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John Singer Sargent. Éblouir Paris

25 Octobre 2025 , Rédigé par japprendslechinois

Conçue en partenariat avec le Metropolitan Museum of Art de New York, l’exposition John Singer Sargent. Éblouir Paris explore pour la première fois la période la plus décisive de la carrière du peintre américain. Réunissant plus de 90 de ses œuvres qui pour beaucoup reviennent en France pour la première fois depuis leur création, elle retrace la rapide ascension  du jeune artiste dans la capitale. Arrivé à Paris en 1874 pour étudier avec Carolus-Duran, à l’âge de dix-huit ans, il y séjourne jusqu’au milieu des années 1880, lorsqu’à trente ans il s’installe à Londres, après le scandale qu’a provoqué son chef-d'œuvre au Salon, le célèbre portrait de Virginie Gautreau (Madame X). Pendant cette décennie, il réalise parmi ses plus grands chefs-d'œuvre et se distingue par son inventivité et son audace. Organisée cent ans après la mort de Sargent (1856-1925), cette exposition vise à le faire (re)découvrir en France, où il a été largement oublié, alors qu’il est célébré en Angleterre et aux États-Unis comme un des plus grands artistes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Salle 1 - L’élève prodige de Carolus-Duran

John Singer  Sargent naît en 1856 à Florence, ses parents originaires de Philadelphie ayant choisi de voyager en Europe. Enfant, il parle quatre langues, excelle au piano et, dès ses douze ans, développe une passion précoce pour le dessin et l’aquarelle, notamment lors des nombreux voyages avec ses parents et ses deux soeurs. Il copie aussi des aquarelles dans l’atelier du paysagiste Karl Welsch à Rome. Déçus par le premier enseignement artistique que John reçoit à Dresde puis à Florence, les Sargent choisissent finalement de s’installer à Paris, en mai 1874, car la capitale est réputée pour ses ateliers privés et sa prestigieuse École des Beaux-Arts. Accompagné de son père, John, frappe à dix-huit ans à la porte de Carolus-Duran, peintre « réaliste » devenu portraitiste à succès. Stupéfait par la qualité de ses dessins et esquisses, le maître invite Sargent à rejoindre son atelier, fréquenté surtout par des élèves anglais et américains. En parallèle, le jeune homme réussit le concours d’entrée à l’École des Beaux-Arts.

Autoportrait, 1886, huile sur toile,

John Singer Sargent. Éblouir Paris

Faune dansant, d'après l'Antique, vers 1873-1874, craie noire et fusain sur papier
Sargent réalise ce dessin avant son arrivée à Paris, lors de ses brèves études à l'Accademia di Belle Arti à Florence. Il l'a présenté à Carolus-Duran lors de son admission à l'atelier de ce dernier.
Dessin d'ornement, 1877, fusain et crayon noir sur papier
Sargent réussit le difficile concours d'entrée à l'École des Beaux-Arts en 1874. Il y passe trois ans avec le peintre Adolphe Yvon pour maître. Lors du concours de 1877, il arrive second, un classement encore jamais atteint par un artiste américain. Ce dessin d'un piédestal de la Renaissance, qui porte la mention « élève de Carolus-Duran », lui vaut une médaille de troisième classe (la plus haute récompense attribuée cette année-là).
Lumière et ombre, vers 1874-1877, fusain sur papier
Modèle masculin debout près d'un poêle, vers 1875-1880, huile sur toile

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Modèle masculin couronné de laurier, vers 1878, huile sur toile
Jeune homme en pleine rêverie, vers 1878, huile sur toile
Tête de modèle masculin, vers 1878, huile sur toile
Ayant grandi en Italie, Sargent montre une prédilection pour les modèles de type méditerranéen comme le jeune homme représenté dans ces trois œuvres, peut-être un modèle italien.
La Jeune Mendiante, dit aussi Jeune mendiante parisienne, vers 1880, huile sur toile
Gitane, 1876 ?, huile sur toile

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Étude de buste à Lille, vers 1877, huile sur panneau
En 1877, Carolus-Duran fait découvrir sa ville de naissance, Lille, à son élève Sargent. Ce dernier y peint, au Palais des Beaux-Arts, cette étude de la mystérieuse Tête de cire, l'une des attractions de la ville. Source de fascination au XIXème siècle, son attribution n'est toujours pas déterminée, mais elle était alors donnée à Raphaël ou Verrocchio, entre autres artistes.
Le Bouffon Juan de Calabazas d'après Velázquez, 1879, huile sur toile
Don Juan de Austria, d'après Velázquez, 1879, huile sur toile
Le Porte-drapeau du Banquet des officiers de la garde civile de Saint-Georges, d'après Frans Hals, vers 1880, huile sur toile
Après ses études, Sargent, comme beaucoup d'artistes de sa génération, emboîte le pas à Carolus-Duran et Édouard Manet en faisant un pèlerinage au musée du Prado à Madrid pour y copier l'œuvre de Diego Velazquez. Il se rend aussi en Hollande accompagné de son ami Paul Helleu pour étudier Frans Hals.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

François Flameng et Paul Helleu, vers 1880, huile sur toile
Dans ce double portrait d'artistes, Sargent semble se souvenir de sa copie d'après Hals. Il y rapproche le profil de Paul Helleu (1859- 1927) et le visage de François Flameng (1856-1923), qui semble nous toiser avec malice. Helleu, que Sargent rencontre peu de temps après son arrivée à Paris, restera un ami très proche tout au long de sa vie, mais peu d'informations subsistent sur les liens qui existaient entre Sargent et Flameng, à qui le tableau est dédicacé.
Vernon Lee, 1881, huile sur toile
Vernon Lee est le nom de plume de la femme de lettres et historienne de l'art britannique Violet Paget (1856-1935). Amie d'enfance de Sargent, expatriée comme lui, leur correspondance semble une chronique de la vie de l'artiste à Paris. Sargent peint son portrait, lors d'un passage à Londres, en une séance de trois heures. Il saisit son intelligence incisive et accentue le style androgyne que son amie féministe affectionne.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Paul César Helleu, vers 1880, huile sur toile
Albert de Belleroche, vers 1883, huile sur toile
L'artiste gallois Albert de Belleroche (1864- 1944), de huit ans le cadet de Sargent, fait un bref passage dans l'atelier de Carolus-Duran. Sargent le rencontre en 1882 lors d'un dîner en l'honneur de leur maître et ils nouent une amitié pérenne.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Tête de jeune homme de profil (Albert de Belleroche), vers 1883, crayon, encre et fusain sur papier
Paul César Helleu, début des années 1880, mine graphite sur papier 

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Salle 2 - Sargent, Paris et le monde

Marqué par son enfance nomade, Sargent, bien que pleinement établi à Paris, reste un peintre voyageur qui trouve l’essentiel de son inspiration lors de ses multiples excursions en France ou dans le bassin méditerranéen (Italie, Espagne et Maroc). Il en rapporte des dessins et esquisses peintes en plein air qui lui servent à composer, dans son atelier parisien, d’ambitieuses compositions qu’il présente au Salon. Refusant d’emblée les sujets historiques, le jeune Sargent se définit très rapidement comme un peintre de la réalité et s’inscrit dans le courant « naturaliste » naissant. Pour autant, la vie moderne urbaine et industrielle ne l’intéresse pas.
Dans ses peintures « de voyage », l’artiste explore des univers géographiques et culturels variés, mais fait la part belle à des sujets ruraux ou traditionnels, tel que le motif de la danse folklorique. Souvent tributaire de stéréotypes à ses débuts, son regard gagne progressivement en originalité comme à Venise dont Sargent montre un autre visage, réaliste, sombre et populaire.
Reflet d’une préoccupation proprement « picturale », chaque tableau est pour lui l’occasion d’une étude précise d’un effet lumineux ou coloré particulier. Ces œuvres « de jeunesse » font progressivement connaître Sargent auprès du public et des critiques parisiens qui regardent de près l’éclosion d’un talent singulier.

Dans le jardin du Luxembourg, 1879, huile sur toile

John Singer Sargent. Éblouir Paris

Répétition de l'orchestre Pasdeloup au Cirque d'Hiver, vers 1879-1880, huile sur toile
Dans ce surprenant tableau, le noir et blanc s'enchevêtrent dans des touches rythmées et staccato qui semblent mimer les notations musicales.
Coucher de soleil sur l'Atlantique, vers 1876-1878, huile sur toile
Tempête sur l'Atlantique, 1876, huile sur toile
En mai 1876, Sargent, âgé de 20 ans, voyage pour la première fois aux États- Unis d'Amérique, en compagnie de sa mère et de sa sœur Emily. C'est sans doute lors du trajet retour qu'il peint cette étonnante composition qui défie les traditions de la peinture de marine.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Album d'études de marines et de croquis, vers 1874-1880, crayon et gouache sur papier
 

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

En route pour la pêche, 1878, huile sur toile
Jeune fille sur la plage, étude pour En route pour la pêche et La Pêche aux huîtres à Cancale, 1877, huile sur toile
Jeune garçon sur la plage, étude pour En route pour la pêche et La Pêche aux huîtres à Cancale, 1877, huile sur toile
À la fin des années 1870, les sujets ruraux bretons et notamment celui des pêcheurs de coquillages, sont très à la mode à Paris. Sargent, qui a séjourné en Bretagne avec ses parents, y revient en 1877. Il y réalise les nombreuses études servant à composer ce grand tableau présenté au Salon de 1878 qui lui vaut un premier succès critique.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

La Table sous la tonnelle, dit aussi Les Verres de vin, vers 1875, huile sur toile
Jeune Capriote sur un toit, 1878, huile sur toile
Dans les oliviers, à Capri, 1878, huile sur toile
À l'été 1878 Sargent voyage en Italie, notamment à Naples et Capri, destinations prisées des artistes européens. Il y trouve l'inspiration pour ce tableau qu'il expose au Salon de 1879.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Jeune femme à la jupe noire, début des années 1880, aquarelle et mine graphite sur papier vélin
Intérieur vénitien, vers 1880-1882, huile sur toile,

John Singer Sargent. Éblouir Paris
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Ramón Subercaseaux en gondole, 1880, huile sur toile montée sur carton
Lors de son séjour à Venise en 1880, Sargent se lie d'amitié avec Ramón Subercaseaux, diplomate chilien en poste à Paris, et peintre amateur.
Venise par temps gris, vers 1882, huile sur toile
Café sur la Riva degli Schiavoni, Venise, vers 1880-1882, aquarelle sur papier

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Fumée d'ambre gris, 1880, huile sur toile
À l'hiver 1879-1880, Sargent quitte l'Espagne et se rend au Maroc. Il exécute de nombreuses études et collecte des photographies « ethnographiques » sur les populations d'Afrique du nord. À partir de ces éléments, il imagine une grande composition pour le Salon, mêlant observation et invention. Dans le secret d'un patio immaculé, une jeune femme maquillée au khôl et au henné, parée de bijoux berbères en argent, capture les exhalaisons d'un brûle- parfum d'où émane une fumée d'ambre gris. Sargent compose ici une fantastique harmonie monochrome autour du blanc. Débutée à Tanger et achevée à Paris, l'œuvre est exposée au Salon de 1880.
Étude de paysanne capriote, 1879, huile sur toile
 

John Singer Sargent. Éblouir Paris
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John Singer Sargent. Éblouir Paris

Jeune Capriote sur un toit, 1878, huile sur panneau
La Danse espagnole, vers 1879-1882, huile sur toile
De son voyage en Espagne, Sargent rapporte à Paris de nombreuses études qui lui permettent de peindre une toile monumentale sur le thème de la danse gitane nocturne, El Jaleo. Ce tableau est la vedette du Salon de 1883. À la même période, il peint cette œuvre, de plus petit format, où des couples dansent le tango et le flamenco sous les étoiles, au son d'un orchestre que l'on aperçoit à l'arrière-plan dans l'obscurité.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Bâtiments mauresques au soleil, 1879-1880, huile sur bois
Alhambra, Patio de los Arrayanes (cour des Myrtes), 1879, juile sur toile
Cour à Tétouan, Maroc, 1879-1880, huile sur toile

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Salle 3 - Sargent portraitiste

Quelques années après son arrivée à Paris, Sargent devient portraitiste. Entre 1877 et 1884, il envoie chaque année un portrait au Salon, afin de se faire connaître des amateurs. Ce genre artistique est alors porté par l’accroissement des demandes de la bourgeoisie. Alors que décline la « Peinture d’Histoire » et que triomphe le réalisme, l’art du portrait se voit investi d’une ambition « moderne » : représenter l’époque. Le contexte est aussi marqué d’un côté par la montée en puissance du portrait photographique et de l’autre par les innovations des impressionnistes qui représentent leurs modèles dans une activité quotidienne ou en plein air.
Dans ce contexte, le talent de portraitiste de Sargent s’affirme très vite. Le jeune peintre obtient récompenses et commandes, aussi bien d’artistes bohêmes que de riches expatriés américains ou d’aristocrates français. Il sait intelligemment flatter ses modèles, mais n’hésite pas à s’émanciper des conventions artistiques et sociales qui brident souvent l’imagination des peintres de portraits. Il peint de véritables « chefs-d'œuvre » qui exigent de longs mois de travail. Au Salon, ces peintures fascinent par leur mélange de virtuosité, de sensualité et d’étrangeté.

La section s'ouvre sur un tableau de Charles Émile Auguste Durant dit Carolus-Duran, le maître de Sargent : 
La Dame au gant, 1869, huile sur toile
Quelques années avant de devenir le maître de Sargent, Carolus-Duran connaît un vif succès au Salon de 1869 avec ce tableau, récompensé d'une médaille de deuxième classe, et acheté par l'État pour le musée du Luxembourg, une première pour un portrait moderne.

John Singer Sargent. Éblouir Paris

Portrait de Frances Sherborne Ridley Watts, 1877, huile sur toile
Une jeune amie de Sargent, américaine et expatriée comme lui, est le sujet de son premier envoi au Salon, en 1877. Le portrait est accepté et ses délicates harmonies orangées sont appréciées par des critiques importants.
Portrait d'Édouard Pailleron, 1879, huile sur toile
Portrait de Mme Édouard Pailleron (Marie Buloz), 1879, huile sur toile
Portraits de M. Édouard Pailleron et de Mlle Marie-Louise Pailleron, 1880-1881, huile sur toile
Édouard Pailleron est un homme de lettres et dramaturge en vogue sous la Ille République. Vraisemblablement séduit par le portrait de Carolus-Duran par Sargent, vu au Salon de 1879, il commande son portrait au jeune peintre. Sargent le représente en artiste, le vêtement et la pose empreints d'une nonchalante élégance, comme dans le portrait de Carolus-Duran. Les portraits de Madame Pailleron, puis de leurs enfants suivront. Leur luxueuse demeure, Quai Malaquais, où les trois portraits occupent une place d'honneur, tient lieu de vitrine au talent de Sargent auprès de l'élite intellectuelle parisienne.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
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John Singer Sargent. Éblouir Paris

Portrait de Mme Ramón Subercaseaux (Amalia Errázuriz y Urmeneta), vers 1880-1881, huile sur toile
Amalia Subercaseaux et son époux Ramón, consul du Chili à Paris et peintre à ses heures, admirent Fumée d'ambre gris et Mme Pailleron au Salon de 1880. Surpris par la modestie de l'atelier de Sargent rue Notre-Dame des Champs, ils lui demandent de peindre à leur domicile le portrait de Madame Subercaseaux. Au Salon de 1881, et malgré la nationalité du modèle, le portrait est salué comme l'archétype de la parisienne et vaut à Sargent une médaille.
Portrait de Mme la Vicomtesse de Saint Périer (Marie Jeanne de Kergorlay), 1883, huile sur toile
Portrait de Mme Arthur O'Connor (Marguerite de Ganay), 1882, huile sur toile
Mme Arthur O'Connor est la fille du marquis de Ganay et de la riche héritière américaine Emily Ridgway, tous deux amateurs d'art. L'œuvre a quelques affinités avec le portrait de « Madame X » peint l'année suivante.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Un portrait, dit aussi Le Docteur Pozzi chez lui, 1881, huile sur toile
Samuel Pozzi (1846-1918) est une figure phare du Tout-Paris de la Belle Époque. Chirurgien et pionnier de la gynécologie. esthète et collectionneur, il est aussi réputé grand séducteur.
Portraits d'enfants, dit aussi Les Filles d'Edward Darley Boit, 1882, huile sur toile
Les filles (âgées de quatre à quatorze ans) d'Edward et Mary Louisa Boit, deux expatriés américains, sont représentées dans le vestibule de leur appartement.
 

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Portrait du maître d'armes Arsène Vigeant, 1885, huile sur toile
Arsène Vigeant était le charismatique maître d'armes du Cercle de l'Union Artistique. Il comptait parmi ses élèves Sargent, le peintre Charles Giron et Carolus-Duran, escrimeur passionné.
Ernest Ange Duez, vers 1884-1886, huile sur toile
Sargent représente son ami et voisin d'atelier devant un bouquet d'hortensias, l'un des thèmes de prédilection de Duez, qui exposait également des peintures d'histoire au Salon. 
Auguste Rodin, vers 1884, huile sur toile
Sargent et Auguste Rodin, de seize ans son aîné, commencent à se côtoyer au début des années 1880. Ils exposent en 1884 à Bruxelles avec les XX (cercle artistique d'avant- garde). Sargent participe à la promotion du travail du sculpteur en Angleterre.
Louis de Fourcaud, 1884, huile sur toile
Écrivain et critique d'art, puis professeur à l'École des Beaux-Arts, Louis de Bousses de Fourcaud est une figure de premier plan du monde de l'art français de l'époque. Il est l'un des premiers à remarquer le talent de Sargent au Salon et ne cesse ensuite de le défendre, particulièrement pendant le scandale de Madame X au Salon de 1884.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
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Mme Errázuriz (Eugenia Huici Arguedas), vers 1883-1884, huile sur toile
Portrait de Mme Allouard-Jouan (Emma Marie Cadiot de Montbarbon), 1882, huile sur toile
Très introduite dans les milieux politiques et artistiques, Emma Cadiot de Montbarbon est écrivaine, dramaturge, traductrice, et critique d'art sous divers pseudonymes
Un coup de vent (Judith Gautier), vers 1883-1885, huile sur toile
Ce petit tableau brossé en plein air par Sargent est l'un de ses multiples « portraits » de Judith Gauthier, fille de l'écrivain Théophile Gautier et de la chanteuse Ernesto Grisi. Poétesse, critique d'art, traductrice et spécialiste de littérature chinoise, elle défend dans la presse les envois de Sargent au Salon.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Henrietta Reubell, vers 1884-1885, aquarelle et mine graphite sur papier
Mme Paul Escudier (Louise Lefèvre), 1882, huile sur toile
Ici, Sargent poursuit ses recherches entamées à Venise: cadrage des figures dans un intérieur, effets de lumière diffus et contrastés, influence de Velázquez.
Portrait de Mme Harry Vane Milbank (Alice Sidonie Vandenburg), vers 1883-1884, huile sur toile
Sargent fait ici le portrait d'Alice Sidonie Vandenburg, veuve du marquis de Belleroche épouse de Mr Harry Vane Milbank, et mère d'Albert, jeune ami du peintre. Installée à Paris en 1871, elle organise d'importantes réceptions dans leur demeure de l'avenue Montaigne. Ce portrait, qui anticipe par certains aspects le portrait de Virginie Gautreau, est resté inachevé.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Un succès de scandale : le portrait de Madame X

Née à la Nouvelle-Orléans d’une famille d’anciens émigrés français, Virginie Amélie Avegno (1859–1915) s’installe en France en 1867. Elle épouse l’homme d’affaires Pierre Gautreau, devient une importante figure de la vie mondaine parisienne et est reconnue comme l’une des grandes beautés de son temps. Fasciné par sa beauté atypique et fardée, Sargent la convainc de poser. Les longues séances aboutissent à un coup de maître. Sargent a 28 ans, et son modèle, 25. Conscient d’avoir peint une œuvre exceptionnelle, mais provocante, il redoute les réactions des commentateurs et des visiteurs. Dès l’ouverture du Salon de 1884, le tableau attire tous les regards et fait scandale même si une partie de la critique en reconnaît l’importance. On considère comme inconvenants la bretelle droite descendue sur l’épaule, le décolleté plongeant, le maquillage trop prononcé du modèle et son profil jugé hautain. Sargent repeindra ultérieurement la bretelle sur l’épaule et gardera le portrait dans son atelier jusqu’à sa vente au Metropolitan Museum of Art en 1916, après le décès de Virgine Gautreau. Il rebaptise alors le tableau Madame X et le désigne comme « la meilleure chose qu’il ait faite ».

Portrait de Mme Gautreau, dit aussi Madame X (Virginie Amélie Avegno), 1883-1884, huile sur toile
Étude de Mme Gautreau (réplique inachevée de Madame X), vers 1884, huile sur toile
Ce tableau inachevé est un début de réplique et non une étude pour Madame X. Sargent avait considérablement retravaillé l'original au cours de sa conception. Au vu des craquelures déjà présentes, il est possible qu'il ait entrepris cette copie « au propre » sans pouvoir l'achever à temps pour le Salon. Elle révèle l'effet qu'avait pu avoir la bretelle abaissée dans la composition initiale, et l'hésitation du peintre quant à son positionnement.
Murmures (Virginie Amélie Avegno Gautreau et une amie), vers 1883-1884, fusain et mine graphite sur papier
Etudes pour Madame X, 1883-1884, mine graphite sur papier

John Singer Sargent. Éblouir Paris
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John Singer Sargent. Éblouir Paris
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Salle 4 - Après Paris, Sargent et la France

Après une ascension fulgurante, le scandale de Madame X ébranle la trajectoire de Sargent. Pourtant, il ne quitte pas immédiatement Paris, et Mme Gautreau n’est pas ostracisée. Il achève des commandes de portraits et continue d’exposer au Salon. Sargent se partage entre Paris et Londres jusqu’en 1886, date à partir de laquelle il s’installe définitivement dans la capitale britannique. Mais ses liens avec la France restent forts : il conserve des amitiés fidèles (Helleu, Belleroche), en noue de nouvelles (Gabriel Fauré, Winaretta Singer) et se rapproche surtout de Monet.
Il voue au peintre une grande admiration et réalise pendant cette période les oeuvres parmi les plus « impressionnistes » de sa carrière : sa touche devient plus esquissée et ses couleurs plus lumineuses. En 1889, aux côtés du peintre de Giverny il mène une campagne active pour qu’Olympia de Manet soit acquis par la France. La même année, il triomphe lors de l’Exposition Universelle de Paris, à laquelle il participe dans la section américaine. Il est fait chevalier de la Légion d’Honneur et reçoit une médaille d’Honneur.


Portrait de Mme Henry White (Margaret Stuyvesant Rutherfurd), 1883, huile sur toile
« Daisy » Rutherfurd est l'épouse de Henry White, diplomate en poste à Paris. Ce portrait « en blanc » daté de 1883 est conçu en parallèle du portrait « en noir » de Virginie Gautreau. Sargent imaginait d'ailleurs de les présenter ensemble au Salon. Finalement Mrs Henry White figurera au Salon de la Royal Academy à Londres. 

John Singer Sargent. Éblouir Paris

Portrait de la princesse de Scey-Montbéliard (Winnaretta Singer), 1889, huile sur toile
Lors de son séjour à Paris pour l'Exposition Universelle de 1889, Sargent peint l'américaine Winnaretta Singer, princesse de Scey-Montbéliard, héritière de la fortune de l'entreprise de machines à coudre Singer. Avec son second époux, le prince et compositeur Edmond de Polignac, elle compte parmi les plus grands mécènes des arts de l'époque et participe à la souscription pour l'Olympia de Manet.
Gabriel Fauré, vers 1889, huile sur toile
Gabriel Fauré et Sargent se rencontrent vers 1886. Sargent se passionne pour la musique du compositeur, qu'il joue avidement et qu'il soutient. Fauré lui offrira le manuscrit de son quintette pour piano et cordes n°2, op. 115 en remerciement. Ce portrait inspiré et animé de Fauré est vraisemblablement peint lors du passage de Sargent à Paris pour l'Exposition Universelle.
 

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Fête familiale, dit aussi La Fête d'anniversaire, vers 1885 (?), huile sur toile
Ce tableau étonnant de Sargent représente son ami le peintre français Albert Besnard, aux traits à peine esquissés, et sa femme, la sculptrice Charlotte Besnard, fêtant l'anniversaire de leur fils Robert.
Le Verre de porto, dit aussi Après le dîner, 1884, huile sur toile
Albert et Edith Vickers, importants commanditaires et amis de Sargent au milieu des années 1880, l'encouragent à s'installer en Angleterre. L'artiste les montre ici dans leur propriété de Lavington (West Sussex), à la fin du repas éclairé à la lampe. Sargent expose ce petit tableau à l'Exposition internationale de peinture à la galerie Georges Petit en 1885, aux côtés de Monet et Rodin.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Portrait de Mme Kate A. Moore (Katherine Robinson), 1884, huile sur toile
Étude en plein air, dit aussi Paul Helleu dessinant auprès de son épouse, 1889, huile sur toile
Sargent restera toujours très proche de Helleu, dont il promeut l'art outre-Manche et outre-Atlantique, où l'artiste français connaîtra un certain succès. À l'été 1889, Helleu et sa femme Alice Guérin lui rendent visite à Fladbury, dans le Worcestershire, où ce double portrait est peint en plein air.
Claude Monet peignant à la lisière d'un bois, vers 1885, huile sur toile
Sargent aurait rencontré Monet pour la première fois pendant la deuxième exposition impressionniste, en 1876, date à laquelle il découvre son art avec un enthousiasme débordant. Il possédera quatre tableaux de sa main. Il le peint ici au travail, sur le motif, avec sur son chevalet Prairie et meules près de Giverny (1885, Museum of Fine Arts, Boston). Sargent qui adopte lui-même une technique impressionniste pour représenter son ami conservera ce petit tableau toute sa vie.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

En guise d'épilogue, l'exposition se termine sur un tableau appartenant au musée d'Orsay : au plus fort du scandale causé par Madame X au Salon de 1884, certains critiques notent : « patience, M. Sargent ne se trompera pas toujours ; il est homme à prendre avant peu une revanche éclatante ». Celle-ci survient au Salon de 1892, avec le flamboyant portrait d’une autre « femme fatale », la danseuse espagnole Carmencita. Sa pose altière et son visage maquillé, l’évocation de son numéro de danse andalouse, ravivent le souvenir des audaces de El Jaleo et de Madame X. L’œuvre est largement admirée et est finalement achetée par l’État pour le Musée du Luxembourg (« musée des artistes vivants »). Une première pour un portrait de Sargent, qui n’a alors que 36 ans, et est déjà reconnu comme un « maître » moderne.
Les années suivantes, depuis Londres, Sargent entretient encore des liens avec le monde de l’art français, participe au Salon jusqu’en 1905 et voyage en France jusqu’en 1918. Il meurt en 1925, un livre de Voltaire à la main. Sargent est alors un peu oublié à Paris. Seul Le Gaulois met sa nécrologie à la une :
« cet Américain, né à Florence, qui aimait la France et qui vécut à Londres, s’était d’ailleurs aux années de sa jeunesse bien déclaré des nôtres ».

La Carmencita, vers 1890, huile sur toile
Collection Musée d’Orsay, achat à John Singer Sargent, 1892

John Singer Sargent. Éblouir Paris
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