Deux îles, à pied à marée basse
Un dernier billet sur l'été breton en cette fin du mois d'août. Il sera consacré à deux îles accessibles à pied à marée basse.
Commençons par l'Île Wrac'h (en breton Roc'h Gored) qui accueille une exposition de deux artistes en résidence sur l'île, prétexte à une balade depuis la plage de Saint-Cava à Plouguerneau.
En chemin sur le fonds découvert vers l'île, on aperçoit le sommet du phare de l'île Vierge à notre droite. En prenant pied sur l'île, nous découvrons son nom breton.
La vue est belle quoiqu'un peu austère...
On monte vers le phare par un chemin bordé de fougères - et de ronces garnies de mûres..
et après avoir bordé le potager abrité du vent par de hauts murs...
...on peut découvrir les installations autour du vieux phare...
certaines d'entre elles ne sont pas aussi grandioses que ne laissait espérer l'affiche !
Devant l'entrée du phare, encore une installation...
et à l'intérieur, l'autre partie de l'exposition
et quelques données historiques sur le phare, où l'on découvre que son architecte, directeur des phares et balises de 1846 à 1878 où il a succédé à Léonor Fresnel, frère d'Augustin, célèbre pour les lentilles qui équipent la plupart des phares, est aussi l'architecte, entre autres, du phare du Four et du phare d'Ar-men.
Période de construction: 1843-1845.
Architecte: Léonce Reynaud.
Entrepreneur: Briand, de Nantes.
Mise en service: 15 août 1845.
Électrification : 1973.
Automatisation : 1993.
Gardienné de 1845 à 1993.
Hauteur : 14 m.
Élévation: 23 m (focale 20 m).
Portée : 7 milles nautiques (13 km).
Feux: 3 éclats rouges /7 secondes.
Alimentation électrique : panneaux photovoltaïques et éolienne.
Encore quelques belles vues depuis le phare,
avec notamment l'île Stagadon toute proche, ancienne propriété du peintre Bernard Buffet, puis de Pierre Bergé qui en avait fait don à l'association Les Amis de Jeudi Dimanche du Père Jaouen.
Retour au rivage :
Un dernier regard sur ce site si attachant
avec une carte artistiquement dessinée, achetée sur l'île.
Une autre île, plus petite, à visiter à pied par marée basse : l'île Carn, sur la commune de Ploudalmézeau.
En longeant la côte vers le nord depuis les hauteurs de Portsall, d'où ce jour-là le paysage est inhabituel, avec une sorte de brume de chaleur...
on aperçoit bientôt l'île Carn (en breton Enez-Karn).
Après un cheminement dans le sable et les rochers, on arrive au pied du cairn, ainsi décrit par Wikipedia :
Le cairn primaire comporte trois dolmens à couloir et à voûte en encorbellement. La construction des deux premiers a lieu vers 4200 av. J.-C., celle du troisième vers 3600. Ce cairn primaire, trapézoïdal, est enseveli au Néolithique final sous un « massif d'interdiction » : un grand cairn circulaire, dépourvu d'entrée.
En 1959, le dolmen central est le premier dolmen à couloir d'Europe daté par le carbone 14. L'annonce de sa grande antiquité (1 600 ans de plus que la plus ancienne pyramide d'Égypte) produit un choc dans la communauté scientifique : jusque-là, les archéologues voyaient bien plus récentes les constructions mégalithiques.
Terminons ce billet avec quelques vues prises depuis le "toit" du cairn.
Sur les traces de Tolkien et de l'imaginaire médiéval - Peintures et dessins de John Howe
Comme souvent à cette période de l'année, nous rendons compte de l'exposition organisée par le Fonds Hélène et Edouard Leclerc pour la culture, à Landerneau (voir par exemple notre billet du 1er août 2020).
Le titre de celle de cette année est un peu long : tout en étant centrée sur un artiste, John Howe, illustrateur canadien né le 21 août 1957 à Vancouver, elle veut aussi évoquer l'univers de J.R.R. Tolkien (1892-1973), auteur du Hobbit (1937) et de sa suite Le Seigneur des anneaux (1954-1955) et plus généralement de l'iconographie liée à l'imaginaire médiéval à travers diverses œuvres. Nous n'aurons pas l'ambition de retracer le parcours des 12 sections de l'exposition, mais nous essaierons d'en faire partager au lecteur quelques images...
Dans la section L'Imaginaire médiéval :
Dans la section Je suis un Hobbit !
La section Ca existe vraiment ! mérite une explication particulière :
Le dessin constituant la principale occupation de sa jeunesse, John Howe postule à dix-neuf ans pour entrer à l'école des Arts décoratifs de Strasbourg. Son arrivée dans la ville alsacienne constitue une véritable révélation, lorsqu'il découvre l'impressionnante architecture de la cathédrale de Strasbourg. « Ça existe vraiment ! » s'exclame-t-il alors. « J'ai découvert pour la première fois l'architecture gothique en France, explique John Howe, le Canada est un pays jeune, en particulier l'ouest du Canada, par conséquent ma connaissance de l'histoire de l'architecture, sans être totalement absente, restait théorique et issue des livres. Contempler réellement une cathédrale constitua un immense choc culturel. Cela m'a sans aucun doute ouvert les yeux, et depuis lors, je me suis efforcé de les garder ouverts.»
Dans la section Les racines de l'imaginaire médiéval :
La section La Nature joue le rôle principal est particulièrement développée :
Pour les initiés, une section La Clé est la terre du milieu :
La section Dessiner les cités et les châteaux est plus accessible au commun des mortels :
La section Monstres et créatures est naturellement très riche :
En regard des dessins et aquarelles de John Howe, l'exposition présente des œuvres "de contexte" :
Attribué à Grégoire Guérard : Saint Georges terrassant le dragon, France, vers 1520, bois, Musée du Louvre
Yan' Dargent : Les Lavandières de la nuit, 1861, huile sur toile, Musée des Beaux-Arts de Quimper
Des motifs :
William Frend de Morgan et William Morris : Panneau de revêtement mural, entre 1876 et 1877, carreaux de faïence émaillée, Musée d'Orsay
William Morris : Peacock, 1878, tenture, Musée d'Orsay
des équipements militaires :
Armure maximilienne, Allemagne, vers 1520-1525, fer repoussé, attaches en cuir, Musée de l'Armée, Paris
Chanfrein à tête de dragon, France - Italie, vers 1490-1500, redécoré vers 1535, fer forgé, repoussé et gravé, œillet de fixation et charnières en cuivre, Musée de l'Armée, Paris
La fin du parcours de l'exposition expose comment Howe est intervenu auprès du réalisateur Peter Jackson pour l'adaptation au cinéma des livres de JRR Tolkien : la trilogie cinématographique du Seigneur des anneaux, puis celle du Hobbit. Elle évoque aussi son intervention dans la série d'Amazon Prime Les Anneaux du pouvoir, épopée censée se dérouler des milliers d'années avant les récits du Hobbit et du Seigneur des anneaux, pour laquelle John Howe a réalisé plus de 1500 dessins pour en définir la direction artistique.
Augustin Rouart : Entre père et fils
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La période estivale est l'occasion de faire partager au lecteur des expositions mineures qui n'avaient pu trouver leur place dans le fil de ce blog.
À l'occasion de la sortie de son livre Augustin Rouart : Entre père et fils, l'académicien Jean-Marie Rouart a organisé en mai dernier, à la mairie du 8e arrondissement de Paris, une exposition d'œuvres de son père le peintre Augustin Rouart (1907-1997). Issu d'une lignée de peintres (les plus connus étant son grand-père Henri (1883-1912) et son oncle Ernest (1874-1942) - époux de Julie Manet, la fille de Berthe Morizot, il est à l'écart des grands courants mais sa peinture a un charme certain.
Enfant aux anges, 1946, peinture à l'œuf sur toile
Garçon au tricot bleu, 1968, huile sur toile
Enfant au citron, 1946, peinture à l'œuf sur toile
Adolescent lisant, 1948, crayon et pastel sur papier
Garçon lisant, gravure
Enfant devant son tableau noir, 1946, crayon
Essai de bande dessinée : Les aventures du nounours
Lagrimas y Penas, 1943, huile sur toile
Le Nageur, 1943, peinture à l'œuf sur carton
Jonquilles et narcisses, 1954, huile sur toile
Glaieuls et livre rouge, 1943, peinture à l'œuf sur toile
Jonquilles dans un bocal, 1954, huile sur carton
Jonquilles, livre et bronze, 1982, huile sur carton
Mimosas, 1945, peinture à l'œuf sur bois
Nature morte
Maison dans les marais salants, 1976, huile sur carton
La Plage par temps gris, 1974, huile sur carton
Adolescent sur la plage, 1973, huile sur carton
Les Faneuses, 1942, peinture à l'œuf sur carton
Enfant dormant avec ours en peluche, 1948, peinture à l'œuf sur carton
Cinq portraits d'enfant dormant, 1948, peinture à l'œuf sur carton
Enfant dormant n°1, 1948, peinture à l'œuf sur carton
Enfant endormi, 1946, peinture à l'œuf sur carton
Pour finir, des portraits d'Augustin Rouard :
Par sa tante Julie Manet :
Portrait d'Augustin enfant, huile sur toile
Par lui-même :
Autoportrait au béret, 1933, peinture à l'œuf sur carton
Autoportrait aux lunettes, 1980, huile sur panneau
...et celui de Jean-Marie Rouard, par son père, à 5 ans :
L'enfant au gilet rouge, 1948, peinture à l'œuf sur carton.
Brest-Dresden : l'imaginaire urbain en (re)construction
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Nous avons déjà eu l'occasion du présenter au lecteur il y a quelques années, alors que commençait son réaménagement, l'Atelier des Capucins à Brest (voir notre billet du 2 septembre 2018). La transformation de cet immense atelier de l'Arsenal de Brest, cédé en 2009 à la Ville par la Marine nationale qui occupait ce plateau depuis 1791, en un gigantesque centre culturel est à présent achevée et sa fréquentation est impressionnante - surtout les jours assez nombreux cet été où le temps est plus que maussade...Nous donnerons d'abord un aperçu d'une intéressante exposition qui s'y déroule, proposée par l’Université de Bretagne Occidentale.
"L’une était un port militaire, l’autre était un joyau baroque de la Saxe. Leur destruction lors de la Seconde Guerre mondiale leur donne une destinée commune, mais leurs situations géopolitiques après 1945 les entrainent dans des logiques de reconstruction distinctes. Comparant trois siècles de projets réalisés ou rêvés, Brest-Dresde invite à réfléchir sur la singularité de chaque ville face aux enjeux d’aujourd’hui."
Le passé
Deux belles images des deux villes au XVIIIe siècle
La naissance de l'urbanisme - Die Geburt der Stadtplanung
À Brest, l'avènement de l'âge industriel entraîne des modifications importantes dans le port militaire qui cherche à s'accroître au détriment du commerce et de la pêche. Les aménagements paysagers sans précédent, la construction de gigantesques ateliers navals et les équipements modernes de la Marine auront raison de la ville qui se replie progressivement. En 1865, la Penfeld devient un port définitivement fermé aux civils.
Jusqu'en 1861 Brest est comme coupée en deux : l'accès à Recouvrance est difficile car aucun pont ne relie les deux rives de la Penfeld. Des projets audacieux qui essayent de réconcilier l'usage militaire du port et l'usage civil du passage d'une rive à l'autre aboutiront à la construction d'un pont tournant.
Pendant un siècle, les Brestois, conscients des atouts géographiques de leur ville, caressent le rêve d'un port transatlantique qui contrebalancerait l'emprise maritime de l'armée. Ce projet du « port le plus vaste du monde » qui aurait nécessité des comblements importants ne resta qu'une utopie face à la concurrence d'autres villes françaises. Néanmoins il complète la mosaïque de l'imaginaire océanique de Brest.
Du côté de la terre, Brest commence à étouffer dans l'intra-muros. L'afflux de la main d'œuvre rurale nécessite l'agrandissement de la ville au-delà de ses fortifications qui sont de plus en plus subies par la population. Le quartier de Saint-Martin (dit d'abord Annexion) résulte du désir de la municipalité de créer une extension dotée de tous les équipements indispensables (non seulement l'église, mais aussi l'école, les halles, le lavoir). Brest commence sa croissance fragmentaire et tentaculaire sur les terres agricoles où se construisent les fabriques et les habitations. Se posera aussi la question de la jonction avec la ville de Quimper (siège de la préfecture) et donc du franchissement de la rivière Elorn qui se jette dans la rade de Brest.
Le XIXe siècle, marqué par des progrès scientifiques et technologiques importants, voit le développement des villes s'accélérer. L'industrialisation provoque l'exode rural : les villes attirent une population de plus en plus nombreuse. Cet exode est facilité par le développement des chemins de fer qui ont un fort impact sur l'anatomie urbaine. À Dresde, l'énergie constructive de la noblesse est remplacée par celle des entrepreneurs fabricants de tabac, chicorée, sucre, chocolat, mécanique de précision, caméras, produits cosmétiques... Ils imposent une nouvelle vision de la ville : celle de la ville efficace. L'économie florissante est tributaire de la main d'oeuvre nombreuse et des échanges multiples. La mobilité devient alors un thème récurrent des discussions urbanistiques car elle ne cessera de modeler la ville en augmentant son périmètre construit. Pour freiner la croissance chaotique, la nécessité de planification urbaine concertée s'impose aux décideurs municipaux. La discipline qu'on allait appeler l'urbanisme est née au XIXe siècle précisément.
Quoique Dresde possède déjà un pont remarquable, d'autres devront être construits pour faire face aux défis de la modernité. Les travaux d'ampleur colossale imposent de se battre contre les éléments de la nature avec les moyens techniques innovants, deviennent un nouveau sujet de représentation pour générer peu à peu l'image d'une ville en construction permanente.
L'esthétique de ces réalisations hardies est résolument tournée vers l'avenir. Le pont suspendu qui relie les quartiers Blasewitz et Loschwitz recevra le nom admiratif de « Miracle bleu », la couleur étant celle de sa structure métallique apparente. Non loin de lui, la Schwebebahn - un des premiers monorails suspendus du monde - voit le jour en 1901. Le quartier qui se développe sur les collines environnantes (désormais facilement accessibles) est celui des sanatoriums où on soigne la tuberculose - le mal du siècle favorisé par les taudis urbains. Ces établissements de santé font la nouvelle renommée de Dresde, ville où l'hygiène sera bientôt célébrée à l'échelle internationale grâce à l'entremise de l'industrie chimique florissante.
La modernité à l'œuvre - Die Moderne am Werk
À Brest, la ville par laquelle le jazz arrive en Europe, la modernité architecturale pénètre à petits pas, parfois de façon agressive comme le tram qui s'invite dans l'étroite rue de Siam. De l'entre-deux guerres, on peut retenir quelques belles réalisations isolées insérées dans le dense tissu urbain, et empreintes souvent de l'esthétique Art déco : la gare, le vaste hôpital ou encore trois immeubles d'habitation construits par Aimé Freyssinet. Son frère Eugène, l'ingénieur inventeur du béton précontraint, marquera les esprits en réalisant sur l'Elorn un pont qui permettra enfin de relier Brest au sud de la péninsule bretonne par une voie terrestre appropriée. Une prouesse technique d'esthétique moderne qui semble sonner le glas au pittoresque historique ! Aux yeux des civils de passage, Brest apparaît comme une ville paradoxale à l'image de ses grandes marées : une ville aux mille possibilités mais » assoupie dans un sommeil provisoire », une ville déchirée entre le souvenir d'un glorieux passé marin matérialisé par d'inaccessibles terrains militaires et les impératifs futurs qui se font déjà sentir dans tous les domaines.
Dans cette ville qui souffre d'insalubrité, les efforts se multiplient pour améliorer la qualité de vie des ouvriers. La construction des logements sociaux (Habitations à Bon Marché) démarre timidement pour donner naissance à un nouveau quartier populaire.
Pour l'architecte municipal Georges Milineau l'articulation de ces extensions avec la ville ancienne représentait un véritable casse-tête. Son plan de 1920 prévoyait la destruction des remparts afin de créer un nouveau centre-ville et des zones de verdure qui auraient permis à la ville de respirer. Il ne se faisait pas d'illusions quant à la faisabilité rapide de ce projet car détruire l'œuvre solide de Vauban représentait un coût très important pour la municipalité. La guerre se chargera d'accélérer cette opération urbanistique compromise. Ironiquement,
Le début du XXe siècle est caractérisé par l'élan optimiste de la Belle Époque jusqu'à ce que la Grande Guerre le brise. Les deux décennies suivantes, vécues différemment en Allemagne (pays vaincu) et en France (pays célébrant la victoire), sont capitales pour la réflexion sur la ville moderne qui est menée collectivement par les architectes et les urbanistes de l'Europe entière. Le mouvement hygiéniste né au XIXe siècle rencontra un accueil très favorable dans les milieux de l'architecture moderne. À Dresde, plus encore que dans d'autres villes allemandes, on prône l'accès à la lumière dans les logis, à l'air frais et à la présence de la verdure dans les rues, aux stades et aux piscines. La planification urbaine intègre ces exigences dans les nouveaux quartiers, mais il est plus difficile d'y répondre dans la ville déjà construite où, de surcroît, se pose la question épineuse de la gestion du trafic et de l'articulation de l'ancien et du moderne. Dans les années 1920 se dessine une ville périurbaine fonctionnelle à l'aspect uni, avec verdure, axes droits et façades alignées, lisses, sans ornements et dotées parfois de surfaces vitrées importantes. Dresde, par son activité artistique continue, séduit les architectes renommés et inventifs. Certains, comme Peter Birkenholz, osent des formules inédites, restées cependant au stade du prototype expérimental.
Avant l'avènement du Troisième Reich (1933), Dresde se profile comme une ville moderne qui a su tirer profit de son attractivité historique et de sa compétitivité économique pour se réinventer.
La destruction
Après l'Apocalypse - Nach der Apokalypse
Brest se transforme pendant une décennie en un gigantesque chantier. Le port militaire qui n'a pas perdu son intérêt stratégique doit être rapidement remis en service, la ville déblayée des ruines, les anciens ponts réparés ou reconstruits, de nouveaux ponts construits.
La population qui a dû quitter la ville pendant la guerre revient en nombre pour participer à la reconstruction. Le problème du logement est résolu grâce aux baraques livrées pour beaucoup en kit par les pays alliés (notamment les USA). Elles offrent le confort moderne (eau courante, électricité) à un prix de loyer défiant toute concurrence. L'inévitable promiscuité incite à une vie en communauté où la solidarité de voisinage apporte une valeur ajoutée au quotidien.
Une ville provisoire, sans noms de rues mais avec un système de numérotation des logis, s'est ainsi développée autour de la ville historique et dans ses interstices. Solution temporaire, elle devient le décor de vie de toute une génération. Les habitants des baraques auront souvent du mal à s'en aller pour s'installer dans les « fleurs en béton » (tours et barres d'immeubles) qui poussent autour de la ville reconstruite. Les dernières baraques seront détruites en 1976 seulement, bien au-delà de la date officielle de la fin de la Reconstruction en France. Elles font désormais partie d'un souvenir qui s'estompe : celui d'une deuxième ville détruite.
À Dresde, la population est hostile à l'idée de raser la ruine de la Frauenkirche qui s'élève au milieu de la ville anéantie par les bombes. Sous la houlette du maire Walter Weidauer, les efforts sont déployés par les soldats de l'armée rouge pour reconstruire à l'identique le Zwinger (attraction touristique majeure), mais le reste du centre-ville historique restera pendant quatre décennies à venir un vaste terrain abandonné à la pelouse.
Un concours d'idées est pourtant lancé dès 1946 pour imaginer la ville nouvelle (« Das neue Dresden ») où les projets d'architectes renommés côtoient ceux des amateurs qui rêvent leur ville future. Un geste idéologique précoce qui veut faire croire aux habitants du pays et aux observateurs étrangers qu'une concertation est à l'œuvre dans la reconstruction...
Dans la ville historique, les années 1950 donneront surtout lieu à un aménagement urbain dans le goût du réalisme socialiste (doctrine officielle de la période stalinienne) : la place du Vieux marché (Altmarkt) sera bordée d'imposants « palais des travailleurs » et longée d'une large avenue conçue pour les défilés qu'affectionne le nouveau régime, un élément urbanistique obligatoire pour toutes les grandes villes de la RDA.
Remises en cause - In Frage gestellt
Au cours des années 1980 émerge l'idée d'une reconstruction du cœur de la ville historique de Dresde (la place du Marché neuf - Neumarkt). Des séminaires internationaux et des concours sont organisés qui font rêver de la possibilité d'une reconstruction « à l'identique », c'est-à-dire d'une architecture qui rappellerait celle de l'illustre époque historique: baroque (XVIIIe siècle) et éclectique. (XIXe siècle). C'est une solution qui a été d'emblée adoptée après la guerre dans certaines villes européennes (Varsovie, Gdansk, Saint-Malo par exemple). À Dresde ces projections utopiques se heurtent à la réalité bâtie et aux considérations économiques.
Toutefois, après la chute du mur de Berlin, la donne politique et économique change et la population de Dresde s'organise pour que le rêve devienne réalité. La démolition de l'imposante extension en béton du siège de la police libère la place pour la reconstruction époustouflante de la Frauenkirche dont la première pierre est posée en 1994. Les discussions porteront ensuite sur l'entourage de cet édifice emblématique des heures glorieuses de Dresde qui réactive un imaginaire occulté, adapté aux intérêts économiques actuels (tourisme culturel).
En quête d'un nouvel imaginaire urbain, Brest, empêtrée dans son malaise, cherche à redynamiser son centre-ville, jugé monotone, voire médiocre.
La mauvaise connexion piétonne entre les quartiers proches de la rue de Siam, les problèmes grandissants de circulation et de stationnement, une offre insuffisante de services et d'animation culturelle sont autant de maux identifiés par la municipalité qui lance, en 1980, un concours d'idées sur l'aménagement du centre-ville. À l'exposition qui en découle se côtoient des dessins très sérieux et quelques autres, plus extravagants, qui veulent bousculer l'identité brestoise. La place de la Liberté, point névralgique et symbolique de la ville, concentre tous les regards : un concours pour son réaménagement est organisé en 1992 et remporté par Bernard Huet. À l'occasion des travaux, quelques restes des remparts historiques de la ville sont exhumés.
Un long processus de reconstruction de l'imaginaire qui porte sur la perception topographique de la ville se met en marche : l'opération « Un cœur pour ma ville » lancée en 1979 sera suivie bien des années plus tard par celle de « Coeur de métropole ». L'enjeu est de redonner une image positive de la ville de Brest non seulement auprès de ses visiteurs, mais avant tout auprès de ses habitants qui sont appelés à participer à la réflexion urbanistique.
Cette video "teaser" permet d'avoir un aperçu global de cette intéressante exposition bilingue franco-allemande (avec un peu d'anglais en plus !)
Avant de clore ce billet, quelques images des Capucins, en complément de celles que le lecteur pourra retrouver dans le billet de 2018 évoqué au début :
Quelques vues depuis les terrasses, sous le crachin breton :
À l'intérieur, une très grande médiathèque, aux aménagements très originaux - et au bilinguisme prégnant...
Dans le grand hall, outre les machines qui y sont restées et qui étaient déjà présentées dans notre premier billet, une impressionnante hélice de la Jeanne d'Arc, le navire-école retiré du service en 2010 (fusion d'alliage cuivre et aluminium, 4,9 m de diamètre, 6,3 tonnes)
et le canot de l'empereur. Construit sur les plans de l'ingénieur Guillemard en 1810 à Anvers (alors préfecture du département des Deux-Nèthes), il mesure un peu moins de 19 m et a une hauteur de 545 cm.
Bretagne - été 2023
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Un billet pour faire partager au lecteur quelques moments de notre été breton.
La côte entre Lampaul-Ploudalmézeau et Portsall, près de l'île Cairn.
Le site du Guilliguy, qui domine l'anse de Portsall, avec son dolmen du Néolithique final et son haut calvaire.
Le dolmen est composé d'un couloir de 4 m de long, partiellement détruit par la mise en place d'un caveau à l'Age du Bronze. Par une chatière, on accède à la chambre sépulcrale longue de 6,70 m. Un compartiment fermé complète ce dispositif à l'ouest. Ce monument est en appui sur un affleurement de granite au nord. Il est inclus dans un tertre ceinturé de pierres fichées verticalement en terre et de murettes de pierres sèches, intercalaires. La fouille a livré des fragments de bols hémisphériques et de vases carénés, ainsi que le mobilier en pierres que l'on trouve habituellement dans ce type de monument.
"C'est debout, sur la pointe du Guilliguy, appuyé sur un dolmen et les yeux fixés sur la mer, qu'il faut aller méditer quand la vie étroite du monde vous blesse, on devient fort à cet air de l'océan qui vous coule dans la poitrine. On se sent retrempé et vivace".
Emile Souvestre (avocat, journaliste et écrivain né le 15 avril 1806 à Morlaix et mort le 5 juillet 1854 à Montmorency)
Quelques images du GR 34 entre le petit port d'Argenton et l'estuaire du Penfoul, sur la commune de Landunvez, avec une des guérites du 17e siècle qui parsèment la côte et le phare du Four en arrière-plan.
Au port de l'Aber Wrac'h, rare vision des deux voiliers "historiques" de l'association Les Amis de Jeudi Dimanche du regretté Père Jaouen, Bel Espoir II et Rara Avis, amarrés ensemble à la tonne de marine.
Nous assistons au départ de Rara Avis, et un peu plus tard, nous apercevons Bel Espoir II qui part à son tour, sous voiles.
Au fond de l'Aber Wrac'h, à Paluden, le port de Lannilis, et un peu en aval sur la rive gauche, le chantier du Père Jaouen au lieu-dit Moulin de l'Enfer.
Terminons par l'Aber Benoît.
Comme chaque année (cf par exemple notre billet du 16 juillet 2022) , une exposition est organisée sur ses rives par la commune de Saint-Pabu. Elle est cette fois un peu complexe, réalisée par plusieurs artistes en résidence à la Maison des Abers - Ti an Aberioù à Saint-Pabu. Nous en donnons quelques exemples :
Près de la cale du passage, l'installation Action de voir de Nesrine Mouelhi.
À divers endroits de la côte, des rituels proposés par Marie-Michèle Lucas, extraits de son livre Rituaire réalisé entre avril 2022 et juin 2023 pour "célébrer l'immensité de la mer."
Encore de Nesrine Mouelhi, des Houses, petites boîtes sculpturales qui accueillent des poèmes écrits par l'artiste. Les textes sont dédiés aux anciennes pêcheries dénommées «korejoù, ar c’horejoù» en breton («kored, ar gored» au singulier). Nesrine s’intéresse à l’histoire de ces pêcheries, leurs origines, leurs fonctionnalités, leurs compositions et ainsi elle se questionne sur la relation qu’entretiennent les humains avec ces pêcheries. En utilisant l’écriture et la peinture elle rend compte de ses propres liens d’attachement avec chaque gored.
(ici, l'installation surplombe la plage de Korn ar Gazel)
Enfin, près de Porz ar Villin, Scoubidou hydraulique, de Marianne Rousseau.
Marianne Rousseau prend pour point de départ un dessin technique d’un scoubidou hydraulique, outil utilisé par les goémoniers pour la récolte des algues marines. Elle présente une sculpture composée de tubes en inox et d’un textile sur lequel elle coud un motif de l’outil mécanique. Cette oeuvre rend hommage au travail des goémoniers et à l’histoire de ce métier qui s’est vu facilité par l’arrivée de la machine.
Naviguons sur l'aber pour voir le canot historique de sauvetage Yvon Salaün ou pour emmener nos petites-filles en pèlerinage vers la maison de la regrettée Jane Birkin, sur la rive droite.
Terminons ce billet en empruntant le sentier qui débouche au dessus de la plage de Béniguet...
...pour des vues sur l'embouchure de l'Aber, à la lumière et aux couleurs jamais semblables d'un jour à l'autre.
Norman Foster au Centre Pompidou
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Le Centre Pompidou présente cet été dans un de ses grands halls une exposition consacrée à un architecte britannique, Norman Foster. Né en 1935 à Manchester, Foster était un ami de Richard Rogers (1933-2021), architecte italien naturalisé britannique, qui avait conçu avec Renzo Piano le Centre Pompidou. Foster et Rogers, avec leurs épouses respectives, également architectes, Wendy Cheesman Foster et Su Rogers - le milieu de l'architecture est particulièrement endogame - le cabinet Team 4, de 1963 à 1967. En 1967, Rogers s'est associé à Renzo Piano et Foster a monté avec son épouse le cabinet Foster Associates, depuis rebaptisé Foster+Partners. L'exposition débute par une salle pleine de dessins, dont nous retiendrons, en guise de transition avec d'autres billets, deux croquis de la chapelle de Ronchamp, de Le Corbusier, par le jeune Foster...
Nous suivrons ensuite le parcours, en présentant quelques maquettes.
Chapelle du Vatican, pavillon du Saint-Siège à la Biennale de Venise en 2018.
Siège de Bloomberg, Londres, 2009-2017
Apple Park, Cupertino (USA), 2009-2017
Centre de distribution Renault, Swindon (Royaume-Uni), 1980-1982
Table Nomos, 1986, structure en acier et aluminium, plateau en verre
Deux réalisations au Château La Coste, Aix-en-Provence :
- Terrasse d'observation (2019-en cours)
- Maison autonome (2019-en cours)
The Sage Gateshead, Gateshead (Royaume-Uni), 1997-2004
(centre musical régional)
Musée national Zayed, Abu Dhabi (Émirats arabes unis), 2017-2024
Opéra Winspear, Dallas (USA), 2003-2009
Lycée Albert Camus, Fréjus, 1991-1993
Cour suprême de Singapour, Singapour, 2000-2005
La plus belle salle de l'exposition présente de nombreux points d'intérêt :
Des œuvres de la collection de Foster : Ai Weiwei, Brancusi :
Des hommages à ses inspirateurs :
Le Corbusier (1887-1965) avec le nombre d'or et sa voiture, la Voisin C7
et l'américain Richard Buckminster Fuller (1895-1983) :
- 12-Foot Fly's Eye Dome, 1975, fibre de verre
- Voiture D-45, 2 places, 1943, maquette (recréée en 2010) résine, métal, laiton, acrylique
Richard Buckminster Fuller et Starling Burgess (1878 – 1947) :
- Dymaxion Car #4, 1933-1934 (2010)
Toujours dans le panthéon du design de Norman Foster :
- Glasflügel H-201B Standard Libelle, planeur, 1967
- Rudolf Uhlenhaut (1906-1989) : Châssis tubulaire de la Mercedes-Benz 300 SL Coupé (W 198), 1954
- Colin Chapman (1928-1982) : Chassis de la Lotus Elan, Type 26, 1962
Dans cette grande salle, devant les fenêtres et le panorama de Paris, une séries de tours réalisées (ou non) par Foster+Partners.
Tour Hearst, New York, 2000-2006
Tour Millenium, Tokyo, 1989 (projet non réalisé)
30 St Mary Axe, Londres, 1997-2004
Siège de la Hong Kong and Shanghai Banking Corporation, Hong Kong, 1979-1984
Century Tower, Tokyo, 1987-1991
Siège de la Commerzbank, Francfort (Allemagne), 1991-1997
425 Park Avenue, New York, 2016-2022
Banque Nationale du Koweit, Koweit, 2008-2022
DJI Sky City, Shenzen (Chine), 2016-2022
50 Hudson Yard, New York, 2016-2022
270 Park Avenue, New York, 2018-2025
et de Sol LeWitt (1928-2007) : Quatre tours structure, 2007, bois de balsa, peinture
Sur un côté de la salle, quelques autres projets originaux :
Plan directeur pour la ville de Masdar et Institut Masdar, Abu Dhabi (Émirats arabes unis), 2007-2013
Maison des éléphants du Zoo de Copenhague (Danemark), 2002-2008
Grande serre du Jardin botanique du Pays de Galles, Llanarthney (Royaume-Uni), 1995-2000
American Air Museum, Duxford (Royaume-Uni), 1987-1997
Chesa Futura, Saint-Moritz (Suisse), 2000-2004
Rénovation du Reichstag, siège du Bundestag, Berlin, 1993-1999
Grande cour du British Museum, Londres, 1994-2000
Dans la dernière salle, l'incontournable viaduc de Millau, œuvre la plus connue de Foster en France :
Dans cette salle, également quelques autres projets :
Aéroport de Londres-Stansted (Royaume-Uni), 1981-1991
Technodôme Hancook, Daejeon (Corée du Sud), 2013-2016
Et, en cette période de vacances en bord de mer, trois projets marins de Foster + Partners :
Flotte Yachtplus, 2005-2009
Yacht à voiles Panthalassa, 2007-2009
Yacht à moteur Izanami, 1991-1993
Portraits au Musée d' Orsay
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Un billet pour une fois consacré non à une exposition, mais à deux petites salles du musée d'Orsay, exemples des accrochages variés que ce dernier réalise pour présenter ses collections permanentes d'une façon toujours renouvelée.
La tradition du portrait (1850-1875)
Dans cette salle, des peintures et des sculptures.
Trois toiles de Léon Bonnat (1833-1922) :
Jules Grévy, 1880, huile sur toile
Madame Pasca, 1874, huile sur toile
Armand Fallières, 1907, huile sur toile
Deux toiles d'Édouard Dubufe (1819-1883) :
Madame Édouard Dubufe, vers 1845, huile sur toile cintrée
Madame F..., entre 1850 et 1851, huile sur toile
Ernest Hébert (1817-1908) : Comtesse Audouin de Dampierre, née Marie-Joséphine Fouache d'Halloy, 1880, huile sur toile
Alexandre Cabanel (1823-1889) : La Comtesse de Keller, 1873, huile sur toile
Paul Baudry (1828-1886) : Madeleine Brohan, 1860, huile sur toile
Madeleine Brohan (1833-1900) était sociétaire de la Comédie française
Élie Delaunay (1828-1891) : Charles Hayem, 1865, huile sur toile
Charles Hayem était un négociant et collectionneur parisien (1838/39-1902)
John Singer Sargent (1856-1925) : Édouard Pailleron, 1879, huile sur toile
Édouard Pailleron (1829-1899) était un dramaturge, poète et journaliste français
Dans cette salle, des bustes également, tous de Jean-Baptiste Carpeaux, né le 11 mai 1827 à Valenciennes et mort le 12 octobre 1875 à Courbevoie.
Anna Foucart, 1860, bronze [fondeur : Thiébaut Frères, Paris]
Amélie de Montfort en toilette de mariée, 1869, plâtre
Eugénie Fiocre, 1869, plâtre
Amélie Clothilde de Montfort (1847-1908) était l'épouse de Carpeaux
Eugénie Fiocre (1845-1908) était une première danseuse du Ballet de l'Opéra de Paris
La Princesse Mathilde, 1862, marbre
La Marquise de La Valette, 1861, plâtre
Alexandre Dumas fils, 1873, plâtre
Mathilde Bonaparte (1820-1904), cousine de Napoléon III, joue un rôle actif dans la société du Second Empire, notamment par son salon littéraire qui accueille des écrivains de tous bords politiques.
La marquise de La Valette était l'épouse de l'ambassadeur de France près du Saint- Siège.
Alexandre Dumas fils était proche de Carpeaux, il a été témoin à son mariage avec Amélie de Montfort
Terminons la visite de cette salle avec un autre marbre de Carpeaux qui assurera la transition avec la suite de ce billet :
Le Prince impérial et le Chien Néro, 1865, marbre
En 1864, Carpeaux donne des leçons de dessin et de modelage au prince Louis-Napoléon Bonaparte (1856-1879), fils unique de Napoléon III et de Eugénie de Montijo.
Le portrait d'enfant
La sensibilité à l'enfance reste ambivalente au XIXe siècle : l'enfant est un petit adulte qu'on fait travailler à l'usine ou aux champs, malgré des lois qui viennent réglementer son travail dans le dernier quart du siècle; mais, c'est aussi un être à part entière, choyé, auquel on prodigue les soins d'une éducation de plus en plus attentive à son éveil propre. Si la peinture montre peu le premier aspect, elle déploie le second sous diverses formes.
Le portrait d'enfant isolé est plutôt rare, et s'attache surtout à la descendance de l'artiste ou de son entourage, comme ici Maurice Boutet de Monvel ou Armand Seguin. Ou bien, il résulte de la commande d'amateurs fortunés.
L'enfant est plus souvent inscrit dans sa fratrie, vêtue à l'unisson, ou dans sa famille. Besnard montre épouse et progéniture avec le naturel d'un instantané photographique. Le Suédois Oscar Björck représente les enfants du lieutenant Albert Janse en pleine activité, tandis que Maurice Denis dépeint ses amis Mellerio dans une unité familiale dégagée par une enveloppante atmosphère bleuâtre.
Armand Seguin (1869-1903) : Gabrielle Vien connue plus tard comme écrivain sous le pseudonyme de Marie Jade, 1893, huile sur toile
Maurice Boutet de Monvel (1851-1913) : Bernard et Roger à Bourré, 1883, huile sur toile
Albert Besnard (1849-1934) :
Madeleine Gorges dit Fillette feuilletant un livre, 1872, huile sur toile
Une famille dit aussi La Famille de l'artiste, 1890, huile sur toile
Louis Anquetin (1851-1932) : Profil d'enfant et étude de nature morte, non daté, huile sur toile
Oscar Björck (1860-1929) : Dans la nursery, 1889, huile sur toile
Terminons ce billet avec cette toile de Maurice Denis (1870-1943)
La Famille Mellerio, 1897, huile sur toile
Natures Urbaines - un autre regard
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Comme de temps en temps, nous consacrons un billet à l'exposition photographique installée dans le Parc de Sceaux, un de nos lieux de promenade favoris. (voir par exemple notre billet du 17 octobre 2020)
Son thème, à l'occasion du 100e anniversaire de l'entrée du Parc dans le domaine public, peut être résumé par les propos liminaires de l'administration départementale : " faire de la nature en milieu urbain une réalité pour tous, renforcer la place de la nature en ville ". Elle rappelle que plus d'un tiers du territoire du Département des Hauts-de-Seine est végétalisé (proportion certes très inférieure à celle de la plupart des départements français, mis à part Paris et la petite couronne) et qu'on y compte 27 parcs, jardins et promenades départementaux recensant plus de 16 millions de visites chaque année.
Entrée du Domaine départemental de Sceaux
Photo: Willy Labre
Harmonie
Jardin Bellini, La Seine Musicale, Île Seguin, Boulogne-Billancourt
Photo: Olivier Ravoire
J'ai rêvé New-York
Parc départemental André Malraux, Nanterre
Photo: Julia Brechler
Mécanique du vivant
À ras du Jardin des Reflets, Paris La Défense
Photo: Julia Brechler
La meulière, le verre et le vert
Coteau de Sèvres et La Défense
Photo: Olivier Ravoire
Nature en perspective
Création du Parc Paris La Défense
Photo: Julia Brechler
Le petit jardin de dix pas
Jardins familiaux, quartier de la Butte-Rouge, Châtenay-Malabry
Photo: Willy Labre
À l'ombre des souvenirs en fleurs
Ancien château Croux, Arboretum départemental de la Vallée-aux-Loups, Châtenay-Malabry
Photo: Willy Labre
Une tristesse de verre
Cimetière américain de Suresnes
Photo: Willy Labre
Vous n'avez encore rien vu!
Observatoire ornithologique, parc départemental des Chanteraines, Villeneuve-la-Garenne
Photo: Willy Labre
Les jardins du T2
Jardins familiaux, Saint-Cloud
Photo: Olivier Ravoire
Vert coquet, vert clairet
Vignes du Pas-Saint-Maurice, Suresnes
Photo: Julia Brechler
Le jardin des merveilles
Collection départementale de bonsaïs, Arboretum départemental de la Vallée-aux-Loups, Châtenay-Malabry
Photo: Willy Labre
Le Pavillon de thé
Jardins du musée Albert-Kahn, Boulogne-Billancourt
Photo: Willy Labre
Flèche de pierre
Clocher de l'église Saint-Clodoald, Saint-Cloud
Photo: Julia Brechler
Le voyage en Amérique
Arboretum du Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups, Châtenay-Malabry
Photo: Olivier Ravoire
Le feu et la glace
Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups, Châtenay-Malabry
Photo: Willy Labre
Les corbeaux de mer
Parc départemental de l'Île-Saint-Germain, Issy-les-Moulineaux
Photo: Stéphanie Gutierrez-Ortéga
Choses étranges
Parc départemental Pierre-Lagravère, Colombes
Photo: Julia Brechler
Métamorphose nocturne
Parc de Billancourt, quartier Rives de Seine, Boulogne-Billancourt
Photo: Olivier Ravoire
Plumes d'or sur promenade bleue
Parc départemental du Chemin-de-l'île, Nanterre
Photo: Stéphanie Gutierrez-Ortéga
Les derniers feux de l'artifice
Grand rocher du parc départemental de la Folie Sainte-James, Neuilly-sur-Seine
Photo: Willy Labre
Stèle paysagère
Cimetière intercommunal de Clamart
Photo: Olivier Ravoire
Un air de savane
Escaliers du parc de Bécon, Courbevoie
Photo: Julia Brechler
L'Œil était dans la cale
La Seine entre Rueil-Malmaison et Paris
Photo: Willy Labre
Le donjon des légendes
Promenade Jacques-Baumel, parc du Mont-Valérien, Suresnes
Photo: Julia Brechler
Brocéliande
Menhir et Chêne des missions, forêt domaniale de Meudon
Photo: Olivier Ravoire
La Chute de la Maison Chocolat
Château et parc de la Solitude, Le Plessis-Robinson
Photo: Julia Brechler
(ruine du castel néogothique édifié au début du XXe siècle pour l'héritière des chocolats Marquis - fournisseur breveté de toutes les cours d'Europe -aussitôt surnommé le Château Chocolat)
Vivre la nature urbaine
Parc nautique départemental, Île de Monsieur, Sèvres
Photo: Stéphanie Gutierrez-Ortéga
Dans un jardin français
Château du Domaine départemental de Sceaux
Photo: Willy Labre
Nature idyllique
Jardin de l'Île Verte, Vallée-aux-Loups, Châtenay-Malabry
Photo: Willy Labre
L'inattendu de Sceaux
Parc du Domaine départemental de Sceaux
Photo: Julia Brechler
Comme un arbre dans la ville
Paris La Défense
Photo: Olivier Ravoire
Lumière romantique
Étang de Saint-Cucufa, forêt de Malmaison, Rueil-Malmaison
Photo: Willy Labre
Le cavalier de l'aube
Domaine départemental du Haras de Jardy, Mames-la-Coquette et Vaucresson
Photo: Julia Brechler
Voyage d'hiver
Étang de Villebon, forêt domaniale de Meudon
Photo: Willy Labre
Et pour terminer par où nous avions commencé :
Le frisson et la lumière
Parc départemental du Domaine de Sceaux
Photo: Willy Labre
Basquiat x Warhol, à quatre mains (II/II)
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Nous poursuivons la visite de la grande exposition de la Fondation Louis Vuitton commencée dans notre billet du 24 juin 2023.
Galerie 4 : Larger Than Life
Les œuvres réalisées conjointement par Basquiat et Warhol figurent parmi les plus grandes de leurs productions respectives. La peinture de Warhol s'est toujours confrontée au format des publicités, des écrans de cinéma. Basquiat a commencé à créer à l'échelle de la ville, écrivant ses textes sur les murs. Les plus longues de leurs œuvres communes, comme Chair ou African Masks, évoquent des éléments de décors architecturaux. Cet aspect monumental est encore renforcé par le format horizontal des compositions qui se prête particulièrement aux scansions alternées des deux artistes.
Tous les tableaux de la galerie 4 sont dus à la collaboration des deux artistes.
Chair, 1985, acrylique, bâton d'huile et crayon sur toile
African Masks, vers 1984, acrylique et encre sérigraphique sur toile
Le 29 mai 1984, Warhol écrit dans son journal « nous avons peint ensemble un chef-d'œuvre africain. Une trentaine de mètres de long. Il est meilleur que moi ». African Masks est une des collaborations à très grande échelle réalisées avec Basquiat dans les anciens locaux de la Factory après le déménagement des équipes de Warhol pour la 33e Rue. « Voir tout cet espace clair et vide, c'était si beau que maintenant je ne veux plus partir » avait noté ce dernier. Dans African Masks, une multitude de masques et visages bruns, blancs et noirs, apparaissent sur un fond abstrait multicolore. L'œuvre ne se prête pas à une interprétation univoque, mais ses figures font incontestablement référence à la préoccupation de Basquiat pour sa culture et son héritage africains.
Sin More!, 1985, acrylique et bâton d'huile sur toile
Collaboration (Chairs/African), 1984-1985, acrylique et encre sérigraphique sur lin
Quality, 1984-1985, acrylique et bâton d'huile sur toile
Thèmes et variations
À la fin des années 1970, Warhol réalise des travaux qui se rapprochent du genre de la nature morte. Quartiers de viande, pommes, citrons, choux sont le point de départ de plusieurs des tableaux réa- lisés avec Basquiat. Par le dessin, ce dernier altère et enrichit ces images et compositions d'origine photographique. Figure de style chère aux deux artistes, la répétition ne se joue pas qu'à l'intérieur de chaque tableau, elle est à l'origine de séries qui sont autant de variations autour d'un motif premier.
Don't Tread Tennis, 1985, acrylique sur toile
Apples and Lemons, 1985, acrylique, bâton d'huile et peinture polymère synthétique sérigraphiée sur toile
Eggs, 1985, acrylique, encre sérigraphique et bâton d'huile sur toile
Cabbage, 1984-1985, acrylique et bâton d'huile sur toile
Dogs, 1984, acrylique et bâton d'huile sur toile
Untitled (Two Dogs), 1984, acrylique et encre sérigraphique sur toile
Dog, 1984, acrylique, encre sérigraphique, bâton d'huile et huile sur toile
Galerie 5 : Michael Halsband, 10 Juillet 1985, NYC
Au printemps 1985, Warhol indique à son galeriste Bruno Bischofberger que Basquiat et lui ont, de leur propre initiative, réalisé de nombreuses collaborations. Ils s'entendent pour en exposer une sélection à la galerie Tony Shafrazi, dans le sud de Manhattan. Pour réaliser l'image qui servira à l'affiche, Basquiat choisit Michael Halsband qu'il a repéré pour son travail avec le chanteur Klaus Nomi. Celle-ci doit évoquer un combat de boxe. Le 10 juillet, Basquiat et Warhol se rendent dans le studio d'Halsband avec gants et shorts. Trois de ces images seront finalement utilisées pour la promotion de l'exposition, le photographe en révèle 86.
Devant l'entrée de cette galerie, une photo par Michel Halsband (né en 1956) : Artist Group Portrait at Mr. Show restaurant, New York City, April 23, 1985
La légende permet d'y reconnaître, outre Basquiat et Warhol, David Hockney, Arman, Keith Haring, Arman, Axel Katz, Julian Schnabel...
Quelques tirages des photographies prises la 10 juillet 1985 par Michael Halsband.
En Série
Créé à la fin du XIXe siècle, le logo de General Electric est l'un des emblèmes de l'American way of life. À partir des années 1950, la marque est présente dans chaque foyer. L'omniprésence du sigle, apposé sur un réfrigérateur comme sur un réacteur d'avion, justifierait à elle seule son choix par Warhol si elle ne se doublait d'un jeu calligraphique propice au plaisir de la peinture. Les deux artistes lui dédient toute une série, remarquable par ses effets de transparences, de juxtapositions et de renversements. La plupart de ces œuvres ont été débutées par Basquiat qui y a inscrit ses dessins en sérigraphie, une technique qui a défini l'œuvre de son aîné.
General Electric, 1985, acrylique sur toile
Sweet Pungent, 1984-1985, acrylique, bâton d'huile et encre sérigraphique sur toile
Ford, 1984-1985, peinture polymère synthétique et encre sérigraphique sur toile
General Electric with Waiter, 1984-1985, acrylique et bâton d'huile sur toile
GE/Skull, 1984-1985, acrylique et encre sérigraphique sur toile
General Electric - White, 1984, acrylique et encre sérigraphique sur toile
GE, 1984-1985, acrylique, bâton d'huile, huile et encre sérigraphique sur toile
Bananas, 1985, acrylique, encre sérigraphique et bâton d'huile sur toile
Unit Filter GE, 1984, acrylique et encre sérigraphique sur toile
Highest Crossing, 1984, acrylique sur toile
House Eye, 1984-1985, acrylique, bâton d'huile, encre sérigraphique et collage sur toile
Wood, 1984, huile, bâton d'huile, acrylique et encre sérigraphique sur toile
Stoves, 1984-1985, acrylique et bâton d'huile sur toile
Hellmann's Mayonnaise, 1984-1985, acrylique, bâton d'huile et crayon sur toile
Taxi, 45th/Broadway, 1984-1985, acrylique, bâton d'huile, peinture polymère synthétique et encre sérigraphique sur toile
Galerie 6 : La scène artistique de Downtown New York dans les années 1980
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Le milieu artistique new-yorkais du tournant des années 1970-1980 se singularise par l'énergie collective qu'il dégage. Plus de dix ans avant, grâce à son ouverture radicale à différentes pratiques artistiques, Warhol avait préparé le terrain pour faire de la collaboration une pratique largement acceptée. Mais ce furent aussi des artistes liés à la scène du graffiti - habitués à travailler ensemble et à naviguer entre les supports et les disciplines - qui firent de la collaboration, bien plus qu'une exception, l'une des caractéristiques essentielles de l'époque.
Jean-Michel Basquiat : 45 Plates, 1983-1986, marqueur sur céramique
Jean-Michel Basquiat, Fab Five Freddy (né en 1959), Tseng Kwong Chi (1950-1990), Futura 2000 (né en 1955), Keith Haring (1958-1990), Eric Haze (né en 1961), LA II (né en 1967), Kenny Scharf (né en 1958) & autres : Untitled (Blue Vase), 1982, technique mixte, acrylique, peinture aérosol et marqueur sur fibre de verre
Futura 2000, Keith Haring : Untitled (Scooter), 1986, peinture aérosol sur scooter
Jean-Michel Basquiat, Keith Haring & autres : Untitled (Symphony No. 1), 1980-1983, technique mixte, bombe aérosol et papier sur contreplaqué
Jenny Holzer (née en 1950) Lady Pink (née en 1964) : I am not free because I can be exploded anytime, 1983-1984, bombe aérosol sur toile
Jean-Michel Basquiat - Andy Warhol : Untitled, 1984, acrylique, huile et encre sérigraphique sur toile - Del Monte Fresh Produce Company, Coral Gables, Floride, États-Unis
A-One (1964-2001) Crash ou John Matos (né en 1961) DAZE (Chris Ellis) (né en 1961) : Untitled, 1984, bombe aérosol sur toile
Jean-Michel Basquiat, Stefano Castronovo (né en 1950) : Leather Jacket, 1983-1985, huile et peinture alkyde sur blouson en cuir
Jean-Michel Basquiat, Keith Haring & autres : Untitled (Fun Gallery Fridge), 1982, technique mixte, acrylique, peinture aérosol et marqueur sur réfrigérateur en métal
Affiche pour l'exposition Warhol / Basquiat : Paintings, Tony Shafrazi Gallery, 1985, lithographie offset sur papier couché
Jean-Michel Basquiat, Keith Haring, Roy Lichtenstein (1923-1997) Yoko Ono (née en 1933), Andy Warhol : Affiche pour Rain Dance, 1985, lithographie offset sur papier couché, signée par les cinq artistes
Guerrilla Girls : Guerrilla Girls Review The Whitney, 1987, impression d'écran sur papier
Jean-Michel Basquiat, Keith Haring : Untitled, 1981, encre et bombe aérosol dorée sur papier (deux tableaux)
A-One, Jean-Michel Basquiat : Portrait of A-One A.K.A. King, 1982, acrylique, bâton d'huile et marqueur sur toile montée sur supports en bois liés ensemble
A-One, Kenny Scharf : Untitled (Graffiti I), 1983, technique mixte sur toile
Dean Chamberlain (né en 1954) : Keith Haring, Nick Rhodes & Simon Le Bon devant le décor peint par Haring pour le passage d'Arcadia sur MTV, 1985, tirage couleur
Galerie 9 : Ten Punching Bags (Last Supper)
Jamais exposée du vivant de Basquiat et Warhol, la sculpture des Ten Punching Bags (Last Supper) est restée en possession de ce dernier jusqu'à sa disparition en 1987. Sur chacun des sacs, Warhol a peint le visage du Christ d'après une reproduction de La Cène de Léonard de Vinci. Sur celui-ci, Basquiat a inscrit de manière répétée, comme autant de coups portés sur les sacs, le mot Judge. Chez lui, l'imaginaire de la boxe est lié à de grandes figures de la communauté africaine-américaine qu'il a érigées en héros et martyrs. La structure même de cette œuvre est de triste mémoire ; elle évoque une potence et sa suite de pendus, ces strange fruits chantés par Billie Holiday. Sincère, la foi catholique de Warhol trouve là une incarnation poignante, évoquant le racisme, la violence et l'injustice dans une période sombre, marquée par l'épidémie de sida et le décès de plusieurs de ses proches.
Dans la même salle, du seul Jean-Michel Basquiat :
Untitled (Mary Boone), 1984-1985, acrylique sur sac de frappe
Headline Paintings
Tout au long de sa carrière, Warhol a traqué dans la presse le sensationnel comme le quotidien, faisant des manchettes de magazines et de journaux un sous-texte de son œuvre. Avec Basquiat, l'usage de ces titres est différent. Ainsi qu'il le disait, « II [Warhol] commençait la plupart des peintures. Il mettait quelque chose de très concret ou de très reconnaissable, comme une manchette de journal ou un logo de produit, et puis je le défigurais, en quelque sorte, et puis j'essayais de le faire retravailler dessus un peu, et puis je retravaillais dessus davantage ». De fait, la lisibilité des textes est totalement amendée au profit de l'impact formel voire sonore du lettrage. Des fragments de mots sont pris dans un nouveau réseau d'informations bâti par les deux artistes.
Tous les tableaux de cette section sont dus à la collaboration des deux artistes.
Collaboration, 1984-1985, acrylique et bâton d'huile sur lin
Socialite, 1984, acrylique sur toile
Ailing Ali in Fight of Life, 1984, acrylique, encre sérigraphique et bâton d'huile sur toile
Heart Attack, 1984, acrylique sur toile
Cops, 1984, acrylique et huile sur toile
Win $1,000,000, 1984, acrylique, encre sérigraphique et bâton d'huile sur toile
PE D G Two Heads, 1984-1985, huile, bâton d'huile, acrylique et encre sérigraphique sur toile
OP OP, 1984-1985, acrylique, encre sérigraphique et bâton d'huile sur toile
Collaboration No. 19, 1984-1985, bâton d'huile, collage, encre sérigraphique et peinture polymère synthétique sur toile
Comme toujours, avant le bouquet final des expositions de la Fondation Louis Vuitton dans la galerie 10, nous préférons décrire la petite galerie 11 attenante :
Galerie 11 : Requiem
Les proches de Basquiat ont largement témoigné de son désespoir à la suite du décès de Warhol, le 22 février 1987. Gravestone en est une marque évidente. Sous la forme d'un polyptyque, le peintre a dressé un autel où l'on reconnaît plusieurs références aux travaux de Warhol. Après leur exposition commune en 1985, les deux artistes s'étaient éloignés mais avaient poursuivi leurs échanges. Conservé par Warhol dans ses réserves, Physiological Diagram (1985), par son format et son sujet anatomique, s'apparente à une collaboration restée dans l'attente de Basquiat.
Jean-Michel Basquiat : Gravestone, 1987, acrylique et huile sur panneau de bois
Andy Warhol : Physiological Diagram, 1985, acrylique et encre sérigraphique sur lin
Francesco Clemente : Untitled (Homage to Jean-Michel Basquiat and Keith Haring), vers 1990, gouache sur papier
Scott Covert (né en 1959) : Untitled, 1999-2020, huile et crayon gras sur mousseline
Danseur, musicien, artiste, personnalité de la nuit new-yorkaise, Scott Covert commence en 1985 à réaliser des œuvres à partir de frottages de pierres tombales. Se rendant sur les sépultures de personnalités connues ou appartenant à sa mythologie personnelle, il réalise des compositions complexes où les mémoires s'entremêlent. Ici, Covert a placé Basquiat dans un panthéon comptant aussi bien le jeune Michael Stewart, artiste graffiti décédé après un passage à tabac par la police, que le compositeur italien Nino Rota ou le peintre américain Philip Guston.
Galerie 10 : À Quatre Mains
« Je crois que ces tableaux que l'on fait ensemble sont plus réussis quand on ne peut pas dire qui a fait quelle partie » avait noté Warhol dans son journal. D'abord simples interventions de Basquiat sur des toiles de Warhol, leurs peintures culminent, à la toute fin de leur collaboration, dans un emmêlement complexe où sont abordés des sujets intimes comme le racisme (Felix the Cat) ou le rapport au corps. 6.99 est une stratification de formes et de sens. Le tableau est littéralement couvert de cicatrices - des repentirs - mais celles-ci sont aussi dessinées, en écho aux abdomens balafrés de Basquiat et de Warhol.
Tous les tableaux de cette galerie sont dus à la collaboration des deux artistes.
Mind Energy, 1985, acrylique et bâton d'huile sur toile
Number 1, 1984-1985, acrylique et bâton d'huile sur toile
Poison (Collaboration No. 62), 1984, acrylique et bâton d'huile sur toile
Collaboration (Pontiac) No. 5, 1984, acrylique sur toile
Third Eye, 1984-1985, acrylique et bâton d'huile sur toile
Felix the Cat, 1984-1985, acrylique sur toile
Dans les années 1980, la plupart des œuvres de Warhol intègrent des images de la culture populaire américaine, autant de souvenirs et de témoignages de son obsession pour tout ce qui a trait à la célébrité. Dans ce tableau, on trouve ainsi une indication sur la bonne façon de nouer un nœud papillon, renvoi possible à sa carrière d'illustrateur, et surtout Felix the Cat, un des premiers héros de cartoons. À ces images, Basquiat répond avec ses têtes caractéristiques par leur apparence de crâne, ses mots griffonnés et deux grandes figures féminines à la peau mate. L'une est réalisée à partir d'un dessin posé par Warhol - que l'on retrouve dans 6.99 -, l'autre reprend la forme fluide des nœuds papillons et est oblitérée violemment d'un « Negress ».
6.99, 1985, acrylique et bâton d'huile sur toile
6.99 était l'une des collaborations préférées de Warhol, qui l'avait accrochée dans un espace privé à la Factory. A la variété des représentations répond ici la densité du dialogue visuel établi par les artistes. Les chiffres, les deux joueurs de football américain et la figure de femme nue debout, posés par Warhol, contrastent avec les aplats colorés de Basquiat, ses figures, visages, griffonnages, qui sont autant de couches de peinture et de significations. Des flammes semblent sortir du crâne expressif dans le coin droit, elles sont captées par un visage noir sombre au centre. Partiellement recouvert, celui-ci est placé comme au sommet d'une trinité ayant pour base les footballeurs de Warhol, ils sont intégrés par Basquiat dans son discours. À l'arrière-plan, une troisième figure noire coiffée d'un chapeau - peut-être un autoportrait de Basquiat - semble malicieusement observer cette confusion. Comme pour accentuer le propos, les retouches sont signifiées par des cicatrices, renvois possibles aux corps balafrés des deux peintres - celui de Basquiat du fait d'un accident de voiture en 1968, celui de Warhol suite à la tentative de meurtre dont il fut victime la même année.
Basquiat x Warhol, à quatre mains (I/II)
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Nous n'avons pas encore fait partager à nos lecteurs l'exposition de ce printemps à la Fondation Louis Vuitton. Après l'exposition "Jean-Michel Basquiat" en 2018 (voir notre billet du 2 février 2019), la Fondation poursuit son exploration de l'œuvre de l'artiste, révélant cette fois sa collaboration avec Andy Warhol.
Jean-Michel Basquiat (1960-1988) disait avoir travaillé sur « un million de toiles » avec Andy Warhol (1928-1987). La vérité est plus proche de 160, mais le chiffre reste considérable au regard des formats réalisés et de la brièveté de leur collaboration, de 1983 à 1985.
Gallerie 1 : Une amitié
À la toute fin des années 1970, alors qu'il n'a pas 20 ans, Jean-Michel Basquiat est fasciné par la figure d'Andy Warhol et la manière dont il a bouleversé les rapports entre art et culture populaire. Quant à Warhol, il se passionne pour la scène qui émerge à New York, porteuse d'une nouvelle attention à la peinture et qui se distingue par sa liberté, le croisement entre les disciplines et sa porosité avec les cultures urbaines. Il admire la réussite de ses cadets, leur énergie. Sa rencontre avec Basquiat, le 4 octobre 1982, marque le début de leur amitié et de leurs échanges, ici symbolisés par des portraits croisés : Warhol par Basquiat, Basquiat par Warhol.
Andy Warhol :
Portrait of Jean-Michel Basquiat as David, 1984, peinture polymère synthétique et encre sérigraphique sur toile
Jean-Michel Basquiat, 1984, acrylique et encre sérigraphique sur lin
Jean-Michel Basquiat, 1984, peinture polymère synthétique et encre sérigraphique sur toile
Jean-Michel Basquiat, 1984, peinture polymère synthétique et encre sérigraphique sur toile
Jean-Michel Basquiat :
Foto (Jean-Michel Basquiat being photographed by Andy Warhol), 1983, technique mixte sur papier
Dos Cabezas, 1982, acrylique et bâton d'huile sur toile sur châssis en bois
et un polaroïd du 4 octobre 1982 par Andy Warhol : Self-Portrait with Jean-Michel Basquiat
Jean-Michel Basquiat :
Untitled (Andy Warhol with Barbells), vers 1984, acrylique et bâton d'huile sur toile
Untitled, 1983, crayon gras sur papier
Untitled (Andy Warhol), 1984, crayon gras sur papier
Brown Spots (Portrait of Andy Warhol as a banana), 1984, acrylique et bâton d'huile sur toile
Francesco Clemente (né en 1952) :
Jean-Michel Basquiat, 1982-1987, aquarelle sur papier
Andy Warhol, 1982-1987, aquarelle sur papier
Dans la même galerie, de premières œuvres à quatre mains :
Jean-Michel Basquiat - Andy Warhol :
Arm and Hammer, 1984-1985, acrylique, encre sérigraphique et bâton d'huile sur toile
Arm and Hammer II, 1984-1985, acrylique, encre sérigraphique et bâton d'huile sur toile
Jean-Michel Basquiat - Andy Warhol :
Dollar Sign, 1984-1985, peinture polymère synthétique et encre sérigraphique sur toile
Don't Tread on Me, 1984-1985, acrylique, bâton d'huile et encre sérigraphique sur toile
Collaboration (Dollar Sign, Don't Tread on Me), 1984-1985, acrylique, encre sérigraphique et bâton d'huile sur lin
Jean-Michel Basquiat - Andy Warhol :
Crab, 1984-1985, peinture polymère synthétique et encre sérigraphique sur toile
Sharp Teeth, 1984-1985, acrylique, encre sérigraphique et bâton d'huile sur toile
Collaboration (Crab), 1984-1985, acrylique, encre sérigraphique et bâton d'huile sur lin
Lobster, 1984-1985, acrylique, bâton d'huile et sérigraphie sur toile
Lobster (Pink), 1984-1985, acrylique, bâton d'huile et sérigraphie sur toile
Lobster (White), 1984-1985, acrylique, bâton d'huile et sérigraphie sur toile
Basquiat, Clemente, Warhol
À l'automne 1983, le galeriste suisse Bruno Bischofberger, enthousiasmé par l'idée de collaboration entre artistes, propose à Jean-Michel Basquiat, Francesco Clemente et Andy Warhol avec lesquels il travaille, de signer conjointement une suite de travaux. Une quinzaine d'œuvres seront réalisées selon un principe de conversation : les toiles sont transportées d'un atelier à l'autre, la manière de chacun y restant visible. L'onirisme de Clemente, les écritures, silhouettes et repentirs de Basquiat, la sérigraphie comme mode opératoire de Warhol irriguent ces toiles qui réactivent le principe du cadavre exquis surréaliste.
Andy Warhol :
Francesco Clemente, 1981, acrylique, encre sérigraphique et poussière de diamant sur toile
Portrait of Francesco Clemente, 1982, acrylique sur toile
Jean-Michel Basquiat, Francesco Clemente, Andy Warhol :
Alba's Breakfast, 1984, technique mixte sur papier marouflé sur toile
Saxophone, 1984, technique mixte sur papier marouflé sur toile
In Bianco, 1984, acrylique, encre sérigraphique et bâton d'huile sur toile
Jean-Michel Basquiat, Francesco Clemente, Andy Warhol :
Cilindrone, 1984, technique mixte sur toile
Horizontal Painting, 1984, acrylique, encre sérigraphique et bâton d'huile sur toile
Origin of Cotton, 1984, huile, acrylique et encre sérigraphique sur toile
Jean-Michel Basquiat, Francesco Clemente, Andy Warhol :
Casa del Popolo, 1984, acrylique, encre sérigraphique et bâton d'huile sur toile
Pimple Head, 1984, technique mixte sur toile | Mixed media on canvas
Premonition, 1984, bâton d'huile, acrylique et encre sérigraphique sur toile
Francesco Clemente, Andy Warhol :
Collaboration (Whales/Umbrella), 1984, technique mixte sur lin
Jean-Michel Basquiat, Francesco Clemente :
The Kiss, 1984, huile et collage sur toile
Number 5, 1984, huile, acrylique et collage sur toile
Jean-Michel Basquiat, Francesco Clemente, Andy Warhol :
Handball, 1984, technique mixte sur toile
Tre Amici, 1984, crayons de couleur sur papier marouflé sur toile et encre sérigraphique sur papier marouflé sur toile
Pole Star, 1984
Premier panneau : acrylique et collage sur métal.
Panneaux suivants : acrylique et sérigraphie sur toile
Pure, 1984
Premier panneau : acrylique et collage sur métal.
Panneaux suivants : acrylique et sérigraphie sur toile
Galerie 2 : La création d'un langage visuel
Au printemps 1984, Warhol déménage sa Factory du 860 Broadway à la 33° Rue. Le bail de l'ancien local courant encore, il bénéficie d'un espace vacant pour peindre. Le lieu devient l'atelier commun des deux artistes. L'après- midi, ils peignent ensemble presque quotidiennement. Cette fois, il ne s'agit plus de modifications ni de conversation mais bien d'un duo composant à quatre mains. Les toiles sont souvent commencées par Warhol, qui reprend à cette occasion les pinceaux qu'il avait délaissés depuis le milieu des années 1960 au profit de la sérigraphie. Aidé d'un système de projection, il prépare des fonds et des motifs qui accueilleront la peinture de Basquiat. Les échanges sont vifs et rapides. Basquiat peint parfois au sol tandis que les murs sont occupés par Warhol, qui veut maintenir le rythme.
Jean-Michel Basquiat - Andy Warhol :
Fuck You, Dentures, 1984-1985, acrylique et encre sérigraphique sur toile
New Flame, 1985, acrylique, bâton d'huile et encre sérigraphique sur toile
China, 1984, acrylique et bâton d'huile sur toile
Jean-Michel Basquiat - Andy Warhol :
Wax Figurine, 1984-1985, peinture polymère synthétique et encre sérigraphique sur toile
Untitled, 1984, acrylique, encre sérigraphique et bâton d'huile sur toile
Untitled (50 Dentures), 1984-1985, acrylique et encre sérigraphique sur toile
Jean-Michel Basquiat - Andy Warhol :
Emeralds, 1984, acrylique et encre sérigraphique sur toile
1/2 Keep Frozen, 1984-1985, acrylique et encre sérigraphique sur toile
Perishable, 1984, acrylique et encre sérigraphique sur toile
Jean-Michel Basquiat - Andy Warhol :
Eiffel Tower, 1985, acrylique sur toile
Olympic Rings, 1985, acrylique et encre sérigraphique sur toile
Paramount, 1984, acrylique sur toile
China Paramount, 1984, acrylique, bâton d'huile et encre sérigraphique sur toile
Nous poursuivrons cette visite dans un prochain billet.
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