Warhol à la Fondation Leclerc à Landerneau (II/II)
Nous poursuivons dans ce billet la visite de l'exposition Warhol à la fondation Edouard et Hélène Leclerc à Landerneau débutée dans notre billet du 1er août dernier.
4. Quand les portraits deviennent produits
La célébrité ne se réduit pas à l'image d'une personne : elle en propose une version éditée et soigneusement mise en scène. Ces personnalités lissées sont transposées en images standardisées par le procédé de sérigraphie employé par Warhol. Les défauts s'effacent, les imperfections sont camouflées et l'individu est réduit à ses traits les plus reconnaissables. Pour Warhol, le portrait n'a pas vocation à représenter fidèlement un modèle, mais à le montrer sous son meilleur jour : « J'essaie toujours de mettre la personne en valeur. » Mais il veille également à ce que chaque sujet se conforme à l'esthétique du pop art : tendance et séduisante, intensément colorée. Dès que le public a découvert les Marilyn Monroe déclinées en rose et vert criards, l'utilisation des couleurs naturelles dans la réalisation de portraits n'a plus été une exigence.
Portraits d'Yves Saint Laurent, 1972, encre sérigraphique et peinture polymère sur toile
Valentino, 1974, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Valentino, 1974, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Marella Agnelli, 1973, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Marella Agnelli, 1973, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Truman Capote, 1979, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Truman Capote, 1979, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Martha Graham, 1980, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Martha Graham, 1980, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Dennis Hopper, 1971, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Dennis Hopper, 1971, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Dominique de Menil, 1969, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Dominique de Menil, 1969, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Ryuichi Sakamoto, 1983, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Ryuichi Sakamoto, 1983, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Princess Caroline of Monaco, 1983, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Princess Caroline of Monaco, 1983, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Dolly Parton, 1985, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Dolly Parton, 1985, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Mark Leibovitz, 1977, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Mark Leibovitz, 1977, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Hélène Rochas, 1973-1974, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Joe McDonald, 1975, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Joe McDonald, 1975, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Les points de départ de ces toiles sont des polaroîds tels que les 36 qui sont exposés.
De gauche à droite et de haut en bas
Francesco Clemente, 1981, Polaroid™ Polacolor 2
Diana Ross, 1981, Polaroid™ Polacolor 2
Yves Saint Laurent, 1972, Polaroid™ Polacolor Type 108
Carolina Herrera, 1978, Polaroid™ Polacolor Type 108
Keith Haring and Juan Dubose, 1983, Polaroid™ Polacolor ER
Dolly Parton, 1985, Polaroid™ Polacolor ER
Truman Capote, 1977, Polaroid™ Polacolor Type 108
Princess Caroline of Monaco, 1983, Polaroid™ Polacolor ER
Sylvester Stallone, 1980, Polaroid™ Polacolor Type 108
Apollonia Von Ravenstein, 1982, Polaroid™ Polacolor 2
Georgia O'Keeffe, 1979, Polaroid™ Polacolor Type 108
Debbie Harry, 1980, Polaroid™ Polacolor Type 108
Joan Collins, 1985, Polaroid™ Polacolor ER
Diane Von Furstenberg, 1984, Polaroid™ Polacolor ER
Dennis Hopper, 1977, Polaroid™ Polacolor Type 108
William S. Burroughs, 1980, Polaroid™ Polacolor Type 108
Robert Mapplethorpe, 1983, Polaroid™ Polacolor ER
Martha Graham, 1979, Polaroid™ Polacolor Type 108
Roy Lichtenstein, 1975, Polaroid™ Polacolor Type 108
Liza Minnelli, 1977, Polaroid™ Polacolor Type 108
Mick Jagger, 1975, Polaroid™ Polacolor Type 108
Diana Vreeland, 1973, Polaroid™ Polacolor Type 108
Truman Capote, 1979, Polaroid™ Polacolor Type 108
Muhammad Ali, 1977, Polaroid™ Polacolor Type 108
Valentino, 1973, Polaroid™ Polacolor Type 108
Halston, 1974, Polaroid™ Polacolor Type 108
Joseph Beuys, 1979, Polaroid™ Polacolor Type 108
Marella Agnelli, 1972, Polaroid™ Polacolor Type 108
Jean-Michel Basquiat, 1982, Polaroid™ Polacolor ER
Grace Jones, 1984, Polaroid™ Polacolor ER
Joe MacDonald, 1975, Polaroid™ Polacolor Type 108
Farrah Fawcett, 1979, Polaroid™ Polacolor Type 108
Pele, 1977, Polaroid™ Polacolor Type 108
Arnold Schwarzenegger, 1977, Polaroid™ Polacolor Type 108
Lana Turner, 1985, Polaroid™ Polacolor ER
Karen Kain, 1980, Polaroid™ Polacolor Type 108
Jackie, 1964, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Ce portrait de Jackie Kennedy naît du traumatisme collectif provoqué par l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy le 22 novembre 1963. Réalisée dans les semaines qui suivent le drame, cette œuvre s'inscrit dans une série de plusieurs portraits que Warhol consacre à la première dame
des États-Unis. L'image représente Jackie souriante à Dallas, peu avant l'attentat. John Fitzgerald
Kennedy, présent sur la photo originale, en a été délibérément effacé. Toute la force de l'œuvre
repose sur ce contraste entre l'insouciance du moment et la tragédie que le spectateur connaît. Le choix du bleu n'est pas anodin : couleur associée à la Vierge Marie dans l'iconographie chrétienne, il confère à Jackie une dimension d'icône presque sacrée, entre immortalité et recueillement. L'œuvre se situe ainsi à la croisée de deux axes majeurs chez Warhol : sa fascination pour les icônes féminines et sa réflexion sur les drames américains, explorée dans
la série Death and Disaster.
Jackie, 1964, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Jackie, 1964, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Jackie, 1964, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Marilyn Monroe (Marilyn), 1967, sérigraphie sur papier
Marilyn Monroe (Marilyn), 1967, sérigraphie sur papier
La mort de Marilyn Monroe en août 1962 agit sur Warhol comme une révélation : la frontière entre la femme et le mythe vient de s'effacer définitivement. La célébrité, poussée à son paroxysme, devient une forme d'immortalité. L'œuvre est réalisée quelques semaines seulement après les funérailles de l'actrice, à partir d'une photo promotionnelle du film Niagara (1953). Les couleurs franches - jaune, bleu, rose, rouge - reflètent Marilyn dans son rôle de star absolue, que le regard ne peut ignorer.
Entre 1964 et 1966, Warhol a réalisé plus de 500 courts métrages qu'il appelle Screen Tests.
À la Factory, les visiteurs sont invités à s'asseoir devant une caméra fixe pendant environ trois minutes, la durée d'une bobine. Warhol projette ensuite ces images au ralenti, accentuant l'étrange immobilité de ces portraits filmés.
Trois d'entre eux sont présentés dans une salle de l'exposition.
Edie Sedgwick [ST308], 1965, film 16 mm, noir et blanc, muet, 4,6 minutes à 16 images par seconde
Marcel Duchamp [ST80], 1966, film 16 mm, noir et blanc, muet, 4,4 minutes à 16 images par seconde
Marisol [ST202], 1964, film 16 mm, noir et blano, muet, 4,5 minutes à 16 images par seconde
5. Le mythe américain
Avec le portrait, Warhol réduit les visages à leurs traits les plus immédiatement reconnaissables. De la même manière, une grande partie de son œuvre peut être envisagée comme un portrait de l'Amérique telle qu'il la perçoit, réduite à ses éléments les plus superficiels, à ses symboles les plus directs. Le pop art américain est le reflet de la société de consommation ; l'identité américaine est intimement liée à des images comme celles de Coca-Cola et de Hollywood. Même certaines de ses icônes les plus emblématiques, telle la Statue de la Liberté, deviennent des raccourcis visuels des USA, aussi immédiatement identifiables que le symbole du dollar. Cette logique associe étroitement mercantilisme et prospérité, mais elle laisse aussi apparaître, en creux, les excès de la consommation de masse. Fidèle à son approche, Warhol présente ces images sans commentaire; pourtant, une tension sous-jacente affleure, comme l'écho de rêves inaboutis : «Ce qui me manque, c'est l'époque où l'Amérique avait de grands rêves pour l'avenir. Chaque année apportait une découverte scientifique ou une invention, et tout le monde pensait que le futur serait encore plus merveilleux. Cela nous enthousiasmait pour l'Amérique, parce que nous étions ceux qui menaient le monde avec ces inventions fantastiques et ces découvertes scientifiques. Nous allions être les premiers à atteindre le futur. Aujourd'hui, on dirait que plus personne n'a de grands espoirs pour l'avenir. Nous semblons tous penser que le monde sera simplement le même qu'aujourd'hui, mais en pire. » Mais même face à l'effritement de cet optimisme dans les années 1980, Warhol conserve une forme d'espoir, affirmant: « L'Amérique est vraiment the Beautiful.»
La série Myths (1981)
Myths : The Star, 1981, sérigraphie avec poussière de diamant sur carton Lenox Museum Board
Myths : Uncle Sam, 1981, sérigraphie avec poussière de diamant sur carton Lenox Museum Board
Myths : Superman, 1981, sérigraphie avec poussière de diamant sur carton Lenox Museum Board
Myths : The Witch, 1981, sérigraphie avec poussière de diamant sur carton Lenox Museum Board
Myths : Mammy, 1981, sérigraphie avec poussière de diamant sur carton Lenox Museum Board
Myths : Hoody Doody, 1981, sérigraphie avec poussière de diamant sur carton Lenox Museum Board
Myths :Dracula, 1981, sérigraphie avec poussière de diamant sur carton Lenox Museum Board
Myths :Mickey Moose, 1981, sérigraphie avec poussière de diamant sur carton Lenox Museum Board
Myths : Santa Claus, 1981, sérigraphie avec poussière de diamant sur carton Lenox Museum Board
Myths : The Shadow, 1981, sérigraphie avec poussière de diamant sur carton Lenox Museum Board
Camouflage, 1986, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Ads: The New Spirit (Donald Duck), 1985, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Si la plupart reconnaissent Donald Duck dans cette œuvre, l'origine de cette peinture est moins évidente. The New Spirit est un film de propagande, réalisé pendant la Seconde Guerre mondiale, pour encourager les Américains à payer leurs impôts à temps afin de soutenir l'effort de guerre.
Donald Duck, vers 1985, graphite sur papier HMP
Dollar sign, 1981, peinture acrylique et encre sérigraphique sur toile
Five Dollar Bill, 1962, crayon graphite sur papier
Ads: Van Heusen (Ronald Reagan), 1985, sérigraphie sur carton Lenox Museum Board
The American Man (Portrait of Watson Powell), 1964, peinture acrylique et encre sérigraphique sur toile
The American Man (Portrait of Watson Powell), 1964, peinture acrylique et encre sérigraphique sur toile
Advertisement (Andy Warhol for Sony Beta cassette tapes), 1981, encre imprimée sur papier couché
De la série Death and Disaster :
5 Deaths, 1963, peinture acrylique et encre sérigraphique sur toile
5 Deaths, 1963, peinture acrylique et encre sérigraphique sur toile
Ambulance Disaster, 1963-1964, encre sérigraphique sur lin
Little Electric Chair, 1964-1965, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Little Electric Chair, 1964-1965, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Trump Tower, 1981, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Trump Tower, 1981, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
Washington Monument, 1983, sérigraphie sur papier graphique coloré
Washington Monument Wallpaper, 1974, réimpression 1994, sérigraphie sur papier peint
À la sortie de l'exposition :
Statue of Liberty, 1986, peinture acrylique et encre sérigraphique sur lin
En 1986, les États-Unis célébraient le centenaire de la statue de la Liberté. Son image était reproduite sur d'innombrables produits, mais Warhol choisit comme source de sa peinture une boîte de biscuits Fabis, rappelant ainsi les origines françaises du monument, tout en soulignant la marchandisation de cette icône.