Animal !? - l'exposition du Fonds Leclerc à Landerneau (I/II)
Nous renouons dans ce billet avec les expositions estivales du Fonds Hélène et Edouard Leclerc pour la culture, installé dans l'ancien couvent des Capucins à Landerneau. (voir pour la dernière nos billets du 24 août et du 31 août 2024.). Il s'agit cette fois d'une exposition "à thème", ainsi présentée par les organisateurs :
L'animal peuple l'imaginaire des artistes depuis les débuts de l'humanité. Il apparaît dès l'art pariétal et traverse les siècles jusqu'à nos jours avec la même importance. Les artistes l'ont fantasmé, idéalisé, caricaturé, humanisé, hybridé, s'aventurant à la lisière de ce qui sépare l'espèce humaine des autres animaux. Depuis toujours, cette frontière fascine et trouble les artistes. Au cœur de notre quotidien, l'animal agit comme un révélateur de notre rapport ambigu avec le vivant, oscillant entre admiration, crainte et projections. À la fois miroir de nos instincts et figure de l'altérité, il incarne nos désirs, nos peurs et nos interrogations face à ce qui nous lie - et nous distingue - dans le règne animal. Le rôle des animaux est déterminant. Au tournant des grandes révolutions esthétiques, ils s'imposent comme un marqueur des avant-gardes. Et sont, à chaque époque, le vecteur d'innovations formelles et conceptuelles. Mais qui sont-ils ? Et qui sommes-nous?
Comme cette introduction, les intitulés du parcours peuvent sembler parfois grandiloquents.
I. Entre nature et culture
L'Eden et après ?
Le récit biblique du jardin d'Éden illustre l'idéal d'harmonie, un monde sans prédation ni domination où l'humain cohabite pacifiquement avec les autres êtres vivants. Pourtant, ce mythe fondateur repose sur une idée reçue : celle d'un paradis originel, opposé à une civilisation qui, en s'éloignant de cet état initial, aurait domestiqué le supposé chaos du monde sauvage. Car, dans l'imaginaire occidental, la nature primitive est souvent perçue comme un espace régi par la violence, où seules la puissance et la loi du plus fort s'imposeraient. Face à cette vision, la civilisation apparaît comme un rempart, un cadre structurant qui canaliserait les instincts primaires et garantirait l'ordre.
Alexandre-François Desportes : Combat d'animaux, avant 1739, huile sur toile
Peintre officiel des chasses royales, Alexandre-François Desportes (1661-1743) est célèbre pour ses scènes animalières où s'exprime son talent d'observateur du vivant.
Sophie Ristelhueber (née en 1949) : Sans titre, 2025 (Beyrouth, photographies, 1984 - What the Fuck #4, 2024 - Thuel, 2016), tirages argentiques et numériques
Louise Bourgeois (1911-2010) : Nature Study, 1984, porcelaine (Sèvres, manufacture nationale)
Chéri Chérin (né en 1955) : Cohabitation et réconciliation, 2018, acrylique sur toile
Marco Del Re (1950-2019) :
Sans titre, 1995 ,tempera à l'œuf sur Kraft
Sans titre, 1995 ,tempera à l'œuf sur Kraft
Os gravé figurant un homme à tête d'oiseau tenant un poisson, dit La pêche miraculeuse, magdalénien (entre -20 500 et -13 000 ans environ), os d'omoplate, abris de Laugerie-Basse aux Eyzies le Tayac (Dordogne)
Löwenmensch [homme-lion], environ 40000 av. JC., réplique d'une figure homme-lion sculptée dans une défense de mammouth
Abraham Poincheval (né en 1972) : L'Homme Lion, 2020, dessin sur feuilles d'or et d'argent contrecollées sur carton
Henri Matisse (1869-1954) : Intérieur, Bocal de poissons rouges, 1914, huile sur toile
Jean Metzinger (1883-1956) : Paysage coloré aux oiseaux aquatiques, 1907-1908, huile sur toile
Petrit Halilaj & Álvaro Urbano (nés en 1983 et 1986) : A Theory of Racoon Aesthetics [Une théorie de l'esthétique du raton laveur], 2024, poudre de fusain sur toile brute, bois
L'enfant sauvage
L'« enfant sauvage », décrit comme coupé de la civilisation, est fréquemment comparé à une bête. Il symbolise l'innocence primitive autant que la peur de l'altérité. En raison de ses comportements instinctifs, refusant à dessein ou malgré lui de se conformer aux règles de la société, il se trouve exclu de la communauté des humains. La différence, sous toutes ses formes, entraîne alors les pires discriminations, à l'instar de ces « curiosités humaines » exhibées comme des animaux de zoo dans les foires, et traitées comme des objets de fascination ou de terreur. Elles révèlent les difficultés pour la société d'accepter l'autre avec ses particularités, sans l'animaliser.
Charles Fréger (né en 1975) : Babugeri, Bansko, Bulgarie, Série Wilder Mann (depuis 2010), tirage pigmentaire sur papier
John Buscema (1927-2002) : Couverture pour Tarzan annual n°2, 1978, encre et crayon graphite sur papier
Tarzan apparaît pour la première fois dans le roman Tarzan of the Apes publié en 1912. L'histoire raconte l'adoption du jeune Tarzan par une tribu de gorilles après la mort de ses parents.
Yanaki Herrera (artiste chilien) : O prego / The nail, 2025, acrylique et laiton bruni sur oratoire en bois
Birgit Jürgenssen (1949-2003) : Sans titre, 1978, crayon à papier et crayon de couleur
Marie Bovo (née en 1967) : Mi ange mi bête, 2024, aquarelle sur papier
Ulisse Aldrovandi (1522-1605) : Monstrorum Historia, 1642
Généalogie de la violence
Au cours de l'histoire, des cultures ont considéré les animaux comme des représentations de divinités sur Terre, mais de nombreuses sociétés les ont vus comme des êtres inférieurs, subordonnés à l'humain. Cette hiérarchisation de la vie animale a conduit à de multiples formes de violence. En renversant le sujet et en situant l'humain à la place habituelle de l'animal, les artistes nous interpellent.
Alberto Giacometti (1901-1966) : Femme égorgée, 1932, bronze
Cette sculpture représente un corps féminin supplicié : jambes écartées, côtes ouvertes et décharnées, presque acéphale, la figure semble traversée d'un dernier spasme entre agonie et extase.
Oleg Kulik (né en 1961) : Mad Dog, 1994, photographie noir et blanc
VALIE EXPORT (née en 1940) : Aus der Mappe der Hundigkeit [From the Underdog File], 1968, photographie noir et blanc
Maître de la Fertilité de l'œuf (attribué à) : Gnomes et grotesques, XVIIe siècle, huile sur toile
Necla Rüzgar (née en 1972) : Survival Skill II, 2012, technique mixte sur papier
Chaïm Soutine (1893-1943) : Le Bœuf écorché, 1925, huile sur toile
Marc Chagall (1887-1985) : Le Bœuf ou Le Bœuf écorché, 1929-1935, huile et gouache sur carton
Douglas Gordon (né en 1966) : Sleep [Sommeil], 2016, bronze, moulage taille réelle de la main
de l'artiste, mouches des archives du Muséum d'Histoire naturelle de 1966
Francisco de Goya (1746-1828) : Cannibales dépeçant leurs victimes, vers 1800, huile sur bois
Cette toile fait partie d'une série d'études sur l'anthropophagie, un sujet qui fascinait et terrifiait
à la fois les Européens du XVIIIe et du début du XIXe siècle.
Aux origines du racisme
Diffusée d'abord pendant l'Antiquité et reprise au XVIIIe siècle, la théorie de la physiognomonie prétend établir des correspondances entre apparence et tempérament. Influencées par les classifications du vivant, ces doctrines ont conduit à comparer des individus à des animaux, alimentant l'idée d'une hiérarchie entre les groupes humains. Ces représentations ont servi à justifier l'esclavage, la colonisation et les discriminations. Caricatures et discours pseudoscientifiques entretiennent ces stéréotypes jusque dans la criminologie du XIXe siècle. La science a réfuté ces théories, même si leurs effets perdurent dans les préjugés et certains schémas culturels.
Lucien Métivet (1863-1932) : Dessins de Charles Le Brun La Physionomie humaine comparée à la physionomie des animaux, Édition H. Laurens, Paris, 1917
Charles Le Brun (1619-1690), premier peintre du roi Louis XIV, a consacré une série d'études au rapport entre les traits humains et ceux des animaux. Dans sa Physionomie, il cherche à démontrer que l'âme et le tempérament d'un individu transparaissent dans son apparence. Inspiré par la physiognomonie antique et les théories de Descartes sur les passions, il établit des correspondances visuelles entre le visage humain et différentes espèces animales.
Gilles Aillaud (1928-2005) : Grille n°2, août 1964, huile sur toile (voir notre billet du 30 décembre 2023)
Mona Hatoum (née en 1952) : Sans titre (Athens cage), 2019, bois, fil de fer, boules de cheveux, plastique et verre
Gloria Friedmann (née en 1950) : Congo/Gloria, 2003/1962, copie de peinture sur toile réalisée par le chimpanzé Congo sous la direction du zoologiste Desmond Morris.
Bertrand Lavier (né en 1949) : Gravure d'après Raymond de La Nézière, 2020, impression numérique pigmentaire sur papier
Lolo l'âne, dit Joachim-Raphaël Boronali : Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique, 1910, huile sur toile
Edgar Degas (1834-1917) :
Danseuse habillée au repos, entre 1890 et 1911, statuette en bronze patiné
Danseuse au repos, les mains sur les reins, jambe droite en avant, 1885-1890, bronze patiné
La Petite Danseuse de quatorze ans, entre 1879-1881, bronze patiné, tutu en tulle, ruban de satin, socle en bois
La Petite Danseuse de quatorze ans suscite un scandale lorsqu'elle est exposée pour la première fois en 1881 au Salon des Indépendants. Contrairement aux sculptures académiques idéalisées, Edgar Degas présente une figure réaliste et troublante dont la pose tendue reflète l'effort et la discipline du corps. La critique est virulente. Loin d'y voir un hommage à la grâce des ballerines de l'Opéra, certains commentateurs dénoncent une représentation crue, presque animale. Le critique Joris-Karl Huysmans parle d'une « guenon en tutu ».
Jean-Baptiste Siméon Chardin (1699-1779) : Le Singe peintre, vers 1740, huile sur toile
Dans Le Singe peintre, Jean-Baptiste Siméon Chardin s'inscrit dans la tradition des « singeries », un genre très en vogue au XVIIIe siècle, où des singes imitent les comportements humains. Ici, un singe vêtu d'un habit d'artiste est représenté en train de peindre, pastichant la figure du peintre académique dont l'obsession serait la mimesis : l'imitation parfaite de la nature. Cette œuvre illustre une critique subtile de l'imitation en art et de la vanité des artistes.
Jean-Baptiste Deshays (1729-1765) : Le Singe peintre, XVIII siècle, huile sur toile
Et pour clore cette première partie, une section aux oeuvres très nombreuses :
L'animal de compagnie
Longtemps traités comme des accessoires symboliques ou allégoriques, le chien et le chat font l'objet d'un basculement, passant de sujets animaliers à modèles. Dans la peinture classique, ces animaux apparaissent souvent en compagnons fidèles ou en figures morales: le chien incarne la loyauté, tandis que le chat évoque l'indépendance ou la ruse. Au XIXe siècle, avec le développement du portrait bourgeois et la place croissante des animaux dans la sphère intime, les artistes commencent à peindre chien et chat comme des individus à part entière. Cette évolution s'observe dans les portraits commandés par leurs humains, où l'animal est le sujet principal, avec une attention particulière portée à son expression, sa posture et son caractère.
Anonyme (École des Pays-Bas du Sud) : Portrait de femme dite « la dame aux chiens », XVIIe siècle, huile sur toile
Ce portrait anonyme, peint vers 1620, représente Doña Juana de Lunar, dame d'honneur de l'Infante Isabelle-Claire-Eugénie, gouvernante des Pays-Bas espagnols. Élégamment vêtue, elle est entourée d'une foule de petits chiens dont les roms sont inscrits sous leur représentation, soulignant leur importance.
Pierre Bonnard (1867-1947) : Intérieur ou La Femme au chien, vers 1920, huile sur toile
Martin Parr (né en 1952) : Nice, France, 2015, photographie
Ernest Ange Duez (1843-1896) : Panneau de diptyque « Splendeur », 1874, huile sur toile
Léonard Tsuguharu Foujita (1886-1968) : Portrait de Suzy Solidor, 1927, huile sur toile
Marie Laurencin (1883-1956) : Portrait de Jeanne Dubost, née Bénard, 1922, huile sur toile
Françoise Pétrovitch (née en 1964) : Chiens de faïence, 2019, lavis d'encre sur papier (voir notre billet du 11 décembre 2021)
François-André Vincent (1746-1816) : Portrait de Diane, Levrette de Bergeret, 1774, huile sur toile
Space Dogs (à partir de 1957) , objets commémoratifs, collection Martin Parr
Martin Parr, photographe et collectionneur, s'intéresse aux objets du quotidien et aux icônes populaires. Parmi ses collections figure une série de memorabilia dédiés à Laika, la célèbre chienne soviétique envoyée dans l'espace en 1957 à bord de Spoutnik 2.
Laura Henno (née en 1976) : Kamel et sa meute, Mayotte, 2022, photographie à tirage pigmentaire
Lucian Freud (1922-2011) : David and Eli, 2003-2004, huile sur toile
Dans David and Eli, Lucian Freud capture avec intensité l'intimité partagée entre David Dawson, son assistant et ami proche, et Eli, son lévrier.
Joan Miró (1893-1983) :
Femme Chien, 1972, bronze
Le Chien, 1974, bronze
Alberto Giacometti : Le Chien, 1951, bronze
Giacometti réalise probablement son autoportrait à travers ce chien au corps efflanqué, la tête basse, avançant d'un pas lent et lourd. L'animal errant, mélancolique, traduit une impression de solitude et d'abandon. Selon Giacometti, l'idée de sculpter un chien lui est venue une nuit en marchant dans les rues de Paris, se sentant lui-même comme une créature errante. Proche de Pablo Picasso, il s'inspire de son lévrier afghan.
Vladimir Veličković (1935-2019) : Chien Fig. XXVIII, variation sur le thème d'un autoportrait, 1973, huile sur toile
Momie antique d'un chat, Époque romaine, Égypte
Incrustation du dieu Anubis Canidé, VIIe-Ier siècle avant J.-C., Égypte, pâte de verre bleu violacé
Amulette du dieu Thot à tête d'ibis, VIIe-IVe siècle avant J.-C., Égypte, faïence
Amulette du dieu Râ-Horaknty à tête de faucon, VII-IVe siècle avant J.-C., Égypte, faïence
Dans l'Égypte antique, la mort n'était pas une fin, mais un passage vers l'au-delà, aussi bien pour les humains que pour les animaux. Chiens, chats, singes ou encore oiseaux étaient souvent considérés comme des membres à part entière du foyer. Lorsqu'ils mouraient, ils pouvaient bénéficier des mêmes rituels funéraires que leurs propriétaires: momification, offrandes et sépultures dédiées.
Sophie Calle (née en 1953) : Maternité / Motherhood, 2018, photographie couleur, texte, cadres bois
Birgit Jürgenssen : Sans titre (Olga), 1979, SX 70 Polaroid
Un mur entier de portraits d'animaux familiers, parmi lesquels :
Ida Tursic & Wilfried Mille (nés en 1974) : Dog'n Roll, 2021, huile sur bois sur roues
Jean Dubuffet (1901-1985) : Chien (profil à gauche), 26 mars 1973, marker sur papier
Léonard Tsuguharu Foujita : Chats, 1963, huile sur toile
Annael Shavit : Teckel, 2024, huile et acrylique sur toile
Francis Picabia (1879-1953) : Tête de Chien, 1938, aquarelle et crayon sur papier
Suzanne Valadon (1865-1938) : Raminou sur son coussin bleu, 1919, huile sur toile
Henri Rousseau dit Le Douanier (1844-1910) :
Chien couché sur son coussin, 1890, huile sur bois
Chat couché sur son coussin, 1890, huile sur toile
Rosa Bonheur (1822-1899) : Tête de chien, XIXe siècle, huile sur toile
Maria Lassnig (1919-2014) : Hundeselbstportrait [Autoportrait au chien], 1965, huile sur toile
et devant ce mur de toiles, deux statues :
Joana Vasconcelos (née en 1971) : Primrose , 2025, faïence Rafael Bordalo Pinheiro peinte avec une glaçure céramique, et crochet en dentelle des Açores. (voir notre billet du 10 février 2019)
Caroline Mesquita (née en 1989) : Le Félin, 2024, laiton patiné
Nous terminerons la visite de cette exposition dans un prochain billet.
Tapisseries royales - Savoir-faire français et tapisseries contemporaines danoises
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Une exposition intéressante et originale dans les espaces du Grand Palais rénové qui viennent d'être ouverts au public à la fin du mois de juin. Elle présente une exceptionnelle commande de tapisseries résultant d'une donation de la Fondation Carlsberg en 2018, à l'occasion du 750° anniversaire du château royal de Koldinghus au Danemark.
Coproduite par le Grand Palais-Rmn, la Collection Royale Danoise et les Manufactures nationales (Sèvres et mobilier national) cette exposition, offre l'occasion unique d'admirer la plupart des tapisseries monumentales objets de cette donation.
Celles-ci ont été tissées par les manufactures nationales de Beauvais et des Gobelins ainsi que par des ateliers privés d'Aubusson, avant leur installation au château de Koldinghus.
En guise de contexte, le parcours de l'exposition permet d'admirer quelques tapisseries anciennes évoquant les grandes commandes royales françaises, notamment sous Louis XIV. Elle comporte également des éléments pédagogiques et techniques sur la fabrication des tapisseries et les savoir-faire des manufactures du Mobilier national et des ateliers d'art avec des activités diverses et des animations.
Les nouvelle salles d'exposition du Grand Palais permettent une belle mise en scène de l'ensemble.
Parmi les tapisseries anciennes :
Le roi Louis XIV visitant les Manufactures des Gobelins, 15 octobre 1667
Manufacture des Gobelins, d'après Charles Le Brun, 1673-1680
Tapisserie de haute-lisse, laine et soie, fils d'or, 5,23x7,11 m
Accompagné de son ministre Colbert et du peintre Charles Le Brun, le roi Louis XIV visite les Gobelins. Cette tapisserie est l'une des plus célèbres de l'Histoire du roi ; elle glorifie les réalisations artistiques de la manufacture, où Le Brun avait réuni, en plus des activités de tapisserie, de nombreux métiers du luxe: orfèvres, sculpteurs, ébénistes, mosaïstes... L'établissement portait alors le nom de « Manufacture royale des meubles de la Couronne ».
Sur la partie droite de l'œuvre, on reconnaît Louis XIV mis en valeur par sa stature et le rouge dont il est paré. Le souverain est accompagné de Colbert (de profil, en noir), de Monsieur, frère du Roi (vêtu de bleu), ainsi que de Charles Le Brun (son chapeau à la main).
La Satisfaction faite à Louis XIV par l'ambassadeur d'Espagne, 24 mars 1662
Manufacture des Gobelins, d'après Charles Le Brun, 1674-1679
Tapisserie de haute-lisse, laine et soie, fils d'or, 5,05×6,93 m
À la suite d'une altercation survenue à Londres entre les ambassadeurs de France et d'Espagne, le roi d'Espagne dut envoyer à Louis XIV un ambassadeur extraordinaire, le comte de Fuentès, pour lui présenter ses excuses. La scène eut lieu à Versailles le 24 mars 1662, dans le cadre d'une audience solennelle.
La Défaite de l'armée espagnole près du canal de Bruges, ou la déroute de Marsin, 31 août 1667
Manufacture des Gobelins, d'après Charles Le Brun et Adam Frans Van der Meulen, 1670-1675
Tapisserie de haute-lisse, laine et soie, fils d'or, 5,17×6,95 cm
En 1667-1668, la guerre de Dévolution opposa la France à l'Espagne pour la possession de différentes places fortes au nord du royaume. L'épisode représenté montre la défaite des Espagnols, commandés par le comte de Marsin, contre les troupes françaises dirigées par le maréchal de Bellefonds le 31 août 1667. Louis XIV est représenté aux côtés du maréchal, mais cette image est trompeuse: il n'avait pas pris part au combat.
Le Mariage du roi, 9 juin 1660
Manufacture des Gobelins, d'après Charles Le Brun, 1665-1672
Tapisserie de haute-lisse, laine et soie, fils d'or, 5,08×6,80 m
Le mariage du roi Louis XIV et de l'infante Marie-Thérèse, fille aînée du roi Philippe IV d'Espagne, avait été prévu par un article du traité des Pyrénées (1659), qui mettait fin à la guerre entre la France et l'Espagne. La cérémonie eut lieu le 9 juin 1660 dans l'église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz. La scène représente le moment où, après l'échange des consentements, Louis XIV prend la main de Marie-Thérèse pour lui passer l'alliance tenue en main par l'évêque de Bayonne, Mgr Jean d'Olce.
Deux Termes doubles à tête d'homme.
Manufactures des Gobelins, d'après Charles Le Brun, vers 1715 pour l'une et 1705 pour l'autre
Tapisserie de basse-lisse, laine et soie, 4,85×1,43 m
Tapisserie de basse-lisse, laine et soie, 4,96×1,50 m
Le modèle des Termes, dont il existe plusieurs variantes, a été créé par Charles Le Brun au début des années 1660 pour servir de bordure aux tapisseries composant la tenture de l'Histoire d'Alexandre. Très décoratif, il a été tissé à plusieurs reprises comme un élément autonome pour compléter les décors textiles installés par le Garde-meuble.
L'agencement permet, pour les grandes tapisseries de la commande danoise, de voir le carton, et les deux côtés de la tapisserie, l'envers formant comme une toile abstraite aussi colorée que l'œuvre elle-même.
Bjørn Nørgaard (né en 1947) a été admis à l'école d'art expérimental (Eks Skolen) de Copenhague en 1964. De 1985 à 1994, il a été professeur à l'Academie royale danoise des beaux-arts. En 1986, il a également été professeur invité à la Rijksakademiet d'Amsterdam. Il vit et travaille à Møn et à Copenhague.
L'Origine du Futur, 2020-2025, tapisserie de haute-lisse 58 couleurs en laine et lin, 3×6 m
Tissage : Manufacture des Gobelins (Tiphaine Cailloux, Mathilde Conçu, Lola Grando, Aubrey Hatchard, Léna Korber, Olivia Laporte et Amélie Zerr)
L'histoire résumée depuis les dinosaures jusqu'à la découverte de l'ADN
carton, revers, avers
du même auteur :
Le Sort de l'homme, 2020-2025
Poussière cosmique, 2020-2025
Un Enfant est né, 2020-2025
Tapisseries de basse-lisse (entrefenêtres), laine et lin, 3×1 m chacune
Tissage: Atelier Just'lissières, Aubusson (Aurélie Chéné et Cloé Paty pour Le Sort de l'homme et Poussière cosmique, Aurélie Chéné, Mathilde Claude et Cloé Paty pour Un Enfant est né).
cartons, tapisseries
Tal R (né Tal Rosenzweig en 1967) a étudié à l'Académie royale danoise des beaux-arts de 1994 à 2000. Pendant ses études, il a été professeur invité à l'Académie des beaux-arts d'Helsinki. De 2005 à 2014, il a été professeur à la Kunstakademie de Düsseldorf. Il vit et travaille à Copenhague.
Hommes tombant de cheval, 2020-2025
Tapisserie de basse-lisse 233 couleurs en laine, 3×6 m
Tissage : Manufacture de Beauvais (Charlotte Courcelle, Camille Mouchet, Élodie Mussuto, Christine Plaignaud et Krystyna Raczynski).
carton, revers, avers
du même auteur :
Cascade rose, 2020-2025
Cascade rose, 2020-2025
Cascade rose, 2020-2025
Tapisserie de basse-lisse (entrefenêtres), laine, 3×1 m chacune
Tissage: Atelier Bernet, Felletin (Catherine Bernet, Vincent Feix, Thierry Gaudoin, Péroline Linard)
cartons, tapisseries
Alexander Tovborg (né en 1983) a étudié à l'Académie royale danoise des beaux-arts de 2004 à 2010 et à la Staatliche Akademie der Bildenden Künste de Karlsruhe de 2007 à 2009. Il vit et travaille à Copenhague.
Dieu, Reine, Patrie, 2020-2025, tapisserie de haute-lisse 75 couleurs en laine et lin, 3×6 m
Tissage : Manufacture des Gobelins (Marguerite Aniotz, Julia Blain, Joséphine Conilleau, Alexane Jouves Fanny Lacugne, Anaïs Neige, Sandrine Quelha, Armelle Reymond et Mélanie Cros [préparation de la pièce]).
carton, revers, avers
Du même auteur :
Dieu, 2020-2025
Reine, 2020-2025
Patrie, 2020-2025
Tapisseries de basse-lisse (entrefenêtres), laine et lin, 3×1 m chacune
Tissage : Atelier A2, Aubusson (Patricia Bergeron pour Reine, Patricia Bergeron et Florence Voegele pour Dieu et Patrie).
cartons et tapisseries
Kirstine Roepstorff (née en 1972) a étudié à l'Académie royale danoise des beaux-arts de 1994 à 2001 et à l'université Rutgers, Mason School of Fine Arts, aux États-Unis, en 2000. Elle vit et travaille à Kolding, au Danemark.
Vertical Time: Catching Release [Temps vertical : recevoir la libération], 2020-2025
Vertical Time: Returning Past [Temps vertical : quand le passé revient], 2020-2025
Vertical Time: Offering [Temps vertical : l'offrande], 2020-2025
Tapisserie de basse-lisse, laine et soie, 3×1 m chacune
Tissage : Maison Pinton, Aubusson (Lisa Contamin et Péroline Linard pour Vertical Time: Catching Release et Vertical Time: Returning Past, Christelle Chaise et Julie Frémondière pour Vertical Time: Offering)
cartons et tapisseries
Au fond de la grande salle d'exposition, trois figures tutélaires de la grande tradition de la tapisserie française :
Buste de Charles Le Brun (1619-1690)
Buste de Louis XIV (1638-1715)
Buste de Jean-Baptiste Colbert (1619-1683)
par Antoine Coysevox (1640-1720), sculptures originales: vers 1679 et modèles d'atelier: XIXe siècle (Colbert et Le Brun) et XXIe siècle (Louis XIV), plâtre et gomme-laque
Ces bustes sont l'œuvre d'Antoine Coysevox. Nommé sculpteur du roi en 1666, l'artiste lyonnais mit sa virtuosité et son sens de la psychologie au service du monarque ainsi que des personnalités de son temps. Au centre, Louis XIV est présenté en chef de guerre, comme en témoigne son armure moderne fleurdelisée, agrémentée de dentelles et d'un large drapé. À droite, Jean-Baptiste Colbert, contrôleur général des Finances et surintendant des Bâtiments et manufactures. Son manteau est orné de la croix de l'ordre du Saint-Esprit dont il était grand trésorier. Enfin, à gauche, Charles Le Brun, premier peintre du roi et directeur de la manufacture des Gobelins.
Pour terminer sur une touche de couleurs, un aperçu du matériel "pédagogique" très complet visant à donner au visiteur des éléments sur l'art de la manufacture de tapis et tapisseries.
Paris noir - Circulations artistiques et luttes anticoloniales, 1950 – 2000 (II/II)
Nous poursuivons et terminons dans ce billet le parcours de la dernière grande exposition au 6e étage du Centre Pompidou, qui a fermé ses portes le 30 juin dernier. (voir notre billet du 28 juin dernier). Seule restent ouverts jusqu'au 22 septembre le hall d'entrée, le plateau (6000 m2) du niveau 2 laissé vide par le déménagement déjà effectué de la bibliothèque publique d'information, où carte blanche a été donnée au photographe et plasticien allemand Wolfgang Tillmans pour une exposition intitulée Rien ne nous y préparait -Tout nous y préparait, et le restaurant Le Georges avec sa terrasse au 6e étage.
Paris Dakar Lagos
À Paris, dès les années 1950, des expositions de l'école congolaise de Poto-Poto ou des mouvements Shona au Zimbabwe et Osogbo au Nigeria, organisées par des Européens fantasmant parfois une « authenticité » africaine, font émerger des artistes modernes. Les indépendances africaines voient les artistes formés à Paris directement célébrés sur le continent africain, comme le collectif Mbari club au Nigeria, et surtout lors du Festival mondial des arts nègres (Dakar, 1966). Les artistes y développent de nouveaux rapports aux couleurs et aux symboles et mettent en œuvre des philosophies africaines transformatrices pour la société.
Victoire Ravelonanosy 1910, Tananarive (Madagascar, alors Colonie de Madagascar)-1981, Tananarive (Madagascar) : Le Repiquage du riz à Madagascar, 1960, tapisserie, laine
Victoire Ravelonanosy s'engage dès les années 1950 en faveur des échanges culturels entre Madagascar et l'Europe, introduisant notamment nombre de ses compatriotes sur la scène parisienne. A partir de 1960, elle travaille comme conseillère artistique pour l'Unesco.
Bill Hutson 1936, San Marcos (États-Unis)-2022, Lancaster (États-Unis)
View from Iwaya Road, 1975, huile sur toile
Let's Call It This (Study for the Black Painting), 1970, huile sur toile
The Nigger Tree II, 1969, huile sur toile
Oval Tree Gorée, 1977, huile sur toile
Entre 1963 et 1970, l'artiste, conservateur et enseignant africain-américain Bill Hutson voyage entre Londres, Amsterdan, et Paris. Il approfondit ses recherches sur les philosophies africaines avant d'opérer son tournant vers l'abstraction, aux côtés des peintres Matta, Wifredo Lam et Iba N'Diaye. Dans The Nigger Tree II comme dans Oval Tree Gorée, son travail évolue d'une abstraction colorée vers un réalisme ancré dans l'expérience africaine. Le motif de l'arbre, récurrent, symbolise les racines africaines et les ramifications diasporiques, tout en évoquant tant les lynchages durant la ségrégation dans le Sud des États-Unis que l'histoire de Gorée, principal centre de la traite transatlantique sur la côte africaine. Ses séjours au Sénégal et au Nigeria, où il dirige les arts graphiques au Musée national de Lagos (1974-1976), renforcent son engagement panafricain dont témoigne View from Iwaya Road.
Marcel Gotène vers 1939, Yaba, Abala (République du Congo, alors Afrique Équatoriale française) - 2013, Rabat (Maroc) :
Femme perdue au cimetière, 1962, huile sur toile
Serpents et lianes, avant 1954, gouache sur papier
Marcel Gotène fréquente dès 1951 le Centre d'art africain Poto-Poto fondé par Pierre Lods à Brazzaville. Ses échanges avec le peintre, céramiste el créateur de tapisserie Jean Lurçat sont palpables dans Femme perdue au cimetière qu'il présente à la Biennale de Paris de 1963.
François Thango 1936, Souanké (République du Congo, alors Afrique Équatoriale française) - 1981, Brazzaville (République du Congo) :
Sans titre, 1957, gouache sur papier
Sans titre, début 1950, gouache et pastel sur papier
Au centre de la section : Le Bélier, 1965, armature en fer, ficelle
de Christian Lattier 1925, Grand-Lahou (Côte d'Ivoire, alors Afrique Occidentale française)- 1978, Abidjan (Côte d'Ivoire)
Iba N'Diaye 1928, Saint-Louis (Sénégal, alors Afrique Occidentale française) - 2008, Paris (France) : Tabaski, la ronde à qui le tour?, 1970, huile sur panneau de bois
Cette œuvre est issue d'une série majeure inspirée par la fête musulmane de la Tabaski (l'équivalent de l'Aïd el Kébir en Afrique de l'Ouest), pendant laquelle est sacrifié un mouton. Les figures ovines et les visages humains qui apparaissent en toile de fond, fondus dans la matérialité de la peinture, sont à peine discernables. Un premier tableau de la série est présenté en 1963 à la Biennale internationale des jeunes artistes à Paris. L'artiste y représente le Sénégal où il est alors rentré, sur l'appel de Léopold Sédar Senghor, et enseigne à la Maison des arts du Sénégal avant de participer en 1966 au Festival mondial des arts nègres.
Thomas Mukarobgwa 1924, Nyanga (Zimbabwe, alors Rhodésie du Sud)-1999, Harare (Zimbabwe) :
Sans titre, 1980, serpentine
Spirit in a Process of Action, 1980, serpentine
Les sculptures de Thomas Mukarobgwa témoignent du travail mené dans la Workshop School créée à la fin des années 1950 par Franck McEwen, directeur de la National Gallery de la Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe) et organisateur à Harare du premier congrès international des cultures africaines (1962)
Gerard Sekoto 1913, Botshabelo (Afrique du Sud) - 1993, Nogent-sur-Marne (France) /
Tête de femme portant un plateau, 1968, gouache sur papier
Senegalese Women, 1979, gouache sur papier
Proche collaborateur de Présence Africaine, Gerard Sekoto participe en 1966 au premier Festival mondial des arts nègres. Suite à cet événement, il voyage en Casamance en compagnie du peintre Wilson Tiberio, aux côtés duquel il réalise des œuvres inspirées par la vie traditionnelle sénégalaise. Peintes à Paris vingt ans après ce séjour au Sénégal, les œuvres Senegalese Women et Tête de femme portant un plateau révèlent la persistance chez Sekoto de scènes observées dans ce pays et de la place centrale des femmes dans les sociétés africaines.
Demas Nwoko 1935, Idumuje Ugboko (Nigeria, alors colonie de la Couronne de l'Empire britannique), vit et travaille à Idumuie Ugboko (Nigeria) : Senegalese Woman, 1970, huile sur panneau
Pionnier de l'art moderne nigérian, Demas Nwoko étudie en 1961 la scénographie à Paris, et expose en mai 1962 à la Galerie Lambert. Senegalese Woman, portrait expressionniste aux couleurs vives dans un décor végétal confinant à l'abstraction, est représentatif du mouvement de nombreux artistes de Paris vers Dakar, alors capitale culturelle panafricaine, à la veille du premier Festival mondial des arts nègres auquel Nwoko participe.
Papa Ibra Tall 1935, Tivaouane (Sénégal, alors Afrique Occidentale française) - 2015, Tivaouane (Sénégal) : Couple dans la nuit, vers 1965, tapisserie en laine tissée
Déçu par l'enseignement de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, Papa Ibra Tall se tourne vers la tapisserie, la sérigraphie, la mosaïque ou encore la sculpture monumentale, afin d'exploiter ces médiums dans une perspective africaine.
Uzo Egonu 1931, Onitsha (Nigeria) - 1996, Londres (Royaume-Uni)
Dancers, 1964, huile sur panneau
À la suite d'études à Londres (1949), Uzo Egonu étudie les œuvres des maîtres classiques et les collections d'art africain lors de voyages en Europe, notamment à Paris où il s'installe en 1953. Au début des années 1960, il développe un langage plastique influencé par son étude de l'art Nok, première culture connue d'Afrique de l'Ouest dont il admire le formalisme.
Younousse Seye 1940, Saint-Louis (Sénégal, alors Afrique Occidentale française), vit et travaille à Dakar (Sénégal) : Sans titre, 1972, huile sur toile et cauris
Sur un fond ocre, se détache ici une forme végétale ornée de cauris, coquillages divinatoires utilisés en Afrique, en Amérique du Sud ou dans les Caraïbes. Actrice phare d'Ousmane Sembène, qu'elle rencontre au premier Festival Mondial des Arts Nègres (1966), Younousse Seye développe dès les années 1970 une œuvre plastique panafricaine et participe aux festivals d'Alger (1969) et de Lagos (1977).
Avel de Knight 1923, New York (États-Unis)-1995, New York (États-Unis) :The Bridge of Memory, 1973, gouache sur panneau
Mirage Series: Shields, 1970, caséine sur carton
Encounter II, 1973, caséine sur panneau
Né à New York de parents caribéens, installé à Paris en 1947, Avel de Night devient critique d'art. Sa formation parisienne lui permet de fréquenter les arts africains, les maîtres classiques, l'orientalisme de Delacroix et le symbolisme d'Odilon Redon et de Gustave Moreau.
Solidarités révolutionnaires
Dans les années 1960, des formes de panafricanisme culturel se font les échos d'une culture militante parisienne, alors que la France mène la guerre en Algérie. James Baldwin participe à l'organisation d'une Marche pour les droits civiques en 1963 à Paris, en résonnance à la Marche de Martin Luther King sur Washington. Mai 68 succède aux événements contestataires de Mai 1967 en Guadeloupe. Des réseaux de soutien aux pays des Suds se constituent en opposition au modèle capitaliste. Le Festival panafricain d'Alger (1969) rassemble artistes et militants au son du free jazz dans une effervescence teintée de désillusions post-indépendances.
Beauford Delaney 1901, Knoxville (États-Unis) - 1979, Paris :
Untitled (Totem of Light), vers 1970, huile sur toile
Marian Anderson, 1965, huile et émulsion de tempera à l'œuf sur toile
Bob Thompson 1937, Louisville (États-Unis) - 1966, Rome (Italie) : The Struggle, 1963, huile sur toile
Harold Cousins 1916, Washington D.C. (États-Unis) - 1992, Bruxelles (Belgique) : Figure debout, 1966, fer forgé et soudé
Hervé Télémaque 1937, Port-au-Prince (Haïti) - 2022, Paris (France) :
My Darling Clementine, 1963, huile sur toile, papiers collés, boîte en bois peint, poupée en caoutchouc, plexiglas
Et la narine d'Amin n°2, 1977, acrylique sur toile
Hervé Télémaque étudie à New York avant de s'installer à Paris en 1961 et de cofonder le mouvement de la figuration narrative. (voir notre billet du 7 janvier 2023)
Merton Simpson 1928. Charleston (Elats Unis)-2013, New York (États-Unis) : Confrontation II-A, 1968, huile sur toile
En 1963, Merton Simpson, artiste, collectionneur d'art africain et galeriste, participe à la création du groupe Spiral à New York alors que son abstraction devient plus politique. Ce collectif réfléchit à un art exprimant l'identité africaine américaine au cœur du mouvement des droits civiques. Ayant approfondi ses connaissances de la sculpture africaine à Paris quatre ans plus tôt, Simpson diffuse la philosophie de la négritude au sein du groupe.
Guido Llinás 1923, Pinar del Río (Cuba) - 2005, Paris : Pintura negra, 1968, huile sur papier marouflé sur toile et collage
Mavis Pusey 1928, Kingston (Jamaïque, alors colonie de la Couronne de l'Empire colonial britannique)-2019, Falmouth (États-Unis) :
Paris May June, 1968, sérigraphie
Frozen Vibration, 1968, sérigraphie
En 1968, à Paris, l'artiste jamaïcaine-américaine Mavis Pusey s'immerge dans l'abstraction « Hard edge », influencée par les événements de Mai 68. Sa gravure utilise des formes élémentaires et des contrastes chromatiques audacieux et capte l'énergie du mouvement et des manifestations dont elle est témoin.
Joseph René-Corail, (dit Khokho) 1932, Beaufond (Martinique, France)-1998, Les Trois-Îlets (Martinique, France) :
La Révolte, sans date, pigments brûlés sur bois aggloméré
Le Souci, 1971, pigments brûlés sur bois aggloméré
José René-Corail, dit Khokho, suit des cours à l'École des arts appliqués de Paris dès 1950, avant de revenir en Martinique en 1956 pour enseigner à l'École des arts appliqués de Fort-de-France. Datée des années 1970, Le Souci fait écho à l'emprisonnement de l'artiste à Fresnes, suite à sa participation, en 1962, à l'affichage du Manifeste de l'Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste de Martinique sur les murs de toute l'île.
José Legrand 1955, Cayenne (Guyane, France), vit et travaille à Cayenne (Guyane) : Sans titre, 1975, huile et crayon sur toile
Né en Guyane, José Legrand étudie à l'école des Beaux-Arts de 1972 à 1978. Son engagement politique post Mai 68 le rapproche du collectif d'artistes la coopérative des Malassis ou du travail d'Ernest Pignon-Ernest. Réalisée d'après une image de Paris Match, cette œuvre illustre les manifestations dénonçant les inégalités entre l'Hexagone et la Guadeloupe.
Mohammed Khadda 1930, Mostaganem (Algérie, alors Algérie française) - 1991, Alger (Algérie) : Afrique avant 1, 1963, huile sur toile
Membre du parti communiste algérien, militant en faveur de l'Indépendance algérienne et proche de I écrivain Kateb Yacine, Mohammed Khadda développe pendant son séjour en France (1953-1963) une œuvre abstraite fondée sur des éléments graphiques issus de la graphie arabe.
Gerard Sekoto 1913, Botshabelo (Afrique du Sud)-1993, Nogent-sur-Marne (France) : Sans titre, 1964, techniques diverses
Cette œuvre fait partie d'un ensemble de trois tableaux visibles dans le film Le Glas, de René Vautier, tourné en compagnie de Sarah Maldoror à Alger en 1964. Véritable poème filmique, Le Glas, qui est conçu en collaboration avec le Zimbabwe African Party for Unity. dénonce le sort malheureux de trois révolutionnaires noirs en Rhodésie du Sud (aujourd'hui Zimbabwe) au début des années 1960, à Salisbury (aujourd'hui Harare).
Viteix 1940, Luanda (Angola, alors Afrique occidentale portugaise) - 1993, Luanda (Angola) :
Sans titre, 1973, peinture contrecollée sur papier journal
Conspiration - d'après oraison funèbre de L. Segall, 1973, peinture acrylique sur bois
Viteix compte parmi les premiers artistes angolais à faire des études à Lisbonne puis à Paris, à partir de 1973. À Paris, il côtoie Mario Pinto de Andrade, co-fondateur du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) et sa compagne, Sarah Maldoror. C'est lors d'une des nombreuses rencontres avec le couple qu'il leur offre le tableau Conspiration - d'après oraison funèbre de L. Segall, peint l'année de son arrivée à Paris.
Iba N'Diaye :
Le Droit à la parole, 1976, lavis, encre brune sur papier
Blues, 1969, lavis sur papier
Paul Ahyi 1930, Abomey (Dohomey, alors Afrique-Occidentale française) - 2010, Lomé (Togo) : L'Étau, 1975, acajou massif
De retour au Togo à partir de 1959 après son séjour parisien, Paul Ahyi, artiste et enseignant, est soucieux de produire un art socialement engagé à portée révolutionnaire.
Beauford Delaney :
Untitled (Portrait of a Young Man), vers 1965, huile sur toile
Bernard Hassell, vers 1962, huile sur toile
Ahmed Bioud, 1964, huile sur toile
Exposé à la Galerie Lambert en 1964, le portrait d'Ahmed Bioud, conservateur à la Bibliothèque nationale témoigne de l'exploration par Beauford Delaney des limites entre abstraction et représentation pour révéler l'expérience intérieure de son sujet.
Ted Joans 1928, Cairo (États-Unis) - 2003, Vancouver (Canada) :
Sans titre (Autoportrait avec Ahmed Yacoubi), 1962, huile sur toile
L'autoportrait de l'artiste et poète américain Ted Joans avec le peintre marocain Ahmed Yacoubi révèle ses larges connexions artistiques.
Henri Guédon 1944, Fort-de-France (Martinique, France) - 2006, Paris : Miles Davis, 1980, technique mixte sur toile
Iba N'Diaye : La Chanteuse de blues, 1984, huile sur toile
Guido Llinás : Satchmo, 1971, huile sur toile
En 1971, le peintre et graveur Guido Llinás peint Satchmo, un titre inspiré du surnom du musicien Louis Armstrong, récemment décédé, dont il célèbre la contribution artistique alors qu'il est critiqué par les mouvements noirs de l'époque pour son manque d'engagement.
Retours vers l'Afrique
Dans les années 1960-1970, les abstractions des artistes caribéens, marquées par des recherches matiéristes, sont hantées par l'idée de retour vers l'Afrique. À Abidjan en Côte d'Ivoire, les Martiniquais Serge Hélénon et Louis Laouchez fondent l'école négro-caraïbe, enrichissant d'éléments de récupération leurs œuvres, peuplées de silhouettes et de signes. Ils encouragent l'essor du mouvement vohou-vohou dont les membres poursuivent leur formation à Paris. Au même moment, le groupe Fwomajé s'engage dans la recherche d'une esthétique martiniquaise tandis que des formes d'abstractions-traces voient le jour en Guyane.
Louis Laouchez 1934, Fort-de-France (Martinique, France) - 2016, Saint-Joseph (Martinique, France) : Élévation, 1981, huile sur toile
Kra N'Guessan 1954, Daoukro (Côte d'Ivoire, alors Afrique-Occidentale française), vit et travaille à Chevry-Cossigny (France) : Blôlo, 1981, sable, terres, collage et acrylique sur toile
Kra N'Guessan adhère au collectif d'artistes ivoiriens Vohou-Vohou dans les années 1970 à l'École des Beaux-Arts d'Abidjan, avant de rejoindre l'atelier de Jacques Yankel à l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Le terme « vohou vohou », signifiant « n'importe quoi » en langue gouro, renvoie à une pratique fondée sur la récupération de matériaux pauvres, souvent naturels : tapa (étoffe en écorce battue), cauris, cordes, ficelles, lianes.
Serge Hélénon 1934, Fort-de-France (Martinique, France), vit et travaille à Nice (France) :
Personnage en tunique, 1974, huile et collage sur toile
Nécessité intérieure (Expression-Bidonville), 1971-1972, assemblage de carton et peinture sur bois
Yacouba Touré 1955, Mankono (Côte d'Ivoire, alors Afrique Occidentale française) - 2002, Abidjan (Côte d'Ivoire) : Sans titre, sans date, technique mixte
Rico Roberto 1946, Pointe-à-Pitre (Guadeloupe, France), vit et travaille à Nice (France) :
Guerrier Mau Mau, 1970, huile sur toile, technique mixte, divers collages
Nèg Mawon, 1971, huile sur bois toilé, divers collages, cheveux
Radhames Mejia 1960, Saint-Domingue (République dominicaine), vit et travaille à Asnières-sur-Seine (France) : Choses entraînées par le temps, 1988, technique mixte sur toile
Après des études à l'école des Beaux-Arts de Saint-Domingue (République dominicaine), Radhames Mejia s'installe à Paris en 1984. Son œuvre picturale, à la fois figurative et symbolique, puise son inspiration dans ses origines afro- caribéennes, enrichies de son intérêt pour les pratiques indigènes, en particulier Taïno et Arawak.
Ernest Breleur 1945, Rivière-Salée (Martinique, France), vit et travaille en Martinique (France) : Sans titre (Série Fwomajé), 1988, acrylique sur toile
René Louise 1949, Fort-de-France (Martinique, France), vit et travaille à Schoelcher (Martinique, France) : Le Grand Marronnage, 1983, technique mixte sur toile
Bertin Nivor 1946, Le Lorrain (Martinique, France), vit et travaille à Fort-de-France (Martinique, France) : La Grande Assemblée Kamite. Que tous les Kamits de la Terre-Mère Kama, de la Diaspora et de l'Au-delà (les ancêtres) s'unissent pour briser les murs de l'apartheid et libérer l'Azanie, 1985, peinture vinylique sur toile
Né en Martinique, Bertin Nivor vient étudier à Paris en 1966, fréquentant notamment l'université de Vincennes, laboratoire des pensées révolutionnaires de l'époque. Il participe, dans les années 1980, à la création du collectif Fwomajé, dans lequel il tente de trouver une forme artistique pour représenter visuellement les métaphores de la langue créole. La Grande assemblée Kamite regroupe les recherches panafricaines de l'artiste en les intégrant dans un ensemble qui croise diverses influences.
Luis Martínez Richiez (dit Luichy Martínez) 1928, San Pedro de Macoris (République dominicaine) - 2005, Paris (France) : Sans titre, 1973, bois
Luichy Martínez, sculpteur dominicain, arrive à Paris en 1952 grâce à une bourse d'études. Il y côtoie des intellectuels et perfectionne sa technique dans son atelier. Premier prix de la Biennale de Paris en 1959, son travail acquiert une reconnaissance publique et plusieurs de ses sculptures sont acquises par la Ville de Paris et l'État.
Marc Latamie 1952, Fort-de-France (Martinique, France), vit et travaille à New York (États-Unis) : Farafeni, 1983, huile, peinture acrylique et bitume avec collage de papiers déchirés, sur papier bitumé
Diplômé de l'université Paris VIII, Marc Latamie entretient un lien privilégié avec le Centre Pompidou, pour lequel il œuvre à la médiation dès 1977, notamment à l'occasion de l'exposition inaugurale dédiée à Marcel Duchamp. C'est en 1983 que le Musée national d'art moderne fait l'acquisition de Farafeni, dont le titre fait référence à la ville située sur les rives du fleuve Gambie. Travaillant sur le fragment et la trace, Latamie joue sur les contrastes entre le fond de son papier bitumé et les couleurs vives de sa peinture, qu'il dépose sur des papiers qu'il déchire et recompose dans un geste proche de celui de Matisse.
Roseman Robinot 1944, Rivière-Salée (Martinique, France), vit et travaille a Remire-Montjoly (Guyane, France) : Le Grand Livre, 1990, diptyque, acrylique sur toile
Née en Martinique, Roseman Robinot étudie et enseigne en Île-de-France jusqu'en 1978, avant de s'installer en Guyane, où elle vit aujourd'hui. Son œuvre, Le Grand Livre, résulte d'une recherche artistique débutée en 1987 qui mobilise des éléments comme le pétroglyphe, un dessin gravé sur la pierre, laissé par les peuples autochtones.
Nouvelles abstractions
Dans les années 1980, une nouvelle génération d'artistes africaines-américaines revisitent l'abstraction : elles proposent une réécriture critique de l'histoire et oscillent entre engagement féministe, effacement et affirmation de soi. Des artistes caribéens élaborent des abstractions conceptuelles par l'exploration du noir et blanc et de formes comme la boîte. Leurs œuvres réactivent le débat sur l'usage du noir, présent dans l'art africain-américain depuis les années 1960, et ouvrent un espace de mémoire, souvent poétique et immatériel.
Ed Clark 1926, La Nouvelle-Orléans (États-Unis) - 2019, Détroit (États-Unis) : Red, Blue, & Black (Paris Series #4), 1989, acrylique sur toile
Mildred Thompson 1936, Jacksonville (États-Unis) - 2003, Atlanta (États-Unis) : Radiation Explorations 8, 1994, diptyque, huile sur toile
Mildred Thompson, artiste, musicienne et éditrice féministe, développe à Paris de 1981 à 1985 une grammaire visuelle basée sur des rythmes colorés et la démultiplication des rayons lumineux. Puisant dans la physique, l'astronomie, la musicologie et une myriade de références picturales (Kandinsky, Alma Thomas), musicales (Bach, Beethoven, Mingus) et scientifiques (Pythagore, Kepler), elle s'inscrit dans la lignée des abstractions-lumière de Beauford Delaney.
Vicente Pimentel 1947, Saint-Domingue (République dominicaine) - 2023, Paris :
Mémoire du ciel, 1990, acrylique, pigments et fusain sur toile sur châssis
Triptyque, 1990, acrylique, pigments et fusain sur toile sur châssis
Enseignant à l'école des Beaux-Arts de Saint-Domingue, Vicente Pimentel a joué un rôle essentiel pour de nombreux artistes de la République dominicaine. Durant les années 1970, il rejoint Marseille puis Paris où il amorce une rupture progressive avec la figuration.
Ismael Mundaray 1952, Caripito (Venezuela), vit et travaille à Montreuil (France) : Wabanoko V, 1995, papier goudronné, marouflé sur toile
Affirmations de soi
Paris, terre d'accueil désormais contestée, voit émerger des œuvres révélant les terribles conditions de vie des travailleurs étrangers et ultramarins. Les représentations du corps noir s'expriment via la peinture, la photographie et la mode. Grace Jones incarne l'effervescence des nuits parisiennes, tandis que des artistes réinventent l'autoportrait à travers des icônes comme Joséphine Baker tout en honorant des figures historiques de résistance, telles les marrons, ces anciens esclaves qui ont fui les plantations. Dès les années 1970, ces esthétiques militantes réaffirment les représentations de soi au moment où culminent les luttes contre l'apartheid en Afrique du Sud.
Faith Ringgold 1930, Harlem, New York (États-Unis) – 2024, Englewood (États-Unis) : The Bitter Nest, Part IV: The Letter, 1988, acrylique sur toile avec bordure en tissu assemblé Courtesy ACA Galleries, New York
The Letter, quatrième chapitre de la série The Bitter Nest, explore les dynamiques d'une famille noire de Harlem. L'œuvre suit Celia, médecin accomplie, qui après une romance tragique à Paris, retourne à New York enceinte et abandonnée. Ringgold, artiste et militante féministe, adopte ici le quilting, tradition africaine américaine qu'elle revisite à travers à travers le textile Kuba du Nigeria.
Afi Nayo 1969, Lomé (Togo), vit et travaille à Paris : Le Défilé, 1990, technique mixte sur bois
Le Défilé est typique des peintures produites à Paris par Afi Nayo, souvent monochromes et toujours travaillées par la question de l'invisible. Dans cette peinture sur bois, l'artiste incise les silhouettes dans la matière picturale à l'aide d'outils de chirurgie dentaire, tels des graffitis sur un mur.
Élodie Barthélemy 1965, Bogotá (Colombie), vit et travaille à Paris : Hommage aux ancêtres marrons, 1994, laine, fer, bois, chevelures fixées sur des flèches métalliques fichées sur des tiges de bois
Élodie Barthélemy, artiste franco-haïtienne, développe un rapport intime aux matériaux et objets qui revêtent pour elle une dimension sensible et mémorielle. L'installation Hommage aux ancêtres marrons a été créée lors d'une résidence artistique à Mazamet-Aussillon.
Frantz Absalon 1948, Fort-de-France (Martinique, France), vit et travaille à Paris (France) : Sans titre, 1989-1992, bois, colle de peau, sable, encre de Chine, cire d'abeille
Les sculptures de Frantz Absalon, souvent noires et blanches, forment une dualité du féminin et du masculin.
Alex Burke 1944, Fort-de-France (Martinique, France), vit et travaille à Paris (France) : Sans titre, 1978, technique mixte
Alex Burke fait ses études à l'école des Beaux-Arts de Nancy. A partir de 1975, il élabore des assemblages: casiers et boîtes recouverts de peinture en aérosol noire dans lesquels l'artiste range de petites poupées faites de fragments de draps blancs récupérés.
Mary Lovelace O'Neal 1942, Jackson (États-Unis), vit et travaille à Oakland (États-Unis) et Mérida (Mexique) : Purple Rain de la série Two Deserts, Three Winters, vers 1990, techniques mixtes et peinture acrylique sur toile
L'artiste s'inspire de l'expressionnisme abstrait américain des années 1950, caractérisé par l'expression gestuelle spontanée, et des « champs colorés » de la Color Field Painting. Elle découvre les esthétiques nord-africaines, notamment au festival panafricain d'Asilah.
Et on retrouve dans cette salle, pour la dernière fois dans la mise en scène familière des expositions du 6e étage du Centre Pompidou, une sculpture d'Agustín Cárdenas - 1927, Matanzas (Cuba) - 2001, La Havane (Cuba) : Fruit de la mémoire I, 1981, marbre blanc
Encore trois peintures d'Henri Guédon :
K.K.K., 1979-1983, technique mixte
À la décatché, vers 1990, technique mixte et huile sur toile
Sans titre, 1985, technique mixte sur bois
Diagne Chanel 1953, Paris, vit et travaille à Avignon :
Le Garçon de Venise, 1976, huile, pigment sur toile de lin
La Nuit du Boxeur, 1985, tempera, huile, pigments et pastel sur papier Vinci marouflé sur toile de lin
Le Garçon de Venise constitue l'une des premières figurations contemporaines noires selon des codes définis par l'histoire de l'art. Au centre et au premier plan de la toile dans un décor élaboré autour d'édifices vénitiens, un jeune homme, camarade de l'artiste à l'école nationale des arts décoratifs, soutient le regard du spectateur.
Max Pinchinat 1925, Port-au-Prince (Haïti) - 1985, Paris (France) : La Métisse, 1985, huile sur toile
Le centre du plateau d'exposition est occupé par une installation monumentale de la plasticienne Valérie John (née en 1964 à Fort-de-France, vit et travaille à La Trinité en Martinique).
Invitée à déplacer son atelier au cœur du Centre Pompidou pour « Paris noir », l’artiste engage bien plus qu’une œuvre : elle transporte un monde. Dans un espace un peu en retrait de l’exposition, cette tisseuse de mémoires raconte son art palimpseste, fait de couches superposées, de gestes rituels et d’histoires.
Rites et mémoires de l’esclavage
Paris, point d’ancrage de l’histoire culturelle noire et point de passage de ses diasporas, se prête à partir des années 1970 à des relectures critiques de l’histoire. Des commémorations organisées par l’État sont ainsi l’occasion pour de nombreux artistes d’interroger le modèle universel français. Le bicentenaire de la Révolution française en 1989 voit de nombreuses manifestations s’orchestrer, honorant aussi bien la révolution haïtienne que la Jeunesse communiste internationale. En 1994, alors qu’est également célébré le bicentenaire de la première abolition de l’esclavage, des représentations liées à l’histoire du marronnage se développent. Autour de l’exposition « Rites » à La Villette, organisée par l’écrivaine et professeure Delia Blanco, de nouvelles figures de résistance entrent dans l'histoire, alors que l’abstraction s’exprime chez certains artistes par une géométrie triangulaire liée à l’histoire de la traite. Conformément au processus de reconstruction historique explicité par Édouard Glissant, cette mouvance exprime le devoir de mémoire et le refus de l’oubli, pour cheminer vers la définition d’un nouvel universalisme « de la différence ».
Frantz Absalon : La Liberté, 1999, bois de sapin noirci à l'encre de Chine et ciré
Frantz Absalon, artiste d'origine martiniquaise arrivé à Paris en 1968, entrelace dans sa pratique les cultures caribéennes et les traditions européennes. Son œuvre La Liberté, créée lors des commémorations du cent cinquantième anniversaire de l'abolition de l'esclavage en France, se distingue par l'utilisation de l'arc roman comme motif central. Disposés en série, ces arcs évoquent les maillons d'une chaîne, dont l'anneau situé au sommet, ouvert, rompt l'enchaînement.
Silvano Lora 1931, Saint-Domingue (République dominicaine) - 2003, Saint-Domingue (République dominicaine)
Jean Metellus 1937, Jacmel (Haïti) - 2014, Paris (France) :
L'Esprit des Aïeux, 1991, dessins de Silvano Lora et textes de Jean Metellus, encre noire permanente et acrylique sur papier pur chiffon
Max Pinchinat : L'Amérindienne, 1985, huile sur toile
Hervé Télémaque : Caraïbe I, La ville des nègres/baie/Fonds-des- Nègres, 1993, laque sur bois de contreplaqué découpés, peinture à l'huile, anneau métallique
Robert Radford 1946, Pointe-à-Pitre (Guadeloupe, France)-2025, Marie Galante (Guadeloupe, France) : L'Île de Gorée (Gorée ou la maison des esclaves), 1989, huile sur toile
Ousmane Sow 1935, Dakar (Sénégal, alors Afrique-Occidentale française) - 2016, Dakar (Sénégal) : Marianne et les révolutionnaires, 1989, fer, béton, bois, tissus, pigments
Ousmane Sow, kinésithérapeute, débute dans les années 1960 une œuvre sculpturale fondée sur l'application, sur une structure de métal, de paille et de toile de jute, d'un mélange fait de substances hétéroclites, de colle et de terre. Marianne et les révolutionnaires fait partie, avec des sculptures du chef de la révolution haïtienne, Toussaint Louverture, et de Gavroche, personnage des Misérables de Victor Hugo, d'une série commémorant le bicentenaire de la Révolution Française. En 1991, la couverture du premier numéro de Revue Noire affiche une de ses œuvres et en 1999, son exposition sur le Pont des Arts est un grand succès populaire. Ousmane Sow est en 2013 le premier artiste noir à entrer à l'Académie des Beaux-Arts..
Silvano Lora 1931, Saint-Domingue (République dominicaine) - 2003, Saint-Domingue (République dominicaine) : Machetes y hornos de la revolución, 1989 (détail), triptyque, acrylique sur toile libre
Fodé Camara 1958, Dakar (Sénégal, alors République du Sénégal), vit et travaille à Dakar (Sénégal) : Parcours no 1, 1988, acrylique et pastel sur toile
Parcours no 1 fait partie des œuvres créées par Fodé Camara pour l'exposition « Révolution française sous les Tropiques », prévue pour accompagner le bicentenaire de 1989 au Musée des Arts d'Afrique et d'Océanie.
William Adjété Wilson 1952, Tours (France), vit et travaille à Paris : L'Enfant des barricades, 1989, assemblage bois peint et toile sur châssis
Barbara Prézeau-Stephenson 1965, Port-au-Prince (Haiti), vit et travaille entre la France et le Canada : L'Arrestation de la reine Anacaona, la Samba du Xaragua, par Nicolas Ovando en 1504, 1991, acrylique sur toile, objets
José Castillo 1955, Saint-Domingue (République dominicaine) - 2018, Paris (France) :
Los Cimarrones (Les Marrons), 1994, huile sur toile
Vierge, 1993, huile sur toile et bois
Saint Georges, 1994, huile sur toile
La pratique foisonnante de José Castillo, artiste d'origine dominicaine, reflète le syncrétisme culturel qui traverse la Caraïbe et témoigne de la culture visuelle des années 1980. La figure de saint Georges terrassant un dragon, représentée ici, évoque une iconographie chrétienne répandue et rend également hommage à un compositeur guadeloupéen : Le Chevalier de Saint-George, surnommé « le Mozart noir », favori de Marie-Antoinette et défenseur des idéaux des Lumières. Dans cette œuvre, il brandit la croix catholique tout en arborant les attributs du Loa, Ogou Ferraille, l'une des figures tutélaires du rite Rada qui, avec le rite Petro, appartiennent à la mythologie vaudou
Syncrétismes parisiens
Les abstractions syncrétiques se poursuivent dans des recherches de textures, où la mémoire des scarifications rituelles croise l’émergence contemporaine du graffiti. Se propageant de New York à Paris grâce à des artistes comme Jean-Michel Basquiat, le graffiti est le fruit d’une culture underground convoquant à la fois la peinture rupestre et la symbolique africaine. D’autres artistes travaillent l’assemblage dans une esthétique qui récupère et recycle les rebuts de la société de consommation. Une dimension spirituelle se dégage de leurs œuvres, qui mettent en scène des mondes intermédiaires peuplés de figures mythologiques. Plusieurs artistes femmes investissent ces thématiques, confirmant par leur travail un attachement aux questions de transmission et d’appartenance auxquelles s’ajoutent des mythologies intimes et féminines. Ces syncrétismes conduisent à la production de formes transculturelles et ancestrales, affirmant non seulement la quête d’unité civilisationnelle mais aussi la reconquête d’un processus de transmission, après les fractures de la colonisation.
Henri Guédon :
Jean-Michel Basquiat, 1990, technique mixte sur bois
«C'est à Paris que j'ai eu cette révolte esthétique, cette conscience noire », affirme Henri Guédon. Ce peintre, sculpteur et musicien intègre Jean-Michel Basquiat, qu'il considère comme «le Jimi Hendrix de la peinture », dans ses portraits de personnalités illustres, aux côtés d'Édouard Glissant et de Léon-Gontran Damas.
Carnets, 1980-1990, technique mixte
Raymond Saunders 1934, Pittsburgh (États-Unis), vit et travaille à Oakland (États-Unis) : In Love With Nicole, 1994, bois, acrylique, crayon blanc huile, pastel gras, craie sur panneaux
In Love With Nicole est un hommage de Raymond Saunders à sa galeriste, Nicole Resche, à Paris.
Ouattara Watts 1957, Abidjan (Côte d'Ivoire, alors Afrique-Occidentale française), vit et travaille à New York (États-Unis) : Divination, 1988, technique mixte sur toile
Proche de Jean-Michel Basquiat, rencontré à Paris en 1988, Ouattara Watts combine dans des œuvres monumentales des matériaux cousus, collés, superposés sur la surface de la toile: sacs de café ou cacao, bois, papier mâché. Fabriquant seul ses outils, il peint à mains nues et s'inspire du savoir-faire des architectures vernaculaires, mélangeant le beurre de karité à des pigments pour obtenir une matière dense.
Ernest Dükü 1958, Bouaké (Côte d'Ivoire, alors Afrique-Occidentale française), vit et travaille entre Paris et Abidjan (Côte d'Ivoire) :
Au-delà du bouclier nubien, 1998, technique mixte, peinture acrylique, pastel gras, kaolin, papier mâché sur carton gris marouflé sur bois
Les Gardiens du temple, 1997, acrylique, pastel gras, kaolin, papier mâché sur carton gris marouflé sur bois
Arrivé en France au début des années 1980, Ernest Dükü apporte de Côte d'Ivoire ses préoccupations pour les signes énigmatiques présents sur les poids à peser l'or des Akan, communauté dont il est issu. Il élargit ensuite cet ensemble de textes sacrés à l'alphabet tifinagh, au système de symboles nsibidi (idéogrammes africains) et approfondit leur compréhension par sa lecture de Cheikh Anta Diop, écrivain, anthropologue et homme politique sénégalais.
Ousseynou Sarr 1949, Dielmo (Sénégal, alors Territoire du Sénégal) - 2006, Bordeaux (France) : La Guerre du Golfe, 1990, technique mixte
Ousseynou Sarr réalise au début des années 1980 des œuvres abstraites aux tons sombres à partir de techniques qu'il dit héritées des recettes de son grand-père guérisseur. Il utilise des matériaux naturels (arachide, café, noix de cola, sable, cendre, charbon, raphia), des objets de récupération et des pigments traités selon diverses méthodes (ponçage, grattage, repassage).
José Legrand 1955, Cayenne (Guyane, France), vit et travaille à Cayenne (Guyane, France) : Sans titre (Série Madras como maré), 1997, acrylique et goudron sur toile
Shuck One 1970, Pointe-à-Pitre (Guadeloupe, France), vit et travaille à Paris : RE-GENERATION 2025, 2025, installation, acrylique, aérosol, collages et modules sur bois
Shuck One affirme une esthétique de la trace depuis la découverte, en 1979, des tags, slogans et revendications laissés sur les murs de sa ville natale, Pointe-à-Pitre, par les indépendantistes. Il commence à créer à son arrivée en France en 1984. Il pense sa pratique comme une synthèse « identitaire et historique ».
A-One (Anthony Clark) 1964, New York (États-Unis) - 2001, Paris : Sans titre, 1993, acrylique sur toile
JonOne (John Andrew Perello, dit) 1963, New York (États-Unis), vit et travaille à Paris : Bright and Beautiful (Hôpital éphémère), 1997, acrylique sur toile
JonOne, d'origine dominicaine, découvre le street-art à New York où il commence à peindre sur les métros avec le groupe 156 All Starz. À cette période, le graffeur parisien Bando, résidant à New York, le pousse à rejoindre Paris. En 1987, JonOne installe son atelier à l'Hôpital éphémère où il transpose le graffiti de la rue à la toile.
Raymond Saunders : Asking for Colors, Marie's Gift, vers 2000, technique mixte sur panneau, bois, papiers déchirés, scotch, peinture et craie sur panneau
Dernière section de l'exposition :
Les nouveaux lieux du Paris noir
À Paris, dans les années 1980-1990, de nouvelles structures collectives artistiques s’ouvrent aux cultures urbaines, de la mode et de la musique – notamment africaines, alors en pleine lumière. Des initiatives émergent, telles que l’association Wifredo Lam, les arts du monde, les galeries L’intemporel ou Black New Arts, les ateliers partagés des Frigos ou de l’Hôpital Éphémère, témoignant d’une volonté d’auto-organisation. Les associations Afrique en Créations ou Revue Noire oeuvrent quant à elles à développer des liens pérennes entre la France et l’Afrique. L’artiste Raymond Saunders organise l’exposition « Paris Connections » et la conférence « A Visual Arts Encounter: African Americans & Europe » réunissant plusieurs générations d’expatriés africains-américains. Certains espaces alternatifs comme le Monde de l’art, en contrepoint des galeries commerciales, ouvrent la voie à de nouveaux échanges entre les Suds, permettant aux artistes d’exister sur la scène parisienne et internationale.
José Castillo : Altar [Autel], 1997, technique mixte sur réfrigérateur (métal et plastique), radio, bouteilles de mamajuana (boisson de la République dominicaine avec plantes et rhum), objets divers
William Adjété Wilson est très présent dans cette section :
Suite à l'avion, 1987, encre et pigments sur papier.
Chorégraphie, 1987, encre et pigments sur papier
L'Idole, 1977, pastel et crayon sur papier
Le Chasseur, 1973, pastel et crayon sur papier
Double monstre, 1975, pastel et crayon sur papier
L'Homme à cloche, 1989, bois, métal, miroir
Tête à tiroir, 1988, assemblage bois, feutre, nacre, plume, métal
Sur invitation, 1984, pastel sur papier
Proche du mouvement de la figuration libre avec lequel il mène des actions de rue, William Adjété Wilson réalise au début des années 1980 des dessins d'inspiration surréaliste, citant volontiers les artistes Victor Brauner ou Wifredo Lam. Sur invitation fait partie de pastels sur papier craft dans lesquels se côtoient des êtres hybrides ou imaginaires, reflets d'un métissage par lequel il explique son absence d'affiliation à toute communauté. Marqué par un retour constant vers l'Afrique, il réalise à la même époque des masques à l'aide de chaises récupérées dans la rue. En 1988, sa collaboration avec le chorégraphe Dominique Bagouet au Centre Pompidou témoigne d'une recherche pluridisciplinaire qui le mène jusqu'à la mode ou au graphisme.
Manuela Dikoumè 1956, Paris, vit et travaille à Elbeuf (France) :
Autoportrait au vase, 1991, pastel gras et acrylique sur papier craft goudronné
Autoportrait au loup, 1991, pastel gras et acrylique sur papier craft goudronné
La Première Porte, 1990, technique mixte, porte Napoléon bois, acrylique, pâte d'or, objet en lin et raphia sur structure métallique
Proche de l'esthétique de la figuration libre qui se développe à Paris dans les années 1980, Manuela Dikoumè est sensible à l'idée d'un art socialement engagé dont témoignent plusieurs de ses œuvres publiques. Elle débute avec La Première Porte une série de portes peintes, images de ses propres voyages entre l'Afrique, l'Europe et les États- Unis, qui se font le support d'assemblages d'objets d'art traditionnel africain, d'objets militaires et civils ou d'archives coloniales.
Everlyn Nicodemus 1954, Marangu (Tanzanie, alors colonie de la Couronne de l'Empire colonial britannique), vit et travaille à Édimbourg (Écosse) :
Explorer, 1987 huile sur toile
Nude in Hat, 1987, acrylique sur toile
En 1980, après des études d'anthropologie sociale, Everlyn Nicodemus s'engage dans une pratique artistique intimiste dans laquelle elle choisit, en tant que femme noire, de s'exposer comme sujet d'étude.
Henri Guédon :
Manman Cochon, 2000, technique mixte
Vide-poche du vernissage, 1998, technique mixte
Laurence Choko, galeriste pionnière de l'art caribéen en France, représente dès le début des années 1990 l'artiste Henri Guédon au sein de sa galerie L'Intemporel, située rue Saint-Martin à Paris. L'œuvre Vide-poche a été créée lors d'un de ses vernissages où chaque personne présente était invitée à se munir d'un objet destiné à « nourrir » la toile vierge. Celle-ci, disposée sur deux chaises, servait de base à l'intégration de ces objets dans l'iconographie de l'œuvre.
Victor Ulloa 1961, Saint-Domingue (République dominicaine) - 2024, Paris : Sans titre, sans date, acrylique sur toile
Assane N'Doye 1952, Dakar (Sénégal, alors Territoire du Sénégal) - 2019, Dakar (Sénégal) : L'Indésirable (Hommage à Wifredo Lam), 1984, huile sur toile
Marqué par la pensée de la négritude, Assane N'Doye transcrit, à travers ses œuvres, son « identité africaine ». L'indésirable (Hommage à Wifredo Lam) est représentatif de son travail et de son engagement militant dans les années 1980.
Clem Lawson 1954, Abidjan (Côte d'Ivoire, alors Afrique Occidentale française), vit et travaille à Londres :
Angoisse sur l'escalator, 1983, perles de verre sur bois
Odeur de pellicule, 1983, perles de verre sur bois
Auteur d'une thèse sur «L'utilisation des perles dans la renaissance artistique au Togo», Clem Lawson capte dans ses œuvres la vie quotidienne parisienne dès les années 1970 en utilisant des perles de verre.
As M'Bengue 1959, (Sénégal, alors République du Sénégal) : Jeu de dames, pauvres riches, 1990, huile, marqueur, pion de jeu de dames, collage de moquette et de toile, métal et clous sur panneau
Au début des années 1990, As M'Bengue, fraîchement diplômé de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, obtient un atelier à l'Hôpital éphémère. Il y réalise des œuvres socialement engagées, inspirées par son ancienne profession de graphiste
Trois installations dans cette section :
Trois statues au centre, deux de Pascal Kenfack 1950, (Cameroun, alors Cameroun français), vit et travaille à Paris : Chef de village - Jour et Nuit, 1990, bois
Collection de l'artiste
Après ses études à l'École nationale des Beaux-Arts de Paris, Pascal Kenfack poursuit depuis les années 1970 un travail autour de la représentation du culte des ancêtres et des alliances totémiques.
La troisième de Mickaël Bethe-Sélassié 1951, Dire Dawa (Éthiopie) - 2020, Paris : Sans titre, sans date, papier mâché peint
En 1981, Mickaël Bethe-Sélassié réalise à Paris ses premières œuvres en papier-mâché appliqué sur des structures en bois grillagées. Ses sculptures, totems ou personnages mythiques issus d'une cosmologie personnelle syncrétique sont liées à ses racines éthiopiennes et à une forme de spiritualité guidée par sa pratique du zen et du yoga.
Nathalie Leroy-Fiévée 1971, Cayenne (Guyane, France), vit et travaille à Paris : An fondok, les Origines (les Ascendants), 1996-2025, un volume ouvert en 4 parties conçues comme un leporello, peintures réalisées in situ
Nathalie Leroy-Fiévée entre en 1992 aux Beaux-Arts de Paris dans l'atelier de Claude Viallat. En 1996, elle est invitée par l'artiste américain Raymond Saunders à venir étudier au California College of the Arts d'Oakland, où il enseigne. Durant son séjour, elle crée plus d'une centaine de gouaches avant de réaliser une traversée de l'Ouest américain
Une évocation des créations d'Almen Giribila, née au Vietnam en 1951
Miguel Marajo 1963, Le Havre (France), vit et travaille à Sartrouville (France) :
NGH302, 1996, acrylique sur papier marouflé sur bois
Prise de terre, 1997, bois, métal et peinture anticorrosion
Miguel Marajo, a étudié au SERMAC, laboratoire de pratiqués artistiques fondé par Aimé Césaire à Fort-de-France. Il y suit les enseignements de René Louise, auteur du Manifeste du marronisme moderne et développe une esthétique martiniquaise au sein du collectif Totem, groupe de jeunes artistes de l'école, avec lequel il expose en Martinique et à Paris.
Pêle-mêle, pour terminer, quelques œuvres de cette dernière partie.
Michel Rovelas 1938, Capesterre-Belle-Eau (Guadeloupe, France), vit et travaille à Capesterre- Belle-Eau (Guadeloupe, France) : Sans titre, série Silence « La force qui est en nous », 1990, huile sur bois
Alain Savelor 1950, Capesterre-Belle-Eau (Guadeloupe, France), vit et travaille à Nogent-sur-Oise (France).: Archaïsme et modernité, situation III, vers 1990, assemblage de différentes toiles cousues, collées et gesso pour apprêtage, peinture acrylique, sable et liant acrylique
Pume Bylex 1968, Kinshasa (République démocratique du Congo), vit et travaille à Kinshasa (République démocratique du Congo) : Statue BYL ou La Maternité, 1988-1994, technique mixte, éclairage interne 12 V
Pascale Marthine Tayou 1986, Nkongsamba (Cameroun), vit et travaille à Gand (Begique) et Yaounde (Cameroun) : un de ses fétiches formés de revues enfichées sur un pal d'acier.
Hassan Musa 1951, El Nihud, Soudan, vit et travaille en France : Autoportrait avec des idées noires, 2003.
Une passion chinoise. La collection de monsieur Thiers
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Pour une fois, un billet en accord avec l'adresse "historique" de ce blog : le Louvre met en valeur la collection d'objets d'art et de documents réunis par Adolphe Thiers (1797-1877), personnage hors du commun : avocat, journaliste, historien de la Révolution (élu à 36 ans à l'Académie Française), homme politique (élu député à 33 ans sous Louis-Philippe, ministre à 35 ans et faisant partie de ou dirigeant tous les gouvernements jusqu'en 1841, chef du pouvoir exécutif puis président de la République de 1871 à 1873), modèle de Balzac pour Rastignac, "fusilleur de la Commune" pour les uns, "libérateur du territoire" pour les autres. Une de ses passions moins connues est son intérêt pour l'histoire et la culture chinoise, dès l'adolescence, qui l'a conduit à accumuler livres et objets, collection qui sera léguée au musée du Louvre en 1881 à la condition de rester entière.
L'exposition commence par quelques éléments sur l'homme lui-même : des caricatures de 1850 - Charles Vernier (1823-1892), Honoré Daumier (1808-1879)
Son portrait en 1876 par Léon Bonnat (1833-1922), son habit d'académicien et des objets personnels, une reconstitution de son cabinet de travail,...
Des gravures et peintures d'époque illustrent la façon dont Thiers se mettait en scène comme écrivain et collectionneur.
Le cabinet de travail d'Adolphe Thiers, 1845, L'Illustration, journal universel, lithographie
Portrait d'Adolphe Thiers dans son cabinet de travail, entre 1875 et 1877, Charles Lefebvre (1875-1894), huile sur toile
Adolphe Thiers visitant les ruines de son hôtel détruit, Auguste Trichon (1814-1898), lithographie
La nouvelle maison d'Adolphe Thiers, Place Saint-Georges à Paris, après 1873, Clerget, lithographie
L'intérieur de l'hôtel d'Adolphe Thiers : le cabinet de travail, Fortuné Louis Méaulle (1843-1916) d'après H.H. Meyer, Le Journal illustré, 26 décembre 1875, lithographie
Une vitrine évoque l'autre passion artistique de Thiers : Florence.
Un ange volant, vers 1475, Andrea del Verrocchio (1435-1488) et un membre de son atelier, terre cuite
David, fin 16° siècle, d'après un modèle de Michel-Ange, bronze, patine brune
Samson et les Philistins, 16° siècle, d'après un modèle de Michel-Ange, bronze
Quelques exemples de l'abondante bibliothèque de livres sur la Chine réunis par Thiers.
Un de Douze Vases chinois dessinés et coloriés dans le Palais impérial à Pékin
Art militaire des Chinois ou Recueil d'anciens traités sur la guerre, 1772, Joseph Amiot, traducteur
Album des «40 vues du Yuanming yuan» (Palais d'Été), fin XVIIe siècle, gravures chinoises imprimées sur papier européen et rehaussées de couleurs à l'aquarelle
Cérémonie impériale de culte des ancêtres, après 1788, Chine, gravure sur bois, papier européen
Des objets (pas toujours chinois ! ) :
Ensemble de menuki (ornement de garde de sabre), 18-19° siècles, Japon, bronze, dorure, argent
Boîte à documents laquée (bunko) : glycines et poisson, seconde moitié du 18° siècle, signé à l'intérieur du couvercle Koma Koryü, bois plaqué, laque, nacre, intérieur laque noire, or, aventurine
Écritoire en bois laqué (suzuribako) : glycines et poisson, seconde moitié du 18° siècle, signé à l'intérieur du couvercle Koma Koryû, bois plaqué, laque, nacre, intérieur laque noire, or, aventurine
Brûle-parfum tripode, dynastie Yuan (1279-1368), Chine, émail cloisonné
Deux estampes chinoises de 1853, encre et couleur sur papier :
Extermination des bandits de Yue
Victoire à Nankin
Puissants coursiers, 13e siècle et ajouts postérieurs, encre et couleurs sur papier et soie
Ce rouleau contient, fait inhabituel, deux peintures de deux peintres différents. Il s'agit de Gong Kai et Ren Renfa, actifs sous la dynastie Yuan (1279-1368). Elles figurent des scènes d'élevage des chevaux, une iconographie populaire liée au thème d'un poème de l'empereur Taizong (règne de 626 à 649) louant ses six coursiers.
Thiers possédait déjà ce rouleau en 1856. Il est alors mentionné dans un des tout premiers textes en français sur la peinture chinoise par Félix Feuillet de Conches. Il a appartenu auparavant au collectionneur Han Rongguang (1793-1860), qui en a rédigé l'étiquette de titre.
Les peintures de la dynastie Yuan sont très rares, ce qui fait de ce rouleau l'une des œuvres les plus importantes de la collection de Thiers. Il en fait d'ailleurs lire les inscriptions par les sinologues Stanislas Julien (1799- 1873) et Joseph Callery (1810-1862). Le rouleau a été aussi vu par le secrétaire de l'ambassade de Chine en France avant 1881.
Sans transition, des œuvres plus banales :
La Chine et les Chinois, dessin exécuté d'après nature, 1838, Auguste Borget (1808-1877), dessinateur, et Eugène Cicéri (1813-1890), lithographe
Personnages chinois, milieu du 19° siècle
Pages démontées d'un album de peintures d'exportation par Youqua (actif entre 1840 et 1870) Chine, Canton ou Hong Kong, papier chinois, soie, aquarelle sur tetrapanax
Dès le 18° siècle, la Chine produit des peintures pour des clients européens. Au 19° siècle, à Canton et Hong Kong, se développe une production peinte à l'aquarelle sur feuille de pulpe de tetrapanax, un arbre local. Elle donne un papier d'un grand velouté sur lequel on peint des aquarelles dans un style hybride mélangeant thèmes chinois (ici de riches personnages en costumes) et un modelé d'inspiration occidentale.
Ville Chinoise, 1831
Planche n° 6 du recueil « Décorations de théâtre », composé par Pierre-Luc-Charles Cicéri (1782-1868) Philippe Benoist (1813-1905), lithographie en couleur
L'intérêt de Thiers pour la Chine l'amène à collecter de manière indistincte des objets et documents en rapport avec le pays, y compris des œuvres de fantaisie. Cette planche de décor de théâtre évoquant une ville chinoise imaginée sur le modèle de Venise en est un bel exemple.
Thiers reçoit de Charles Marchal de Lunéville (1801- après 1865) un ensemble d'aquarelles sur papier vélin que celui-ci réalise pendant un voyage à Pékin (via la Russie) qu'il effectue à une date inconnue, entre 1850 et 1853. Ces œuvres, bien que stylisées, restent assez précises pour que l'on puisse identifier des bâtiments de Pékin.
Vue d'interprétation du Pavillon de la pureté céleste à Pékin
Militaires chinois s'exerçant au tir à l'arc au pied du parc Jingshan à Pékin
Vue d'interprétation d'une porte de Pékin
Intérieur du temple Biyun, à proximité de Pékin
Vue d'interprétation de la Cité interdite de Pékin
Quelques extraits d'un Album contenant 12 scènes diverses, 1834, par Ye Chengxue (葉成學), encre, pigments, soie, papier
Cet album a été réalisé par Ye Chengxue, un peintre actif sous le règne de l'empereur Daoguang (1821-1850), qui a travaillé pour la cour et avait accès à la collection de peintures impériales. Il s'en inspire pour créer les feuilles de cet album. Elles illustrent ainsi des thèmes très divers: paysages, vues de palais, fables morales... Cet album ne porte pas d'inscription indiquant une commande impériale. Il a dû être produit pour un grand aristocrate.
Pour terminer cette première partie, un plan de Pékin, 19° siècle, France, Carles imprimeur, lithographie couleur
Dans la deuxième partie, trois très beaux rouleaux :
Sept gentilshommes passent les cols , dynastie Ming (1368-1644), avant le 17° siècle, Chine, peinture à l'encre et couleurs sur soie
Ce rouleau figure le voyage de sept poètes de Chang'an, la capitale, vers le temple bouddhique de Longmen au cours de l'ère Kaiyuan (713-741), sous la dynastie Tang. Ils sont confucéens, taoïstes ou bouddhistes. Le thème sous- jacent est la complémentarité des trois enseignements, confucianisme, taoïsme et bouddhisme qui, en Chine, s'influencent mutuellement. L'un d'entre eux, Zhang Yue, est d'ailleurs un des compilateurs de l'ouvrage intitulé Les Précieuses Perles des Trois enseignements, compilé à l'initiative de l'impératrice Wu Zetian (690-705).
L'officier des eaux, troisième Originel, 1771, Jia Quan, actif dans la seconde moitié du 18° siècle, encre et couleurs sur papier
Dans le taoïsme, il existe trois « officiels / officiers », ce sont des forces cosmiques personnifiées, juges du destin humain. L'Officiel du ciel est fêté le quinzième jour du premier mois de l'année, celui de la terre le quinzième
du septième mois, et celui de l'eau le quinzième du dixième mois. Les messages adressés au Ciel sont brûlés, à la Terre, enfouis dans le sol, et à l'Eau, submergés. Ce rouleau représente le cortège de l'Officiel des eaux. Il a été peint par Jia Quan, important peintre de cour impériale, à la demande de l'empereur Qianlong (règne de 1736 à 1795).
Immortels dans un paysage, dynastie Ming (1368-1644), Chine, encre et couleurs sur soie
Ce très long rouleau décrit les occupations de divers immortels taoïstes en un lieu qui pourrait être leur île, Penglai. Les immortels sont des êtres ayant atteint l'immortalité et souvent dotés de pouvoirs magiques, par l'alchimie et le Xiushen, un travail spirituel sur soi.
À côté de ces chefs d'œuvre, les murs de la salle de la deuxième partie de l'exposition sont parsemés de délicates petites peintures sur papier de riz réalisées pour l'exportation, comme les figures de la première partie. Nous ne résistons pas à l'envie d'en égayer ce billet.
Encore quelques objets divers :
Boîte décorée d'une anecdote de l'histoire des Tang sur le couvercle et du thème des Bai zi Tu (7 cent garçons) sur les côtés, fin de la dynastie Ming (1368-1644) et début de la dynastie Qing (1644-1911), Chine, bois avec incrustation polychrome
Vases cornets en bronze du 19e siècle
Pot à pinceaux orné de L'Excursion à la falaise rouge, Chine, École de Jiading, bambou sculpté
Ce pot figure l'excursion en barque à la falaise rouge de Su Shi (ou Su Dongpo, 1037-1101). Su Shi est un très important lettré de l'époque des Song (960-1279).
Brûle-parfum en forme de canard, 18° siècle, Chine, bronze
Objet décoratif imitant une palette à encre en forme de feuille de lotus Nelumbo nucifera, 18° ou 19° siècle, Chine, émail cloisonné, dorure
Le Livre du Riz et de la Soie, tirage de gravures sur bois, 18° siècle (premier tirage 1696), mise en couleur et reliures en France, fin 18° siècle ,Chine et Europe, estampe en couleur sur papier
Chrestomathie chinoise (anthologie de textes classiques), 1833, Heinrich Julius von Klaproth (1783-1835) livre imprimé
Thiers possédait des livres en chinois qui lui ont été procurés par les pères Lazaristes installés en Chine.
Thiers était un grand connaisseur de la porcelaine chinoise de son époque. Il accumule sa vie entière des notes pour écrire sur le sujet. Il est le relecteur et le correcteur des deux seuls ouvrages sur le domaine à son époque : Histoire et fabrication de la porcelaine chinoise de Stanislas Julien (1856) et Histoire artistique, industrielle et commerciale de la porcelaine d'Albert Jacquemart (1862). Avant d'être en partie détruite par les Communards, sa collection faisait référence, et comptait notamment des pièces Song (960-1279), période la plis importante pour la porcelaine chinoise. L'ensemble qui a survécu comporte un chef d'œuvre absolu, la bouteille en falangcai réalisée pour l'empereur Qianlong (1736-1795) et un ensemble de pièces majoritairement faites pour l'export en Europe, datées du règne de Yongzheng (1723-1735).
Vase balustre à pans décoré du thème du Bai zi Tu (cent garçons), 19e siècle, Chine, ateliers de Jingdezhen, porcelaine à décor en émaux opaques
Divers vases du règne de Yongzheng (1723-1735)
Et pour finir, une série d'assiettes, à la manière des vaisseliers de nos grand-mères...
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