Prix de gravure Mario Avati 2021- Académie des beaux-arts
Nous n'avions pas rendu compte de l'exposition organisée au pavillon Comtesse de Caen de l'Institut de France en juin dernier, consacrée aux lauréats du prix de gravure Mario Amati 2021.
Le graveur français Mario Avati, né en 1921, est mort en 2009. La donation Mario et Helen Avati, parrainée par la fondation CAF America, a permis la création d'un prix, remis sous l'égide de l'Académie des Beaux-arts. Contrairement aux deux autres prix importants de gravure français (le prix Lacourière et le prix Gravix), il ne récompense pas un jeune artiste mais un graveur confirmé, quelle que soit sa nationalité. Sa première édition a lieu en 2013.
En 2021, il a exceptionnellement récompensé deux graveurs, n'ayant pas été attribué en 2020 en raison de la pandémie.
Mireille Baltar
Née en 1942, Mireille Baltar étudie, parallèlement à la philosophie, les beaux-arts à Toulon. Ses rencontres avec Johnny Friedlaender (1912-1992) et l'imprimeur Jacques Frélaut (1913-1997) sont déterminantes. À partir de 1970, elle travaille au sein de l'atelier de gravure Lacourière-Frélaut, à Montmartre. Peintre et dessinatrice, elle se consacre essentiellement à la gravure qu'elle enseigne jusqu'en 2013 à Paris Ateliers. Elle expose depuis 1970 en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne et au Canada; ses œuvres sont présentes dans les collections de la Bibliothèque nationale de France, du Centre Georges Pompidou et du Fonds national d'art contemporain.
Siemen Dijkstra
Né en 1968 dans la région de Drenthe aux Pays-bas, Siemen Dijkstra vit et travaille dans le village de Dwingeloo, toujours dans cette même région. Il a suivi un enseignement d'arts graphiques et de dessin à l'Académie Minerva de Groningue (Pays-Bas). Cet artiste, qui se passionne pour la nature, a fait du paysage de la Drenthe son sujet de prédilection : bords de mer, champs, clairières et sous-bois. Pour les représenter, il utilise un procédé rare en gravure appelé « à planche perdue ». Cette technique implique que chaque aplat de couleur soit gravé individuellement dans une matrice de bois unique qu'il creuse et retravaille pour chaque nouvelle couleur, et imprimé successivement sur le papier. Certains grands tirages sont parfois composés de 10 à 18 passages de couleurs. Cette technique est risquée car aucun repentir n'est possible. Lors de son travail préparatoire, Siemen Dijkstra réalise de nombreux dessins, des aquarelles, des études sur le motif ainsi que des dessins à la plume. Ses œuvres sont aujourd'hui exposées dans de nombreuses galeries et institutions culturelles européennes (Rijksmuseum d'Amsterdam, Fondation Custodia à Paris etc.)
Comme pour Mireille Baltar, nous présenterons les oeuvres sans titre, laissant le lecteur se plonger dans le monde si particulier de ses deux artistes.
Mur Lennon éphémère à Paris
Un court billet au milieu de ces vacances scolaires, pour un événement lui aussi très court : du 20 au 21 octobre, devant le Panthéon, une version gonflable du "Mur Lennon", site praguois emblématique, a été installée, dans le cadre de la présidence tchèque le l'Union européenne.
En passant par hasard sur la place du Panthéon, nous avons pu assister à son inauguration.
Quelques mots sur l'original praguois : situé dans le quartier historique de Malá Strana, en face de l'ambassade de France, ce mur de clôture d'un jardin appartenant à l'Ordre de Malte a été orné, à la mort de John Lennon, ancien chanteur des Beatles assassiné à New York en 1980, d'un portrait en hommage au chanteur par un artiste anonyme. À partir de ce moment, d'autres graffiti ont continué à remplir ce mur, régulièrement effacés par le pouvoir communiste en place, et il est devenu un symbole de la révolte des étudiants contre le régime. Après la chute du mur de Berlin, ce mur, lui, est resté debout, et les slogans contre le régime ont cédé peu à peu la place au registre Peace and Love. Protégé maintenant comme une œuvre d'art - seuls les artistes invités peuvent à présent contribuer au renouvellement de cette œuvre en perpétuelle évolution, il est une attraction qui attire un grand nombre de touristes (cinquième attraction touristique de Prague par la fréquentation).
Quelque clichés du mur original, à différentes époques :
Le "mur" parisien bénéficie d'un site particulièrement grandiose...
Sur le mur éphémère de Paris sont intervenus un artiste pour chacun des 27 pays de l'Union Européenne, plus deux artistes invités, pour l'Ukraine et la Norvège.
Quelques détails du mur, en commençant par la contribution française, par Annaëlle Bouard :
La contribution hongroise, par Imre Fork
Viktoriia Savchuk, Ukraine :
Denis Klatt, Allemagne :
Andrea Klváčková, Slovaquie :
Hugo Lami, Portugal :
Aikaterini Kanakaki, Grèce :
Jesse Safier, Pays-Bas :
Robert Obert, Roumanie :
Sur cette photo, en partant de droite dans le sens des aiguilles d'une montre : Azram Ramz, Slovénie, Ettoja, Lituanie et Yeti Yeti, Chypre...
entourant le portrait énigmatique réalisé par Boris Bare, Croatie.
Sous l'animal fabuleux de Garance Coppens (Belgique), la graphie de Vanessa Power (Irlande) côtoie le portrait de John Lennon par Lenka Brázdilová (dont le nom d'artiste est Charlien), République tchèque.
Jan Wessel, Danemark :
Mariano Grandval (Autriche), Sara Pace (Malte) et peut-être d'autres...
et enfin le personnage peint par Eriks Caune (Lettonie) porte un regard effaré sur la figure tentaculaire peinte par Maria Wolfram (Finlande).
Quelques images de l'inauguration, avec les interventions de l’ambassadeur de République tchèque en France Michal Fleischmann qui s'est exprimé en français (il y a fait toutes ses études et y a travaillé jusqu'en 1990), du curateur du projet, l'artiste tchèque Pavel Šťastný avec son interprète, et de la maire du Vème arrondissement Florence Berthout (LR).
La cérémonie s'est achevée en musique.
Journées du Patrimoine 2022 : ancien hôpital Laennec
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À l'occasion des dernières journées européennes du patrimoine, nous avons visité l'ancien hôpital Laennec, dont les services ont été déplacés en 2000 à l’hôpital européen Georges-Pompidou.
Fondé en 1634 par François de la Rochefoucauld, cardinal et grand aumônier de France, comme hôpital pour les pauvres affligés de maux incurables, il était appelé à l'époque hospice des Incurables. Un hôpital succédera à l'hospice des Incurables en 1873, lorsque celui-ci sera transféré, pour ce qui concerne les femmes, à Ivry. En 1878, il sera renommé en l'honneur de René Laennec (1781-1826), créateur du diagnostic médical par auscultation grâce à l'invention du stéthoscope. Le site a fait l'objet d'une opération immobilière de grande ampleur de 2010 à 2014 : la partie la plus ancienne du site - la chapelle et les bâtiments appelés les "croix", a fait l'objet d'une belle restauration et abrite le siège du groupe de luxe Kering (propriétaire notamment des marques Gucci, Bottega Veneta, Saint-Laurent, Balenciaga, Alexander McQueen, Boucheron, etc...)
L'entrée sur la rue de Sèvres, donnant sur la cour de la chapelle.
Celle-ci a été sobrement restaurée.
Elle abrite au moment de notre visite une exposition, Aria of Inertia, de l'artiste belge Edith Denkyndt (née en 1960).
Au fond du chœur, Underground (Le Val St Germain), 1922, toile de coton, sédiments de terre et de végétation.
Sur une paroi verticale, un tissu s'étend vers le plafond bleu de la chapelle. Le tissu est bleu lui aussi; il est présenté aujourd'hui après avoir été enfoui pendant plusieurs mois dans un bois du Val-Saint-Germain, non loin de Paris. Des minéraux, des racines, des insectes et des bactéries ont transformé son apparence en un paysage venu de la terre. Ce processus est une pratique récurrente de l'artiste dont l'absence quasi complète de contrôle du résultat l'a amenée à réitérer l'expérience dans différents lieux.
Au mur :
The Kingdom (Morsum 08), 2017, peau d'agneau, agraphes, bois
Une peau animale est transpercée par des milliers d'agrafes. Ce geste violent mis en œuvre sur ces peaux tendres questionne notre rapport d'objectivation aux êtres non-humains.
Winter Drums 04, 2016, soie transparente, colle de peau, altuglas
La structure de la peinture occidentale de chevalet (un châssis de bois sur lequel est tendu un tissu) est souvent constitutive des pièces d'Edith Dekyndt. Elle utilise ces éléments comme une sorte d'engagement à la non-représentation figurative du monde et les manipule en tant que révélateurs silencieux des matières dont est fait le monde. La matérialité de Winter Drums est inspirée à la fois des membranes animales utilisées depuis des millénaires pour la confection d'objets (instruments de musiques, vêtements) mais aussi des verres plats soufflés placés aux fenêtres dès le Moyen Âge.
Sur le sol au milieu de la chapelle, une œuvre complexe, statique au moment de notre visite, dont nous ne donnons qu'un aspect, attirés par les pommes saumurées...
Visitation Zone, 2020, installation, chorégraphie, vivariums, tubes fluorescents, pommes saumurées.
Posés sur le sol de la chapelle Laennec, des vivariums sont éclairés par des tubes fluorescents qui soulignent le vide laissé par les animaux y ayant jadis vécu. Une jeune femme déplace, d'un contenant à l'autre, lentement et avec précaution, des pommes, les unes après les autres, qui seront à nouveau déplacées, indéfiniment. La lenteur des gestes et des déplacements de la jeune femme donne une dimension hiératique au nettoyage, à l'entretien, à la préservation des choses et des êtres. La pièce - inspirée par le passé soviétique de Riga ainsi que par le roman Soviet Milk de Nora Ikstena, et le film Stalker d’Andrei Tarkovski – est reconfigurée dans la chapelle, entrant ainsi en résonance aussi bien avec l'histoire de cet ancien hôpital qu'avec les épreuves subies au cours de l'Histoire par les habitants des pays de l'Est de l'Europe.
Que le lecteur se rassure, nous continuerons ce billet avec des considérations moins ésotériques. Le passage entre la chapelle et les anciennes salles de l'hospice est décoré de tapis du graphiste Cayetano Ferrer (né à Hawaï en 1981)
Le siège de la Maison Balenciaga, qui fait partie du Groupe Kering, occupe la Croix Est de Laennec. Ce vaste espace voûté autrefois rempli des lits des pensionnaires de l'hospice des incurables constitue durant l'année un cadre pour la présentation des collections aux acheteurs venus du monde entier.
Il abrite pour la circonstance une exposition, Balenciaga, des robes au-delà du temps, qui présente des pièces créées au long de son activité par Cristóbal Balenciaga, issues de archives de la maison qui porte son nom.
La Maison Balenciaga est fondée à Saint-Sébastien, en Espagne, en 1917, par Cristóbal Balenciaga (1895-1972).
Contraint de fuir la guerre civile espagnole, ce dernier s'installe en 1937 à Paris où il connaît un succès immédiat. Reconnu comme précurseur, il révolutionne la silhouette féminine. Son incroyable maîtrise lui permet de créer un style avant-gardiste, très épuré et fondé sur l'utilisation de tissus innovants. Sa capacité à aller à contre-courant et à inventer sans cesse suscite l'admiration de ses pairs. Christian Dior disait de lui : « c'est notre maître à tous » et Gabrielle Chanel affirmait qu'il était « le seul véritable couturier ». Cristóbal Balenciaga habille les femmes emblématiques de son époque, comme Grace Kelly, Ava Gardner ou encore Marlene Dietrich.
Par la qualité exceptionnelle de ses créations, la radicalité de son style et de ses silhouettes, ainsi que par le refus des compromis et le silence que s'était imposés Cristóbal Balenciaga, qui n'accorda que deux interviews durant toute sa carrière, la Maison fut, et est encore aujourd'hui, considérée comme tout aussi mythique qu'énigmatique.
En 1968, quatre ans avant son décès, Cristobal Balenciaga, alors âgé de 73 ans, refuse de compromettre son exigence et sa vision en faisant du prêt-à-porter et décide de fermer la Maison. La marque sera relancée en 1997.
Certaines robes et manteaux sont présentés sur des mannequins sommaires :
D'autres robes sont trop fragiles pour cela et sont présentées étendues sur un support textile
Des explications et démonstrations sont données par des couturières du service des archives de la Maison
Terminons par un ensemble de "petits hauts" tous plus beaux les uns que les autres.
Quelques vues extérieures des bâtiments restaurés
Le chevet de la chapelle et sa pointe
Des jardins dans chaque cour délimitée par les ailes des bâtiments
et par des passages bénéficiant de la lumière douce des jardins.
Avant de ressortir dans la cour, le hall d'accueil des visiteurs du siège de Kering.
Mirdidingkingathi Juwarnda Sally Gabori, Fondation Cartier
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Exposition hors du commun à la Fondation Cartier, l'artiste aborigène Sally Gabori.
Considérée comme l'une des plus grandes artistes contemporaines australiennes de ces deux dernières décennies, Sally Gabori commence à peindre en 2005, vers l'âge de 80 ans, et atteint rapidement une renommée artistique nationale et internationale. En quelques années d'une rare intensité créatrice, jusqu'à sa disparition en 2015, elle élabore une œuvre unique aux couleurs vibrantes, sans attache apparente avec d'autres courants esthétiques, notamment au sein de la peinture aborigène contemporaine.
Mirdidingkingathi Juwarnda Sally Gabori est née vers 1924 sur l'île Bentinck, dans le golfe de Carpentarie, au nord de l'Australie. Elle appartient au peuple kaiadilt et parle la langue kayardilt. Son nom, Mirdidingkingathi Juwarnda, est issu de la tradition kaiadilt qui veut que chacun soit nommé en fonction de son lieu de naissance et de son ancêtre totémique. Ainsi, Mirdidingkingathi indique que Sally Gabori est née à Mirdidingki, une petite crique située au sud de l'île Bentinck, et que son « totem de conception > est juwarnda, le dauphin.
Pendant les neuf années de son activité artistique, Sally Gabori peint plus de 2000 toiles explorant comme en accéléré les multiples ressources de l'expression picturale. Son œuvre est titrée selon le lieu, chacun représenté plusieurs centaines de fois. Le parcours d'exposition en dévoile les plus importants : au rez-de-chaussée est présenté un ensemble de toiles principalement liées au lieu Thundi.
Toutes sont des peintures polymères synthétiques sur toile de lin ; nous les classons par ordre chronologique :
Thundi, 2008 :
Thundi, 2010 :
De 2010 également, ce tableau est titré Thundy - Big River
Thundi, 2011 :
Thundi, 2012 :
Dans cette salle, deux autres lieux sont aussi présents :
Ninjilki, 2006 et 2011 :
et Dibirdibri Country, 2010 :
L'autre grande salle du rez-de-chaussée est consacrée surtout à des Oeuvres collectives.
L'installation la plus spectaculaire est faite de deux toiles monumentales de 2m par 6 m, réalisées avec six autres femmes artistes, dont ses sœurs et nièces : Thunduyingathi Bijarrb May Moodoonuthi, Wirrngajingathi Bijarrb Kurdalalngk Dawn Naranatjil, Kuruwarriyingathi Bijarrb Paula Paul, Rayarriwarrtharrbayingathi Mingungurra Amy Loogatha, Birrmuyingathi Maali Netta Loogatha et Warthadangathi Bijarrba Ethel Thomas.
En haut : Makarrki - King Alfred's Country, 2008
En bas : Sweers Island, 2008
Une toile réalisée avec ses filles Amanda et Elsie :
Pat et Sally's Country, 2011
Dans cette salle, également, deux toiles titrées Thundi, 2010 :
et une toile intitulée Dibirdibi Country, 2011
Au sous-sol, la grande salle est principalement consacrée à Dibirdibi.
Inépuisable source d'inspiration, c'est Dibirdibi que Sally Gabori a le plus souvent représenté. Les toiles réunies ici sont à la fois des célébrations du récit fondateur de son île natale et des portraits de son mari bien-aimé, Pat Gabori.
Par ordre chronologique, Dibirdibi Country, 2008 :
De la même année, Outside Dibirdibi, 2008 :
et Ninjilki, 2008 :
Dibirdibi Country, 2009 :
De la même année, Nyinyilki - Main Base, 2009
Dibirdibi Country, 2010 :
et, sur quatre panneaux, Dibirdibi Country, 2012 :
Terminons avec la petite salle du sous-sol, où Sally Gabori évoque Nyinyilki.
À Nyinyilki, sur la côte sud-est de l'île, se trouve un lagon d'eau douce jonché de nénuphars, d'où se dégage une atmosphère douce et humide. Issue d'un bras mort d'une rivière ou d'un cours d'eau, cette étendue d'eau est aussi appelée billabong, typique des paysages australiens.
La mer, dans ses différents tons de bleu, est morcelée par endroits par un vaste système de pièges à poissons composés de murets de pierres, construits par les kaiadilt sur les pourtours de l'île. Sally Gabori, comme la plupart des femmes Kaiadilt, était chargée de la pêche et de l'entretien de ces pièges. Ce motif figure en abondance dans les tableaux de Sally Gabori, le plus souvent sous forme d'épais traits noirs qui tranchent avec les couleurs vives et pastel de ces paysages.
Nyinyilki, 2009 :
et quatre toiles Nyinyilki, 2010 :
Gérard Garouste au Centre Pompidou (suite et fin)
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Nous poursuivons dans ce billet le parcours de la rétrospective que consacre au peintre Gérard Garouste, né en 1946, le Centre Pompidou (cf. notre billet du 1er octobre), en essayant de faire partager au lecteur toute la variété de la palette de cet artiste si complexe, et en réduisant les commentaires au maximum, donnant seulement quelques clés pour comprendre sa démarche :
Gérard Garouste approfondit, dans les années 1990, sa connaissance de la Bible hébraïque et la richesse de son exégèse, à travers les études talmudiques. En 1995-1996, un ensemble de tableaux sur le thème de «Tal la rosée » (Tal en hébreu signifie « rosée ») marque le début d'un dialogue assumé entre image et mot. Les personnages ressemblent souvent à des lettres, et leurs bras sont démesurés, tordus, de même que leurs jambes. Les thèmes récurrents de cette série sont Adam, la mort, la résurrection, le châtiment, le feu et, surtout, l'eau.
L'Adam purifié, 1995-1996, huile sur toile
L'Ève à la fontaine, 1995-1996, huile sur toile
Il établira, 1995-1996, huile sur toile
L'Adam et les trois lumières, 1995-1996, huile sur toile
Le Chien au baptême, 1995-1996, huile sur toile
Entre chien et loup, 1995-1996, huile sur toile
Le Guérisseur, 1995, huile sur toile
Le Berger, 1998, huile sur toile
La redécouverte du Don Quichotte de Miguel de Cervantes (XVII° siècle) par Gérard Garouste, à la lumière de la thèse selon laquelle l'auteur aurait pu être un marrane - un Juif d'Espagne ou du Portugal converti de force au christianisme et pratiquant en secret sa religion -, a suscité une nouvelle thématique, qui ressurgit à plusieurs reprises dans l'oeuvre du peintre. Dans cette scène, les personnages du livre forment un défilé tragi-comique. L'artiste s'y est représenté en bouffon diabolique aux côtés de l'ange qui confie des secrets à l'âne.
Don Quichotte et les livres brûlés, 2013, huile sur toile
Le Théâtre de Don Quichotte, 2012, huile sur toile
La duègne et le pénitent, 1998, huile sur toile
Adam Quichotte, 1998, huile sur toile
Le Masque, 1998, huile sur toile
Le Vol du Grison, 1998, huile sur toile
La Ville mensonge, 1999-2000, huile sur toile
L'Alliance, 1999-2000, huile sur toile
Le Vieillard et la prostituée, 1999-2000, huile sur toile
L'Antipode, 1999-2000, huile sur toile
La Croisée des sources, 1999-2000, huile sur toile
Garouste commence en 2002 une série de portraits de proches et de personnalités du monde de l'art. Il part d'une photographie du modèle auquel il fait subir des déformations grâce à un logiciel informatique. Puis il le fait poser à nouveau en cherchant à lui faire atteindre la posture suggérée, et le photographie à nouveau. La peinture issue de ces images parachève la torsion et le démembrement des corps, laissant le visage presque intact et reconnaissable. Elizabeth, l'épouse de l'artiste, s'est prêtée au jeu, ainsi que leurs fils Guillaume et Olivier, et leurs belles-filles, Stéphanie et Noémie.
La Mouche (Portrait de Guillaume), 2003-2004, huile sur toile
Sans titre (Portrait de Stéphanie). 2003, huile sur toile
Le Mat et le Fou (Portrait d'Olivier), 2003-2004, huile sur toile
Portrait d'Elizabeth, 2005, huile sur toile
En 2005, Gérard Garouste réalise une série d'œuvres sur le thème de « L'ânesse et la Figue ». Il remarque qu'en hébreu, il existe une proximité consonantique entre les mots «ânesse » et «figue », et qu'ils sont mis en relation dans le Talmud. Ce constat déclenche dans la peinture de Garouste une kyrielle d'associations entre ânesse et figue, ainsi que d'innombrables digressions autour de la figure animale de l'âne, que l'artiste affectionne tout particulièrement. Les Libraires aveugles met en image les propos méprisants de saint Augustin concernant le rapport des Juifs aux écritures saintes. Les Juifs seraient en effet les dépositaires des livres (l'Ancien Testament) qui portent en germe la venue du Messie. Mais ils n'ont pas été capables de le comprendre. Ils sont comme des libraires aveugles qui diffusent des livres qu'ils ne savent pas lire. L'idée de la preuve, réclamée par les chrétiens, est ici mise à mal avec ironie comme procédant d'une quête dangereuse.
Le Masque de chien, 2002, huile sur toile
L'ânesse et la Figue, 2005,huile sur toile
Balaam, 2005, huile sur toile
Ave Eva, 2005, huile sur toile
Alma, 2005, huile sur toile
Épaule fils d'âne (Autoportrait), 2005, huile sur toile
Passage, 2005, huile sur toile
Les Libraires aveugles, 2005, huile sur toile
Dina, 2005, huile sur toile
L'Étudiant et l'Autre lui-même, 2007, huile sur toile
Chartres, 2007, huile sur toile
Les années 1970 et le début des années 1980 sont marqués, pour Gérard Garouste, par une forte instabilité psychique. Après une longue période de répit, une nouvelle crise survient en 1991, à laquelle ce tableau renvoie directement. L'artiste a maintes fois raconté sa route vers Chartres, dictée par une pulsion incontrôlable qui le conduit dans la cathédrale au fameux labyrinthe, où il interrompt un mariage, casse des cierges, sème le désordre, puis se retrouve interné.
Isaïe d'Issenheim, diptyque, 2007, huile sur toile
Le Coup de l'étrier, 2007, huile sur toile
Garouste se réfère à un épisode terrifiant de son enfance. Son père, dont le comportement conduisit les médecins à le qualifier de « psychopathe», menaça un jour sa mère avec un révolver, agacé de la voir tenir l'aiguière par le goulot. Rétrospectivement, l'artiste s'amuse du titre de la tapisserie accrochée dans la salle à manger où la scène s'était déroulée : Le Coup de l'étrier.
Le Cirque Rosselin, 2007, huile sur toile
La Bourgogne est l'un des trois termes du titre d'une nouvelle série commencée en 2007 : La Bourgogne, la famille et l'eau tiède. Cette région était, dans l'enfance de Garouste, le doux lieu de séjours répétés chez la tante Eléonore et l'oncle Casso, artiste brut sans le savoir. Garouste transpose dans l'époque contemporaine un souvenir de cirque où, âgé de 6 ans, il faisait le pitre affublé d'une peau d'âne et agitant un balai entre ses jambes. C'est donc un homme de 60 ans que l'on voit entouré de sa mère, son oncle et ses tantes, plus jeunes que lui, comme pour signifier la capacité de l'artiste à conserver éternellement une âme d'enfant.
Caved, 2007, huile sur toile
Cette peinture évoque une des nombreuses violentes disputes entre Garouste et son père, survenues tout au long de leur vie. Au sol, le sous-main renvoie aux biens que le père de l'artiste avait spoliés aux Juifs pendant la guerre, fait dont Garouste n'a pris conscience qu'à l'âge adulte. Le titre du tableau, Caved, qui en hébreu signifie « honorer » mais dont la racine comporte le mot « lourd », dit la difficulté du rapport parental.
Le Lit en portefeuille, 2011, huile sur toile
Parmi ses souvenirs d'enfance de Bourgogne, Garouste se rappelle la cuisine de la maison à la fois chaleureuse et inquiétante, comme dans un conte de fées, où le lit de sa tante était toujours en portefeuille. L'artiste apparaît comme enserré dans les montants du sommier métallique que dévoile le matelas roulé, suggérant le refus de se reposer afin de privilégier la quête de la connaissance, à laquelle il semble s'atteler avec un compas.
Le Joueur de flûte, 2007, huile sur toile
De son premier internement à Villejuif, Garouste se souvient d'un malade accroupi, telle une gargouille, sur un meuble et jouant de la flûte avec une règle. L'artiste reprend cette vision qu'il fait incarner par son ami l'acteur Denis Lavant, mais un pinceau remplace la règle. La folie et l'inspiration se confondent dans un personnage que l'on peut rapprocher de la figure de l'Indien forgée par Garouste.
Véronique (Autoportrait), 2005 gouache sur papier
Allongé telle une odalisque, Garouste, qui s'est portraituré avec un sexe féminin, dévoile par le truchement d'un miroir un sexe masculin. Il n'y a donc pas de vérité, ou bien elle doit être sans cesse remise en question. L'allusion, dans le titre, à Véronique - nom dérivé de Vera Icon, l'image fidèle –, celle qui dans la Bible aurait recueilli sur un linge l'effigie du Christ, est une référence critique à la volonté de représentation chrétienne, comme preuve, comme gage de vérité.
Le Golem, 2011, huile sur toile
La scène est inspirée d'un passage du Journal de Franz Kafka. Elle représente autour de la bête informe le maître, incarné par Garouste en alchimiste dément, et les étudiants, dont les visages sont ceux de familiers de l'artiste : l'avocat Olivier Coutard, le médecin et philanthrope Francis Charhon, le réalisateur Joël Calmettes, Guillaume et Elizabeth, fils et épouse de Garouste, et le collectionneur Stéphane Magnan.
La Guitare brisée, 2009, huile sur toile
A la fin des années 2000, Gérard Garouste choisit de s'approprier le Faust de Goethe (19e siècie), dont la légende et les personnages variés sont autant de sujets pour cette série qu'il intitule Songe d'une nuit de Walpurgis. La guitare brisée se réfère directement à une scène de la pièce de théâtre.
L'Harfang et la Souris rouge, 2011, huile sur toile
Le Pacte, 2011, huile sur toile
Le « pacte» est celui conclu entre Faust, incarné par Garouste, et Méphistophélès, sous les traits de son ami l'homme de théâtre Jean-Michel Ribes.
Dérive, 2010, huile sur toile
Garouste se projette dans la dérive des continents dans des millions d'années, et en a reproduit sommairement la modélisation sur une sphère. Il représente son ami mathématicien Henri Berestycki dans une scène où le scientifique perplexe contraste avec un grand singe satisfait, une banane à la main, qui semble peu perturbé par ce phénomène inéluctable.
Wagner, Méphistophélès et l'Homonculus, 2013, huile sur toile
Pinocchio et la partie de dés, 2017, huile sur toile
Pinocchio est un personnage récurrent chez Garouste, symbole de la remise en question de la vérité.
Marguerite-Elizabeth, 2009, gouache sur papier
L'Étudiant et l'Oie grasse, 2017, huile sur toile
La Marionnette à la robe rouge, 2015, huile sur toile
Le Pont de Varsovie et les Ânesses, 2017, huile sur toile
Le Centaure et le Nid d'oiseaux, 2013, huile sur toile
Le Rabbin et le Nid d'oiseaux, 2013, huile sur toile
Le philosophe et rabbin Marc-Alain Ouaknin, grand commentateur de l'ouvre de Garouste, incarne ici le thème du nid d'oiseau.
Pêche nocturne, 2017, huile sur toile
Actéon et le Repentir, 2017, huile sur toile
Les Trois Maîtres et les oies grasses, 2017, huile sur toile
Midrash, 2016, huile sur toile
Balaam et le sous-main, 2017, huile sur toile
La Martre et la Toupie, 2020, huile sur toile
La Martre sur la corniche, 2020, huile sur toile
La Branche brisée et les deux pies, 2019, huile sur toile
Alt-Neu Shul sur le Pont-Neuf, 2020, huile sur toile
La Martre et l'Écureuil (Portrait de Kafka et Chouchani), 2019, huile sur toile
Le Talmudiste et l'Oie grasse, 2020, huile sur toile
Le Caroubier, la Canne et la Besace, 2020, huile sur toile
Job, 2020, huile sur toile
Milena, 2020, huile sur toile
Le Puits, la Belette et le Shulamit, 2021, huile sur toile
H'avrouta (la Martre et Pinocchio), 2019, huile sur toile
Deux compères, qui ne sont autres que Gérard Garouste et Marc-Alain Ouaknin, semblent partager un moment d'exception dans un échange joyeux.
Aboulafia, 2021, technique mixte sur papier
Garouste rend hommage à Abraham Aboulafia, exégète talmudiste du 13e siècle.
Milena et Kafka, 2021, gouache sur papier
Le Clown blanc et l'Auguste, 2019, diptyque, huile sur toile
La boucle est bouclée : deux personnages très identifiables, le Clown blanc et l'Auguste, à la fois opposés et complémentaires comme le sont le Classique et l'Indien.
Terminons avec un très beau triptyque :
Le Banquet, 2021, triptyque, huile sur toile
(de gauche à droite : 1er panneau : Pourim - 2e panneau : Festin d'Esther - 3e panneau : Le Don de la manne)
Le triptyque Le Banquet, œuvre majeure de la série consacrée à Franz Kafka, renvoie à de multiples clés de lecture : la fête de Pourim, avec ses confettis, qui célèbre le festin d'Esther ; le glissement de sens du mot confetti, soit « coriandolo » en italien, qu'on peut rapprocher des grains de coriandre de la manne céleste ; le tableau La Récolte de la manne (1577) du Tintoret qu'inspire le panneau de droite... Kafka, dans le panneau central, est entouré, en plus des personnages du livre d'Esther, de la psychanalyste Éliane Amado Levy-Valensi, de l'historien de la Kabbale Gershom Scholem, du philosophe Martin Buber, de deux de ses fiancées, Dora Diamant et Milena, de ses trois sœurs, du philosophe Walter Benjamin, de l'acteur yiddish Itshaq Löwy.
Gérard Garouste au Centre Pompidou (1ère partie)
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Une des expositions phares de cette rentrée est la rétrospective présentée, avec la concours de l'artiste, de l'œuvre de Gérard Garouste. nous lui consacrerons, compte tenu de son volume, plusieurs billets.
Gérard Garouste, né en 1946, est l'un des plus importants peintres contemporains français, adepte d'une figuration sans concession. Sa peinture, qui puise dans la mythologie, la littérature, le récit biblique et les études talmudiques, questionne sans relâche, dérange, mais sur le mode d'un jeu dont les règles seraient sans cesse à réinventer. La rétrospective que lui consacre le Centre Pompidou permet de saisir toute la richesse du parcours inclassable de Garouste, «l'intranquille ».
Pour notre part, nous chercherons surtout à faire partager au lecteur notre découverte d'une œuvre foisonnante, mise en scène de façon magistrale.
Au début de l'exposition, des œuvres des années 1970 rassemblées sous le titre Le Classique et l'Indien.
Issues d'un rêve, apparaissent au milieu des années 1970, sur l'échiquier de Garouste, les figures du Classique et de l'Indien, reprenant la dichotomie du dionysiaque et de l'apollinien de la philosophie nietzschéenne. Ce mythe intemporel structure sa pensée. On le retrouve dans les personnages de Don Quichotte et Sancho Panza ou encore de Faust et Méphistophélès ; il ressurgit récemment en Clown blanc et en Auguste.
Le Classique, années 1970, huile sur papier marouflé sur toile
Odalisque, 1970, mine de plomb et pastel gras sur panneau
Le Masque, 1980, mine de plomb sur papier
Une installation réunissant :
Le Jeu avec ses 16 combinaisons, 1980, 10 toiles d'une série de 16, huile sur toile et papier kraft enduit marouflé sur toile
La Neuvième Combinaison, 1980, 9 toiles, huile sur toile
avec un gros plan sur :
Le Manipulateur, 1981, huile sur toile
La Règle du jeu, 1979, bronze et terre cuite
Comédie policière, 1978, 4 huiles dur toile
Bouchon de Champagne
Rouge à lèvres
Cavalier
Rouge à lèvres et bouchon de Champagne
Adhara, 1981, huile sur toile (trois toiles, assez dissemblables...)
La Vénus et le Pendu, 1984, sanguine sur papier monté sur chassis
L'Indien, le Chien et le Miroir, 1982, huile sur toile
Orion le Classique, Orion l'Indien, 1981, huile sur toile
Orthros et le Classique, 1981-1882, fusain sur papier
Le Déjeuner sur l'herbe, 1982, mine de plomb sur papier
Les Incendiaires, 1982, huile sur toile
Colomba, 1981, huile sur toile
Les Lutteurs, 1982, huile sur toile
La Chambre rouge, 1982, huile sur toile
La section suivante est intitulée La Bourgogne et les Mythes
Sainte Thérèse d'Avila, 1983, huile sur toile
Le Commandeur et la Règle du jeu, 1985, huile sur toile
Le Pendu, le Vase et le Miroir, 1985, huile sur toile
La Barque et le Pêcheur, la Douleur, 1984, huile sur toile
La Barque et le Pêcheur, le Pantalon rouge, 1984, huile sur toile
Le Commandeur et le Vase bleu, ou Le Commandeur renversé, 1985, huile sur toile
Orion, Maera et le miroir, 1984, diptyque, huile sur toile
Une salle intitulée Dante réunit sur ses murs neuf toiles de la fin des années 1990 inspirées par la Divine Comédie de Dante, et en son centre quatre sculptures de 1990-1991 qui prolongent cette inspiration.
Gérard Garouste s'inspire de La Divine Comédie de Dante, poème écrit au XIVe siècle, pour une série majeure qui l'initiera aux différents niveaux de lecture biblique. Ce monument littéraire raconte, dans les chants de l'Enfer. le parcours initiatique de Dante, conduit par Virgile, des limbes jusqu'au centre de la terre. La descente de Dante aux Enfers se fait depuis la forêt obscure par une longue route qui traverse les neuf cercles concentriques menant au Diable. Chaque palier, correspondant à l’expiation de péchés, est une scène où se jouent les supplices sur fond de fange, de pluie, de vent, d'eau boueuse, de fleuves de sang, de terre brûlante, de fossés, de ravins. Des formes, souvent indistinctes, que l'oeuvre de Dante inspire à Garouste émergent par moments des personnages plus ou moins nets que l'on pourrait associer, comme certains titres le suggèrent, à un épisode donné du récit, mais là n'est pas l'essentiel. Avec La Divine Comédie, Garouste développe une peinture de l'imprécision d'une force saisissante.
Dante et Cerbère, 1986, huile sur toile
Trois oeuvres Sans titre, 1986-1987, huile sur toile
Phlégyas, Dante et Virgile, 1986, huile sur toile
Manto, 1986, huile sur toile
Les Rives de l'Eunoé, 1986, huile sur toile
Inferno, Dante et Virgile, 1986-1987, huile sur toile
La Visitation, 1987, huile sur toile
Les quatre sculptures, sans titre, 1990-1991
Terminons ce premier billet par une très belle salle intitulée La Dive Bacbuc. Cette installation (1998, acrylique sur toile et structure en fer battu) en occupe le centre, et ses murs sont tendues de grandes toiles intitulées Indiennes (acrylique sur toile, 1987-1988).
Vers la fin des années 1990, Gérard Garouste conçoit La Dive Bacbuc, une œuvre circulaire monumentale dont les parois sont des tentures rappelant la série des «Indiennes », initiée en 1987, mais qui sont peintes sur les deux faces. La face interne est cachée au regard puisque l'on ne pénètre pas dans le cylindre. Elle se découvre grâce à des œilletons disposés le long des parois. L'œuvre est inspirée de celle de Rabelais: elle en transmet la trivialité, l'humour caustique, la jouissance vitale et aussi la dimension mystique. Elle nous place en situation de voyeur, mais le dispositif nous empêche de suivre le fil du récit imagé de façon continue: le hiatus entre deux visions, cet espace mental que nous cherchons à combler, devient alors le moteur de l'œuvre.
Quelques vues de l'extérieur de La Dive Bacbuc.
À travers les œilletons...
Les Indiennes le long des murs de la salle...
et pour finir ce premier aperçu, les indiennes les plus spectaculaires.
Une intrusion dans l'atelier de Jean Cardot (1930-2020)
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Sous ce titre un peu recherché, l'Académie des Beaux-Arts rend hommage au sculpteur Jean Cardot, né à Saint-Étienne en 1930 et mort à Paris en 2020. Il avait été élu à l'Académie des Beaux-Arts en 1983, au fauteuil de Paul Belmondo et l'avait présidée à deux reprises.
Cette exposition se tient dans le Pavillon Comtesse de Caen de l'Institut de France que le lecteur de ce blog a déjà rencontré à plusieurs reprises (cf. nos billets du 11 janvier 2020 et du 2 octobre 2021)
Une occasion de faire mieux connaissance avec l'œuvre de cet artiste qui, selon sa biographie affichée dans l'exposition, a choisi de garder une totale liberté de création. Il n'appartient à aucune école, à aucun courant, ce qui lui a permis de revenir à la figuration à chaque fois qu'il en a eu envie. Il est l'auteur de plus de soixante-dix monuments, en France, au Canada, en Pologne, en Chine. A Paris, La Flamme de la Liberté, édifiée dans la résidence de l'Ambassadeur des Etats-Unis, reflète l'unité de son oeuvre qui s'étend de Jefferson sur la rive gauche de la Seine, à Churchill et à De Gaulle sur les Champs-Elysées, symbolisant le combat pour la liberté.
À l'entée, Études pour lady Saatchi, Joséphine Hart, 2014, bronze
La Justice, 1986, bronze (3/8)
Étude pour Jefferson, 2003, bronze
Trois intimités, 2018, bronze (de gauche à droite, 1/8,2/8, 1/8)
Le cirque, rose des vents, 1967, bronze (4/10)
Études de têtes d'épée, bronze doré et bronze
Ces études, de gauche à droite et de bas en haut, ont été réalisées pour les épées de Sebastião Salgado, photographe brésilien élu en 2016, le mime Marcel Marceau (1923-2007), élu en 1997, le médecin et poète François-Bernard Michel, élu en 2000, le graveur Jean-Marie Granier (1922-2007), élu en 1991, le compositeur et chef d'orchestre Marius Constant (1925-2004), élu en 1992, le compositeur et chef d'orchestre Laurent Petitgirard, élu en 2000 et encore un compositeur, Jean Prodomidès (1927-2016), élu en 1990.
Taureau bondissant, Taureau estocard, Taureau à l'arrêt, 1961, bronze
Torse d'homme, bronze, non daté
Quatre études pour éléphants, 1965, plâtre
Christ, 2018, bronze
Christs, 2020, bronze
Portraits de Pierre Mesmer, Anonyme, Baron Gourgaud, 1963,2005, plâtre
On retrouve trois autres Études pour lady Saatchi, Joséphine Hart, 2014, cette fois en plâtre.
Au milieu de la dernière salle, le plâtre original du monument à Sir Winston Churchill, 1996, dont la fonte en bronze est installée près du Petit Palais, à la hauteur du 13 avenue Winston Churchill à Paris.
Au fond de cette dernière salle, est exposée l'épée d'académicien de Jean Cardot, évidemment dessinée par lui-même, entouré de photos de quelques œuvres et de son atelier.
En ressortant, sur la parvis de l'institut, on retrouve une œuvre de Jean Cardot, Taureau Lumière, 1967, bronze, Fonderie de Coubertin, avec la légende suivante :
Après l'obtention du Premier Grand Prix de Rome en 1956, Jean Cardot séjourne à la Casa de Velázquez à Madrid de 1957 à 1959. Il se passionne alors pour le taureau (et non la corrida), cet animal à qui il consacrera de nombreuses études. Le Taureau Lumière (1967) est réalisé en terre cuite puis fondu en bronze pour un collège de sa ville natale à Saint-Etienne. Un exemplaire de cette oeuvre a été inauguré en décembre 2020 devant le Musée national d'art de Chine à Pékin.
Simon Hantaï : l'exposition du centenaire (II/II)
Nous terminons dans ce billet le parcours de la rétrospective présentée par la Fondation Louis Vuitton à l'occasion du centenaire de la naissance de Simon Hantaï (cf notre dernier billet) avec la série des Meuns (1966-1968).
Avec cette série qui a pour nom le village de Seine-et-Marne où Simon Hantaï s'est installé en 1965, le blanc ou « non-peint » devient déterminant.
« La toile est pliée aux quatre coins et au centre, puis recouverte d'une seule couleur. Quelques coups de pinceaux soulignent parfois certains plis ou zones laissées vierges ».
Six Meuns datés de 1967 et 1968, huile sur toile
Passons aux Études (1968-1971), sans doute l'uns des créations les plus connues de l'artiste, avec les Tabulas.
« La toile est pliée uniformément et recouverte d'une seule couleur, afin d'obtenir de larges formes blanches (non colorées) découpées irrégulièrement »
La plupart de ces Études datent de 1969
Dans une très belle salle, les Blancs (1973-1974)
« Le pliage de la toile est conçu de telle sorte que les zones colorées sont de plus en plus restreintes, tandis que les blancs (les zones non colorées) sont de plus en plus grandes. »
Cette période correspond à l'adoption de l'acrylique par le peintre.
Ces Blancs sont datés de 1973 et 1974.
La période des Tabulas s'étend de1972 à 1982, date du retrait de Simon Hantaï de la vie publique.
Ces toiles de très grandes dimensions occupent plusieurs des grandes salles du premier étage de la Fondation.
« Le pliage de la toile s'organise selon un quadrillage régulier, permettant de faire apparaître un ensemble de carrés ou compartiments. La toile, nouée à l'intersection de chacun des carrés, est ensuite recouverte d'une même couleur ».
Mono ou multicolores, aux carrés de dimensions très variables,...
jusqu'à cette Tabula lilas de 1982
Exposées notamment à une des rares expositions auxquelles Simon Hantaï a consenti après son retrait en 1982, les Laissées (1994-1995).
Les Laissées (du nom des déjections d'animaux sauvages) sont produites à partir des Tabulas monumentales de l'exposition du CAPC (Centre d'arts plastiques contemporains, Bordeaux) en 1981 qui ont été découpées au cutter ; des morceaux sont ensuite sélectionnés et recadrés en leur ajoutant au besoin de la toile vierge. « Sur les coupes faites par la toile, la surcoupe (le surcoup) du cutter ».
Dans cette belle salle :
Un ensemble de quatre Laissées de 1994 (acrylique sur toile)
Un ensemble de Sérigraphies de 1996 (sérigraphie sur toile 1/6)
Ces grandes Sérigraphies en noir et blanc sont réalisées en partant des photographies prises tangentiellement des Tabulas du CAPC qui sont recadrées et redressées pour créer des grandes bandes verticales noires et blanches.
En regard de deux Études de 1969 (huile et acrylique sur toile)
Œuvres tardives (1983-2004)
De 1982 à 1985, Simon Hantaï réalise des peintures multicolores à l'acrylique, très diluée et transparente, souvent de petit format, qu'il n'exposera pas de son vivant.
De très belles grandes toiles sans titre, acrylique sur toile, 1984 et 1985
De multiples petits formats de techniques diverses, de toutes époques.
Quelques plans rapprochés, pour le plaisir des yeux
Tout à la fin de l'exposition, encore des Tabula mâtinées de Laissée (?)
Une tabula non dépliée...
et des œuvres un peu étranges :
Deux Suaires obtenus par l'impression numérique d'un cliché d'une Tabula Lilas de 1982 dont la toile a jauni avec le temps, 2001, impression numérique, encre d'imprimerie sur toile
et Buée/H.b./ & photographies, Paris, 2004, impression numérique sur papier montée sur une plaque en aluminium, avec trois reproductions collées sur la surface.
Cette œuvre reproduit une photographie d'une Tabula lilas (1982), et comprend les reproductions suivantes : un portrait d'Anna Hantaï (mère de l'artiste) de 1972, une encre de chine sur papier d'Henri Michaux (1954-1955) et une photographie d'Hélène Adant (1943-1944) représentant Henri Matisse à Vence découpant des gouaches pour la série Jazz.
Simon Hantaï : l'exposition du centenaire (I/II)
À l'occasion du centenaire de la naissance de Simon Hantaï - née à Bia en Hongrie en 1922, décédé à Paris en 2008 - la Fondation Louis Vuitton a présenté ce printemps une rétrospective magistrale de l'œuvre de cet artiste, installé en France dès 1948 et naturalisé en 1966.
Cette rétrospective de cent trente œuvres, souvent monumentales, pour beaucoup inédites, a été réalisée avec l'aide de sa veuve Zsuzsa Hantaï et de ses enfants. Elle présente pour la première fois le travail réalisé pendant la dernière partie de sa vie, dans le secret de son "dernier atelier", après 1982, date à laquelle Simon Hantaï a déclaré arrêter de peindre et se retirer de la vie publique.
L'exposition passe rapidement sur la période "surréaliste" de Simon Hantaï, qui s'est brouillé avec le mouvement et en a été exclu en 1955.
Narcisse collectif, Paris, 1953, huile, techniques mixtes et collages d'objets sur toile
De cette première période :
Peinture (pliage), Paris, 1950, huile sur toile pliée
Peinture, Paris, 1951, toile pliée et technique mixte sur carton
La Momie, Paris, 1950, huile sur photographie imprimée sur papier (feuillet de revue)
Sans titre, Paris, 1950, huile sur papier imprimé
mises en regard avec un des "maîtres" de Hantaï, l'américain Jackson Pollock (1912-1956) :
Number 26 A, Black and White, New York, 1948, peinture glycérophtalique sur toile
Sans titre (peinture interminable par réductions successives), Paris, 1982-1985, acrylique sur toile
Les grandes toiles de la fin des années 50 occupent la première salle de l'exposition.
Peinture, Paris, 1958, huile sur toile
Souvenir de l'avenir, Paris, 1957, huile et poussière sur toile
Deux Peintures, 1957
Les Larmes de saint Ignace, Paris, 1958-1959, huile sur toile
Peinture (Écriture rose), Paris, 1958-1959, encres de couleur, feuilles d'or sur toile de lin
Peintures, Paris, 1959 Huile sur toile
Peinture, Paris, 1958-1959, huile et feuilles d'or sur toile
À Galla Placidia, Paris, 1958-1959, huile sur toile
Début des années 1960 : Les Mariales
Hantaï abandonne l'écriture et le geste et introduit une toute nouvelle méthode de travail : le pliage. De 1960 à 1982, huit séries vont se succéder, correspondant chacune à un procédé différent. Dans cette première série, une fois la toile froissée de bord en bord, les parties visibles sont peintes avant d'être dépliées, puis tendues, créant un espace totalement recouvert.
4 Mariales, huiles sur toile de 1960 à 1962
En 1963-1964, la série des Catamurons, du nom d'une maison de vacances louée à Varengeville, dont le pliage ne concerne que la partie centrale de l'œuvre.
Quelques Catamurons de 1963 à 1964
Deux toiles sans titre de la même période.
Passons à la série des Panses (1964-1967)
Selon Simon Hantaï, la Panse est un « pliage multiple d'une même forme ovoïdale, recouverte de couleurs jusqu'à masquage de tous les vides des pliages successifs ».
Pour terminer cette première partie de la visite, comme nous l'avions commencée avec Pollock, deux oeuvres d'un autre "maître" de Hantaï, Henri Matisse(1869-1954)
Algue blanche sur fond rouge et vert, Vence, 1947, papiers découpés peints à la gouache et collés sur papier
Nu bleu IV, Nice, 1952, fusain et papiers gouachés découpés et collés sur papier marouflé sur toile
Dans un prochain billet, nous terminerons le parcours de cette rétrospective avec les Meuns, les Études, les Blancs, les Tabulas, les Laissées et les œuvres tardives.
La couleur en fugue - à la Fondation Louis Vuitton
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Outre la grande rétrospective consacrée au centenaire de Simon Hantaï (que nous évoquerons dans un prochain billet) la Fondation Louis Vuitton a présenté cet été une très belle exposition intitulée La Couleur en fugue, où la peinture « sort du champ restreint de la toile tendue sur châssis. Couleurs et supports s’inventent une liberté nouvelle en envahissant l’espace (mur, sol, plafond) ».
Elle comprend des œuvres de Sam Gilliam (Etats-Unis, 1933-2022), Steven Parrino (Etats-Unis, 1958-2005) et Niele Toroni (Suisse/France, né en 1937), ainsi que deux interventions inédites, réalisées pour la Fondation Louis Vuitton par Katharina Grosse (Allemagne, née en 1961) et Megan Rooney (Canada, née en 1985).
Galerie 9 : Sam Gilliam
Sam Gilliam est né en 1933 à Tupelo (Mississippi). Installé à Washington depuis 1962, il fait partie de la troisième génération d'artistes de la Washington Color School initiée par Kenneth Noland et Morris Louis dans la mouvance du Color Field Painting, un courant pictural américain majeur né en réaction à l'expressionnisme abstrait de l'après Seconde Guerre mondiale.
En 1968, il inaugure les Drape paintings à travers lesquels il définit un langage pictural nouveau, en explorant le potentiel de la surface et l'étendue du champ coloré. Les trois œuvres monumentales exposées ici sont emblématiques de cette série, qui marque à la fois l'abandon total du châssis et l'avènement d'une peinture dont la forme se déploie à chaque fois en fonction des particularités architecturales du lieu d'exposition. Dans l'atelier, Gilliam travaille sur une toile posée à même le sol sur laquelle il verse des pigments acryliques largement dilués avant de tamponner, frotter ou presser la matière à l'aide de pinceaux et de chiffons.
Toujours dans la galerie 9, Steven Parrino.
Né en 1958 à New York et diplômé de la Parson's School of Design (New York) en 1982, Steven Parrino peintre, performeur, vidéaste et musicien a fait partie de plusieurs groupes de musique punk-rock dont Electrophilia, créé par lui-même en 1997 et rejoint par Jutta Koether en 2002. Il se fait connaître dès 1984, suite à une exposition personnelle à la galerie Nature morte où il expose ses premiers « misshaped canvases » (« toiles déformées »), sa série la plus célèbre qu'il continuera jusqu'à sa mort prématurée dans un accident de moto le 1er janvier 2005.
Bousculant les frontières entre peinture et sculpture, Steven Parrino libère la toile de sa planéité et fait sortir la couleur du cadre, la laissant déborder dans l'espace. Les œuvres présentées appartiennent à la série des misshaped canvases (toiles déformées) : au mur, quatre tondi et un carré percé dont les toiles ont été peintes soigneusement par Parrino avant d'être manipulées pour créer des effets de vortex en relief. Au sol, deux installations de toiles froissées deviennent sculptures.
Dans la galerie 11, Niele Toroni
Niele Toroni est né à Muralto, dans le Tessin suisse, en 1937. Après des études à l'école normale et un peu d'enseignement, il décide en 1959 de venir à Paris - où il vit et travaille encore aujourd'hui - « pour faire de la peinture ». Artiste connu pour ses pratiques hors champ et nomades, réalisant ses empreintes à l'intérieur comme à l'air libre, Niele Toroni requalifie les espaces qu'il investit en adaptant ses œuvres au lieu d'exposition. Depuis 1966, il réalise des empreintes monochromes au moyen de pinceaux plats, larges de 5 cm, qu'il applique sur une surface donnée à intervalles réguliers de 30 centimètres. Bien que ce « travail-peinture » soit le résultat d'un geste répété à l'identique, chaque empreinte est différente et varie en fonction de la quantité de peinture, de la vigueur du geste, du type de support, de sa forme, et de la couleur choisie. Toroni est présent ici par un ensemble d'œuvres réalisées entre 1967 et 1997 qui témoigne de la diversité des supports utilisés. La toile cirée, utilisée par l'artiste à ses débuts, lui permet de déployer ses empreintes en fonction de la dimension du mur. Découpée selon les besoins, c'est le lieu qui détermine la quantité de peinture visible.
Avec Flambo, marque de présentoir des magasins de décoration, Toroni pose ses empreintes de différentes couleurs sur les panneaux mobiles qui composent cet objet.
L'Hommage aux hirondelles est placé en hauteur dans un angle, tel un nid d'oiseau.
Les tondi aux « rouges » de Bordeaux proviennent des empreintes réalisées par l'artiste sur des barriques de vin.
Les quatre peintures formant un ensemble accueillent chacune des empreintes de couleur différente : rouge, jaune, bleu, noir. La couleur rythme chaque toile de cette partition picturale.
Les deux autres artistes de l'exposition ont été conviés par la Fondation Louis Vuitton à exécuter une œuvre (par nature éphémère) in situ.
Dans la galerie 8, Megan Rooney :
With Sun (2022)
peinture industrielle, acrylique, peinture à la bombe, pastel gras, pastel, crayon.
Née en Afrique du Sud en 1985, Megan Rooney déménage avec sa famille à de Janeiro puis, quelques années plus tard, quitte le Brésil pour le Canada, où elle passera la majorité de son enfance. Elle grandit à Markham, près de Toronto. En 2014, elle s'installe à Londres, où elle réside depuis.
Artiste pluridisciplinaire, Megan Rooney associe dans une même œuvre peinture, sculpture, performance et écriture. With Sun, peinture murale inédite et éphémère réalisée spécifiquement pour la Galerie 8, relie dans un même élan les parois sur toute leur hauteur. Munie de différents outils et aidée d'une nacelle élévatrice, Megan Rooney s'est engagée dans une performance de longue haleine qui s'est déroulée sur plusieurs semaines. Comme toujours chez l'artiste, l'œuvre se construit dans un dialogue étroit avec l'architecture, sans esquisse préparatoire. Au fil des jours, les couches de peinture s'accumulent, avant d'être révélées par endroits à l'aide de disques abrasifs, laissant apparaître des configurations abstraites où l'on croit deviner les indices d'éléments anthropomorphes. Rooney explore ici la densité d'une palette solaire, riche et colorée, dominée par des teintes et des variations chatoyantes d'orange, de mauve, de jaune, de vert, de rose, jusqu'à des tonalités pastel. Inspirée par les spécificités de cet espace ouvert sur le ciel, l'artiste a créé une peinture en connexion avec la nature environnante - dans laquelle elle puise continuellement - en écho avec les modulations lumineuses d'un soleil printanier et ses vibrations qui envahissent l'espace.
Enfin, autre œuvre in situ dans la grande salle que constitue la galerie 10, Katharina Grosse :
Splinter, 2022 Acrylique sur contreplaqué, mur et sol
Depuis la fin des années 1990, Katharina Grosse, née en 1961 en Allemagne, explore les potentialités de la peinture au-delà des limites du cadre et de la toile. Embrassant sols, murs, plafonds, objets ou paysages entiers, elle crée des sites picturaux multidimensionnels grâce à la technique de projection de la couleur par pistolet-pulvérisateur qui est devenue sa signature. La couleur est au cœur de son travail et fait le lien entre toutes ses œuvres.
Au départ de Splinter, l'artiste crée un élément hétérogène dynamique, composé de formes triangulaires, à partir duquel la couleur se propulse dans un grand élan. Composé d'une vingtaine de triangles en contreplaqué emboîtés sur une structure autoportante, ce dispositif occupe une partie du mur de droite de la Galerie 10 et fonctionne comme un « déclencheur » visuel reliant sol et plafond. Une fois la structure installée dans l'espace, la seconde étape consiste à la peindre, ainsi que tout ce qui l'environne. Grâce à un pochoir, Katharina Grosse crée un vide au centre, comme si la lumière, en s'engouffrant par le skylight était venue « brûler » la peinture.
À la sortie de l'exposition, la maquette au 1:20 d'une autre commande passée à Katharina Grosse par la Fondation Louis Vuitton, qui sera, elle, pérenne comme les œuvres d'Olafur Eliasson, Ellsworth Kelly... en lien avec l'architecture de la Fondation.
Il s'agit de Canyon, une œuvre qui sera dévoilée à l'automne 2022. Composé de huit « pétales » - des rubans en feuilles d'aluminium de près de 15 mètres de long, peints à l'acrylique et reliés à une traverse -, ce projet d'environ 3,4 tonnes reprend un questionnement de l'artiste : comment une peinture peut-elle exister dans un espace sans sol et sans murs où circulent l'air, la lumière, les flux et les énergies ? Répondant aux façades de verre du bâtiment de Frank Gehry, à ce navire amarré à une cascade, Katharina Grosse propose de hisser, à l'aide d'une poulie, une sorte de voile découpée dans un dialogue tout en tension avec les multiples strates qui caractérisent cette architecture. Canyon s'insère dans un vide visible depuis les différents paliers de la Fondation, retombant sur le toit du « studio », frôlant les escaliers qui conduisent à la passerelle. Tout en courbes et contre-courbes, l'œuvre défie la gravité en associant raideur et souplesse, enchevêtrements et pans libres. Stabilisée et potentiellement mobile, elle se joue des plis et des effets de drapé.
En espérant pouvoir présenter au lecteur, dans un futur billet, l'œuvre réelle mise en place, nous concluons sur ces photos de la maquette.
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