Mitchell Riopelle - un couple dans la démesure
Nous présentons depuis quelques années à nos lecteurs les expositions magistrales proposées chaque été par la Fondation Leclerc à Landerneau. Nous vous proposons cette fois une exposition d'hiver, tout aussi remarquable, même si les artistes présentés ne nous étaient pas aussi familiers que ceux des expositions d'été : la découverte n'en a été que plus belle. Citons le dépliant :
"La peintre américaine Joan Mitchell (1925-1992) et le peintre canadien Jean-Paul Riopelle (1923-2002) s'inscrivent, à l'image de Camille Claudel et Auguste Rodin, de Frida Kahlo et Diego Rivera, (...) dans la constellation des mythologies sentimentales et artistiques, où se révèle toute la portée d'un lien affectif étroit entre deux créateurs passionnés et audacieux. Pour la première fois, une exposition retrace leurs carrières artistiques respectives à l'aune de leur relation, à compter de leur rencontre en 1955 jusqu'à leur séparation en 1979. Des œuvres emblématiques et principalement de grand format, fruits de leur travail réalisé dans le contexte particulier de cette liaison, sont présentées à Landerneau."
PROLOGUE : AVANT LA RENCONTRE
De Jean-Paul Riopelle Le Perroquet Vert (1949) 15 Chevaux Citroën (1952), Hommage à Robert le Diabolique (1953), Escalade (1954)
De Joan Mitchell, Sans Titre (1951), Sans titre (1952-1953), Sans titre (1954-1955), Sans titre (vers 1955)
LA RENCONTRE ET SES EFFETS 1955-1958
"C'est lors d'un voyage à Paris, à l'été 1955, que Joan Mitchell fait la rencontre de Jean-Paul Riopelle (..). Pendant les premières années de leur relation, Mitchell partage son temps entre son atelier de New-York et divers studios qu'elle loue à Paris durant les étés passés auprès de Riopelle L'impact de cette rencontre est mesurable à travers certaines transformations du travail de chacun. Chez Mitchell par exemple, la forme concentrique éclate au profit d'une écriture gestuelle débridée qui anime la surface de la toile. Riopelle fait pour sa part une place accrue au blanc comme élément structurel dynamisant ses compositions."
De Mitchell, Sans titre (La fontaine) (1957), Sans titre (1957), Sans titre (vers 1958)
De Riopelle, Sans titre (vers 1956), Sans titre (1956-1957), Avalanche (1957), Sans titre (vers 1958), Sans titre (1958), Gitksan (1959)
LES ANNÉES RUE FRÉMICOURT : RÉSONANCES ET DISSONANCES 1959-1967
"En 1959, Mitchell s'installe en permanence à Paris. Elle habite avec Riopelle un appartement qui lui sert également d'atelier, rue Frémicourt. Riopelle conserve quant à lui son atelier de Vanves, en banlieue parisienne. Malgré certains accrochages dans leur relation personnelle, cette période est celle où leurs démarches artistiques individuelles présentent la plus grande convergence."
De Riopelle, qui renoue à ce moment avec la sculpture - Piège, (sculpture de 1961), Autoportrait (1959), Non, non, non, non, non... (1961), Un coin de pays (1962),...
... le grand Point de Rencontre (1963), commande pour l'aéroport de Toronto, offerte en 1989, à l'occasion du bicentenaire de la Révolution, par le Gouvernement canadien à la France pour être exposée à l'Opéra Bastille dès son ouverture, Blanc, noir, vert et rouge striés de noir (1964), Sans titre (1964)
De Mitchell, Sans titre (1960), Sans titre (vers 1960), Sans titre (vers 1960), Sans titre (1964), Sans titre (vers 1964), Sans titre (vers 1962-1964)
LES ATELIERS DE VÉTHEUIL ET DE SAINT-CYR-EN-ARTHIES : LES TERRITOIRES DISTINCTS 1968-1974
"En 1967, Mitchell acquiert La Tour, une vaste propriété avec jardin située à Vétheuil, à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Paris. Le couple voit dans cet événement l’occasion d’un nouveau départ (...). Mitchell dispose enfin là d’un atelier à sa mesure, aménagé au fond du jardin, dans une dépendance où elle se retire en pleine quiétude pour peindre les grands formats qui caractérisent désormais sa production. Quant à Riopelle, il installe, un peu plus tard, un nouvel atelier dans un hangar qu’il loue, non loin de Vétheuil, à Saint-Cyr-en-Arthies. Malgré le rapprochement souhaité, l’effet de distanciation amorcé au cours des années précédentes s’accentue, chacun trouvant refuge dans un territoire distinct."
De Mitchell, Mon Paysage (1967), Sans titre (vers 1968), Sans titre (vers 1969), Fields (vers 1972)...
...le diptyque Un Jardin pour Audrey de 1974, hommage à une amie disparue et le quadriptyque Chasse Interdite de 1973, évoquant le différend qui opposait Mitchell et Riopelle au sujet de la chasse.
De Riopelle, Sans titre (vers 1968), Suivez le guide (1969), Avatac (1971), L'Esprit de la Ficelle (1971), De la grande Baleine (1973)...
...et ce retour au thème du hibou qu'il affectionnait dans sa jeunesse, avec la toile Hommage à Grey Owl (1970) et cette statue Hibou polonais (1970)
CANADA ET NORDICITÉ : EXPRESSION DE DEUX SOLITUDES 1975-1977
"En 1974, Riopelle construit et s’installe dans un nouvel atelier à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, au nord de Montréal. À l’automne, Mitchell passe donc quelque temps avec Riopelle dans cette résidence dont l’architecture à caractère rustique contraste manifestement avec celle de Vétheuil. Suite à ce séjour en terre canadienne, certains de ses tableaux comme ceux de la série Canada paraissent évoquer des sentiments mitigés de calme et de tumulte. Parallèlement Riopelle célèbre la beauté singulière des paysages nordiques dans son imposante suite des icebergs, qu’il entreprend au retour d’un voyage à l’île de Baffin et dont toutes les toiles, sauf une, traduisent le caractère extrême des lieux par l’utilisation exclusive du noir et du blanc."
De Riopelle, Micmac (1975), Piroche (quadriptyque de 1976), Iceberg n°3 (1977), Iceberg n°5 (1977)
De Mitchell, le quadriptyque Returned, de la série Canada (1975) et l'émouvant Quatuor II for Betsy Jolas (1976).
VERS LA RUPTURE 1978-1979
"Pendant les longues périodes d'absence de Riopelle, Mitchell vit en solitaire à Vétheuil, continuant à trouver le réconfort dans l'observation sans cesse renouvelée de la nature qui l'environne. Parmi ses sujets de prédilection figure le grand tilleul qui domine sa propriété et qui lui inspire un ensemble d’œuvres d'une ampleur et d'une puissance évocatrice comparable à celle de la suite des Icebergs de Riopelle."
La rupture définitive entre Mitchell et Riopelle intervient à la fin de 1979.
Joan Mitchell : When they were gone (1977) et deux toiles de la série Tilleul (1978)
Joan Mitchell, qui n'a jamais cessé de peindre malgré un état de santé précaire, meurt à Paris le 30 octobre 1992. En épilogue, l'exposition présente un diptique de 1992, qui appartient à une suite d’œuvres dont certaines s'intitulent Tree, probablement inspirées elles aussi par le majestueux tilleul de La Tour.
A l'annonce du décès de Joan Mitchell, Riopelle entreprend son monumental triptyque en 30 tableaux, L'Hommage à Rosa Luxemburg, qu'il réalise d'un seul élan et dont les signes et les codes relatent, comme en filigrane, sa rencontre avec son ancienne compagne. Il meurt au Québec le 12 mars 2002.
Terminons avec quelques vues des salles de l'exposition : vous avez jusqu'au 22 avril pour vous rendre à Landerneau si vous ne voulez pas la manquer...