante parcelles envisagées, seule deux furent achetées. Cet échec commercial n’empêcha pas une réalisation ambitieuse, à dimension symbolique. 

Des photographies du furent présentées à l'exposition universelle de Paris en 1910. En regard, nous proposons des photographies en couleurs prises par l'auteur en 2004.

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

Les hôtels urbains

La Casa Vicens

Plusieurs familles de Barcelone confièrent la réalisation de leur demeure à Gaudí qui créa le cadre de vie de ces familles bourgeoises prospères dans un nouveau quartier, l’Esanche. Ces maisons portent encore aujourd’hui le nom de leur commanditaire. La casa Vicens est la première, conçue par Gaudí, pour Manuel Vicens i Montaner qui lui demande d’imaginer la maison de campagne familiale sur un terrain dont il vient d’hériter dans le village de Gràcia. Gaudí conçoit le projet entre 1878 et 1880 mais il ne sera mis à exécution qu’entre 1883 et 1889.

L'auteur ne propose pas de photo de l'extérieur, la très belle rénovation ayant été effectuée postérieurement à son séjour à Barcelone ; l'exposition propose des éléments de décoration : la grille de l'atelier, conçue par Gaudi et réalisée par l'atelier de serrurerie Joan Oños. 

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

une jardinière et un support (fer forgé et faïence) et un moulage en terre cuite de feuille de palmier pour la grille

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

et des carreaux de céramique pour la facade de la villa.

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

La Casa Calvet

En 1898, Gaudí commence la construction de la casa Calvet rue Casp. Il s’agit d’un immeuble d’habitation qui abrite également une boutique en rez-de-chaussée et des bureaux. Bien que cet immeuble doive s’intégrer dans un quartier déjà construit, Gaudí livre une œuvre très personnelle, faite de références à l’architecture baroque, de sculpture symbolique et de fantaisie.

Deux photos de l'édifice, dans l'exposition :

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

et du mobilier pour la Casa Calvet.

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

La Casa Batlló

Josep Batlló contacte Gaudí en 1904 pour réaménager un immeuble de 1877 situé sur le Passeig de Gràcia. Gaudí choisit de ne pas détruire cet ancien immeuble mais d’en transformer profondément l’esthétique et les fonctionnalités. La façade sur rue frappe par sa polychromie et l’audace des formes courbes et organiques, en particulier les piliers évoquant des os qui ouvrent la large baie du salon sur la ville. À l’arrière, la terrasse répond à la façade colorée comme un jardin urbain. Pour l’intérieur, Gaudí réalise la synthèse de ses conceptions esthétiques et pratiques en soignant la circulation de l’air et de la lumière. Il utilise en partie haute l’arc caténaire, issu de ses recherches sur le voûtement. Les portes et boiseries proposent un univers onirique, d’inspiration marine, effet accentué par l’emploi de verres colorés. Le patio central, qui abrite l’axe de circulation vertical, est orné d’un dégradé de céramiques allant du blanc nacré en partie basse au bleu profond en partie haute afin de conduire la luminosité vers les étages bas.  Le mobilier en bois de chêne fait écho aux courbes du bâtiment tout en étant ergonomique pour ses utilisateurs. Par son caractère synthétique, la casa Batlló reste l’un des édifices les plus représentatifs de l’œuvre de Gaudí.

Des photos de la façade prises par l'auteur en 2004 :

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

Dans l'exposition, portes et causeuse pour la Casa Batlló.

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

La Casa Milà

Amis de Josep Batlló, l’entrepreneur Père Milà i Camps et son épouse Roser Segimon i Artells furent probablement séduits par la casa Batlló alors en travaux. Ils demandèrent à Gaudí de concevoir un important immeuble à quelques centaines de mètres, sur le Passeig de Gràcia. Entre 1906 et 1910, Gaudí dirigea donc cette construction destinée à accueillir des boutiques au rez-de-chaussée, le logement des propriétaires à l’étage principal et des appartements à louer dans les étages supérieurs. La structure témoigne des recherches de Gaudí qui utilise le béton pour les fondations, puis la pierre et le métal, complétés par la brique et la tuile traditionnelles. Le voûtement des combles, entièrement en arcs caténaires, leur donne une forme singulière. La façade, à l’angle de deux voies, est étonnamment monochrome, animée par des baies et des garde-corps aux formes ondulantes. Elle valut à la demeure son surnom de « Pedrera » (« carrière »). Le toit est orné d’édicules couronnant les cages d’escalier et les voies d’aération, aux formes graphiques étonnantes. Avec cet édifice hors normes, Gaudí se heurta non seulement aux autorités de la municipalité mais aussi à ses commanditaires dont il épuisa la patience.

Nous proposons au lecteur un ensemble de photos de la Casa Milà prises par l'auteur en 2004 : façade et détails, le toit, dédale de cheminées et de conduits d'aération, la cour intérieure et les escaliers.

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

Dans l'exposition, une balustrade (fer forgé et riveté, vers 1910), une grile pour les baies du rez-de-chaussée (fer forgé, vers 1910), des parois modulables (chêne, verre cathédrale, 1909)

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

La dernière partie de l'exposition est consacrée à l'art religieux, avec par ex exemple ci-dessous du mobilier et des vitraux pour la cathédrale de Palma de Majorque.

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

Mais évidemment le grand-œuvre religieux de Gaudí est la Sagrada Família

Le projet d’une église dédiée à la Sainte Famille est lancé par l’association des Dévôts de Saint-Joseph sous l’égide de Josep Maria Bocabella, éditeur, catholique engagé. Ce dernier acquiert en 1881 un terrain excentré et fait appel à l’architecte diocésain Paula del Villar qui conçoit un projet néo-gothique. En 1883, la crypte terminée, Villar se dessaisit du chantier qu’il propose à Martorell, lequel le confie à Gaudí. Le jeune architecte va pouvoir réaliser son vœu de grande œuvre religieuse. Il se consacre exclusivement à ce chantier à partir de 1910 et habite sur place définitivement à partir de 1918. Conscient que l’œuvre ne sera pas achevée de son vivant, Gaudí décide de construire une façade en entier, celle de la Nativité. Dans son atelier, et sur le chantier, collaborateurs et artisans fourmillent autour des maquettes, moulages et réalisations in-situ. L’œuvre de Gaudí est autant plastique qu’architecturale, populaire qu’érudite. Son souhait étant d’introduire la théologie chrétienne dans la vie quotidienne des catalans, il s’inspire des passants, de leurs animaux et de la nature environnante, en y intégrant de la couleur. En termes constructifs, il élabore un temple aux multiples tours et aux murs sans arcs-boutants, grâce à une forêt de piliers, à l’image des arbres et de leur branchage.

Joaquim Mir (1873-1940) : La Catedral des Pobres (La cathédrale des pauvres), vers 1898, huile sur toile

Gaudi au musée d'Orsay

Dans l'exposition, quelques maquettes de baies pour la nef centrale - "7me version (vers 1918, plâtre)

Gaudi au musée d'Orsay

Mais nous préférons un ensemble de photos prises par l'auteur en 2004 : l'église était encore un vaste chantier mais nous avons eu la chance de pouvoir l'explorer et monter au sommet de l'édifice.

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay

Épilogue

L’œuvre de Gaudí fut construite sur le paradoxe : ombre et lumière, raffinement et austérité, orgueil et humilité. Sa fin fut accidentelle et tragique : renversé par un tramway le 7 juin 1926, il mourut trois jours plus tard, suscitant une grande émotion à Barcelone. Sa postérité est complexe, entre ferveur populaire pour le personnage et désintérêt précoce pour son œuvre. Redécouvert par les surréalistes, il est surtout remis à l’honneur par son compatriote Salvador Dalí (1904-1989) qui, des années 1930 aux années 1960, favorise la reconnaissance de Gaudí comme l’un des pionniers de la modernité. De Paris à New-York, les avant-gardes du XXe siècle finirent par regarder son œuvre comme un jalon de l’architecture moderne. Ironie du sort, cette reconnaissance s’est accompagnée d’un certain accaparement de Gaudí par ceux-là mêmes qui, après l’avoir ignoré, passèrent son œuvre au crible d’une histoire dans laquelle il n’avait jamais cherché à s’inscrire. Aujourd’hui, accepter la complexité de cette œuvre dans son entièreté revient à assumer sa mystérieuse autonomie qui résiste et tisse continuellement des liens entre deux siècles.

À la sortie de l'exposition, Antoni Tàpies (1923-2012) : Tríptic, 1948, huile sur toile

Avec cette oeuvre, le jeune Tàpies, qui prend alors sa place dans l'avant-garde picturale barcelonaise, salue la figure tutélaire de Gaudí de manière à la fois monumentale et ironique, On retrouve dans ce triptyque-retable des allusions mêlées à Barcelone et à Gaudí : les collines dont celle de Montjuïc, la silhouette de la Sagrada Família, et une colonne ionique rappelant l'influence grecque méditerranéenne. Sur le panneau de droite, la figure de Gaudí, couronné et décoré, continue de montrer du doigt le chemin, à la manière des Christ romans.

Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
Gaudi au musée d'Orsay
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