Pekka Halonen - Un hymne à la Finlande
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Au Petit Palais, première rétrospective française dédiée à Pekka Halonen (1865-1933), figure majeure de l’âge d’or finlandais. Conçue en partenariat avec le Musée d’art de l’Ateneum – Galerie nationale de Finlande (Helsinki), l’exposition retrace l’ensemble de la carrière de l’artiste, de la fin des années 1880 au début des années 1930, en soulignant son apport à la modernité par sa synthèse entre les différentes tendances picturales de la fin du XIXe siècle. Son œuvre s’inscrit dans le sillage du romantisme national et du carélianisme, un mouvement artistique et intellectuel exaltant les paysages et les traditions locales dans un contexte de tensions croissantes avec la tutelle russe. Mais c’est surtout dans la nature finlandaise que Pekka Halonen trouve sa plus profonde inspiration. Il excelle à restituer la poésie des paysages finlandais, en particulier la blancheur lumineuse des hivers. Il s’impose ainsi comme le grand peintre de la neige.
1. Faire ses gammes : la formation à Helsinki et à Paris
Comme la majorité des peintres finlandais de sa génération, Pekka Halonen suit un premier enseignement artistique à l’École de dessin de la Société des beaux-arts de Finlande à Helsinki. Il y apprend à dessiner devant le modèle vivant et devant des moulages de statues antiques. De cette première période subsistent des dessins au fusain puissamment modelés. Comme ses confrères également, il complète cette première formation au début des années 1890 par une immersion dans la capitale culturelle de l’époque : Paris. Fréquentant plusieurs académies indépendantes (Académie Julian, Académie Colarossi et Académie Vitti), le jeune peintre se nourrit des différents courants qui renouvellent la vie artistique en cette fin du XIXe siècle : naturalisme – dans le sillage de Jules Bastien-Lepage –, japonisme ou encore symbolisme. En 1893, sa rencontre avec Paul Gauguin, dont il devient l’élève, est déterminante pour l’affirmation de sa personnalité créatrice.
Autoportrait, années 1890, huile sur toile
Vieille Femme, 1890, fusain sur papier
Jeune Fille au foulard, 1889, fusain sur papier
Portrait de jeune femme, 1890, fusain sur papier
Jeune Italienne, 1893-1894, huile sur toile
Académie féminine, 1891, huile sur toile
Sur le rivage, 1893, huile sur toile
Les Faucheurs, 1891, huile sur toile
Le Raccourci, 1892, huile sur toile
Jeune Garçon sur le rivage, 1891-1893, huile sur toile
Jeune Garçon tenant une pomme, 1891, huile sur toile
Lors de son premier séjour à Paris en 1890, Pekka Halonen trouve dans les œuvres naturalistes de Jules Bastien-Lepage et de Jean-François Millet le même Idéal d'une coexistence harmonieuse entre l'homme et la nature. Il développe cette conception dans plusieurs tableaux, notamment Les Faucheurs. Peinte durant l'été 1891 à son retour en Finlande, l'œuvre représente des paysans travaillant paisiblement dans un champ ensoleillé. C'est le propre frère de l'artiste qui a posé pour la figure du premler plan.
Nu féminin, 1894, huile sur toile
Après la leçon de musique, 1894, huile sur toile
Nature morte, 1894, huile sur toile
Autoportrait, 1893, huile et cravon sur papier
En référence à ces tableaux des premières années, deux tableaux de peintres français : le peintre naturaliste Jules Bastien-Lepage (1848-1884) dont les œuvres l'ont inspiré et Paul Gauguin dont il a été l'élève.
Jules Bastien-Lepage : Portrait du grand-père de l'artiste, 1874, huile sur toile
Paul Gauguin : Vieil Homme au bâton, 1888, huile sur toile
« De la musique avant toute chose »
Élevé dans un climat mélomane, Pekka Halonen pratique lui-même le kantele, cette sorte de cithare typiquement finlandaise, très présente dans l’épopée finnoise du Kalevala, et utilisée par les chanteurs de runes pour accompagner leurs récitations. Cet apprentissage lui vient de sa mère, joueuse réputée. Le frère cadet de Pekka, Heikki, est violoniste professionnel et fait ses gammes auprès de Jean Sibelius. En 1900, il est premier violon lors du concert finlandais joué à l’Exposition universelle de Paris. Maija, l’épouse de Pekka, est une brillante pianiste et joue souvent pour lui pendant qu’il peint. La famille noue des liens étroits avec le compositeur Jean Sibelius et sa femme Aino.
Eero Järnefelt (1863-1937) : Pekka Halonen jouant du kantele, 1891, gouache sur papier
Akseli Gallen-Kallela {1865-1931] : En saga (Jean Sibelius et paysage fantastique), conte de fées, 1894, gouache et aquarelle sur papier
Comme Pekka Halonen et le compositeur Jean Sibelius, le peintre Akseli Gallen-Kallela fait partie du mouvement patriotique Nuori Suomi (« La Jeune Finlande »). Tous aspirent à régénérer l'identité finlandaise, en puisant notamment dans les mythes et la nature. Ce portrait informel de Sibelius, intitulé En saga, fait référence à un poème symphonique homonyme du compositeur créé en 1892, qui s'inspire du folklore local.
Albert Edelfelt (1854-1905) : Larin Paraske, Lamentations, 1893, huile sur toile
Larin Paraske est une poétesse orale ingrienne. Elle est considérée comme une figure clé de la poésie folklorique finlandaise.
Deux toiles de Pekka Halonen :
Le Violoniste, 1900, huile sur toile
Le modèle est son frère Heikki
Le Joueur de kantele, 1892, huile sur toile
Eero Järnefelt : Portrait de Jean Sibelius, 1892, huile sur toile
2. Le pavillon finlandais à l'Exposition Universelle de 1900
En 1900, lors de l’Exposition universelle de Paris, la Finlande figure pour la première fois avec son propre pavillon en tant que nation autonome. Cette participation revêt un enjeu très fort pour le peuple finlandais, dans un climat de forte tension avec la tutelle russe : le 15 février 1899, le tsar Nicolas II promulgue un manifeste impérial déniant aux Finlandais une partie de leurs libertés. Dans ce contexte troublé, les autorités finlandaises conçoivent leur pavillon comme une véritable tribune en faveur de leur indépendance. Il s’agit d’affirmer au monde les spécificités de l’âme finnoise et les ressources économiques, géographiques, intellectuelles et culturelles de la nation. Pour mettre en scène le mode de vie et les mythes finlandais, le peintre Albert Edelfelt, délégué pour la section beaux-arts du pavillon, fait appel aux meilleurs artistes, parmi lesquels Pekka Halonen et Akseli Gallen-Kallela.
Dans la reconstitution du pavillon finlandais, deux grands panneaux de Pekka Halonen, conçues comme un dyptique allégorique :
La Lessive sur la glace, 1900, huile sur toile
Le Chasseur de lynx, 1900, huile sur toile
Quatre grands panneaux d'autres peintres finlandais :
Magnus Enckell (1870-1925) : L'École primaire, 1899, huile sur toile
Venny Soldan-Brofeldt (1863-1945] : Vue de l'archipel, 1900, huile sur toile
Albert Edelfelt (1854-1905} : Le Port de Nyländska Jaktklubben à Helsinki, 1899, huile sur toile
Väinö Blomstedt {1871-1947} : Lac au rivage enneigé, 1899-1900, huile sur toile
Les fresques réalisées par Akseli Gallen-Kallela pour le pavillon, inspirées du Kalevala, la grande épopée finnoise, ont été détruites après l'Exposition universelle mais des esquisses sont présentées.
Entourant un tapis (ryijy) Flamme du même Akseli Gallen-Kallela (tissage de laine), deux sculptures sur bois de Eemil Halonen (1875-1950) :
Dans le sauna, 1899, relief en pin
Les Chanteurs de runes, 1899, relief en pin
3. La voix de la Finlande
Membre du cercle patriotique Nuori Suomi (« Jeune Finlande ») avec son ami Akseli Gallen-Kallela, Pekka Halonen aspire à la régénération de l’identité finlandaise, un idéal qu’il poursuit en puisant à différentes sources. De ses séjours parisiens, il retient notamment l’art synthétique et décoratif de Puvis de Chavannes. Le jeune artiste se tourne également vers les maîtres anciens, en particulier les fresques italiennes du début de la Renaissance, qu’il étudie lors de deux séjours en Italie. Ces influences se ressentent dans la gamme chromatique réduite et la technique qu’il utilise autour de 1900, la tempera (peinture à la détrempe), dont la matité évoque l’aspect des fresques. Mais c’est bien à travers les thèmes que s’affirme l’âme finlandaise : célébration de la nature sauvage (Sorbier des oiseleurs, Grand pic, Contrée sauvage), mise en scène des traditions et de la vie rurale (Homme goudronnant un bateau, Jeune fille skiant, Un Dimanche à la ferme), évocation des mythes (À la rencontre de l’ennemi, La Forêt du royaume des morts), exaltation de la résistance du peuple finlandais (Pionniers en Carélie).
La Forêt du royaume des morts, 1902, huile sur toile
À la rencontre de l’ennemi, 1896, huile sur toile
Homme goudronnant un bateau II, 1908, huile sur toile
Jeune fille skiant, vers 1910, huile sur toile
Un Dimanche à la ferme, 1894, huile sur toile
Le Repas, 1899, huile sur toile
Pionniers en Carélie, 1899, huile sur toile
Le Grand pic noir, 1894, huile sur toile marouflée sur carton
Contrée sauvage, 1899, huile sur toile
Sorbier des oiseleurs, 1894, huile sur toile
4. Halosenniemi, la mélodie du bonheur
À la suite de ses séjours parisiens, Pekka Halonen aspire à une vie à l’écart de l’agitation citadine, en harmonie avec la nature. Au début du XXe siècle, ce rêve s’incarne lorsque l’artiste construit sa propre maison-atelier, dénommée Halosenniemi, sur la rive Est du lac de Tuusula, à une trentaine de kilomètres de Helsinki. L’attrait de ce cadre champêtre bien relié à la capitale suscite l’implantation d’une communauté culturelle incluant peintres (Pekka Halonen, Eero Järnefelt, Venny Soldan-Brofeldt), écrivains (Juhani Aho, J.H. Erkko) et compositeur (Jean Sibelius). Partageant les mêmes idéaux sociaux-politiques et philosophiques, ces artistes prônent dans leur mode de vie la simplicité, l’authenticité et l’autosuffisance. Dans ce havre de paix, entourée de sa femme et de ses huit enfants qui lui servent de modèles, Pekka Halonen se laisse aller au bonheur simple de la vie domestique. Il entretient un jardin dont la production lui sert de motifs pour des compositions empreintes de couleur. Le lac et les rochers environnants lui inspirent également de nombreux tableaux vibrants de lumière.
Lumière d'hiver sur le lac de Tuusula, 1905, huile sur toile
Le Rivage avec le sauna, fin d'hiver, 1906, huile sur toile
Nuages au-dessus du lac de Tuusula, vers 1900-1902, huile sur toile
Fin d'hiver à Tuusula, 1907, huile sur toile
Verglas au printemps sur le lac de Tuusula, 1927, huile sur toile
Le Dégel, 1907, huile sur toile
Tuusula, fin d'hiver, 1911, huile sur toile
Halosenniemi, 1906, huile sur toile
Les Rochers à Halosenniemi, 1913, huile sur toile
Dans le jardin, 1913, huile sur toile
La poussette dans le jardin, 1913, huile sur toile
Le Linge séchant, 1910, huile sur toile
L'Atelier, 1913, huile sur toile
Nature morte, 1909, huile sur toile
Dans le sauna, 1925, huile sur toile
Maija Halonen, la femme de l'artiste, 1896, huile sur toile
Autoportrait, 1906, huile sur toile
Maija en costume traditionnel de la région de Jääski, 1905, huile sur toile
La Chambre d'enfants, 1909, huile sur toile
La Salle à manger, 1910, huile sur toile
Vue de l'atelier, 1910, huile sur toile
Nature morte, 1919, huile sur toile
Jeune Fille lisant, 1918, huile sur toile
L'Heure du bain, 1910, huile sur toile
Couleurs d'automne, 1911, huile sur toile
L'Atelier vu de dehors, 1920, huile sur panneau
Tomates, 1913, huile sur carton
Choux, 1909, huile sur toile
Tomates, 1916, huile sur panneau
et pour conclure cette section, le kantele et la palette de Pekka Halonen à Halosenniemi, à présent transformée en musée.
5. Éloge de la nature
Originaire de Savonie du Nord, Pekka Halonen baigne dès son plus jeune âge dans cette terre primitive dont il n’a de cesse de restituer l’authenticité à travers ses nombreux paysages retranscrivant le passage des saisons et la limpidité de la lumière nordique.
Le peintre s’affirme comme le gardien du paysage national, dans un contexte de profonde mutation, le pays s’ouvrant à l’industrialisation. Faisant preuve d’une conscience pré-écologique, Pekka Halonen s’engage pour la protection de l’environnement.
Ses portraits d’arbres et ses paysages magnifient les lacs et les forêts, retranscrivent la fonte des glaces et subliment les mille et une nuances de la neige. Ils constituent autant de plaidoyers pour la préservation de cette nature vierge incarnant l’âme finlandaise. Dans tous ces paysages, aucune présence humaine ne vient troubler le rythme de la nature, accentuant l’impression de sacralité et d’immuabilité.
Au bord de la rivière, 1897, huile sur toile
Le Lac Ladoga, 1903, huile sur toile
Étang dans la forêt, 1925, huile sur toile
Saule en automne, 1907, huile sur toile
Bosquet de bouleaux, 1908, huile sur toile
Pin abattu, 1905, huile sur toile
La Fonte des glaces, 1916, huile sur carton
Bateau, 1929, huile sur toile
Rapides, 1917, huile sur toile
Crue de printemps, 1895, huile sur toile
Rapides, 1917, huile sur toile
Ambiance du soir, 1896, huile sur toile
Paysage d’hiver, Myllykylä, 1896. huile sur toile
La Débâcle, 1916, huile sur toile
Paysage : Koli, 1914, huile sur toile
Paysage : Koli, 1914, huile sur toile
Paysage d'hiver, Pielisjärvi, 1915, huile sur toile
Jour d'hiver en Carélie, 1896, huile sur toile
Grand pin de Kotavuori, 1916, huile sur toile
Jour de mars, 1910, huile sur toile
Paysage du lac Ladoga, Haavus, vers 1894, huile sur toile
La dernière section :
6. Symphonie en blanc majeur
Plus que tout autre peintre finlandais, Pekka Halonen s’est affirmé comme le poète de la neige. Nul n’a su mieux que lui en représenter les multiples nuances, la faisant chatoyer avec la glace au fil des saisons. Le thème a traversé toute sa carrière, du milieu des années 1890 au début des années 1930. Les paysages de neige constituent pour Pekka Halonen un terrain d’expérimentation où transparaissent les différentes sources dont il s’est nourri au cours de ses séjours parisiens, du japonisme au néo-impressionnisme. Si l’on peut percevoir une évolution stylistique, tous ces tableaux sont animés par une ferveur quasi mystique pour la pureté et la sacralité de cette nature vierge sublimée par l’hiver.
Dans les années 1920, le motif tend à se dissoudre, confinant presque à l’abstraction. De plus en plus éthérées et monochromes, les dernières œuvres se font le reflet de la sérénité intérieure à laquelle est parvenu l’artiste. Un grand silence se dégage de ces œuvres, véritables symphonies en blanc majeur.
Paysage de forêt en hiver, 1932, huile sur toile
Arbres enneigés, 1923, huile sur toile
Premières neiges, 1902, huile sur toile
Soir de gel, 1923, huile sur toile
Rochers couverts de neige et de glace, 1911, huile sur toile
Paysage d'hiver ensoleillé, 1911, huile sur toile
Forêt en hiver, Kinahmi, 1923, huile sur toile
Paysage d’hiver, Kinahmi, 1923, huile sur toile
Bouleaux sous le soleil d'hiver, 1912, huile sur toile
Jour de mars, 1916, huile sur toile
Premières neiges, 1931, huile sur toile
Paysage d'hiver, 1913, huile sur toile
Givre, 1899, huile sur toile
Genévriers, 1901, huile sur toile
Paysage d'hiver, 1895, huile sur toile
Jour d'hiver, 1895, huile sur toile
Genévrier enneigé, 1917, huile sur toile
Paysage d'hiver, 1932, huile sur toile