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Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

14 Mars 2026 , Rédigé par japprendslechinois

Artiste, féministe et écologiste d’avant-garde, femme, mère, migrante, touchée par la maladie mentale et chercheuse spirituelle en constante évolution, Leonora Carrington a laissé derrière elle un héritage aussi extraordinaire que radical.

Née en 1917 dans le Lancashire en Angleterre, Leonora Carrington s’est construite à travers le voyage, qu’il soit intérieur ou extérieur. De Florence à Paris, du Sud de la France à l’Espagne, jusqu’au Mexique où elle est devenue une figure culte, son parcours hors du commun a nourri une œuvre à la croisée du surréalisme, de la mythologie et de l’ésotérisme.

L'exposition du musée du Luxembourg est la première d’envergure en France consacrée uniquement à l’œuvre de Carrington. Peu connue, nous avions découvert certaines de ses peintures dans l'exposition Surréalisme au centre Pompidou (nos billets du 28 septembre et du 12 octobre 2024) et l'été dernier à la Fondation Leclerc à Landerneau (notre billet du 9 août 2025)

1. Aux origines d’un grand tour intérieur

Les débuts artistiques de Leonora Carrington ont été marqués par sa jeunesse passée dans l’Angleterre du début du XXe siècle et par un séjour initiatique à Florence au début des années 1930. Dès son enfance, nourrie de contes de fées, de littérature fantastique et d’histoires que lui racontait sa mère irlandaise, elle a développé un goût subtil pour le fantastique et l’invention d’autres mondes. Ce goût apparaît déjà dans son cahier d’enfant Animals of a Different Planet, une œuvre prodigieuse combinant science et pure imagination.
Après avoir été systématiquement renvoyée de plusieurs écoles catholiques, Carrington part pour son Grand Tour en Italie. Malgré une exposition directe aux chefs d’œuvre de l’histoire de l’art, sa production à l’époque (elle a à peine quinze ans) se réduit à la série Sisters of The Moon et à des aquarelles qui font référence à l’imagerie de son enfance plutôt qu’à une quelconque influence toscane : des femmes imaginaires et puissantes, dotées d’un savoir énigmatique, créent une sorte de cosmogonie dominée par le féminin et par des créatures fantastiques qui coexistent avec les êtres humains. Néanmoins, de ces œuvres de sa prime jeunesse émergent déjà des thématiques profondes qui l’accompagneront toute sa vie : la sororité, l’imagination narrative, la composante littéraire, l’invention de mythologies.

Leonora Carrington enfant, vers 1921, gélatine aux sels d'argent

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

Sisters of the Moon [Soeurs de la Lune], 1932, aquarelle, graphite et encre sur papier
Lucienne
Diana
Erebus
Anida
Juliette
Fantasia
Fortuna
Iris
Indovina Zingara
Blue Beard
La Strega

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

The Fiddler [La Violoniste], 1933, aquarelle, graphite et encre sur papier
Devil Giants and Their Pixie Brew [Géants démoniaques et leur mixture de farfadets], vers 1922, aquarelle, graphite et encre sur papier

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

Sans titre, vers 1932, aquarelle, graphite et encre sur papier
Sans titre, vers 1932, aquarelle, graphite et encre sur papier
Blue Hell-Cat & Devil-Bear [Chatte infernale bleue et ours démoniaque], 1933, aquarelle, graphite et encre sur papier
Unearthly Dragons [Dragons supraterrestres], 1932, aquarelle, graphite et encre sur papier

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

Artes 110 1941-2, 1944, huile sur toile
L'œuvre Artes 110 donne un double sens à la notion de voyage selon Leonora Carrington : ce voyage s'effectue à travers la géographie comme à travers la conscience. Autoportrait symbolique, ce tableau évoque la renaissance de l'artiste après l'épisode traumatisant de son internement dans un hôpital psychiatrique espagnol et son arrivée à Mexico, ville qui deviendra son lieu de résidence de 1942 jusqu'à sa mort.

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

2. La mariée du vent

Dans le prologue qu’il écrit pour l’une des histoires de Carrington, Max Ernst, son compagnon pendant sa période surréaliste, qualifie Leonora de « Mariée du Vent ». Marquée par l’exposition surréaliste à Londres et sa rencontre avec Ernst, Carrington commence son parcours artistique en 1936. Contre la volonté du père de Leonora Carrington, le couple trouve refuge à Paris, puis dans le village isolé de Saint-Martin-d’Ardèche. Il y crée une maison - « œuvre d’art totale », qui intègre la vie quotidienne, la peinture, la sculpture et la littérature. Carrington y exerce son imagination sur les portes et les fenêtres tandis qu’Ernst orne l’extérieur de diverses créatures qui donnent une dimension symbolique à l’ensemble de la maison. L’espace qu’ils créent ensemble devient le berceau d’une créativité artistique et d’une voix littéraire singulières. Parfaitement bilingue, Carrington écrit là-bas, en français, ses premières œuvres littéraires, telles que La Dame Ovale ou La Maison de la peur.
Cette période prend fin brutalement avec la Seconde Guerre mondiale : Ernst est arrêté comme « étranger ennemi » et leurs chemins se séparent. En 1940, bouleversée, Carrington s’enfuit en Espagne. Victime d’un viol collectif à Madrid, elle est internée dans un sanatorium à Santander, où elle est soumise à un régime sévère. Cette expérience extrême, vécue entre lucidité et folie, marque profondément son œuvre, qui devient plus sombre et plus hermétique. Quelques années plus tard, Carrington reviendra sur ces événements dans un texte poignant intitulé En Bas. En 1941, elle se réfugie à New York, où elle retrouve la communauté surréaliste en exil et approfondit l’iconographie qu’elle avait développée en Europe, lui donnant une plus grande complexité comme pour surmonter son propre traumatisme. Marquées par l’expérience de l’exil et du déracinement, les œuvres de cette période reflètent les traces de la guerre, de la maladie et de la perte.

Décors de la maison de Saint-Martin d'Ardèche (porte, fenêtre) et Gioco del Biribissi [Jeu de biribi] provenant de la maison de Saint-Martin-d'Ardèche (XVIIIe siècle)

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

Prophets & the New Myth [Prophètes et le nouveau mythe], 1938, encre sur papier
Chez les masques, 1936, huile sur toile
Sans titre, 1938, graphite et aquarelle sur papier gaufré

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

Une photo de Roland Penrose (1900-1984) :
Quatre femmes endormies [Lee Miller, Ady Fidelin, Nusch Eluard et Leonora Carrington], Lambe Creek, Cornouailles, Angleterre, 1937

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

et une série de belles photos prises en 1937 et 1939 par Lee Miller (1907-1977) :

- la maison de Saint-Martin d'Ardèche

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

- Léonora Carrington, avec sur certains photos Max Ernst, et sur la dernière avec Ady Fidelin, Max Ernst et Man Ray

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

Double portrait (Autoportrait avec Max Ernst), 1938, huile sur toile

Dans ce tableau, reflet d'une relation créatrice complexe, Leonora Carrington et Max Ernst se font face sur un fond à peine ébauché. Carrington, qui regarde le spectateur dans une attitude de défi, la chevelure semblable à la crinière d'un cheval, symbolise la liberté et le pouvoir féminin. Ernst est enveloppé de plumes, en référence à son alter ego l'oiseau Loplop. L'œuvre inachevée reflète la fin précipitée du séjour des deux artistes à Saint-Martin d'Ardèche au début de la Seconde Guerre mondiale.

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

Des œuvres de Max Ernst de cette période :

The Antipope [L'Antipape], vers 1941, huile sur carton marouflé sur panneau
Divinità [Divinité], 1940, huile sur toile
Spanish Physician [Le Médecin espagnol], 1940, huile sur toile

Leonora Carrington et Max Ernst ont subi tous deux de longs internements : lui, comme prisonnier de guerre et elle, retenue contre sa volonté dans un hôpital psychiatrique. Même si ces événements les séparèrent, ils provoquèrent chez eux un traumatisme similaire : celui de l'enfermement. Ernst décrit ici les souvenirs de Carrington à l'hôpital psychiatrique de Santander qui, selon lui, « dépassaient Kafka ». Le titre fait référence au médecin qui imposa à Carrington des traitements inhumains. Il figure à gauche du tableau, sous les traits d'une créature menaçante et grotesque à côté d'un gigantesque cheval, tous deux pétrifiés. Carrington s'enfuit terrorisée et abandonne derrière elle un mouchoir transformé en oiseau : l'alter ego d'Ernst.

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

et de Leonora Carrington :

Caballos [Chevaux], 1941, huile sur toile
La Joie de patinage, 1941, huile sur toile
Garden Bedroom [Chambre dans un jardin], 1941, huile sur toile
Peint à New York, ce tableau est le pendant cauchemardesque des jours heureux à Saint-Martin-d'Ardèche, passés au tamis de la crise psychique et de l'exil. Avec, au fond, un lit nuptial manifestement vide, un espace intime ouvert aux intempéries, l'œuvre évoque une maison abandonnée à ses fantômes. Le personnage allongé sur le sol semble être Carrington tandis que le cavalier spectral et androgyne qui tente de faire galoper un cheval à bascule serait Ernst.

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

Des photos de Hermann Landshoff (1905-1986) prises à New York en 1942 :

Leonora Carrington (assise), André Breton, Marcel Duchamp et Max Ernst (de droite à gauche, debout, derrière le tableau Nude at the Window de Morris Hirshfield)
Max Ernst (assis), Leonora Carrington, Marcel Duchamp et André Breton (debout) devant la peinture de Max Ernst Der Surrealismus und die Malerei
Leonora Carrington dans son appartement de Greenwich Village (3 photos)
Artistes en exil
Debout : Jimmy Ernst, Peggy Guggenheim, John Ferren, Marcel Duchamp, Piet Mondrian.
Rang central : Max Ernst, Amédée Ozenfant, André Breton, Fernand Léger, Berenice Abbott.
En bas : Stanley William Hayter, Leonora Carrington, Frederick Kiesler, Kurt Seligmann.

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

3. Dépaysement - Mémoire des origines, nostalgie des rivages

En 1942, Leonora Carrington s’installe dans ce qui sera son pays pour le reste de sa vie : le Mexique, où elle retrouve une communauté d’exilés européens. Dans la seconde moitié des années 1940, sa peinture connaît une transformation radicale à la suite de plusieurs événements, notamment la création d’un foyer et, surtout, la maternité. Les images de la demeure de son enfance refont surface, évoquant des visions fantomatiques et des souvenirs sombres. Mais la maternité lui insuffle aussi une intense impulsion créatrice : sa nostalgie de l’Angleterre et son retour aux sources s’expriment sous la forme de scènes familiales, de pastorales et d’images oniriques. Les œuvres de cette période révèlent clairement l’influence de la peinture italienne - utilisation de la tempera (technique picturale à l’eau dans laquelle les pigments sont liés par un liant soluble, généralement à base d’œuf), peinture sur panneau ou sur carton compressé, intérêt pour le format de la prédelle, la partie inférieure des retables dont le format horizontal permet de créer des scènes narratives - et se distinguent nettement de celles de sa période new-yorkaise. Prenant parfois la forme d’une sacra conversazione, un type de composition typique de la Renaissance dans lequel les personnages sacrés semblent établir un dialogue harmonieux, serein et énigmatique, ces tableaux sont teintés d’une mélancolie adoucie, moins convulsive, plus introspective. En 1948, Carrington présente sa première exposition personnelle à la galerie Pierre Matisse à New York, avec le soutien de son ami et mécène Edward James, qui souligne la complexité et le pouvoir onirique de son œuvre : « Ses peintures ne sont pas littéraires, ce sont plutôt des images distillées dans les cavernes souterraines de la libido, vertigineusement sublimées. Elles appartiennent avant tout à l’inconscient universel. »

Crookhey Hall, 1986, lithographie en noir et blanc (12/150)
Cette œuvre évoque Crookhey Hall, la maison néogothique dans laquelle Leonora Carrington a grandi. Témoin des jeux, des récits fantastiques et des conflits familiaux, ce lieu symbolise aussi le père et le frère qu'elle a fuis. Dans cette scène inquiétante, une fillette échappe à des êtres hybrides qui semblent la poursuivre ou l'accompagner, telle l'Alice de Lewis Carroll tombant dans le terrier du lapin qu'elle suivait dans le jardin.

 

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

Rose Garden [Demoiselles, fuyez, il y a un homme dans la roseraie], 1948, tempera à l'œuf sur bois
Mars Red Predella [Prédelle rouge Mars], 1946!                          
Tempera et graphite sur panneau préparé
Retrato del Dr. Urbano Barnés [Portrait du docteur Urbano Barnés], 1946, tempera sur panneau
Ce portrait est l'hommage de Carrington à un autre docteur espagnol : Urbano Barnés, médecin en exil qui l'assista lors de la naissance de ses deux fils à Mexico.

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
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The Lodging House [La Maison d'hôtes], 1949, huile sur toile
La maison ouverte, présentée en coupe pour nous en montrer le cœur, explore la dualité entre intérieur et extérieur, entre foyer et exil, et devient un espace liminaire où cohabitent créatures fantastiques et êtres humains.
Le Bon Roi Dagobert (Elk Horn), 1948, huile sur panneau
Las tentaciones de San Antonio [Les Tentations de saint Antoine], 1945, huile sur toile
Leonora Carrington peint Les Tentations de saint Antoine peu après son arrivée au Mexique. Inspirée du tableau de Jérôme Bosch au Prado, vu lors de son arrivée en Espagne en 1940, l'œuvre naît d'un concours pour le film Bel-Ami (1947), où elle rivalise avec Salvador Dalí, Max Ernst, Dorothea Tanning ou Paul Delvaux, parmi d'autres. Contrairement aux visions tourmentées des autres artistes, Carrington dépeint un anachorète serein.

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
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Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
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4. Le voyage de l’héroïne

Le titre de cette section est emprunté à Joseph Campbell, un spécialiste de la mythologie qu’admirait Leonora Carrington, célèbre pour avoir imaginé « le voyage du héros », une structure narrative inspirée des travaux de Carl Gustav Jung. Les œuvres choisies ici proposent une lecture du parcours de Carrington comme une transcription féminine du « voyage du héros ». Sa feuille de route était une cartographie riche et complexe de mythes ainsi que de traditions mystiques et spirituelles englobant des enseignements à la fois anciens et contemporains.

Orplied [Orplid], 1955, huile sur toile
Utilisant la technique de la décalcomanie, Carrington offre le paysage imaginaire d'un lieu marqué par la légende.

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
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Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

Ballerina II (Mythical Figure) [Danseuse II (Figure mythique)], 1954, huile et feuille d'or sur Masonite
Goddess [Déesse], 2008, bronze
Sans titre (Noah's Ark) [L'Arche de Noé], 1962, huile sur panneau

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
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Composition (Ur of the Chaldees) [Composition (Ur des Chaldéens)], 1950, huile sur toile
Three Nornir [Trois Nornes], 1998, huile sur toile
Quería ser pájaro [Il voulait être un oiseau], 1960, huile sur toile

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
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The Magus Zoroaster Meeting His Own Image in the Garden [Le Mage Zoroastre rencontrant sa propre image dans le jardin], 1960, huile sur panneau
Levitasium, 1950, huile sur toile
Sous la rose des vents, 1955, huile sur toile

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
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5. L’obscurité lumineuse

André Breton, le chef de file du surréalisme, disait de Leonora Carrington qu’elle était une « sorcière […] au regard velouté et moqueur ». Cette formule traduit l’intérêt et la fascination pour l’occultisme que Carrington avait en commun avec d’autres surréalistes. Ceux-ci ont en effet redécouvert la magie, le tarot, l’alchimie, l’astrologie, le spiritisme et d’autres traditions ésotériques de l’Antiquité jadis réservées aux initiés. Carrington a créé un langage unique et complexe mais a refusé d’expliquer ou de clarifier ses multiples influences. Elle a soigneusement intégré dans ses compositions des incantations, des signes cabalistiques, des diagrammes et autres symboles magiques, obscurcissant souvent leur finalité et leur signification derrière des récits ludiques conçus pour dérouter les personnes peu familières de ces traditions.

Sans titre, 1956, graphite sur panneau

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

Magic Mirror (Sentry Figures) [Miroir magique (Gardiens)], 1950, bois sculpté et peint avec miroir argenté
Sans titre (The Ritual) [Le Rituel], 1964, huile sur toile
The Lovers [Les Amants], 1987, huile sur toile
L'union des contraires est un élément central en alchimie et elle atteint son apothéose visuelle dans cette œuvre qui représente le prélude au rite cérémoniel de la noce alchimique.

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
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Song of Gomorrah [Chant de Gomorrhe], 1963, tempera sur panneau
Occult Scene (Jacob's Ladder) [Scène occulte (L'Échelle de Jacob)], 1955, huile sur toile
Carrington ne représente pas la scène biblique de façon traditionnelle avec des anges descendant du ciel mais elle propose une réinterprétation subtilement hérétique de la rencontre entre deux mondes peuplés d'oiseaux, d'insectes et d'êtres anthropomorphes. Si l'on tient compte du goût de Carrington pour les références biographiques cachées, il est à noter que le domicile que l'artiste avait partagé avec Max Ernst à Paris vingt ans avant de réaliser cette œuvre, se trouvait précisément rue Jacob.
The Burning of Giordano Bruno [L'Exécution par le feu de Giordano Bruno], 1964, huile sur toile
L'œuvre transmue le supplice sur le bûcher du philosophe et cosmologue italien du XVIe siècle Giordano Bruno en un rite de transformation et non d'annihilation.

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
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El nigromante (El presagiador) [Le Nécromant (Le Voyant)], 1950, huile sur toile
Cette œuvre incarne la fusion entre intuition et érudition dans un format de composition qui rappelle les arcanes du tarot.
Photographies de Kati Horna (1912-2000) : Oda a la necrofilia [« Ode à la nécrophilie »] (Leonora Carrington comme modèle), 1962, gélatine aux sels d'argent
Pour cette série, Leonora Carrington a servi de modèle à son amie intime, la photographe Kati Horna. Elle exprime un deuil personnel dans un décor domestique où figurent un lit défait, une bougie allumée et un masque blanc évoquant des rites mortuaires mais aussi la sensualité, la solitude et la mémoire d'un défunt dont on ignore le nom.
Oink (They Shall Behold Thine Eyes) [Oink (Ils contempleront tes yeux)], 1959, huile sur toile

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
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Séance, sans date, dessin
The Powers of Madame Phoenicia [Les Pouvoirs de Madame Phoenicia], 1974, technique mixte sur soie
Snake Bike Floripondio [Serpent bicyclette trompette des anges], 1975, huile sur toile

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
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Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg

Dernière section de l'exposition :

6. Cuisine alchimique

Dans cette section,  cuisiner devient une métaphore des opérations hermétiques et la cuisine, traditionnellement associée à un travail féminin contraint, devient un espace où les femmes peuvent retrouver leur pouvoir grâce à l’alchimie, à la magie et à la sorcellerie. L’intérêt profond de Carrington pour l’alchimie ressort avec évidence de l’iconographie de nombre de ses œuvres, mais aussi des médiums qu’elle utilise. Au milieu des années 1940, par exemple, elle commence à expérimenter la technique médiévale de la tempera à l’œuf, qui lui permet d’obtenir des tons riches et chatoyants. Faisant le lien entre la cuisine et la magie, son mécène Edward James décrit avec justesse ses peintures comme « non seulement peintes, mais aussi concoctées.

Edwardian Hunt Breakfast [Petit déjeuner de chasse édouardien], 1956, huile sur toile
L'artiste n'a jamais oublié l'Angleterre de son enfance. Elle évoque ici les souvenirs de son éducation britannique et les chasses dont elle a sans doute été témoin.

 

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
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Dando de comer a una mesa [Nourrir une table], 1959, huile sur toile
Desayuno Astral [Petit déjeuner astral], 1964, huile sur toile
A Warning to Mother [Avertissement à la mère], 1973, huile sur toile

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
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D'une peintre proche de Leonora Carrington, Remedios Varo (1908-1963) : Paisaje, Torre, Centauro [Paysage, Tour, Centaure], vers 1943, technique mixte sur papier

et de Leonora Carrington, pour finir :

Three Women and Crows at the Table [Trois femmes et corbeaux à table], 1951, huile sur panneau
 

Grandmother Moorhead's Aromatic Kitchen [La Cuisine aromatique de grand-mère Moorhead], 1975, huile sur toile

Cette scène est un hommage à la grand-mère irlandaise de Carrington, aux récits et aux connaissances féminines qu'elle a transmis à l'artiste. Ici, la cuisine n'est pas conçue comme un espace de soumission mais comme une enceinte sacrée, rituelle et alchimique où sont invoquées les déesses ancestrales et où sont manipulés des ingrédients transformateurs. L'oie, animal sacré dans la mythologie irlandaise, liée à l'au-delà et au voyage entre les mondes, mais aussi à la fertilité et au foyer, y occupe une place prépondérante. Carrington fusionne ainsi des éléments celtes et mexicains
(comme le comal, une plaque de cuisson traditionnelle) pour évoquer le rôle du foyer comme centre de pouvoir, de résistance et d'échange des savoirs.

Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
Leonora Carrington (1917-2011) au musée du Luxembourg
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S
Je vous ai lu, vu et maintenant visité.<br /> Merci
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K
J´aime surtout "the sisters of the moon". Heuresement que Leonora prend toute sa place. En 2023 c´est á Madrid ou on a pu voir ses tableaux pour la premiére fois. Leonora nous laisse jamais indifferent. Les textes aident enormement et on a envi de relire "Leonora" de Maria Poniatovska. Un plasir.
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