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3 septembre 2022 6 03 /09 /septembre /2022 08:00

 

Outre la grande rétrospective consacrée au centenaire de Simon Hantaï (que nous évoquerons dans un prochain billet) la Fondation Louis Vuitton a présenté cet été une très belle exposition intitulée La Couleur en fugue, où la peinture « sort du champ restreint de la toile tendue sur châssis. Couleurs et supports s’inventent une liberté nouvelle en envahissant l’espace (mur, sol, plafond) ».

Elle comprend des œuvres de Sam Gilliam (Etats-Unis, 1933-2022), Steven Parrino (Etats-Unis, 1958-2005) et Niele Toroni (Suisse/France, né en 1937), ainsi que deux interventions inédites, réalisées pour la Fondation Louis Vuitton par Katharina Grosse (Allemagne, née en 1961) et Megan Rooney (Canada, née en 1985).

Galerie 9 : Sam Gilliam

La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton

Sam Gilliam est né en 1933 à Tupelo (Mississippi). Installé à Washington depuis 1962, il fait partie de la troisième génération d'artistes de la Washington Color School initiée par Kenneth Noland et Morris Louis dans la mouvance du Color Field Painting, un courant pictural américain majeur né en réaction à l'expressionnisme abstrait de l'après Seconde Guerre mondiale.

En 1968, il inaugure les Drape paintings à travers lesquels il définit un langage pictural nouveau, en explorant le potentiel de la surface et l'étendue du champ coloré. Les trois œuvres monumentales exposées ici sont emblématiques de cette série, qui marque à la fois l'abandon total du châssis et l'avènement d'une peinture dont la forme se déploie à chaque fois en fonction des particularités architecturales du lieu d'exposition. Dans l'atelier, Gilliam travaille sur une toile posée à même le sol sur laquelle il verse des pigments acryliques largement dilués avant de tamponner, frotter ou presser la matière à l'aide de pinceaux et de chiffons.

La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton

Toujours dans la galerie 9, Steven Parrino.

La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton

Né en 1958 à New York et diplômé de la Parson's School of Design (New York) en 1982, Steven Parrino peintre, performeur, vidéaste et musicien a fait partie de plusieurs groupes de musique punk-rock dont Electrophilia, créé par lui-même en 1997 et rejoint par Jutta Koether en 2002. Il se fait connaître dès 1984, suite à une exposition personnelle à la galerie Nature morte où il expose ses premiers « misshaped canvases » (« toiles déformées »), sa série la plus célèbre qu'il continuera jusqu'à sa mort prématurée dans un accident de moto le 1er janvier 2005.

Bousculant les frontières entre peinture et sculpture, Steven Parrino libère la toile de sa planéité et fait sortir la couleur du cadre, la laissant déborder dans l'espace. Les œuvres présentées appartiennent à la série des misshaped canvases (toiles déformées) : au mur, quatre tondi et un carré percé dont les toiles ont été peintes soigneusement par Parrino avant d'être manipulées pour créer des effets de vortex en relief. Au sol, deux installations de toiles froissées deviennent sculptures.

La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton

Dans la galerie 11, Niele Toroni

Niele Toroni est né à Muralto, dans le Tessin suisse, en 1937. Après des études à l'école normale et un peu d'enseignement, il décide en 1959 de venir à Paris - où il vit et travaille encore aujourd'hui - « pour faire de la peinture ». Artiste connu pour ses pratiques hors champ et nomades, réalisant ses empreintes à l'intérieur comme à l'air libre, Niele Toroni requalifie les espaces qu'il investit en adaptant ses œuvres au lieu d'exposition. Depuis 1966, il réalise des empreintes monochromes au moyen de pinceaux plats, larges de 5 cm, qu'il applique sur une surface donnée à intervalles réguliers de 30 centimètres. Bien que ce « travail-peinture » soit le résultat d'un geste répété à l'identique, chaque empreinte est différente et varie en fonction de la quantité de peinture, de la vigueur du geste, du type de support, de sa forme, et de la couleur choisie. Toroni est présent ici par un ensemble d'œuvres réalisées entre 1967 et 1997 qui témoigne de la diversité des supports utilisés. La toile cirée, utilisée par l'artiste à ses débuts, lui permet de déployer ses empreintes en fonction de la dimension du mur. Découpée selon les besoins, c'est le lieu qui détermine la quantité de peinture visible.

Avec Flambo, marque de présentoir des magasins de décoration, Toroni pose ses empreintes de différentes couleurs sur les panneaux mobiles qui composent cet objet.

La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton

L'Hommage aux hirondelles est placé en hauteur dans un angle, tel un nid d'oiseau.

La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton

Les tondi aux « rouges » de Bordeaux proviennent des empreintes réalisées par l'artiste sur des barriques de vin.

La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton

Les quatre peintures formant un ensemble accueillent chacune des empreintes de couleur différente : rouge, jaune, bleu, noir. La couleur rythme chaque toile de cette partition picturale.

La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton

Les deux autres artistes de l'exposition ont été conviés par la Fondation Louis Vuitton à exécuter une œuvre (par nature éphémère) in situ.

Dans la galerie 8, Megan Rooney :

With Sun (2022)
peinture industrielle, acrylique, peinture à la bombe, pastel gras, pastel, crayon.

Née en Afrique du Sud en 1985, Megan Rooney déménage avec sa famille à de Janeiro puis, quelques années plus tard, quitte le Brésil pour le Canada, où elle passera la majorité de son enfance. Elle grandit à Markham, près de Toronto. En 2014, elle s'installe à Londres, où elle réside depuis.

La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton

Artiste pluridisciplinaire, Megan Rooney associe dans une même œuvre peinture, sculpture, performance et écriture. With Sun, peinture murale inédite et éphémère réalisée spécifiquement pour la Galerie 8, relie dans un même élan les parois sur toute leur hauteur. Munie de différents outils et aidée d'une nacelle élévatrice, Megan Rooney s'est engagée dans une performance de longue haleine qui s'est déroulée sur plusieurs semaines. Comme toujours chez l'artiste, l'œuvre se construit dans un dialogue étroit avec l'architecture, sans esquisse préparatoire. Au fil des jours, les couches de peinture s'accumulent, avant d'être révélées par endroits à l'aide de disques abrasifs, laissant apparaître des configurations abstraites où l'on croit deviner les indices d'éléments anthropomorphes. Rooney explore ici la densité d'une palette solaire, riche et colorée, dominée par des teintes et des variations chatoyantes d'orange, de mauve, de jaune, de vert, de rose, jusqu'à des tonalités pastel. Inspirée par les spécificités de cet espace ouvert sur le ciel, l'artiste a créé une peinture en connexion avec la nature environnante - dans laquelle elle puise continuellement - en écho avec les modulations lumineuses d'un soleil printanier et ses vibrations qui envahissent l'espace.

La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton

Enfin, autre œuvre in situ dans la grande salle que constitue la galerie 10, Katharina Grosse :

Splinter, 2022 Acrylique sur contreplaqué, mur et sol


Depuis la fin des années 1990, Katharina Grosse, née en 1961 en Allemagne, explore les potentialités de la peinture au-delà des limites du cadre et de la toile. Embrassant sols, murs, plafonds, objets ou paysages entiers, elle crée des sites picturaux multidimensionnels grâce à la technique de projection de la couleur par pistolet-pulvérisateur qui est devenue sa signature. La couleur est au cœur de son travail et fait le lien entre toutes ses œuvres.

La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton

Au départ de Splinter, l'artiste crée un élément hétérogène dynamique, composé de formes triangulaires, à partir duquel la couleur se propulse dans un grand élan. Composé d'une vingtaine de triangles en contreplaqué emboîtés sur une structure autoportante, ce dispositif occupe une partie du mur de droite de la Galerie 10 et fonctionne comme un « déclencheur » visuel reliant sol et plafond. Une fois la structure installée dans l'espace, la seconde étape consiste à la peindre, ainsi que tout ce qui l'environne. Grâce à un pochoir, Katharina Grosse crée un vide au centre, comme si la lumière, en s'engouffrant par le skylight était venue « brûler » la peinture. 

La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton

À la sortie de l'exposition, la maquette au 1:20 d'une autre commande passée à Katharina Grosse par la Fondation Louis Vuitton, qui sera, elle, pérenne comme les œuvres d'Olafur Eliasson, Ellsworth Kelly... en lien avec l'architecture de la Fondation.

Il s'agit de Canyon, une œuvre qui sera dévoilée à l'automne 2022. Composé de huit « pétales » - des rubans en feuilles d'aluminium de près de 15 mètres de long, peints à l'acrylique et reliés à une traverse -, ce projet d'environ 3,4 tonnes reprend un questionnement de l'artiste : comment une peinture peut-elle exister dans un espace sans sol et sans murs où circulent l'air, la lumière, les flux et les énergies ? Répondant aux façades de verre du bâtiment de Frank Gehry, à ce navire amarré à une cascade, Katharina Grosse propose de hisser, à l'aide d'une poulie, une sorte de voile découpée dans un dialogue tout en tension avec les multiples strates qui caractérisent cette architecture. Canyon s'insère dans un vide visible depuis les différents paliers de la Fondation, retombant sur le toit du « studio », frôlant les escaliers qui conduisent à la passerelle. Tout en courbes et contre-courbes, l'œuvre défie la gravité en associant raideur et souplesse, enchevêtrements et pans libres. Stabilisée et potentiellement mobile, elle se joue des plis et des effets de drapé.

En espérant pouvoir présenter au lecteur, dans un futur billet, l'œuvre réelle mise en place, nous concluons sur ces photos de la maquette.

La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
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