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Calder - Rêver en équilibre (I/II)

27 Juin 2026 , Rédigé par japprendslechinois

Du 15 avril au 16 août 2026, la Fondation Louis Vuitton célèbre le centenaire de l’arrivée d’Alexander Calder (1898-1976) en France en 1926 ainsi que les cinquante ans de sa disparition, avec une rétrospective qui aborde toutes les dimensions de son œuvre. L’exposition « Calder. Rêver en équilibre.» couvre un demi-siècle de création, de la fin des années 1920 et les premières représentations du Cirque Calder qui captivent les avant-gardes parisiennes, à ses sculptures monumentales qui redéfinissent l’idée d’art public dans les années 1960 et 1970.
L’exposition, l’une des plus importantes à ce jour consacrées à Alexander Calder, a été conçue en étroite collaboration avec la Calder Foundation, qui en est le principal prêteur. Elle bénéficie également de prêts d’institutions internationales et de collectionneurs privés de premier ordre, regroupant ainsi près de 300 œuvres : des mobiles et stabiles – pour emprunter à la terminologie caldérienne pour désigner les abstractions cinétiques et statiques – mais également des portraits réalisés à partir de fil de fer, des figures sculptées en bois, des peintures, des dessins et même des bijoux, conçus comme de véritables sculptures. On y trouve aussi de nombreuses œuvres de contemporains et amis de Calder qui ponctuent le  parcours et s'inscrivent dans ce qui célèbre des anniversaires de la vie de cet artiste américain dont le parcours est si lié à la France.

Galerie 1 Les années de formation

« Je n’ai pas été élevé, j’ai été encadré » s’amusait Alexander Calder au sujet de son enfance. Né en 1898 d’un peintre sculpteur et d’une mère peintre, petit-fils de sculpteur, Calder évolue depuis sa naissance dans un environnement artistique où sa créativité et son habileté manuelle sont favorisées. Continuant la tradition familiale, il opte pour la voie artistique et s’inscrit à l’Art Students League à New York en 1923 où pendant deux années, il se forme à la peinture, le dessin et la gravure. La métropole et son rythme le fascinent. Une de ses premières réalisations artistiques est l’illustration de reportages pour un journal populaire sur les événements sportifs et le cirque Ringling Bros. and Barnum & Bailey. Le monde du cirque devient un thème récurrent dans son travail. En 1926, peu après la publication d’Animal Sketching, un manuel de dessin animalier, il part pour Paris.

À l'entrée, un mobile installé par Calder à l'Instituto de Arquitetos do Brasil de Sao Paolo :

Black Widow, 1948, feuille de métal, fil de fer et peinture, 325,1 x 251,5 cm

Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Animal Sketching [Dessins d'animaux], 1925, encres sur papier
En 1925, alors qu'il était encore inscrit à l'Art Students League, Calder réalise des centaines de croquis d'animaux dans les zoos du Bronx et de Central Park. L'année suivante, 141 d'entre eux sont publiés dans un recueil intitulé Animal Sketching (Dessins d'animaux).
Untitled (Roosters) [Sans titre (coqs)] dans Animal Sketching
Dog, 1909, feuille de laiton
Duck, 1909, feuille de laiton
À Noël 1909, Calder, alors âgé de onze ans, offre à ses parents deux petites sculptures, Dog et Duck, découpées dans une feuille de laiton pliée pour lui donner forme.

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Todd Shipyard, vers 1925, huile sur toile
Six Day Bike Race, 1924, huile sur toile
Fourteenth Street, 1925, huile sur toile
En 1923, Calder entre à l'Art Students League pour étudier la peinture, le dessin, la lithographie. L'école d'art new-yorkaise est réputée pour la liberté de son enseignement. Le jeune artiste y fréquente notamment les ateliers de John Sloan (1871-1951) et George Luks (1867-1933), représentants de l'Ash Can School. D'une génération antérieure à celle de Calder et encore distants des avant-gardes modernes comme le cubisme, ces peintres sont connus pour leur veine réaliste et leur touche vive qui décrit la vie quotidienne des grandes villes. Si Calder réalise plusieurs portraits,  natures mortes ou paysages durant ses études, le spectacle de la vie moderne, son mouvement, ses lumières, sa foule, ses machines sont les sujets de plusieurs tableaux.

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Circus Scene, 1926, gouache sur toile
The Flying Trapeze, 1925, huile sur toile
Alors qu'il achève ses études à l'Art Students League, Calder réalise plusieurs reportages pour le National Police Gazette, un magazine illustré spécialisé dans le sport et les loisirs. Parmi ses sujets pour la revue, outre les évènements sportifs et théâtraux, le cirque Ringling Bros. and Barnum & Bailey Circus est l'un de ses favoris.
Seeing the Circus with "Sandy" Calder, National Police Gazette, 1925, illustration de journal

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Wire Sculpture by Calder, 1928, fil de fer
The Brass Family, 1929, fil de laiton et bois peint
Au début de l'année 1929, Calder annonce une nouvelle dimension et un nouveau degré d'abstraction dans ses sculptures en fil de fer : the Brass Family marque un nouvel aboutissement de sa technique et témoigne de sa capacité à retranscrire le contraste entre l'ancrage et la légèreté. Cette pyramide humaine est composée de sept acrobates de tailles différentes, inspirés de l'univers du Cirque.

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Première œuvre en contrepoint : 
 Vassily Kandinski (1866-1944) : Betonte Ecken [Angles accentués], 1922-1923, huile sur toile
Lorsqu'il peint cette œuvre, Kandisky vit et travaille à Weimar, en Allemagne, où il enseigne au Bauhaus à l'invitation de Walter Gropius. Le flux dynamique qui guide le regard du spectateur à travers la toile fait écho à la vitalité et au mouvement présents dans le Cirque Calder (1926-1931), où l'énergie et le mouvement deviennent également des forces expressives centrales.
Kandinsky s'installe à Paris en décembre 1933, plusieurs mois après le départ de Calder, début juillet. Les deux artistes furent liés indirectement par des réseaux communs et des expositions collectives, mais il n'existe aucune preuve concrète d'une rencontre directe ou d'une amitié personnelle entre eux.

Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Galerie 2 Le Cirque Calder

Dès son arrivée à Paris en 1926, Calder s’est attelé à la fabrication d’un cirque miniature, il l’enrichira de nouveaux numéros jusqu’en 1931. Selon lui « il y a environ 20 numéros, avec un entracte, et des cacahuètes, et la musique exotique du gramophone, dirigé par ma femme, qui est un superbe chef d’orchestre et avec les bruits d’un tambour, des cymbales, un tuyau en carton pour faire rugir le lion ». Dans la galerie 3 du bâtiment de la Fondation en sont projetés des témoignages filmés, dont notamment le film réalisé par  Carlos Vilardebó en 1961.
Le Cirque Calder est l’une des premières occurrences de la performance en tant qu’art. Chaque présentation mettait en scène une série unique d’interactions entre Calder, ses accessoires et le public. À la croisée entre la sculpture et le théâtre, en amont de ce qu’on appellera plus tard le happening ou la performance, écho des cabarets Dada et contemporain des numéros de music-hall de Montparnasse, le Cirque Calder n’entre dans aucune catégorie. À partir de 1930, ce spectacle désormais au centre des attentions de l’avant-garde ravit notamment Fernand Léger, Le Corbusier, Marcel Duchamp, Joan Miró, Théo Van Doesburg, Jean Hélion, Piet Mondrian… Conjuguant effet d’échelle, inventivité formelle et technique, interaction, mouvement, il est la matrice d’une œuvre à venir.

Monsieur Loyal
Three Trapeze Artists, Two Acrobats, Rigoulot, the Strong Man, Man on Stilts, Man with Conical Hat, Sword Swallower, Cow (steer), Miss Tamara, the Dachshund, Circus Ring, Poles, and Trapeze
Two Acrobats, Catapults and Platform structure
Three Tightrope Artists

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Cyclist with Checkersboard
Exotic Dancer and Spear Thrower, the Sultan of Senegambia
Stretcher Bearers
Lion Tamer with Lion, Cage, and Horn

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Charioteer: White Horses - Cahrioteer: Black Horses
Black Woman, Pegasus, Dog, and Birdhouse with Birds
Cowgirl, Cowboy, and Cowboy on Horse - Horse and Rider - Torrero
Prima Donna, Woman with Bow, and Horse

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Seals, Clown, Camel, Cow, Horse, Kangaroo
Camel
Four Clothespin Ladies with Sign "The Four Seasons" and Man on Horse with American Flag
Elephant and Trainer, Bearded Lady, and Little Clown, the Trumpeteer

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Five Suitcases containing Man with Blue Hat, Noisemakers, Records, Tools, and Miscellaneous Objects
Fanni, the Belly Dancer
Circus Scene, 1929, fil de fer, bois et peinture
Helen Wills II, 1928, fil de fer et bois
Ball Player, vers 1927, fil de fer et bois

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Le roi du fil de fer

Au milieu des années 1920, simultanément au Cirque, Calder réalise des sculptures en fil de fer, donnant alors une unité inédite à son œuvre. Son utilisation de ce matériau pour omettre la masse de la sculpture est inédite dans les années 1920 et la critique a du mal à classer ces objets comme artistiques. Le premier de ce qu’il nomme ses « dessins en lignes tridimensionnels » représente la danseuse Joséphine Baker. Connu à Montparnasse comme « The King of Wire » (le roi du fil de fer), il multiplie les figures allant de celles d’acrobates et de sportifs à des portraits d’une ressemblance frappante. Au-delà de sa dextérité manuelle et de la perspicacité de son observation, cette technique propulse sa ligne dans l’espace, faisant du dessin une technique aux dimensions multiples. Souple et léger, son matériau lui permet d’accueillir les mouvements accidentels au sein de sa sculpture.

Aztec Josephine Baker, 1930, fil de fer
Josephine Baker IV, vers 1928, fil de fer
En 1926, Joséphine Baker devient le sujet de l'une des premières sculptures en fil de fer de Calder, et l'artiste crée par la suite quatre autres représentations de la danseuse, dont deux sont exposées ici.  Aztec Josephine Baker est la plus tardive de cette série et convoque un autre intérêt du sculpteur : les arts précolombiens.

Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Goldfish Bowl, 1929, fil de fer
Goldfish Bowl est la première sculpture mécanisée de Calder réalisée en fil de fer. Elle fut créée pour sa mère, la peintre Nanette Lederer Calder, et offerte en cadeau de Noël. Dans cette œuvre, il conçut un mécanisme à manivelle pour actionner les deux poissons, qui « nagent » avec souplesse.
Spring (Printemps), 1928, fil de fer et bois
En 1928, Calder réalise trois grandes sculptures d'acier dont la taille et le sujet font référence à l'art classique. Romulus et Remus, Hercules et le Lion et Spring. Avec sa fleur, cette silhouette féminine tout en fil de fer, mais à l'élan tout botticellien, est une immense allégorie moderne du printemps.
Hi!, vers 1928, fil de fer, bois et peinture
Acrobats, vers 1927, fil de fer et bois

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Fernand Léger, 1930, fil de fer
Medusa, vers 1930, fil de fer
Kiki de Montparnasse II, 1930, fil de fer
Le visage d'Alice Prin (1901-1953), dite Kiki de Montparnasse, incarne l'ébullition festive et artistique du Paris des années folles. Partie prenante de ce foyer, Calder réalise trois portraits en fil de fer de cette actrice, peintre, chanteuse, égérie et modèle (pour Man Ray ou Léonard Foujita).

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

En contrepoint, dans cette salle, cinq tableaux :
Fernand Léger (1881-1955) : Composition à la toupie, 1930, huile sur toile 
En octobre 1930, sur les conseils de l'architecte viennois Frederick Kiesler, Calder invite Fernand Léger, Le Corbusier, Piet Mondrian, Theo van Doesburg et Karl Einstein à assister à une représentation de son Cirque Calder. Ce sera le début d'une étroite amitié avec Léger, fondée sur des préoccupations artistiques communes, en particulier un intérêt pour le mouvement, le rythme et l'animation des formes. Cette peinture était l'une des douze œuvres de Léger que comptait la collection de Calder.
Pablo Picasso (1881-1973) : Acrobate, Paris, 19 janvier 1930, huile sur contreplaqué
Pablo Picasso rencontre Alexander Calder à Paris le 27 avril 1931 lorsque l'artiste plus âgé arrive peu avant le vernissage de l'exposition ou Calder présente ses premières sculptures non figuratives. Si les deux artistes, étrangers à Paris, appartiennent à des générations différentes, on leur compte de nombreux intérêts communs, dont l'univers du cirque.
Paul Klee (1879-1940) :
Or the Mocked Mocker, 1930, huile sur toile
Diana, 1930, huile sur toile
Sie beissen an [Ça mord !], 1920, aquarelle et peinture à l'huile sur papier
Il existe un lien profond entre le vocabulaire sculptural de Calder et les formes linéaires de Klee. Les similitudes sont particulièrement évidentes lorsque l'on compare « Or The Mocked Mocker » (1930) de Klee aux sculptures en fil de fer de Calder de la même période, notamment Fernand Léger (1930) et Medusa (c. 1930).

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
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Dans la même salle, des sculptures de Calder de la même époque.

Lioness, 1929, bois
Cow, 1928, bois
Shark Sucker, 1930, bois
Totem Pole, 1929, bois
Elephant, 1930, plâtre

Calder n'a jamais cessé d'utiliser des techniques plus traditionnelles comme la taille directe sur bois qu'il a pratiquée dès le milieu des années 1920. Si le naturalisme est prégnant dans plusieurs œuvres présentées ici, Totem Pole dénote son intérêt pour la sculpture non occidentale et son affinité avec l'œuvre de ses contemporains parisiens dont Jean Arp et Constantin Brancusi.
Totem Pole a été montrée pour la première fois à Berlin en 1929 lors de son exposition « Alexander Calder : Skulpturen aus Holz und aus Draht » (Sculpture de bois et d'acier) à la Galerie Neumann-Nierendorf.

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
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Non figuratif

En octobre 1930, Calder visite l’appartement parisien de Piet Mondrian. Il est profondément marqué par la « simplicité et l’exactitude » de l’atelier du pionnier de l’abstraction : les meubles peints en noir et blanc, le mur recouvert de rectangles de carton colorés destinés à expérimenter des compositions. Décidé à « peindre et travailler dans l’abstrait » il réalise, durant les deux semaines qui suivent, une série de peintures vierges de toute référence figurative. Très vite, sa recherche revient vers la sculpture. En 1931, il dévoile ses nouvelles oeuvres lors de l’exposition à la galerie Percier intitulée « Alexandre Calder : Volumes – Vecteurs – Densités / Dessins – Portraits ». Seul l’usage du fil de fer, véritable trait dans l’espace, les relie à ses travaux précédents. Nulle trace de figure n’y persiste. À l’image de Croisière exposée ici, ses sculptures sont « plastiques pures » comme l’écrit Fernand Léger. Moins d’une année plus tard, l’exposition « Calder : ses mobiles » à la galerie Vignon, organisée par Marcel Duchamp - qui avait suggéré le terme à Calder pour ses objets cinétiques, met en avant des sculptures intégrant le mouvement.

Piet Mondrian (1872-1944) :
Composition in Colours / Composition No. I with Red and Blue, 1931, huile sur toile
Composition with Red, Yellow and Blue, 1927, huile sur toile

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Alexandre Calder : Sans titre, 1930, huile sur toile (trois tableaux de même date sans titre.

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
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Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Six autres huiles sur toile de même date sans titre.

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
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Croisière, 1931, fil de fer, bois et peinture
Croisière figure parmi les premières sculptures abstraites exposées par Calder en avril 1931 à la galerie Percier (Paris) lors de son exposition « Alexandre Calder : Volumes - Vecteurs - Densités - Dessins - Portraits ». « Devant ces nouvelles œuvres transparentes, objectives, exactes, je pense à Satie, Mondrian, Marcel Duchamp, Brancusi, Arp, ces maîtres incontestés du beau inexpressif et silencieux. Calder est de cette ligne-là », écrit Fernand Léger dans le catalogue de l'exposition.
Sans titre, vers 1932, bois, tige, fil de fer, ficelle et peinture
Pantograph, 1931, feuille de métal, bois, fil et peinture, avec moteur

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Small Feathers, 1931, fil de fer, bois, plomb et peinture
Sans titre, 1931, bois, fil de fer, feuille de métal, ficelle et peinture
D'autres mobiles de la même période, et en dernier :
Small Sphere and Heavy Sphere, 1932/1933, fonte, tige, fil de fer, bois, corde, fil, peinture et impedimenta
Small Sphere and Heavy Sphere est le tout premier mobile que Calder a suspendu au plafond, à la recherche d'une nouvelle synthèse de l'expérience visuelle, cinétique et acoustique.
La sphère lourde (rouge) est un objet trouvé en fonte, tandis que la petite sphère (blanche) est en bois. Disposés sur le sol se trouvent des « impedimenta », selon les termes de Calder, soit sept objets réutilisés - une caisse en bois, une boîte de conserve et cinq bouteilles en verre - et un gong qu'il a fabriqué. Il voulait que les spectateurs interviennent et organisent librement ces objets, déléguant ainsi le contrôle de la composition finale. Lorsque la sphère lourde est activée, la petite sphère est propulsée dans une série d'interactions et de frôlements avec les impedimenta.

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
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La dernière salle de la galerie 2, au sous-sol de la fondation, est consacrée à l'année 1933.

1933  – Un tournant dans l’art et l’histoire


En 1933, l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne et un vent d’inquiétude en Europe participent au départ de Calder et de son épouse Louisa pour les États-Unis. En mai 1933, la dernière exposition monographique de Calder à Paris avant son départ (à la galerie Pierre Colle) révèle les nouvelles directions présentes dans son œuvre abstraite : usage de matières brutes, utilisation d’éléments naturels, objets trouvés, intégration du hasard, du son et place donnée au spectateur. Certaines de ses œuvres reflètent une sensibilité qui sera plus tard qualifiée de biomorphique, perceptible chez plusieurs de ses contemporains, qu’ils soient à la recherche d’un renouvellement du vocabulaire géométrique ou qu’ils se rapprochent de la nébuleuse surréaliste.

Sans titre, 1933, bois, corde et peinture
Cône d'ébène, 1933, bois, fil de fer, tige et peinture
Sans titre, 1933, corde, bois et peinture

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Machine motorisée, 1933, bois, corde et peinture, avec moteur
Requin et Baleine, 1933, bois et bois exotique peint
L'attraction presque magique exercée par cet objet lui vaudra d'être exposé dans l'« International Exhibition of Surrealism » organisée par Roland Penrose en 1936 à Londres.
Sans titre, 1933, bois
The Planet, 1933, encre sur papier

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Beaucoup d'œuvres de contexte dans cette salle. Des sculptures :

Jean Arp (1886-1966) :
Menschliche Konkretion ohne Schale, 1933, bronze
Muschel und Kopf (Tête er Coquille), 1933, bronze
Barbara Hepworth (1903-1975) : Two Forms, 1933, albâtre sur socle en pierre calcaire
Le séjour de Barbara Hepworth à Paris en avril 1933 l'encourage à explorer de nouvelles voies : elle y rencontre Brancusi, côtoie les Surréalistes et visite l'atelier d'Arp à Meudon.

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

et des peintures :

Fernand Léger : Les Perroquets (Les Acrobates), 1933, huile sur toile
Joan Miró (1893-1983) : Sans titre, 1933, huile sur toile
Calder et Miró se rencontrent en 1928, lorsque l'artiste américain visite l'atelier de l'Espagnol à Montmartre. Peu après, Miró assiste à une représentation du Cirque Calder dans l'atelier de celui-ci, rue Cels. Bien que leur art ait suivi des trajectoires distinctes, les deux hommes nouèrent une étroite amitié. Ce tableau, offert par Miró à Calder le 24 juin 1933 en guise de cadeau de départ témoigne de leur lien.
Jean Hélion (1904-1987) : Sans titre, 1933, huile sur toile
Calder devient un ami proche d'Hélion pendant ses premières années dans le Paris avant-gardiste, et il accompagnera même Calder et sa femme, Louisa, lorsqu'ils retournèrent aux États-Unis au début juillet 1933. Ce tableau fut acquis par Calder en échange d'un mobile de 1933 de cette salle.

Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)
Calder - Rêver en équilibre (I/II)

Nous poursuivrons dans un prochain billet le parcours de cette exposition.

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Martin Schongauer - Le bel immortel

20 Juin 2026 , Rédigé par japprendslechinois

Revenons dans ce billet aux expositions parisiennes, sans toutefois, en lien avec notre dernier billet, perdre le fil de l'art sacré.

Le musée du Louvre consacre une grande exposition à Martin Schongauer (Colmar, vers 1445 – Vieux-Brisach, 1491), surnommé le « beau Martin » par Albrecht Dürer, peintre, dessinateur et graveur virtuose, un des artistes les plus importants et les plus populaires de la fin du Moyen Âge mais qui est peu connu au delà du cercle des spécialistes et des amateurs.

L’exposition retrace la vie et l’œuvre de Martin Schongauer, mais elle traite aussi, à travers de nombreuses autres œuvres, de la profonde empreinte que ses gravures ont eu à travers l'Europe.

Elle bénéficie du soutien exceptionnel du Musée Unterlinden de Colmar, et du Conseil de Fabrique de la Collégiale Saint-Martin de Colmar, la ville natale de l'artiste.

Section 1. Martin Schongauer, l'artiste parfait

Martin Schongauer est issu d’une famille d’orfèvres originaire d’Augsbourg. Son père s’établit vers 1440 à Colmar. Il y devient membre de la corporation des orfèvres en 1445. Ses frères – Caspar, Jörg et Paul, orfèvres, et Ludwig, peintre –, acteurs d’un réseau informel, s’installent au gré des commandes dans plusieurs villes du Saint Empire romain germanique, Strasbourg, Bâle, Ulm et Leipzig.

L'Encensoir, vers 1470-1475, gravure au burin

Martin Schongauer - Le bel immortel

Saint Georges combattant le dragon, vers 1470-1475, gravures au burin.
À gauche, par Martin Schongauer, à droite par un graveur anonyme, dit Maître ES, né vers 1420 et mort vers 1468, actif dans la région du Rhin supérieur. Ce nom de convention lui a été attribué par les historiens d'art à cause du monogramme « E. S. » qui apparaît sur dix-huit de ses gravures.
Martin Schongauer s'inspire ici de l'estampe conçue quelques années auparavant par le Maître ES. Dans un espace circulaire plus restreint, il dynamise sa composition. Les trois plans successifs de son prédécesseur - combat, princesse, ville fortifiée - ne forment plus qu'une scène.
La Crucifixion aux quatre anges, vers 1470-1475, gravure au burin
Le Christ en croix entre la Vierge et saint Jean, vers 1470-1475, gravure au burin
Martin Schongauer reprend les figures des anges recueillant le sang du Christ sur sa Croix, de saint Jean et de la Vierge de la Crucifixion du Maître ES présentée à droite. Il donne un décor à la scène biblique qu'il inscrit au cœur des collines sous-vosgiennes, où se devine la ville fortifiée de Colmar. À la douleur intense de Marie fait face l'étrange interrogation que nous adresse saint Jean. L'apparition du cavalier s'apprêtant à entrer dans la forêt au second plan vient rompre cette tension.

Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel

Le Christ du Jugement dernier, 1469 ?, plume et encre brune
Martin Schongauer a pris comme référence le Christ du Retable du Jugement dernier peint par Rogier van der Weyden pour l'hôtel-Dieu de Beaune.
Le Christ bénissant, vers1469 ?, plume et encres noire et brune
Ce Christ bénissant est très proche de celui du Triptyque de la famille Braque de Rogier van der Weyden. Schongauer a pu voir des dessins montrant l'influence du maître, qui circulaient à Nuremberg (Allemagne). Mais sa compréhension profonde de l'art de Van der Weyden laisse penser qu'il s'est rendu dans les Pays-Bas méridionaux vers la fin des années 1460 et a pu avoir accès à des dessins provenant de l'atelier du peintre, l'un d'entre eux lui ayant ici servi de modèle.
Rogier van der Weyden (Tournai, 1399 ou 1400 - Bruxelles, 1464) : Triptyque de la famille Braque, vers 1452, huile sur bois
Ce petit triptyque de dévotion privée  a été peint pour Jean Braque (mort en 1452) et son épouse Catherine de Brabant, un couple de Tournai (Belgique). La composition est centrée sur le Christ bénissant et sur son rôle de rédempteur. Il règne sur le monde entier, symbolisé par le paysage. Celui-ci  s'étend en profondeur et sans interruption sur tout l'arrière-plan, reliant entre eux les personnages en buste. Ces innovations s'ajoutent à une qualité d'exécution picturale exceptionnelle.

Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel

Trois petits tableaux du jeune Martin Schongauer :

Vierge à l'Enfant à la fenêtre, vers 1475, huile sur bois (tilleul)
La Sainte Famille, vers 1470-1475, huile sur bois (tilleul)
La petite taille de cette peinture, propre à la dévotion mariale privée,  obligeait le fidèle à s'en approcher et certainement à la tenir en main. Il pouvait voir le détail des végétaux ou la fleur qui chatouille la paume de l'Enfant Jésus, et être ému par la complicité entre la Mère et son Fils.
L'Adoration des bergers, vers 1475, huile sur bois (chêne)
S'inspirant de modèles des grands peintres d'Italie ou des Pays-Bas méridionaux, Schongauer réunit, en une même scène, trois sujets : la Nativité, la Sainte Famille et l'Adoration des bergers.

Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel

Un des chefs-d'œuvre de Martin Schongauer :

 Retable de saint Barthélemy et de sainte Marie-Madeleine, vers 1470, huile sur bois (tilleul)

Les faces externes des volets du retable représentent saint Barthélemy tenant le couteau de son martyre et sainte Marie-Madeleine présentant un pot de parfum.
Pour le panneau central, Schongauer s’inspire pour la scène en haut à droite du récit du massacre des Innocents relaté dans les Evangiles. Les trois autres scènes trouvent leur source dans l’incunable intitulé Der Heiligen Leben (La Vie des Saints), livre imprimé et publié à Augsbourg en 1471-1472, augmenté du texte de la Vie des Dix Mille. Dans ce dernier, les chevaliers convertis au christianisme, menés par l’officier Acace, sont frappés à mort ou crucifiés par ordre de l’empereur romain Hadrien. 

Longtemps attribué à l'entourage de Schongauer, ce retable est aujourd'hui considéré de la main du maître. L'œuvre montre en effet des similitudes techniques et des rapprochements formels indéniables avec le Retable d'Orlier, également présenté dans l'exposition.

 

Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel

Un autre chef-d'œuvre : 

Retable d'Orlier, vers 1475, huile sur bois (tilleul)

Faces externes des volets du retable : L'Annonciation
Faces internes des volets du retable : Saint Antoine avec à ses pieds Jean d'Orlier et La Nativité

Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel

Deux des panneaux subsistants du Retable des Dominicains, vers 1475-1480, huile et tempera sur bois de résineux :
Noli me tangere
L'Incrédulité de saint Thomas

Les deux figures du Christ se ressemblent, pourtant seul le Christ qui dialogue avec Thomas est de la main de Martin, l'autre étant l'œuvre d'un peintre de son atelier.

Martin Schongauer - Le bel immortel

Une dernière œuvre peinte de Martin, sachant que l'exposition présente la quasi-totalité de ce qui subsiste de sa peinture :

La Vierge au buisson de roses, 1473, huile et tempera sur bois de résineux

Plus grand à l'origine, ce panneau a été réduit sur ses quatre côtés au 18e siècle. L'encadrement disparu portait peut-être la signature de Schongauer. L'inscription « 1473», au revers, en fait l'unique œuvre datée du maître connue à ce jour.

Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel

La fin de cette première section de l'exposition est consacrée à l'estampe.

En fonction des historiens d’art, le nombre d’estampes attribuées à Martin Schongauer, portant le monogramme « MS », varie de cent-douze à cent- seize. Au maître revient la conception du dessin ; il procède au travail de gravure en creux, d’encrage et d’impression avec les graveurs de l’atelier. La variété des sujets – religieux, profanes, naturalistes, fantastiques – et l’introduction de thèmes novateurs permettent au graveur de trouver une clientèle variée, séduite par la qualité de son art et sa virtuosité. Dans ses estampes se mêlent maîtrise technique, fluidité de la ligne et subtilité des dégradés de noir et de blanc. Artiste érudit et lettré, Martin Schongauer s’inspire pour son iconographie de textes illustrés, tels Der Heiligen Leben (La Légende des saints) et le Spiegel menschlicher Behältnis (Miroir du Salut humain), incunables publiés en allemand à Augsbourg, au début des années 1470.

Cinquième vierge sage, quatrième et cinquième vierges folles, vers 1470-1475, gravure au burin
Ces jeunes femmes servent de prétexte à Schongauer pour imaginer des arrangements de coiffure, des superpositions de vêtements, ou des détails de parures telles une dague, une bourse ou des sur-chaussures.

Martin Schongauer - Le bel immortel

L'Annonciation : l'archange Gabriel, la Vierge, gravures au burin, vers 1470-1475
Une quarantaine d'épreuves de chacune de ces deux gravures sont encore conservées sur les centaines d'exemplaires tirés par Schongauer et son atelier. Les figures semblent monumentales et le décor est limité à la ligne du sol et aux ombres portées des silhouettes. La scène diffère d'une autre représentation de l'Annonciation par Schongauer, plus pittoresque et animée, où l'archange surprend la Vierge agenouillée sur un tapis aux plis désordonnés.
La Vierge à l'Enfant couronnée par deux anges, entre 1469 et 1473, gravure au burin
Schongauer la représente ici conformément à la vision de Jean dans l'Apocalypse, dernier livre du Nouveau Testament. Il y décrit une femme couronnée d'étoiles, entourée des rayons du soleil, la lune sous ses pieds. L'exécution de cette gravure est attestée dès 1469 et jusqu'en 1473, comme le prouve la datation du papier connue par ses filigranes.

Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel

De gauche à droite et de haut en bas :

Saint Barthélémy, Saint Matthieu, Saint Pierre, Saint Paul, Saint Jean, Saint Thomas, Saint Simon, Saint Jacques le Mineur, Saint André, Saint Jacques le Majeur, Saint Jude-Thaddée, saint Philippe.

Le lecteur les aura reconnus de lui-même, étant représentés avec leur symbole ou l'instrument de leur martyre...

Martin Schongauer - Le bel immortel

Le Départ pour le marché, vers 1470-1475, gravure au burin
Schongauer illustre ici une scène de vie quotidienne : une famille, en chemin pour le marché de Colmar, transportant volailles, œufs et raves. La route longe la Feldkirch, petite église de campagne aux abords du village de Wettolsheim.
Rinceau à la chouette chevêche, vers 1470-1475, gravure au burin
Au cœur des éléments végétaux entrelacés se cachent trois oiseaux imaginaires aux attitudes agressives. Ils contrastent avec les deux petits passereaux et surtout avec la chouette chevêche s'apprêtant à manger un de ces volatiles, dans une scène parfaitement étudiée.
Martin Schongauer a gravé neuf rinceaux, dont celui-ci, s'inspirant de gravures du Maître ES, lesquelles servaient de modèles aux orfèvres et aux sculpteurs.
Une Vierge folle en buste, vers 1470-1475, gravure au burin
Cette jeune femme sensuelle, à la chevelure savamment décoiffée, le corsage soulignant sa poitrine, regarde le spectateur. Seule sa lampe à huile renversée fait référence aux vierges folles de la parabole des vierges sages et folles de l'Évangile selon Matthieu.
L'Adoration des mages, avant 1475, gravure au burin

Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel

Le Griffon, vers 1470-1475, gravure au burin
Cet être imaginaire, produit de l'étonnante hybridation d'un aigle, d'un coq et d'un taureau, s'éloigne du griffon antique où l'aigle est associé au lion.
Les Cochons, vers 1470-1475, gravure au burin
Schongauer témoigne ici de son sens aigu de l'observation. Les caractéristiques de l'animal - oreilles droites, sabots fendus constitués de deux orteils et deux ergots, défenses du mâle - sont précisément dessinées.
L'Éléphant, vers 1483 ?, gravure au burin
Cet éléphant s'inspire d'une gravure sur bois, illustrant l'un des textes les plus diffusés à la fin du Moyen Âge : le Spiegel menschlicher Behältnis [Miroir du comportement humain]. L'artiste reproduit le pachyderme, son harnachement royal et les soldats en armes combattus par Éléazar le Macchabéen dans un épisode biblique.

En conclusion de cette première section deux saints :

Saint Martin et Saint Michel , vers 1470-1475, gravures au burin
La comparaison entre les deux saints présentés côte à côte met en évidence des traitements formels différents et des manières distinctes de graver le cuivre. Elles prouvent de nouveau que plusieurs graveurs travaillaient sous l'autorité de Martin Schongauer.

Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel
Martin Schongauer - Le bel immortel
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Section II : À l’épreuve du temps et de l’espace

De son vivant déjà, Martin Schongauer est apprécié et loué non seulement par ses compatriotes mais également par les amateurs et les artistes de toutes les régions qui forment l’Europe d’aujourd’hui. En 1505, l’humaniste alsacien Jacob Wimpheling fait l’éloge du peintre et assure que ses œuvres peintes étaient envoyées dans de nombreuses parties du monde. Peu de tableaux de la main du Colmarien étant parvenus jusqu’à nous, cette assertion est difficile à vérifier.
Ses estampes en revanche, vouées par nature à être reproduites et multipliées, circulent très largement. Leur diffusion est facilitée par les réseaux familiaux et professionnels de Schongauer, ainsi que par les échanges commerciaux. Près d’un millier d’œuvres sont créées par des graveurs, orfèvres, peintres, sculpteurs, dessinateurs, émailleurs, peintres- erriers ou encore lissiers jusqu’au XVIIe siècle. Elles reprennent une composition ou y empruntent un détail, sont fidèles au modèle ou au contraire en sont une libre interprétation. Elles concourent ainsi à l’immortalité de Martin Schongauer.

Martin Schongauer : La Mort de la Vierge (La Dormition), vers 1470-1475, gravure au burin
Israhel van Meckenem (vers 1445 – 1503) : La Mort de la Vierge (La Dormition), vers 1480-1490 ?, gravure au burin
Dans les décennies suivant sa création, La Mort de la Vierge de Schongauer influence de nombreux artistes, en premier lieu les graveurs, qui diffusent largement la composition du maître colmarien. Quelques détails distinguent l'œuvre d'Israhel van Meckenem de son modèle qu'il a inversé : la Vierge tient le cierge de ses deux mains et la situle contenant l'eau bénite porte l'inscription « NOLA ». Les tailles rectilignes confèrent une certaine raideur à la composition.

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Martin Schongauer : La Fuite en Egypte, vers 1470-1475, gravure au burin
Albrecht Dürer (1471-1528) : La Fuite en Égypte, vers 1504, gravure sur bois
Albrecht Dürer, collectionneur de dessins de Schongauer et connaisseur de ses estampes, montre par de subtils emprunts tout ce qu'il doit au graveur colmarien, né presque vingt-cinq ans avant lui.
 

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Martin Schongauer : Saint Antoine tourmenté par les démons, entre 1469 et 1473, gravure au burin

Martin Bernat (actif à Saragosse, Espagne, vers 1470) : Saint Antoine tourmenté par les démons, volet du Retable de la Vierge de Montserrat de Alfajarín, 1480-1495, huile sur bois
Martin Bernat utilise abondamment les modèles de Martin Schongauer, qu'il a pu connaître par l'intermédiaire de l'imprimeur Paul Hurus, originaire de Constance dans le Rhin supérieur et établi à Saragosse (Espagne) dès 1476.
Cracovie (Pologne) : Sainte Catherine de Sienne tourmentée par les démons, après 1500, tempera sur bois
Centre artistique majeur au tournant du 16e siècle, Cracovie attire des artistes de Nuremberg (Allemagne) qui contribuent certainement à la diffusion des estampes de Schongauer. Le réseau des abbayes dominicaines participe aussi à cette propagation. Sans doute peinte pour le couvent dominicain de Cracovie, cette œuvre, inspirée de l'estampe de Schongauer, substitue Catherine de Sienne à saint Antoine.
Lucas Cranach l'Ancien (1472-1552) : Saint Antoine tourmenté par les démons, 1506, gravure sur bois
Cranach s'appuie sur la gravure au burin de Schongauer et représente la scène dans les airs. Saint Antoine, impassible chez Schongauer, semble ici lâcher prise devant la brutalité de l'attaque.

Martin Schongauer - Le bel immortel
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Une des séries de gravures de Martin Schongauer les plus reproduites est celle de La Passion, série de 12 scènes, vers 1470-1475, gravures au burin.
Le Christ au Mont des Oliviers
L'Arrestation du Christ
Le Christ devant Anne
La Flagellation du Christ
Le Couronnement d'épines
Le Christ devant Pilate
Le Christ présenté au peuple (Ecce Homo)
Le Portement de croix
La Crucifxion
La Mise au tombeau
Le Christ aux limbes
La Résurrection

Martin Schongauer - Le bel immortel
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École champenoise : Le Christ devant Pilate, bois, vers 1530
Scène directement inspirée de la gravure de Schongauer plus haut.

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Triptyque domestique avec l'Homme de douleur, 1484, tilleul (bas-relief), huile sur bois pour les volets.

Ce petit triptyque était destiné à la dévotion privée. L'étroite proximité des scènes peintes sur les volets (La Flagellation, Le Couronnement d'épines)  avec les gravures de Schongauer montre l'influence de son art dès son vivant. Ici, les physionomies sont moins heurtées, les gestes plus retenus, le Christ comme hors d'atteinte des brutalités de ses bourreaux.
Les armes de la famille Neithart d'Ulm pourraient indiquer une production locale. Ludwig Schongauer, bourgeois d'Ulm en 1479, aurait pu y diffuser les estampes de son frère Martin.

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L'Arrestation du Christ, 1598, laine, soie et fils métalliques, marques des lissiers HCV et VG

Cette tapisserie reprend plusieurs gravures sur le même thème, dont des personnages de la gravure sur ce thème de la série de la Passion de Schongauer.

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Atelier d'un émailleur anonyme dit Maître aux grands fronts (actif à Limoges, 1re moitié du 16e siècle) : Scènes de la Passion du Christ, vers 1520-1530, émaux peints sur cuivre, paillons d'argent, rehauts d'or
Ces douze plaques émaillées sont le seul exemple connu de reprise intégrale des scènes de la Passion du Christ de Schongauer. Le Maître aux grands fronts y introduit des éléments caractéristiques de son travail : parterres de fleurs, visages pleins et doux. L'ajout de personnages, comme les deux larrons de la Crucifixion, s'observe dans d'autres émaux limousins de la même époque.

Martin Schongauer - Le bel immortel
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Martin Schongauer : La Nativité, dite La Petite Nativité, vers 1470-1475, gravure au burin
Rhin supérieur : La Nativité, vers 1510, tilleul, polychromie d'origine et quelques restes d'une polychromie postérieure

Martin Schongauer : Le Baptême du Christ, vers 1470-1475, gravure au burin
Tyrol du Sud (nord de l'Italie) : Le Baptême du Christ, vers 1490-1500, bois (pin cembro), restes de la polychromie d'origine et de polychromies postérieures.
Everhard Rensig : Le Baptême du Christ, vers 1516-1522, verres blancs et colorés, détails peints, jaune d'argent

Martin Schongauer - Le bel immortel
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Dernière œuvre présentée avec sa postérité,

 Martin Schongauer : Le Gr,and Portement de Croix, vers 1470-1475, gravure au burin
Cette gravure sur cuivre d'une scène de la Passion du Christ est la plus grande exécutée au nord des Alpes au 15e siècle. Une foule bigarrée et bruyante entraîne le Christ vers le mont du Golgotha, où il va être crucifié. Elle progresse de la droite, sous un ciel clair, vers la gauche, aux cieux assombris. Le Christ, tombé à terre, tourne le visage vers le spectateur d'un air douloureux, et l'oblige à y arrêter son regard, Le récit se mue alors en une méditation sur les souffrances du Christ,

Allemagne du Sud : Jésus succombant sous le poids de la Croix, vers 1500-1520, plume et encre noire, rehauts de gouache blanche sur papier préparé vert
Ce dessin en clair-obscur, aux effets lumineux très contrastés, suit avec grande précision son modèle, Le Grand Portement de Croix de Schongauer, réduit d'un tiers,
Le Christ portant la Croix, début du 17e siècle, huile sur cuivre
Au 17e siècle, les artistes s'inspirent de l'exemple de Schongauer, mais rares sont ceux qui reprennent avec précision la totalité d'une composition. Même si le peintre a réduit le nombre de personnages et remplacé sainte Véronique par le groupe de la Vierge et de saint Jean, ce Christ portant la Croix est sans doute un ultime exemple de l'attrait que constitue Le Grand Portement de
Croix
de Schongauer.

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Excursion en Saône lorraine

13 Juin 2026 , Rédigé par japprendslechinois

Dans ce billet, quelques images de la Saône lorraine, c'est à dire le bassin des sources de la Saône, au sud du département des Vosges, petite contrée aux calmes paysages et au patrimoine d'un grand intérêt.
Nous commençons par la commune des Thons, constituée de deux hameaux situés sur la rive droite de la Saône naissante : Grand-Thon et Petit-Thon. Le Petit-Thon abrite l'ancien couvent des Cordeliers, fondé en 1452 à la demande de Guillaume de Saint-Loup et son épouse Jeanne de Choiseul, avec l'appui du duc Jean II de Lorraine, et fermé en 1790. En 1791, les biens meubles du couvent et les bâtiments sont vendus et transformés en exploitation agricole.
L'ancienne église du couvent arbore sur sa façade, à gauche, l'écu écartelé des fondateurs, Saint-Loup d'or à trois bandes de gueules, et Choiseul, d'azur à la croix d'or accompagné de 18 billettes.

 

Excursion en Saône lorraine
Excursion en Saône lorraine
Excursion en Saône lorraine

L'église conventuelle, à une seule nef, est en cours de restauration. Deux autels baroques, autrefois réunis par une grille, déterminent l'espace des frères et l'espace des laïcs.

Excursion en Saône lorraine
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Le petit cloître ensoleillé, récemment dégagé.

Excursion en Saône lorraine
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Dans les bâtiments conventuels, l'ancien réfectoire d'été où les tables déjà dressées attendent la visite de l'évêque le lendemain de notre visite. Un grand jour pour l'Association Saône Lorraine, fondée en 1980 pour sauver de la ruine l’église des cordeliers des Thons et qui a progressivement étendu son champ d’action à tout le patrimoine ancien du bassin des sources de la Saône.

Excursion en Saône lorraine

Un dernier regard sur l'extérieur des bâtiments conventuels, 

Excursion en Saône lorraine
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avant de gagner l'église paroissiale Saint Pancrace, au Grand-Thon ....

Excursion en Saône lorraine
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...où ont été recueillies à la fermeture du couvent du Petit-Thon certaines des œuvres qui l'ornaient, comme cette pietà entourée de Saint-Jean et Madeleine et cette Notre-Dame des Anges qui ornait le choeur de l'église du couvent. On y découvre aussi un beau retable en pierre dit de la "Chaste Suzanne". 

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Un peu plus au sud, Châtillon-sur-Saône, dernière commune du cours de la Saône dans le département des Vosges, à son confluent avec l'Apance. Le village, bâti sur un éperon entre les deux rivières, domine leur confluent à son pied est et présente un remarquable ensemble de vieilles maisons  Renaissance entre lesquelles nous invitons le lecteur à déambuler.

Excursion en Saône lorraine
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Dans son église de la Nativité de Notre-Dame, une vierge à l'enfant du XIVe siècle et un beau retable du XVIIIe.

Excursion en Saône lorraine
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Remontons vers Godoncourt, avec son église Saint-Rémy

Excursion en Saône lorraine
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Avec un bel ensemble autel, retable du 18e, un intéressant tableau de Saint-Georges, de curieuses peintures murales une remarquable statue de Saint-Rémy

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Un peu au nord-ouest, un autre très beau village, Saint-Julien et son église Saint-Julien de Brioude.

Excursion en Saône lorraine
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Elle a conservé une grande partie de ses vitraux du XVe et XVIe siècle.

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Terminons avec une image d'un des rares vestiges de ce qui fut une puissante abbaye sous l'ancien régime, fondée en 1140 par Gui d'Aigremont, l'ancienne abbaye de prémontrés Notre-Dame-de-l'Assomption de Flabémont. Vendue comme bien national en 1793 et détruite petit à petit, pratiquement seule cette porte monumentale en subsiste.

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Martin Parr - Global Warning

6 Juin 2026 , Rédigé par japprendslechinois

Une belle exposition au musée du Jeu de Paume vient de se terminer, hommage au photographe britannique Martin Parr (1952 - 2025) disparu le 6 décembre dernier.

Intitulée Global Warning (alerte générale) par jeu de mot avec l'expression global warming employée en anglais pour qualifier le réchauffement climatique, elle se propose de " revisiter l’œuvre du photographe à l’aune du désordre généralisé de notre époque et à travers différentes séries réalisées à partir des années 1970. Pendant cinquante ans, sans militantisme mais avec constance, aux quatre coins du globe, Martin Parr a dressé, avec le sourire, un portrait saisissant des déséquilibres de la planète et des dérives de nos modes de vie : les turpitudes et les ravages du tourisme de masse, la domination de la voiture, les dépendances technologiques, la frénésie consumériste, ou encore notre rapport ambivalent au vivant. "

Ses images souvent pleines d'humour, dans une certaine tradition britannique, sont regroupées en cinq sections qui chacune traverse sa carrière.

1. Terres de loisirs et terres de déchets 

Martin Parr n’a eu de cesse, dès les années 1980, de  documenter la manière dont nos paysages contemporains  sont façonnés et transformés, durablement ou ponctuellement,  par le développement et l’intensification des loisirs de masse. 
Les plages occupent une place centrale dans son œuvre. Son premier travail important en couleurs, « The Last Resort », portait sur une station balnéaire très populaire des environs de Liverpool, New Brighton. Par la suite, Parr a poursuivi l’exploration de ce thème sur les cinq continents, lui consacrant, de « Benidorm » – vaste complexe de la Costa Blanca – à « Playas » – exploration des plages les plus fréquentées d’Amérique latine –, quelques-unes de ses séries les plus caustiques. 

Butlin's, Filey, Angleterre, Royaume-Uni, 1972
Cette photographie du début de carrière de Martin Parr a été prise dans l'un des camps de vacances de la chaîne britannique Butlin's, qui l'avait engagé comme photographe.
New Brighton, Angleterre, Royaume-Uni, 1983-1985 [2 photos]
 

Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning
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Benidorm, Espagne, 1997 [4 photos]

Martin Parr - Global Warning
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Seagaia Ocean Dome, Miyazaki, Japon, 1996
Plus grand parc aquatique intérieur au monde, le Seagaia Ocean Dome, situé dans la ville balnéaire de Miyazaki, offrait 12 000 mètres carrés de plage de sable, ainsi qu'un « océan » six fois plus grand qu'une piscine olympique.
Qingdao, Chine, 2010
Mar del Plata, Argentine, 2014
Benidorm, Espagne, 2014

Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning

Melbourne, Australie, 2008
Photographie prise à l'occasion de la Melbourne Cup, principale course de purs-sangs organisée en Australie.
Tokyo, Japon, 2000
Delhi, Inde, 2010
Parfums proposés à la vente dans la vieille ville de Delhi.
Bristol, Angleterre, Royaume-Uni, 2019

Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning
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Magaluf, Majorque, Espagne, 2003
Saint Ives, Angleterre, Royaume-Uni, 2017
Tenby, pays de Galles, Royaume-Uni, 2018
Cannes, France, 2018, publicité pour Gucci
Reykjavík, Islande, 2024
Photographie du Blue Lagoon, station thermale située dans le sud-ouest de l'Islande et bâtie autour d'un lac artificiel.

Martin Parr - Global Warning
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Martin Parr - Global Warning
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2. Tout doit disparaître !

Dès les années 1980, dans l’Angleterre libérale de Margaret Thatcher, le projet documentaire de Martin Parr s’attache à un thème encore relativement peu abordé par les photographes : la consommation, notamment celle des classes moyennes, examinée dans ses aspects les plus divers – goûts, désirs, comportements. Par la suite, son intérêt pour cette question n’a pas tari, son travail s’est poursuivi en Europe d’abord, puis aux États-Unis et dans d’autres pays d’Asie et du Moyen-Orient au style de vie dorénavant occidentalisé ou américanisé. 
Pour certaines de ses séries, Parr n’hésitait pas à prendre à contre-pied les codes de la photographie publicitaire : dans « Common Sense », l’un de ses travaux les plus féroces vis-à-vis de la société de consommation, le gros plan et les couleurs saturées contribuent à une forme de caricature grotesque du monde dans laquelle le kitsch devient une esthétique dominante.

Calais, France, 1988
Boulogne-sur-Mer, France, 1988
Cette photographie fait partie d'une commande passée à Martin Parr dans le cadre de la Mission photographique transmanche qui avait pour but d'accompagner en images le chantier exceptionnel du tunnel sous la Manche. Dans le contexte de la fin des années Thatcher, il a photographié les « one-day trips », voyages d'un jour accomplis par ses compatriotes en France dans le but d'acquérir des produits de consommation à des prix plus avantageux qu'en Angleterre.

Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning

Salford, Angleterre, Royaume-Uni, 1986 [3 photos]
Images réalisées dans le cadre d'une commande photographique pour les Archives documentaires de la ville de Salford. Dans ce projet, Martin Parr s'intéresse à la survie compliquée du commerce de détail, ainsi qu'à l'émergence d'autres modes et lieux de consommation.

Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning

Dublin, Irlande, 1986
New Brighton, Angleterre, Royaume-Uni, 1983-1985 [2 photos]
Manchester, Angleterre, Royaume-Uni, 2008

Martin Parr - Global Warning
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Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning

Tbilissi, Géorgie, 2009
Kent, Angleterre, Royaume-Uni, 1986-1989
Angleterre, Royaume-Uni, 1986-1989
Photographie prise dans un magasin lkea pour la série « The Cost of Living ».
Hong Kong, Chine, 2013

Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning

Manchester, Angleterre, Royaume-Uni, 2008
South Hedland, Australie, 2011
New Jersey, États-Unis, 1998
Walsall, Angleterre, Royaume-Uni, 2011
Vente de charité dans une église méthodiste.

Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning

Pride, Bristol, Angleterre, Royaume-Uni, 2023
Photographie prise durant la Bristol Pride, festival annuel défendant l'égalité
et la diversité, dans la ville de Bristol
Dubai, Émirats arabes unis, 2007
Photographie prise à la Dubai International Financial Centre (DIFC) Gulf Art Fair.
Prescot, Angleterre, Royaume-Uni, 1984

Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning

Moscou, Russie, 1992 [2 photos]
Abu Dhabi, Émirats arabes unis, 2009
Photographie prise à l'International Defence Exhibition and Conference, le plus grand salon d'armement du Moyen-Orient. Il se tient tous les deux ans à Abu Dhabi.
Melbourne, Australie, 2008
Photographie prise à l'occasion de la Melbourne Cup, principale course de purs-sangs organisée en Australie.

Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning
Martin Parr - Global Warning

Dubai, Émirats arabes unis, 2008
Photographie prise aux World Cup Races.
Moscou, Russie, 2007 [2 photos]
La Foire des millionnaires au centre international d'expositions Crocus Expo.
Cleveland, Ohio, États-Unis, 2016
Photographie prise à la Convention nationale du parti républicain.

Martin Parr - Global Warning
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Common Sense
Dans la seconde moitié des années 1990, avec la série « Common Sense » et l'ouvrage du même nom, dont un certain nombre de ces images sont extraites, Martin Parr inaugure une approche nouvelle : avec un objectif macro et un flash en gros plan sur des détails, il opère un détournement grinçant des codes de la photographie publicitaire ou culinaire. Avec ses couleurs saturées et ses effets de flash appuyés, Common Sense, rassemblant des images réalisées aux quatre coins du globe, forme un livre drôle et brutal sur la société de consommation dans le monde.

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3. Petite planète

Martin Parr a toujours précisé qu’il faisait pleinement partie du monde qu’il documentait et critiquait. Il reconnaissait volontiers l’impact environnemental de son mode de vie – notamment sa forte empreinte carbone –, refusant de prendre une position de surplomb vis-à-vis de ses sujets. Conscient que les images ne suffisent plus à transformer le monde, il revendiquait toutefois une forme d’engagement discret, à travers une « guérilla visuelle » capable de fissurer les représentations dominantes, en particulier celles véhiculées par l’industrie du tourisme. 

American Dream Park, Shanghai, Chine, 1997 [2 photos]
Cozumel, Mexique, 2002
Chichén Itzá, Mexique, 2002

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Venise, Italie, 2019
Le Cervin, Suisse, 1990
Juffureh, Gambie, 1991 [2 photos]

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Kuta, Bali, Indonésie, 1993 [2 photos]
Bali, Indonésie, 1993
Acropole, Athènes, Grèce, 1991

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Grotte bleue, Capri, Italie, 2014
Tour de Pise, Italie, 1990
Pyramides, Gizeh, Égypte, 1992
Las Vegas, Nevada, États-Unis, 1994

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Tobu World Square, Nikkō, Japon, 1993
Notre-Dame de Paris, France, 1995
Notre-Dame de Paris, France, 2012
Musée du Louvre, Paris, France, 2012

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Las Vegas, Nevada, États-Unis, 2000
Stonehenge, Wiltshire, Angleterre, Royaume-Uni, 2019
Sagrada Família, Barcelone, Espagne, 1993
Grand Canyon, Arizona, États-Unis, 1994

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Kleine Scheidegg, Suisse, 1994
Saint-Moritz, Suisse, 2003
Kleine Scheidegg, Suisse, 1990
Château de Versailles, France, 2018

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Noto, Sicile, Italie, 2016
Ferry d'Helsinki à Stockholm, 1991
Photographie issue de la série « Bored Couples » (L'ennui à deux),
Chapelle Sixtine, Vatican, 2014
Machu Picchu, Pérou, 2008

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Las Vegas, Nevada, États-Unis, 2000
Pattaya, Thaïlande, 1993
Rome, Italie, 2024

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4. Le règne animal

Bien qu’il n’en ait jamais fait un sujet de recherche spécifique et que le thème ne soit apparu explicitement dans son œuvre qu’avec la parution, en 2025, du petit ouvrage Animals, Martin Parr s’est intéressé avec régularité depuis ses débuts en noir et blanc aux rapports entre l’humain et l’animal. Chez Parr, ce dernier est aimé, emprisonné, protégé, mangé, tué ou domestiqué dans un même mouvement, pétri de contradictions et encore souvent empreint de violence.

Fort d'Amber, Jaipur, Inde, 2019
Venise, Italie, 2005
Ascot, Angleterre, Royaume-Uni, 1999
Photographie prise aux courses hippiques d'Ascot.
West Bay, Angleterre, Royaume-Uni, 1996

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Jérusalem, 1995
Melbourne, Australie, 2008
Photographie prise à l'occasion de la Melbourne Cup, principale course de purs-sangs organisée en Australie.
Goa, Inde, 1993
Bristol, Angleterre, Royaume-Uni, 1998

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Longleat Safari Park, Angleterre, Royaume-Uni, 1994
West Midlands Safari Park, Angleterre, Royaume-Uni, 1990
Prince of Wales Museum, Mumbai, Inde, 2019
Près de Stanford Bridge, Yorkshire du Nord, Angleterre, Royaume-Uni, 1981

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Longleat Safari Park, Angleterre, Royaume-Uni, 1998
Castelrea, Irlande, 1981
Mar del Plata, Argentine, 2007
Venice Beach, Californie, États-Unis, 1998

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Saint-Moritz, Suisse, 2011
Spectateurs assistant à un match de la Coupe du monde de polo sur neige, qui se tient tous les ans à Saint-Moritz.
Dovedale, Angleterre, Royaume-Uni, 1989
Neumünster, Allemagne, 2009
Photographie prise à l'exposition canine internationale de Neumünster.
Vienne, AUtriche, 2015

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Dernière section de l'exposition :

5. Addictions technologiques

Nos relations à la technique et à la machine constituent un fil rouge dans l’œuvre de Martin Parr. Chaque décennie semble avoir suscité chez lui de l’intérêt pour un nouvel objet, suivant les évolutions de la technologie. À ses débuts, dans les années 1970 et 1980, la voiture ; dans les années 1990 et 2000, le téléphone portable ; plus près de nous, les écrans des ordinateurs, tablettes, smartphones ou autres dispositifs de jeu.

Dublin, Irlande, 2019
Rochester, New York, États-Unis, 2012
Tokyo, Japon, 2000 [2 photos]

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Tokyo, Japon, 2000 [2 photos]
Paris, France, 2001
Venise, Italie, 2001

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Publicité de Sony pour la PlayStation, Angleterre, Royaume-Uni, 2003

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Lac Ooty, Inde, 2018
Mumbay, Inde, 2018
Venise, Italie, 2015
Manchester, Angleterre, Royaume-Uni, 2018

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Angleterre, Royaume-Uni, 1994 [4 photos]

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Dorset, Angleterre, Royaume-Uni, 2022
Photographie prise lors de la Great Dorset Steam Fair. Cette grande foire annuelle consacrée aux machines à vapeur et véhicules anciens s'est tenue dans le Dorset de 1969 à 2022.
Imperial War Museum, Londres, Angleterre, Royaume-Uni, 2015
Snowdonia, pays de Galles, Royaume-Uni, 1989
Honister Pass, Angleterre, Royaume-Uni, 1994
Yorkshire Dales, Angleterre, Royaume-Uni, 1994

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Venise, Italie, 2019
Goa, Inde, 2018
Édimbourg, Écosse, Royaume-Uni, 2018
Moscou, Russie, 1992
Somerset, Angleterre, Royaume-Uni, 1986-1989

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Dublin, Irlande, 1986
Weston-super-Mare, Angleterre, Royaume-Uni, 2000
Salford, Angleterre, Royaume-Uni, 1986
Newark, New Jersey, États-Unis, 2001

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