Mini-croisière sur la Seine et le Canal Saint-Martin
Nos lecteurs ont sans doute encore en mémoire notre croisière de juin dernier (notre billet du 20 juin 2016 et les suivants). La péniche de nos amis a traversé la Manche cet été, puis est venue passer cet hiver à Paris après un périple dans le BENELUX. Nous la suivons dans ce billet du port-aux-cerises, à Draveil, où elle s'est posée quelque temps jusqu'au bassin de La Villette.
La sortie du port demande un peu de dextérité pour se faufiler à travers les embarcations variées qui y ont pris leurs quartiers d'hiver...
On rencontre rapidement une première écluse au km 150, celle de Vigneux, à côté d'une chute de 1,85 m.
Jusqu'à la prochaine écluse, 11 km de navigation paisible, longeant Villeneuve -le-Roi sur la rive gauche, Villeneuve Saint-Georges sur la rive droite, puis traversant Choisy-le-Roi avant d'apercevoir la silhouette caractéristique du beau pont suspendu du Port-à-l'Anglais, qui enjambe le fleuve entre Vitry et Alfortville.
C'est, au km 161, la deuxième écluse de notre parcours, qui nous fait franchir 7m63 et sera la dernière sur la Seine. Nous poursuivons ensuite vers Paris, avec un coup d'œil au passage, titre du blog oblige, sur le complexe Chinagora, au confluent de la Marne et de la Seine.
Entrés dans Paris, nous passons le long de l'Ecole d'architecture installée dans les anciens locaux de la compagnie de l'Air comprimé, la bibliothèque François Mitterrand, Bercy, l'étrange bâtiment vert de Cité de la Mode, pour atteindre l'entrée du Port de l'Arsenal, via la première écluse du canal Saint-Martin.
C'est ensuite la traversée du Port de l'Arsenal, avec à son extrémité, après un regard sur le Génie de la Bastille et l'Opéra, le tunnel du canal Saint-Martin, long de deux km et son atmosphère magique, éclairé seulement par les soupiraux qui en ponctuent le parcours...
Arrivés à l'air libre, ce sera un longue successions d'écluses, sous le regard des badauds et des touristes : il y a peu de navires, en cette saison et en semaine, pour remonter le canal, surtout d'aussi jolis que le nôtre avec son exotique pavillon de Jersey où l'Union Jack voisine avec les trois léopards de l'écusson Normand...Au passage, l'incontournable Hôtel du Nord, l'Hôpital Saint-Louis.
Au cours de cette ascension continue (4 écluses doubles - Temple (4.98m), Récollets (5.55m), Morts (5.63m) , et enfin Villette à l'entrée du bassin (5.69 m), nous aurons monté un peu moins de 22 m avant que Sabrina ait le droit de se poser quelques jours sur ce vaste plan d'eau...
MUCEM : Expositions permanente et temporaires
Comme promis, un aperçu des expositions que nous avons parcourues lors de notre passage à Marseille. Les salles d'exposition permanente sont consacrées pour la première aux civilisations méditerranéennes, au sens large, Un aperçu avec quelques pièces antiques...
...quelques belles reconstitutions...
;;.des objets autour de la culture de l'olive et celle de la vigne...
...avec une mention particulière pour cet alambic antique, ce kvevri employé en Géorgie dès le 5ème millénaire pour la vinification - méthode inscrite en 2013 au patrimoine mondial de l'UNESCO - ce moule à bouteilles de Châteauneuf-du-Pape,...
Quittons cette salle aux allures d'inventaire à la Prévert sur des savons de Grèce, des pains de toutes formes, les collections d'échantillons de laine et les têtes de mouton de la collection Fragonard de Maisons-Alfort, une hutte de bergers des balkans...
Dans la salle suivante, l'inventaire se poursuit dans un registre plus spirituel, avec une maquette ancienne de l'église du Saint-Sépulchre à Jérusalem, un plan de cette ville, des plans reconstitués de Babylone et d'Athènes...
Un morceau du mur de Berlin, des symboles républicains, une visite en Grèce d'un notable du XIXème siècle ou les touristes du Parthénon vus par Martin Parr...
Nous avons visité deux expositions temporaires, Après Babel, traduire débute sur disverses évocations artistiques de la Tour de Babel (l'affiche de la foire de Marseille est rédigée en Esperanto)
Retenons quelques aspects que le titre de ce blog impose de ne pas omettre, un clin d'œil à l'imagerie d'Epinal (pays natal de l'auteur du blog), un autre à deux billets récents (expo Hergé au Grand Palais, expo Chagall à Landerneau)
L'autre exposition
était consacrée au café, à la boisson comme au lieu convivial du même nom, avec quelques œuvres inspirées par le thème, abstraites...
...ou concrètes...
...beaucoup d'affiches, décalées ou didactiques...
Et pour finir...
MUCEM :le bâtiment
Comme promis, nous poursuivons nos billets consacrés à Marseille avec une présentation du musée des civilisations de L'Europe et de la Méditerranée. Nous nous concentrerons dans celui-ci sur le bâtiment. Nous avons déjà eu l'occasion dans ce blog de présenter deux réalisations de Rudy Riciotti (nos billets du 29 janvier 2013 et du 12 mars 2016, avec le département des Arts de l'Islam au Louvre :
et le nouveau stade Jean-Bouin à Paris :
Depuis le fort Saint-Jean, rénové à l'occasion de la construction du MUCEM, on accède au bâtiment de Ricciotti par une passerelle métallique de même facture que celle qui nous avait permis d'accéder au fort...
La passerelle débouche sur le toit du bâtiment, où les éléments en forme de corail qui protègent toutes les façades s'incurvent pour former une sorte de tonnelle, avec d'accueillantes terrasses à la fois protégées et ouvertes sur la ville, la mer, le fort Saint-Jean...
Au même niveau, le restaurant, puis l'on descend au rez-de-chaussée vers le hall principal d'entrée, avec la librairie, la billetterie...
Au cours de la visite, il ne faut pas hésiter à s'aventurer dans les galeries qui entourent chaque étage, pour avoir un aperçu de cette architecture si particulière - et aussi de très belles vues...
En sortant par l'entrée principale sur la promenade Robert-Laffont, on passe devant la Villa-Méditerranée, intéressant bâtiment en porte-à-faux, résultat d'un concours remporté en 2004 par l'italien Stephano Boeri, mais dont la construction n'a démarré qu'en 2010.
Marseille en hiver
Une pause entre les expositions : nous proposons au lecteur quelques images de Marseille où nous sommes descendus visiter le MUCEM, musée des civilisations d'Europe et de la Méditerranée, chef d'œuvre de l'architecte Rudy Ricciotti qui, accolé au fort Saint-Jean à l'entrée du Vieux-Port, est désormais un des joyaux de ce site unique. Nous consacrerons d'autres billets à ce monument et aux expositions qu'il abrite, nous contentant aujourd'hui de faire partager au lecteur un peu du soleil qui était au rendez-vous. Le Vieux-Port sous le soleil matinal...
Vers le fort Saint-Jean, désormais accessible par une passerelle de Ricciotti et intégré au site du MUCEM...
Dans le quartier du Panier, une merveille d'harmonie classique : l'ancien hospice de la vieille Charité, dû à l'architecte marseillais Pierre Puget, et qui abrite à présent divers musées archéologiques et des locaux de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.
A mi pente au dessus du vieux port, l'abbaye Saint-Victor, fondée au Vème siècle par Jean Cassien à proximité des tombes de martyrs de Marseille, parmi lesquels saint Victor qui lui donna son nom.
Depuis l'esplanade devant l'abbaye, très beau point de vue sur le Vieux-Port et les deux forts qui en défendent l'entrée, Saint-Nicolas et Saint-Jean. A l'arrière-plan, vers les quais du nouveau port, la cathédrale la Major, édifice du XIXème siècle qui se donne des allures de cathédrale de Sienne, n'en aura sans doute pas la longévité, en travaux suite à la constatation de graves désordres...
La montée vers Notre-Dame de la Garde est un peu dure mais au pied de la basilique la vue récompense pleinement le pèlerin...
En empruntant le sentier qui serpente à travers la pinède, on peut atteindre la corniche et la suivre pour retourner vers le centre de la cité, jusqu'au parc du Pharo, actuel palais des congrès, avec une nouvelle vue sur le Vieux-Port et les forts. Comme un peu partout en ville, des panneaux sur l'histoire de Marseille permettent de ne pas "se promener idiot".
Terminons ce tour de ville avec quelques bâtiments culturels ou remarquables : la cité radieuse de Le Corbusier, alias la maison du fada depuis Notre-Dame de la Garde, les immeubles bâtis lors de la reconstruction du Vieux-Port par Fernand Pouillon avec André Lecomte, André Devin et Auguste Perret entre 1947 et 1953, l'hôtel de ville , œuvre de Gaspard Puget, frère de l'architecte de la Charité, un des rares immeubles à avoir échappé aux destructions allemandes de l'Occupation, l'ancienne "Criée libre aux poissons" à présent théâtre national, l'Opéra de Marseille, élégant bâtiment Art déco reconstruit après l'incendie qui ravagea en 1919 l'édifice original de 1787 dont ne subsiste que la colonnade.
Bernard Buffet au Palais de Tokyo
Cette saison ne manque pas d'expositions passionnantes. La rétrospective que consacre le musée d'art moderne de la ville de Paris à Bernard Buffet (1928-1999), artiste jugé par l'intelligentsia et les musées français trop "commercial" et boudé dès le début de son succès par son propre pays, est l'une des plus remarquables. Nous en parcourrons les trois sections qui retracent chronologiquement sa carrière.
L’invention d’un style – 1945 - 1955 / Une gloire fulgurante
Voyage autour de ma chambre. Citons le dossier de presse :
Bernard Buffet "prend ses proches comme sujets, se peint beaucoup lui-même et fait l’inventaire des objets familiers : paniers à bouteilles, dessous de plats, lampes à pétroles et moulins à café. Les animaux qu’il peint –lapin, raie, achetés au marché– s’inscrivent dans une tradition picturale, de Chardin à Courbet."
"Avec Deux hommes dans une chambre, Bernard Buffet remporte à 19 ans le prix de la Critique organisé par la galerie Saint-Placide. Dans le style distinctif de l’artiste, cette œuvre est faite d’un mélange de simplicité, avec des figures statiques, un fond dépouillé, un monde clos peuplé d’ustensiles familiers et insolites qui agissent comme autant de capteurs de sensibilité. Cependant, les personnages qui habitent les toiles de Bernard Buffet se montrent détachés de ce qui les entoure et ne sollicitent en rien le spectateur. Les sujets des premières œuvres de Buffet sont indistinctement des nus masculins et féminins, dans des postures souvent triviales."
Portraits et autoportraits
Sur le thème de la crucifixion
Horreur de la guerre : Bernard Buffet peint ce triptyque et les vingt-six aquarelles qui l’accompagnent en 1954 ; il n’a que 26 ans.
Sur le thème du cirque
La fureur de peindre – 1956- 1976 / Le Tournant
Des paysages...
Un hommage à Courbet, des natures mortes, des images de son atelier, des animaux...
Sa série des Oiseaux, "peintures de format monumental qui réinterprètent d’une manière agressive et osée le thème de Léda et le Cygne", son Museum d'Histoire Naturelle,...
Sa femme Annabelle, un autre de ses sujets inépuisables.. Bernard Buffet sera aussi sollicité par les magazines pour des couvertures sur les grands hommes de l'époque...
Un regard sur son travail de graveur, avec notamment La Voix humaine de Jean Cocteau, où "le graphisme serré remplit la page d’une manière étouffante, la taille fluctuante des caractères figure les changements de ton et recouvre parfois l’image"
Les séries des Femmes déshabillées, des Plages, des Folles, datent de cette époque qui s'achève avec celle des Paysages Tranquilles.
Mythologies – 1977-1999 / L’exil
L'Enfer de Dante, 20 000 lieues sous les mers, ...
Kabuki, Clowns musiciens...
"L’ensemble des Terroristes s’enracine dans la production parfois très violente de l’artiste qui se penche avec récurrence sur le thème de la guerre et son absurdité sacrificielle"
"Le vernissage de l’exposition Mes singes en février 1999 est le dernier auquel Buffet assiste."
"Lorsque Bernard Buffet met fin à ses jours à Tourtour, vingt-quatre toiles numérotées ayant pour thème La Mort sont dans l’atelier, prêtes pour la prochaine exposition. Masculins ou féminins (parfois les deux), ces personnages anachroniques en costumes de la Renaissance ont d’abord été peints vivants, puis Buffet les a peu à peu écorchés de façon à ce qu’apparaisse le squelette, jusqu’à les transformer progressivement en transis."
Hervé Di Rosa et les Arts modestes
Nous n'avions pas encore eu l'occasion d'évoquer dans ces pages la maison rouge, fondation privée reconnue d’utilité publique, qui a ouvert ses portes en juin 2004. Elle a été fondée pour promouvoir la création contemporaine en organisant, au rythme de trois par an, des expositions temporaires, monographiques ou thématiques.
Plus jamais seul, Hervé Di Rosa et les arts modestes, poursuit le cycle des expositions que la maison rouge consacre aux collections privées : c'est la troisième fois depuis sa création que la fondation invite un artiste à mettre en regard son travail avec les œuvres et objets qu’il a collectés.
Hervé Di Rosa (né à Sète en 1959) s’est engagé à partir des années 1980 dans la reconnaissance de l’art modeste qu’il définit lui-même comme « proche de l’art populaire, de l’art primitif, de l’art brut mais ne s’y réduit pas. Il est autant composé d’objets manufacturés que d’objets uniques, pour la plupart sans grande valeur marchande mais à forte plus-value émotionnelle. Les amateurs se retrouvent au-delà du regard critique, de la notion du bon ou du mauvais goût, de la rigueur esthétique, dans un sentiment de bonheur éphémère et spontané, aux parfums de souvenirs d’enfance et de plaisirs simples et non théorisés ». Dès l'entrée de l'exposition, une collection de céramiques et d'objets divers qui évoquent les parents de l'artiste plante le décor de cette définition.
Mais aussitôt passé devant cette collection, on est confronté à des œuvres d'Hervé Di Rosa, elles aussi sans prétention, hétéroclites, mais qui "parlent" toujours au visiteur. On retrouvera ce dialogue tout au long du parcours.
La visite se poursuit à travers une impressionnante installation en forme de passage plongé dans une semi-obscurité, La Vie des Pauvres (1993)
On atteint par ce passage La Boutique de l'Art modeste...
En 2000, Hervé Di Rosa fonde à Sète le MIAM (Musée International des Arts Modestes) qu’il préside depuis et dans lequel il dévoile exposition après exposition les multiples facettes de cet art modeste. La salle suivante évoque ces expositions, de 2000 à 2016...
Au hasard de ces expositions, des œuvres africaines d'art modeste (Nsangou Mama dit Picasso Bamoum avec Le Sida provoque l'Affres), des signatures comme Michel Gondry avec le piano à tricoter de La Science des Rêves ou Jacques Rouxel et ses Shadoks.
Dans la même salle, les Cartes de L'Art modeste, et une installation éphémère en forme de clin d'œil photographique...
La salles intitulée Véhicules présente quelques sculptures montrant ses personnages des Deux Nigauds voyageant dans différents véhicules...
et, en regard, des collections très complètes de véhicules issus de bandes dessinées : Blake et Mortimer, les aéronefs de Tintin (une petite référence à notre dernier billet), Spirou et Fantasio, ...
...des véhicules inspirés par les films de James Bond, des taxis du monde entier.
Dans la foulée, quelques œuvres des années 90, patchwork de feuilles de métal rivetées et laquées et de matériaux divers, et un spécimen de pedicab de Manille qui semble sorti de l'imagination de Gaston Lagaffe : dans le patio de la maison rouge, Théatre d'ombres, ensemble de quatorze scuptures en acier découpé et peint de couleurs vives.
Dans une section intitulée Voyages, un ensembles de dessins Tendres Tropiques faits lors de son passage à la Réunion, de grands tableaux tout simples évoquant Tel Aviv, Miami, Barbès...
Le temps manquant pour présenter en détail les autres salles de cet artiste hors normes dans l'univers duquel on se laisse engloutir peu à peu, nous nous contentons d'un aperçu des autres sections, qui mêlent œuvres originales et collections.
Cabinet de curiosités
(avec tout-de-même, pour le lecteur averti, une deuxième référence à notre dernier billet sur Hergé)
Autour du Monde
Classic
Sous-Marines
...et pour finir,
La Bibliothèque
où l'on peut feuilleter à loisir quelques ouvrages ou regarder un dessin animé réalisé avec les "personnages" d'Hervé Di Rosa.
Hergé au Grand Palais
Il eût été dommage, en cette période de Noël où chacun cherche à replonger un peu dans son enfance, de ne pas évoquer l'exposition originale consacrée par le Grand Palais à Hergé, que nous avions visitée avec quelques-uns de nos petits-enfants pendant les vacances scolaires de Toussaint et qui va fermer ses portes à la mi-janvier.
Même si Tintin et les personnages qui l'entourent sont au centre de cette manifestation, elle permet aussi de découvrir des aspects méconnus d'Hergé.
C'était un peintre éclectique : un certain nombre de ses œuvres sont accrochées dans l'expo...
Certaines pièces de la vaste collection d'Hergé sont également présentées, dont l'hommage que lui a rendu Andy Warhol...
Des maquettes ou divers objets évoquent les aventures dessinées par Hergé...
La scénographie donne une ambiance qui parle aux jeunes visiteurs...
De nombreuses planches permettent d'appréhender un peu le travail du dessinateur entre esquisses et différents stades de la réalisation des albums
Les différentes activités d'Hergé dans la presse, notamment la presse enfantine, avec les publicités qu'il a réalisées pour les titres où il intervenait, les "ancêtres" de Tintin comme Totor CP des Hannetons ou Tim l'écureuil...
Hergé avait aussi une activité de dessinateur publicitaire
Le titre de ce blog impose d'évoquer en particulier la rencontre d'Hergé avec l'étudiant chinois en Belgique qui a conduit au personnage de Tchang dans le Lotus Bleu...
Terminons avec un tutoriel filmé à l'exposition pour apprendre à dessiner Tintin, et qui a beaucoup plu à une de nos petites-filles devenue imbattable à cet exercice.
PRIX MARCEL DUCHAMP 2016

Le Centre Pompidou invite, pour la première fois, les quatre finalistes du Prix Marcel Duchamp à exposer dans ses espaces : en 2016, Kader Attia, Yto Barrada, Ulla von Brandenburg et Barthélémy Toguo. Cela vaut bien de vous présenter leurs installations.
La plus impressionnante est à notre avis celle de Barthélémy Toguo (3ème sur la photo) : Vaincre le virus !
« Je conçois une installation pour célébrer la recherche intense menée pour combattre deux fléaux, deux virus qui menacent actuellement l’Afrique et le monde entier : le sida et Ebola. Je voulais rendre hommage aux scientifiques qui s’y consacrent. Dans un premier temps, j’ai effectué un séjour dans les laboratoires de recherche de l’Institut Pasteur et leur relais de Dakar pour les rencontrer, m’inspirer de leurs travaux en cours. J’ai créé un ensemble de dix-huit très grands vases en porcelaine ornés de dessins. Ils représentent pour moi le réceptacle emblématique de l’eau, purificatrice et régénératrice lorsqu’elle est pure et saine, mais source de dangers lorsqu’elle est polluée, contaminée. Je suis parti de modèles de cellules infectées et de quelques virus que j’ai transformés par le biais de nouvelles techniques d’impression en 3D dont le caractère novateur fait écho à la démarche des chercheurs. Surdimensionnées de sorte à transcender le réel, ces formes mutées encouragent et célèbrent le courage, l’énergie et la beauté de la recherche. »
Yto Barrada (4ème sur la photo) présente Objets indociles (Supplément à la vie de Thérèse Rivière).
« Je m’intéresse à la figure complexe de Thérèse Rivière, une scientifique française qui a accompli des missions pour le compte du musée de l’homme, notamment en Afrique du Nord d’où elle a rapporté un ensemble impressionnant d’objets et d’images, avant d’être internée pour agitation et mélancolie. La force poétique de ses travaux et trouvailles (fleurs sauvages, collection de jouets, dessins…) et son goût de la magie traversent l’élaboration d’une pièce que j’envisage comme un rébus. L’installation que je prépare prendra une forme nouvelle pour moi, tout en réunissant nombre de mes préoccupations habituelles : l’esprit de jeu, le déplacement, l’enfance, les arts populaires… Je cherche une forme biographique. Je me propose de réaliser un set décor de 1938 : la reconstitution magique d’une chambre de jeune femme employée du musée d’ethnographie du Trocadéro (MET) qui vit chez sa mère et qui suit les cours de Marcel Mauss, fondateur de l’ethnologie française. Le décor de la chambre s’inspire dans son exécution des ‹ unités écologiques › chères aux musées ethnographiques de l’après-guerre. Les unités écologiques sont des ensembles complexes prélevés sur le terrain à l’occasion d’enquêtes-collectes et remontés à l’identique au sein de la galerie. Un de leurs principaux théoriciens fut Georges-Henri Rivière, le ‹ magicien des vitrines ›, muséographe et fondateur des ATP (musée des Arts et traditions populaires de Paris), par ailleurs grand frère de Thérèse… »
Ulla Von Brandenburg (2ème sur la photo) présente It Has a Golden Sun and an Elderly Grey Moon.
« Pour regarder It Has a Golden Sun and an Elderly Grey Moon, le public est invité à gravir un escalier qui est aussi une plateforme architecturale immaculée. L’exposition au Centre Pompidou présente ce film pour la première fois en France et permet de déployer une nouvelle proposition scénographique. Le film est un plan-séquence en super-16-mm, mis bout à bout, sans montage effectif, qui rassemble des danseurs et des compagnons de travail depuis des années. L’idée était d’abord de faire un film en couleur sur la couleur. Les danseurs manipulent des tissus qui font l’objet d’échanges et de cérémonies. Leurs costumes sont teints, fabriqués littéralement avec la couleur. Leurs mouvements rappellent la mémoire de rituels anciens, leurs corps sont traversés par des rythmiques instinctives, emportés dans un état de conscience collectif, rappelant les formes chorégraphiques de l’eurythmie et de la danse moderne expressionniste. »
Quant à Kader Attia, la pièce maîtresse de son installation Rafraîchir la mémoire est une vidéo constituée d'interviews de chirurgiens, de neurologues et de psychanalystes autour du phénomène du membre fantôme consécutif à des amputations, dont nous présentons au lecteur un extrait.
Jean-Luc Moulène

À ne pas manquer à Beaubourg en ce moment la rétrospective que Jean-Claude Moulène a été invité à concevoir lui-même. Né en 1955, Moulène a choisi de présenter une « rétrospective de protocoles » : un programme de production d’une trentaine de nouvelles pièces, manifeste de ses recherches. Comme le précise le fascicule de présentation :"ancrant sa réflexion dans les mathématiques, et en particulier dans la théorie des ensembles, l’artiste explore des opérations telles l’intersection, la latéralité, la coupe, dans une tension entre corps et objet. Ses œuvres questionnent métaphoriquement l’espace commun, la forme que prend cet espace, son interaction avec l’espace individuel. Ici, les objets sont « en conversation », moins avec le regardeur qu’avec les autres objets.
Le vaste plateau de l’exposition pourrait s’apparenter à un environnement urbain, avec automobiles et bâtiments, au milieu duquel circulent des corps. Des corps qui doivent trouver leur place dans le chaos des désirs individuels, des contraintes politiques et des conventions sociales.
Cette exposition est un acte poétique, dans lequel s’entremêlent art, science et technologie."
Il est vrai que le choix de la galerie n°3 du Centre, grand ouverte sur l'environnement urbain, offre un cadre idéal à cette présentation.
La première œuvre présentée, à l'entrée de l'exposition, consiste en des palettes d'un "journal" constitué de photos faites par l'artiste - qui s'était d'abord fait connaître comme photographe dans les années 1990. Quiconque, tiré en 131 000 exemplaires, est en libre service pour le visiteur : belle initiative !
Bleu de costume (2016) a inspiré l'affiche de l'expo
Voyelles (2015)
Bubuglu (2015-2016)
Pythie (2016)
Os météorite (2016)
Âne (2016)
Jaune 62 (2016) et Jaune 6 (2016)
Body Versus Os (2016)
Coupé Noué 1 (2016) et Coupé Noué 2 (2016)
Jeanne (2016) et Bouboulina (2016)
Bloc 1 (Mâle) et Bloc 2 (Femelle) - 2016
Indexes (2016)
Non, non, non (2016), figure monumentale de l'exposition.
Figure intermédiaire (2016)
Voiture&Fille (2016)
Un os bleu qui voit (2016)
Monsieur propre jusqu'à l'os (2016)
Ça propre (Anse) et Ça propre (Trou) - 2016
La Fille de l'Os (2016)
Un os mauve (2016)
Bi-Face (2016)
Un artiste un peu déconcertant au départ, mais un merveilleux plasticien et une très belle mise en scène : nous nous sommes souvenus en visitant cette rétrospective "de protocoles" de l'installation qu'il avait présentée à la FIAC 2011(notre billet du 23 octobre 2011)
Frédéric Bazille - La jeunesse de l'impressionnisme
Passionnante exposition au musée d'Orsay, consacrée à un artiste qui aurait sans doute été l'un des impressionnistes qui ont marqué la peinture française à la fin du XIXème siècle s'il ne s'était engagé à 28 ans pour être fauché par les balles prussiennes à Beaune-la-Rolande le 28 novembre 1870.
On ne connaît de lui, compte tenu de sa courte carrière, qu'une cinquantaine de tableaux dont 42 figurent dans cette belle exposition qui a été avant Orsay présentée au musée Fabre de Montpellier et, après Orsay, se déplacera à la National Gallery of Arts à Washington DC.
Issu d'une famille de la bourgeoisie de Montpellier, Frédéric Bazille est monté à Paris à 21 ans pour suivre les cours de Charles Gleyre, y a rencontré Monet, Renoir, et côtoyé Manet, Degas, Sysley...Bénéficiant d'une pension de ses parents, il a souvent partagé avec ses collègues les ateliers qu'il louait.
Un autoportrait de 1865 et un portrait de Bazille en 1867 par Pierre-Auguste Renoir. De 1868, un beau portrait par Bazille de son ami Edmond Maître.
Une étude de nu de 1864, au moment où Bazille terminait son passage à l'atelier de Charles Gleyre, la petite italienne chanteuse des rues (1866), un portrait d'Alphonse Tissié en tenue de dragon (1868).
Des natures mortes de nature alimentaire, dans l'air du temps : Poissons (1866) de Bazille répond à Anguille et rouget (1864) d'Edgar Manet, Nature morte au héron peint par Bazille en 1867 voisine avec le Héron aux ailes déployées peint la même année par Alfred Sysley à partir du même modèle quand Sysley partageait l'atelier de Bazille.
En 1867, Frédéric Bazille qui pour la première fois avait été refusé au salon redescend dans son midi natal, séjourne à Aigues-Mortes où il peint ces toiles d'une luminosité incomparable.
Une section est consacrée aux chefs d'œuvres de Bazille peints dans la propriété familiale de Méric, à l'orée de Montpellier et aux alentours : La Robe rose (1864), La réunion de famille (1867), La terrasse de Méric (1867), Les Laurier-roses (1867), Vue de village (1868).
Le pêcheur à l'épervier (1868), Scène d'été (1869), Toilette (1870) attestent de la maturité atteinte par Bazille à la fin des années 1860.
Bazille a lui aussi sacrifié avec talent à la mode des natures mortes florales : Fleurs (1868), Fleurs (narcisses dans un vase) (1870), Jeune femme aux pivoines (1870) ; dans la même salle sont exposées des pensées en pot de Fantin-Latour (voir notre billet du 15 octobre dernier)
Les deux dernières œuvres de Bazille avant sa mort, peintes à Montpellier au printemps 1970, sont exposées dans la dernière salle : un Paysage au bord du Lez et un Ruth et Booz inspiré par La Légende des Siècles de Victor Hugo, qu'il laissera inachevé pour aller s'engager au 3ème Zouaves...
Autre souvenir émouvant au sortir de cette salle, la vareuse, le képi, et les affaires personnelles que Frédéric Bazille portait au moment de sa mort.
Ceux que cette rapide et incomplète présentation laisseront sur leur faim pourront se reporter à la très intéressante conférence inaugurale donnée par les commissaires de l'exposition :
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