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30 avril 2022 6 30 /04 /avril /2022 08:00

Nous terminons le parcours de l'exposition originale Pionnières au musée du Luxembourg (notre billet du 23 avril dernier). La salle suivante est intitulée Représenter son corps autrement. 

"Les artistes femmes sont déterminées à révéler le monde tel qu’elles le voient, à commencer par elles-mêmes ; elles sont désormais libres de se représenter d’une autre façon que les hommes. Leur regard se construit à côté du regard masculin et s’en différencie de manière à la fois tranchée et subtile."

 Nous y retrouvons plusieurs artistes déjà présentes dans les salles précédentes :

Chana Orloff, dont la grande sculpture Grande Baigneuse accroupie, 1925, bronze doré, occupe le milieu de la salle.

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

Plusieurs toiles de Mela Muter :

Femme avec un chat, vers 1918-1921, huile sur toile
Nu cubiste, 1919-1923, huile sur toile
Nu assis avec des bas, 1922, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

Jacqueline Marval : L'Étrange femme, 1920, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

Marie Vassiliev, dont nous avions découvert les étranges marionnettes, cette fois avec un tableau : Nu aux deux masques, 1930, huile sur toile marouflée

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

et nous en découvrons d'autres :

Émilie Espérance Barret, dite Émilie Charmy (1878-1974) : 

Hania Routchine, nue, 1921, huile sur toile
Jeune femme, tête renversée, 1920, huile sur carton toilé

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

Alice Bailly (1872-1938) : Baigneuses aux oiseaux, 1922, tableau-laine sur carton

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

et Natalia Sergueïevna Gontcharova, dite Natalia Gontcharova (1881-1962) : Nu, vers 1925, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

La salle suivante est intitulée Les Deux amies

"Tamara de Lempicka, à qui cette salle est dédiée, fait partie des artistes qui vivent ouvertement leurs multiples aventures amoureuses et qui en font un des sujets de prédilection de leur art. À ce regard féminin sur le corps en général s’ajoute, dans les œuvres de Lempicka, la construction d’un regard désirant d’une femme sur le corps d’une autre femme."

On n'y trouve effectivement que des toiles de Tamara de Lempicka, dont nous avions déjà vu, dans un autre registre, Mère et son enfant.

Perspective ou Les Deux amies, 1923, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

La Belle Rafaela, 1927, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

et Suzy Solidor, 1935, huile sur bois, qui orne l'affiche de l'exposition.

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

La chanteuse Suzy Solidor, nom de scène de Suzanne-Louise-Marie Marion (1900-1983) est aussi évoquée dans cette salle par ses chansons.

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

Passons à la salle suivante, Le Troisième genre.

"Pendant ces Années folles se construit une réflexion complexe sur un « troisième genre », sur une éventuelle « neutralité », ainsi que sur la possibilité d’une transition d’un genre à l’autre. Dans quelques capitales cosmopolites, le genre est un choix, il s’agit d’une notion fluide en pleine transformation."

Ici encore, la salle s'organise autour de statues de Chana Orloff :

Romaine Brooks, 1923, bronze
Amazone, 1915, bronze

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

On y retrouve Marie Laurencin, avec Femmes à la colombe, Marie Laurencin et Nicole Groult, 1905, huile sur toile

Marie Laurencin a commencé sa formation en 1902 à la Manufacture de Sèvres, où elle apprend la peinture sur porcelaine puis s'est formée à la peinture sur toile en suivant les cours privés de l'Académie Humbert à Paris. Femmes à la colombe est un autoportrait de l'artiste avec Nicole Groult, son amie et son amante, où Laurencin joue avec les codes de genre et les stéréotypes de la sexualité : les teintes pastels ainsi que la féminité marquée de la robe de garçonne et la coiffe de Groult contrastent avec le costume masculin aux couleurs sombres de Laurencin.

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

De nombreuses toiles de Gerda Wegener, née Gerda Marie Fredrikke Gottlieb (1886-1940).

Pendant toute sa vie, Gerda Wegener a peint son mari le peintre Einar Wegener, plus connu sous son identité trans de Lili Elbe, et en a fait une vraie bataille contre toutes formes de discrimination.

Deux cocottes avec des chapeaux, 1920, huile sur toile
La Sieste, 1922, mine graphite et aquarelle sur papier

 

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

Lili avec un éventail à plumes, 1920, huile sur toile
Lili déguisée en "Chevalier à la rose", 1921, huile sur toile
Lily, 1922, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

et deux toiles de Beatrice Romaine Goddard, dite Romaine Brooks (1874-1970).

Romaine Brooks, artiste américaine expatriée, réinvente le portrait féminin à travers sa série de « portraits de famille » dont l'un des premiers est celui de Natalie Clifford Barney, dite « l'Amazone ». Femmes de lettres, riche Américaine, Barney rêve dans sa jeunesse de recréer une colonie saphique sur l'île de Lesbos, mais se contente de reconstituer un cercle d'amies qu'elle reçoit chez elle, au 20 rue Jacob à Paris.

Portrait de Natalie Clifford Barney, dite « l'Amazone », 1920, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

Au Bord de la mer, 1915, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

Dernière salle de l'exposition : Pionnières de la diversité

"Sans doute parce qu’elles étaient déjà à la périphérie d’un monde dont elles auraient voulu être au centre, les artistes femmes ont été aventurières, mobiles, curieuses et ouvertes à d’autres cultures. Elles ont pour certaines exporté la modernité sur d’autres continents, comme la Brésilienne Tarsila Do Amaral et l’Indienne Amrita Sher-Gil ; elles se sont également intéressées à la représentation de la diversité."

Tout un mur de la salle est occupé par le grand tableau de Marie Juliette Lucy Roche, dite Juliette Roche (1884-1980) Sans titre dit American Picnic, vers 1918, huile sur toile.

"Juliette Roche conçoit un déjeuner sur l’herbe moderne et multiethnique, une relecture de La Danse de Matisse, dans lequel les trois femmes assises au centre du tableau représenteraient le dialogue entre couleurs de peau, et où les danseurs androgynes annihileraient toute différence entre les sexes, évoquant l’espoir de vivre ensemble et en paix."

 

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

Nous retrouvons Suzanne Valadon : Vénus noire, 1919, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

ainsi que Mela Muter : Femme noire avec fleurs jaunes, sans date, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

 Amrita Sher-Gil (1913-1941) : Autoportrait en tahitienne, 1934, huile sur toile

Amrita Sher-Gil est née à Budapest d'une mère hongroise et d'un père indien. La famille déménage en 1921 en Inde; à l'âge de seize ans Amrita arrive à Paris et étudie à l'Académie de la Grande Chaumière puis à l'Ecole des Beaux Arts. Pendant son séjour à Paris elle prend conscience du caractère hybride de son identité, partagée entre deux cultures : sa façon de représenter le corps non occidental est tout à fait moderne, sa manière de s'habiller oscille entre deux traditions. Elle connaît les corps idéalisés des femmes tahitiennes peintes par Paul Gauguin, et c'est en réaction qu'elle peint son Autoportrait en Tahitienne qui renverse nombre des clichés de son époque.

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

Nina Hamnet (1890-1956) : Homme couché, vers 1918, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

Plusieurs toiles de la brésilienne Tarsila Do Amaral (1886-1973) :

Lagoa Santa, 1925, huile sur toile
Carte postale, 1929, huile sur toile
La Famille, 1925, huile sur toile

 

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

Lucie Cousturier, née Jeanne Lucie Brû (1876-1925), élève de Signac et de Henri-Edmond Cross, déjà citée dans notre billet du 5 février dernier :

Femme kissienne (Guinée), avant 1925, aquarelle sur papier
Homme noir écrivant, sans date, aquarelle sur papier

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

Terminons ce parcours éclectique avec Anna Quinquaud (1890-1984)

Formée à la sculpture aux Beaux Arts de Paris, Anna Quinquaud obtient en 1924 le Prix de l'Afrique Occidentale française - elle est la première femme sculpteur à le remporter - et a l'occasion d'effectuer un voyage en Afrique. C'est à la suite de son deuxième voyage en Guinée qu'elle rencontre les peuples foulah, coniagui et bassari qui lui inspirent ses œuvres les plus réussies. Son admiration pour leurs profils élégants, leurs silhouettes longilignes et leur allure altière s'accompagne du désir de se débarrasser de tout détail superflu ou pittoresque: Quinquaud veut représenter l'essentiel d'un regard ou d'une attitude.

An Floka, 1933, fusain, crayon sur papier

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)

Chef Foulah, 1930, Ronde-bosse, bronze
Nénégalley, fille de Tierno-Moktar, 1930, ronde-bosse, bronze, socle en marbre noir
Kadé, fillette de Tougué, 1930, ronde-bosse, bois

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (2/2)
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23 avril 2022 6 23 /04 /avril /2022 08:00

Au musée du Luxembourg, une exposition qui sort de l'ordinaire, souhaitant "redonner une voix et un visage à des artistes encore très peu connues, dont certaines jamais présentées en France."

Très longtemps marginalisées, tant dans leur formation que dans leur accès au marché de l’art, aux collectionneurs et aux musées, les artistes femmes de la première moitié du XXe siècle n’ont pas été reconnues de leur vivant à leur juste valeur. Elles ont pourtant occupé un rôle primordial dans le développement des grands mouvements artistiques
de la modernité.

En suivant le parcours assez complexe de l'exposition, nous essaierons de faire partager au lecteur nos découvertes - ou redécouvertes - des œuvres de ces artistes.

 En ouverture, La Mort et la Femme, de Marie Vorobieff (1892-1984) dite Marevna, huile sur bois de 1917, dans une salle, Les Femmes sur tous les fronts, qui évoque le remplacement par des femmes des hommes décimés par le conflit.

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Gertrude Whitney, née Gertrude Vanderbilt (1875 –1942) : Étude de tête pour le Women's Titanic Memorial, 1923, marbre noir
Irina Codreanu, dite Irène Codréano (1896-1985) : Portrait de Doria Gamsaragan, 1926, bronze avec patine verte, socle en bois

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Dans la salle suivante, Comment les avant-gardes se conjuguent au féminin, des peintres :

Marcelle Cahn (1895-1981) : Composition abstraite, 1925, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Fransciska Clausen (1899-1986) :
Éléments mécaniques, 1926, huile sur toile
La Vis, 1926-1928, huile et gouache sur carton
Composition mécanique, 1929, huile sur toile et carton

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Anna Beöthy-Steiner (1902-1985) :
Composition abstraite, 1927, gouache sur papier
Composition concentrique, sans date, gouache sur papier

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Marjorie Jewell Moss, dite Marlow Moss (1889-1958) : Composition en blanc, rouge et gris, 1935, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Rita Kernn-Larsen (1904-1998) :
Nostalgie, 1929, aquarelle sur crayon sur papier côtelé
Fleur de rose, 1929, aquarelle sur crayon sur papier côtelé
Sans titre, 1929, aquarelle sur crayon sur papier côtelé

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Une photographe, Sophie Gisela Freund, dite Gisèle Freund (1908-2000) : Sylvia Beach dans sa librairie Shakespeare and Company, Paris, 1936, épreuve gélatino-argentique

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

et un sculpteur, Anna Prinner dite Anton Prinner (1902-1983) : Construction en cuivre, 1935, laiton et cuivre jaune

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

La salle suivante est intitulée Vivre de son art.  

Parce qu’elles sont moins visibles et reconnues que leurs homologues masculins, et pour gagner une indépendance nécessaire au développement de leur travail artistique, les artistes femmes sont plus que les hommes adeptes de la pluridisciplinarité. Mode, décoration intérieure et costumes de spectacles vivants, portraits mondains et objets, notamment des poupées, leur permettent d’atteindre l’autonomie financière.

La mode est illustrée par ces toilettes à l'entrée de la salle :

à gauche, deux manteaux de Sarah Lipska (1882-1973)
Scénographe et costumière pour les Ballets russes aux côtés de Léon Bakst, l'artiste polonaise Sarah Lipska est aussi sculptrice, peintre, décoratrice d'intérieur et designeuse. Elle collabore notamment avec le coiffeur et inventeur de la coupe à la garçonne Antoni Cierplikowski dit Monsieur Antoine, la femme d'affaires Helena Rubinstein, ses compatriotes, ou encore avec le couturier Paul Poiret. Les vêtements qu'elle crée et qu'elle vend dans ses propres boutiques, dont l'une se situe sur les Champs-Elysées, incorporent parfois des influences cubistes, et se singularisent par l'utilisation de tissus de qualité, notamment le satin ou encore la soie, ainsi que par l'abondance et l'éclat de ses broderies et applications. Internationalement reconnue de son vivant, elle reçoit un grand nombre de médailles dont une lors de l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925.

à droite, une robe noire de haute couture (vers 1927) de Gabrielle Chanel (1883-1971)

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Marie Laurencin (1883-1956) : Portrait de Mademoiselle Chanel, 1923, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Deux couvertures de l'édition française de Vogue, à la même époque

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Alicja Rosenblatt dite Alice Halicka (1895-1975) :
Sur la plage à Trouville, 1934
La Course de chevaux, vers 1930
Course de chevaux, vers 1930
Conversation, avant 1930
Collage, tissus, papier sur carton

Née à Cracovie, Alice Halicka s'installe à Paris en 1912 afin de rejoindre l'Académie Ranson. Pendant la Première Guerre mondiale elle peint principalement des natures mortes cubistes. Les conditions matérielles d'après-guerre l'orientent vers des collages de techniques mixtes qui combinent des éléments de peinture et de couture, en utilisant entre autres des boutons, des papiers collés ou encore des plumes. Ces œuvres, dites « Romances capitonnées », montrent des scènes figuratives qui, par leur matérialité, prennent des allures de « poupées en bas-relief ».

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Marie Germaine de Roton dite Germaine de Roton  (1889-1942) :
Ida Rubinstein, 1924, tissu, peau, soie
La Pavlova, 1924, tissu, peau, soie

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Stéphanie Marie Sophie Łazarska dite Stefania Lazarska (1887–1977) :

Poupée vêtue d'une robe de style Second Empire de couleur chocolat, à galon noir et fleuri, d'un châle dit « des Indes » à motifs cachemire, d'un spencer assorti, d'un bonnet à pompon rouge dit « à la turque », d'un jupon et d'un pantalon brodés, 1931, plâtre, tissu, porcelaine
Poupée décorative, dite « Poupée de salon » vêtue d'une robe madras vert, orange et brun, agrémentée de dentelle autour du décolleté, 1931, coton, tissu, plume, porcelaine
L'Atelier artistique polonais, fondé en 1915 par Stefania Lazarska, crée une source de revenus pour elle-même autant que pour ses collègues artistes grâce à la production de poupées en tissu qui s'inspirent de costumes folkloriques de son pays d'origine. Ses poupées sont présentées à l'Exposition coloniale internationale de Paris en 1931. En raison de la pénurie de tissus, la Seconde Guerre mondiale marque la fin de la production de son atelier. 
 

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Maria Ivanovna Vassilieva dite Marie Vassilieff (1884-1957) :

Marionnettes pour les pièces Avant-Pendant-Après, et Le Château du Roi, Théâtre du Bourdon, 1928, tissu, carton peint, bois

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

et au sortir de cette salle, nous retrouvons les marionnettes réalisées par Sophie Taeuber-Arp (1889-1943) pour la pièce Le Roi Cerf, 1918, peinture à l'huile, bois, métal, textile que nous avions découvertes à l'exposition Dada Africa (notre billet du 18 février 2018)

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

La salle suivante est intitulée Les Garçonnes, (mot popularisé par le roman de Victor Margueritte en 1922)

Après les traumatismes de la Grande Guerre et de la grippe espagnole qui avaient entraîné une profonde récession mondiale, s’installe une croissance économique et technique jamais vue auparavant. Les artistes se saisissent de nouveaux sujets tels que le travail et le loisir des femmes, transformant au féminin le modèle du sportif masculin, représentant le corps musclé à la fois compétitif, élégant et décontracté. Joséphine Baker incarne cette « nouvelle Ève » qui découvre le plaisir de se prélasser au soleil (c’est le début de l’héliothérapie), utilise son nom pour développer des produits dérivés, pratiquant aussi bien le music-hall la nuit que le golf le jour. Véritable entrepreneuse, Baker ouvre un cabaret-restaurant, fonde un magazine et devient une des artistes les mieux payées en Europe. Ces « garçonnes » sont les premières à gérer une galerie ou une maison d’édition, à diriger des ateliers dans des écoles d’art. Elles se démarquent en représentant des corps nus, tant masculins que féminins, en interrogeant les identités de genre.

Marie-Clémentine Valadon dite Suzanne Valadon (1865-1938), ancien modèle et peintre autodidacte :
La Chambre bleue, 1923, huile sur toile
Femme aux bas blancs, 1924, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Aleksandra Mitrofanovna Beļcova dite Aleksandra Beļcova (1892–1981) :
La Joueuse de tennis, 1927, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Marie-Joséphine Vallet dite Jacqueline Marval(1866-1932) :
La Baigneuse au maillot noir, 1923, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Curieusement, la seule création de Sonia Delaunay (1885-1979) présente dans cet l'exposition est ce vêtement de bain, vers 1928, haut en bayadère multicolore imprimée sur crêpe de Chine, soie doublée d'un tissu uni blanc, bas en jersey de laine uni rouge.

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Terminons la visite de cette salle sur quelques témoignages de la popularité de Joséphine Baker, notre dernière panthéonisée.

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Dans la salle suivante, Chez soi, sans fard, des artistes, peintres et sculpteurs, que l'on retrouvera au long du parcours.

Tandis que le corps des femmes s’expose librement sous le soleil, il se réinvente aussi chez soi, sans fard. Ces odalisques modernes se représentent dans leurs intérieurs, inventant une nouvelle forme de naturalisme.
Plus besoin de paraître ni de faire semblant : la maternité peut être fatigante ; les poses des nus excentriques ; le déshabillé une échappatoire aux diktats des regards et des devoirs domestiques. Dans l’immédiate après-guerre, Mela Muter et Maria Blanchard, en tant qu’artistes étrangères installées à Paris, réagissent aux inégalités de classes de la société française face à une politique qui milite pour une croissance de la natalité. Leurs madones sont des ouvrières ou des domestiques, d’origine espagnole ou africaine, qui s’éloignent de l’image traditionnelle de la maternité heureuse. Le discours est différent pour Chana Orloff et Tamara de Lempicka. Les sculptures de mères autonomes et indépendantes d’Orloff exaltent une vision puissante de la femme, capable d’assumer à la fois le rôle des deux parents et celui d’une artiste à succès vivant de son art. Loin de toute préoccupation sociale, Lempicka traduit en peinture le cadrage serré du cinéma hollywoodien en vogue à l’époque. Le traitement de ses figures met en lumière leur sensualité et leur glamour tout en les intégrant dans une vie mondaine semblable à la sienne.

Maria Mélania Mutermilch dite Mela Muter (1876–1967) : Famille gitane, vers 1930, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Maria Blanchard (1881-1932) :

La Toilette, 1924, huile sur toile
Maternité, 1921, huile sur toile
Maternité, 1922, huile sur toile

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Chana Orloff (1888-1968) :

Maternité Couchée, 1923, bronze
Moi et mon fils, 1927, bronze

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)
Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Maria Górska dite Tamara de Lempicka (1898–1980) : Mère et son enfant, 1932, huile sur contreplaqué

Pionnières - artistes dans le Paris des années folles (1/2)

Nous poursuivrons la visite de cette exposition originale dans un prochain billet.

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16 avril 2022 6 16 /04 /avril /2022 08:00

Un peu d'art contemporain pour changer, à l'occasion du vernissage le 6 avril dernier de l'exposition consacrée à Félix González-Torres et Roni Horn par la Bourse de commerce - Pinault Collection. Felix González-Torres, né le 26 novembre 1957 à Guáimaro, à Cuba et mort le 9 janvier 1996 à Miami, est un artiste américain d'origine cubaine, influencé par le minimalisme et l'art conceptuel. Roni Horn, née le 25 septembre 1955, à New York, est une artiste et écrivaine américaine. Son œuvre, développée durant plus de quarante ans, comprend de la sculpture, du dessin, de la photographie et des installations site-specific. L'exposition est ainsi présentée par les organisateurs :

Conçue à partir de quatre œuvres emblématiques de la Pinault Collection, montrées pour la première fois au public français – « Untitled » (For Stockholm) (1992) et « Untitled » (Blood) (1992) de Felix Gonzalez-Torres ; Well and Truly (2009-2010) et a.k.a. (2008-2009) de Roni Horn, cette exposition souligne les principes de dédoublement, de dualité, de complexité dans la répétition et d’identité à l’œuvre dans les pratiques respectives des deux artistes. Elle retrace aussi une conversation artistique commencée en 1991 entre Roni Horn et Felix Gonzalez-Torres, nourrie jusqu’à la disparition de ce dernier en 1996, et vivante encore aujourd’hui, notamment à travers cette présentation.

Roni Horn a elle-même participé à son installation.

A l'entrée, de Félix González-Torres,  “Untitled" (Perfect Lovers), 1987-1990
Horloges murales
Taille originale des horloges: 34,3 cm de diamètre chacune

Un vernissage à la Bourse de Commerce

Dans toute l'exposition, est déployée l'œuvre de Felix González-Torres :

"Untitled” (For Stockholm), 1992
Ampoules, douilles en porcelaine et cordon électrique
Douze parties

La première salle, très dépouillée,...
 

Un vernissage à la Bourse de Commerce
Un vernissage à la Bourse de Commerce

...comprend en outre, de Roni Horn :

Well and Truly, 2009-2010
Verre moulé solide brute de coulée
Dix parties : 45.7 x 91,4 cm

Un vernissage à la Bourse de Commerce

On accède à la deuxième salle en traversant, de Felix González-Torres :

“Untitled” (Blood), 1992
Rideaux de perles et dispositif de suspension
Dimensions variables
 

Un vernissage à la Bourse de Commerce
Un vernissage à la Bourse de Commerce
Un vernissage à la Bourse de Commerce

Aux fenêtres de cette salle, de Felix González-Torres :

"Untitled" (Loverboy), 1989
Tissu bleu transparent et dispositif de suspension
Dimensions variables

Un vernissage à la Bourse de Commerce
Un vernissage à la Bourse de Commerce
Un vernissage à la Bourse de Commerce

Au mur, de Roni Horn :

Double Mobius, v.2, 2009/2018
Deux rubans en or pur et deux chevilles en plastique
Deux rubans, chacun : 6,4 x 152,4 x 0,002 cm
Deux chevilles, chacune : 4,8 x 3,2 cm
 

Un vernissage à la Bourse de Commerce

Roni Horn :

Dog's Chorus - Let Slip Until the Cows Come Home, 2016
Aquarelle, plume et encre, gomme arabique sur papier aquarelle, ruban adhésif
Avec cadre : 80 x 56,8 x 4,1 cm (gauche) / 81 x 54,3 x 4,1 cm (centrE) / 81,3 x 55,9 x 4,1 cm (droite)
 

Un vernissage à la Bourse de Commerce
Un vernissage à la Bourse de Commerce
Un vernissage à la Bourse de Commerce
Un vernissage à la Bourse de Commerce

Appuyé contre une paroi :

Roni Horn :

White Dickinson
HE INHERITS HIS UNCLE EMILY'S ARDOR FOR THE LIE
, 2006-2007
Aluminium massif et plastique blanc moulé, 226,7 x 5,1 x 5,1 cm

Un vernissage à la Bourse de Commerce
Un vernissage à la Bourse de Commerce

a.k.a., 2008-2009
Tirages jet d'encre sur papier chiffon, trente photographies jumelées
Avec cadre, chacun : 43,1 x 37,9 x 3 cm

Trente portraits photographiques de Roni Horn – choisis par ses soins dans ses archives privées et familiales – sont présentés par paires. À chaque photo d’elle enfant ou adolescente répond une vue à l’âge adulte. La question de l’ambivalence de soi est centrale dans cette série de portraits intitulée a.k.a – acronyme de also known as. Se joue devant les yeux du spectateur l'identité fragmentée et multiple de l'artiste et, par extension, de chaque individu.

Un vernissage à la Bourse de Commerce
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Dans cette salle, deux dernières oeuvres de Félix González-Torres :

“Untitled” (Orpheus, Twice), 1991
Miroir
Dimensions variables
Deux parties : 195 x 70 cm

et au sol

 "Untitled” (Passport), 1991
Papier, approvisionnement illimité
Hauteur idéale de 10 cm x 60 x 60 cm (dimensions originales du papier)

Un vernissage à la Bourse de Commerce
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Faisant pendant aux deux horloges de  Félix González-Torres à l'entrée de l'exposition, nous retrouvons à la sortie une œuvre de Roni Horn :

Dead Owl, 1997
Deux impressions jet d'encre, 73.7 x 73.7 cm chacune

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9 avril 2022 6 09 /04 /avril /2022 08:00

YVES SAINT LAURENT AUX MUSÉES célèbre le 60e anniversaire du premier défilé d’Yves Saint Laurent. Le couturier, tout juste âgé de 26 ans, signe le 29 janvier 1962 sa première collection sous son propre nom.

Cette exposition anniversaire se déploie dans six musées parisiens : nous vous proposons de la découvrir dans quatre d'entre eux.

Musée d'Orsay

Deux espaces d'expo séparés : dans une salle près de l'horloge, quelques vêtements, devant un portrait du maître en 1980 par Antony Armstrong-Jones (Lord Snowdon) 1930-2017.

 

 

Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées

Dans une salle du cabinet des gravures, des croquis de coiffes et de décors réalisés pour le Bal des Têtes ,1957 (gouache, pastel, encre et crayon graphite sur papier)

A l'occasion d'un bal donné par le baron Alexis de Rédé, le 23 juin 1957, à l'hôtel Lambert, Yves Saint Laurent dessine coiffes et décors. Le bal des Têtes évoque un passage du Temps retrouvé, dernier tome de La Recherche, où le narrateur, croisant chez la Princesse de Guermantes la plupart de ceux qu'il a fréquentés par le passé, les juge difficilement reconnaissables car « chacun d'eux semblait s'être fait une tête, généralement poudrée, et qui les changeait complètement. »  D'une grande sophistication, ces dessins préparatoires laissent présager la brillante carrière de ce jeune homme, tout juste âgé de 21 ans.

Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées

Croquis de recherches pour les robes du bal Proust, 1971 (crayon graphite sur papier) ; croquis de robe pour Jane Birkin et pour Marie-Hélène de Rothschild, bal Proust, 1971 (feutre sur papier)

C'est au château de Ferrières que se tint, le 2 décembre 1971, le bal Proust, donné par le baron et la baronne Guy de Rothschild. Pour le bal Proust, Yves Saint Laurent reçoit plusieurs commandes, dont témoignent ses nombreux croquis de robes du soir à la taille marquée, aux manches gigots ou volantées dans des tissus souples, portées par des femmes aux silhouettes élancées et aux chignons hauts comme à la Belle Époque.

Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées

Croquis de recherche pour les costumes de L'Aigle à deux têtes de Jean Cocteau, 1978 (feutre et pastel sur papier)

Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées

et pour finir avec Orsay, une série de photographies de 1971 par Cecil Beaton (1904-1980)

Photographe, illustrateur, décorateur pour le cinéma et le théâtre, Cecil Beaton est un fidèle collaborateur de Vogue. À la demande du magazine, il photographie, à la manière de Nadar, les convives du bal Proust. Habillée par Yves Saint Laurent, Hélène Rochas apparaît en Odette de Crécy avec un décolleté ponctué de cattleyas blancs. Dans une atmosphère proche de l'atelier de Nadar, Beaton transforme chaque convive en fiction photographique, démarche qui aurait séduit Proust, qui s'inspira lui-même des portraits de Nadar pour créer ses personnages.

Marisa Berenson

Yves Saint Laurent aux musées

Baronne Guy de Rothschild

Yves Saint Laurent aux musées

Hélène Rochas

Yves Saint Laurent aux musées

Jane Birkin

Yves Saint Laurent aux musées

Jacqueline de Ribes

Yves Saint Laurent aux musées

Musée d'art moderne de la ville de Paris

Commençons aussi par un portrait :

Andy Warhol (1928-1987) : Portraits d'Yves Saint Laurent ,1972, encre sérigraphique et peinture polymère sur toile

Yves Saint Laurent et Pierre Bergé rencontrèrent Andy Warhol en 1968 et devinrent aussitôt amis.

Yves Saint Laurent aux musées

Des modèles du créateurs ornent les grandes salles du musée :

- devant La Fée électricité, gigantesque ensemble de 250 panneaux réalisé par Raoul Dufy pour l'Exposition universelle de 1937 à Paris

Yves Saint Laurent aux musées

Dans les salles Matisse, devant La Danse "inachevée" (1930-1931)

Yves Saint Laurent aux musées

et devant La Dance "de Paris" (1931)

Yves Saint Laurent aux musées

Les mêmes de dos, avec les panneaux de Daniel Buren en arrière-plan

Yves Saint Laurent aux musées

Des modèles rappelant les années 1930, avec en arrière-plan Les Sports, décoration monumentale de 45 panneaux en laque dorée à la feuille réalisée en 1935 pour le paquebot Normandie par Jean Dunand (1877-1942), et le Portrait de Renée Maha, dite Le Sphynx de Kees Van Dongen (1877-1968), 1920, huile sur toile.

Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées

Blouse normande en satin gris perle, automne-hiver 1962
Paletot en velours noir brodé de "poussières" d'argent, automne-hiver 1983
Robe en panne de velours de soie, automne-hiver 1975

mis en valeur dans de petites alcoves

Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées
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Dans la salle des Bonnard, Vuillard,...des robes aux dessins colorés

Yves Saint Laurent aux musées

Vêtements plus complexes devant des Giorgo de Chirico

Yves Saint Laurent aux musées

Terminons pour ce musée avec une harmonieuse série :

Blouson  en lainage jacquard tricolore blanc, bleu et noir, printemps-été1966
Caban en lainage jacquard marine, printemps-été 1966
Robe en crêpe de soie noir, vert et blanc, printemps-été 1969
Veste en lainage jacquard vert et blanc, printemps-été 1966

Yves Saint Laurent aux musées

Musée du Louvre

Dans la galerie d'Apollon, derrière la victoire de Samothrace, où sont exposés les joyaux de la couronne de France, le Louvre apporte sa pierre à la manifestation avec quatre vestes particulièrement précieuses - même si elles sont difficiles à photographier...

Veste en gazar noir brodé d'or, printemps-été 1980

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Caraco en organza brodé de paillettes, pierres et chenille, automne-hiver 1981

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Veste Hommage à ma maison en organza brodé d'or et de cristal de roche, printemps-été 1990

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Veste Miroir brisé en velours noir brodé d'or, d'argent et de rhodoïd, automne-hiver 1978

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Musée national d'art moderne (Centre Pompidou)

Sans doute une des plus réussies des parties de l'exposition, ces associations d'œuvres et de créations d'Yves Saint Laurent proposées au Centre Pompidou.
Henri Matisse : La Blouse roumaine, huile sur toile, avril 1940
Ensemble inspiré par Henri Matisse, blouse d'étamine de laine brodée de paillettes, rocailles et chenille, jupe de velours, ceinture de velours et passementerie, automne-hiver 1981 

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Pablo Picasso, Le Violon, huile sur toile, 1914
Cape Hommage à Georges Braque, drap de laine brodé de paillettes, tubes, rocailles et daim, printemps-été 1988
 

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La petite salle consacrée à Fernand Léger est fermée pour une raison mystérieuse, la robe qui y est exposée recouverte d'un emballage blanc...

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Pablo Picasso, Arlequin et femme au collier, huile sur toile, 1917
Robe Hommage à Pablo Picasso, crêpe de satin noir et blanc, automne-hiver 1979

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Au milieu de la salle consacrée aux peintures de Sonia et Robert Delaunay, une robe aux motifs assortis.

Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées

Piet Mondrian (1872-1944), Composition en rouge, bleu et blanc II, huile sur toile,1937
Robe Hommage à Piet Mondrian, jersey de laine écru incrusté de noir, rouge, jaune et bleu, automne-hiver 1965

Yves Saint Laurent aux musées

Près du tableau de Wifredo Lam (1902-1982) Pasos miméticos I, huile sur toile, 1950, un manteau , raphia et col de macramé brodé de perles de bois, Printemps-été 1967

Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées

Au milieu d'une salle, Robe de soir long, organza brodé de rhodoïd et de perles de boisprintemps-été 1967

Parmi les pièces de la collection printemps-été 1967 figure cette longue robe en organza brodée de perles et de rhodoïd dont les motifs géométriques renvoient aux textiles bogolan du Mali. Yves Saint Laurent reconnaît à son sujet que « c'est une robe faite pour être présentée uniquement », ajoutant qu'il « serait ridicule de la prendre pour une « robe à mettre ». C'est un totem. » Avec sa poitrine conique, cette pièce exceptionnelle n'est pas sans évoquer les sculptures surréalistes d'Alberto Giacometti, manifestant la même tension entre menace et érotisme.

Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées

Martial Raysse, né en 1936, Made in Japan - La Grande Odalisque, peinture acrylique, verre, mouche, passementerie en fibre synthétique, sur photographie marouflée sur toile, 1964
Manteau, fourrure de renard vert, Printemps-été 1971

Yves Saint Laurent aux musées

Gary Hume, né en 1962, The Moon [La Lune], peinture laquée sur panneaux d'aluminium, 2009
Robe Hommage à Tom Wesselmann, jersey de laine violet, noir et rose, automne-hiver 1966

Yves Saint Laurent aux musées

Ellsworth Kelly (1923, 2015),  Black White, [Noir Blanc] huile sur toile, 1988
Robe de soir long, crêpe de soie noir, automne-hiver 1965

Yves Saint Laurent aux musées

Nous retrouvons l'artiste libanaise Etel Adnan (1925-2021), voir notre billet du 2 juin 2021, avec quatre petites huiles sur toile, Sans titre, 2010 à côté d'une robe Hommage au pop art,  jersey de laine incrusté de bleu, jaune, marine et orange, automne-hiver 1966

Yves Saint Laurent aux musées
Yves Saint Laurent aux musées

Terminons avec ce bel ensemble installé devant le salon Agam,  réalisé entre 1972 et 1974 par l'artiste israélien Yaacov Agam pour aménager l'antichambre des appartements privés de Georges Pompidou au palais de l'Élysée.

Robe,  étamine de laine imprimée de motifs géométriques marron, orange et bleu, automne-hiver 1968
Robe, crêpe de soie noir imprimé de pois orange et blanc, printemps-été 1969
Jumpsuit, crêpe de soie noir imprimé de motifs géométriques ivoire et marron, automne-hiver 1970

Yves Saint Laurent aux musées
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2 avril 2022 6 02 /04 /avril /2022 08:00
Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

Nous reprenons la visite de l'exposition de l'Orangerie sur le Décor impressionniste avec cette décoration pour l'hôtel particulier de Victor et Marie Chocquet, 7 rue Monsigny à Paris, Nymphes au bord de la mer, dit aussi La Barque et les baigneurs, huile sur toile, vers 1890, qui orne le dessus de la porte d'entrée de la salle suivante :

« Un peu de gaieté sur un mur»

A partir des années 1880, les impressionnistes actualisent pour leur clientèle les sujets traditionnels du décor intérieur. Se tournant vers le passé, ils puisent à des sources diverses, du nu antique au XVIIIe siècle français. Renoir s'intéresse de près à l'architecture et admire la peinture murale de la Renaissance. Œuvre mûrement réfléchie, son Essai de peinture décorative, dit aussi Les Grandes Baigneuses, fait la synthèse de ces principes et traditions en une scène allègre à la luminosité de porcelaine. Selon Renoir, la finalité de la peinture est bien de « mettre un peu de gaieté sur un mur».
Dans son appartement parisien, Berthe Morisot fait cohabiter un décor qu'elle exécute d'après une toile de François Boucher, peintre du XVIIIe siècle, et un grand panneau décoratif peint pour elle par son ami Monet: une vue de villas récentes au milieu de foisonnants jardins méditerranéens. Elle mêle ainsi aux grâces délicates et fleuries du XVIIIe siècle un paysage moderne et exotique, éclatant de lumière.

Au milieu de cette salle, deux vases de faïence décorés :
- Femme assise, de Pierre-Auguste Renoir, 1900 ou 1906
- La Ronde des enfants, de Mary Cassatt, vers 1903
l'un et l'autre réalisés avec le céramiste André Metthey (1871-1920), souvent rencontré dans ce blog.

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

Pierre-Auguste Renoir :

Baigneuses. Essai de peinture décorative, dit aussi Les Grandes Baigneuses, huile sur toile, 1884-1887

Comme l'indiquent son échelle monumentale, sa technique voulant imiter la fresque, et son titre, ce tableau a pour Renoir valeur de manifeste décoratif. Il fait référence à la grande tradition décorative, de Raphaël (1483-1520) au sculpteur François Girardon (1628-1715) : le peintre s'inspire du bas-relief d'un des bassins du château de Versailles, Le Bain des nymphes (1668-1670). Ces nus en plein air, au dessin précis, marquent une rupture et un jalon dans l'œuvre de Renoir. Le tableau fut mal compris par les critiques qui le voient exposé en 1887. Prêt exceptionnel du musée de Philadelphie, il ne l'avait pas quitté depuis plus de quatre-vingts ans, et n'avait pas été présenté en France depuis 1922.

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

- Tannhäuser (1er acte), dit aussi Apparition de Vénus à Tannhäuser 
Tannhäuser (dernier acte), dit aussi Wolfram et Vénus (scène du 3e acte de Tannhäuser), huile sur toile, 1879
Décoration pour l'atelier de Jacques-Émile Blanche au Bas-Fort-Blanc à Dieppe

Le jeune peintre Jacques-Émile Blanche, fervent admirateur de Renoir, commande à ce dernier un décor pour l'atelier qu'il se fait construire sur la propriété de ses parents à Dieppe, au Bas-Fort-Blanc. Ces dessus-de-porte illustrent deux scènes de l'opéra Tannhäuser de Richard Wagner, violemment critiqué lors de sa première à Paris presque vingt ans auparavant. Choisi par Blanche, le thème inspire Renoir, qui peint ici avec une touche souple et sensuelle les amours tourmentées du héros Tannhäuser.

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

Danseuse aux castagnettes et Danseuse au tambourin, huile sur toile, 1909

Décoration pour la salle à manger de l'appartement de Maurice Gangnat, 24 avenue de Friedland à Paris

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

Nu d'homme dans un paysage, dit aussi Le Fleuve, huile sur toile,1885

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

Berthe Morizot (1841 - 1895) : Vénus va demander ses armes à Vulcain, dit aussi Vénus dans la forge de Vulcain, copie d'après François Boucher, huile sur toile, 1883-1884
Claude Monet : Les Villas à Bordighera, huile sur toile, 1884
Décoration pour le salon blanc de l'appartement de Berthe Morisot, 40 rue de Villejust (actuelle rue Paul Valéry) à Paris

En 1883 Berthe Morisot s'installe au rez-de-chaussée d'un immeuble qu'elle et son mari ont fait construire au 40 rue de Villejust à Paris. Dans le salon-atelier, aux murs tendus de rose, elle place deux décorations : une copie qu'elle exécute d'après un détail d'une peinture de Boucher et Les Villas de Bordighera, commandée à Monet. Le peintre répète une composition peinte peu avant en Italie, tout en accentuant la vivacité de ses coloris. « Ce n'est pas un tableau mais une décoration très crue ou peut-être pas assez crue » écrit-il, « il faut voir cela en place.» L'œuvre de Monet est installée en dessus-de-porte et Morisot la garde toute sa vie.

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

Dans cette salle, encore deux décorations de Berthe Morizot :

Bergère couchée, huile sur toile, 1891
Le Cerisier, huile sur toile, 1891

De l'été 1891 à l'hiver suivant, Morisot se consacre à cette composition dont elle réalise trois versions ; celle-ci, par son format vertical comme par sa taille, a tout d'un panneau décoratif. Morisot avait en tête de créer pour son appartement un cycle de quatre panneaux, projet finalement abandonné. Ici, sa fille Julie Manet pose avec sa cousine Jeannie Gobillard. Élevées dans une famille d'artistes et d'intellectuels parisiens, ces jeunes filles s'affairent à cueillir des fruits qui sont aussi, symboliquement, ceux de la connaissance, comme dans le décor monumental exécuté peu après par Mary Cassatt pour l'Exposition universelle de Chicago.

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

Fleurs et jardins

Par leur infinie variété, les fleurs et les bouquets constituent le motif décoratif par excellence, largement répandu au XIXe siècle. Habiles à saisir sur la toile la beauté éphémère de la nature, les impressionnistes s'illustrent dans la peinture de fleurs. Leurs tableaux et panneaux décoratifs se couvrent de bouquets colorés, parfois à la demande de clients, comme les panneaux de porte exécutés par Monet pour son marchand, Paul Durand-Ruel, au début des années 1880. Fleurs et plantes envahissent aussi les décors destinés à leurs propres intérieurs, comme ceux de Gustave Caillebotte pour sa maison du Petit-Gennevilliers, dix ans plus tard.
Pour ces peintres férus d'horticulture, jardinage et décoration participent d'un même élan créatif. Avec un regard neuf, ils revitalisent la peinture décorative, réveillée par l'influence stimulante de l'art japonais. Celle-ci se retrouve dans les motifs floraux d'un service de table comme à la surface de leurs toiles. Par ces audaces de cadrage, les fleurs deviennent ornements purs et évoluent vers un décor impressionniste, enveloppant et immersif.

Claude Monet :
Chrysanthèmes, huile sur toile, 1897
Massif de chrysanthèmes, huile sur toile,1897

Avec ces toiles imposantes, Monet rend hommage à Caillebotte dont il avait reçu, peu après la mort de l'artiste, les Chrysanthèmes présentés dans cette salle. Ici, le regard se concentre sur des fleurs au milieu d'un parterre, vues en gros plan. Les chrysanthèmes semblent flotter à la surface de la toile, émergeant d'un dense fond de feuillage avec une grâce vaporeuse. Abolissant toute idée de limite et de perspective, voire de sujet, Monet traite l'espace en décorateur : avec ses arrangements chromatiques sophistiqués, il crée un motif purement ornemental et infiniment séduisant.

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

Panneaux de portes de l'appartement de Paul Durand-Ruel, 35 rue de Rome à Paris, huile sur toile
Azalées rouges en pot, 1883
Dahlias,1883
Branche d'azalées blanches et roses, 1885
Chrysanthèmes,1883
Pêches, 1883
Panier de pommes, 1885


En 1882, le marchand d'art Paul Durand-Ruel commande à Monet des panneaux pour orner cinq portes de la salle à manger de son appartement parisien rue de Rome : écrin pour sa collection d'oeuvre: impressionnistes, d'une importance alors inégalée ; occasionnellemet showroom ouvert à ses clients.
 

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

Gustave Caillebotte :
Chrysanthèmes blancs et jaunes. Jardin du Petit-Gennevilliers, huile sur toile, 1893
Cultivés au Japon depuis quinze siècles, les chrysanthèmes connaissent en Europe, à la fin du XIXe siècle, une vogue particulière, célébrés pour leur éclat et leur floraison tardive. Ceux représentés ici poussent dans des pots de terre, entraperçus en bas de la toile - et sans doute à l'air libre, devant un mur de pierre. Dans cet espace sans profondeur, les fleurs surgissent vers nous en un jaillissement désordonné de tiges, feuilles et pétales, ébouriffés par la pluie ou le vent. Le tableau, que Monet posséda pendant plus de trente ans, lui inspira ses propres compositions de chrysanthèmes.
 

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

Quatre panneaux de porte pour la maison de l'artiste au Petit-Gennevilliers : Orchidées (cattleya et anthurium)Cattleya et anthurium, Orchidées à fleurs blanches, Cattleya et plantes à fleurs rouges, huile sur toile, 1893

Dans sa maison du Petit-Gennevilliers, construite dix ans plus tôt, Caillebotte peint ces huit toiles pour décorer deux portes de son salon-salle à manger. Jardinier émérite, il y représente sa serre, située dans son jardin, garnie de ses plantations: orchidées, bégonias ou langues de feu. Par un effet de trompe-l'oeil, traditionnel dans le vocabulaire décoratif mais ici revivifié par l'artiste, ces portes font entrer chez Caillebotte le jardin qui l'a tant passionné.

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
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Parterre de marguerites, huile sur toile, vers 1892-1893

Décoration pour la maison de l'artiste au Petit-Gennevilliers

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

Félix Bracquemont (1833 - 1914), auteur du décor
Haviland & Cie, éditeur
Barluet & Cie, fabricant

Service à fleurs et rubans, 1879, faïence fine, décor imprimé à partir d'eaux fortes et peint sous couverte

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
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« Aquarium fleuri » et «grandes décorations »

En 1893, dix ans après s'être installé à Giverny, Monet entreprend d'aménager chez lui ce qu'il appelle un « jardin d'eau », pour l'«agrément » mais aussi dans un but [d'avoir des] motifs à peindre ». Il fleurit le bassin et ses rives, œuvre  décorative en soi et source d'inspiration féconde pendant plus d'un quart de siècle. Dès la fin des années 1890, le thème des nymphéas prend dans sa peinture une dimension décorative: «transporté le long des murs, enveloppant toutes les parois de son unité », il procure, selon Monet, « l'illusion d'un tout sans fin». Il songe alors à décorer un salon ou une salle à manger qui « aurait offert l'asile d'une méditation paisible au centre d'un aquarium fleuri». Le projet n'aboutit pas, mais les séries des « bassins aux nymphéas » et des « paysages d'eau » créent, lorsqu'elles sont exposées galerie Durand-Ruel à Paris, une impression d'enveloppement qui frappe les visiteurs En 1914, Monet change d'échelle et entame ce qu'il nomme ses «grandes décorations ». Elles aboutiront au cycle des Nymphéas du musée de l'Orangerie.
 

Émile Gallé (1846-1904) :

Eaux dormantes, pot couvert, 1889-1890
Cristal soufflé à plusieurs couches, fond maté, couche superficielle partiellement martelée, cassons de verres gravés, inclusions de parcelles métalliques (argent et mica), application à chaud de cabochons gravés, décor gravé et taillé
L'Étang, vase diabolo à quatre pans, entre 1898 et 1900
Verre multicolore marbré, à couches multiples, décor gravé à la roue et en camée à la roue à la base de l'oeuvre
La Mer, vase en forme d'oignon, 1900
Verre coloré, inclusions de parcelles métalliques, marqueterie de verre, filets, applications, décor gravé à la roue
 La Mer, vase cornet, 1900
Cristal à deux couches, couche superficielle partiellement martelée, inclusions de parcelles métalliques (or et platine), marqueterie de verres gravés, perles de verre collées

Autour de 1900, Monet et le maître verrier Emile Gallé puisent à une source de motifs communs tels que les nymphéas, les fleurs aquatiques, et plus généralement les jeux de reflets, de transparence ou de densité de l'eau. Gallé superpose les couches de verres pour suggérer la profondeur, créant une impression de mystère. Comme chez Monet, ces effets reposent toutefois sur une observation exigeante de la nature. Les deux artistes ne travailleront jamais ensemble mais, au début du XXe siècle, le critique d'art Roger Marx rapproche leur démarche.

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

Chôyôdô Yûkoku : Fleurs et herbes d'été et d'automne, encre et lavis colorés sur fond de feuilles d'argent, paravent à deux volets, époque d'Edo (1603-1868). milieu du XVIIIe siècle,

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
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Claude Monet :

Le Bassin aux nymphéas, huile sur toile, 1899
Le Bassin aux nymphéas, harmonie verte, huile sur toile, 1899
Le Bassin aux nymphéas, harmonie rose, huile sur toile, 1900

En 1899, Monet réalise douze vues du motif du bassin aux nymphéas, suivies d'un ensemble de six autres en 1900. Cette même année, il en montre une dizaine à la galerie Durand-Ruel. Le bassin et sa végétation sont représentés comme un tout mêlé, presque indistinct. Eau, terre et ciel s'interpénètrent et se fondent en une profusion colorée qui sature la surface picturale en un effet de « all over ». Les visiteurs de la galerie perçoivent et interprètent cette série comme un ensemble décoratif.

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

Deux toiles Nymphéas de 1908

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

Manufacture de la Savonnerie (Edmond Coupigny, licier) d'après Claude Monet : Nymphéas, Tapis velours, laine, 1911-1913
Manufacture de la Savonnerie (Henri Issartial, licier) d'après Claude Monet : Nymphéas, Tapis velours, laine, 1911-1913

Vers 1911 sont exécutées trois « savonneries », tissages en fil de laine d'après des tableaux de nymphéas de Monet : l'une de format circulaire et les deux rectangulaires exposées ici.

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)

Les organisateurs suggèrent de terminer la visite par les salles des Nymphéas, installation permanente et joyau du Musée.

Installés au musée de l'Orangerie depuis 1927, les Nymphéas de Monet couronnent plusieurs décennies d'expérimentations de l'artiste dans ce domaine. L'exposition remonte ainsi aux sources des Nymphéas, parcourant plus de cinquante ans d'œuvres décoratives produites par les impressionnistes.
Dès la fin des années 1890, Monet se consacre presque exclusivement à la représentation des nymphéas de son bassin ornemental à Giverny. Il songe à les magnifier dans un décor de grandes dimensions. À partir de 1915, il peint « de l'eau, des nymphéas, des plantes, mais sur une très grande surface », au cœur de son atelier.
À l'armistice de novembre 1918, «en hommage [...] à la paix conquise », Monet fait don à l'État de ses panneaux. Par son espace immersif, ses cadrages décentrés, ses effets de couleurs et d'abstraction, ce cycle dégage une harmonie puissante et radicale. Comme dans ses peintures de barques voguant sur l'Epte, exécutées trente ans plus tôt, Monet bouleverse la conception traditionnelle du paysage et celle du décor.

Des vues des huit grands panneaux, quatre dans chacune des grandes salles elliptiques...

Le décor impressionniste - Aux sources des Nymphéas (2/2)
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...et quelques détails.

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26 mars 2022 6 26 /03 /mars /2022 09:00

Au musée de l'Orangerie, très belle exposition explorant un pan méconnu de l'impressionnisme, en rassemblant des œuvres ornementales exécutées par ces artistes, avec en point d'orgue le plus ambitieux des décors impressionnistes, les Nymphéas de Monet, "grande décoration" installée à l'Orangerie depuis plus d'un siècle, avant même que celle-ci ne devienne le musée actuel.

«Peintures idiotes»

Dès la fin des années 1850, Pierre Auguste Renoir, Claude Monet ou encore Camille Pissarro exécutent leurs premières œuvres décoratives. Ce sont des commandes souvent amicales ou familiales, des expédients alimentaires caractéristiques des années de formation des artistes à l'époque. Cette «peinture idiote, [ces] dessus de portes, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires», chantés par Arthur Rimbaud, incorporent un nouveau langage pictural, plus réaliste et aux couleurs franches. Les futurs impressionnistes explorent la thématique florale, traditionnelle dans les décors des demeures privées. Avec le paysage, Pissarro et Monet introduisent dans la peinture décorative le plein air et les tons clairs. Ces panneaux se distinguent du reste de leur production par leurs formats, oblongs ou carrés. De son côté, le jeune Paul Cézanne couvre les murs du salon de la maison familiale près d'Aix-en-Provence : l'ensemble, puissant et expressif, reste une expérience singulière.

Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) :
Le Clown musical, huile sur toile, 1896, probable décoration pour le café du Cirque Napoléon (aujourd'hui Cirque d'Hiver) à Paris

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- Nature morte : Fleurs, dit aussi Fleurs dans la serre, huile sur toile, 1864

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Claude Monet (1840-1926) : Fleurs de printemps, huile sur toile, 1864

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Édouard Manet (1832-1883) : Vase de pivoines sur piédouche, huile sur toile, 1864

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Paul Cézanne (1839-1906) : Dahlias dans un grand vase de Delft, huile sur toile, vers 1873

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Camille Pissarro (1830-1903) :
- Vaches s'abreuvant dans l'étang de Montfoucault, automne
- L'Étang de Montfoucault en hiver, effet de neige

Décoration pour la salle à manger de la maison d'Alfred Nunès, cousin de l'artiste, à Yport
Huile sur toile, 1875

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Claude Monet :
- L'Aiguille vue à travers la porte d'Amont
- L'Aiguille vue à travers la porte d'Aval 

Décorations sur porte d'armoire pour la salle à manger de l'Hostellerie des Vieux-Plats à Gonneville-la-Mallet
Huile sur bois, 1885-1886

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Charles Le Cœur (1830-1906) : Projet pour l'Hôtel du Prince Georges Bibesco, 22 boulevard de Latour Maubourg, Paris, 1870-1872
Cheminée de la salle d'armes, coupe transversale, vue de la galerie Crayon graphite, plume et encre, aquarelle et lavis d'aquarelle, pastel, gouache dorée
Plafond du Grand Salon, coupe sur le grand escalier, plafond de la salle à manger et plafond de la salle d'armes Plume, encre noire, aquarelle, rehauts d'or et de gouache blanche

Grâce à son ami l'architecte Charles Le Cœur, Renoir obtient une commande qui pour la première et unique fois de sa carrière l'associe à la décoration d'une grande demeure aristocratique. A partir d'un projet initié en 1868, le peintre exécute trois ans plus tard les plafonds de deux salons et la cheminée de la salle d'armes, libre interprétation du blason d'un ancêtre du commanditaire. Renoir passe ainsi des arts industriels - c'est-à-dire de la décoration appliquée à des objets fabriqués mécaniquement dans des manufactures - à la « grande » décoration. Il n'y laisse toutefois guère transparaître sa personnalité artistique. L'hôtel et ses décors sont détruits en 1911 sans que le peintre semble s'en émouvoir.

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Armand Guillaumin (1841-1927) : Pissarro peignant un store, huile sur toile, vers 1868

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Camille Pissarro : Les Quatre Saisons

Dessus-de-porte probablement pour la salle à manger de la maison de Gustave Arosa, 14 rue du Calvaire à Saint-Cloud, huile sur toile

Le Printemps (1872) - L'Été (1872-1873) - L'Automne (1872-1873) - L'Hiver à Louveciennes (1872-1873)

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Dans une alcôve au fond de cette première salle, les décorations peintes par Paul Cézanne pour le grand salon du Jas de Bouffan, propriété de ses parents.

En 1860, le jeune Cézanne, encore étudiant en droit à Aix mais bien résolu à devenir artiste, se lance dans l'exécution de peintures décoratives pour les murs du salon de la maison familiale récemment acquise par son père. Dans cette vaste pièce désaffectée qui lui sert également d'atelier, il peint un cycle allégorique des saisons ornant une alcôve à fond plat. Signées « Ingres » en un hommage distancié au maître, ces quatre grandes figures aux proportions imparfaites témoignent de l'ambition de Cézanne qui se mesure ici, non sans ironie, au défi de la peinture décorative. Quelques années plus tard, le peintre exécutera dans cette alcôve un portrait de son père, peint dans une tout autre manière.

Il s'agit d'huile sur plâtre transposée sur toile au moment où ces œuvres ont été retirées des murs et dispersées vers 1912.

Les Quatre saisons datent de 1860-1861

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Le portrait de Louis Auguste Cézanne, père de l'artiste, vers 1865

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Deux autres décorations murales un peu plus tardives (vers 1869) :

-Le Christ aux Limbes, copie d'après Sebastiano del Piombo
- La Madeleine, dit aussi La Douleur

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Le décor de la vie moderne

Au cours des années 1870, au fil d'expositions indépendantes, les impressionnistes affichent leurs ambitions dans le domaine de la décoration. Ils y montrent des œuvres que leurs titres et leurs dimensions désignent comme « décoratives ». Certains reçoivent des commandes, comme Monet, mais le plus souvent ces panneaux ne semblent pas être conçus pour des lieux prédéterminés. Ces peintures ornementales visent sans doute à attirer l'attention d'acheteurs potentiels; et peut-être aussi celle des pouvoirs publics qui multiplient alors les commandes officielles de «grandes décorations ». Malgré leurs appuis, les impressionnistes ne participent pas à ces projets. Leurs sujets, modernes et ordinaires, leur touche libre et esquissée, ainsi que leurs couleurs, claires et vibrantes, déconcertent le public. Leurs expérimentations décoratives se cantonnent donc à des cercles privés et restreints, à l'exception de l'artiste américaine Mary Cassatt qui en 1893 exécute pour Chicago une gigantesque peinture murale, décor célébrant la «femme moderne».

Claude Monet :
- Les Dahlias, Montgeron, dit aussi Les Rosiers dans le jardin de Montgeron
- La Mare à Montgeron
, dit aussi Coin d'étang à Montgeron
Ces deux huiles sur toile de 1976 sont des études, respectivement pour Coin de jardin à Montgeron et pour L'Étang à Montgeron, décoration pour le château de Rottembourg, propriété d'Ernest et Alice Hoschedé a Montgeron.

Hoschedé ayant fait faillite peu de temps après, on ne sait si les tableaux définitifs ont été installés, mais ils ont changé de propriétaire et on les retrouve dans la collection Morozov actuellement exposée à la fondation Louis Vuitton ! Les études sont très belles, mais les œuvres définitives (voir notre billet du 20 novembre 2021) sont de pures merveilles. Notons aussi qu'après la mort d'Ernest Hoschedé, sa veuve Alice et Claude Monet se marièrent.
 

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Toujours de Claude Monet, une autre décoration pour le château de Rottembourg, non terminée celle-ci, Les Dindons, huile sur toile, 1877...

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... Panneau décoratif, dit aussi Le Déjeuner, huile sur toile, 1873...

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...et deux huiles sur toile de 1886, joyaux du musée d'Orsay :

- Essai de figure en plein air : femme à l'ombrelle tournée vers la droite
- Essai de figure en plein air : femme à l'ombrelle tournée vers la gauche

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Un très bel ensemble de trois panneaux décoratifs de Gustave Caillebotte (1848-1894), huiles sur toile de 1878 :

Périssoires. Panneau décoratif dit aussi Périssoires sur l'Yerres
Baigneurs. Panneau décoratif dit aussi Baigneurs, bord de l'Yerres
Pêche à la ligne. Panneau décoratif
 

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et une décoration pour l'appartement de Martial Caillebotte (frère de l'artiste), rue Scribe :

La Berge du Petit-Genevilliers et la Seine, huile sur toile, 1890

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Deux huiles sur toile d'Édouard Manet :
Jeanne, dit aussi Le Printemps (Jeanne Demarsy), 1881-L'Automne, dit aussi - L'Automne (Méry Laurent), 1882

Les deux élégantes représentées ici sont Jeanne Demarsy, jeune actrice en vue, symbolisant le printemps ; et Méry Laurent, amie du peintre, incarnant l'automne. Exécutées à la demande d'Antonin Proust, proche de Manet, ces oeuvres devaient former deux éléments d'un ensemble décoratif sur le thème traditionnel des saisons, représentées par des femmes vêtues à la dernière mode. En situant ses modèles devant un arrière-plan de verdure ou une étoffe richement ornée, Manet exploite brillamment les ressources décoratives de ces motifs, régénérant ainsi le genre convenu du cycle des saisons.

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Cette section se termine avec Mary Cassatt (1844 - 1926) :
Jeunes femmes cueillant des fruits, huile sur toile, 1891-1892

Dans un verger verdoyant, deux jeunes femmes vêtues à la mode du jour cueillent des fruits, l'une transmettant à l'autre sa récolte - fruit réel ou allégorie de la connaissance. Installée près de Paris, Cassatt traite ce thème sur le panneau central d'une gigantesque peinture décorative (aujourd'hui disparue) sur laquelle elle est alors au travail. Pour l'exposition universelle de Chicago en 1893, l'artiste américaine reçoit en effet la commande d'une « grande décoration » devant rejoindre la cour d'honneur du Woman's Building, bâtiment entièrement dédié aux réalisations des femmes. Āgée de presque 50 ans, et sans expérience de la décoration murale, Cassatt achève cette oeuvre colossale en six mois seulement. Moderne par son thème et son traitement, il s'agit du seul décor public exécuté par un(e) impressionniste.

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Sens et fonction de l'objet

Au cours de leur carrière, les impressionnistes conçoivent des petits objets de nature et statuts divers. Leurs motivations sont multiples. Pissarro s'inquiète de l'« état mental de l'art industriel qui s'effondre de plus en plus », sur fond de mécanisation en plein essor ; tandis que Renoir milite pour un retour aux pratiques de l'Ancien Régime, quand la création des objets résultait «d'un cerveau et d'une main ». Il se proclame « peintre ordinaire » de ses mécènes les Charpentier, pour qui il exécute un cadre de miroir dans un matériau inhabituel: le « ciment marbre », qu'il fait le pari d'importer et de diffuser en France. Tenté lui aussi par les expérimentations techniques, et par la promesse de revenus stables, Pissarro exécute des carreaux de céramiques. Avec Edgar Degas, entre autres, il se tourne également vers la production d'éventails, objets décoratifs « portables » très en vogue. Leur format en demi-lune stimule la créativité de ces artistes, autorisant des jeux de composition décentrée et des perspectives hardies, proches de celles de leurs tableaux de chevalet.

Marie Bracquemont (1840 - 1916) : Les Muses des arts, dessin préparatoire pour une peinture sur faïence, crayon noir sur papier, 1877-1878

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Marie Bracquemont, auteure du décor, Haviland & Cie, éditeur Barluet & Cie, fabricant :  Quatre assiettes du Service à fleurs et rubans, faïence fine, décor imprimé à partir d'eaux-fortes et peint sous couverte, 1879
La Lecture, Marchande de fleurs, Le Volant, Exposition de fleurs

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Félix Bracquemont (1833-1914), auteur du décor,  Eugène Rousseau (1827-1890), fabricant : Deux assiettes plates du Second Service Rousseau, faïence fine, 1869-1870
La Pluie, Notre-Dame

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Pierre-Auguste Renoir : Cadre de miroir, huile sur ciment, vers 1877

Exécuté pour Madame Charpentier
 

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Camille Pissarro :
La Cueillette des pommes,  peinture sur carreau de faïence, vers 1883-1884
Elément provenant d'une jardinière rectangulaire exécutée par l'artiste, composée de quatre carreaux de céramique.

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De Pissarro également, trois éventails :

Coteaux de Chaponval, gouache et pastel sur soie, vers 1882
Travailleurs dans les champs, gouache sur soie, vers 1883
Gardeuse d'oies, gouache sur soie, 1890

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Terminons cette première partie de la visite avec un éventail d'Edgar Degas (1834-1917) : Deux danseuses, aquarelle et rehauts d'or et d'argent sur soie contrecollée sur carton, 1878.

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Nous terminerons la visite de cette exposition dans un prochain billet.

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19 mars 2022 6 19 /03 /mars /2022 09:00
Deux expositions au Palais Galliera

Le Palais Galliera, qui abrite le musée de la mode de la Ville de Paris, présente actuellement deux belles expositions : l'une à caractère historique, Une histoire de la mode, occasion d'un parcours historique des collections du musée, et Love Brings Love, un hommage au créateur Alber Elbaz, directeur artistique de la maison Lanvin pendant quatorze ans et emporté par la covid en avril dernier à l'âge de 59 ans.

L'occasion de faire partager au lecteur quelques photographies, même si elles ne rendent compte que très partiellement de la magie du lieu.

Dans les sous-sols du palais, l'exposition sur l'histoire de la mode commence au XVIIIe siècle : robes, casaquin, négligé, gilets...

Deux expositions au Palais Galliera
Deux expositions au Palais Galliera
Deux expositions au Palais Galliera

Robes de chambre et bonnets

Deux expositions au Palais Galliera
Deux expositions au Palais Galliera

Robes du XIXe siècle

Deux expositions au Palais Galliera
Deux expositions au Palais Galliera
Deux expositions au Palais Galliera

Les années 1910

Deux expositions au Palais Galliera

Les années 1920

Deux expositions au Palais Galliera

Les années 1930, "consécration de la ligne et de la coupe"

Deux expositions au Palais Galliera

Les années 1950, "le retour au faste"

Deux expositions au Palais Galliera

Les présentations se diversifient avec les années 1960 "le renouveau de la haute couture". La nouvelle génération de couturiers est influencée par les recherches de Cristóbal Balenciaga sur la construction du vêtement comme par celles de Gabrielle Chanel sur le confort et le mouvement incarnées par le tailleur.

Deux expositions au Palais Galliera
Deux expositions au Palais Galliera
Deux expositions au Palais Galliera

À partir des années 1970, la diversité des modèles présentés explose.

À droite, la robe Tertulia, prêt à porter de la maison Chloé, par Karl Lagerfeld. La maison Chloé, créée en 1952 par Gaby Aghion, peut être considérée comme l'une des premières griffes de prêt-à-porter de luxe. La robe « Tertulia » est l'une des premières créations attribuées avec certitude à Karl Lagerfeld, styliste de la maison Chloé depuis 1964. Très courte, l'ourlet à mi-cuisses, elle illustre la mode de la minijupe qui bat alors son plein. Les motifs, peints à la main, révèlent le goût de Karl Lagerfeld pour l'histoire de l'art. Ils évoquent autant les décors du Wiener Werkstätte du début du XXe siècle que l'op art, alors contemporain.

Deux expositions au Palais Galliera

Les années 1980 :

Au fond, la robe Cage de Jean-Paul Gauthier, prêt à porter, printemps-été 1989, collection "voyage autour du monde en 168 tenues", satin de fibres artificielles, baleines plastiques. Dans un savant mélange entre dérision et provocation, Jean Paul Gaultier bouleverse les normes en s'inspirant de la lingerie qu'il détourne en vêtement. La robe corset, emblème du créateur, s'inspire de la guêpière de sa grand-mère paternelle, Marie Garrabé, chez laquelle il passe une grande partie de son enfance à Arcueil. Apparues en 1983, ses robes corset évoluent en robes cage en 1989, uniquement constituées d'une structure baleinée rappelant la crinoline et portées sur des combinaisons couleur chair.
 

Deux expositions au Palais Galliera

Ces quelques explications illustrant la richesse de l'exposition, nous nous contenterons pour la suite de la poésie des images, non sans remarquer, sur les deux dernières de la série suivante, la robe Yves Klein de la maison Céline, sur laquelle se déploie l'empreinte d'un corps féminin, d'après le tableau Anthropométrie de l'époque bleue ANT 82, créé par Yves Klein
et conservé au centre Pompidou. 

Deux expositions au Palais Galliera
Deux expositions au Palais Galliera
Deux expositions au Palais Galliera
Deux expositions au Palais Galliera

Une galerie d'œuvres graphiques conduit à la dernière partie de l'exposition.

- Planche "La Cage", Lithographie rehaussée au pochoir, 1911,  tirée de Les Choses de Paul Poiret vues par Georges Lepape, outil de communication du couturier Paul Poiret.
- Illustration de mode de Jean Pagès, 1937, encres colorées et gouache sur papier gris.

Deux expositions au Palais Galliera
Deux expositions au Palais Galliera

- Robe de cocktail et manteau vu de dos, un dessin exécuté en 1949, lors d'un dîner avec Jean-Louis Barrault et Louis Jouvet, quelques heures avant son décès, par Christian Bérard, peintre, décorateur, illustrateur dont l'esthétique est indissociable de ce qu'on appelle "le style 40".

Deux expositions au Palais Galliera

- René Gruau :  Rouge Baiser, 1949-1950, encre noire, crayon graphite et gouache rouge sur papier.
- Hélène Majera :  projet d'affiche pour les grands magasins New Melsa, Tokyo, 1983, crayons de couleur, pastel, aquarelle sur papier vélin contrecollé sur carton.

Deux expositions au Palais Galliera
Deux expositions au Palais Galliera

L'exposition se termine sur une très belle mise en scène de créations de haute couture,

Deux expositions au Palais Galliera
Deux expositions au Palais Galliera
Deux expositions au Palais Galliera

avec notamment ces créations de Worth vers 1926 

Deux expositions au Palais Galliera

et ces créations (1924, 1926) de Sonia Delaunay, artiste aux multiples talents.

Deux expositions au Palais Galliera
Deux expositions au Palais Galliera

Sous le titre Love Brings Love, la deuxième exposition célèbre Alber Elbaz (1961-2021) avec une exposition d’un format inédit qui restitue le défilé hommage au créateur présenté le 5 octobre 2021 au Carreau du Temple à Paris.

Après la disparition d’Alber Elbaz, la maison AZ Factory qu’il avait récemment fondée a fait appel à d’anciens proches collaborateurs et a organisé et réalisé un défilé hommage en son honneur. Un show qui a réuni la participation de 46 designers qui ont toutes et tous ont été invité.e.s à créer une silhouette inspirée par Alber Elbaz et son œuvre : robes fluides à longue traîne, robes courtes réveillées par des jeux de volants ou des grands noeuds, robes imprimées de dessins ou du portrait du créateur.

 

Deux expositions au Palais Galliera

L'exposition occupe deux grandes salles, où sur des écrans géants se déroule le défilé-hommage d'octobre 2021, plongeant le visiteur dans son ambiance sonore. Première salle :

Deux expositions au Palais Galliera
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Au "verso" :

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La deuxième salle :

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Terminons sur l'effigie d'Alber Elbaz sur une robe animée par le souffle d'un ventilateur

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12 mars 2022 6 12 /03 /mars /2022 09:00

Une exposition petite par la taille mais qu'il ne faut pas manquer. Henry Clay Frick (1849-1919) est de ces « self-made-man » américains de la fin du XIXe siècle, qui ont fait fortune dans l'industrie et ont rassemblé de formidables collections d'œuvres d'art. Constituée pour l'essentiel entre les années 1890 et 1919, la collection Frick comprend des peintures, des sculptures, des œuvres sur papier et des objets d'art européens du début de la Renaissance à la fin du XIXe siècle. Selon ses dernières volontés, elle a ouvert au public en 1935 dans la maison des Frick à New York.
À la faveur de la fermeture pour travaux du site historique de la Frick Collection, un ensemble d'œuvres du peintre américain James Mc Neill Whistler (1834-1903) fait le voyage jusqu'au musée d'Orsay. Henry Clay Frick, surtout connu comme amateur d'art ancien, avait aussi réuni plus d'œuvres de son contemporain Whistler que de tout autre artiste. Sans doute avait-il la conviction que ce peintre, célèbre pour sa modernité radicale, était aussi le dernier maillon d'une tradition, celle de Velázquez, Rembrandt ou Gainsborough, dont il possédait aussi des chefs-d'œuvre.
La venue de ces œuvres au musée d'Orsay est un évènement exceptionnel. Certaines n'ont pas été vues à Paris depuis la rétrospective posthume de Whistler à l'École des beaux-arts en 1905, et d'autres n'ont même jamais été exposées en France. Elles viennent ici dialoguer avec Arrangement en gris et noir n°1: portrait de la mère de l'artiste, icône de l'art américain et des collections nationales.

Les Palais,  Deux porches, Le Porche, 1880,  Eau-forte et pointe sèche sur papier vélin dans Venice, A Series of Twelve Etchings (First Venice Set)

À Venise, Whistler s'intéresse aux façades et porches de palais décatis et révèle la poésie de ces lieux rarement représentés. Dans Le Porche, il joue du contraste entre une façade richement ornée et l'intérieur obscur et simple où s'aperçoit l'atelier d'un fabricant de chaises. Le peintre a animé le premier plan d'une silhouette de jeune fille qui apporte une touche de lumière au centre de la composition. Cette gravure est caractéristique du style de Whistler qui varie les traits longs ou courts, précis ou tremblés, et les types de hachures, parallèles ou croisées, supprimant même parfois les contours des objets pour n'en garder que les ombres.

James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay
James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay
James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay

- Le Cimetière : Venise, 1879, Pastel et traces de dessin au crayon graphite sur
papier teinté brun
- Canal vénitien, 1880,  Craie noir et pastel sur papier teinté brun
Nocturne: Venise, 1880, Pastel sur papier teinté brun

À Venise, Whistler travaille sur le motif malgré le froid de l'hiver, sa boite de pastels ou sa plaque de cuivre et son stylet de graveur en poche. À la recherche de visions nouvelles de la ville, il s'aventure sur les petits canaux où se trouvent des façades décaties et des cours secrètes, loin des clichés touristiques. Il multiplie les points de vue en dessinant depuis une gondole, tel Le Cimetière, réalisé lors d'un déplacement vers l'ile de San Michele, ou d'une fenêtre, dans Canal vénitien.

James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay
James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay
James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay

Les Mendiants, La Traghetto, n°2, La Riva, n°1, 1880,  Eau-forte et pointe sèche sur papier vélin dans Venice, A Series of Twelve Etchings (First Venice Set)

James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay
James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay
James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay

Dans le fond de l'unique salle de cette exposition, trois grands portraits en pied, spécialité de l'artiste.

Arrangement en noir et or : comte Robert de Montesquiou-Fezensac, 1891-1892, huile sur toile

Ce portrait, l'un des derniers grands portraits réalisés par Whistler, représente Robert de Montesquiou-Fezensac, membre d'une grande famille aristocratique française, et flamboyant dandy homosexuel du Paris fin-de-siècle. Poète et esthète décadent, il inspire a Huysmans le personnage de Des Esseintes et à Proust celui du baron de Charlus. Fasciné par Whistler, Montesquiou lui commande un portrait qu'il veut unique et atemporel. Whistler le peint en habit de soirée, portant au bras un manteau en chinchilla appartenant à sa nièce la comtesse Greffulhe, fixant le spectateur. L'or mentionné dans le titre du tableau serait celui du cadre, qui contribue à l'harmonie générale de l'œuvre. Par sa luminosité, il tient à distance le modèle qui reste enveloppé d'une aura de mystère et dont seul le visage, la cravate blanche et le gant gris émergent véritablement de l'ombre.

James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay

Symphonie en couleur chair et rose: portrait de Mrs. Frances Leyland, 1871-1874, huile sur toile

Ce portrait est celui de l'épouse du riche armateur et amateur d'art de Liverpool Frederick Leyland, l'un des principaux mécènes de Whistler. Dans sa quête de perfection formelle, le peintre a choisi chaque élément du tableau : la décoration de la pièce (le salon de Whistler à Londres), la pose originale, de dos, avec le visage de profil, qui met en valeur la robe qu'il a lui-même dessinée. À l'opposé des silhouettes corsetées de la mode victorienne, l'artiste choisit une robe d'intérieur (tea gown) fluide et ample, en mousseline blanche et rose, parsemée de fleurs. A partir de la chevelure auburn et du ton de chair de la jeune femme, l'artiste compose une «Symphonie en couleur chair et rose » rehaussée par des tons de blancs, de gris et quelques touches de vert.

James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay

Arrangement en brun et noir: portrait de Miss Rosa Corder, 1876-1878, huile sur toile

Avec ce portrait de la peintre anglaise Rosa Corder, Whistler prolonge ses recherches sur les « Arrangements en noir » débutés avec le portrait de sa mère. La palette est réduite aux bruns, aux noirs avec quelques touches de rose et de blanc. Le modèle est vêtu d'un ensemble de jour à la mode proche d'une tenue d'amazone, dont la sobriété et la monochromie plaisent à Whistler. Perfectionniste, l'artiste épuise par quarante séances de pose la jeune femme qui, après plusieurs malaises, ne revient à l'atelier que sur ses supplications. La critique est enthousiaste lors de l'exposition du tableau à Londres en 1879 ; elle y voit un «grand morceau d'exécution digne de Velázquez ».

James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay

Sur l'autre mur latéral, on retrouve le reste des estampes de la série des douze du First Venice Set. À la fin des années 1870, Whistler est ruiné par un procès retentissant engagé contre le critique Ruskin, qui l'avait qualifié d'escroc. Il perd aussi le soutien de son mécène Leyland, avec qui il s'est querellé. La commande par la Fine Art Society d'une série d'eaux fortes de Venise vient à point nommé et lui permet de séjourner dans la cité des doges de septembre 1879 à novembre 1880. Il en revient chargé de quelques peintures, d'une centaine de pastels et de près de cinquante estampes.

Le Mât, Le Petit Mât, La Piazzetta, 1880, Eau-forte et pointe sèche sur papier vélin dans Venice, A Series of Twelve Etchings (First Venice Set)

James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay
James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay
James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay

Nocturne, La Petite Lagune, La Petite Venise, 1880, eau-forte et pointe sèche sur papier vélin dans Venice, A Series of Twelve Etchingsc(First Venice Set)

Dans le domaine de la gravure, Whistler se montre particulièrement novateur dans son emploi d'encres de surface. Laissant sur certaines zones, voire sur la totalité de la plaque, une fine couche d'encre, il fait apparaître des zones ombrées, des reflets, des effets de crépuscule ou de nuit, comme dans Nocturne. eau-forte dont on connait des variantes, parfois très obscurément encrées. Qualifiée d'impure ou de trop picturale par certains graveurs ou critiques du temps, cette technique héritée de Rembrandt est également prisée par Edgar Degas.

James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay
James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay
James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay

Une dernière œuvre de la collection Frick :

Symphonie en gris et vert : l'Océan, 1866, huile sur toile

Lors de la guerre de 1866 entre le Chili et l'Espagne, Whistler fait un incroyable voyage, participant à une expédition à Valparaiso planifiée par d'anciens soldats américains confédérés (dont son propre frère), pour vendre des torpilles aux chiliens. Le projet avorte, mais l'artiste reste à Valparaiso d'où il ramène une série de marines qui ne laissent rien deviner du bombardement de la ville par les Espagnols, dont il a été témoin. Whistler réduit la composition en grandes zones colorées simplement animées par une jetée, quelques vagues et la discrète silhouette de navires tournés vers l'horizon.
 

James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay

Terminons avec, en regard, les trois œuvres de Whistler détenues par le musée d'Orsay. Au XIXe siècle, l'art américain est largement ignoré des collectionneurs et des musées français. En 1891 quelques personnalités influentes proches de Whistler, dont le poète Mallarmé, œuvrent à ce que l'une de ses toiles entre au musée du Luxembourg à Paris (« musée des artistes vivants »). Whistler est alors âgé d'une cinquantaine d'années et, espérant voir un jour une de ses œuvres au Louvre, accepte de vendre pour une somme modeste l'Arrangement en gris et noir n°1, qu'il considère comme son chef-d'œuvre. Il s'agit d'une des premières peintures américaines acquises par l'Etat, et sans nul doute de la plus importante. En 1909, L'homme à la pipe est légué au musée du Luxembourg, et en 1995 les musées nationaux font l'achat de Variations en violet et vert.

Arrangement en gris et noir ou Portrait de ma mère, dit aussi Arrangement en gris et noir no1 : portrait de la mère de l'artiste, 1871, huile sur toile

Anna McNeill a 67 ans lorsqu'elle pose pour ce portrait. Veuve, elle s'est installée chez son fils à Londres. Elle s'occupe de la maison, se passionne pour son art et tente aussi de lui faire adopter une vie plus chrétienne. Dans une lettre à sa sœur, Anna McNeill dit avoir occupé ses séances de pose à prier. Whistler représente sa mère dans son atelier, simplement décoré d'un textile japonais et de quelques-unes de ses gravures. Il supprime tout détail narratif ou sentimental. Renouant avec l'austérité des portraits hollandais et espagnols du XVII siècle, et regardant aussi du côté de Fantin-Latour et de Manet, il réduit sa palette à une austère harmonie de tons noirs, gris et blancs tout juste rehaussée des tons de chairs. Réduit à quelques lignes, formes et couleurs, le tableau proclame la supériorité des éléments plastiques de l'œuvre sur le sujet. C'est dans cet esprit que Whistler expose pour la première fois le tableau sous le titre abstrait Arrangement en
gris et noir
en 1872.
 

James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay

Tête de vieux fumant une pipe dit aussi L'Homme à la pipe, vers 1859, huile sur toile

Arrivé à Paris en 1855, à vingt-et-un ans, Whistler apprend le dessin et la peinture dans l'atelier du peintre académique Charles Gleyre, mais il trouve ses véritables maîtres parmi les peintres flamands et hollandais du XVIIe siècle vus au Louvre, et auprès de Courbet et des « réalistes » français. On décèle ces influences dans cette « trogne » d'un colporteur rencontré aux Halles qui est aussi l'une des premières peintures connues de l'artiste qui pratiquait alors surtout la gravure. Whistler finit par prendre ses distances avec le réalisme et rejette même à partir de 1867 toute influence de Courbet sur son art.

James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay

et enfin

Variations en violet et vert, 1871, huile sur toile

Au début des années 1870, Whistler renoue avec l'inspiration de ses paysages chiliens (voir Symphonie en gris et vert: l'Océan), en peignant un ensemble de vues de la Tamise, à partir d'esquisses faites lors de ses excursions nocturnes où de mémoire. Ces peintures seront très critiquées lors de leur première présentation à Londres en 1872, puis à Paris l'année suivante.

James Whistler (1834-1903) : Chefs d'œuvre de la collection Frick à Orsay
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5 mars 2022 6 05 /03 /mars /2022 09:00

Un billet "touristique", à l'occasion des vacances scolaires de février : quelques images d'une randonnée le long de l'aber Ildut, en Pays d'Iroise, par une belle journée ensoleillée mais si venteuse que le sentier côtier était impraticable sauf en des endroits abrités comme celui-là.

Au point de départ, face à la mairie de Lanildut et surplombant l'aber, une réplique au 1/7 de l'obélisque de Louxor, érigée en 2015 en hommage aux ouvriers et tailleurs de pierre des carrières de la région de Lanildut, très actives jusqu'au milieu du siècle dernier, et à qui en 1835 avait été confiée la tâche de fournir le socle qui supporte, place de la Concorde, l'obélisque offert par Méhémet Ali.

Le long de l'Aber Ildut

Nous suivons le sentier dans le bourg.

Le long de l'Aber Ildut

Le port dans le soleil, à l'embouchure de l'aber, avec une mer déjà assez basse.

Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut

C'est à partir de la petite église paroissiale Saint-Ildut (1786),

Le long de l'Aber Ildut

qu'après avoir traversé le cimetière qui l'entoure nous descendons vers la berge sauvage de l'aber.

Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut

Quelques curiosités en cheminant : les vestiges du moulin seigneurial du Roudouz, avec sa roue horizontale en pierre de Rouen,

Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut

un pigeonnier, privilège de la noblesse, aux abords d'un manoir dominant l'aber.

Le long de l'Aber Ildut

Plus curieux, cet arbre aux fruits étranges dans le jardin d'une maison d'hôtes

Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut

et un œil, mosaïque d’éléments récupérés (tessons de bouteilles, fragments de faïence polis et glanés sur le littoral, éléments d’isolateur électrique) et scellés avec du sable et de l'argile, posé par l’artiste Pierre Chanteau, qui a décidé d’offrir 115 yeux aux 115 communes littorales et insulaires du Finistère. 

Le long de l'Aber Ildut

Le paysage et la lumière changent à mesure qu'on progresse vers le fond de l'aber.

Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut

Les oiseaux se rassemblent par colonies sur les sables de l'aber découverts à marée basse...

Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut

Quelques plantes au bord du chemin : un magnifique camélia rouge au bord d'un pignon...

Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut

des ajoncs surplombant l'aber...

Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut

l'épine-vinette de Darwin...

Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut

et de simples roseaux dans le soleil.

Le long de l'Aber Ildut

Magie de la lumière sur un petit bateau.

Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut

De retour vers le port, le soleil déclinant renouvelle la vue sur l'embouchure.

Le long de l'Aber Ildut
Le long de l'Aber Ildut
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26 février 2022 6 26 /02 /février /2022 09:00

Après notre visite à la Bourse de Commerce dans notre dernier billet, nous présentons l'autre volet de ce partenariat original entre les deux institutions. Le texte de présentation est assez différent de celui de l'autre exposition : 

Né en 1953 à Chicago et vivant aujourd'hui à Los Angeles, Charles Ray compte parmi les quelques artistes de sa génération qui ont infléchi durablement l'histoire de l'art récent. Très diverse, bien que restreinte en quantité, son œuvre procède dès l'origine, sans aucun a priori, de cette question : « Qu'est-ce qu'une sculpture ? » Pénétré d'une profonde connaissance de son art, depuis les statues archaïques grecques jusqu'aux créations de certains de ses contemporains, Charles Ray propose une large gamme de réponses. Paradoxe : l'instantanéité qui caractérise la rencontre avec ses œuvres n'a d'égale que la complexité de la conception et de la production de celles-ci. Selon une perspective inédite, la présente exposition offre un éclairage sur près de cinquante ans de carrière, depuis les débuts de l'artiste-performer en tant que sculpture vivante jusqu'à ses tout derniers travaux. L'exposition est marquée par divers moments culminants de ce qui constitue en définitive une refondation de l'art sculptural.

Comme pour l'exposition partenaire, nous essaierons de faire partager au lecteur le commentaire des organisateurs, qui souvent font s'exprimer  Charles Ray lui-même.

Au début de l'exposition, un grand espace contenant quatre œuvres : 

Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou

Portrait of the Artist's Mother, 2021
Papier fait main et gouache

Cette œuvre appartient à un ensemble récent de sculptures qui se caractérise par l'utilisation d'un matériau nouveau et peu courant pour des objets tridimensionnels de grande taille : le papier. Papier fabriqué à la main dans l'atelier de l'artiste, à la fois assez malléable et assez résistant pour permettre un rendu du détail des figures. Ce nu féminin plus grand que nature s'inscrit dans la tradition des Vénus allongées de la Renaissance et, plus près de nous, a de l'Olympia de Manet (1863, Paris, Musée d'Orsay).
Le titre fait référence à Arrangement en gris et noir n°1, dit aussi Portrait de la mère de l'artiste de Whistler (1871, Paris, Musée d'Orsay). Les larges fleurs peintes à la gouache évoquent le Flower Power de la fin des années 1960.
« Je suis sculpteur de métier, mais la nuit je dessine des fleurs afin de laisser libre cours à mon amour de la couleur. Comme des fleurs sauvages dans un pré, ces dessins viennent d'eux-mêmes. », écrit Charles Ray. Les fleurs flottent sur le corps de la femme sans aucune recherche d'un effet d'illusion. Les deux registres de figuration - sculpture et peinture - fonctionnent pour ainsi dire indépendamment.

Charles Ray au Centre Pompidou

Clothes Pile, 2020
Aluminum peint

L'intérêt de Charles Ray pour le thème du vêtement se manifeste dès ses débuts. Plusieurs de ses mannequins en témoignent également, ainsi que l'installation cinématographique Fashions (1996) qui montre un modèle féminin sur un socle rotatif. Chaque rotation s'accompagne d'un changement de tenue, toutes confectionnées par l'artiste lui-même. Important tout au long de l'histoire de la sculpture par les effets auxquels il donne lieu (drapés, plicatures), le vêtement est cependant très rarement traité de manière isolée. Clothes Pile l'envisage sur un mode résolument contemporain et quotidien : diverses pièces de costume abandonnées à même le sol et révélant encore l'empreinte du corps qui les a portées.

Self-Portrait, 1990
Fibre de verre peinte, vêtements, lunettes, cheveux, verre et métal

« Au cours de mes études, j'ai travaillé quelque temps comme gardien de nuit dans un grand magasin ; j'y étais environné de mannequins à la présence insistante. À l'exception d'une poignée d'employés disséminés dans tout le magasin, il n'y avait personne. Les mannequins étaient partout. Leur inquiétante étrangeté les rendait inintéressants à mes yeux. Mon idée initiale, dans laquelle il entrait une certaine stupéfaction, n'était que cela, une blague, un point de départ, une sorte de figuration bon marché – une zone intermédiaire entre réalité et fiction. Des mannequins qui prennent vie après la fermeture, qui sortent en ville et doivent rentrer au point du jour. Des vampires sans le sang. Des vampires de la culture. Je m'en suis servi comme d'une donnée culturelle, un lieu d'où édifier ma sculpture. Ce serait une erreur d'envisager tout cela comme un projet. »
 

Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou

Unpainted Sculpture, 1997
Fibre de verre peinte

« Unpainted Sculpture est née d'une recherche sur la nature des fantômes. J'ai étudié de nombreuses automobiles qui ont été impliquées dans des collisions mortelles. J'ai fini par choisir une voiture qui, selon moi, avait la présence de son conducteur décédé. Mon idée était de reproduire toutes les bosses, tous les froissements et tous les aspects de la destruction de la voiture en prenant des moules pièce par pièce. » Une fois la voiture parfaitement reproduite, pièce à pièce, le drame auquel elle est liée s'estompe. La pureté de la forme met à distance le chaos.

Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou

Autour de cette salle :

Eggs, 2006-2007
Chicken, 2007, acier inoxydable peint et porcelaine
Handheld Bird, 2006, acier inoxydable peint
Hand Holding Egg, 2007, porcelaine

« Chicken oppose deux forces. Celle du spectateur curieux qui regarde à l'intérieur, est confrontée à l'énergie du poussin sortant de l'oeuf. Et je pense que cela répond enfin à la question : Qui est venu en premier, l'oeuf ou la poule ? »
 

Charles Ray au Centre Pompidou

Plank Piece I and II, 1973
2 photographies en noir et blanc

« Certaines des sculptures-performances qui utilisent mon corps, comme Plank Piece I and II, me sont venues à l'idée parce que j'étais pleinement impliqué dans la confection de mes sculptures. [...] Si guidées par l'image qu'elles puissent paraître avec le recul, je les voyais à l'époque comme très formelles, une relation entre un corps, un mur et une planche, »
 

Charles Ray au Centre Pompidou

Future Fragment on a Solid Base, 2011
Aluminium

À l'origine de cette œuvre, une figurine de guerrier trouvée par terre, est dans un premier temps reproduite et agrandie par l'artiste. À grande échelle, la figurine apparaît à Charles Ray avec une musculature totalement fantasmée et féminisée. Ray choisit de n'en garder qu'un membre, la jambe, qui contient à elle seule l'esprit général de tout le corps. Placé sur son piedestal, le fragment se fait trouvaille archéologique que des générations futures auraient découverte et érigée comme témoin de notre civilisation.
 

Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou

Sur le passage vers l'autre grande salle, on retrouve un grand mannequin féminin, pendant de celui de l'autre exposition, au même titre :

Fall '91, 1992
Fibre de verre peinte, cheveux, vêtements, bijoux, verre et métal

« Ce n'est pas une médiocre sculpture de femme, mais une grande sculpture de mannequin ! Lorsqu'elle est bien installée, il peut se passer deux choses à l'approche du spectateur : ou le mannequin grandit, ou le spectateur rapetisse. La sculpture respecte toutes les proportions normales d'un mannequin. La seule convention modifiée, c'est l'échelle : la sculpture est 30% plus grande qu'un mannequin de magasin. À une certaine distance, la sculpture semble avoir la bonne taille. [...] L'espace lui-même devient un matériau dynamique, qui pénètre les éléments constituant l'oeuvre. La sculpture n'est pas posée dans l'espace, elle est faite d'espace, celui-ci étant une dynamique fluide dans laquelle baigne notre existence même. »

Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou

 À ses pieds,

Shoe Tie, 2012
Acier inoxydable

« Un matin, sur le chemin, alors que je refaisais mes lacets dans l'obscurité, je me disais que si un fantôme devait lacer sa chaussure, il n'aurait pas besoin d'avoir une chaussure. Je ne crois pas aux fantômes, mais la logique de cette idée m'est restée. Finalement, j'ai perçu ce geste comme une sculpture. »

Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou

Accrochées en deux endroits de l'expositions, deux œuvres dialoguent à distance :

Yes, 1990
Photographie en couleur, cadre de l'artiste, mur convexe

Cet autoportrait photographique grandeur nature, pris sous influence du LSD, est intégré dans un dispositif comprenant le cadre, le verre de protection et le mur du fond, tous convexes. Progressivement les formes semblent se déformer puis c'est l'espace de la salle qui semble « s'arrondir », comme si on le percevait sous l'influence de drogues hallucinogènes. Ce n'est que lorsque la vision périphérique fait le distinguo entre le mur incurvé et les murs droits qui le jouxtent qu'une compréhension du phénomène perceptif se fait. « Cette prise de conscience provoque le sentiment d'interrogation et de déstabilisation caractéristique des œuvres de Ray. »

No, 1992
Photographie couleur, cadre de l'artiste

« Lorsque l'on regarde attentivement la photographie, on a l'impression de voir Ray lui-même, soumis à un très mauvais maquillage, plutôt qu'un fac-similé inanimé de lui. Comme Ray l'a déclaré, Yes était hallucinatoire, et No était délirant. »  No est le pendant de Yes. De même format mais présentée dans un cadre droit, cette photographie est celle d'un mannequin fabriqué à l'image de l'artiste. Très réaliste mais sans vie, No dialogue avec Yes qui traduit un état subjectif extériorisé jusque dans son environnement.
 

Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou

Dans un grand espace délimité, deux œuvres :

Family Romance, 1993
Fibre de verre peinte et cheveux

Cette sculpture de groupe représente une famille en position frontale unifiée par les mains. Les quatre figures sont d'échelles différentes (agrandie pour les enfants et diminuée pour les parents) mais aux proportions correctes. La modification des tailles et la nudité introduisent une perturbation dans la compréhension des rapports entre les membres de cette famille type. Cette distorsion d'un modèle familial standard invite à de multiples spéculations, narratives, surréalistes, psychologiques, sociales, politiques, etc.

Charles Ray au Centre Pompidou

Hinoki, 2007
Bois de cyprès

« J'aperçus au bord de la Route 101, sur la Côte centrale, en Californie, un arbre à la renverse dans une prairie. L'attraction fut immédiate. J'étais fasciné non seulement par le tronc et son lent retour à la terre, mais aussi par la prairie qui servait de scène au déroulement de ce drame naturel. J'avais l'inspiration pour faire une sculpture mais bien que je fusse saisi par ce spectacle, j'ignorais dans quelle direction aller. Par où commencer un tel projet ? L'arbre était parfait là où il gisait. [...] C'est l'acte même de sculpter qui communiquerait à l'œuvre son souffle de vie, le manifesterait, le rendrait sensible. Mon choix s'est porté sur des ébénistes nippons parce qu'il existe au Japon une longue tradition de reproduction des œuvres qui ne peuvent être restaurées. [...] Quand je compris que le bois, comme l'arbre originel, avait sa vie propre, je me sentis autorisé à laisser l'œuvre trouver son chemin auprès du public et, je l'espère, insuffler un peu de vie autour d'elle. »

Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou

Au fond de la dernière salle :

School Play, 2014
Acier inoxydable

« School Play forme une trilogie fortuite avec The New Beetle et Boy with Frog. Les trois œuvres utilisent le même modèle, qui est le fils d'un ami. Les sculptures [...] tracent un parcours à travers les étapes de la vie de ce jeune garçon. Dans The New Beetle, il est absorbé dans le jeu tel que peut l'être un enfant. Boy with Frog le retrouve quelques années plus tard, plein de curiosité, confronté au concept d'altérité sous la forme d'une grenouille. » Comme souvent, Charles Ray crée des ponts entre les époques, les âges, les rôles, les situations et les états psychologiques. C'est toute une histoire qui se tisse entre les adultes et ce jeune élève costumé qui, avec son épée en plastique, prend la pose pour endosser sérieusement son rôle dans le spectacle de fin d'année.
 

 

Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou

Mime, 2014
Bois de cyprès

« Comme la Femme endormie, le personnage de Mime est également endormi, mais il dort dans un état plus léger. Son sommeil est délicat, et en tant qu'état d'être, il est similaire à l'acte de mimer. Mais son sommeil est-il une forme de mimétisme ou est-ce lui qui mime le sommeil ? Pour Charles Ray, les sculptures, depuis l'Antiquité, donnent à voir l'espace non représenté, invisible mais palpitant de vie. Entre l'espace du spectateur et celui de la sculpture se dessine une zone de partage où se mêlent le champ gravitationnel et le champ social.

Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou

How a Table Works, 1986
Acier, boîte en métal, thermos, gobelet en plastique, pot en terre cuite, plante synthétique, pot métallique peint

« Chaque table a sa propre logique. [...] Ce qui m'intéresse est la structure entre la table et les objets ou la relation entre la table et la nature morte. J'étais curieux de savoir comment les tables et les objets fonctionnent ensemble, alors j'ai clarifié la question en réalisant How a Table Works. » 
Par le choix minutieux des objets et le remplacement du plan de la table par des arêtes, Charles Ray cherche à créer une fluidité spatiale entre les objets et leur support.
 

Charles Ray au Centre Pompidou

Puzzle Bottle, 1995
Verre, bois peint, liège

« Je voulais que le propos de la sculpture soit l'espace à l'intérieur de la bouteille. Je voulais qu'il se passe quelque chose entre moi et la bouteille... [...] Il y a une relation entre la figure et la bouteille, c'est une forme d'équation. Si le personnage était plus grand, on aurait l'impression qu'il est né dans la bouteille. Plus petit, il serait un génie dans un paysage de bouteille. » Ces propos de Charles Ray font écho à une réflexion du sculpteur Alberto Giacometti qu'il cite souvent : « Quand je vous regarde, je suis contraint de décomposer. Je vois vos yeux, et ensuite votre menton, puis votre poitrine, votre ventre, vos genoux et ainsi de suite jusqu'aux pieds. Ce n'est que lorsque je m'éloigne, que j'ai traversé la pièce ou la cour, que je vous vois en entier, et à ce moment-là, je ne vois pas seulement votre personne, mais comme un grand pan d'espace qui vous encercle et vous comprime. »

Charles Ray au Centre Pompidou

Et en sortant de l'exposition, sur la terrasse du centre :

Huck and Jim, 2014
Fibre de verre peinte

Cette sculpture représente deux personnages d'un des plus célèbres romans américains, The Adventures of Huckleberry Finn de Mark Twain. Paru en 1884, le livre, dont l'action se situe une quarantaine d'années auparavant, raconte les péripéties de deux fugitifs qui descendent ensemble le Mississippi : Huck, un adolescent blanc fuyant un père tyrannique, et Jim, un homme noir tentant d'échapper à sa condition d'esclave. Au chapitre XIX, ils contemplent, allongés sur leur radeau, le ciel étoilé et en concluent que la lune a dû pondre les étoiles. Dans sa sculpture, Charles Ray imagine Huck courbé dans l'eau du fleuve en train de ramasser des œufs de grenouille. Jim étend sa main au-dessus de lui en un geste protecteur.

Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou
Charles Ray au Centre Pompidou
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