Georgia O'Keeffe au Centre Pompidou (1/2)
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La première grande expo de la saison au Centre Pompidou, dans le lignée des expositions consacrées aux femmes peintres, présente la première rétrospective en France de l'oeuvre de l'américaine Georgia O'Keeffe (1897-1986). A New York, dans les années 1910 et 1920, elle participe à la révolution qui fait surgir une peinture ni tout à fait abstraite ni vraiment figurative, saturée de couleurs puissantes et de formes organiques géométrisées. Dans l’entre-deux-guerres, elle découvre le Nouveau-Mexique, où elle s’installe, à Ghost Ranch. Elle y découvre des paysages et des motifs naturels, dont elle tire des toiles absolument singulières, tantôt attentives aux détails, tantôt épurées à l’extrême. Jusqu’à la fin de sa vie, elle incarne la liberté.
L'exposition s'ouvre sur une section intitulée
La galerie 291
Créée en 1905 par le photographe Alfred Stieglitz, la galerie 291 (en référence au numéro de l'immeuble qui l'accueille sur la Cinquième Avenue de New York) est le premier lieu de diffusion et de pédagogie de l'art moderne aux États-Unis. Après Rodin (en 1908), Matisse (en 1908, puis en 1910), Cézanne (en 1911), Stieglitz organise les premières expositions américaines de Picasso (1911), Picabia (1913) et Brancusi (1914). Georgia O'Keeffe découvre la galerie en 1908, durant ses études à l'Art Students League de New York. Elle en suivra dès lors les expositions et les publications, notamment la revue Camera Work qui publie les premières études consacrées aux artistes des avant-gardes européennes. Stieglitz, qui l'épousera en 1924, présente une série de dessins au fusain de Georgia O'Keeffe dans une exposition de groupe dès 1916. De 1923 jusqu'à sa mort, en 1946, il consacrera chaque année une exposition à l'œuvre d'O'Keeffe. Il dira qu'elle «incarne l'esprit de 291».
Quelques œuvres présentées dans cette section comme sources de l'inspiration de Georgia O'Keeffe à la galerie 291 :
Pablo Picasso : Nature morte, encre, crayon graphite et fusain sur papier, 1910-1911 et Nu debout, Cadaquès, encre de chine, été 1910
Paul Cézanne : Le Four à plâtre, aquarelle sur tracés au crayon noir sur papier vélin crême, vers 1890-1894
Eugène Rodin : Femme nue sur le dos de face et les jambes repliées et écartées, crayon au graphite sur papier vélin, sans date
Arthur Dove (1880-1946) : Orange Grove in California de Irving Berlín, huile sur panneau, 1927
Marsden Hartley (1877-1943) : Painting, Number 5, huile sur toile de lin, 1914-1915
Charles Demuth (1883-1935) : Red Glalioli, aquarelle et graphite sur papier, 1928
Premières œuvres
Les fusains que Georgia O'Keeffe soumet au jugement d'Alfred Stieglitz en 1916 témoignent de l'ancrage de ses œuvres dans une tradition marquée par le naturalisme et le vitalisme de l'Art nouveau, découvert durant ses premières années de formation à Chicago. En cette fin des années 1910, l'art d'O'Keeffe s'attache à l'érotisme présent dans les aquarelles d'Auguste Rodin ainsi qu'à la synthèse formelle et au mouvement vers l'abstraction dont témoignent les œuvres d'Arthur Dove. Les aquarelles que réalise O'Keeffe au Texas, où elle enseigne de 1912 à 1914, puis de 1916 à 1918, sont inspirées par les mouvements des astres et les espaces infinis.
Nude Series VIII, aquarelle sur papier, 1917
Nude Series IX, aquarelle sur papier, 1917
Special No. 9, fusain sur papier, 1915
Black Lines, aquarelle sur papier, 1916
Sunrise and Little Clouds No. II, aquarelle sur papier, 1916
Blue II, aquarelle sur papier, 1916
Evening Star No. VI, aquarelle sur papier, 1917
Vers l'abstraction
Fin 1912, dans la revue Camera Work, Georgia O'Keeffe découvre la traduction d'un extrait du livre Du Spirituel dans l'art, et dans la peinture en particulier publié quelques mois plus tôt à Munich par Vassily Kandinsky. Elle en retient qu'il existe deux voies tracées pour l'art moderne: celle de la « Picasso-forme » - voie ouverte par le cubisme, conduisant à une négation du réel au profit de sa métamorphose analytique et plastique - et celle issue de la « couleur-Matisse », à l'héritage de laquelle Kandinsky a associé l'expression de la vie et de l'âme des objets. Par leur biomorphisme, les peintures que produit O'Keeffe à la fin des années 1910 montrent qu'elle a fait le choix d'un art résolument attaché au monde sensible et à ses ressources symboliques. Interrogée sur le caractère « abstrait » de ses œuvres, O'Keeffe aime à répondre qu'elle est « toujours surprise de voir comment les gens séparent l'abstraction du réalisme ». « L'abstraction » n'est pour elle qu'un moyen, le fruit d'un éloignement de la source de ses formes, d'une séparation, d'une décantation.
Series I - No. 4, huile sur panneau, 1918
Series I - No. 3, huile sur panneau, 1918
Series I - No. 8, huile sur toile, 1919
Series I White & Blue Flower Shapes, huile sur panneau, 1919
Blue Line, huile sur toile, 1919
Series I - From the Plains, huile sur toile, 1919
Red and Orange Streak, huile sur toile, 1919
Blue and Green Music, huile sur toile, c 1919-1921
Abstraction. Blind I, huile sur toile, 1921
Abstraction White, huile sur toile, 1927
Black Abstraction, huile sur toile, 1927
Abstraction, fusain sur papier, 1945
De New York à Lake George
À partir de 1920, Georgia O'Keeffe et Alfred Stieglitz partagent leur temps entre New York et Lake George lieu de villégiature de la famille Stieglitz dans l'État de New York. O'Keeffe peint en alternance les mouvements du ciel et de l'eau, des fruits et des feuilles, et les gratte-ciels qu'elle peut contempler depuis les fenêtres du Shelton Hotel à New York, où elle habite désormais avec Stieglitz, depuis leur mariage en 1924. Ses peintures témoignent de l'intérêt qu'elle porte aux artistes de la galerie 291, au naturalisme d'Arthur Dove ou de John Marin, aux formes rectilignes, aux surfaces unifiées puisées dans le spectacle de l'Amérique industrielle et urbaine. Les granges qu'elle peint à Lake George concilient ses souvenirs d'enfance et les formes cristallines héritées du cubisme chères aux peintres Charles Demuth et Charles Sheeler. Ses buildings réalisés à Manhattan dessinent d'immenses « canyons » sous la voûte étoilée, O'Keeffe demeurant fascinée par le ciel infini et la puissance du cosmos qui l'ont marquée au Texas.
The Barns, Lake George, huile sur toile, 1926
Farmhouse Window and Door, huile sur toile, octobre 1929
Storm Cloud, Lake George, huile sur toile, 1923
From the Lake No. 1, huile sur toile, 1924
Red, Yellow and Black Streak, huile sur toile, 1924
Lake George - Autumn, huile sur toile, 1922
My Shanty, Lake George, huile sur toile, 1922
East River from the Sheldon Hotel, huile sur toile, 1928
East River from the Sheldon (East River No. 1), huile sur toile, 1927-1928
New York Street with Moon, huile sur toile, 1925
The Shelton with Sunspots, N.Y., huile sur toile, 1926
Ritz Tower, Night, huile sur toile, 1928
Ossements et coquillages
La vie, dans son mouvement, ses cycles, est le premier sujet de la peinture de Georgia O'Keeffe. La croissance d'un végétal, l'épanouissement d'une fleur disent autant du vivant que la spirale d'un coquillage mort ou les os blanchis d'un bovin. Au Nouveau-Mexique, elle a l'intuition de cette continuité du cycle vital : « Les ossements semblent tailler au cœur de ce que le désert a de profondément vivant ». En 1943, elle peint pour la première fois un os de bassin collecté lors d'une marche dans le désert. S'il ne devient pas la métaphore directe des temps de guerre, le ciel qu'elle entrevoit dans la cavité de l'os brandi à bout de bras devient pour elle « ce Bleu qui sera toujours là comme il est maintenant même après que les hommes en auront fini avec leurs destructions » : la vie, au-delà de la mort.
Clam and Mussel, huile sur toile, 1926
Ram's Head, White Hollyhock-Hills (Ram's Head and White Hollyhock, New Mexico, huile sur toile, 1935
Pelvis with the distance, huile sur toile, 1943
Pelvis IV, huile sur panneau, 1944
Nous vous proposons de poursuivre cette visite dans un prochain billet.
L'Heure bleue : Peder Severin Krøyer
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Rentrée des expositions parisiennes sur ce blog avec la découverte, pour nous, du peintre danois Peder Severin Krøyer (1851-1909).
Le musée Marmottan Monet présente en effet la première exposition monographique en France de celui qui est au plein air ce que son compatriote et contemporain Vilhelm Hammershøi fut à la peinture d'intérieur. Très présent à Paris de son vivant, il y avait été oublié depuis sa mort.
Elle se concentre sur le travail réalisé par Peder Severin Krøyer à Skagen un village de pêcheurs situé à l'extrême nord du Danemark. Elle est intitulée "l'heure bleue", un phénomène qui se produit au crépuscule : une couleur et une lumière particuliers apparaissent alors sur la mer au-dessus de l'horizon, qui ont fasciné les peintres.
1. Peder Severin Krøyer à Paris
Peint ici en 1904 par son ami Laurits Tuxen (1853-1927), Krøyer n'est pas un inconnu à Paris. Il y a souvent exposé de son vivant. Depuis, il a régulièrement été présenté dans des manifestations évoquant le Danemark de la fin du XIXe siècle. Au musée d'Orsay figure Bateaux de pêche, qui lui valut une médaille d'honneur à l'Exposition Universelle de 1889 et confirme les liens étroits que Krøyer a entretenus avec la France.
Au début du parcours, deux autoportraits de Krøyer, huile sur bois de 1879 et huile sur bois de 1889.
Un portrait de Marie Triepcke, l'année de son mariage avec Krøyer, huile sur toile, 1889.
Elle était peintre elle aussi ; le tableau les représentant tous deux a été réalisé "à deux mains" :
Marie Krøyer (1867-1940) et Peder Severin Krøyer : Double portrait de Marie et Peder Severin Krøyer, huile sur toile, 1890
Le déjeuner des artistes à Cernay, dit aussi Un déjeuner d'artistes à l'hôtel Léopold de Cernay-la-Ville, huile sur bois, 1879
2. À la découverte de Skagen
Après avoir voyagé en Allemagne et aux Pays-Bas, Krøyer arrive à Paris en 1877 et entre dans l'atelier du peintre Léon Bonnat. Il ne séjourne pas seulement à Paris mais aussi à Cernay-la-Ville et en Bretagne où son art s'imprègne du naturalisme ambiant. Jusqu'en 1903, il revient régulièrement à Paris et séjourne dans différentes villes d'Europe où il expose, mais son port d'attache est désormais Copenhague qu'il quitte à la belle saison, à partir de 1882, pour retrouver la colonie d'artistes installée à l'extrême nord du Danemark, à Skagen. Là, il réalise de nombreux portraits de pêcheurs et multiplie scènes de genre et études qui vont lui servir à réaliser de grands formats destinés aux expositions.
Petite fille debout sur la plage de Skagen, Sønderstrand, huile sur bois, 1884
L'Heure bleue, huile sur toile, 1907
Devant la maison de Christoffer à Skagen, soirée d'été, huile sur toile, 1885
Oscar Björck peignant à Skagen, Sønderstrand, huile sur toile, 1882
Marie Krøyer peignant sur la plage, Stenbjerg, huile sur bois, 1889
Artistes sur la plage de Skagen, Sønderstrand, huile sur toile, 1882
La Plage de Skagen au clair de lune, huile sur panneau, 1899
Ambiance vespérale à Skagen ,huile sur panneau, 1893
3. Des œuvres pour le Salon parisien
Afin de participer aux Salons et expositions qui se tiennent dans
l'ancien château de Charlottenborg, à Copenhague, et un peu partout en Europe, Krøyer brosse, dans les années 1880, de grandes toiles où il représente la dure existence des marins-pêcheurs de Skagen. Plusieurs d'entre elles figurent sur les cimaises du Palais de l'Industrie, à Paris, tels ses Bateaux de pêche de 1884 que le public découvre avec admiration la même année et revoit lors de l'Exposition Universelle de 1889. Chacune de ses peintures est longuement préparée au moyen de dessins, de pastels et de nombreuses esquisses qu'il réunit sur la toile définitive, certains détails pouvant apparaître à plusieurs reprises. Très vite, Krøyer choisit un moment particulier de la journée pour installer ses compositions. Il s'agit de ce moment, entre chien et loup, où le bleu du ciel se fait plus intense et la nuit plus claire. C'est la fameuse « heure bleue » qui donne une lumière toute particulière à ses peintures et colore les ombres des pêcheurs à la tâche.
Trois pêcheurs halant un bateau, huile sur toile, 1885
Pêcheurs de Skagen, Danemark, coucher de soleil, huile sur toile, 1883
Départ des bateaux de pêche après le coucher du soleil, Skagen, huile sur toile, 1894-1895
Pêcheurs sur Nordstranden, soir d'été, huile sur bois, 1891
Bateaux de pêche, huile sur toile, 1894
Une barque blanche sur la plage, soir d'été, huile sur toile, 1895
4. Entre amis
En 1884, les amis peintres de Krøyer, Michael (1849-1927) et Anna
Ancher (1859-1935) achètent une maison à Skagen et, durant l'été, invitent leurs amis à fêter l'événement. Ce n'est cependant pas là, mais dans le jardin de l'hôtel Brøndum qui appartenait aux parents d'Anna Ancher, que Krøyer réalise les premières esquisses de l'oeuvre qu'il achève en 1888. Le lieu n'est pas la seule incartade hors de la vérité du peintre puisqu'il ajoute aussi certains amis absents comme Christian Krohg (1852-1925) ou Thorvald Niss (1842-1905), tandis qu'il en supprime d'autres. Quant à son portrait, sur l'axe central de la composition, il le peint d'après celui réalisé par l'artiste suédois Oscar Björck (1860-1929). Présentée à l'Exposition Universelle parisienne de 1889, l'oeuvre soulève l'enthousiasme de la critique qui admire un « œil aussi fin et aussi juste que la main est adroite, une entente remarquable à traduire tous les modes lumineux, à y faire mouvoir des formes vivantes » (André Michel, Journal des Débats, 29 août 1889).
Hip, hip, hip, hourra ! Déjeuner d'artistes, Skagen, huile sur toile, 1885-1888
Quatre des études de petit format réalisées par Krøyer pour cette toile :
Anna Ancher avec sa fille Helga sur ses genoux, 1884
Etude pour un portrait d'Hélène Christensen, vers 1884
La Table est mise, 1887
Hip, hip, hip, hourra !, 1888
5. Soleil, joie, jeunesse
Le succès des tableaux peints à Amalfi durant son séjour du mois de
juillet 1890, représentant des baignades d'enfants, incite Krøyer à multiplier ce type d'évocation où lumière rime avec joie et jeunesse. Il n'hésite pas, dès lors, à reprendre le sujet à plusieurs reprises les années suivantes, y compris dans des formats ambitieux de la taille des tableaux de Salon. Ainsi, en 1892, il peint des Enfants se baignant (localisation inconnue) dont nous conservons plusieurs esquisses préparatoires, au pastel ou à l'huile, très abouties où se lit la technique très en pâte de l'artiste. Cette série de petits baigneurs n'occupe Krøyer qu'un court moment mais a une grande influence sur les développements de la peinture de plein-air au Danemark. Elle marque, en particulier, le mouvement vitaliste qui inspire le peintre Jens Ferdinand Willumsen (1863-1958) dans son Soleil et Jeunesse (1909, Göteborg, Göteborgs Konstmuseum).
Garçons se baignant un soir d'été sur la plage de Skagen, huile sur toile, 1899
Garçons se baignant, huile sur toile, 1908
Attendez-nous !, huile sur toile, 1892
6. Le temps du bonheur
Durant ses séjours à Skagen, Krøyer travaille avec ardeur aux grandes
toiles qu'il adresse aux expositions, mais trouve aussi le temps de peindre de plus petits formats, reflets de sa vie intime et des moments paisibles que vit le couple bientôt rejoint par une enfant, Vibeke, qui voit le jour en 1895. Bien d'autres relations et amis passent aussi, que le peintre photographie et dont certains, comme sa belle-mère, figurent dans ses tableaux. Le plus célèbre tableau évocateur de ces tendres moments, Roses, représente Marie Krøyer vêtue de rose, assise dans une chaise longue dans le jardin de la maison qu'ils louaient à madame Bendsen. Mais le personnage principal est, plus que son épouse, l'immense rosier en fleurs qui occupe le premier plan et dont les branches envahissent la toile. Cette composition peut être rapprochée de plusieurs toiles de Claude Monet (1840-1926) et, en particulier, de La Liseuse (1870, Baltimore, Walters Art Gallery) que Krøyer put voir, en 1889, à la galerie Georges Petit.
Roses, huile sur toile, 1893
Dans le jardin de Skagen, huile sur bois, 1893
Michael Ancher, Helene Christensen et Anna Ancher dans le jardin des Brøndum, huile sur bois, 1885
Tir à la cible, huile sur bois, 1883
Poulets sous les arbres dans le jardin de madame Bendsen, huile sur bois, 1893
Oscar Björck peignant dans le jardin des Brøndum, huile sur bois, 1884
7. L'Heure Bleue
Une partie de la notoriété de Krøyer repose sur quelques tableaux
emblématiques peints durant l'été sur la plage située au sud de Skagen. Le sable blond, où se repèrent les traces de pas de promeneurs disparus, traverse la toile en diagonale, ne laissant qu'une petite portion de l'espace à la mer et au ciel aux tonalités avivées par le phénomène atmosphérique qu'est l'« heure bleue ». Plus ou moins décentrés, un ou plusieurs personnages - le plus souvent d'élégantes jeunes femmes, Marie Krøyer et Anna Ancher, mais parfois aussi le peintre et sa femme - se promènent entre terre et mer, silhouettes minuscules dans l'immensité de l'espace. La première de ces compositions a été peinte en 1893. Il s'agit du tableau intitulé Soirée calme sur la plage de Skagen, Sønderstrand préparé par plusieurs photographies et esquisses. C'est à Paris que le tableau fut exposé pour la première fois, sur les cimaises du Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts de 1895.
Pêcheurs sur la plage de Skagen, après-midi d'été, huile sur toile, 1883
La Plage au sud de Skagen, huile sur toile, 1883
8. Le portraitiste
Krøyer fut d'abord portraitiste. L'appel de la nature modifia son intérêt pour la figure; les portraits ne furent bientôt que des éléments de ses scènes de genre. Il n'en oublia pas pour autant ce thème qui réapparaît à différents moments et donne lieu à des portraits d'apparat qu'il adresse aux expositions. Ses qualités de portraitiste sont néanmoins telles qu'il doit, à la fin des années 1880 et dans les années 1890, renoncer à des sujets personnels pour brosser de grandes toiles réunissant de nombreuses personnalités du monde industriel et culturel danois. Sa fille Vibeke, comme les enfants de ses amis, occupe une place importante dans son travail de peintre de portrait. Souvent représentés en extérieur, la lumière et le paysage qui les entourent contribuent à évoquer les meilleurs moments de l'enfance.
Portrait de Holger Drachmann, huile sur toile, 1895
Portrait de Tove Benzon, huile sur toile, 1894
Portrait des deux filles d'Alfred Benzon, Else et Hanne, huile sur toile, 1897
Terminons avec deux portraits intimes :
- le dernier autoportrait de Krøyer, peint en juillet 1909 l'année de sa mort et dédié à son ami Michael Ancher
- un portrait de sa femme Marie peint en 1889 pendant leur voyage de noces. Jamais exposé et conservé par le peintre, il n'apparut qu'en 1910 lors de la vente organisée après son décès.
Jean Puy - Ambroise Vollard : Un fauve et son marchand (2/2)
Terminons la visite de l'exposition Jean Puy au musée de Pont-Aven entamée dans notre dernier billet. La section suivante est intitulée
L'amour de la nature
Plus qu'un peintre de la ville, Jean Puy a toujours été attiré par la nature. Tout au long de sa vie, il est resté attaché aux mêmes lieux: Saint-Alban-les-Eaux, la Bretagne, vers lesquels il revient aux mêmes saisons. Il fréquente plus rarement les rives de la Méditerranée : Saint-Tropez, Toulon ou Collioure.
Très lié à sa famille, Jean Puy retourne à Saint-Alban-les-Eaux, chaque été de 1896 à 1936. Il a beaucoup représenté la terrasse ombragée de la maison familiale, décor de scènes intimistes où figurent souvent ses jeunes sœurs. La campagne environnante est aussi un motif récurrent dans son travail. Le paysage y est vallonné et les champs, vignes et bois s'étagent sur les flancs des collines.
La Forêt-bois de pins ou La Forêt au crépuscule, huile sur toile, 1903
Paysage noble, huile sur toile, 1904
Vue de Saint-Alban, huile sur toile, vers 1901
Forêt en Forez ou Sous-bois au soleil, huile sur toile, 1912
Le Hamac à Saint-Alban ou Repos dans le hamac, huile sur toile, vers 1904
Quai de Saint-Tropez, huile sur toile, vers 1924
Barques vertes à Collioure, huile sur toile, 1913
Jean Puy séjourne à Collioure de février à mars 2013, sans doute sur les conseils de Matisse qui y séjourna en 1905.
Autoportrait et tête de plâtre ou Tête en plâtre et mon portrait, huile sur toile, 1908
Exercices de style : les natures mortes
Jean Puy a réalisé des natures mortes tout au long de sa carrière. Le genre est à la mode pour décorer les intérieurs bourgeois de la première moitié du XXe siècle. Obéissant aux formules mises en place à la fin du XIXe siècle, il n'hésite cependant pas à s'en affranchir pour développer ses propres recherches. Dans l'oeuvre Bouquet de fleurs ou Nature morte de fleurs (1906), Jean Puy se montre radical dans sa composition, oubliant toute notion de perspective et inscrivant le bouquet dans un format tout en hauteur, à la manière d'une estampe japonaise. En dehors des fleurs, il aime peindre des objets simples, issus de son quotidien sur des tables recouvertes de nappes colorées : coupes remplies de fruits, pots et coupelles de toutes sortes, poissons et crustacés en écho à son goût pour la mer ou encore plâtres d'études ou céramiques qui peuplent son atelier.
Les Poissons, huile sur toile, 1911
Oranges et citrons ou Nature morte aux oranges et citrons, huile sur toile, 1912
Bouquet de fleurs ou Nature morte de fleurs, huile sur carton, 1906
Bouquet de fleurs au vase blanc, huile sur toile, 1912
Nature morte au compotier et aux grappes de raisin, huile sur toile, 1912
Ubu à la Guerre
Texte d'Ambroise Vollard, illustrations de Jean Puy, 1923
Jean Puy traverse les deux guerres mondiales. La première, surtout, aura un impact important sur sa carrière. Volontaire pour rejoindre l'armée, il est finalement incorporé en janvier 1915. Il sera mobilisé pendant 3 ans. Même s'il est peu marqué dans sa chair, le traumatisme de cette sombre période se manifeste par une sorte de dépression et par un arrêt provisoire de sa créativité.
Pendant la guerre, Ambroise Vollard et Jean Puy ne cessent d'être en contact. En 1916, le marchand, qui se dirige vers l'édition, reprend à son compte le personnage d'Ubu, créé par son grand ami Alfred Jarry en 1896. Il rédige de nouvelles aventures, inspirées par les lettres et anecdotes que Jean Puy lui envoie du front: Le Père Ubu à l'hôpital (1916) et Le Père Ubu à l'aviation (1918) illustrés par Pierre Bonnard, La politique coloniale du Père Ubu (1919) illustré par Georges Rouault.
Ambroise Vollard fait appel à Jean Puy dès 1919 pour Ubu à la guerre. L'édition de luxe sort en 1923, avec 109 gravures de l'artiste, autant de revanches sur « tous les menus chefs idiots » qui l'ont broyé dans « la stupide machine militaire ». Avec ce projet, Jean Puy retrouve ainsi la confiance et l'enthousiasme que la guerre avait éteints. Les personnages sont grotesques, le trait est vif, jeté sur le papier. D'autres projets étaient en préparation : Le Pot de fleurs de la mère Ubu et Le Déjeuner de l'évêque. Les textes ont disparu mais Jean Puy avait déjà dessiné des planches.
L’Amiral en chef est en train de procéder aux grandes manœuvres avec des bateaux en réduction dans un bocal à poissons rouges... Pour "Le Père Ubu à la guerre", éd. 1923, eau-forte
Quelques autres gravures exposées dans la même section :
L'Évêque surpris en galante compagnie Pour Le Déjeuner de l'évêque (non publié) vers 1924, lithographie
Dante et Père Ubu aux enfers, eau-forte
Candide
Texte de Voltaire, illustrations de Jean Puy, non publié
En plus des projets autour d'Ubu, Vollard sollicite Jean Puy pour des illustrations de Candide de Voltaire, dans la logique de sa politique éditoriale initiée en 1900 avec la publication du sulfureux Parallèlement de Paul Verlaine, illustré par Pierre Bonnard. Pour ce conte philosophique, Jean Puy produit des images au trait enlevé, pleines d'humour, alliant le réalisme à l'ironie grinçante. Vollard décède en 1939, avant l'aboutissement de ce projet et Jean Puy, très investi, se désespère de la disparition de ses travaux.
Excellent dessinateur, Jean Puy trouve dans les techniques de gravure, une nouvelle forme d'expression, au même titre que la céramique qui fut une parenthèse courte mais enrichissante dans sa carrière.
La dernière section de l'exposition a toute sa place à Pont-Aven, et vient clôturer avec bonheur la série des billets émis pendant les vacances d'été...
La passion de la Bretagne
Les lieux de prédilection de Jean Puy sont l'océan et la Bretagne. Cette passion vient d'abord de l'enfance, à travers les grands récits d'aventures de Jules Verne ou d'Homère, puis d'un voyage à l'été 1897 dans la région de Quimperlé et du Pouldu. Passionné par la mer, féru de navigation, il passe de longs mois sur les côtes du Finistère, à naviguer sur son voilier et à peindre au large de Concarneau, dans l'anse de Bénodet, dans la baie de Concarneau et à Belle-Île-en-Mer.
Le Port de Concarneau ou Le Passage à Concarneau, huile sur carton, 1905
Crique en Bretagne ou Entrée de Bénodet, huile sur toile, 1909
L'Arrivée du bateau à vapeur au port du Palais (Belle-Île) ou Arrivée du bateau à Belle-Île, huile sur toile, vers 1921
Le Port du Palais. Belle-Île-en-Mer ou Port du Palais avec des ombrelles noires, huile sur toile, 1921
Mer à Belle-Île ou Marine à Belle-Île, huile sur toile, 1902
Bateaux au port : Belle-Île, huile sur toile, 1904
Jean Puy - Ambroise Vollard : Un fauve et son marchand (1/2)
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Notre "exposition de l'été", à défaut d'exposition nouvelle à la Fondation Leclerc à Landerneau, qui a reprogrammé celle de l'an passé consacrée à Bilal et dont nous avions rendu compte dans notre billet du 1er août 2020, aura été pour nous une belle découverte : celle d'un très beau musée que nous vous avons présenté dans notre dernier billet et celle d'un artiste relativement méconnu.
Lors du Salon d’Automne de 1905 à Paris, Matisse, Derain, Vlaminck, Manguin, Camoin et Marquet, mais aussi Van Dongen et Jean Puy, se distinguent en raison de leur usage de couleurs très vives, saturées et d’un dessin simplifié. Ils sont dénommés les «Fauves» par la critique. Jean Puy est remarqué par le marchand Ambroise Vollard, grand découvreur de talents. S'ensuit une collaboration de 20 ans. Ambroise Vollard soutient l'artiste, achète et vend son travail organise des expositions et lui offre aussi l'expérience de la céramique, puis de l'édition d'art, à laquelle le marchand s'intéresse depuis les années 1900. La «marque» Vollard attire l'attention de grands collectionneurs comme les russes Chtchoukine et Morozov.
L'exposition présente une sélection d'œuvres toutes issues du fonds Ambroise Vollard.
Modèles d'atelier
Suivant une tradition encore très vive dans la première moitié du XXe siècle, Jean Puy et ses amis peintres - Henri Matisse, Albert Marquet ou Henri Manguin - travaillent ensemble. Ils partagent ateliers et nombre de modèles professionnels: de rares hommes comme Bevilaqua, ancien modèle de Rodin, et surtout des femmes comme Anita Champagne ou Eugénie Frémissard. Elles posent nues, dans différentes attitudes debout, assises ou couchées. Des études dessinées permettent de travailler les poses et de préparer l'œuvre définitive.
Selon les époques, Jean Puy peint par petites touches proches du pointillisme, par aplats colorés puissants caractéristiques du fauvisme ou avec une peinture plus modulée, pour un rendu réaliste.
Jeune femme nue au turban sur un divan, huile sur toile, vers 1900
Étude de nu, huile sur bois, vers 1912
Nu féminin assis, huile sur toile, vers 1902
Autoportrait, huile sur toile, vers 1907
Nu assis, huile sur papier contrecollé sur toile, 1902
Nu masculin, le modèle Bevilaqua, huile sur carton, 1901
Étude de femme nue debout, fusain et craie sur papier boucherie bistre foncé, vers 1903-1905
Deux études de femme nue assise, fusain sur papier, vers 1903-1905
Grand nu assis de face, ou L'Italienne, huile sur toile, 1903
Le Repos du modèle, huile sur toile, 1904
Femme assise sur une chaise, fusain sur papier, 1906
La Petite Artiste ou Jeune femme peignant un bouquet de fleurs, huile sur toile, 1910
La charmante Anita ou Jeune femme en chemise et bas bleus, huile sur toile, 1914
Jeune femme de profil, huile sur carton, 1904
Portrait présumé du modèle Eugénie Frémissard, huile sur toile, vers 1904
Femme à la chemise mauve ou Femme en mauve, huile sur carton marouflé sur toile, 1905
Petite Faunesse dormant, huile sur toile, 1904-1906
Céramiques: la collaboration avec André Metthey
C'est à la demande d'Ambroise Vollard que Jean Puy collabore entre 1906 et 1910 avec André Metthey (1871-1920), l'un des plus importants potiers de sa génération. Jean Puy a créé une quarantaine de céramiques dans l'atelier de Metthey à Asnières, principalement entre 1906 et 1907. D'autres artistes de la génération émergente, le plus souvent liés à Ambroise Vollard, s'associent à ce projet: Matisse, Derain, Vlaminck et Rouault entre autres. André Metthey orchestre le travail et en suit toutes les étapes, de la création des pièces jusqu'à la sortie du four.
Cette expérience restera éphémère. Une importante sélection des œuvres produites est présentée au Salon de 1907, mais ne remporte pas le succès escompté.. Quelques artistes dont Jean Puy, Vlaminck et Maurice Denis continueront cependant à fréquenter l'atelier d'Asnières jusqu'à l'hiver 1910 lors duquel les terribles crues de la Seine endommagent l'atelier et les fours et mettent définitivement fin à cette expérience. Ce mouvement inédit trouvera un écho durable auprès de grands artistes comme Dufy, Chagall, Miró, Lurçat ou Picasso.
Vase Les Faunesses, faïence à décor de grand feu, entre 1906 et 1910
Assiettes :
Quatre torses de femme, faïence à décor de grand feu, entre 1906 et 1910
Hommage à Rousseau, faïence à décor de grand feu, entre 1906 et 1910
Le Paradis, faïence à décor de grand feu, entre 1906 et 1910
Crabe et étoiles de mer, faïence à décor de grand feu, vers 1910
,
Panneaux
Les Baigneuses, faïence à décor de grand feu, 1908
Figures au repos ou La Danse, faïence stannifère peinte, 1908
Orphée charme les monstres, faïence à décor de grand feu, 1909
La douceur du quotidien
Parmi les scènes de genre acquises par Ambroise Vollard durant ses années de collaboration avec Jean Puy, l'une des plus célèbres est sans doute Flânerie sous les pins. C'est avec cette oeuvre, réalisée en 1905 pour le Salon d'Automne, que Jean Puy est associé au scandale fauve. Il y déploie un art de la composition dans laquelle chaque figure occupe un espace délimité, comme autant de petites scènes juxtaposées sur la toile. Il a souvent peint sa compagne, Jeanne-Olive Le Marc'Hadour, un ancien modèle, dans des activités familières, lisant ou cousant, à l'intérieur ou dans la nature. Brune au visage rond, elle incarne la Jeune femme au bord de la mer (1908), la Jeune femme lisant (1904) ou encore Madame Puy au bouquet de fleurs (1908). Ce sont ses jeunes sœurs qui posent pour Le Hamac à Saint-Alban (1904), sur la terrasse de la maison familiale de Saint-Alban-les-Eaux. Parfois précédées d'esquisses, ces œuvres laissent une fois encore entrevoir sa maîtrise du dessin et de l'emploi des couleurs.
Madame Jean Puy au bouquet de fleurs ou Femme et bouquet de marguerites, huile sur toile, 1908
La Femme en rouge, huile et fusain sur toile, 1904
Jeune femme à l'ombrelle ou Portrait à l'ombrelle rouge, huile sur toile, 1904-1906
Esquisse à l'ombrelle rouge ou Femme à l'ombrelle, huile sur carton, vers 1904
Jeune Femme lisant ou Femme lisant, huile sur toile, 1904
Jeune Femme lisant ou Femme lisant (esquisse), gouache, fusain et pastel sur papier, 1904
Flânerie sous les pins, huile sur toile, 1905
Repos au bord de la mer, pochade pour Flânerie sous les pins, huile sur carton, 1905
Deux femmes cousant sous les arbres ou Femmes faisant des filets, huile sur toile, 1911
Jeune femme au bord de la mer ou Femme au bord de la mer, huile sur toile, 1908
Le Peintre et son modèle à Belle-Île, huile sur toile, vers 1905
Nous terminerons dans un prochain billet la visite de cette exposition.
Musée de Pont-Aven
Nous nous sommes rendus au musée de Pont-Aven pour y découvrir la belle exposition consacrée à Jean Puy, qui fera l'objet d'un prochain billet. Avec en frontispice Danse bretonne, bas-relief (vers 1892) de Georges Lacombe (1868-1916) , un aperçu des collections permanentes.
À l'entrée, quelques tableaux d'artistes un peu obscurs (du moins pour l'auteur) :
Marie Luplau (1848-1925) Le Bois d'Amour à Pont-Aven, 1883
Gaston Rouillet (1847-1925) Le Port de Pont-Aven, 1878
Edward Loyal Field (1856-1914) Intérieur d'atelier, 1884
Otto Hagborg (1854-1927) Menuiserie à Pont-Aven, 1888
Hermanus-Franciscus Van den Anker (1832-1883) La Marchande de beurre ou Le Partage du beurre, intérieur breton, vers 1880-1882
Thomas Hovenden (1840-1895) Portrait de Julia Guillou (1848-1927), 1880
Hermanus-Franciscus Van den Anker, Portrait de Marie-Anne Herlédan (1815-1889)
Juila Guillou, d’abord simple employée à l’Hôtel des Voyageurs, hypothéqua la ferme familiale et emprunta auprès de Pontavenistes pour l'acquérir de sa patronne en 1871. La "bonne hôtesse" – son surnom - accueillait surtout les "académiques" ou encore "les Américains", appellation couramment utilisée pour désigner les membres de cette colonie d’artistes cosmopolite. L’affaire prospéra et s’agrandit : ce fut d’abord l’immense annexe de Pont-Aven, à elle seule révélatrice du nombre de pensionnaires (aujourd’hui Hôtel de Ville) avec sa salle à manger de 250 couverts et ses 4 ateliers d’artistes puis l’annexe à Port-Manech, la Villa Julia. Cuisine raffinée, bals, promenades en calèches, excursions en bateau... tout était organisé pour satisfaire la clientèle. Pierre-Auguste Renoir séjourna dans cet hôtel en 1893.
Dans le registre des reliques, l'enseigne de l'ancienne pension Gloanec, huile peinte sur bois vers 1880 par Hermanus-Franciscus Van den Anker et Fernand Quignon (1854-1941)
et une porte d'atelier (trois panneaux) peinte vers 1890-1895 par un anonyme, qui proviendrait de l'atelier Champy, situé sur les côteaux de Kéramperchec.
Le Ramassage du goémon, L'Aven, Le Port de Pont-Aven, vu du quai
Au sortir de cette section "historique", le musée présente dans le "cabinet Gauguin" un accrochage thématique consacré à des gravures de Paul Gauguin (1848-1903) et d'Émile Bernard (1868-1941).
Paul Gauguin :
Les Misères humaines, zincographie à la sanguine sur papier jaune, 1889
Les Vieilles à Arles, zincographie sur papier jaune, 1889
Les Drames de la mer, Bretagne, zincographie sur papier jaune, 1889
Les Drames de la mer. Une descente dans le maelström, zincographie sur papier jaune, 1889
Baigneuses bretonnes, zincographie sur papier jaune, 1889
Les Laveuses, zincographie sur papier jaune, 1889
Joies de Bretagne, zincographie sur papier jaune, 1889
Pastorales. Martinique, zincographie sur papier jaune, 1889
Les Cigales et les fourmis. Souvenir de la Martinique, zincographie sur velin jaune, 1889
Émile Bernard :
La plupart des gravures présentées ici sont extraites d'un recueil intitulé Bretonneries, dont elles étaient détachables à la vente.
Bretonneries, page de titre, zincographie en noir rehaussée d'aquarelle, 1889
Bretonne à la cruche, zincographie en noir rehaussée d'aquarelle, 1889
La Cueilleuse de pommes, zincographie en couleur, 1889
Bretonnes nourrissant les cochons, zincographie en noir rehaussée d'aquarelle, 1889
Bretonnes faisant les foins, zincographie, 1889
Bretonnes étendant le linge, zincographie en noir rehaussée d'aquarelle, 1889
Le Retour du Pardon, zincographie en noir rehaussée d'aquarelle, 1889
Terminons cette petite section temporaire avec des œuvres d'inspiration différente :
Le Christ en croix, de Paul Gauguin, empreinte sur papier Japon d'après un bois gravé par l'artiste en 1895
Crucifixion, d'Émile Bernard, xylographie sur papier vergé ivoire, 1890-1892
Quelques œuvres pour terminer le parcours des collections permanentes :
Pierre Girieud (1875-1948) Hommage à Gauguin, 1906
Armand Seguin (1869-1903) Nu de la Comtesse d'Hauteroche, 1896
Paul Gauguin : Village breton sous la neige, huile sur toile, entre 1894 et 1899
De nombreux tableaux de Paul Séruzier (1864-1927) :
Intérieur à Pont-Aven, huile sur toile, 1888
Portrait de Marie Lagadu, huile sur toile, 1889
Les Porcelets, huile sur toile, 1889
La Grammaire, huile sur toile, 1892
Le Feu dehors ou Mammen, huile sur toile, 1893
Petite Bretonne assise, huile sur toile, 1895
L'Offrande, huile sur toile, 1908
La Vierge à l'enfant, huile sur toile, vers 1914
Nature morte aux citrons et aux escargots, huile sur toile, 1910
Paysage, huile sur toile, 1912
La Cuisine, huile sur toile, 1912
Nature morte aux pommes sur fond bleu, huile sur toile, 1924
Émile Bernard : Les Baigneuses, huile sur toile, 1890
Claude-Émile Schuffenecker (1851-1934) : Portrait de Madame Champsaur, huile sur toile, 1890
Maxime Maufra (1861-1918) : La Côte sauvage du Pouldu, huile sur toile, 1891
Meijer de Haan (1852-1895) : Paysage à l'arbre bleu, huile sur toile, 1889-1890
Maurice Denis (1870-1943) :
Figures à la fenêtre verte, Perros, huile sur toile, 1897
Maternité au Pouldu, effet du soir, huile sur toile, 1899
Baigneuses au Port-Blanc, huile sur toile, 1925
Wladyslaw Slewinski (1856-1918) :
Nature morte aux pommes et au chandelier, huile sur toile, vers 1897
Portrait de Marie Schewtzoff, huile sur toile, vers 1897
Georges Lacombe, surnommé le nabi sculpteur :
Grotte à Camaret, huile sur toile, vers 1893-1894
Breton portant un enfant, peinture à l'oeuf sur toile, 1894
À la fin du parcours, Jean Deyrolle (1911-1967), avec deux huiles sur toile de sa période figurative :
Autoportrait au figuier, 1941
La Glaneuse d'orge, vers 1942
et trois tempera sur toile après son passage à l'abstraction :
Stan, opus 422, 1955
Hernet, opus 637,1960
Ovide, opus 850, 1966
Avant ce quitter ce beau musée, un coup d'œil sur le jardin Filiger, inspiré par un tableau de Charles Filiger (1863-1928) Paysage rocheux, Le Pouldu, vers1891.
Bloc-notes de Bretagne
Un petit creux à la mi-août pour alimenter ce blog : consacrons ce billet, comme souvent à la même époque de l'année, à quelques images tirées de notre séjour de vacances.
Quelques images d'une belle journée à Bénodet, avec l'entrée du port à l'embouchure de l'Odet :
A cette même embouchure, vacanciers et élégante villa...
La vue sur Sainte-Marine et, en rose comme de tradition, son Abri du Marin (ouvert en 1904, inscrit aux MH en 2007)...
De petits voiliers qui descendent l'Odet
Le pont qui enjambe l'Odet, reliant Bénodet à Combrit.
et chez nos bons amis, cette série d'affiches rehaussées de plomb étamé de récupération, par Olivier Lapicque.
La plage à l'embouchure du Penfouls, envahie le soir par la marée montante...
tandis que les surfeurs s'en donnent à cœur joie.
En suivant la côte vers Argenton, de beaux rochers,
L'île d'Yoc'h, sous différents angles, bien différente de la vue qu'en offrait la presqu'île Saint-Laurent plus tôt dans la journée
La guérite d'Argenton
Les chevaux au bord de l'anse
Une jolie voile
et pour terminer, des fleurs de la région : l'humble marguerite qui s'accorde si bien aux rochers moussus,
le modeste chardon,
le discret géranium sanguin,
le pois de senteur,
l'hortensia, omniprésent.
Fréquemment rencontrées aussi, mais sans garantie sur le nom, les montbréties ou crocosmies, avec en arrière-plan, pour faire le lien avec le billet précédent, le Bel-Espoir II,
et enfin, omniprésentes également, les agapanthes, quasiment devenues depuis quelques années la fleur nationale bretonne.
Bateaux
Un billet de saison, inspiré par une promenade sur les quais du port de Brest, par un jour peu ensoleillé.
Commençons par le bassin situé face au quai sur lequel sont situés la plupart des restaurants qui côte à côte proposent au touriste poissons, fruits de mer, et bien sûr crêpes avec toutes les garnitures possibles...
A son extrémité, l'imposante masse de l'Abeille Bourbon, remorqueur d'intervention, d'assistance et de sauvetage (RIAS), long de 80 mètres avec une force de traction de 200 tonnes, et 12 hommes d'équipage. Il a été baptisé le 13 avril 2005 en présence de Bernadette Chirac, sa marraine. Il assure la sécurité maritime du rail d'Ouessant. Propriété du groupe privé Bourbon, son équipage est composé de marins de la marine marchande. Les bandes tricolores peintes sur la coque signifient que l'Abeille Bourbon participe à l'action de l'État en mer. Elle est affrétée par l'État français et se trouve à la disposition du préfet maritime de Brest à tout moment pour assurer la sécurité du rail d'Ouessant.
Devant l'Abeille, Notre-Dame de Rumengol, voilier traditionnel, dundee de 1945 classé monument historique.
et deux petits anciens bateaux de pêche très pimpants.
A quelques pas se trouve, dominé par le château de Brest qui accueille une partie des collections du Musée de ma Marine, la plus traditionnelle des deux marinas du port de plaisance de Brest.
Quelques découvertes :
Le voilier-cargo Grain de Sail (sic), modèle d'écologie, que nous laissons découvrir au lecteur à travers les panneaux explicatifs qui suivent
Quelques images du Grain de Sail...
Amarré à côté du Grain de Sail, un bateau qui a participé au dernier Vendée-Globe, : Compagnie du Lit/Jiliti du skipper Clément Giraud.
Pour sa première participation, il a franchi la ligne d'arrivée le 16 février 2021 après 99 jours, 20 heures, 08 minutes et 31 secondes de course, à la 21e place.
Sur cette image, Compagnie du Lit/Jiliti et Grain de Sail
Une autre belle découverte, le Mariquita, yacht classique construit en 1911 par le célèbre architecte écossais William Fife III. Ce cotre de 38m a été racheté l'an dernier à un britannique par un collectionneur français et confié pour restauration au chantier brestois du Guip.
Un jumeau ou quasi-jumeau de cette merveille était amarré juste devant, mais nous n'avons pas pu l'identifier : avis au lecteur !
Encore quelque images...
...avant d'arriver à la sortie de la marina, sous un soleil très breton.
Quelques autres bateaux rencontrés au cours de ce séjour :
Le canot tous temps Yvon Salaün (SNS 013), ancien bateau de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) affecté à la station SNSM de Portsall de 1955 à 1998, classé monument historique en 2016. Comme chaque année, il est amarré au début de l'été dans l'Aber Benoît à Saint-Pabu.
Amarré à la tonne de l'Aber Wrac'h, nous avons eu le plaisir de retrouver le Bel Espoir, goélette à trois mâts et hunier à coque bois de 1944 achetée en 1968 par l'association de feu le père Jaouen, les Amis de Jeudi-Dimanche.
En février 2017, un phénomène venteux avait couché le Bel Espoir alors qu'il était au chantier de l'association. Sa rénovation à l'identique n'étant pas possible, le choix a été fait de construire un nouveau Bel Espoir, avec une coque en acier, sur laquelle ont été transposés l'ensemble du gréement de l'ancien Bel Espoir, ses chaines et ancres, le guindeau, le moteur, les bossoires, etc.. Sa remise à l'eau était effectivement prévue pour l'été 2021.
Mais nous l'avons retrouvé un peu plus tard au chantier de l'association, au lieu-dit du moulin de l'Enfer : "il nous reste encore pas mal de boulot à faire : cuisine, claire voie avant et claire voie machine, isolation et aménagement intérieur, installations diverses en machine. Mais le moteur , la barre , le guindeau et les mouillages, le gréement et les voiles, étant fonctionnels on n’a pas pu s’empêcher d’aller essayer tout cela en mer. On a donc profité d’un petit vent sympathique pour aller tirer quelques bords devant l’aber . Le bateau est encore très léger, il manque du lest et du poids d’aménagement , mais on a retrouvé des sensations similaires à l’ancienne coque."
La vedette qui fait la navette entre l'Aber Wrac'h et l'Ile Vierge, et qu'on croise de plus en plus souvent aussi dans l'Aber Benoît...
et terminons sur quelques images de notre dernier voyage, en juin dernier, à bord de la péniche Sabrina de nos amis. (Nos lecteurs l'avaient découverte dans notre billet du 20 juin 2016 et revue à de nombreuses reprises). Nous avions embarqué à Montbéliard et débarqué à Mulhouse.
Les origines du monde - l'invention de la nature au XIXe siècle (II/II)
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Poursuivons la visite, amorcée dans notre dernier billet, de cette exposition assez hétéroclite mais intéressante qui s'est tenue au musée d'Orsay, en définitive, de sa réouverture au 18 juillet.
Quelques œuvres consacrées au monde marin et ses mystères :
Charles-Alexandre Lesueur (1178-1846)
Méduse Chrysaora Lesueur, entre 1804 et 1810, aquarelle sur velin
Gustave Moreau (1826-1898) : Galatée, vers 1880, huile sur bois
On remarquera les anémones, coraux, et autres invertébrés marins que l'artiste représente dans l'arrière-plan de sa Galatée.
Eugen von Ransonnet-Villez (1838-1926) : Paysage sous-marin, 1864, huile sur toile
Dans la section suivante, des paysages plus ou moins imaginaires mais toujours effrayants...
Carl Gustav Carus (1789-1869) Paysage géognostique, Katzenköpfe à Zittau, 1820, huile sur toile
Pierre-Jacques Volaire (1729-1799) Éruption du Vésuve, 1771, huile sur toile
John Brett (1831-1902) Glacier de Rosenlaui,1856, huile sur toile
Briton Riviere (1840-1920) Au-delà de l'homme, vers 1894,huile sur toile
et un grand nom pour cloturer cette série :
Joseph Mallord William Turner (1775-1851) : Tempête en mer avec une épave en feu, vers 1840, huile sur toile
Les monstres de la préhistoire, avant l'arrivée de l'homme :
Robert Farren (1832-1912) Duria Antiquior, a more ancient Dorset, vers 1850, huile sur toile
Benjamin Waterhouse Hawkins (1807-1894) :
Megalosaurus, 1853, plâtre peint
Iguanodon, 1854, plâtre peint
et après son apparition :
Paul Jamin (1853-1903) La Fuite devant le mammouth, 1885, huile sur toile
Des tentatives de reconstitution de l'aube de l'humanité :
Yvonne Parvillée (1895-1984) : L'Homme du Moustier, 1923, plâtre
Louis Mascré (1871-1929) et Aimé Rutot (1847-1933) :
Précurseur de l'ère tertiaire, 1909-1914, plâtre peint
L'Homme de Néandertal, 1909-1914, plâtre peint
Femme de la race de Néandertal, 1909-1914, plâtre peint
et des œuvres plus fantasmées :
René Rousseau-Decelle (1881-1964) La Famille préhistorique, 1906, huile sur toile
Fernand Cormon (1845-1924) Les Races humaines, esquisse pour le plafond de l'amphithéâtre de paléontologie du Muséum d'histoire naturelle de Paris, 1897, huile sur toile
Paul Jamin (1853-1903) Rapt à l'âge de pierre, 1888, huile sur toile
Paul Richer (1849-1933) Premier artiste, 1890, plâtre
Gabriel von Max (1840-1915) Pithecanthropus Alalus, 1894, huile sur toile
et un nom plus connu,
František Kupka (1871-1957) Anthropoïdes, 1902, aquarelle et gouache sur papier
Le singe occupe une place de choix dans le parcours, avec les mignons petits singes de Gabriel von Max :
Singe devant un squelette, vers 1900, huile sur toile
Model Laura, 1901-1915, huile sur toile
Abélard et Héloïse, après 1900, huile sur toile
Bonjour! Singe avec un bouquet. Un petit bouquet de pensées, 1901-1915, huile sur bois
Un tableau de Gustave Moreau : Bertrand et Raton, 1879-1885, huile sur toile
et des singes plus menaçants :
Alfred Kubin (1877-1959) Le Singe, vers 1903-1904, craie et crayon sur papier
Emmanuel Fremiet (1824-1910) :
Orang-outan étranglant un sauvage de Bornéo, 1893, plâtre polychromé
Gorille enlevant une femme, 1893, chef-modèle en bronze
Paul Meyerheim (1842-1915) Banquet darwinien préhistorique, 1865, huile sur toile
Une incursion dans le fantastique avec Jean Carriès (1855-1894) :
Batracien à queue de poisson, 1892, grès émaillé
Grenouille aux oreilles de lapin, 1891, grès émaillé
Le Grenouillard, vers 1891, grès émaillé
Deux tableaux d'Odilon Redon :
Vision sous-marine, 1900, pastel sur papier
Oannès, 1900-1910, huile sur toile
et des lithographies sur papier vélin fort gris de son ouvrage Les Origines, Paris, Lemercier & Cie, 1883
Des sculptures d'Auguste Rodin (1840-1917) :
Femme-Poisson, 1915-1917, marbre
La Centauresse, vers 1887, fonte de 1969, bronze, fonte à la cire perdue
Arnold Böcklin (1827-1901) Combat des Centaures, 1872-1873, huile sur toile
George Frederic Watts (1817-1904) Le Minotaure, 1885, huile sur toile
Le thème du Paon a retenu visiblement l'attention du commissariat de l'exposition, avec cette Pavonia, huile sur toile (1858-59) de Frederic Leighton (1830-1896)
Archibald Thorburn (1860-1935) Peacock and Peacock Butterfly, 1917, huile sur toile
et ces objets :
Louis Comfort Tiffany (1848-1933) :
Vase plumes de paon, vers 1897, verre soufflé, modelé à chaud, veiné de stries irisées
Bouteille "Paon", vers 1897, verre
Auguste Delaherche (1857-1940) Vase, 1889, grès émaillé
Quelques tableaux et objets pour illustrer comment la nature inspire les artistes :
Claude Monet :
Nymphéas bleus, 1914-1919, huile sur toile
Nymphéas, entre 1916 et 1919, huile sur toile
Odilon Redon :
Arbre sur un fond jaune, 1901, huile, détrempe, fusain et pastel sur toile
Arbres sur un fond jaune, 1901, huile, détrempe, fusain et pastel sur toile
Des vases ou objets Art Nouveau d'Émile Gallé (1846-1904)
ou ce vase La Mer (vers 1912, émail translucide sur cuivre) d' Eugène Feuillâtre (1870-1916) annonçant la transition vers l'Art Déco.
Enfin, ce chef d'oeuvre de l'école de Nancy :
Émile Gallé (1846-1904), Victor Prouvé (1858-1943), Louis Hestaux (1856-1919) Jardinière Flora marina, Flora exotica, 1889, poirier sculpté, marqueterie de bois divers (amarante, ébène de Macassar, érable moucheté, orme, padoule, poirier, sycomore teinté), intérieur en zinc et plomb
À la fin du parcours, quelques œuvres dont le lien avec le thème nous semble ténu, mais ne boudons pas notre plaisir...
František Kupka (1871-1957) :
Étude pour "Conte de pistils et d'étamines", vers 1919, gouache sur papier
Motif hindou (Dégradés rouges), 1919, huile sur toile
Wassily Kandinsky (1866-1944) Sans titre (Déluge), 1914, huile sur toile
Plusieurs œuvres du norvégien Edvard Munch (1863-1944) :
Métabolisme (Vie et Mort), 1896, encre de Chine sur papier vélin
Hérédité, 1905-1906, huile sur toile
La Madone, 1895-1902, Lithographie 64x48 cm
Piet Mondrian (1872-1944) Évolution, 1911, huile sur toile
et deux beaux tableaux de la peintre suédoise Hilma af Klint (1862-1944) que nous avions découverte dans l'exposition Elles font l'abstraction (notre billet du 22 mai dernier)
Eros, no 1 [Eros, No. 1, Group 2, Series WU (The Rose)] 1907, huile sur toile
Chaos primordial, no 13 [Primordial Chaos, No. 13, Group 1, Series WU (The Rose)] 1906, huile sur toile
Terminons ce billet avec une installation insolite dans le grand hall du musée, en lien avec cette exposition, prêt du Museum National d'Histoire Naturelle :
Marguerite, capturée à Ceylan à la fin du XVIIIe siècle, ainsi qu'un mâle dénommé Hans, sont acheminés en Hollande, via la Compagnie maritime des Indes Orientales, et rejoignent la ménagerie du prince d'Orange. Mais, dans le contexte des guerres de la Révolution, ils sont saisis par l'armée française puis conduits à Paris, à la ménagerie du Jardin des Plantes conçue pour étudier et préserver les espèces animales et instruire le public. On y recueillait alors également les animaux de la Ménagerie royale du Château de Versailles en déshérence.
Après vingt-deux mois de voyage par la route, les canaux, la mer et enfin la Seine, ils arriventle 23 mars 1798. L'engouement est tel que le peintre et naturaliste Jean-Pierre Houël rédige leur biographie, relatant entre autres l'épisode d'un concert avec des musiciens du Conservatoire, destiné à étudier la sensibilité des pachydermes à la musique à travers des airs de Gluck à Mozart, ou encore le très populaire “Ça ira, ça ira”. Hans survit quatre années à sa captivité puis, naturalisé, entre au Musée des Sciences Naturelles de Bourges ; Marguerite vivra jusqu'en 1816, date à laquelle elle sera naturalisée et rejoindra le Muséum national d'Histoire naturelle de Paris. Les caractéristiques morphologiques de l'animal sont bien celles d'une femelle, malgré quelques libertés facétieuses prises par le taxidermiste.
Les origines du monde - l'invention de la nature au XIXe siècle (I/II)
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Nous n'avions pas encore eu l'occasion de présenter à nos lecteurs l'exposition phare de la rentrée du musée d'Orsay, un peu fourre-tout comme la plupart des expositions consacrées à un thème plutôt qu'à un artiste ou à un mouvement artistique, mais non dénuée d'intérêt. Elle a fermé ses portes le 18 juillet, mais nous l'avions visitée au mois de mai, et elle nous servira de "feuilleton de l'été"...
Quelques œuvres assez variées à l'entrée pour introduire le sujet :
Filippo Palizzi (1818-1899) Après le déluge, 1864, huile sur toile
Jan Bruegel le Jeune (1601-1678) Le Paradis terrestre avec la création d'Ève, vers 1630, huile sur cuivre
Entourage de Conrad Meit (vers 1480 - vers 1550) Adam et Ève, 1ère moitié du XVIe siècle, marbre
Isaak van Oosten (1613-1661) Adam et Ève et les animaux de la Création, 1625-1650, huile sur toile
Jules Laurent Terrier (1853-après 1907), Dodo, Raphus Cucullatus, 1901, plâtre blanc, moulé
Cet oiseau incapable de voler, emblème de l'Île Maurice, disparut au milieu du XVIIe siècle, victime de la prédation.
Jacopo Zucchi (1541?-1590?) La Pêche au corail (Allégorie de la découverte de l'Amérique),1615-1630, huile sur cuivre
Alexandre-Isidore Leroy de Barde (1777-1828)
Réunion d'oiseaux étrangers, vers 1810, Aquarelle et gouache sur papier
Oiseaux, 1810 - 1828, Aquarelle et gouache sur papier
Anne Vallayer-Coster (1744-1818) Panaches de mer, Lithophytes et Coquilles, 1769, huile sur toile
Nicasius Bernaerts (1620-1678)
Étude d'autruche
Tortue sur un bord de mer, avec trois pêcheurs
1665-1668, huile sur toile
Rhinomanie
« Mademoiselle Clara », rhinocéros indien, est le cinquième spécimen arrivé vivant dans l'Europe moderne, en 1741. C'est aussi le premier à gagner une célébrité internationale, égalant celle du rhinocéros gravé par Dürer en 1515. Avec son « impresario », le capitaine hollandais Douwe Mout van der Meer (1705-env. 1761), elle réalisera un Grand Tour d'Europe de douze années qui déclenchera une véritable « rhinomanie ». Endossant tour à tour le rôle d'animal de compagnie, de monstre biblique, de prodige convoité par les rois, de phénomène de foire, de merveille de la Nature inspirant les artistes, et enfin de « type » d'une espèce dans l'Histoire naturelle de Buffon et dans l'Encyclopédie, Clara incarne parfaitement le passage de la curiosité à la studiosité qui s'opère au siècle des Lumières.
Jean-Joseph de Saint-Germain [fondeur) (1719-1791)
François Viger [horloger] (1708-1784)
Pendule au rhinocéros, 1750, bronze doré et patiné, écaille et cuivre sur le socle, cadran émaillé
Pietro Longhi (1701-1785), Le Rhinocéros, 1751, huile sur toile
Attribué à Pietro Longhi, Le Rhinocéros, vers 1751, huile sur toile
Albrecht Dürer (1471-1528) Le Rhinocéros, 1515, estampe, gravure sur bois
Les girafes ont aussi la vedette, que ce soit en France :
Anonyme La Première Girafe de France, vers 1830-1815, diorama : bois, peinture à l'huile, terre cuite, verre, cuir
ou de l'autre côté de la Manche :
Jacques-Laurent Agasse (1767-1849) Girafe nubienne, 1827, huile sur toile
Cette girafe de Nubie offerte au roi George IV est représentée avec Edward Cross, le responsable de la ménagerie des Royal Surrey Gardens à Londres.
Dessins naturalistes : je reconnais avoir un certain penchant pour ce style d'œuvres qui me rappellent les catalogues Vilmorin illustrés de dessins que je feuilletais dans mon enfance.
Jean-Charles Werner (1798-1856)
Mazikina mâle aux 2/3° de la grandeur naturelle, 1824, aquarelle sur papier
Sajou cornu variété à moustaches, au 4/5° de sa taille réelle, 1842, aquarelle sur papier
Jean-Jacques Audubon (1785-1851) Colins de Virginie, dans Birds of America, Londres, chez l'auteur, t. I 1827-1838, Livre imprimé
Nicolas Robert (1614-1685) Tulipa (Liliacées): Tulipae variae La veuve violette. Passables de panaches mais de mauvaise forme, XVIIe siècle, gouache sur vélin
Pierre-Joseph Redouté (1759-1840) Phymosia umbellata (Cavanilles) Kearney (Malvacées): Malva umbellata Cavanilles, Mexique, 1810, aquarelle sur vélin
Pierre-François de Wailly (1775-1852) Le Kakatoès buse Psittacus funereus Shaw, Nouvelle Hollande, 1813, aquarelle sur vélin
Nicolas Maréchal (1753-1802) Ours blanc Ursus maritimus Phipps (Ursidés): ours polaire, sixième de la grandeur de l'individu,1796, aquarelle sur vélin
Michel Garnier (1753-1829)
Mangue prune, entre 1801 et 1810, huile sur papier marouflé sur toile
Dattier, entre 1801 et 1810, huile sur papier marouflé sur toile
Des tableaux inspirés par la nature exotique :
Carl Blechen (1798-1840) Intérieur de la palmeraie de l'île aux Paons de Berlin, 1832-1833, huile sur papier marouflé sur toile
Johann Moritz Rugendas (1802-1858) Arbre géant dans la forêt tropicale brésilienne, 1830, huile sur toile
du même Johann Moritz Rugendas, Indiens dans la forêt vierge, 1830 huile sur toile
Terminons ce premier billet avec quelques tableaux moins pédagogiques :
Eugène Delacroix (1798-1863) :
Chasse aux lions (esquisse), 1854, huile sur toile
Le Puma, 1859, huile sur toile
Paul Meyerheim (1842-1915) La Lionne jalouse, 1885-1890, huile sur toile
et deux sculptures un peu surréalistes du sculpteur animalier Antoine-Louis Barye (1795-1875) :
Singe monté sur un gnou (première édition), vers 1840, bronze patiné
Tigre dévorant un gavial, 1832, bronze à patine brun rouge à la cire perdue
Bourse de Commerce - Pinault Collection
Nous n'avions pas encore parlé à nos lecteurs de l'ouverture du troisième musée créé par François Pinault pour faire partager au public sa collection d'art contemporain et lui faire découvrir ses artistes préférés. Après le Palazzo Grassi, ouvert à Venise en avril 2006 après l'échec de son projet initial sur l'île Seguin, sur l'ancien site des usines Renault, puis la Punta della Dogana, toujours à Venise, qui a ouvert en juin 2009, Pinault a accepté la proposition de la maire de Paris d'installer son troisième musée dans l'ancien bâtiment de la Bourse de Commerce, dans l'ancien quartier des Halles.
Après rénovation et transformation de l'espace intérieur par l'architecte japonais Tadao Ando, qui avait déjà signé les deux précédentes réalisations (voir notre billet du 16 février 2019), la Bourse de Commerce - Pinault Collection a ouvert ses portes par un weekend portes ouvertes les 22-23 mai 2021.
L'aspect extérieur du bâtiment n'a pas été modifié depuis la dernière intervention majeure sur ce bâtiment à l'histoire mouvementée, tel qu'il fut inauguré en 1889 comme Bourse de Commerce après les travaux de l'architecte Henri Blondel (1821-1897). Initialement, c'était une Halle aux Blés construite par l'architecte Nicolas Le Camus de Mézières (1721-1789), , inaugurée en 1767, à ciel ouvert. François-Joseph Bélanger (1744-1818) est l'auteur de la coupole actuelle, la précédente ayant été détruite par un incendie en 1802.
Plusieurs maquettes permettent de visualiser l'intervention de Tadao Ando pour transformer la bourse de commerce en espace muséal.
Au rez-de-chaussée, une grande huile et liant acrylique sur toile de Martial Raysse, Ici Plage,ici comme là-bas, 2012.
Le passage autour de la rotonde est ponctué de vitrines de Bernard Lavier :
à gauche, Picasso, aile d'automobile Citroën, 2020
à droite, Walt Disney Productions n°6 1947-2018, peinture cellulosique sur résine de polyester, 2018
103 Peugeot, motocyclette accidentée suspendue, acier, 1993
Manubelge, armoire à pharmacie, verre, métal, peinture acrylique Liquitex, 1982
Bosch AHS70-34, taille-haie, 2020
La Rotonde est l'espace le plus emblématique du bâtiment : elle abrite une installation pensée par Urs Fischer pour ce contexte spécifique. Chaque élément en est constitué d'une cire pigmentaire au rendu réaliste. Les sièges - au style tantôt commun et industriel, tantôt empreint de cultures lointaines, inspiré par le panorama de la coupole de la Bourse de Commerce - sont plus vrais que nature. Le personnage, Rudi, est parfaitement conforme à son modèle, Rudolf Stingel, un artiste ami d'Urs Fischer – dont trois oeuvres sont présentées au 2e étage. La grande sculpture, semblable au marbre, est une réplique exacte de L'Enlèvement des Sabines (1579-1582) de Giambologna, chef-d'oeuvre de la statuaire maniériste.
Au début de chaque nouvelle exposition, selon le protocole défini par l'artiste, les mèches fichées dans les différentes sculptures sont allumées afin d'en engager la consumation. La cire se liquéfiant, ce qui semblait pérenne s'avère fragile. Ce qui était le fruit d'un travail minutieux et précis est gagné par le hasard et l'entropie. Ce qui était formel devient informe. Le temps de l'exposition coïncide avec celui de la fonte des bougies, de leur métamorphose, dans un saisissant processus de destruction créatrice.
Si le bras droit de la Sabine est déjà bien entamé, la statue de Rudolf Stingel fait encore bonne figure...
La fresque de toiles marouflées dans la partie inférieure de la coupole évoque le commerce entre les cinq parties du monde, par Évariste-Vital Luminais [1821-1896] (L'Amérique), Désiré François Laugée [1823-1896] (La Russie et le Nord), Victor Georges Clairin [1843-1919] (L'Asie, L'Afrique) et Hippolyte Lucas [1852-1925] (L'Europe), séparées par quatre grisailles représentant les quatre points cardinaux, par Alexis-Joseph Mazerolle [1826-1889]. Les fresques ont été rénovées par Alix Laveau à l'occasion du réaménagement du site en 2021.
Des escaliers situés derrière la paroi de la rotonde donnent accès aux galeries derrière lesquelles sont situées les salles d'exposition.
Quelques aperçus du parcours des expositions présentées lors de cette ouverture :
Des peintures photoréalistes de Rudolf Stingel (l'homme représenté en cire sous la rotonde par Urs Fischer :
Untitled (Franz West), huile sur toile, 2011 (pour Franz West, voir notre billet du 12 janvier 2019)
Untitled (Paola), huile sur toile, 2012 (Paola Cooper, galeriste new-yorkaise)
Claire Tabouret :
Self-portrait at the Table, acrylique sur toile, 2020
Girlfriends (stripes), acrylique sur toile, 2019
Self-portrait with a Hood (pink), acrylique sur panneau, 2020
Kerry James Marshall :
These Blues, acrylique sur toile, 1983
Could This Be Love, acrylique et collage sur toile détendue, 1992
Untitled, acrylique sur fibre de verre, 2008-2014
Untitled (Two Eggs Over Medium, Sausage, Hash Browns, Whole Wheat Toast), acrylique sur panneau PVC, 2017
Antonio Obá :
Sesta, huile sur toile, 2019
Stranger fruits - genealogia, huile sur toile, 2020
Les étranges et inquiétantes figures de Miriam Cahn...
Clôturons ce rapide coup d'œil sur les expositions de cette ouverture par un aperçu des grandes salles de la galerie...
Tatiana Trouvé, à l'aide de chaises de gardien de musée vides disséminées dans tout le bâtiment,, met en scène le corps par son absence, soulignant ce que l'habitude rend invisible...
Les salles d'exposition à l'est offrent une très belle vue sur le nouveau forum des Halles et sa canopée, avec le centre Pompidou en arrière-plan.
Terminons ce billet avec le spectacle du soleil déclinant sur la coupole et les fresques.
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