Landerneau : il n'y a pas que Leclerc...
Nous avons rendu compte ici, comme pratiquement chaque année, de l'exposition Animal !? organisée par le Fonds Hélène et Édouard Leclerc pour la culture (nos billets du 26 juillet et du 9 août 2025). Mais l'art contemporain est présent dans d'autres lieux de cette belle petite cité, ancienne capitale de la seigneurie puis principauté de Léon.
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La galerie de Rohan, initiative municipale pour promouvoir l'art contemporain, fête cette année son dixième anniversaire avec une exposition intitulée 1, 2, 3 Couleur ! "une incitation joyeuse, une invitation à jouer, telle 1, 2, 3, Soleil ! et à entrer dans le champ optique de la lumière."
L'exposition présente 4 artistes :
- trois exposés à l'intérieur de la galerie, Elene Usdin, Ricardo Carvallo et ATAK.
- une poursuite du parcours à l'extérieur avec les oeuvres XXL de Lilian Bourgeat.
Commençons le parcours avec Elene Usdin :
Je est un autre ou le goût du masque, du caché dévoilé
Née à Paris en 1971, Elene Usdin obtient en 1998 son diplôme de l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris (graphisme et image animée). Artiste pluridisciplinaire, elle pratique différentes activités artistiques, la photographie, la performance, l'affiche, la bande dessinée, et aborde ainsi avec beaucoup de personnalité des sujets qui l'interpellent fortement, tout en se renouvelant constamment. Son œuvre, nourrie de nombreux voyages, est largement récompensée, comme dernièrement René-e aux bois dormants, récit dessiné sur les mythes fondateurs canadiens.
Commencée lors du confinement pour dénoncer la pénurie de masques, avec des laines rapportées du monde entier, Masquerade, la série tricotée des masques - cagoules s'inspire d'autoportraits dessinés par ses amis. Prise par le jeu des formes surdimensionnées, le tricotage varié de la maille et les contrastes colorés, Elene Usdin poursuit avec humour et inventivité la série: masques-oiseaux, masques-Janus...
Montreal (Urban Bird), laine tricotée main, 2023
Paris (Urban Bird), laine tricotée main, 2023
Bangalore (Urban Bird), laine tricotée main, 2023
Bruxelles (Urban Bird), laine tricotée main, 2023
May, coton tricoté main, 2020
June, laine tricotée main, 2020
April, laine tricotée main, 2020
Batmask, laine tricotée main, 2019
Vincent, laine et jersey tricotés main, 2020
Richard, laine tricotée main, 2020
Sally, laine tricotée main, 2024
Henri, laine tricotée main, 2020
Dennis, laine tricotée main et pull seconde main, 2020
Richard Cavallo :
La Vie est un paysage
Né en 1954 à Buenos-Aires en Argentine, Ricardo Cavallo vit et travaille dans le Finistère Nord. Il s'intéresse très jeune au dessin, il rentre en 1977 à l'Ecole supérieure des beaux-arts de Paris. Quotidiennement Ricardo Cavallo peint, à l'huile et sur le motif, les falaises de gabbro de Saint-Jean-du-Doigt en Finistère. Ses tableaux, parfois panoramiques, reflètent les innombrables variations lumineuses qui se jouent dans le ciel, la mer, la roche. Dans ce dialogue de titan avec la nature, le temps s'abolit et le peintre affronte le chaos originel et construit une œuvre totale empreinte de spirituel et de mythologie. Porté par une connaissance approfondie et un amour exclusif de la peinture, Ricardo intègre aujourd'hui dans le paysage des figurines qui l'accompagnent depuis toujours et les mets en scène avec poésie.
Il utilise sa méthode des « plaques » depuis les années 1980, composant d'immenses paysages à partir de fragments carrés. De cette technique, il dit : « Dans une toile unie, vous avez toujours la maîtrise de ce que vous êtes en train d'observer. Quand vous entrez dans un cycle où il y a cinquante morceaux, vous gardez l'unité de ce que vous êtes en train de faire, mais après vous entrez dans chaque alvéole. C'est à ce moment qu'il y a tout un tas de surprises. »
Le Cirque 2, peinture à l'huile sur panneau entoilé, 2023-2024
Kerdrein, peinture à l'huile sur panneau entoilé, 2023-2024
Rhun Glaz, peinture à l'huile sur panneau entoilé, 2024-2025
La reine des serpents II, peinture à l'huile sur panneau entoilé, 2021
Une journée, peinture à l'huile sur panneau entoilé, 2023-2024
Le tombeau d'Achille II, peinture à l'huile sur panneau entoilé, 2017
ATAK :
A collector's world
Né à Francfort-sur-l'Oder en 1967, Georg Barber vit et travaille en Allemagne. Il utilise le pseudonyme ATAK depuis la fin des années 1980, période punk durant laquelle il tapisse de graffitis les murs de Berlin-Est. Figure tutélaire de la scène underground, auteur de livres jeunesse remarquables, ATAK partage aujourd'hui sa vie entre l'enseignement à l'école supérieure d'art et de design de Halle (Allemagne) et son travail pictural. ATAK expose régulièrement en France, notamment à la galerie Arts Factory à Paris.
Avec humour et amour, ATAK compose d'exubérantes natures mortes florales (Still Leben) assorties d'objets personnels et de références picturales. Puisées dans sa collection de statuettes, de figurines de super-héros, de comics, ces références diverses mêlent sans hiérarchie, histoire de l'art, bande dessinée, musique et lui permettent de nombreuses variations jubilatoires. Tintin, Mickey, Dick Tracy, mais aussi Matisse, Picasso, Audubon et bien d'autres se rencontrent avec bonheur sous son pinceau. Il affectionne ce genre qui ne nécessite pas selon lui, de connaissances préalables et qui lui octroie une grande liberté.
Fugazi, Techniques mixtes sur papier, 2021
Morning in the City, Techniques mixtes sur papier, 2020
A Collector's World, techniques mixtes sur papier, 2020
Smith, bois découpé et techniques mixtes, 2022
Radio Dept, techniques mixtes sur papier, 2021
Stereolab, techniques mixtes sur papier, 2021
Cocteau Twins, techniques mixtes sur papier, 2021
Mickey Mouse, techniques mixtes sur papier, 2021
Animal Collective, techniques mixtes sur papier, 2021
Joan Miró, techniques mixtes sur papier, 2023
Art is eveywhere, techniques mixtes sur papier, 2022-2024
I shall never forget you, techniques mixtes sur papier, 2024
Bad Manners, techniques mixtes sur papier, 2024
Henri Matisse, techniques mixtes sur papier, 2024
Et pour finir, dans les rues de Landerneau :
Lilian Bourgeat :
L'art de la démesure
Lilian Bourgeat est né en 1970 dans le Jura, vit et travaille entre Dijon et le Finistère Nord. Il a étudié à l'école nationale supérieure d'art de Dijon. En agrandissant des objets ordinaires, Lilian Bourgeat les rend « extra-ordinaires » et les élève au rang d'œuvres d'art. Il interroge aussi notre rapport à ses créations, et aux lieux dans lesquels elles sont placées. « Il ne s'agit pas d'agrandir pour agrandir. Je cherche plutôt à chaque fois à créer une situation, ou un évènement en perturbant légèrement le cours normal des choses ». C'est cela qui doit rendre la confrontation avec l'art contemporain plus aisée tout en questionnant notre rapport à la société de consommation. Il y a toujours plusieurs niveaux de lecture dans le travail de Lilian Bourgeat. Colorés et familiers, ces objets apparaissent d'abord séduisants puis, en s'approchant, ils deviennent déroutants. Les titres, inspirés de références littéraires comme le Voyage de Gulliver, de Jonathan Swift, de contes, des fables de Jean de la Fontaine ou encore de dictons populaires, nous invitent à créer nos propres histoires. Non sans une bonne dose d'humour, l'artiste met en scène, de manière différente à chaque exposition, ses objets qui entrent alors en résonnance avec leur lieu d'installation. Ainsi, les Invendus (pieds droits) ont une saveur toute particulière sur le Pont de Rohan...
Posé sur le toit même de la Galerie, un gigantesque niveau à bulles :
La terre est plate, résine polyester, verre, 2019
Sur le parvis de l'hôtel de ville, Banc public, acier, résine polyester, face à une œuvre d'art anamorphique réalisée en 2024 par les street artists néerlandais Leon Keer et Massina (œuvre éphémère en craie déjà un peu effacée...)
Sur une façade des habitations du pont de Rohan, Relief #1, résine polyester, 2023, et dans une vitrine d'une autre maison du pont, L'Érudit, résine polyester, acier, peinture polyuréthane, 2023.
Et pour terminer ce billet sur une belle image, Invendus (pieds droits), résine polyester, 2023, surplombant l'Élorn depuis la terrasse d'une maison du pont de Rohan.
Porsporetro - 17 août 2025
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Encore un billet breton, la période estivale n'est pas terminée...Plus d'images que de textes cette fois, en laissant libre cours à la nostalgie et à la passion un peu passée de mode pour la "bagnole", comme disaient les regrettés (?) présidents Pompidou ou Chirac.
Organisé par le comité des fêtes de Porspoder au profit de l'association Les Blouses Roses , ce rassemblement a réuni samedi dernier une cinquantaine de véhicules plus ou moins anciens (seuil minimum de participation : 30 ans) sous un beau soleil breton.
Quelque photos de ce rassemblement un peu hétéroclite, d'abord au point de rassemblement au milieu de la dune, devant la salle omnisport de Porspoder.
Avant l'arrivée de la randonnée du matin, quelque véhicules qui n'y avaient pas participé : Renault 4L "Savane", Citroën DSuper5, une 2CV et une Rolls Royce à la limite de l'ancienneté requise.
Une belle fourgonnette 1500 Chenard et Walker, marque importante avant guerre, absorbée par Chausson, puis par Peugeot.
La première voiture à arriver est une Mercédès 190 SL de 1958
Au passage : Citroën DS 21, Renault 4CV, Renault Caravelle...
Morgan 4/4, Morgan Roadster, Simca Versailles
Peugeot 505 Coupé, une rare Citroën Acadiane, Triumph 2000
Alpine Renault A110 Berlinette, Sunbeam-Talbot Alpine, Austin-Healey Sprite
Citroën SM, belle automobile chère au cœur de certaine de nos lectrices, Morris Minor, qui a remis la Grande Bretagne sur les roues après la 2e guerre mondiale, MG type B du temps où cette marque n'était pas celle d'automobiles électriques chinoises, et la Coccinelle Volkswagen des premiers temps de notre mariage (mais la notre était d'un orange plus flashy)
Un petit tour parmi les voitures garées pour le repas de midi :
une magnifique Traction Citroën 15, une Peugeot 404, deux Peugeot 203 (dernier modèle, celles de mon enfance avaient des lunettes plus petites et des flèches de direction à la place de ces minuscules clignotants)
On retrouve sous d'autres angles les Morgan, Sunbeam, Morris et MG,...
la 4CV et la Versailles
Terminons ce tour du parking avec une fourgonnette Citroën type H, une Simca 9 Aronde,...
...et cette Buick Roadmaster, dont le modèle réduit Dinky Toys était le fleuron de notre collection.
L'après-midi, les participants étaient conviés à une excursion le long de la côte, entre Porspoder et Saint-Pabu. Nous avons profité de leur passage rue de Béniguet, le long de l'aber Benoît, pour les revoir.
Dans la cohorte des voitures défilant à Saint-Pabu, quelques modèles que nous n'avions pas photographié le matin :
Deux Trimph TR3
Une Simca 1300, une Peugeot 204 cabriolet, Une Renault Frégate
Et pour terminer cet inventaire à la Prévert - et ce billet - une Dodge Dart, une modeste Ford Fiesta et une imposante Cadillac Eldorado.
Patrimoine du Finistère
Comme chaque année durant la période estivale, un billet pour partager avec le lecteur quelques aspects du riche patrimoine du Finistère. Commençons par la ville de Morlaix (Montroulez en breton), sous-préfecture du département, dans un site remarquable au confluent des deux cours d'eau qui forment le Dossen ou rivière de Morlaix, une ria ou aber à la limite du Léon et du Trégor.
L'église Saint-Melaine, à mi-pente du coteau qui s'élève à l'est de la vallée, a été construite à partie de 1489 pour remplacer la chapelle d'un ancien prieuré, devenue église paroissiale et trop petite devant l'accroissement de la population.
Comme dans certaines des églises des enclos paroissiaux des environs, les plafonds de sa vaste nef et des bas-côtés figurent un ciel étoilé d'un bleu intense, et les poutres ouvragées semblent sorties de la gueule d'impressionnants dragons.
À la limite des murs et des voûtes, des sablières ouvragées et des blochets en forme de figures humaines ou célestes.
Une série de panneaux du XVe siècle avec des scènes de la vie de la Vierge : Annonciation, Nativité, Fuite en Égypte.
Un baptistère à baldaquin datant de 1660.
Le portail sud, par lequel a commencé la construction, abrite une très belle décoration.
Le paysage urbain de Morlaix est indissociable de son viaduc, qui traverse la vallée d'est en ouest, et donc le lecteur trouvera toutes les caractéristiques sur le panneau ci-contre, posé pour l'instruction des promeneurs qui peuvent arpenter le niveau inférieur de l'ouvrage. (construit en deux ans de juillet 1861 à septembre 1863, si votre vue ne vous permet pas de le déchiffrer).
Depuis le côté est de la promenade du viaduc, on domine l'église Saint-Melaine.
La promenade traverse chaque arche par une porte à la voûte en demi-cercle qui donne d'intéressants effets de perspective.
Depuis le viaduc, la vue s'étend vers le sud et le centre de la ville, avec l'imposant hôtel de ville...
et vers le nord, avec le port et au loin l'embouchure de la rivière de Morlaix.
Un peu partout dans la ville, d'intéressantes maisons anciennes.
Des rues anciennes comme la grand'rue qui n'a pratiquement pas changé depuis le moyen-âge, même si les maisons ont été remplacées
Le plus bel ensemble est sans doute l'ancienne place des Halles (à présent place Allende), avec plusieurs maisons "à pondalez", caractéristiques de Morlaix.
Encore quelques clichés de la ville et de ses métiers...
avant de terminer par l'église Saint-Mathieu avec sa belle tour-clocher Renaissance bâtie de 1548 à 1593.
Nous avons souvent décrit dans ce blog les enclos paroissiaux autour de Landerneau et de Landivisiau (dernier billet de ce type : 17 août 2024), mais il en reste toujours à découvrir : la commune de Pencran, dans la banlieue immédiate de Landerneau, abrite un très bel enclos. Même si nous n'avons pu en visiter l'église qui est encore de travaux de restauration, plusieurs éléments ont beaucoup d'intérêt, à commencer par le calvaire :
et pour le lecteur qui en souhaiterait une vision plus romantique, cette gravure du XIXe siècle de Charles Yriarte (1833-1898)
Le clocher et l'ossuaire.
L'ossuaire est en triste état, on en préférera la vue bucolique et romantique qu'en donne cette ancienne gravure.
Le porche sud présente de très belles sculptures
dont ces deux créatures monstrueuses
L'intérieur du porche a conservé toutes les statues de ses saints.
Terminons ce billet en sortant de l'enclos de Pencran entre ces piliers ornés de lanternons, qui faisaient déjà le charme de cet endroit en 1844 (Léon Gaucherel)
Animal !? - l'exposition du Fonds Leclerc à Landerneau (II/II)
Nous poursuivons dans ce billet le parcours de l'exposition Animal !? présentée par le Fonds Hélène et Édouard Leclerc pour la culture (voir notre billet du 26 juillet dernier.
II. L'autre de l'humain
Pour accéder à cette deuxième partie, un passage sous une installation très pittoresque d'Annette Messager (née en 1943) : Eux et nous, nous et eux, 2000, animaux naturalisés, peluches, miroirs.
Dans cette installation créée en 2000 pour l'exposition La Beauté au Palais des Papes à Avignon, Annette Messager compose un bestiaire chimérique, mêlant corps d'animaux naturalisés et têtes de peluches, installés sur des miroirs. Cette œuvre explore les frontières entre l'humain et l'animal, le vivant et l'inanimé, le réel et l'illusion, le monde des adultes et celui des enfants.
La rencontre
L'animal sauvage suscite autant l'admiration que l'inquiétude. Il incarne une puissance indomptable, une altérité radicale qui provoque un mélange de crainte et de désir. Cette relation ambivalente trouve un écho dans l'un des mythes les plus universels: celui de la rencontre entre l'humain et la bête, oscillant entre répulsion et attraction. L'un cherche à dompter l'autre, mais aussi à l'apprivoiser, à la comprendre, voire à fusionner avec elle. L'art, en mettant en scène cette relation, explore les pulsions que l'humain projette sur l'animal, miroir de ses propres contradictions.
Marina Abramović (née en 1946) : Portrait with Scorpion (Open Eyes), 2005, tirage argentique
Art Orienté Objet (duo artistique créé en 1991 à Paris et composé de Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin) : Félinanthropie, 2007, photo analogique, tirage argentique
Pierre Klossowski (1905-2001) : Diane et Actéon, 1991-92, bronze polychrome
Huang Yong Ping (1954-2019) : Chevalier du XXIe siècle empaillé, 2019, taxidermie de lion, fibre de verre, vêtements, accessoires, livre
Cette sculpture de Huang Yong Ping - étrangement prophétique - est la dernière œuvre de l'artiste dont le corps sans visage - moulé en Chine un mois avant son décès - chevauche un lion de cirque, mort de vieillesse à Paris. Il tient dans sa main un exemplaire de La République de Platon, un texte fondateur de la philosophie politique occidentale, décrivant l'organisation d'une cité idéale. Le lion, symbole de pouvoir et de puissance, est rendu ici à l'état d'animal domestiqué quand le chevalier sans visage rappelle la dissolution de l'individu face aux systèmes politiques et idéologiques en figures interchangeables.
Camille Henrot (née en 1978) : Draft (Série Tropics of Love), 2014, encre de Chine sur papier
Max Ernst (1891-1976) : Une Semaine de bonté ou Les sept éléments capitaux Volume 4, 1934, Éditions Jeanne Bucher
Edi Dubien (né en 1963) : Sans titre, 2024, aquarelle et crayon sur papier
Centaure et Minotaure - De sangs mêlés
À la lisière entre mondes humain et animal, centaures et Minotaure incarnent les tensions entre civilisation et sauvagerie. Leur corps hybride raconte un héritage de sangs mêlés qui les condamne à l'errance ou à la tragédie. Les centaures, mi-hommes, mi-chevaux, indomptables pour certains, porteurs de sagesse pour d'autres, sont tour à tour alliés ou ennemis des hommes, leur rappelant la puissance incontrôlable de la nature. Le Minotaure est, lui, une créature unique, enfermée dans le labyrinthe de Dédale. Monstre et victime, il symbolise l'exclusion et le désordre que la société cherche à contenir. Ces figures puissantes et ambivalentes nous interrogent: que reste t-il d'animal en l'homme?
Au milieu de cette section, Antoine Bourdelle (1861-1929) : Centaure Mourant, 1914, bronze
Le centaure, le torse rejeté en arrière, semble basculer dans l'agonie, son visage tordu de douleur. Le contraste entre la musculature vigoureuse et l'affaissement du corps accentue la sensation de lutte intérieure et de chute inévitable. Le centaure devient ici un double du sculpteur, incarnant à la fois la puissance créatrice et la lutte contre la matière.
Vassily Kandinsky (1866-1944) : Improvisation XIV, 1910, huile sur toile
Franz Marc (1880-1916) : Zwei Kühe mit aufgehender Sonne [Deux vaches avec soleil levant], 1912, crayon sur papier
Gustave Moreau (1826-1898) : Centaures, non daté, huile sur toile
Traditionnellement représentés dans la mythologie grecque comme des êtres sauvages, les centaures chez Moreau sont armés de lyres, ou autres instruments de musique. Ils incarnent la dualité propre à ces créatures mythologiques: la tension entre l'instinct animal et l'aspiration à l'art, la sagesse ou l'harmonie.
Auguste Rodin (1840-1917) : La Centauresse, 1901-1904, marbre
Leonora Carrington (1917-2011) : La Hija del Minotauro [La Fille du Minotaure], 2010, bronze
Art Orienté Objet : May the Horse Live in Me, 2011, photo analogique, tirage argentique et accessoires
Pablo Picasso (1881-1973) :
La Minotauromachie, 1935, eau forte, grattoir et burin sur cuivre imprimé sur papier
Minotaure et femme faisant l'amour, 1933, eau-forte sur papier
Profil de Marie-Thérèse en abîme, jeune homme au masque de minotaure et vieux barbu aux oreilles d'âne, 1934, eau-forte sur papier
Minotaure et jeune femme enlacés rêvant sous une fenêtre, 1933, eau-forte sur papier
Le Repos du Minotaure : champagne et amante, 1933, eau-forte sur papier
Monstres et merveilles
Des Métamorphoses d'Ovide aux grotesques de la Renaissance, jusqu'aux spéculations du transhumanisme contemporain, l'hybridité interroge la malléabilité du vivant et la porosité entre les espèces. Avec les grotesques, ces figures fantastiques issues de l'imaginaire, les artistes explorent les frontières entre le naturel et le surnaturel, le beau et le monstrueux, défiant les normes esthétiques. L'hybridation est à la fois l'occasion d'une exploration formelle et un prisme à travers lequel l'humanité interroge sa propre nature d'être animal, en symbiose avec d'autres espèces.
Wifredo Lam (1902-1982) : La Fiancée de Kiriwina, 1949, huile sur toile
André Masson (1896-1987) : L'Homme-mort, 1926, huile sur toile
Giuseppe Arcimboldo (suiveur) : Allégorie de l'Eau, 1568, huile sur toile
Arcimboldo (1527-1593), peintre maniériste italien, est célèbre pour ses portraits allégoriques composés d'éléments naturels (fruits, légumes, objets ou ici animaux).
Gérard Garouste (né en 1946) : La Danse et les Pies (Les Cinq Points de l'Âme), 2013, huile sur toile
(voir nos billets du 1er octobre et du 8 octobre 2022)
Meret Oppenheim (1913-1985) : L'Écureuil, 1960, assemblage de verre, polyuréthane, queue de fourrure
Charles Fréger (né en 1975) : Dondolaši, Grobnick, Croatie, Série Wilder Mann (depuis 2010), tirage pigmentaire sur papier
Alexander Calder (1898-1976) : Curved beast, 1970, stabile-mobile en métal peint
Rithika Merchant (née en 1986) : Sun Feeders, 2021, gouache, aquarelle et encre sur papier
Marc Chagall (1887-1985) :
Femme-peintre animal, vers 1945-1947, encre sur papier
Doubles profils clown-animaux sur les toits, vers 1957, pastel et encre de Chine sur papier
Entre les deux animaux, vers 1947, encre de Chine et encre bleue sur papier
Étude pour Le songe d'une nuit d'été, 1938, gouache et graphite sur papier
Homme à la tête d'âne pour Suite provinciale de Gustave Coquiot 1927, encre sépia sur papier
Une section est consacrée au mouvement CoBrA (acronyme de « Copenhague, Bruxelles, Amsterdam », du nom des villes de résidence de la plupart des membres fondateurs). Peut-être à cause de son nom d'animal ??
Karel Appel (1921-2006) : Exodus n° 1, 1951, huile, gouache, crayons de couleur et collage de papiers découpés marouflés sur toile
Sonja Ferlov Mancoba (1911-1984) : Stille vækst [Croissance silencieuse], 1962, bronze
Constant Nieuwenhuys (1920-2005) : Satyr, 1948, huile sur toile
Asger Jorn (1914-1973) : Le Cocuisinier, 1962, huile sur toile sur un tableau préexistant, collée sur bois
Guillaume Corneille (1922-2010) : La Venue de l'oiseau, 1951, aquarelle et gouache sur papier
L'affiche (lithographie) de l'exposition CoBrA à la galerie Pierre Loeb en 1951 est due à Asger Jorn.
Léda et le cygne - Les ailes du désir
Pourquoi Zeus choisit-il de se transformer en cygne pour séduire Léda? Selon le mythe, Zeus, épris de Léda, reine de Sparte, prend l'apparence du majestueux animal pour l'approcher. De cette union, forcée ou consentie selon les versions, naît une lignée héroïque. Zeus est coutumier des métamorphoses animalières, il a déjà conquis Europe en se transformant en Taureau. Ici, il fait le choix d'un animal ambivalent, en apparence inoffensif, dont la blancheur évoque la pureté, mais qui peut se montrer possessif. Depuis l'Antiquité, ce mythe gréco-romain fascine les artistes par son ambiguïté, entre violence et sensualité, domination et abandon, désir et transgression, séduction et contrainte.
Leda e il cigno, 1587, réplique romaine d'un original hellénistique, marbre
Contrairement à d'autres versions plus idéalisées, cette interprétation se distingue par son caractère sensuel et ambigu, reflétant une approche plus directe du désir et de la tension entre consentement et soumission.
Constantin Brancusi (1876-1957) : Léda, 1920, bronze poli, coulé par Susse Fondeur, Paris
La sculpture de Constantin Brancusi revisite le mythe antique de Léda et le cygne à travers une approche minimaliste et abstraite, caractéristique de son langage sculptural. (cf notre billet du 11 mai 2024)
Cy Twombly (1928-2011) : Leda and The Swan, 1963, huile, mine de plomb et crayon sur toile (cf. notre billet du 9 avril 2017)
Jacqueline de Jong (1939-2024) : No Narrative, 2022, huile en stick sur papier canvas
Nina Childress (née en 1961) : Sex mit Schwan, 2009, huile sur toile
d'après Léonard de Vinci (1452-1519) : Léda et le Cygne, vers 1671, sanguine
Paul Véronèse (1528-1588) : Léda et le cygne, vers 1580, huile sur toile
Gustave Moreau : Léda, non daté, huile sur toile
Birgit Jürgenssen (1949-2003) : Nest [Nid], 1979, photographie noir et blanc sur papier baryté
Sarah Lucas (née en 1962) : Chicken Knickers, 1997, C-print
Ana Mendieta (1948-1985) : Blood and Feathers [Sang et Plumes], 1974, photographie
Rebecca Horn (1944-2024) : Die Kleine Siren [La Petite Sirène], 1990, plumes, moteur et tige métallique
Les métamorphoses d'Arachné
Tisseuse patiente, mère vigilante ou présence inquiétante tapie dans l'ombre, l'araignée incarne des forces contraires : création et destruction, protection et menace, habileté et malédiction. Depuis des siècles, les artistes s'emparent de son image pour explorer sa polysémie, entre mythes anciens et visions intimes. Dans l'imaginaire psychanalytique, elle incarne des forces archaïques. À la fois protectrice et dévorante, elle tisse des liens étroits avec l'inconscient : angoisse de castration ou toute-puissance maternelle capable d'étouffer l'individu dans sa toile affective.
Louise Bourgeois (1911-2010) : Spider, 1994, bronze, patine brune et au nitrate d'argent, granit
Spider est l'une des œuvres les plus emblématiques de Louise Bourgeois. Cette sculpture monumentale représente une araignée aux longues pattes élancées, abritant sous son abdomen un œuf en granit. À la fois protectrice et inquiétante, elle incarne l'ambivalence de la figure maternelle, thème central dans l'œuvre de l'artiste et hommage répété à sa mère, tisserande de métier, qui, comme l'araignée, réparait, protégeait et créait. Par sa dimension, Spider oscille entre bienveillance et menace, refuge et danger, explorant la complexité des liens maternels et des souvenirs d'enfance.
Elizabeth Jaeger (née en 1988) : Beetles, 2024, céramique et cuivre
Gustave Doré (1832-1883) : Virgile et Dante regardant la femme araignée, illustration de ''La Divine Comédie"
Odilon Redon (1840-1916) : L'Araignée souriante, 1887, lithographie (Fac-similé)
Alexander Calder : Araignée, 1947, fil de fer
Un bel ensemble de sculptures de Germaine Richier (1902-1959) (cf. notre billet du 6 mai 2023) :
La Mante (grande), 1946, bronze
Le Crapaud, 1940, bronze
La Fourmi, 1953, bronze
Le Griffu, 1951-1952, bronze
La Sauterelle (grande), 1955-1956, bronze
L'Araignée I, 1946, bronze, socle en bois
À la fin de l'exposition, dans la dernière pièce avant la sortie : Renaître
Pendant longtemps, l'humanité s'est considérée comme une espèce à part, une exception du règne animal. Pourtant, on sait désormais qu'il est un être vivant comme les autres, ni au-dessus, ni en dessous, mais à côté, coexistant avec ses congénères non humains. Nous partageons une communauté de destins, du seul fait que nous partageons la même terre; les actions de chacun ayant des conséquences pour les autres. Le temps est venu de repenser notre relation aux non- humains, de les regarder comme des sujets plutôt qu'en tant qu'objets. Quand Descartes définit l'humain par cette formule, « Je pense, donc je suis », Derrida répond: « L'animal que donc je suis. »
Kiki Smith (née en 1954) : Born, 2002, bronze
Une biche donne naissance à une femme adulte.
Kubra Khademi (née en 1989) : Sans titre (Série Birth Giving), 2020, gouache sur papier
La Louve de Rome allaitant Romulus et Remus, vers 1585-1600, marbre rouge antique, marbre blanc
Necla Rüzgar (née en 1972) : Innerfauna l, 2015, huile et acrylique sur toile
Les Bateaux de l'Aber Benoît - 1930 à 1965
Cette année, l'exposition "déambulatoire" organisée chaque année à Saint-Pabu, lieu de villégiature de l'auteur, porte sur les bateaux de l'Aber Benoît. Nous ne manquerons pas, comme chaque année, d'en effectuer le parcours pour nos fidèles lecteurs. (voir, parmi les dernières, nos billets du 20 juillet 2024 et du 16 juillet 2022.)
À travers 13 clichés pris entre 1930 à 1965, elle vise à évoquer la variété des bateaux navigant sur l'aber ; tantôt bateaux de travail des goémoniers et pêcheurs, tantôt bateaux de loisirs, qui se retrouvaient lors des régates annuelles d'août.
Gilles Cochevelou, collecteur et collectionneur de photos anciennes, ouvre ses albums, complétés de clichés d'Emile Le Stir versés aux archives départementales du Finistère.
Les clichés sont affichés le long et aux abords du GR34, qui traverse le bourg en longeant l'Aber, et une carte permet d'en trouver l'emplacement.
1 - L'aventure - 1960 : construit en 1948 à Saint-Pabu, le bateau goémonier « L'Aventure » d'Yves Pallier du Reut, sur la plage de Korn ar Gazel.
2 - Goliath - 1930 : un hydravion Goliath de la base de Berre l'Étang attire les curieux à Korn ar Gazel. Peut-être un lien avec l’ancienne base d’hydravions de « l’île aux Américains » à l’Aber Wrac’h
3 - Régates - 1965 : au mois d’août, régate annuelle sur l’aber des cotres de l'Aber Benoît et dériveurs de type vaurien, sous le regard du public nombreux assis sur la dune
4 - Fu-Yuan - 1935 : le « Fu-Yuan » de Robert La Folie, devant l'« Eugénie » de Charles Clavier, tous les deux de Kervigorn.
Nous avions évoqué le Fu-Yuan dans notre billet du 24 avril 2012, lorsqu'il était échoué sur la grève de Porz-Ar-Vilin (photo).
5 - Erik - 1955 : l'« Erik » des frères Le Tac de Kervigorn, construit en 1925 aux chantiers Perhirin à l'Aber Wrac'h. Ces chantiers se sont inspirés du dessin de la coque de ce bateau pour construire d’autres cotres dont le Barracuda, le Thu-Haï, le Musembo, le Wanka : certains naviguent encore aujourd’hui sur l’aber en été
6 - Moussaillon - 1933 : régates de l’été : le « Moussaillon » d'Etienne Falhun habitant alors Brest (et qui achètera ensuite une villa qui deviendra l’hôtel des pins à Kervigorn), vainqueur dans la catégorie « prix des villas ». Dans l'annexe, Joseph Pallier du Passage
7 - Sabliers - 1952 : Sortie de l'Aber Benoît, à marée descendante, des sabliers (« Fleur de mai », « Dieu protège », « Fleur de Lampaul ») de Lampaul-Plouarzel pour une livraison de sable à Brest
8 - Les cinq sœurs - 1935 : régates : Eugène Cloarec du Passage sème ses concurrents à la barre du goémonier « les cinq sœurs » lors d'une régate, après avoir modifié son gréement pour l’occasion
9 - Marie - 1930 : au Passage, François Coum de Pen al Liorou à bord de son bateau de pêche « Marie », prénom de son épouse Marie Omnès
10 - Reder Mor – 1949 : en breton « Coureurs des mers » : quand les bateaux des professionnels Pallier, Le Goff et Amil côtoient les bateaux de plaisance sur la même plage
Placardée auprès de cette photo sur le mur du bureau du port du Stellac'h, un vestige de l'exposition de 2019 consacrée au peintre Jean-Yves André (voir notre billet du 20 juillet 2019)
11 - Stereden Vor - 1949 : construit en 1944 à Saint-Pabu, le bateau goémonier « Stereden Vor » (Étoile de mer en breton) de François Laot de Landegarou au mouillage à Porz ar Vilin
Devant le lavoir du bourg (dit aussi lavoir Saint Maudez)
12 - Attente - 1950 : assis dans un bateau de plaisance, François Laot de Kerguinou attend avec ses chevaux et sa charrette le retour du bateau goémonier sur la grève de Porz ar Vilin
Et pour terminer le parcours, sur la place principale (Teven Ar Reut), ornée par une fontaine où trône une reproduction de la balise du Chien qui marque l'entrée dans l'Aber Benoît :
13 - Divora - 1930 : « Divora » ou l’action de décharger la marée en breton : à Ganaoc, le goémon est transbordé du bateau sur la charrette par Jean L'Hostis, de Kervasdoue, sous l'œil de sa femme Marie Pérès, qui attend pour remonter la charrette pleine sur Tevenn Ganaoc (la dune de Ganaoc), où le goémon sera séché puis brûlé pour le transformer en pains de soude
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