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6 août 2022 6 06 /08 /août /2022 08:00

Un billet de vacances, la découverte d'une commune littorale du Trégor finistérien (partie de l'évêché de Tréguier rattachée en 1790 au département du Finistère alors que la plus grande partie l'était à celui des Côtes-du-Nord) :  Saint-Jean-du-Doigt, dont le nom curieux (Sant-Yann-ar-Biz en breton) vient d'une relique supposée être l'index de saint Jean-Baptiste.

Cette relique a été à l'origine de pèlerinages extrêmement populaires dès le quinzième siècle, qui expliquent la richesse de l'église et de l'enclos paroissial qui l'entoure, un des plus septentrionaux du Finistère.  (sur d'autres enclos paroissiaux, voir nos billets des 28 avril 2016, 24 août 2019, 7 septembre 2019).

La haute silhouette de l'église constitue le centre du village,

« Lorsqu'en arrivant par la route de Morlaix, on découvre soudain le bourg dominé par la vieille tour gothique, le ruisseau murmurant sous un berceau de verdure et de fleurs, et la mer barrant de sa ligne bleue l'échappée de vue qui s'ouvre au nord, tout ce vallon d'une fraîcheur incomparable, il semble que sur ce coin de terre béni s'étend encore la bienfaisante influence du Précurseur, comme s'y étend l'ombre du beau monument construit en son honneur par la foi de nos pères. » (Louis Le Guennec 1878-1935)

Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien

avec son chevet vertical, donnant sur la place de la mairie, place Tanguy-Prigent, dénommée d'après le grand homme de la commune, François Tanguy-Prigent (1909-1970), maire et conseiller général dès 1934 à 25 ans,  plus jeune député de France en mai 1936, résistant, ministre de l'Agriculture à la Libération (de septembre 1944 à octobre 1947).

Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien

Mais l'entrée de l'enclos se fait du côté opposé, par l'arc de triomphe, qui symbolise le passage du profane au sacré. L'entrée principale, grande baie couronnée d'une large arcade gothique fleuronnée, est encadrée de deux contreforts à pinacles et de deux niches à dais sculptés abritant, à droite, saint Jean et, à gauche, saint Roch. Elle ne s'ouvrait autrefois que pour le défunt lors de son dernier passage vers la tombe ou pour les foules. La petite porte latérale à échalier était affectée au passage des fidèles isolés.

Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien

Derrière l'arc, la fontaine monumentale (1690)
Le grand bassin circulaire est orné de têtes de lions et de trois vasques superposées, soutenues par un pilier central. Sur la première vasque, un groupe de statuettes figure le baptême du Christ. Dieu le Père, s'inclinant pour bénir son fils, domine la fontaine. Avant d'être coulés en plomb, les personnages ont été dessinés par J. Lespaignol, sculpteur de la mise au tombeau de l'ossuaire de Saint-Thégonnec. Amenée par un conduit souterrain, l'eau jaillit de la vasque supérieure, tombe dans les deux autres par les bouches de têtes d'anges, et s'écoule enfin dans le bassin.

Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien

En progressant vers l'église, on passe à côté de la croix. Cette croix à fleurons portant un crucifix est beaucoup plus récente que le reste de l'enclos et commémore une mission de 1877.

Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien

L'église impressionne par ses proportions pour un modeste bourg, d'autant qu'elle était restée chapelle succursale de la paroisse de Plougasnou jusqu'à la Révolution, même si elle jouissait, dès le XVIe siècle de tous les attributs d'une trêve.
L'architecture présente un net clivage entre le style gothique rayonnant du temps de Jean V, vers 1425, et le flamboyant du temps d'Anne de Bretagne.  La première campagne de construction, de style rayonnant (1420 à 1440), prend appui sur l'élément le plus ancien, le massif inférieur de la tour. Cette campagne englobe la tour jusqu'à la chambre des cloches et les trois premières travées de la nef. La deuxième, de style flamboyant, englobe la partie orientale et la chambre des cloches (1460 à 1470). Elle se termine par le porche sud (1480 à 1485) - La dernière (1510-1513) parachève l'édifice. Elle comprend la chapelle de l'Isle, la reprise de la façade occidentale et le couronnement de la tour.

Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien

Parmi la statuaire, cette vierge à l'enfant du XVIIe siècle et cette statue rustique de saint Jean-Baptiste.

Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien

Le trésor de l'église a été épargné par le Révolution et est accessible au public :

- buste-reliquaire de Saint-Mériadec, fin XVe siècle, argent sur âme de boi
- bras-reliquaire de Saint-Maudez, vers 1500, argent sur âme de bois, par Jehan Grahant, orfèvre à Morlaix
- croix de procession, XVIe siècle, argent sur âme de bois

Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien

À signaler, de beaux vitraux modernes (1990) œuvre du peintre-verrier Louis-René Petit (1934-2007) :

Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien

Un des plus remarquables éléments de l'enclos est l'oratoire du Sacre.

Conçu en 1576 par l'architecte Michel Le Borgne, l'oratoire du Sacre est un édifice de la Renaissance, en pierre de taille de l'Île Grande (Côte d'Armor) à baies ouvertes séparées par 7 balustres carrés ; il se termine par un chevet en hémicycle percé d'un œil-de-bœuf. Son toit pyramidal aux ardoises provenant initialement d'Angleterre est surmonté d'un clocheton ajouré.

Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien

Contre le chevet prennent appui un autel de pierre et des consoles supportant autrefois les statues de la Vierge et de saint Jean-Baptiste, commandées au sculpteur morlaisien Jacques Chrétien, Les poutres à « engoulant », les clés pendantes et surtout les sablières présentant des masques, des végétaux, des saynètes mythologiques associées à des figures chrétiennes, sont l'œuvre d'un menuisier local, Raoul Becyvin.

Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien

Jouxtant l'enclos, on remarquera la Maison du Gouvernement ou Grande Maison de Saint-Jean. C'était la résidence du Gouverneur Ecclésiastique de la chapelle Saint-Jean-Baptiste, belle demeure de 1562-1572 agrandie au XVIIe siècle. 

Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien

En terminant ce billet, il faut rappeler que Saint-Jean-du Doigt a accueilli au tournant du siècle dernier un certain nombre d'artistes, à l'initiative du propriétaire du Grand Hôtel de Saint Jean et des Bains qui fit construire pour ses invités une Maison des Peintres sur une colline dominant le village. Parmi les plus connus des peintres qui y ont séjourné, citons Adolphe MOREAU-NELATON (1859-1927),  auteur de l'affiche qui adorne l'en-tête de ce billet, Maxime MAUFRA (1861-1918) auteur de nombreuses toiles ayant pour sujet la côte à Saint-Jean, Mathurin MEHEUT (1882-1958), Moïse KISLING (1891-1953)...
Aujourd'hui, tout au long de l'été, se tiennent dans la Maison des Peintres des expositions organisées par la municipalité.

Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
Saint-Jean-du-Doigt, Trégor finistérien
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