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8 octobre 2022 6 08 /10 /octobre /2022 08:00

Nous poursuivons dans ce billet le parcours de la rétrospective que consacre au peintre Gérard Garouste, né en 1946, le Centre Pompidou (cf. notre billet du 1er octobre), en essayant de faire partager au lecteur toute la variété de la palette de cet artiste si complexe, et en réduisant les commentaires au maximum, donnant seulement quelques clés pour comprendre sa démarche :

Gérard Garouste approfondit, dans les années 1990, sa connaissance de la Bible hébraïque et la richesse de son exégèse, à travers les études talmudiques. En 1995-1996, un ensemble de tableaux sur le thème de «Tal la rosée » (Tal en hébreu signifie « rosée ») marque le début d'un dialogue assumé entre image et mot. Les personnages ressemblent souvent à des lettres, et leurs bras sont démesurés, tordus, de même que leurs jambes. Les thèmes récurrents de cette série sont Adam, la mort, la résurrection, le châtiment, le feu et, surtout, l'eau.

L'Adam purifié, 1995-1996, huile sur toile
L'Ève à la fontaine, 1995-1996, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Il établira, 1995-1996, huile sur toile
L'Adam et les trois lumières, 1995-1996, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Le Chien au baptême, 1995-1996, huile sur toile
Entre chien et loup, 1995-1996, huile sur toile
Le Guérisseur, 1995, huile sur toile
Le Berger, 1998, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

La redécouverte du Don Quichotte de Miguel de Cervantes (XVII° siècle) par Gérard Garouste, à la lumière de la thèse selon laquelle l'auteur aurait pu être un marrane - un Juif d'Espagne ou du Portugal converti de force au christianisme et pratiquant en secret sa religion -, a suscité une nouvelle thématique, qui ressurgit à plusieurs reprises dans l'oeuvre du peintre. Dans cette scène, les personnages du livre forment un défilé tragi-comique. L'artiste s'y est représenté en bouffon diabolique aux côtés de l'ange qui confie des secrets à l'âne.

Don Quichotte et les livres brûlés, 2013, huile sur toile
Le Théâtre de Don Quichotte, 2012, huile sur toile
La duègne et le pénitent, 1998, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Adam Quichotte, 1998, huile sur toile
Le Masque, 1998, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Le Vol du Grison, 1998, huile sur toile
La Ville mensonge, 1999-2000, huile sur toile
L'Alliance, 1999-2000, huile sur toile
Le Vieillard et la prostituée, 1999-2000, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

L'Antipode, 1999-2000, huile sur toile
La Croisée des sources, 1999-2000, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Garouste commence en 2002 une série de portraits de proches et de personnalités du monde de l'art. Il part d'une photographie du modèle auquel il fait subir des déformations grâce à un logiciel informatique. Puis il le fait poser à nouveau en cherchant à lui faire atteindre la posture suggérée, et le photographie à nouveau. La peinture issue de ces images parachève la torsion et le démembrement des corps, laissant le visage presque intact et reconnaissable. Elizabeth, l'épouse de l'artiste, s'est prêtée au jeu, ainsi que leurs fils Guillaume et Olivier, et leurs belles-filles, Stéphanie et Noémie.

La Mouche (Portrait de Guillaume), 2003-2004, huile sur toile
Sans titre (Portrait de Stéphanie). 2003, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Le Mat et le Fou (Portrait d'Olivier), 2003-2004, huile sur toile
Portrait d'Elizabeth, 2005, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

En 2005, Gérard Garouste réalise une série d'œuvres sur le thème de « L'ânesse et la Figue ». Il remarque qu'en hébreu, il existe une proximité consonantique entre les mots «ânesse » et «figue », et qu'ils sont mis en relation dans le Talmud. Ce constat déclenche dans la peinture de Garouste une kyrielle d'associations entre ânesse et figue, ainsi que d'innombrables digressions autour de la figure animale de l'âne, que l'artiste affectionne tout particulièrement. Les Libraires aveugles met en image les propos méprisants de saint Augustin concernant le rapport des Juifs aux écritures saintes. Les Juifs seraient en effet les dépositaires des livres (l'Ancien Testament) qui portent en germe la venue du Messie. Mais ils n'ont pas été capables de le comprendre. Ils sont comme des libraires aveugles qui diffusent des livres qu'ils ne savent pas lire. L'idée de la preuve, réclamée par les chrétiens, est ici mise à mal avec ironie comme procédant d'une quête dangereuse.

Le Masque de chien, 2002, huile sur toile
L'ânesse et la Figue, 2005,huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Balaam, 2005, huile sur toile
Ave Eva, 2005, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Alma, 2005, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Épaule fils d'âne (Autoportrait), 2005, huile sur toile
Passage, 2005, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Les Libraires aveugles, 2005, huile sur toile
Dina, 2005, huile sur toile
L'Étudiant et l'Autre lui-même, 2007, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Chartres, 2007, huile sur toile

Les années 1970 et le début des années 1980 sont marqués, pour Gérard Garouste, par une forte instabilité psychique. Après une longue période de répit, une nouvelle crise survient en 1991, à laquelle ce tableau renvoie directement. L'artiste a maintes fois raconté sa route vers Chartres, dictée par une pulsion incontrôlable qui le conduit dans la cathédrale au fameux labyrinthe, où il interrompt un mariage, casse des cierges, sème le désordre, puis se retrouve interné.

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Isaïe d'Issenheim, diptyque, 2007, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Le Coup de l'étrier, 2007, huile sur toile
Garouste se réfère à un épisode terrifiant de son enfance. Son père, dont le comportement conduisit les médecins à le qualifier de « psychopathe», menaça un jour sa mère avec un révolver, agacé de la voir tenir l'aiguière par le goulot. Rétrospectivement, l'artiste s'amuse du titre de la tapisserie accrochée dans la salle à manger où la scène s'était déroulée : Le Coup de l'étrier.

Le Cirque Rosselin, 2007, huile sur toile
La Bourgogne est l'un des trois termes du titre d'une nouvelle série commencée en 2007 : La Bourgogne, la famille et l'eau tiède. Cette région était, dans l'enfance de Garouste, le doux lieu de séjours répétés chez la tante Eléonore et l'oncle Casso, artiste brut sans le savoir. Garouste transpose dans l'époque contemporaine un souvenir de cirque où, âgé de 6 ans, il faisait le pitre affublé d'une peau d'âne et agitant un balai entre ses jambes. C'est donc un homme de 60 ans que l'on voit entouré de sa mère, son oncle et ses tantes, plus jeunes que lui, comme pour signifier la capacité de l'artiste à conserver éternellement une âme d'enfant.
 

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Caved, 2007, huile sur toile
Cette peinture évoque une des nombreuses violentes disputes entre Garouste et son père, survenues tout au long de leur vie. Au sol, le sous-main renvoie aux biens que le père de l'artiste avait spoliés aux Juifs pendant la guerre, fait dont Garouste n'a pris conscience qu'à l'âge adulte. Le titre du tableau, Caved, qui en hébreu signifie « honorer » mais dont la racine comporte le mot « lourd », dit la difficulté du rapport parental.

Le Lit en portefeuille, 2011, huile sur toile
Parmi ses souvenirs d'enfance de Bourgogne, Garouste se rappelle la cuisine de la maison à la fois chaleureuse et inquiétante, comme dans un conte de fées, où le lit de sa tante était toujours en portefeuille. L'artiste apparaît comme enserré dans les montants du sommier métallique que dévoile le matelas roulé, suggérant le refus de se reposer afin de privilégier la quête de la connaissance, à laquelle il semble s'atteler avec un compas.

Le Joueur de flûte, 2007, huile sur toile
De son premier internement à Villejuif, Garouste se souvient d'un malade accroupi, telle une gargouille, sur un meuble et jouant de la flûte avec une règle. L'artiste reprend cette vision qu'il fait incarner par son ami l'acteur Denis Lavant, mais un pinceau remplace la règle. La folie et l'inspiration se confondent dans un personnage que l'on peut rapprocher de la figure de l'Indien forgée par Garouste.

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Véronique (Autoportrait), 2005 gouache sur papier
Allongé telle une odalisque, Garouste, qui s'est portraituré avec un sexe féminin, dévoile par le truchement d'un miroir un sexe masculin. Il n'y a donc pas de vérité, ou bien elle doit être sans cesse remise en question. L'allusion, dans le titre, à Véronique - nom dérivé de Vera Icon, l'image fidèle –, celle qui dans la Bible aurait recueilli sur un linge l'effigie du Christ, est une référence critique à la volonté de représentation chrétienne, comme preuve, comme gage de vérité.

Le Golem, 2011, huile sur toile 
La scène est inspirée d'un passage du Journal de Franz Kafka. Elle représente autour de la bête informe le maître, incarné par Garouste en alchimiste dément, et les étudiants, dont les visages sont ceux de familiers de l'artiste : l'avocat Olivier Coutard, le médecin et philanthrope Francis Charhon, le réalisateur Joël Calmettes, Guillaume et Elizabeth, fils et épouse de Garouste, et le collectionneur Stéphane Magnan.

La Guitare brisée, 2009, huile sur toile
A la fin des années 2000, Gérard Garouste choisit de s'approprier le Faust de Goethe (19e siècie), dont la légende et les personnages variés sont autant de sujets pour cette série qu'il intitule Songe d'une nuit de Walpurgis. La guitare brisée se réfère directement à une scène de la pièce de théâtre. 

L'Harfang et la Souris rouge, 2011, huile sur toile
 

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Le Pacte, 2011, huile sur toile
Le « pacte» est celui conclu entre Faust, incarné par Garouste, et Méphistophélès, sous les traits de son ami l'homme de théâtre Jean-Michel Ribes.

Dérive, 2010, huile sur toile
Garouste se projette dans la dérive des continents dans des millions d'années, et en a reproduit sommairement la modélisation sur une sphère. Il représente son ami mathématicien Henri Berestycki dans une scène où le scientifique perplexe contraste avec un grand singe satisfait, une banane à la main, qui semble peu perturbé par ce phénomène inéluctable.

Wagner, Méphistophélès et l'Homonculus, 2013, huile sur toile

Pinocchio et la partie de dés, 2017, huile sur toile
Pinocchio est un personnage récurrent chez Garouste, symbole de la remise en question de la vérité.

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Marguerite-Elizabeth, 2009, gouache sur papier
L'Étudiant et l'Oie grasse, 2017, huile sur toile
La Marionnette à la robe rouge, 2015, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Le Pont de Varsovie et les  Ânesses, 2017, huile sur toile
Le Centaure et le Nid d'oiseaux, 2013, huile sur toile
Le Rabbin et le Nid d'oiseaux, 2013, huile sur toile
Le philosophe et rabbin Marc-Alain Ouaknin, grand commentateur de l'ouvre de Garouste, incarne ici le thème du nid d'oiseau.

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Pêche nocturne, 2017, huile sur toile
Actéon et le Repentir, 2017, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Les Trois Maîtres et les oies grasses, 2017, huile sur toile
Midrash, 2016, huile sur toile
Balaam et le sous-main, 2017, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

La Martre et la Toupie, 2020, huile sur toile
La Martre sur la corniche, 2020, huile sur toile
La Branche brisée et les deux pies, 2019, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Alt-Neu Shul sur le Pont-Neuf, 2020, huile sur toile
La Martre et l'Écureuil (Portrait de Kafka et Chouchani), 2019, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Le Talmudiste et l'Oie grasse, 2020, huile sur toile
Le Caroubier, la Canne et la Besace, 2020, huile sur toile
Job, 2020, huile sur toile
Milena, 2020, huile sur toile

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Le Puits, la Belette et le Shulamit, 2021, huile sur toile
H'avrouta (la Martre et Pinocchio), 2019, huile sur toile
Deux compères, qui ne sont autres que Gérard Garouste et Marc-Alain Ouaknin, semblent partager un moment d'exception dans un échange joyeux.

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Aboulafia, 2021, technique mixte sur papier
Garouste rend hommage à Abraham Aboulafia, exégète talmudiste du 13e siècle.
Milena et Kafka, 2021, gouache sur papier

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Le Clown blanc et l'Auguste, 2019, diptyque, huile sur toile
La boucle est bouclée : deux personnages très identifiables, le Clown blanc et l'Auguste, à la fois opposés et complémentaires comme le sont le Classique et l'Indien.

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)

Terminons avec un très beau triptyque :

Le Banquet, 2021, triptyque, huile sur toile
(de gauche à droite : 1er panneau : Pourim - 2e panneau : Festin d'Esther - 3e panneau : Le Don de la manne)
Le triptyque Le Banquet, œuvre majeure de la série consacrée à Franz Kafka, renvoie à de multiples clés de lecture : la fête de Pourim, avec ses confettis, qui célèbre le festin d'Esther ; le glissement de sens du mot confetti, soit « coriandolo » en italien, qu'on peut rapprocher des grains de coriandre de la manne céleste ; le tableau La Récolte de la manne (1577) du Tintoret qu'inspire le panneau de droite... Kafka, dans le panneau central, est entouré, en plus des personnages du livre d'Esther, de la psychanalyste Éliane Amado Levy-Valensi, de l'historien de la Kabbale Gershom Scholem, du philosophe Martin Buber, de deux de ses fiancées, Dora Diamant et Milena, de ses trois sœurs, du philosophe Walter Benjamin, de l'acteur yiddish Itshaq Löwy.

Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
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