Fêtes maritimes de Brest - édition 2024
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Les fêtes maritimes de Brest ont lieu tous les quatre ans depuis 1992. Ces grands rassemblements de bateaux traditionnels venant du monde entier ont succédé à ceux organisés depuis 1986 à Douarnenez, le succès croissant de ces manifestations ayant rendu ce dernier port trop petit pour les accueillir.
Les précédentes fêtes maritimes de Brest remontaient à 2016, celles prévues en 2020 ayant été annulées pour cause de pandémie. Il n'était donc pas question de manquer l'édition 2024 : nous nous y sommes rendus dès le premier jour, 12 juillet : choix peu judicieux compte tenu de la météo exécrable...
Entrés sur la rive droite de l'Elorn, nous gagnons la rive droite où est située l'essentiel de la manifestation en passant sur un pont flottant parallèle au pont levant de Recouvrance, d'où nous avons une vue sur les deus rives.
Quelques voiliers le long du quai, dont des noms bien connus...
À l'extrémité Est de ce premier quai, le bel ensemble formé par les deux voiliers-écoles de la Marine nationale, l'Étoile et La Belle Poule.
La Belle Poule et l'Étoile ont été construites en 1932 par le Chantier Naval de Normandie à Fécamp. Toutes deux identiques, elles reproduisent les caractéristiques des goélettes du type « Paimpolaise » qui, jusqu'en 1935 menaient la pêche à la morue en Atlantique nord. Seuls les aménagements intérieurs ont été modifiés pour l'hébergement de l'équipage, des élèves en instruction et pour l'installation du compartiment machine.
On notera sur la dernière photo que ces bâtiments arborent le pavillon de beaupré de la France libre, frappé d'une croix de Lorraine en son centre : elles étaient déjà les navires-écoles des Forces navales françaises libres.
Le premier navire que nous visiterons est le Gulden Leeuw, goélette à hunier à trois-mâts construite en 1937 pour le ministère danois de l'agriculture et de la pêche, naviguant à présent sous pavillon des Pays-Bas comme bateau de croisière. Longueur : 70 m (coque 51,7 m). Arrimé sur le pont arrière, on remarque son ancienne figure de proue, figurant une tête de lion (Gulden Leeuw signifiant Lion d'Or).
Depuis la bisquine La Granvillaise, amarrée bord à bord avec le Gulden Leeuw, où trois jeunes visiteuses transies posent pour leur grand-père, une belle vue sur la goélette à quatre mats portugaise Santa Maria Manuela.
Depuis le Gulden Leeuw, nous pouvons assister à la parade des voiliers dans la rade, certes un peu contrariée par la pluie persistante.
Artémis, trois-mâts barque néerlandais de 59 m de long, à coque acier, construit en 1926.
Abel Tasman, goélette à hunier de 40,5 m construite en 1913 dans les chantiers Patje à Waterhuizen (Hollande)
Le Celtic. Goélette aurique en bois moulé, Celtic est une construction amateur achevée en 1995, inspirée par les goélettes corsaires américaines. De dimension plus modeste que ces dernières, la forme de coque et son gréement ont cependant les formes typiques des voiliers américains.
La Cancalaise, réplique de bisquine construite en 1987 à Cancale. D'une longueur hors tout de 30 m pour une coque de 18,10 m, elle est gréée en lougre de pêche à trois-mâts avec voiles au tiers. C'est le bateau de pêche le plus voilé de France.
Sur le point de sortir du port, le Morgenster, brick (deux-mâts) hollandais de 48 m (longueur de coque 33,33 m), coque et pont acier, qui a rejoint les courses de grands voiliers après sa restauration en 2008. Avant sa remise en chantier, il a eu une longue carrière, depuis 1919, comme bateau de pêche en Mer du Nord.
Le Zephyr, goélette à grand-voile bermudienne à coque et pont en acier. Longueur : 35 m (coque : 29 m) Port d'attache : Harlingen (Pays-Bas). Il a été construit en 1931 au chantier Van Diepen de Waterhuizen aux Pays-Bas.
La Recouvrance, réplique d'un aviso du début du XIXe siècle grée en goélette à hunier. La longueur hors-tout de La Recouvrance est de 42 mètres, sa longueur de coque de 25 mètres, son maître-bau de 6,40 mètres, son tirant d'eau de 3,20 mètres, sa surface de voilure (neuf voiles) de 430 m2. Réplique des goélettes de type « Iris », un modèle dessiné par l'architecte naval Hubert en 1817, ambassadeur et propriété de la ville de Brest, elle a été lancée en 1991 après sa construction au chantier du Guip dans cette ville.
et d'autres beaux bateaux, petits et grands...
Le deuxième bateau visité est le Santa Maria Manuela, goélette à quatre-mâts (longueur 67,4 m dont 55,7 m pour la coque) qui sert de navire-école à l’État du Portugal. Avec le Creoula, il est un des survivants de la flotte morutière portugaise. Construit en 1937 à Lisbonne, il est lancé comme navire de pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve au Canada. Il est utilisé jusqu'en 1963 puis subit une rénovation en vue de l'adapter aux innovations technologiques de la pêche à la morue, il continue à naviguer. Considéré comme obsolète en 1993, il est voué à la destruction. Sa coque est préservée et rachetée en 1994 par un groupe d'institutions publiques pour rétablir l'ancien métier de pêche à la morue. En 2007, ne pouvant atteindre leur objectif, la fondation revend la coque à une société qui la restaure dans un chantier portugais, puis une seconde phase est entreprise pour tous les autres équipements dans un chantier de Galice. En mai 2010 il revient au port d’Aveiro.
Quelques détails des équipements, notamment le poste de commandement moderne et, derrière lui, ses prédécesseurs "antiques".
Après ces deux grands voiliers - et la bisquine - les jeunes visiteuses ont tenu à braver les éléments et à affronter une longue file d'attente pour visiter "un bateau militaire" : le BASM (Bâtiment de soutien et d'assistance métropolitain) Garonne, de classe Loire.
[Longueur : 70,3 m, maître-bau : 15,8 m, tirant d'eau : 5 m, déplacement : 2960 tonnes, port en lourd : environ 1000 tonnes, propulsion : 2 moteurs diesel de 2650 kW, vitesse : 14 nœuds]
On remarquera le boudin déroulant utilisé pour contenir les pollutions marines, un des canots de secours et d'assistance, le pont arrière avec le pont de Recouvrance en arrière-plan, les puissants canons à eau à l'avant du bâtiment et le poste de commandement ultra-moderne.
Pour conclure en musique et avec entrain malgré le temps maussade, le bagad des anciens de Lann-Bihoué :
Sports en Seine - histoire de champions d'hier et de demain
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Une exposition photographique en plein air au Parc de Sceaux, comme nous les avons souvent relatées dans notre blog (la dernière le 8 juillet 2023). C'est à présent le moment d'en rendre compte, pour nous mettre ici aussi à l'heure olympique. Elle est ainsi présentée :
Les Hauts-de-Seine sont, depuis toujours, une terre de sport. C'est vrai dans notre présent comme en témoignent les 336 000 licenciés dans nos 2 000 associations sportives alto-séquanaises. C'est tout aussi vrai dans notre passé avec l'avènement des grands clubs historiques - à commencer par le Racing Club de France - et des premières grandes compétitions sur le territoire actuel du département. Ce glorieux passé, ce sont aussi les Jeux Olympiques de 1924, et la construction de ce qui est aujourd'hui le Stade départemental Yves-du-Manoir, une enceinte mythique qui s'apprête à accueillir ses deuxièmes Jeux cet été. Ce monument du sport français et mondial est l'épicentre de cette exposition de photographies grand format, qui met en perspective vingt-sept images d'archives exceptionnelles et dix portraits de jeunes espoirs des clubs partenaires du Département.
Dans la gueule du monstre
Stade Yves-du-Manoir, 8 mai 1949, Colombes.
Un stade est un géant vorace, qui ne vit que par l'énergie de ceux qui y jouent et des milliers qui les encouragent. Le stade Yves-du-Manoir à Colombes en est la vibrante illustration, en ce jour de finale de Coupe de France de football 1949. Les quelque 62 000 spectateurs entassés dans les tribunes évoquent une gigantesque mâchoire prête à se refermer sur les vingt-deux acteurs, qui s'activent sur le terrain. Comme encouragé par ce monstre avide et grondant, c'est le Racing Club de France qui en ce début mai ne fait qu'une bouchée (5-2) du Lille OSC, pourtant vainqueur des trois éditions précédentes de l'épreuve. Les dieux du stade ont eu leur sacrifice, l'ogre d'acier et de béton est repu. Jusqu'à l'avènement du Stade de France, l'appétit du géant de Colombes restera inégalé, lorsqu'il s'agira d'avaler des foules record.
Ferveur ovale en impériales
Tournoi des Cing Nations, 28 mars 1921, Colombes.
C'est au milieu du XIXe siècle que la Compagnie des Chemins de fer de l'Ouest met en service des voitures à impériale au départ de la gare Saint-Lazare. Dans les années 1920, ces rames à deux étages font le bonheur des spectateurs venus de Paris assister aux grandes rencontres sportives organisées sur le terrain du stade de Colombes. Avant même sa métamorphose olympique en 1924, l'enceinte accueille régulièrement de grands rendez-vous internationaux, comme ce France/Angleterre du 28 mars 1921, comptant pour le Tournoi des Cinq Nations, qui attire 35 000 amateurs de rugby acheminés en banlieue par des trains bondés. Le soutien de cette foule enthousiaste n'empêchera pas les Anglais de compléter cette année-là leur Grand Chelem, en ramenant de France une nouvelle victoire (10-6).
Train d'enfer pour la locomotive Zátopek
Stade Yves-du-Manoir, 30 mai 1954, Colombes.
Ila bien failli ne jamais être présent à Colombes ce jour-là, le roi de l'athlétisme de l'après-guerre. Attendu pour y participer à une réunion internationale, dont il est comme il se doit la principale attraction, le triple champion olympique des 5 000 m, 10 000 m et du marathon aux Jeux d'Helsinki en 1952 était encore, la veille, bloqué en Belgique, faute de visa. Si la situation se règle in extremis, le Tchèque arrive bien tardivement en France, stressé et en manque de sommeil. Lorsqu'il entre sur la piste en cendrée du stade Yves-du-Manoir, difficile dans ces conditions de croire en ses chances de le voir battre le record du monde du 5 000 m, qui manque encore à son palmarès. Dans son style habituel, plus dodelinant et grimaçant que jamais, Emil Zátopek va pourtant y parvenir en 13′57′′2. Qu'on se le dise: même retardée, « La locomotive tchèque », arrive toujours à l'heure!
Cerdan en reconquête à la Croix de Berny
Vélodrome de la Croix de Berny, 23 juin 1945, Antony.
Il encaisse, Édouard Tenet, mais sa garde a bien du mal à contenir la pluie de coups que lui inflige « le Bombardier marocain ». Au centre du stade vélodrome de la Croix de Berny, transformé pour l'occasion en ring à ciel ouvert, Marcel Cerdan est un homme pressé. La guerre lui a volé ce qui aurait dû être les plus belles années de sa carrière et le double champion d'Europe des poids moyens, en 1939 et 1942, a plus que jamais faim de titres. À la neuvième reprise du combat, Tenet est dans les cordes, mais il tient bon, jusqu'au coup de gong final. Largement vainqueur aux points, Cerdan peut poursuivre une ascension qui l'emmènera jusqu'à la consécration et la gloire éternelle, grâce au titre de champion du monde des poids moyens qu'il remporte le 21 septembre 1948 en battant à Jersey City l'Américain Tony Zale.
Tom Gaillard
est licencié au CAM 92 et membre de l'équipe de France de hockey sur gazon. Âgé de 19 ans, il a déjà à son actif plusieurs titres de champion de France dans les catégories de jeunes et a remporté deux fois avec son club de Montrouge l'Euro Trophy, coupe d'Europe de la spécialité, en 2022 et 2023.
«Pour moi, les Jeux Olympiques à Paris en 2024, c'est un rêve! C'est un événement qui restera gravé dans la mémoire de tous les sportifs qui y participeront. Recevoir les meilleures nations du hockey mondial au Stade départemental Yves-du-Manoir de Colombes, complètement reconstruit pour cette grande occasion cent ans après la cérémonie d'ouverture des Jeux de 1924, quelle chance et quel honneur pour tous les Français, sportifs, bénévoles et spectateurs! Un événement à savourer sans modération! »
Monaco sur Seine
Grand prix automobile, 9 juin 1946, Saint-Cloud.
Un Grand Prix en ville? La Principauté? Le Rocher? La Méditerranée ? En réalité, ces bolides lancés à l'assaut des pavés rugissent à deux pas de la Seine, à l'occasion d'un Grand Prix resté unique dans l'histoire locale. Un circuit de six kilomètres avec ses chicanes, ses virages en épingle à cheveux et ses lignes droites avalées à plus de 200 km/h au cœur même de Saint-Cloud, organisé pour marquer l'inauguration de l'autoroute de l'Ouest. Qualifiée de « plus grande course internationale d'après-guerre » par le quotidien L'Équipe, l'épreuve réservée aux grosses cylindrées réunit les meilleurs pilotes automobiles du moment. Au terme des trente tours de circuit, c'est le Français Raymond Sommer sur Maserati qui remporte cette ronde infernale.
Le grand saut de Micheline Ostermeyer
Stade Yves-du-Manoir, août 1947, Colombes.
Deux ans après la fin de la guerre, l'organisation à Paris des IX Jeux mondiaux universitaires en août 1947 est un signe d'espoir pour la jeunesse. L'événement, qui rassemble 17 délégations pour un total de 800 athlètes, a un parfum de répétition générale avant le grand retour des Jeux Olympiques sur la scène internationale, prévu pour l'année suivante à Londres. Une partie des épreuves d'athlétisme est organisée au stade Yves-du-Manoir. Une jeune Française en pleine ascension, Micheline Ostermeyer, s'y distingue, en remportant les concours de saut en hauteur et de lancer du poids. Un simple galop d'essai avant ses deux titres olympiques de 1948, aux lancers du poids et du disque cette fois.
Clémence Audebert
17 ans, pratique l'aviron depuis déjà 6 ans. Licenciée à Boulogne 92, elle compte dans sa catégorie d'âge plusieurs titres de championne de France, le dernier en date conquis en indoor sur 8 x 250 m au stade Charléty en 2024.
«Les Jeux de Paris sont pour moi une occasion unique de rassembler en France les meilleurs athlètes mondiaux et de faire partager au public des moments inoubliables et inspirants. Ils viennent mettre en avant les valeurs du sport telles que la cohésion, l'entraide, l'amitié, le plaisir et le dépassement de soi et seront surtout une source d'inspiration pour l'avenir pour les jeunes athlètes comme moi. »
Ces demoiselles de la crosse
Stade Yves-du-Manoir, 1942, Colombes.
On est loin de la taille parfaite des gazons anglais, mais l'état de la pelouse ne semble pas préoccuper ces joueuses de hockey immortalisées en pleine partie. La question du terrain n'est pas anecdotique dans cette discipline et les pratiquants français ont longtemps regardé avec envie les carrés verts impeccables de leurs voisins britanniques. Les chroniqueurs voyaient d'ailleurs dans l'état souvent médiocre des terrains sur lesquels devaient évoluer les hockeyeurs français un frein au développement de la discipline en France. C'était avant la généralisation des surfaces synthétiques, sur lesquelles évoluent désormais l'élite de la discipline, à l'image du CAM 92, où la passion du jeu se perpétue de génération en génération, et des meilleures sélections olympiques, qui vont se mesurer cet été sur les terrains fraîchement refaits du Stade départemental Yves-du-Manoir.
Arabesques Belle Époque
Vélodrome Buffalo, Hiver 1912, Neuilly.
L'élégance de cette patineuse tranche avec les panneaux publicitaires dominant la glace. Comme le symbole d'un changement d'époque, entre celle des empires finissants et un monde moderne fait d'acier, de bruit et de fureur. L'emplacement de cette patinoire éphémère, installée au centre du vélodrome Buffalo à Neuilly, participe de ce choc des cultures. Ici, d'ordinaire, résonnent les cris des amateurs de cyclisme, venus assister aux empoignades entre les plus grands champions cyclistes du moment. On y entend même parfois gronder les moteurs des premières motocyclettes, dernières sorties des usines des constructeurs d'engins roulants de toutes sortes, qui fourmillent dans l'Ouest parisien. La gracieuse silhouette de cette patineuse d'un autre âge, elle, semble déjà enveloppée de l'étoffe dont sont faits les rêves.
Saint-Cloud, station d'altitude
Démonstration de luge, 5 mars 1909, Parc de Saint-Cloud.
Début mars 1909, l'hiver lance une offensive surprise sur la région parisienne. Le 3 mars, quinze à vingt centimètres de neige tombent en quelques heures sur la capitale et ses environs. Durant les deux jours qui suivent, le parc de Saint-Cloud se transforme en station de sports d'hiver. Les pentes de l'ancien domaine impérial voient alors affluer les amateurs de sports de glisse, notamment de ski, discipline en plein essor depuis l'organisation en France, deux ans plus tôt, de la première compétition internationale de la spécialité par le Club alpin français. La luge, moins technique, fait aussi des adeptes lors de cet inattendu week-end enneigé de 1909, année marquée par une météo capricieuse, qui viendra même perturber le Tour de France cycliste, resté dans les mémoires comme l'un des plus arrosés et ventés de l'histoire.
Noa Zinzen
20 ans, joue au rugby au Racing 92. Il poursuit aujourd'hui sa progression sous le maillot ciel et blanc: deux fois champion de France cadets en 2018 et 2019, il a été champion d'Europe chez les moins de 18 ans en 2022 et champion du monde chez les moins de 20 ans en 2023.
« C'est une fierté que la France et Paris puissent accueillir les Jeux Olympiques, pour réunir tous les pays et les meilleurs athlètes du monde et mettre en avant les valeurs du sport dans des lieux historiques. »
L'Ovalie en ciel et blanc
Stade du Matin, 17 mars 1912, Colombes.
Il a la moustache bien sévère, le capitaine du Racing Club de France, Gaston Lane, ballon en main au milieu de ses équipiers! Les joueurs au maillot ciel et blanc, vainqueurs ce jour-là à Colombes en demi-finale du championnat de France de rugby du Stade Bordelais, tenant du titre, ont pourtant de quoi jubiler. Pour le Racing, déjà triple vainqueur de l'épreuve (1892, 1900 et 1902) cette victoire offre la perspective de mettre un terme à dix saisons de disette. Mais peut-être son capitaine pressent-il qu'en finale, Toulouse, en quête d'un premier Bouclier de Brennus sur son terrain des Ponts Jumeaux, sera un adversaire coriace. Impression confirmée quinze jours plus tard, puisque les Racingmen s'inclinent 8 à 6. Ils devront encore attendre 1959 pour garnir leur armoire à trophées, riche à ce jour de six Boucliers de Brennus.
Cyclisme sur terrain glissant
Cyclo-cross de L'Auto, Janvier 1937, Clamart.
Il semble tout droit sorti de terre ce peloton, mi-glaise, mi-acier, tel un Golem des temps modernes. Cette génération spontanée de cyclards tout-terrain évolue pourtant sur une tout autre surface, qui se dérobe sous les pieds et fait monter l'acide lactique dans les quadriceps. Le franchissement de la sablière de Trivaux à Clamart est l'un des morceaux de bravoure de ce. cyclo-cross de L'Auto, millésime 1937. Depuis le début du XXe siècle, la discipline est très populaire et rares sont les champions sur route à ne pas s'entretenir l'hiver à coup de dénivelés et de bains de boue. Le plus fameux d'entre eux reste Eugène Christophe, « le Vieux Gaulois » de Malakoff, premier maillot jaune de l'histoire du Tour de France en 1919 et sept fois champion de France de la spécialité entre 1909 et 1921.
Quand l'homme-canon entre en piste...
Stade Buffalo, août 1907, Neuilly.
Avec son casque bol, allongé sur sa motocyclette Alcyon en position de recherche de vitesse, André Grapperon a des airs d'obus éjecté d'un canon. Sur l'anneau du premier vélodrome Buffalo à Neuilly, construit à l'emplacement même où Buffalo Bill présenta son Wild West Showen 1889, le bruit des moteurs résonne moins souvent que le bourdonnement des pelotons de pistards, mais il va dans le sens de l'histoire industrielle locale. À l'image d'Alcyon, à Neuilly puis à Courbevoie, les marques de cycles nées dans l'Ouest parisien sont aussi celles qui, au tout début du XXe siècle, vont se lancer dans la production d'automobiles, de motocyclettes et même pour certaines d'entre elles d'aéroplanes. Un châssis est un châssis, ajoutez-y un moteur et tout devient possible! Au guidon de son terrible engin, André Grapperon, lui, fera une belle carrière de pilote, qui l'emmènera jusqu'aux États-Unis, raflant au passage dans sa folle chevauchée les titres de champion de France et d'Europe.
Chiquito de Cambo, un Basque à Billancourt
Fronton du Point du Jour, 9 juin 1929, Boulogne-Billancourt.
Ce ne sont pas sur les bords de l'Adour que ces trois valeureux pelotaris sont photographiés, mais à deux pas de la Seine, dans le quartier du Point du Jour à Billancourt. Le colosse au milieu, Joseph Apesteguy, plus connu sous le nom de Chiquito de Cambo, est alors en fin de carrière et cela fait longtemps que sa légende a fait de lui une figure internationalement reconnue. Déjà, en novembre 1903, il faisait affluer à Neuilly le Tout-Paris autour du fronton du Cercle Saint-James, pour une double confrontation face à l'Espagne disputée devant quelque 10 000 spectateurs. La popularité de ce poids lourd du sport basque (1m95 pour 90 kilos !) est alors à son apogée. Au point de voir son nom associé pour l'éternité au trinquet jouxtant le grand fronton de Paris, sorti de terre aux confins de Billancourt en 1924, alors que la pelote basque était sport de démonstration au programme olympique.
Anita Adamo
16 ans, est fleurettiste au BLR 92. Membre de l'équipe de France des moins de 17 ans, l'escrimeuse de Bourg-la-Reine est sélectionnée aux circuits européens, a participé aux championnats d'Europe cadets à Naples et compte déjà un titre de championne de France par équipe à son palmarès, conquis en 2022.
« Les Jeux Olympiques de 2024 sont un événement exceptionnel et le fait que ce soit en France permet de donner une visibilité très importante aux sports olympiques, comme le mien notamment, grâce au cadre exceptionnel que nous offre Paris et ses infrastructures. »
Plongée en eaux troubles
Traversée de Paris à la nage, 30 juin 1912, Asnières.
Ne pas boire la tasse, se laver abondamment après l'effort et, de préférence, être vacciné contre la typhoïde: trois recommandations, qui témoignent qu'à la Belle Époque, piquer une tête dans la Seine n'est pas sans risque. Pas de quoi refroidir pour autant ces nageurs amateurs au départ des éliminatoires de la Traversée de Paris en juin 1912, épreuve qui connaît un beau succès depuis sa création sept ans plus tôt. Les pontons faisant office de plongeoir sont ceux du chantier des travaux d'élargissement du pont d'Asnières. L'histoire ne dit pas combien de ces valeureux concurrents ont dû rendre visite à un dispensaire dans les jours suivants leurs performances aquatiques...
L'aviron, une tradition au long cours
Traversée de Paris en aviron, 9 mai 1920, Asnières.
C'est à partir de la seconde moitié du XIXe siècle que se développe la pratique de l'aviron sur la Seine. D'abord récréatif, au temps des guinguettes et des dimanches au bord de l'eau, l'art de ramer en cadence fait fleurir les sociétés nautiques comme celle de la Basse-Seine à Courbevoie, créée en 1882, dont les régates, face à sa grande rivale de la Marne, ont alors des allures d'Oxford - Cambridge à la française. Plus tard, le bassin d'Asnières accueille les épreuves d'aviron des Jeux de 1900 à Paris. Le rayonnement olympique des rameurs locaux s'est depuis perpétué, de génération en génération, sous l'impulsion de clubs comme l'ACBB créé en 1943, dont la section aviron est aujourd'hui devenue Boulogne 92 et organise chaque année la Traversée des Hauts-de-Seine et de Paris à la rame.
Les enfants de la batte
Démonstration de base-ball, 24 juin 1917, Colombes.
Ces soldats et ambulanciers du corps expéditionnaire américain sont alors loin de s'en douter, mais ils disputent l'une des premières parties de base-ball en France. De notre côté de l'Atlantique, et a fortiori lors de la Première Guerre mondiale, le sport préféré de l'Amérique n'est qu'une discipline exotique et ses premières démonstrations, tout comme celles disputées au stade Pershing, intriguent plus qu'elles ne passionnent le public local. Sept ans plus tard, à Colombes toujours, mais cette fois sur le terrain du tout nouveau stade olympique, les joueurs professionnels des Giants de New York et des White Sox de Chicago auront beau faire étalage de leur habilité batte en main lors de deux matches d'exhibition, rien n'y fait, le public boude. Côté sport, le rêve américain ne fait pas encore recette...
Oussama Brahmi
20 ans, est membre de l'équipe de France de basket fauteuil. Champion de France de la discipline en 2024, il a aussi remporté cinq titres nationaux en para-athlétisme, ainsi que trois autres en haltérophilie.
« Les Jeux de Paris représentent pour moi une mise en lumière du travail accompli par les athlètes. Les accueillir à domicile est une opportunité pour montrer nos talents de sportifs et la valeur de nos disciplines! »
À l'assaut du mur de Sceaux
Croix de Berny, 7 décembre 1924, parc de Sceaux.
Les forêts et grands domaines de L'Ouest parisien constituent, dès la fin du XIXe siècle, le terrain de jeu favori des sportsmen amateurs de cross-country. C'est d'ailleurs à Meudon- Bellevue qu'en 1889 l'Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques (USFSA) organise le premier championnat de France de la spécialité. Dès lors, le cross national aura souvent pour cadre les sous-bois de Ville-d'Avray, Chaville et du domaine de Saint-Cloud, révélant des champions tout-terrain et durs au mal comme Gaston Ragueneau de la Société athlétique de Montrouge, six fois vainqueur de l'épreuve. Si ces temps héroïques sont révolus en 1924, date à laquelle sont immortalisés les participants de ce Challenge Pesch disputé à la Croix de Berny et dans le domaine de Sceaux, les épreuves de cross-country font toujours recette, de la saison des feuilles mortes à celle des premiers bourgeons.
Louane Verger
19 ans, a débuté le volley-ball au CSM Clamart. Après un passage d'une saison au VB La Rochette, elle intègre en 2021 le centre de formation des Mariannes 92. Elle évolue depuis avec l'équipe professionnelle du club partenaire des Hauts-de-Seine.
« Pour moi, les Jeux Olympiques constituent un grand rassemblement historique qui permet de fédérer les gens autour du sport. J'ai acheté des places pour le volley, pour participer à ce moment festif. C'est symbolique pour beaucoup de sportifs, l'événement d'une vie, l'aboutissement d'années de travail. Pour rien au monde en tant que sportive je n'aurais loupé cet événement! »
Dans les filets de « L'Araignée noire »
Stade Yves-du-Manoir, 21 octobre 1956, Colombes.
La détente du gardien soviétique, tout de noir vêtu, n'est pas étrangère au record d'affluence battu ce jour-là à Colombes lors du match amical qui oppose la France à l'URSS. 62 145 spectateurs se pressent dans les tribunes du stade Yves-du-Manoir avec l'espoir de voir les Bleus faire trembler les filets de Lev Yachine, surnommé « L'Araignée noire » pour sa propension à tisser devant ses buts une toile infranchissable. Ce ne sera pas le cas ce 21 octobre, puisque les attaquants français réussiront par deux fois à déjouer sa vigilance pour une victoire de prestige, 2 buts à 1. Pas de quoi pourtant troubler la sérénité de l'équipe d'Union soviétique, qui, quelques semaines plus tard, devient championne olympique à Melbourne. Yachine, lui, après avoir contribué à la victoire de sa sélection lors du premier championnat d'Europe des nations en 1960, deviendra trois ans plus tard le premier gardien de but de l'histoire et le seul à ce jour à remporter le Ballon d'or de meilleur footballeur de l'année.
Edmond Dehorter ou la voix des airs
Finale du tournoi de football olympique, 9 juin 1924, Colombes.
Un micro, une moustache et un sacré tempérament: Edmond Dehorter, pionnier de tous les radio reporters sportifs français, est ce qu'il est convenu d'appeler un personnage. En ce 9 juin 1924, lui, que son physique ne prédispose pourtant pas aux acrobaties aériennes, se retrouve dans la nacelle d'un ballon captif prêt à s'envoler dans le ciel de Colombes. La raison : le comité d'organisation des Jeux de Paris lui interdit ce jour-là l'accès au stade olympique, sous la pression de ses confrères de la presse écrite, craignant que son compte rendu radiophonique de la finale Suisse / Uruguay ne leur fasse perdre des lecteurs. Se faire couper le sifflet pour un match de football, un comble! Qu'à cela ne tienne, pour commenter, Edmond prendra la voie des airs... et même si le vent l'oblige à écourter son reportage, son coup de force lui vaut de voir s'ouvrir devant lui les portes du stade olympique pour le reste de la compétition.
François Faber, le dévoreur de tempêtes
Tour de France, 31 juillet 1910, Versailles/Ville-d'Avray.
Sur ce cliché, il est tel qu'en lui-même le « Géant de Colombes » : écrasant les pédales de toute la puissance de son imposant physique, ses larges épaules semblant faire ployer le guidon, alors qu'il avance, en force, toujours... C'est ce style qui lui a permis, un an plus tôt, de dompter une météo tempétueuse, ignorant pluie et bourrasques, pour remporter l'édition 1909 de la Grande Boucle. Lui qui a grandi à Colombes, qui a connu la dureté du travail de docker sur les bords de Seine, n'est pas du genre à finasser. Dans ce Tour 1910, accablé par les chutes, la maladie et une ultime crevaison dans la dernière étape, il doit pourtant s'incliner d'un rien devant son coéquipier et rival de l'équipe Alcyon, Octave Lapize. Et c'est une autre tourmente qui aura finalement raison du colosse, celle de la Grande Guerre, durant laquelle il perd la vie le 9 mai 1915, près d'Arras.
Lucas Fisher
18 ans, a intégré officiellement le groupe professionnel de Nanterre 92 en 2021. International U19, il est l'un des leaders de l'équipe de France lors de la Coupe du monde de basket.
« Je ressens beaucoup de fierté et d'excitation à la perspective de voir les Jeux Olympiques en France cet été. C'est quelque chose d'unique, que notre génération a la chance de pouvoir vivre à domicile ! »
Ylan Esso Essis
17 ans, est issu du centre de formation des Metropolitans 92. Présélectionné en 2024 en équipe de France des moins de 18 ans, il a déjà fait partie de plusieurs sélections régionales et c'est l'un des grands espoirs du club de Boulogne/Levallois.
« Les Jeux Olympiques, c'est l'un des plus grands événements sportifs planétaires, voire le plus grand. Que ça se passe à Paris c'est extraordinaire ! Je vais être supporter des équipes de France et je souhaite que l'on gagne en basket, mais également dans toutes les disciplines. J'ai également hâte de voir l'engouement des sportifs et du public! »
Harold Abrahams, la revanche du Vieux Continent
Stade Yves-du-Manoir, 7 juillet 1924, Colombes.
Il peut parfois y avoir des passages de témoin même en sprint, cette photo en est la preuve. Au premier plan, l'Américain Charlie Paddock, champion olympique du 100 m en 1920 à Anvers. Au second, l'Anglais Harold Abrahams, qui s'apprête à le détrôner le 7 juillet 1924 sur la piste de Colombes. Ce jour-là, c'est bien plus qu'une succession qui se joue, puisque la victoire du sprinter de Cambridge fait voler en éclats la domination, jusque-là sans partage, des athlètes américains sur le 100 m. Champion olympique à Paris, Harold Abrahams devra abandonner la compétition un an plus tard, sur blessure. Mais sa farouche détermination inspirera six décennies plus tard le réalisateur Hugh Hudson, dont le film - quatre fois oscarisé - Les Chariots de feu, retrace le parcours du premier champion olympique de sprint européen et sa rivalité avec un autre des héros des Jeux de 1924, l'Écossais Eric Liddell, médaillé d'or sur 400 m à Colombes.
Suzanne Lenglen, l'aérienne
Internationaux de tennis, 7 juin 1925, Saint-Cloud.
C'est sur la terre battue de la Faisanderie, dans le parc de Saint-Cloud, que « La Divine » du tennis français est née à la gloire. À 15 ans en 1914, elle s'y révèle aux yeux des amateurs en remportant son premier titre de championne du monde, attribué au terme des Internationaux de tennis alors organisés sur les terrains ocres du Stade Français. Neuf ans plus tard, le style aérien que fige cette photo, ainsi qu'un palmarès inégalé - elle reste championne du monde de 1914 à 1926, année où elle devient professionnelle - en font l'une des figures de la France dans le monde, au même titre que le boxeur Georges Carpentier. « Influenceuse » avant l'heure, elle révolutionnera même la mode sportive avec les tenues imaginées pour elle par le couturier Jean Patou. Robe raccourcie au-dessus du genou, bras dénudés pour plus de mobilité, autant d'innovations qui marquent les esprits et font de sa gestuelle une signature inimitable.
Doria Boursas
judokate, est licenciée au club des Arts martiaux d'Asnières. À 18 ans, elle est déjà montée sur plusieurs podiums internationaux. Vice-championne d'Europe cadette chez les moins de 63 kg et championne du monde cadette par équipe mixte, elle est aussi en 2024 championne de France dans sa catégorie.
« Je suis très enthousiaste à l'idée de voir les Jeux Olympiques débarquer à Paris. Ce n'est pas tous les jours que l'on accueille cet événement en France et je pense que c'est une expérience unique, que l'on ne vit qu'une fois dans sa vie ! Même si je n'y participerai pas, j'ai hâte de voir l'ambiance et l'effervescence que les 10 apporteront chez nous. »
Le retour raté de Georges Carpentier
Stade Buffalo, 24 septembre 1922, Montrouge.
En 1922, Georges Carpentier est déjà une légende du noble art. Devenu deux ans plus tôt le premier Français champion du monde de boxe de l'histoire, sa popularité est au zénith. Son retour, après plusieurs mois loin des rings, est donc attendu avec impatience au stade Buffalo, alors récemment inauguré. Mais l'événement va tourner court: son challenger, le solide Français d'origine sénégalaise Louis Phal, dit Battling Siki, le met KO au sixième round à la surprise générale. Victime de son manque de préparation et d'un combat vraisemblablement arrangé par son manager, où rien ne se passe comme prévu, Georges Carpentier voit d'un coup s'envoler ses titres de champion de France, d'Europe et du monde des mi-lourds. Si après cette parodie de combat son aura reste intacte, il gardera jusqu'à sa disparition en 1975 un souvenir amer de ce funeste après-midi à Montrouge.
La dernière charge héroïque du XV de France
Stade Yves-du-Manoir, 26 février 1972, Colombes.
Avant le déménagement du Tournoi des Cinq Nations au Parc des Princes, il fallait bien un match de légende pour l'ultime rendez-vous du stade Yves-du-Manoir avec le XV de France. Avec ce France / Angleterre, c'est une charge héroïque que jouent les Bleus aux 34 000 spectateurs de Colombes. Dans le rôle du capitaine courage, Walter Spanghero et ses grands compas, tout juste de retour en sélection. Celui que les Sud-Africains ont surnommé « L'homme de fer » galvanise ses équipiers, qui effeuillent le XV de la Rose comme on souffle une fleur de pissenlit. Les Bleus concluent leur récital sur le score sans appel de 37 à 12. Roger Couderc peut lancer un dernier « Ici Colombes! », déjà nostalgique des après-midi de Tournoi dans l'ancien stade olympique.
Julilove Andon
est licenciée au Paris 92 et a intégré le pôle espoir France de handball au CREPS de Châtenay-Malabry. À 17 ans, elle a déjà pris goût aux grandes compétitions internationales, en remportant notamment en 2023 deux médailles d'or en Coupe d'Europe et au Festival olympique de la Jeunesse européenne.
« Les Jeux Olympiques 2024 à Paris représentent pour moi un grand moment de la promotion du sport dans le monde. Des athlètes qui vont donner le meilleur d'eux-mêmes à travers les Jeux pour gagner la plus belle des médailles, chez nous, à Paris. J'espère vivre moi aussi cette expérience en 2028 avec la France en tant que sportif pro et gagner une médaille! Allez les Bleus! »
L'âge d'or des rois de la piste
Vélodrome Buffalo, 21 septembre 1912, Neuilly.
Les communes des futurs Hauts-de-Seine ont vu à partir de la fin du XIXe siècle les vélodromes fleurir comme jonquilles au printemps. Sous l'impulsion des fabricants de cycles, qui y voient le lieu idéal pour démontrer l'excellence de leurs machines et y placarder leurs publicités, les anneaux de vitesse naissent et disparaissent aussi, à l'image des éphémères vélodromes de Courbevoie ou de la Seine à Levallois. Le vélodrome Buffalo, lui, en activité à partir de 1892 et un temps dirigé par Tristan Bernard, s'impose durablement dans le paysage sportif local. Les plus grands pistards s'y affrontent, des piles de records y sont établis et les épreuves comme Le Bol d'Or y attirent la foule chaque année. C'est sur son anneau de 300 mètres, reconstruit dix ans plus tôt, que ces deux pistards s'apprêtent à en découdre à l'occasion de l'édition 1912 de la Fête du syndicat des coureurs.
Sur les ailes de Géo André
Stade du Matin, 25 mai 1919, Colombes:
Sur la piste du stade du Matin à Colombes, où sera édifiée cinq ans plus tard l'enceinte olympique des Jeux de 1924 à Paris, Géo André semble prêt à prendre son envol lors de ces championnats militaires. Il faut dire que « L'athlète parfait »>, comme est surnommé le Racingman à l'époque, n'a pas son pareil pour défier les lois de la gravité. Sur les pistes en cendrée, le hurdler, aussi adepte du saut en hauteur, dispose déjà dans les années 1920 d'un palmarès fort d'une vingtaine de titres de champion de France et de deux médailles olympiques conquises à Londres en 1908 et Anvers en 1920. Par ailleurs international de rugby à XV, il s'illustre aussi dans les airs pendant la Grande Guerre, dans la célèbre escadrille des Cigognes. Champion éclectique et populaire, c'est à lui que reviendra l'honneur de prononcer le serment olympique lors des Jeux de Paris en 1924.
Terminons ce billet comme nous l'avons commencé, avec une image du stade Yves-du-Manoir, fil conducteur de l'exposition.
Deux nuances de vert
Stade Yves-du-Manoir, 4 avril 1959, Colombes.
Au premier plan, les jardiniers qui s'affairent dans leurs lopins rappellent qu'autrefois la presqu'île de Gennevilliers était terre de maraîchage. Au second, c'est sur un autre carré vert que le XV de France joue son destin face au Pays de Galles. Une victoire et les Bleus finiraient pour la première fois seuls en tête du classement du Tournoi des Cinq Nations, avant même leur dernier déplacement à Dublin. Porté par le grondement des 45 000 spectateurs du stade Yves-du-Manoir, le XV de France, emmené par son capitaine Lucien Mias, ne laisse pas passer l'occasion et s'impose 11 à 3. La clameur qui s'élève des tribunes au coup de sifflet final est à la hauteur de l'événement. On raconte que cette année-là, dans les potagers de Colombes, la récolte de poireaux, symbole de la sélection galloise, a été particulièrement bonne...
La Jeanne - Fille de Brest (1964-2010)
Dans une salle de la médiathèque de Brest, qui ouvre sur le grand hall de l'atelier des Capucins (voir notre billet du 2 septembre 2018), une intéressante exposition sur la Jeanne d'Arc.
En effet, 2024 marque le 60° anniversaire de la 1re mission du porte-hélicoptères Jeanne d'Arc. Navire-école et ambassadrice de la France tout au long de ses 46 années de service, «la Jeanne» a pris sa retraite en 2010 après 45 campagnes autour du monde. Ce navire emblématique de la Marine nationale est indissociable de Brest, son port d'attache. Conçue en partenariat avec la Marine nationale, la Ville de Brest, le Service historique de la Défense, l'École navale, le Musée national de la Marine, Naval Group et les Ateliers des Capucins, cette exposition propose de découvrir la vie de la Jeanne. Elle évoque successivement sa construction au sein de l'arsenal de Brest, sa mission de formation des officier-élèves, son rôle d'ambassadrice de la France et ses liens étroits avec Brest, port base, lieu de son entretien, lieu d'adieux et de retrouvailles, et aussi ville mise en valeur lors de certaines escales de la Jeanne. Le choix des Ateliers des Capucins pour héberger cette rétrospective est symbolique du lien qui unit la ville de Brest à ce navire entré dans la légende. C'est dans ce haut lieu des constructions navales brestoises qu'ont été fabriqués et entretenus de nombreux éléments de la Jeanne, comme l'arbre d'hélice et l'hélice qui y sont aujourd'hui conservés.
Quelques chiffres :
À l'entrée, une maquette au 1/100e représentant le navire dans sa configuration postérieure à 1975, avec l'installation des six missiles anti-navire Mer-mer 38 "Exocet" sur le roof avant.
Une "vue d'artiste" du bâtiment (avant 1975)
Quelques modèles d'hélicoptères embarqués sur la Jeanne :
Sikorsky - HSS
Développé par la firme américaine Sikorsky Aircraft Corporation, cet hélicoptère est acquis par la Marine au milieu des années 1950 pour la lutte anti-sous-marine. Fabriqués sous licence par Sud-Aviation, les HSS embarquent sur la Jeanne d'Arc dès la première campagne et jusqu'en 1978. (Modèle à l'échelle 1/72)
Alouette III (SA 316/319b)
Conçu par Sud-Aviation à la fin des années 1950, cet hélicoptère léger embarque à bord de la Jeanne d'Arc dès la première campagne. Les derniers exemplaires ont été retirés du service en décembre 2022. (Modèle à l'échelle 1/43)
Super Frelon (SA 321)
Conçu par Sud-Aviation au début des années 1960, cet hélicoptère lourd à capacité anti-sous-marine est prévu pour la Jeanne d'Arc en temps de guerre. Il n'a cependant jamais embarqué en campagne d'instruction. (Modèle à l'échelle 1/72)
Les plans originaux du bateau sont présentés dans l'exposition :
Ils comportent l'historique des modifications, et l'approbation du plan original, proposée à travers la chaîne hiérarchique de la Direction centrale des constructions et armes navales et signée par de Secrétaire d'État à la Marine (Paul Anxionnaz) le 31 mai 1957.
Brest et la construction des grands navires
Fondé en 1631, l'arsenal de Brest s'est spécialisé très tôt dans la construction des grands navires. À partir des années 1840, il se dote des ateliers des Capucins et d'équipements performants comme le marteau pilon des forges de Pontaniou (1867). Il s'étend au 20e siècle à l'ouest de la Penfeld avec les quais de Laninon et le creusement des bassins n° 8 et 9. Avant la Seconde Guerre mondiale, les cuirassés Dunkerque et Richelieu naissent de son savoir-faire.
Dévasté au cours du conflit, l'arsenal est relevé par la Direction centrale des constructions et armes navales (DCCAN, créée en 1946). Dès le début des années 1950, il est à nouveau en pleine capacité avec la construction du croiseur Colbert et du porte-avions Clemenceau. La construction du porte-avions Foch y sera achevée. C'est dans cette continuité qu'il devient le berceau de la Jeanne d'Arc.
Des photos de la construction du navire.
La mise à flot du bâtiment a lieu le 30 septembre 1961 sous la présidence du ministre des Armées, Pierre Messmer. Il porte provisoirement le nom de "La Résolue" : en effet, à l'époque le nom de "Jeanne d'Arc" était encore porté par le navire-école qui l'a précédé, un croiseur léger qui a rempli cette fonction de 1931 à 1964.
À propos de la propulsion du bâtiment :
- Schéma explicatif du fonctionnement des machines à vapeur de la Jeanne d'Arc
La Jeanne d'Arc est équipée de 2 appareils propulsifs, 2 lignes d'arbres, 2 hélices, l'ensemble est de la responsabilité de l'ECAN Indret (études, montage, essais et suivi en service)
- L'une des machines de La Résolue au banc d'essai, Établissement des constructions et armes navales (ECAN) d'Indret, automne 1961
- Mise en place de l'une des quatre chaudières de La Résolue
La chaudière est descendue dans son compartiment à travers une brèche ouverte dans le pont, 21 décembre 1961
Quelques équipements de la Jeanne :
La sirène du bateau
Un élément de porte-voix (utilisé en cas d'avarie des interphones)
Un répétiteur de compas gyroscopique (qui, à la différence des compas magnétiques, indique le nord géographique)
La Résolue rencontre le croiseur Jeanne d'Arc
Alors que "La Résolue" accomplit sa croisière d'endurance, elle navigue quelques instants avec le croiseur Jeanne d'Arc qui achève son ultime campagne d'application. Les deux navires font escale le lendemain à Fort-de-France. (19 mars 1964, au large de la Martinique)
Le croiseur-école Jeanne d'Arc (1931-1964)
Deuxième "Jeanne d'Arc" affectée à l'École d'application, elle intègre le rôle de navire-école dès sa conception. Longue de 170 mètres pour un déplacement de 8 000 tonnes, elle peut accueillir 156 officiers-élèves. Dans cette maquette à l'échelle 1/160, le navire est représenté dans sa configuration de fin de guerre, après sa modernisation à Alger, en 1943.
Le croiseur-cuirassé Jeanne d'Arc, mis à l'eau en 1899, armé en 1902, est devenu en 1912 le navire-école d'application des officiers-élèves de la Marine nationale, établissant la tradition des navires-école Jeanne d'Arc. Après diverses missions au cours de la 1ère guerre mondiale, cette Jeanne d'Arc reprend en 1919 sa mission de navire-école, et désarme à Brest en 1928, après 9 campagnes d'application des élèves officiers de l'Ecole navale.
Longueur 145 mètres
Maître-bau 19,4 mètres
Tirant d'eau 8,1 mètres
Déplacement 11 270 tonnes
Propulsion 3 machines (36 chaudières)
Puissance 28 500 cv
Vitesse 23 nœuds
Il est représenté sur cette photo prise au cours de la campagne 1921-1922
Les conserves de la Jeanne
La Jeanne était toujours accompagnée au cours de ses missions d'un vaisseau escorteur dit conserve (de l'expression "naviguer de conserve"). Il y en a eu neuf au cours de ses quarante-six ans de missions.
Frégate anti-sous-marine Georges Leygues (D640)
Première d'une série de sept unités du même type, la frégate Georges Leygues a été en service de 1979 à 2013. Elle est conserve de la Jeanne d'Arc de 1999 à 2009. (Modèle au 1/100)
Pêle-mêle, encore quelques objets :
Renard de coupée de la Jeanne d'Arc
Le renard est un tableau de présence mis en place à la coupée lorsque le bâtiment est à quai. Il permet d'indiquer si la personne qui y figure est présente à bord ou non. Il est ici renseigné tel qu'il était lors de la première campagne de la Jeanne d'Arc.
Sextant réglementaire modèle 56
Instrument à réflexion servant à établir un point astronomique. Il est utilisé pour déterminer la position du navire hors de vue de terre en relevant la hauteur angulaire des astres au-dessus de l'horizon.
Micromètre Fleuriais modèle 1928
Instrument de mesure fonctionnant par images réfléchies, permettant de connaître la distance d'éloignement d'un bâtiment grâce à son tirant d'air (hauteur au-dessus de l'eau). Il est utilisé en navigation en formation serrée et lors des manœuvres de proximité.
Compteur différentiel Valessie provenant de la machine de la Jeanne d'Arc
Ce boîtier d'engrenages, connecté à l'arbre d'hélice, fournit des indications précises et commodes pour régler la vitesse moyenne de la machine pendant un temps donné. Il sert en particulier à ajuster exactement la vitesse du navire lors de certaines manœuvres (tenue de poste en ravitaillement à la mer, par exemple).
Inventeur: capitaine de vaisseau André Valessie (1827-1908)
Répétiteur de compas gyroscopique
Les campagnes du porte-hélicoptères Jeanne d'Arc
Ce tableau résume les 45 campagnes de la dernière Jeanne.
La Jeanne d'Arc, vitrine du savoir-faire français
Navire unique et à la pointe de la technologie lors de sa mise en service, la Jeanne d'Arc est, dès ses débuts, mise à contribution pour exposer les productions des industriels français du secteur naval et de l'aéronautique. Elle offre l'opportunité de faire valoir à l'étranger d'autres productions "made in France", comme les automobiles des constructeurs nationaux, prêtées au fil des campagnes et exposées sur le quai lors des escales. La haute couture et la mode française sont également mises en avant, à la faveur de défilés organisés à bord. Les réceptions sont l'occasion de faire découvrir aux nombreux invités la gastronomie française à travers les plats raffinés confectionnés par les cuisiniers du bord, et les buffets garnis de vins fins, fromages et de quelques spécialités bretonnes...
Parmi les escales, celle à Cuba, en novembre 1998, avec la signature de Fidel Castro sur le Livre d'or de la Jeanne. La Jeanne et sa conserve venaient de participer à l'opération Cormoran, mission humanitaire déclenchée par la France suite au passage de l'ouragan Mitch.
D'autres témoignages de satisfaction, l'un du commandement de la marine indonésienne, l'autre du chef d'état-major des armées, pour l'assistance apportée dans les opérations de secours aux victimes du tsunami de décembre 2004 sur la côte nord de Sumatra (opération Béryx).
Un entretien privilégié assuré par l'arsenal brestois
Le porte-hélicoptères est fortement mobilisé par ses missions : pour qu'il reste opérationnel, des entretiens réguliers et rigoureux s'imposent. Ils sont réalisés à Brest, entre chaque campagne, par la DCAN, devenue la DCN et DCNS. Naval Group est aujourd'hui l'héritière de cette tradition industrielle. Ces entretiens génèrent une activité périodique importante pour l'arsenal. La Jeanne d'Arc bénéficie d'un traitement privilégié : un passage annuel au bassin, une inspection méticuleuse de toutes les pièces. Les savoir-faire déployés par les ouvriers de l'arsenal brestois expliquent l'exceptionnelle longévité du navire. L'entretien de la Jeanne d'Arc est un objet de fierté pour tous les personnels de l'arsenal. On mettait un point d'honneur à faire partir la Jeanne à l'heure.
Terminons avec quelques souvenirs philatéliques de la Jeanne : correspondances oblitérées par le bureau postal de la Jeanne, carte de campagne avec oblitération des ports d'escale.
Les marins recevaient traditionnellement des cartes vierges en début de campagne qu'ils pouvaient oblitérer aux escales pour ramener un souvenir de campagne aux familles.
En guise de conclusion
Qu'est devenue la Jeanne d'Arc ?
Retirée du service actif le 7 juin 2010, la Jeanne d'Arc a été désarmée. Tous les matériels ont été débarqués, la mâture démontée et les soutes nettoyées. Après la dernière cérémonie des couleurs, le 1er septembre, la coque a été transférée à la base navale de Brest. Le 2 novembre, débaptisée, elle est devenue le Q860.
Elle a alors fait l'objet d'un appel d'offres pour son démantèlement. En octobre 2014, elle a été remorquée jusqu'à Bassens, près de Bordeaux, pour être déconstruite. Cette opération s'est achevée en 2017.
La Mission Jeanne d'Arc
Depuis 2010, le flambeau de l'École d'application a été repris par la « Mission Jeanne d'Arc ». Il n'y a plus de navire-école dédié et ce rôle est confié chaque année à l'un des trois porte-hélicoptères amphibie (PHA) de la Marine, Mistral, Tonnerre, et Dixmude. Il embarque les officiers-élèves pour une durée d'environ cinq mois.
La vie culturelle à Saint-Pabu
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En ce début d'été, le temps très breton incite à s'intéresser à la vie culturelle locale.
Deux expositions se tiennent en ce moment à Saint-Pabu (Finistère), notre commune de villégiature. Dans la salle municipale Roz Avel est retracée l'histoire du festival Elixir, festival de rock qui a rassemblé des dizaines de milliers de participants et des artistes internationaux en Bretagne au début des années 1980, dont deux fois dans les dunes de Saint-Pabu en 1982 et en 1984.
L'histoire du Festival Élixir
ÉLIXIR, ce nom brille comme une étoile dans la tête de ceux qui avaient 20 ans dans les années 80. La France ne connaît à l'époque qu'un seul grand festival en plein air. Et il a lieu dans le Finistère, au bout du monde, à quelques encablures de Brest. Huit années durant, les grands noms du rock viendront s'y produire : les Clash, Depeche Mode, Leonard Cohen, Simple Minds, The Stranglers, Joe Cocker, Nina Hagen, Orchestral Manoeuvres, Status Quo, Kid Créole, Siouxsie and the Banshees et tant d'autres. Mais la programmation d'Élixir c'est surtout un savant mélange entre têtes d'affiche et artistes émergents de l'époque qui se serviront du festival comme d'un tremplin. On y verra ainsi les premiers concerts européens des Stray Cats, Midnight Oil, The Waterboys, King Sunny Ade ou des Fuzztones.
Elixir créera ainsi le modèle de futurs festivals prestigieux : Les Vieilles Charrues, Fête du bruit, Le Bout du Monde entre autres. C'est l'histoire de ces huit années de festival, celle des hommes qui l'ont fondé, de 1979 à 1986, que cette exposition raconte avec photos, films et objets souvenirs.
Des photos du festival de 1982 à Saint-Pabu...
Des panneaux évoquent les six festivals Elixir, qui se sont tenus de 1979 à 1985 à Irvillac (Finistère), Plounéour-Trez (Finistère), Plomodiern (Finistère), Guéhenno (Morbihan) et deux fois à Saint-Pabu :
Il y eut encore deux autres festivals de cette nature au cours des deux années suivantes à Guehenno et à Brest ; pour des questions de marque déposée, ils ont dû changer de nom pour Rockscène. L'exposition ne le précise pas, mais un des organisateurs de l'exposition, bénévole de l'époque, m'a indiqué que l'édition suivante, qui était organisée non plus dans le Finistère mais à Athènes (en Grèce!) a été un fiasco et a ruiné les promoteurs de ce festival.
L'autre exposition, plus traditionnelle, est organisée en plein air, le long de la côte. Elle est cette année consacrée à un peintre slovaque, Peter Sojka.
Le tableau 1 domine la plage de Corn-Ar-Gazel, à l'ouest
La tableau 2 également, mais au sud de la plage
Le tableau 3, un peu plus haut, près de la Maison des Abers (Ti an Aberioù)
Le tableau 4 est près de la table d'orientation à l'est de la plage de Korn-Ar-Gazel, lieu de prédilection des parapentes
Le tableau 5 surplombe le parking de la plage de Béniguet
Le tableau 6 surplombe la plage de Béniguet, côté est
Le tableau 7 est sur le chemin qui descend à la plage de Ganaoc'h
Le long du sentier qui remonte vers le Stellac'h, le tableau 8
Le tableau 9 est accroché aux bâtiments portuaires sur le quai du Stellac'h
Il faut ensuite remonter le long de l'Aber Benoît jusqu'au petit Pors Ar Vilin pour découvrir le tableau 10
Exception au parcours sur le GR 34, le dernier tableau (11) se trouve sur la place principale de Saint-Pabu, près de la reproduction de la balise fétiche de la localité, Le Chien.
Nathanaëlle Herbelin - Être ici est une splendeur
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Une exposition originale vient de se terminer au Musée d'Orsay. Comme de temps à autre, le musée offre un espace à un artiste contemporain pour un dialogue avec les toiles du musée. (cf notre billet du 6 janvier 2024 consacré à Peter Doig).
Il s'agit cette fois d'une artiste plus jeune et moins bankable, Nathanaëlle Herbelin, née en 1989. Selon les organisateurs, "fréquentant assidûment les collections du musée d’Orsay depuis l’enfance, l’artiste franco-israélienne Nathanaëlle Herbelin est invitée à mettre en perspective ses toiles et ses sources d’inspiration. Héritière des Nabis, l’artiste remet au goût du jour leurs sujets de prédilection – la vie quotidienne, les intérieurs domestiques et l’intimité, dans des compositions qui n’en sont pas moins résolument contemporaines.
Si la touche subtile de l’artiste, sa palette chromatique et ses motifs de prédilection nous rappellent Pierre Bonnard, Édouard Vuillard ou Félix Vallotton, d’autres détails figuratifs nous ramènent à la réalité la plus contemporaine : grâce à la présence de particularités actuelles (téléphones portables ou câbles d’alimentation électrique) dans ces scènes de genre réactualisées, mais aussi en transposant des préoccupations de notre temps sur ces compositions. Ses œuvres évoquent en effet des sujets de société contemporains tels que les nouvelles dynamiques du couple, les questions de la pilosité ou du plaisir féminin, voire une réponse plus directe au male gaze du XIXe siècle, par un female gaze novateur en peinture."
Dans la première salle, les œuvres de Nathanaëlle Herbelin sur les murs longitudinaux :
Autoportrait, 2018, huile sur bois
Emmanuelle et Efi, 2024, huile sur toile
Sœurs, 2022, huile sur toile
Sa chambre, 2019, huile sur toile
Paysage mental, 2021, huile sur toile
Layla, 2021, huile sur toile
Allaitement, 2024, huile sur toile
Cloison, 2020, huile sur bois
Adva, 2021, huile sur toile
Elené et le bébé, 2022, huile sur toile
Madeleine et Clément, version 2, 2020, huile sur toile
Câlin, 2021, huile sur toile
Redhook cocktail, 2023, huile sur toile
Jérémie au bain, 2023, huile sur toile
Être ici est une splendeur, 2022, huile sur toile
Pince à épiler, version 2, 2024, huile sur toile
En regard, surtout des œuvres de Pierre Bonnard (1867-1947) :
Nu au gant bleu, 1916, huile sur toile
Étude de nus, 1910, huile sur toile
Nu accroupi au tub, 1918, huile sur toile
Ambroise Vollard, vers 1904, huile sur toile, esquisse
La Femme au chat, vers 1912, huile sur toile
La Manucure, 1912, huile sur toile
et aussi :
Félix Valloton (1865-1925) : Femmes à leur toilette, 1897, huile sur carton
Édouard Vuillard (1868-1940) :
Le Salon aux trois lampes, rue Saint-Florentin, 1899, peinture à la colle sur papier marouflé sur toile
Les Journaux, 1909, peinture à la colle sur papier marouflé sur toile
Dans la deuxième salle, cinq grands tableaux de Nathanaëlle Herbelin :
Augustan, 2022, huile sur toile
Attention non divisée, 2023, huile sur toile
La Chambre sacrée des Érythréens de Levanda I, dernier étage, porte 22 Esquisse, 2020, huile sur bois
Cour intérieure, 2020, huile sur toile
Le Canapé de l'amour, 2022, huile sur toile
En regard, Bonnard toujours le plus présent :
La Loge, 1908, huile sur toile
Les Frères Bernheim-Jeune, 1920, huile sur toile
L'Après-midi bourgeoise, 1900, huile sur toile
Femme assoupie sur un lit, 1899, huile sur toile
La Soirée sous la lampe, 1921, huile sur toile
Valloton : Le Dîner, effet de lampe, 1899, huile sur carton marouflé sur bois
et enfin Vuillard :
La Véranda du Coadigou à Loctudy, Marcelle Aron et Marthe Mellot, 1912, huile sur toile
Madame Hessel lisant le journal devant la cheminée - I, 1917, peinture à la colle sur papier
Et pour finir, une présentation sur tout un mur de la salle de tableaux de petites dimensions, mêlant des œuvres de Nathanaëlle Herbelin et des œuvres de la collection du musée d'Orsay qui ont inspiré l'artiste.
Cette mosaïque de 30 petits tableaux en comprend 17 de Nathanaëlle Herbelin et 13 de différents peintres, principalement des nabis.
Parmi celles de l'artiste :
Sœur, 2019, huile sur bois, 22 × 36 cm
Cécilia, 2021, huile sur bois, 22,5 × 16 cm
Fuite et Confinement, 2020, huile sur toile, 27 × 25 cm
Shemesh, version 1, 2019, huile sur bois, 19 × 16 cm
Huile sur toile, 2020, huile sur toile, 24 × 30 cm
Sataf, 2018, huile sur bois, 38 × 46 cm
Dernier dîner à la rue Ordener, 2024, huile sur bois, 24 × 19 cm
Les Mains d’Elené, 2017, huile sur bois, 24 × 28 cm
Coupe au couloir, 2021uile sur bois,
30,5 × 22,5 cm
Quelques unes des œuvres mises en regard dans cette mosaïque :
Paul Ranson : Lustral, 1891, tempera sur toile, 35 × 24 cm
Meijer De Haan : Nature morte au lilas, 1890, huile sur toile, 39,8 × 32,2 cm
Pierre Bonnard :
Nature morte : assiette et fruits, 1921, huile sur toile, 41,3 × 50,5 cm
Le Chat blanc, 1894, huile sur carton, 51,9 × 33,5 cm
Édouard Vuillard :
Le Sommeil de Madame Vuillard, vers 1891-1892, huile sur toile, 24 × 33 cm
Le Bureau, vers 1896, huile sur toile, 24,8 × 32,6 cm
La Visite, vers 1891, huile sur toile, 18 × 22,7 cmJeune fille, la main sur la poignée de la porte, vers 1891, huile sur carton, 32 × 22,8 cm
Paris 1874 - Inventer l'impressionnisme (II/II)
Nous terminons dans ce billet le parcours de la grande exposition du musée d'Orsay, dont la première partie est parue le 22 juin dernier.
La salle suivante est intitulée Convergences
En 1874, le Salon, tout comme la première exposition dite « impressionniste » – dont il diffère apparemment en tout point, par son échelle et ses principes d’organisation – montre des œuvres offrant une certaine vision du présent. Cette institution séculaire n’est plus la vitrine d’un art exclusivement académique ; des œuvres tout à fait radicales, comme Le Chemin de fer de Manet y trouvent leur place. Manet, invité quelques semaines auparavant par ses confrères à exposer avec eux au 35 boulevard des Capucines, refuse obstinément, car il ne veut pas s’abstraire du Salon – selon lui le seul véritable champ de bataille pouvant mener au succès. Tous les artistes qui en sont rejetés – comme Eva Gonzalès, avec une peinture de la vie moderne –, ne rallient pas pour autant l’exposition indépendante. Enfin, pas moins de douze artistes préfèrent multiplier leurs chances d’être vus, et de vendre, en présentant simultanément des œuvres à l’exposition de la Société anonyme et au Salon. Même parmi les futurs impressionnistes, tous ne sont pas définitivement « revenus » du Salon; beaucoup y retourneront quatre ou cinq ans plus tard. Outre deux importants tableaux « refusés », cette section rassemble les œuvres d’artistes présents à la fois à la première exposition impressionniste et au Salon de 1874. La ligne de partage entre tradition et avant-garde est, en 1874, encore très poreuse.
Stanislas Lépine (1835-1892) :
Le Canal Saint-Denis, vers 1876-1882, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, substitut au n° 81]
Paysage, 1869, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 83]
Montmartre, rue Saint-Vincent, 1873-1878, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874,substitut au n° 82]
Avec Lepic et De Nittis, Lépine fait partie des douze artistes exposant, en 1874, à la fois avec les impressionnistes et au Salon, dont il est un habitué (il s'agit de sa douzième participation). Dans ces deux expositions, ce fin paysagiste, élève de Corot, et peintre attitré de Paris, montre des œuvres aux sujets semblables : vues des bords de Seine, canaux de la capitale et alentour, rue escarpée de Montmartre ouvrant sur ses versants boisés. L'exposition chez Nadar offre à Lépine, alors en proie à des difficultés financières, de diffuser plus largement son travail. Pour ses organisateurs, ces tableaux « sains et paisibles », « plus modérés et non moins vaillants » (selon les critiques) tempèrent opportunément les audaces de ses confrères.
Giuseppe De Nittis (1846-1880 :
Éruption du Vésuve, 1872, huile sur bois [Première exposition impressionniste, 1874, substitut au no 116]
Sur les pentes du Vésuve, 1872, huile sur bois [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 117]
Sur les pentes du Vésuve, 1872, huile sur bois [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 117]
Route en Italie, 1870, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, probable n° 118 bis]
Avenue du bois de Boulogne, 1874, huile sur toile [Refusé au Salon, 1874]
Dans les blés, 1873, huile sur bois [Salon, 1874, n° 1394]
D'un côté, d'austères paysages d'Italie - une route quasi- déserte, ou les flancs arides du Vésuve, directement observés par l'artiste au plus près du volcan ; de l'autre, de très raffinées parisiennes en promenade mondaine, aux champs ou en ville. De Nittis, peintre et graveur italien installé en France depuis plusieurs années, semble avoir mûrement réfléchi ses envois à l'exposition impressionniste d'une part, et au Salon d'autre part.
Ludovic Napoléon Lepic (1839-1889) : Le Déluge ; volets de gauche et de droite, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, no 1186]
Le triptyque exposé par Lepic au Salon de 1874 a pour thème le Déluge, quand Noé envoie des oiseaux s'assurer de la baisse des eaux : un corbeau, qui s'attarde à se nourrir; puis une colombe, qui rapporte une branche d'olivier, indice de la décrue. Le vicomte Lepic se conforme ici, un peu malgré lui, au goût du Salon pour la grande peinture religieuse : il y trouve l'occasion de peindre des animaux, sa vraie passion.
Éva Gonzalès (1847-1883) :
La Matinée rose, 1874, pastel sur papier et châssis entoilé [Salon, 1874, n° 2180]
Une loge aux Italiens, vers 1874, huile sur toile [Refusé au Salon de 1874]
Éva Gonzalès peint des scènes de genre modernes. Les qualités de « grâce » du pastel La Matinée rose charment le jury, qui accepte cette jolie nichée. Dans Une loge aux Italiens, elle peint avec une technique large et fluide, accentuant les forts contrastes de lumière. Élève de Manet, cherchant elle aussi le succès officiel, Gonzalès soumet ce tableau au Salon de 1874, en vain. Son allégeance à la peinture franche de Manet lui nuit sans doute, d'autant que le tableau contrevient à l'idée préconçue d'une peinture féminine et délicate. Gonzalès n'envisage pourtant pas de le montrer à l'exposition des impressionnistes, mais elle annonce dans la presse qu'il sera visible.
Edouard Manet (1832-1883) :
Le Bal de l'Opéra, 1873, huile sur toile [Refusé au Salon de 1874]
Polichinelle, 1874, lithographie [Salon, 1874, possible n° 2357]
Le Chemin de fer, 1873, huile sur toile [Salon, 1874, no 1260]
Manet, pressé par ses amis, dont Degas, d'exposer avec eux, refuse. Fort de son succès au Salon en 1873, il reste déterminé à y entrer « par la grande porte » et soumet au jury trois peintures ; Le Chemin de fer est accepté. Ce « double portrait ébauché en plein soleil », selon le critique Burty, place contre une grille, à l'arrière de la gare Saint-Lazare, une jeune femme nous fixant du regard et une fillette, de dos, captivée par le panache de vapeur d'une locomotive. Avec ses couleurs claires, sans ombres ni demi-tons, et son cadrage ramassé, le tableau est d'une modernité fracassante. Au Salon, à côté d'une composition mythologique et du très sage Dans les blés de De Nittis, il détonne. Il devient la risée du public.
La vie moderne comme motif
En 1863, le poète Charles Baudelaire fait de la «modernité» – un mot apparu au xixe siècle – une composante du beau. Industrialisation, mondialisation, urbanisation : tout change rapidement. À l’exposition de 1874, une trentaine de tableaux font écho à ces évolutions et à l’avènement d’un mode de vie urbain et bourgeois, de la sphère domestique aux rues de Paris rénovées, en passant par le développement des loisirs et des lieux de spectacle. En dehors de Degas, qui montre une blanchisseuse en plein travail, les impressionnistes peignent surtout la «high life », comme on dit alors pour désigner la haute société. Au Salon aussi, on peut voir des scènes de la vie moderne, mais souvent abordées de manière anecdotique ou moralisatrice. Pour les impressionnistes, le temps présent n’est pas seulement un réservoir de sujets nouveaux. C’est une manière neuve de voir et de peindre un monde en proie à l’accélération du temps et en perpétuel mouvement. Ils rapprochent ainsi l’art de la vie.
Henri Fantin-Latour (1836-1904) : Fleurs et objets divers, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, no 702]
Fantin-Latour s'est imposé au Salon avec de grands portraits collectifs d'artistes et intellectuels de l'avant-garde, figurant notamment Manet, Bazille, Renoir et Monet. En 1874, on se serait donc attendu à le retrouver aux côtés des impressionnistes. Mais Fantin est tout à fait réticent à les rejoindre; il contribuera sans doute aussi à en dissuader Manet.
Jules Émile Saintin (1829-1894) : Blanchisseuse de lin, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, n° 1623]
Aujourd'hui oublié, Saintin expose régulièrement au Salon des peintures de genre comme celle-ci. Plutôt que d'évoquer les difficiles conditions de travail de la blanchisseuse, le peintre préfère s'emparer du stéréotype de la jeune aguicheuse, jouant ainsi de la réputation de petite vertu dont souffraient ces ouvrières.
Ernest Duez (1843-1896) : Splendeur. Panneau de diptyque, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, n°644]
En 1874, ce portrait grandeur nature d'une jeune femme aux cheveux teints et à l'élégance tapageuse, qui n'est autre qu'une prostituée, est remarqué. Splendeur côtoie un second portrait de cette même femme, vieillie, déchue, intitulé Misère (tableau aujourd'hui disparu). L'intention est moralisatrice. Duez, par ailleurs collectionneur des impressionnistes, se fait ici l'écho d'une réalité sociale marquante du Paris des années 1870
Edgar Degas (1834-1917) : La Repasseuse, 1869, fusain, craie blanche et pastel sur papier [Première exposition impressionniste, 1874, n° 61]
Blanchisseuses et repasseuses sont très présentes dans le Paris de la seconde moitié du XIXe siècle. La croissance de la population et les nouvelles exigences d'hygiène contribuent à l'essor de ces métiers pénibles, surtout féminins. Degas a saisi en quelques traits le geste mécanique et la lassitude d'une jeune fille repassant un voilage. À l'exposition de 1874, ce tableau est le seul à représenter le monde du travail.
Berthe Morisot (1841-1895) :
Sur la falaise, 1873, aquarelle et rehauts de gouache sur traits de crayon [Première exposition impressionniste, 1874, no 110]
Vue du petit port de Lorient, 1869, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, probable n° 107]
Jeune femme dans un paysage, 1872, aquarelle et rehauts de gouache sur traits de crayon [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 111]
La Lecture, 1873, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 105]
Berthe Morisot (1841-1895)
Cache-cache, 1873, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 106]
Morisot saisit un moment de jeu entre sa sœur Edma et sa fille aînée. La famille se retrouve à la campagne, à Maurecourt, un village situé au nord-ouest de Paris (visible à l'arrière-plan). La touche, rapide, accorde une même importance au paysage et aux personnages. En 1874, ce tableau est prêté par Édouard Manet, qui, ayant refusé de participer à l'exposition, manifeste ainsi son soutien à Morisot.
Camille Pissarro (1830-1903) : Le Jardin de la ville, Pontoise, 1874, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 139]
Peut-être exposé en 1874, ce paysage urbain est un tableau à part dans l'oeuvre de Pissarro, qui préfère peindre la campagne. Il représente un jardin public créé au XIXe siècle au cœur de la petite ville de Pontoise, où le peintre s'est installé.
Auguste de Molins (1821-1890) :
La Chasse à courre, 1874, huile sur panneau [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 93 ou n° 94]
Rendez-vous de chasse, 1874, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 93 ou n° 94]
Eugène Boudin (1824-1898) :
À Trouville, 1868, aquarelle et mine de plomb [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 22 - Cadre d'aquarelles]
Plage à Trouville, vers 1865-1867, aquarelle et mine de plomb [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 22 - Cadre d'aquarelles]
La Plage à Trouville, 1869, aquarelle sur traits de crayon noir [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 22 - Cadre d'aquarelles]
Dans les prés, 1865, aquarelle et mine graphite [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 22 - Cadre d'aquarelles]
Scène de bord de mer, vers 1865, aquarelle et mine graphite [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 22 - Cadre d'aquarelles]
Plage à Trouville, vers 1865, aquarelle et mine graphite [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 22 - Cadre d'aquarelles]
À partir des années 1860, le tourisme balnéaire prend son essor en Normandie. À Trouville et à Deauville, Boudin se fait le témoin de ces nouveaux rituels sociaux. Il exécute des milliers d'aquarelles de « plages ». Le dessin rapide et les taches de couleurs diluées restituent avec vivacité les silhouettes des citadins élégants en bord de mer.
Edgar Degas : Aux courses en province, vers 1869, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, no 63]
Probablement peint en Normandie, ce tableau « exquis », selon un critique en 1874, avait été acquis deux ans auparavant par le chanteur et collectionneur Jean-Baptiste Faure, et avait été montré à Londres. Ce sujet de la course hippique, loisir très en vogue, est cher au peintre. Il est ici relégué à l'arrière-plan, au profit de la figure de la nourrice allaitant le nouveau-né de bourgeois élégants, amis du peintre, les Valpinçon. Degas désignait parfois cette œuvre comme « la famille aux courses ».
Henri Rouart (Paris, 1833-1912) : La Terrasse au bord de la Seine à Melun, 1874, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, probable n° 150]
L’école du plein-air
C’est sous cette bannière que le critique Ernest Chesneau rassemble certains des participants à l’exposition de la Société anonyme de 1874. Cette manière de peindre rapidement, sur le motif, la nature et les effets changeants de l’atmosphère, se pratique pourtant depuis la fin du XVIIIe siècle. Cependant les impressionnistes innovent, car s’ils n’exécutent pas intégralement leurs tableaux en extérieur, ils placent au cœur du processus de travail de l’œuvre aboutie ce qui n’était pour leurs prédécesseurs qu’un exercice, une étape préparatoire. L’importance accordée au paysage par Monet, Sisley et Pissarro reflète aussi un goût plus général. Depuis le milieu du xixe siècle, au Salon comme sur le marché de l’art, le paysage s’affirme comme le «genre moderne», dans l’esprit du temps. Chintreuil et Daubigny, peintres de la génération précédente, présents au Salon en 1874, revitalisaient déjà une production de paysages en phase avec la nostalgie du public pour une vue comme éternelle et intacte, au moment-même où la nature est menacée par l’urbanisation et l’industrialisation.
Claude Monet (1840-1926) : Coquelicots, 1873, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 95]
Charles François Daubigny (1917-1878) : Les Champs au mois de juin, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, n° 52?]
Au Salon, Daubigny montre deux grands paysages des environs de Valmondois dans l'Oise, Celui-ci frappe par les coquelicots du premier plan, si éclatants que l'ami Corot les juge «aveuglants» et que ceux de Monet, peints l'année précédente, paraissent bien doux. Depuis les années 1850, Daubigny rencontre le succès en peignant des «Impressions», au grand dam de certains critiques. En 1874, Paysage du mois de juin, pose Daubigny en précurseur des impressionnistes. Dès 1870, il manifeste un précieux soutien aux impressionnistes, en les mettant en contact avec Paul Durand-Ruel, qui sera leur principal marchand.
Antoine Chintreuil (1814-1873) : Le Bosquet aux chevreuils, après 1857, huile sur toile [Salon, 1874, no 387]
Mort en 1873, Chintreuil bénéficie d'une rétrospective à l'École des Beaux-Arts, tandis que le Salon lui rend hommage avec trois tableaux, dont celui-ci.
Camille Pissarro (1830-1903) :
Matinée de juin, Pontoise, 1873, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 140]
Gelée blanche, 1873, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 137]
Verger en fleurs, 1872, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 136]
Paul Cézanne (1839-1906) : La Maison du pendu, Auvers-sur-Oise, vers 1873, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, no 42]
Antoine Guillemet (1841-1918) : Bercy en décembre, 1874, huile sur toile [1874 Salon, 1874, n° 878]
Cette vue panoramique de la Seine à l'Est de Paris par une froide lumière d'hiver aurait pu figurer à l'exposition des impressionnistes, en raison de son réalisme et de l'importance accordée aux effets atmosphériques, ainsi qu'aux jeux de lumière à travers les nuages. Guillemet est en outre un ami des impressionnistes. Ce tableau est pourtant acheté par l'État au Salon de 1874 et exposé au musée du Luxembourg, le musée des artistes vivants, un choix se révélant plus éclectique que conservateur.
Alfred Sisley (1839-1899) :
Pommiers en fleur - Louveciennes, 1872, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 164]
La Machine de Marly, Bougival, 1873, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, probable n° 163]
Le Bac de l'île de la Loge, Port-Marly, inondation, 1872, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 162]
Port-Marly, Gelée blanche, 1872, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 185]
Claude Monet : Le Havre, bateaux de pêche sortant du port, 1874, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 96]
Armand Guillaumin (1841-1927) : Soleil couchant à Ivry, 1873, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, no 66]
Faire sensation : « Impression » et avant-garde
Impression, soleil levant a-t-il vraiment donné son nom à l’impressionnisme en 1874 ? C’est à la fois vrai et faux. Le titre du tableau a en effet inspiré, avec d’autres paysages de Monet, Pissarro et Sisley, le mot « impressionniste» au journaliste Louis Leroy, ironisant sur cette nouvelle peinture. Mais, hormis ce sarcasme, le mot ne s’impose pas encore et le tableau, passé à peu près inaperçu en 1874, ne devient célèbre qu’au début du XXe siècle. Avec cette « impression », Monet transgresse les usages. Il affirme ainsi son désir de transcrire un effet fugitif de la lumière, une sensation subjective, plutôt que de décrire un lieu. Cette intention était probablement renforcée par la présence dans l’exposition de 1874 de pastels accrochés à proximité et d’études de ciel de son maître, Eugène Boudin, car, contrairement aux usages du Salon officiel, les impressionnistes exposaient ensemble dessins et peintures. Cette quête d’instantanéité ne signifie pas que les tableaux impressionnistes sont peints en une seule fois sur le motif. Impression, soleil levant a réclamé plusieurs séances. Il s’agit pourtant de préserver, y compris quand l’œuvre est retravaillée en atelier, la fraîcheur de la sensation première, de donner l’impression d’une impression
Claude Monet : Impression, soleil levant, 1872, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 98]
Eugène Boudin (1824-1898) :
Nuages blancs, ciel bleu, vers 1854-1859, pastel sur papier bleu-gris [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 20 - Cadres de pastels]
Ciel bleu, nuages blancs, vers 1854-1859, pastel sur papier bleu gris [Première exposition impressionniste 1874, possible n° 20 - Cadres de pastels]
Soleil couchant ou ciel d'orage, vers 1959-1960, pastel sec sur papier vergé crème [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 20 - Cadres de pastels]
C'est dans l'atelier du peintre Boudin, à Honfleur (Normandie), que le poète Charles Baudelaire découvre en 1859 ses études de ciels. Ces « beautés météorologiques », « improvisées face à la mer », captant « ce qu'il y a de plus inconstant, de plus insaisissable », l'émerveillent. Monet, initié à la peinture de plein air par Boudin, sera lui aussi « fasciné par ces pochades, filles de ce que j'appelle l'instantanéité ». Ces études circulaient entre les artistes, mais n'étaient pas destinées à être montrées au public. En 1874, son envoi de quatre « études de ciels » affiche une quête qui n'est pas sans rappeler les recherches des impressionnistes, et cela alors que Boudin refusera toujours d'être associé à un groupe.
Claude Monet :
Soleil couchant, vers 1865, pastel sur papier gris [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 99, n° 100 ou n° 101]
Coucher de soleil, 1868, pastel [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 99, ou n° 100, ou n° 101]
Paysage (Paysage Crépuscule), vers 1865, pastel sur papier gris [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 99, ou n° 100, ou n° 101]
Terminons ce billet avec la dernière salle de l'exposition, qui prend un peu le large par rapport à l'année 1874.
1877 : l’exposition des impressionnistes
Le 4 avril 1877, la troisième exposition des impressionnistes ouvre ses portes, grâce à la détermination et au financement de Gustave Caillebotte, recrue récente, à la fois peintre et mécène. Elle succède aux expositions de 1874 et de 1876. Décevantes d’un point de vue commercial, elles ont néanmoins installé l’idée qu’un mouvement nouveau était né. Ainsi, pour la première et unique fois, les artistes qui exposent en ce printemps 1877 se proclament «impressionnistes ». Ils publient même un journal sous ce titre. Dans un vaste appartement parisien situé au 6 rue Le Peletier sont présentées 245 œuvres de 18 artistes dont deux femmes, Berthe Morisot et la marquise de Rambures, une amie de Degas. Par son exceptionnelle qualité et la primauté accordée à la célébration de la vie moderne, l’édition de 1877 restera peut-être la plus impressionniste de toutes ces expositions. Cinq autres manifestations collectives suivront jusqu’en 1886, mais aucune n’aura la force d’un manifeste.
Claude Monet : La Gare Saint-Lazare, 1877, huile sur toile [Troisième exposition impressionniste, 1877, n° 102]
Monet, qui a passé son enfance en Normandie et vit alors à Argenteuil, est un usager assidu de la gare Saint-Lazare. Manet l'avait évoquée dans Le Chemin de fer (Salon de 1874). Deux ans plus tard, Monet décline ce sujet en douze tableaux, donnant à ces «cathédrales» de l'âge industriel la «poésie» appelée de ses vœux par Zola. La répétition d'un motif jugé indigne de la grande peinture, et la présentation, en 1877, d'un ensemble de sept «Gares», marquent une rupture. Monet amorce ce qu'il appellera des «séries»: des groupes de toiles conçues comme un tout, centrées sur un même motif (des meules, des cathédrales...) variant selon la lumière des jours et des saisons.
Claude Monet :
Un coin d'appartement, 1877, huile sur toile [Troisième exposition impressionniste, 1877, n° 115]
Les Tuileries, vers 1876, huile sur bois [Troisième exposition impressionniste, 1877, n° 105]
Les Dindons (décoration non terminée), 1877, huile sur toile [Troisième exposition impressionniste, 1877, n° 101]
Ce grand format fait partie d'un décor en quatre panneaux commandé par Ernest Hoschedé, l'un des premiers collectionneurs des impressionnistes, pour sa propriété dans l'Essonne, le château de Rottembourg. La bâtisse est visible à l'arrière-plan. En 1877, Monet montre deux de ces toiles. Les Dindons est particulièrement moqué pour ses teintes criardes et le caractère inachevé des volatiles. La peinture impressionniste est alors parfois considérée comme « décorative », dans un sens négatif, c'est-à-dire superficielle. Avec ces Dindons, qu'il nomme «décoration non terminée», Monet commet aux yeux des critiques une double offense.
Camille Pissarro :
La Moisson, 1876, huile sur toile [Troisième exposition impressionniste, 1877, n° 180]
Les Toits rouges, coin de village, effet d'hiver, 1877, huile sur toile [Troisième exposition impressionniste, 1877, n° 163]
Installé à Pontoise depuis 1873, Pissarro arpente la petite ville et ses abords encore agricoles et champêtres. Il s'intéresse ici à la Côte des Bœufs, ou Côte de Saint-Denis, où certaines fermes anciennes semblent se tenir à l'écart des bouleversements du siècle. Le paysage, dénué de toute présence humaine, est construit avec une rigueur presque abstraite. La ligne d'horizon très haute laisse ainsi les trois quarts de la surface de la composition à la colline, aux maisons et aux arbres dénudés par l'hiver. Les touches sont si denses, intriquées et épaisses, qu'en 1877 certains comparent le tableau à une tapisserie.
Edgar Degas (1834-1917) : Portrait de jeune femme, 1867, huile sur toile [Troisième exposition impressionniste, 1877, possible n° 53 ou n° 54]
Gustave Caillebotte (1848-1894) : Peintres en bâtiment, 1877, huile sur toile [Troisième exposition impressionniste, 1877, n° 6]
Pour sa deuxième participation à une exposition impressionniste, après celle de 1876, Caillebotte poursuit l'exploration de thématiques urbaines. Avec Degas, il est l'un des rares à s'intéresser au monde du travail, ici des ouvriers peignant la devanture d'un magasin. La perspective accélérée de la rue, coupée au cordeau, est caractéristique du Paris remodelé à la suite des grands travaux du baron Haussmann. L'impression de froideur géométrique est le fruit de patientes études préparatoires, une méthode de travail qui distingue Caillebotte des autres impressionnistes.
et pour finir, Auguste Renoir (1841-1919) :
La Seine à Champrosay, 1876, huile sur toile [Troisième exposition impressionniste, 1877, n° 195]
La Balançoire, 1876, huile sur toile [Troisième exposition impressionniste, 1877, n° 185]
La Balançoire a pour cadre le jardin de la maison louée par Renoir, rue Cortot à Montmartre, proche du moulin de la Galette, sujet du tableau sur lequel il travaille en ce même été 1876. Jeanne, une Montmartroise habituée du bal, pose sur une balançoire, entourée par une fillette et deux hommes conversant. « Quel calme, quelle sérénité dans ce tableau!», s'enthousiasme Georges Rivière, journaliste et ami de Renoir, qui reproduit l'œuvre en couverture de la revue L'Impressionniste. Certains critiques sont cependant choqués par le rendu des ombres, des taches mauves et bleues parsemant la robe.
Bal du moulin de la Galette, 1876, huile sur toile [Troisième exposition impressionniste, 1877, n° 186]
Renoir transpose aux dimensions de la peinture d'histoire un bal populaire de la Butte Montmartre, où bourgeois et artistes bohèmes se mêlent aux ouvriers. Le pinceau rapide et les taches de couleurs traduisent la frénésie de la danse et le plaisir d'être ensemble. Tout à la fois scène de la vie moderne et hommage aux maîtres du XVIIe siècle français, ce tableau est pour Zola le morceau capital de l'exposition de 1877. Cette «grande toile d'une intensité de vie extraordinaire» fait sensation. Elle est commentée dans une vingtaine d'articles de presse et sera achetée par l'ami Gustave Caillebotte.
La Bande dessinée au Musée (II/II)
Nous poursuivons dans ce billet le parcours de l'exposition débuté dans notre billet du 15 juin dernier.
Au niveau 5 du Centre Pompidou, dans la traverse 6 du musée national d'art moderne, Robert Doisneau / Emmanuel Guibert
Les confidences d'Alan Ingram Cope sont à l'origine de plusieurs livres d'Emmanuel Guibert, parmi lesquels La Guerre d'Alan, son récit de la Seconde Guerre mondiale en tant que soldat américain. Dans Martha et Alan, il évoque un amour d'enfance, dans l'Amérique des années 1930. Guibert accompagne ses textes de dessins réalisés à l'encre sur des feuilles de Rhodoïd ; la couleur, à la craie, leur confère une fragilité et une intensité fascinantes. La singularité du procédé entre en résonance avec le processus de la mémoire les formes s'inscrivent en vol, suspendues.
Robert Doisneau fixe lui aussi la poésie du moment, par l'instantané. Inscrivant sur la pellicule un monde voué à la disparition, il photographie la vie quotidienne durant la guerre, le monde de la nuit - des images empreintes à la fois de légèreté et de gravité. Il réalise aussi des reportages chez des amis peintres et écrivains. Ainsi, il se rend chez Georges Braque, à Varengeville en Normandie. Avec le temps, l'endroit s'est métamorphosé aujourd'hui, la forêt a gagné sur la colline, l'atelier et la maison sont en ruines. Les photos de Doisneau en tête, Guibert hante les lieux, les pages de ses carnets se remplissent, ainsi que ses cartons à dessins - au point désormais, de projeter un livre.
Robert Doisneau (1912-1994) :
La Poterne des Peupliers, 1934, épreuve gélatino-argentique
Dîner chez Pierre, 1944, épreuve gélatino-argentique
Arcueil, dimanche matin, 1945, épreuve gélatino-argentique
Barricade, 1944, épreuve gélatino-argentique
14 juillet, Métro Laplace, épreuve gélatino-argentique
Emmanuel Guibert (né en 1964) :
Dessins de la série Alan (Alan et Martha, l'Enfance d'Alan, la Guerre d'Alan,...)
L'Atelier de Braque, 2023
Dans l'allée 1, Balthus / Blutch
Il émane de La Toilette de Cathy un mystère pénétrant. Balthus y peint les personnages du ténébreux roman d'Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent : Heathcliff au premier plan, et la servante Nelly démêlant les cheveux de Catherine. Dans une lettre, Balthus décrit le tableau «comme une vision, comme un souvenir évoqué par Heathcliff, qui au fond est assis seul dans la chambre». Il ajoute que la peinture symbolise aussi «l'instant où deux êtres humains qui d'ailleurs n'en font qu'un et qui sont complémentaires l'un de l'autre, arrivent au carrefour de leurs destinées respectives». Leur séparation fatale renvoie à celle de Balthus et d'Antoinette de Watteville, alors fiancée à un autre.
C'est cette image énigmatique que Blutch choisit de réinterpréter pour l'ex-libris de Vitesse moderne. La fascinante Cathy de Balthus y devient la jeune danseuse Lola. Le sombre Heathcliff se transforme en Renée, qui propose à Lola de partager sa vie afin d'écrire un livre dont elle serait l'héroïne. Au fil de ce récit onirique, Blutch sonde les plus étranges fantasmes, donnant lieu à une narration irrationnelle et troublante, réactivée par l'intrusion d'éléments incohérents, grotesques, effrayants, fantasmatiques.
Balthus (1908-2001) : La Toilette de Cathy, octobre 1933-décembre 1933, huile sur toile
Blutch (né en 1967) :
Étude pour l'ex-libris de Vitesse moderne, 2002 D'après La Toilette de Cathy de Balthus, crayon graphite sur papier
Ex-libris de Vitesse moderne, 2002 D'après La Toilette de Cathy de Balthus, sérigraphie éditée par la Librairie-galerie Brüsel
Vitesse moderne, 2002, dessin de couverture, pastel sur papier
Étude pour l'ex-libris du recueil collectif Crème solaire, 2002 D'après La Montagne de Balthus, encre de Chine, mine graphite et correcteur sur papier
Ex-libris du recueil collectif Crème solaire, 2002 D'après La Montagne de Balthus, sérigraphie éditée par les Éditions Cornélius
Dans la salle 23, René Magritte / Éric Lambé
Théâtre, trompe-l'œil, dédoublement, tout concourt dans l'œuvre de René Magritte à « mettre en cause le monde réel ». L'atmosphère onirique de sa peinture provient tant de la finesse de l'exécution et de la subtilité des harmonies colorées que de l'étrangeté des associations mises en œuvre. Collecte de fragments glanés au fil du temps, de bribes que la mémoire laisse échapper, l'image est agencée selon un dispositif scénique et parsemée d'indices d'une violence sous-jacente. En effet, les apparences sont trompeuses chez le surréaliste belge, a commencer par sa personnalité subversive, adoptant cependant des allures et un mode de vie bourgeois.
C'est en partie l'étrangeté du personnage qui intrigue Éric Lambé, dont l'atelier, à Bruxelles, se trouve à quelques pas de la maison du peintre. Les pierres, les masques, les mots qui hantent les peintures de Magritte s'installent dans ses propres dessins tandis qu'il lui consacre un livre, La Saison des vendanges. Cette bande dessinée se clôt sur un événement gardé longtemps secret par Magritte, le suicide de sa mère. Au fil du récit, surgissent des images morbides, afin de restituer un paysage mental où émergent des visions.
René Magritte (1898-1967) : Souvenir de voyage, 1926, huile sur toile
Éric Lambé (né en 1966) : La Saison des vendanges, 2016, Scénario de David B., encre de Chine, gouache, encre et stylo bille sur papier
La traverse 7 est consacrée à Edmond-François Calvo (1892-1957)
Sans formation artistique, Edmond-François Calvo développe une activité de dessinateur et de sculpteur en parallèle à de multiples métiers. Autant inspiré par les dessinateurs animaliers du 19e siècle que par son contemporain Walt Disney, il publie dès 1937 des planches de bande dessinée prisées par le jeune public puis, pendant la Seconde Guerre mondiale, trois albums consacrés au lapin Patamousse. Cette chronique forestière aux accents fantastiques est caractérisée par le graphisme dynamique des personnages, contrastant avec la minutie des dessins du sous-bois. À la même période, Calvo travaille dans la clandestinité à La Bête est morte! La guerre y est racontée par le prisme animalier, chaque peuple étant représenté par une espèce. Procédé inhabituel, les planches sont réalisées en couleur directe. L'ouvrage, publié dès août 1944, bouleverse toute une génération de lecteurs. De 1942 à 1958, Calvo publie quatorze autres séries. Tombé dans l'oubli, sa redécouverte est due à l'admiration que lui vouent des auteurs majeurs, comme Albert Uderzo.
La Bête est morte!, 1942-1944, texte de Victor Dancette, crayon graphite, encre de Chine, gouache et collages sur papier, contrecollé sur carton de fond
Les Aventures de Patamousse, Tromblon le Brigand, 1946, encre de Chine, collage et impression sur papier
Dans l'allée 2, Francis Bacon / Lorenzo Mattotti
Dans son atelier de South Kensington à Londres, Francis Bacon développe une figuration sous tension. De ses tableaux surgissent des visages aux traits instables, des corps en torsion, autant d'images qui semblent altérées par la violence. En 1971, il réalise cet Autoportrait. Émergeant d'un fond noir, pris dans le cadrage resserré d'un format carré, son propre visage est dépeint comme tuméfié, distordu. Le brouillage des traits et la dislocation des formes agissent comme une mise à mal, sans échappée possible.
Figure majeure de la bande dessinée d'avant-garde, Lorenzo Mattotti a fait de ce médium un champ de création picturale depuis Feux, publié en 1984. Il poursuit avec l'œuvre de Bacon un dialogue ininterrompu. Il précise: « Je pense surtout à la manière dont Bacon organise l'espace dans ses tableaux. À l'énergie qu'il parvient à créer autour de ses personnages. C'est tellement fort. » Avec The Raven, Mattotti crée des images pour faire écho à la musique de Lou Reed, qui réalise en 2003 un album inspiré par les contes noirs d'Edgar Allan Poe. Musique et images convergent pour exprimer les motifs obsessionnels du poète – motifs du deuil, de la culpabilité et des pulsions destructrices.
Francis Bacon (1909-1992) :
Selfportrait, 1971, huile sur toile
Study for Portrait (Michel Leiris), 1978, huile sur toile
Lorenzo Mattotti (né en 1954) : The Raven, 2009, pastel et crayon de couleur gras sur papier
Salle 26 : Antonin Artaud / Edmond Baudoin
En 1946, à la maison de santé d'Ivry, Antonin Artaud réalise La Projection du véritable corps, où il se représente en fusillé, face à une figure totémique menaçante, un double figurant sa propre mort. Ses dessins sont l'expression d'une guerre intime, d'une lutte forcenée contre la désintégration de soi. Progressivement, c'est le visage qui devient le principal sujet, détaché du corps, puis multiplié. Davantage qu'une représentation, les portraits sont une expression, une incantation, où Artaud s'engage entièrement.
L'implication du corps est également fondamentale dans la pratique du dessin d'Edmond Baudoin. De la guerre au Liban à l'actuelle crise migratoire, il dessine pour donner une voix aux personnes meurtries et oubliées. Mais aller à la rencontre de l'autre, c'est aussi aller à la rencontre de soi ; ainsi, depuis ses premières bandes dessinées, Baudoin a inauguré à la fois le genre du reportage et celui de l'autobiographie dessinés. Le visage constitue pour lui un chemin, un point de passage. Il le creuse, l'efface, le décline, le mêle à mille autres, jusqu'à faire tomber le masque qui le fige – jusqu'à le révéler. La proposition d'un dialogue avec l'œuvre d'Artaud a été féconde : elle a donné lieu à ces six dessins, spécifiquement créés par Baudoin pour cet accrochage.
Antonin Artaud (1896-1948) : La Projection du véritable corps, 18 novembre 1946, mine graphite et craie de couleur grasse sur papier
Edmond Baudoin (né en 1942) : Artaud, 2023, encre de Chine, peinture à l'acrylique, aquarelle et collages sur papier
Geer van Velde / Dominique Goblet
La peinture de Geer van Velde trouve son point d'équilibre entre figuration et abstraction, brumes du Nord et lumière du Sud. Dans ses tableaux, à partir de 1945, la lumière s'adoucit, la ligne vibre, le coloris s'estompe. Samuel Beckett écrit à leur propos : « Que dire de ces plans qui glissent, ces contours qui vibrent, ces corps comme taillés dans la brume, ces équilibres qu'un rien doit rompre, qui se rompent et se reforment à mesure qu'on regarde ? » Espaces extérieur et intérieur sont mêlés la peinture formant désormais un paysage-pensée.
La même suspension du réel clôt l'album Faire semblant c'est mentir, écrit et dessiné par Dominique Goblet. Récit intime entremêlant des blessures et des espoirs, ce livre annule la distinction entre le réel et la fiction. Dans ces dernières pages, à mesure que la conversation téléphonique entre les deux protagonistes se suspend, que le silence s'élargit, les cases passent de six à cinq puis deux par page. Enfin elles disparaissent. Reste le flottement des mots et deux nuances en demi-teinte qui esquissent une ligne de partage entre deux voix, ou entre ciel et terre. À la toute dernière page, le récit se dissout, se résout, en un monochrome, sans un mot, laissant le lecteur en apesanteur.
Geer van Velde (1898-1977) : Composition, 1958, huile sur toile
Dominique Goblet (né en 1967) : Faire semblant c'est mentir, 2007, crayon graphite et peinture à l'huile sur papier
La traverse 8 est consacrée à Hergé (1907-1983)
Georges Remi, alias Hergé, rédacteur en chef du Petit Vingtième, crée les personnages de Tintin et Milou pour l'édition du 10 janvier 1929. Très rapidement, paraissent les albums Tintin au pays des Soviets, Le Lotus Bleu et Le Crabe aux pinces d'or. Le journal Tintin est fondé en 1946. L'aventure lunaire y fait son apparition le 30 mars 1950 et donnera lieu à deux albums, Objectif Lune et On a marché sur la Lune. Élément central du récit, la fusée à damiers est inspirée des travaux de l'ingénieur allemand Wernher von Braun. Les Studios Hergé sont créés le 6 avril 1950 afin de mener à bien le projet. Bob De Moor y dessine notamment la fusée, les rampes de lancement mais aussi les splendides paysages lunaires. Si l'idée d'envoyer une fusée sur la Lune est déjà en jeu chez Jules Verne, dans les films de Georges Méliès ou de Fritz Lang, Hergé prend appui sur les recherches scientifiques de son époque. Celles-ci aboutiront au premier pas de Neil Armstrong sur la Lune en 1969.
Journal Tintin, On a marché sur la Lune (numéros de juin à décembre 1953)
Dessins techniques pour Objectif Lune et pour On a marché sur la Lune, 1953, crayon graphite sur papier
Études d'attitudes pour Objectif Lune, 1949, crayon graphite sur papier
On a marché sur la Lune, 1954, Planches 1 et 2, 3 et 4, 19 et 20, 21 et 22, bleus de coloriage
L'Affaire Tournesol, 1954, planche n° 12 de l'album L'Affaire Tournesol, encre de Chine et gouache blanche sur papier
Dans L'Affaire Tournesol, Hergé parvient à l'apogée de sa maîtrise du dessin, conjointement à un ingénieux scénario qui prend des allures de roman d'espionnage.
Cette planche s'insère dans un processus de création immuable : esquisses et crayonnés, encrage, mise en couleurs. Fluidité des contours, réalisme des décors, continuité des plans : Hergé est consacré comme maître de la « ligne claire ». Cette recherche de la perfection coïncide avec le véritable engouement qu'il connaît alors pour l'art moderne et l'abstraction. Unique œuvre de bande dessinée conservée dans la collection du Musée national d'art moderne, cette planche a été généreusement donnée à la suite de l'exposition « Hergé » au Centre Pompidou.
Allée 3, Mark Rothko / Catherine Meurisse
Mark Rothko, artiste russe émigré aux États-Unis en 1913, a d'abord développé une œuvre figurative avant de glisser progressivement vers l'abstraction dans les années 1940. Après 1960, il réduit sa gamme aux seules nuances de rouge, privilégiées tant pour leur caractère symbolique, étant associées au sacré, que pour leur charge émotionnelle. Ainsi, Untitled (Black, Red over Black on Red) convoque un imaginaire et des sensations liés au registre de la disparition - effusion de sang, incandescence et combustion, braises et cendres, obscurité.
Dans La Légèreté, paru en 2016, Catherine Meurisse fait le récit du traumatisme provoqué par l'attaque meurtrière à laquelle elle a échappé, menée le 7 janvier 2015 par des terroristes islamistes contre le journal satirique Charlie Hebdo. Au sortir du gouffre, la beauté lui apparaît comme la seule issue. C'est finalement l'immensité des espaces sans fin, ceux du paysage mais aussi de la peinture la plus abstraite, qui lui apportent réparation. William Turner, Mark Rothko: la manifestation de la lumière au cœur de la matière picturale, la vibration de la couleur font advenir dans le tableau un état d'apesanteur - auquel participe, par communion, le spectateur.
Mark Rothko (1903-1970) : Untitled (Black, Red over Black on Red), 1964, huile sur toile
Catherine Meurisse (née en 1980) : La Légèreté, 2015-2016, crayon graphite, pastel, encre de Chine, crayon de couleur et collages sur papier
Salle 28 : Jean Dubuffet / Benoît Jacques
Dans la série du Métro, en mars 1943, Jean Dubuffet décline un langage plastique singulier, réduisant les figures à des archétypes par le biais d'un dessin schématique et de compositions frontales. Dès cette période, trois adversaires sont désignés le savoir-faire, le bon goût et l'esprit de sérieux. Dubuffet privilégie le hasard et le saugrenu, l'inachevé et le brouillon, professant un «scepticisme-défaitisme morbide à l'égard de toute entreprise de connaissance par voies de raison ».
Nul doute qu'il s'agisse des mêmes poncifs que Benoît Jacques cherche à saper, sous couvert d'une même désinvolture, et avec la même méticulosité. Pratiquant l'écriture sans scénario préalable, il la contraint par des règles du jeu : « La bande dessinée, par l'entremêlement de textes et d'images qu'elle propose, et surtout, lorsqu'elle n'est pas nourrie uniquement de ses propres codes et stéréotypes, fait partie de ces territoires d'exploration qui me fascinent et m'attirent. » Une exploration qui prend comme support la feuille de papier, mais aussi le tissu (une longue « bande » brodée sur toile de lin), ou encore le bois (avec cette série de « planches »). Une exploration dont le langage est la matière première, et dont le bricolage est le mode opératoire revendiqué.
Jean Dubuffet (1901-1985) :Métro, mars 1943, gouache sur papier
Chaîne de mémoire III (EG 130), 03 décembre 1964, peinture vinylique sur papier marouflé sur toile
Benoît Jacques (né en 1958) :
Chinoiseries, 2001, encre de Chine et collages sur papier
Flubards, 2002, encre de Chine et aquarelle sur papier
Coureur des bois, 2010, toile de lin brodée par Harizo Rakotomalala
Planches, 1999, peinture latex blanche et encre de Chine sur planches de bois de palette
Et nous terminons ce parcours avec, dans la traverse 9, un grand dessinateur américain :
Will Eisner (1917-2005)
New-yorkais de naissance, le jeune Will Eisner publie des dessins dans le journal de son collège, puis fonde son propre studio de bande dessinée. Le 2 juin 1940 apparaît dans le Register and Tribune Syndicate un détective privé masqué d'un loup, portant imperméable, feutre mou et paire de gants : Denny Colt, alias le « Spirit ». Eisner détourne la commande du journal qui s'attendait à un héros de comics dans la lignée de Superman; avec ironie, il campe un justicier intrépide mais très ancré dans la réalité. Une constellation de seconds rôles entoure le personnage central, eux aussi absolument non-conventionnels : le commissaire Dolan, qui n'a rien d'un surhomme, sa fille Ellen, au caractère affirmé et aux convictions féministes, et Ebony White, dont le rôle comique se complexifie au fil des épisodes, se détachant du stéréotype de l'Africain-américain. Les aventures du Spirit permettent à Eisner de dépeindre l'Amérique des quartiers populaires, des foules travailleuses. Les ambiances nocturnes, les décors aux ruelles étroites et aux immeubles délabrés contribuent à l'atmosphère mélancolique de la série.
The Spirit, Flaxen Weaver, 11 décembre 1949, planches 5, 6 et 7, encre de Chine sur papier
The Spirit, Mr. McDool, 12 octobre 1947, planche 1, encre de Chine sur papier
The Spirit, Money, Money, 23 novembre 1947, planche 1, encre de Chine sur papier
The Spirit, Lilly Lotus, 10 juillet 1949, planche 1, encre de Chine sur papier
Wildwood Cemetery, 1986, encre de Chine et aquarelle sur papier
Couverture pour le Spirit Magazine #22, 1979, encre de Chine et aquarelle sur papier
Couverture pour le Spirit Magazine #29, 1981, encre de Chine, aquarelle et gouache blanche sur papier
Dessin pour le Lake Oswego Festival of the Arts, 2001, encre de Chine et aquarelle sur papier
Paris 1874 - Inventer l'impressionnisme (I/II)
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La grande exposition du Musée d'Orsay ce printemps est consacrée à ce qui en fait l'un des attraits, et l'institution ne pouvait manquer de célébrer le 150ème anniversaire de l'exposition de la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs, ouverte le 15 avril 1874 dans les anciens ateliers de Nadar pour s'affranchir de la dictature du Salon officiel, et qui deviendra célèbre sous le nom d'Impressionniste, donné par des journalistes de façon plus critique qu'élogieuse...
Le parcours de l'exposition, qui se veut très pédagogique, est assez tourmenté. Les premières salles ne présentent que des œuvres présentes à l'exposition de 1874 :
Peindre le présent, exposer par soi-même
Le 15 avril 1874, l’exposition de la Société anonyme ouvre ses portes, avec quelque 200 œuvres sélectionnées par leurs artistes eux-mêmes – sans la sanction d’un jury, ni l’entremise d’un marchand. Elles sont accrochées par leurs soins, dans l’ancien atelier de Nadar, sur des murs tapissés de laine brun-rouge. L’exposition réunit 31 artistes ayant surtout en commun d’avoir payé leur cotisation. Ils sont d’âges et d’horizons divers : près de 40 ans séparent le doyen Adolphe-Félix Cals du cadet Léon-Paul Robert, et le milieu social des grands bourgeois Degas ou Morisot est très éloigné de celui de l’anarchiste Pissarro et des communards Ottin et Meyer. Ce n’est pas non plus un principe esthétique qui les rassemble, mais plutôt une même volonté d’exposer librement et de vendre leur travail. Leurs œuvres sont d’une étonnante variété de sujets, de techniques et de styles. On y trouve deux fois moins de peintures que d’œuvres sur papier, dont une quarantaine d’estampes, de même qu’une dizaine de sculptures et quelques émaux. Des paysages très esquissés, des scènes de chasse ou de courses, voire une vue de maison close, côtoient des gravures d’après Holbein, des intérieurs de synagogue ou un buste d’Ingres. L’entrée est payante, ainsi que le catalogue, et les œuvres sont assez onéreuses. 3 500 visiteurs environ verront l’exposition. La société, largement déficitaire, sera dissoute. Seule une poignée de peintures de Sisley, Monet, Renoir et Cézanne trouvent preneur. Un critique raille la « forte quantité de croûtes », tandis que d’autres discernent « sept ou huit oseurs, des œuvres desquels […] s’échappe un impérieux sentiment du vrai »
Auguste Renoir (1841-1919) :
La Danseuse, 1874, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 141]
La Parisienne, 1874, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 143]
La Loge, 1874, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 142]
Claude Monet (1840-1926) : Boulevard des Capucines, 1873-1874, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, probable n° 97]
Edgar Degas (1834-1917) :
Classe de danse, vers 1870, huile sur bois [Première exposition impressionniste, 1874, no 55]
Répétition d'un ballet sur la scène, 1874, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 60]
Camille Pissarro (1830-1903) : Les Châtaigniers à Osny, 1873, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 138]
Auguste Renoir : Fleurs dans un vase, vers 1869, huile sur carton monté sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, probable n° 145]
Édouard Béliard (1832-1912) : Pontoise. Vue depuis le quartier de l'écluse, vers 1872, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 15]
Proche de Pissarro, travaillant également à Pontoise, Béliard est lui aussi animé d'un désir d'indépendance artistique. Il milite pour un Salon des refusés en 1872, y participe l'année suivante, puis rejoint le comité.
Édouard Brandon (1831-1897) : La Synagogue, vers 1860-1880, huile sur toile, [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 29]
Pierre Bureau (1827-1876) : Clair de lune sur les bords de l'Oise, à L'Isle-Adam, vers 1867, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 35 ou n° 35 bis]
Gustave Henri Colin (1828-entre 1910 et 1919) : Le Castillo et le goulet de Pasages. Marée haute, vers 1870-1880, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 49]
Adolphe Félix Cals (1810-1880) : Le Vieux Pêcheur, 1873, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 38]
Nettement plus âgé que ses confrères, le peintre Cals se jette pourtant « avec ardeur » dans l'aventure de l'exposition du boulevard des Capucines. Il y montre plusieurs scènes de genre puissamment réalistes, et, selon le journaliste Castagnary, applique « à la représentation des types et des scènes populaires son art méditatif et réfléchi ».
Paul Cézanne (1839-1906) : Une moderne Olympia, esquisse, 1873-1874, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 43]
Berthe Morisot (1841-1895) :
Portrait de Madame Edma Pontillon, née Edma Morisot, sœur de l'artiste, 1871, pastel sur papier [Première exposition impressionniste, 1874, hors catalogue]
Le Berceau, 1872, huile sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, n° 104]
Alfred Meyer (1832-1904) : Portrait d'homme, d'après Antonello de Messine, 1867, émail peint [Première exposition impressionniste, 1874, substitut au n° 90 ou au n° 91]
Félix Bracquemond (1833-1914) :
Érasme, 1863, eau-forte [Première exposition impressionniste, 1874, substitut au n° 28 - Cadre d'eaux-fortes]
Alphonse Legros, 1875, eau-forte [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 24 - Cadre d'eaux-fortes]
Edwin Edwards gravant à la pointe, 1872, eau-forte [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 24 - Cadre d'eaux-fortes]
Quatre artistes exposant boulevard des Capucines montrent des estampes (37 au total). Les trois quarts sont de Félix Bracquemond, graveur renommé, qui est, au nombre d'œuvres, l'artiste le mieux représenté. Il affirme son talent autant dans ses eaux-fortes originales que
dans celles reproduisant les tableaux de maîtres, comme La Source - une peinture d'Ingres de 1856 gravée en 1861, qu'il montre à côté d'une estampe d'après Manet. Bracquemond entend ainsi affirmer l'étendue de ses allégeances artistiques.
Félix Bracquemond :
Hoschedé, lieutenant de la Garde Nationale, 1871, eau-forte [Première exposition impressionniste, 1874, possibles n° 24 - Cadre d'eaux-fortes]
Margot la Critique, 1853, eau-forte [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 27 - Cadre d'eaux-fortes]
Théophile Gautier, 1859, eau-forte [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 24 -Cadre d'eaux-fortes]
Félix Bracquemond :
La Source, d'après Ingres, 1861, eau-forte [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 25 - Cadre d'eaux-fortes]
Jeune femme en costume espagnol, 1867, eau-forte [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 25 - Cadre d'eaux-fortes]
La Seine vue de Passy, 1868
Bachots au bord de la Seine, 1858
Pointe sèche [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 26 - Cadre d'eaux-fortes]
Antoine Ferdinand Attendu (1845-1917) : Nature morte au faisan, avant 1874, pastel sur papier marouflé sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 7 ou n° 11]
Ludovic Napoléon Lepic (1839-1889) :
Jupiter, 1861, eau-forte [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 80]
César, 1861, eau-forte [Première exposition impressionniste, 1874, possible n° 79]
Zacharie Astruc (1833-1907) :
Femme endormie dans un intérieur d'artiste (scène de somnambulisme), 1871, aquarelle [Première exposition impressionniste, 1874, probable n° 3 - Cadre d'aquarelles]
Poupées japonaises. Jouets d'Isabelle, vers 1871, aquarelle sur papier marouflé sur toile [Première exposition impressionniste, 1874, probable n° 3 - Cadre d'aquarelles]
Les Présents chinois (Londres), vers 1871, aquarelle [Première exposition impressionniste, 1874, probable n° 3 - Cadre d'aquarelles]
Intérieur parisien, vers 1871, aquarelle [Première exposition impressionniste, 1874, probable n° 3 -Cadre d'aquarelles]
À l'exposition de 1874, ces quatre aquarelles sont présentées dans un seul cadre. Astruc est un ami de Manet, et un talentueux touche-à-tout, sculpteur, peintre, écrivain et journaliste. Il est un fidèle soutien de Monet et des artistes du groupe des Batignolles (jeunes artistes qui se rassemblent dans ce quartier parisien). Ces scènes d'intérieur où des femmes conversent ou se reposent montrent un « costume du Céleste empire », des Présents chinois, un kimono ou des objets japonais, qui témoignent de la passion de l'artiste pour l'art extrême-oriental.
Auguste Louis Marie Ottin (1811-1890) : Buste de Jean Auguste Dominique Ingres, 1867-1868, marbre [Première exposition impressionniste, 1874, substitut (version en marbre) au plâtre n° 126]
Ottin, Prix de Rome, est un habitué du Salon où il montre de très académiques sculptures. On s'étonne donc de sa présence à la première exposition impressionniste. Mais ce fils d'ouvrier a la fibre politique : « les artistes [...] ont le droit et le devoir de se gouverner eux-mêmes » écrit-il. Membre de la Fédération des artistes pendant la Commune, ses commandes officielles se tarissent. Ce socialiste militant devient le trésorier de la Société anonyme. Il espère vendre, à prix modestes, des œuvres conçues plus de dix ans auparavant : marbres à sujet mythologique, « réductions » en plâtre ou terre cuite d'un buste d'Ingres, ou de sa Jeune fille au vase, d'un classicisme déroutant.
La salle suivante tente évoque Le Salon de 1874
Au Palais de l’Industrie et des Beaux-Arts, avenue des Champs-Élysées – à vingt minutes à pied du boulevard des Capucines –, le Salon ouvre ses portes le 1er mai 1874. Incontournable vitrine de la production artistique du moment, cette gigantesque exposition officielle est un événement annuel où le public se presse en masse. Il est aussi essentiel pour les artistes, car depuis deux siècles, c’est là que se jouent leur succès et leur carrière. Soigneusement sélectionnés par un jury sous l’égide de la Direction des Beaux-Arts, plusieurs milliers d’œuvres se côtoient, dont près de 2 000 peintures accrochées bord à bord: « grandes machines » – immenses tableaux à sujet historique, religieux ou mythologique –, scènes de genre anecdotiques, tableaux «orientalistes », nombreux paysages ou portraits léchés. La plupart de ces œuvres sont à mille lieues des tableaux « trop frais peints » des futurs impressionnistes, parfois arbitrairement rejetés dans les années 1860. En 1874, même si son jury est particulièrement sévère, le Salon n’est «ni plus mauvais ni meilleur » que les années précédentes, selon le critique Castagnary : «Ce qui lui fait défaut, c’est l’œuvre capitale […] qui […] devient une date dans l’histoire de l’art. » En effet, cette année-là, l’exposition qui passera à la postérité n’est pas le Salon
Camille Cabaillot-Lassalle (1839-1902) : Le Salon de 1874, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, no 292]
Mai 1874 : d'élégants visiteurs se pressent dans les galeries de peinture du Palais de l'Industrie. Dans ce tableau singulier, non seulement les œuvres que regardent ces hommes et ces femmes sont réellement présentées au Salon, mais les six reproductions en miniature à l'arrière- plan ont été exécutées sur la toile par les auteurs mêmes de ces tableaux. Cabaillot-Lassalle montre cette peinture «à sept mains» dans la salle 5, entre Bonvin et Chintreuil. À la fois évocation et préfiguration du Salon, son tableau stupéfait le public et fait sensation. Les peintures en réduction de haut en bas et de gauche à droite :
Eugène Petit, Chrysanthèmes et pêches
Jules Jacques Veyrassat, Charrette en forêt
Ernest Guillemer, Vallée de Franchard, Fontainebleau
Jean-Baptiste Camille Corot, Le Soir
Léon Richet, Moulin à vent, en Picardie
Henriette Browne, Portrait de M. E. S
Jules Bastien-Lepage (1848-1884) : Portrait du grand-père de l'artiste, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, n° 84]
Henriette Browne (1829-1901) : Un poète; Les coptes dans la Haute-Egypte, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, n° 275]
Jules Breton (1827-1906) : La Falaise, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, n° 257]
Marie Bracquemond (1840-1916) : Marguerite, vers 1874, huile sur toile [Salon, 1874, n° 249]
Émile Breton (1831-1902) : Nuit d'hiver en Artois, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, n° 256]
Lawrence Alma Tadema (1836-1912) : La Mort du premier-né de Pharaon, 1872, huile sur toile [Salon, 1874, n° 18]
Alfred Dehodencq (1822-1882) : Scène de danse dans une rue de Tanger, 1853-1874, huile sur toile [Salon, 1874, n° 557]
Mary Cassatt (844-1926) : Ida, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, no 326]
Depuis 1868, Américaine Mary Cassatt expose au Salon des tableaux reflétant ses voyages en Europe et son intérêt pour la peinture ancienne. Coiffée d'une mantille, cette beauté rubénienne au regard direct est un de ses modèles rencontrés à Rome. Sans doute impressionné par la facture enlevée du tableau et la touche franche de l'artiste, Degas visitant le Salon déclare : «Voilà quelqu'un qui sent comme moi.» Cinq ans plus tard, il invitera Cassatt à rejoindre les artistes « indépendants » pour la quatrième exposition impressionniste ; elle en deviendra l'un des piliers.
Edouard Dantan (1848-1897) : Moine sculptant un christ en bois, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, n° 513]
Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875) : La Danse des bergères. Souvenir d'Arleux, 1871, huile sur toile [Salon, 1874, substitut au n° 458]
Jean-Jacques Henner (1829-1905) :
Portrait de Mme*** dit «La Femme au parapluie », 1874, huile sur toile [Salon, 1874, n° 908]
Le Bon Samaritain, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, n° 908]
Henri Gervex (1852-1929) : Satyre jouant avec une bacchante, vers 1874, huile sur toile [Salon, 1874, n° 799]
Ferdinand Humbert (1842-1934) : La Vierge, l'Enfant Jésus et saint Jean Baptiste, vers 1874, huile sur toile [Salon, 1874, n° 949]
Jean-Léon Gérôme (1824-1904) : L'Éminence grise, 1873, huile sur toile [Salon, 1874, n° 798]Jean Jules Antoine Lecomte du Nouÿ (1842-1923) : Éros, Cupido, 1873, huile sur toile [Salon, 1874, n° 1128]
Jules Élie Delaunay (1828-1891) : David triomphant, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, Hors catalogue - n° 569 bis]
Adélaïde Salles-Wagner (1825-1890) : La Leçon de lecture, avant 1874, huile sur toile [Salon, 1874, n° 1637]
Émile Auguste Carolus-Duran (1837-1917) : Le Pisan, 1874, bronze [Salon, 1874, n° 2830]
Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) : Portrait de M. Alexandre Dumas fils, 1874, marbre [Salon, 1874, n° 2727]
Hélène Bertaux (1825-1909) : Vae Victoribus, 1874, bronze [Salon, 1874, n° 2674]
Paul Dubois (1829-1905) : Narcisse, 1867, marbre [Salon, 1874, n° 2823]
Terminons la première partie du parcours de cette riche exposition avec un aspect particulier su salon de 1974 :
Le Salon, la guerre et la défaite
En parcourant les 24 salles de peintures du Salon, le romancier et critique d’art Émile Zola se lamente : «Des tableaux, toujours des tableaux », des salles « long[ues] comme de Paris en Amérique », puis il descend vers la nef des sculptures, aspirant à « fumer un cigare ». Il observe que les œuvres qui passionnent le public sont « les scènes tragiques de la dernière guerre» qui s’est soldée par la défaite de la France face à la Prusse. Ces peintures et ces sculptures résonnent auprès des visiteurs, qu’il s’agisse de représentations directes, comme la scène de bataille de Detaille illustrant la tragique journée de Reichshoffen, le 6 août 1870, ou nettement plus symboliques comme le tableau de Maignan, un épisode de la conquête normande évoquant le sacrifice et le deuil. En 1874, bien des artistes, officiels ou indépendants, ont vu cette guerre
de près. Le Salon, qui en 1872 avait exclu des œuvres sur ce sujet d’une actualité encore très vive, s’est ouvert à ce thème, contrairement à celui de la Commune, qui n’y sera pas représentée. Les futurs impressionnistes se détournent de ces deux sujets au profit d’autres aspects de leur époque.
Édouard Detaille (1848-1912) : Charge du 9e régiment de cuirassiers à Morsbronn, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, n° 598]
Auguste Lançon (1836-1885) : Morts en ligne! Champ de bataille de Bazeilles, le 1er septembre 1870, à 5 heures du soir, 1873, huile sur toile [Salon, 1874, no 1065]
Albert Maignan (1845-1908) : Départ de la flotte normande pour la conquête de l'Angleterre, Dives 1066, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, no 1249]
Henri Lévy (1840 - 1904) : Sarpédon, 1874, huile sur toile [Salon, 1874, no 1206]
Nous poursuivrons le parcours de l'exposition dans un prochain billet.
La Bande dessinée au Musée (I/II)
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La BD à tous les étages est un ensemble d'expositions qui met à l'honneur le "9e art" dans tout le Centre Pompidou. Au sein même du musée national d'art moderne, au niveau 5 du musée, l'exposition "La Bande dessinée au Musée" met en regard, dans les salles, des peintres et des auteurs de bande dessinée, ou présente dans les traverses du musée des rétrospectives d'auteurs majeurs de BD.
Le parcours commence salle 7 : Henri Matisse / Philippe Dupuy
Se déployant sur une longue bande de papier faite d'une multitude de feuilles accolées, Une histoire de l'art de Philippe Dupuy constitue autant une promenade dans les musées que dans les émotions et les souvenirs de l'auteur. Matisse, « peintre préféré », y est évoqué comme fondateur dans sa pratique. « Avant bien d'autres, Matisse m'a ouvert la porte. Grâce à lui j'ai pu m'échapper », dit l'auteur, qui développe ses récits en s'éloignant de la fiction pour engager des explorations introspectives : « Partager ce qui nous touche. La couleur, la simplicité, la sensualité ou l'impertinence. Ne pas être objectif. »
Philippe Dupuy (né en 1960) :
Mon papa dessine des femmes nues, 2020, stylo bille, aquarelle et collages sur papier
Une histoire de l'art, 2016, séquence d'ouverture, stylo bille et correcteur sur papier
Traverse 7 : George McManus (1884-1954)
George McManus est un contemporain de McCay, dont les aventures de Nemo lui ont d'ailleurs inspiré une de ses nombreuses séries de strips. Mais si l'un explore le champ du merveilleux, l'autre est un maître du burlesque. Sa série la plus célèbre, Bringing Up Father (La Famille Illico), débute en 1913 dans le New York American – publiée jusqu'à la mort de McManus, en 1954, elle sera reprise ensuite par d'autres auteurs. Son potentiel comique repose sur un schéma théâtral : une famille d'immigrés irlandais adopte des réactions contrastées suite à l'acquisition soudaine d'une immense fortune. Jiggs, le père, ancien maçon, ne rêve que de retrouver ses vieux amis; Maggie, sa femme, développe une vie mondaine tapageuse; tandis que leur fille devient une véritable pin-up. Les voyages de la famille sont aussi l'occasion pour McManus d'emmener son lecteur dans une multitude de villes, esquissant un panorama de l'Amérique urbaine contemporaine.
Salle 12 : Jules Pacsin / Joann Sfar
En ouverture de Pascin. La Java bleue, Joann Sfar avertit : « Ceci n'est pas une biographie de Pascin. » De fait, la vie de Jules Pascin est lacunaire. Après Bucarest, Vienne, Munich et Berlin, l'artiste gagne Paris en 1905 et s'installe à Montparnasse, point de ralliement des artistes venus de tous horizons. Tandis que ses dessins conservent un trait aiguisé, sa peinture gagne peu à peu en douceur de tons et sa touche s'accorde avec la sensualité des sujets. Parmi les portraits, ceux représentant Hermine David sont singuliers et témoignent du lien étroit entre le peintre et son modèle. Également épris de Lucy Vidil, Pascin se retrouve finalement seul. En 1930, il se suicide, léguant son œuvre aux deux femmes.
S'immisçant dans les interstices vacants de cette histoire, Joann Sfar fait largement dériver le cours du récit vers des rivages fictionnels et érotiques. Dans les trois carnets de La Java bleue, l'aquarelle réhausse avec une prodigieuse liberté son graphisme ténu et vibrant. Les six volumes précédents de Pascin n'usent quant à eux que de l'encre de Chine. Les lignes fines, heurtées et tremblées, y sont parfois noyées de flaques d'encre, entraînant le dessin dans les profondeurs.
Jules Pacsin (1885-1930) : La Belle Anglaise, 1916, huile sur toile
Joann Sfar (né en 1971) : Pacsin, La Java bleue
Traverse 4 : Winsor McCay (1869-1934)
McCay crée en 1904 une bande dessinée au développement quasi cinématographique, Dreams of a Rarebit Fiend (Cauchemars de l'amateur de fondue au chester). L'année suivante, il fait paraître Little Nemo selon le même schéma narratif : le protagoniste se trouve dans une situation fantastique avant de se réveiller et de comprendre qu'il était en plein rêve. Dans l'univers onirique de Slumberland, Nemo rencontre le roi Morphée et sa fille, ainsi que Flip, personnage affublé d'un cigare et d'un chapeau haut-de-forme qui provoque immanquablement des catastrophes. Little Nemo paraît jusqu'en 1926 dans divers grands journaux américains. Pionnier du dessin animé, McCay travaille des 1911 à une adaptation de Little Nemo puis conçoit entre autres Gertie the Dinosaur (1914). Dans le même temps, il est chargé d'illustrer les éditoriaux politiques d'Arthur Brisbane, rédacteur en chef du New York American ; ce corpus de dessins se caractérise par une veine allégorique. Il poursuit ce travail jusqu'à sa mort, le 26 juillet 1934.
Dream of a Rarebit Fiend, 15 mars 1905, encre de Chine sur papier
A Tale of the Jungle Imps #15, 26 avril 1903, encre de Chine et encres de couleur sur papier
Little Nemo in Slumberland, 1906-1910, encre de Chine sur papier
Ignorance, 1920, encre de Chine sur papier cartonné
If a Rat Laughs at a Cat, 25 février 1923, encre de Chine sur papier
Born in the Brain, 9 juillet 1922, encre de Chine sur papier
Traverse 5 : George Herriman (1880-1944)
Un chat est épris d'une souris nommée Ignatz qui, insensible à cet amour, y répond par des jets de briques. Tel est le motif qui traverse les épisodes de Krazy Kat. George Herriman publie cette série dans le Los Angeles Herald durant plus de trente ans, de 1913 à sa mort, en 1944. Si Krazy Kat ne connaît pas un succès populaire, il est prisé par les milieux artistiques, en particulier par Charlie Chaplin, Jack Kerouac ou, en France, par Pablo Picasso. L'intrigue, caractérisée par une propension à l'absurde, se situe dans le comte de Coconino, au beau milieu du désert de l'Arizona. Le rigoureux agencement de la page joue de l'alternance entre de grands espaces vides et un graphisme très fouillé ; entre de longues vignettes panoramiques et d'étroites cases carrées. La symétrie, la géométrie, le traitement particulier de certains encadrements, tout contribue à faire de chaque page une composition d'avant- garde. Quant aux textes, ils sont d'un anglais mâtiné d'irlandais, de yiddish, de créole louisianais, incluant des emprunts au français et à l'espagnol. Les envolées lyriques côtoient des dialogues argotiques, parsemés de transcriptions phonétiques, formant un nouveau langage.
Krazy Kat, planches s'échelonnant entre 1916 et 1943 (de gauche à droite)
Salle 16 : Theo van Doesburg / Chris Ware
Fondateur avec Piet Mondrian de la revue De Stijl et du néo plasticisme, Theo van Doesburg met en œuvre dans Composition X un processus radical de réduction de la forme au signe. Dans le même esprit que les vitraux qu'il réalise alors, des plans modulaires y sont répartis de façon dynamique dans une gamme chromatique réduite aux noirs, gris et blancs.
Au sujet de cette œuvre, Chris Ware, dont les planches témoignent d'une même recherche de radicalité, note : « Cet entrelacement de lignes horizontales et verticales n'est pas sans parenté avec celui que je dois invariablement tisser avant de me mettre à ma table à dessin. » Caractérisées par un traitement graphique d'une extrême minutie, ses bandes dessinées développent depuis la fin des années 1980 une tonalité caustique et sombre. Jouant de tous les formats, en miniaturiste ou en affichiste, il révolutionne l'usage de la grille, page après page.
Theo Van Doesburg (1883-1931) : Composition X, 1918, huile sur toile
Chris Ware (né en 1967) :
Jimmy Corrigan, 1988, encre de Chine et crayon bleu sur papier cartonné
Rusty Brown, 2003, encre de Chine, gouache blanche et crayon bleu sur papier
Salle 16 Paul Klee / Brecht Evens
Durant la période du Bauhaus, Paul Klee expérimente de nombreux médiums: encre, gouache, aquarelle, craie, aérographe ou pochoir. Ses images, à l'équilibre parfois instable, deviennent un espace mental, jalonné de pictogrammes, de motifs mécaniques ou de lettres isolées, déposés sur la toile ou le papier comme des indices. Perturbée par ces éléments énigmatiques, la structure quadrillée devient une séquence rythmique qui semble danser, pathologiquement distordue.
Le motif du damier est aussi présent dans Le Roi Méduse, livre dont Brecht Evens vient tout juste de publier le premier tome. Il fait écho à la construction par les personnages d'un monde à part, dont les règles se transforment en carcan mortifère. Développant des univers fantasmagoriques, l'auteur explore ici les relations entre un père et son enfant, sur le mode de l'osmose et du déchirement. Dans une transcription qui privilégie les émotions et les sensations, les personnages et les décors sont liés par la fluidité des encres de couleur et de l'aquarelle. Ces pages, sans cases ni bulles, nous plongent dans un chaos sombre et luxuriant, où se mêlent suavité et violence, féerie et cauchemar.
Paul Klee (1879-1940) :
Analyse verschiedener Perversitäten, 1922 [Analyse des perversités diverses], encre de Chine et aquarelle sur papier collé sur carton
Rhythmen einer Pflanzung, 1925 [Rythmes d'une plantation], aquarelle sur papier collé sur carton
Brecht Evens (né en 1986) : Le Roi Méduse, 2023-2024, encres de couleur, gouache, aquarelle et crayons de couleur sur papier
Salle 19 : Christian Schad / Gabriella Giandelli
En 1927, année de réalisation du Comte Saint-Genois d'Anneaucourt, Christian Schad déclare : « C'est l'Italie qui m'a ouvert les yeux. » Après avoir réalisé à Munich des gravures de style expressionniste, puis des photomontages Dada à Zurich, Schad se tourne vers la peinture ancienne italienne. Dans l'Allemagne de la République de Weimar, il recherche une objectivité glacée afin de décrire sans complaisance cette société décadente. Ici, trois figures des nuits berlinoises apparaissent devant une vue de Montmartre, tel un décor de théâtre.
C'est précisément cette peinture qui inspire à Gabriella Giandelli un dessin destiné à la rubrique littéraire de La Repubblica. L'autrice décrit ainsi sa fascination pour ce portrait : « C'est un homme cynique mais aussi fatigué et son regard semble nous prévenir que ce sera bientôt pire. Il nous invite à vivre, vivre encore un peu avant que la mort n'arrive et que tout ne s'achève. » Les dessins de Giandelli vont de l'âpreté du trait à la délicatesse du modelé. Nourris par le graphisme underground et la culture punk, ils se réfèrent aussi largement à la peinture d'Otto Dix, de George Grosz et de Christian Schad, une association d'influences dont la bande dessinée Lisa offre le parfait témoignage.
Christian Schad (1894-1982) : Graf St. Genois d'Anneaucourt, 1927, [Comte St-Genois d'Anneaucourt], huile sur bois
Gabriella Giandelli (née en 1963) :
Prenazi, 2013, crayon de couleur sur papier
Lisa, 1984, crayon graphite, crayon de couleur et gouache sur papier
Salle 20 : Francis Picabia / Anna Sommer
Dans les années 1910, les œuvres de Francis Picabia sapent les notions de beauté, d'authenticité, ainsi que la pratique picturale elle-même. D'un style proche de celui des affiches publicitaires, Le Dresseur d'animaux de 1923 met en scène un dompteur sans fauves. Destiné au Salon d'automne, à Paris, ce tableau renvoie au scandale des artistes « fauves » présentés au salon de 1905. Selon Picabia, toute audace est révolue dans la pratique artistique de ses contemporains, et le classicisme prévaut - symbolisé ici par la chouette d'Athéna.
Bien que n'apparaissant pas au premier regard, un même esprit subversif est à l'œuvre dans les images d'Anna Sommer. Ses portraits de femmes semblent condenser d'étranges narrations. L'une, parée de tous les artifices de la femme fatale, est ici accompagnée d'un tigre dont le réveil contient en germe tous les débordements possibles. Chez l'autre, c'est le féminin frondeur qui l'emporte; le modèle, avec aplomb, affirme son plaisir de jouer avec le feu. Tandis que le cutter d'Anna Sommer s'enfonce dans de fins papiers japonais, elle révèle de manière incisive les contours des fantasmes et des désirs féminins, bien loin du « dressage » des images opéré par la publicité.
Francis Picabia (1879-1953) : Dresseur d'animaux, 1923, Ripolin sur toile
Anna Sommer (née en 1968) :
Barbara, 2020, papiers collés sur papier
Joséphine, 2018, papiers collés sur papier
Salle 21 : André Breton / David B.
Parmi les voix singulières qui émergent en bande dessinée dans les années 1990, celle de David B. se distingue par un univers ésotérique, une prédilection pour les rêves, les contes et les métamorphoses. En 2019, il fait paraître Nick Carter et André Breton. Une enquête surréaliste. Créé par John Russell Coryell en 1886, le personnage de Carter, repris ensuite par plusieurs auteurs, a passionné les surréalistes.
Intégrant le personnage de Carter à son propre récit, au côté de ceux, historiques, d'André Breton et des surréalistes, David B. en réactive la fiction et l'augmente de nouveaux mystères. Carter, chargé par Breton de trouver la cause des malheurs qui le frappent, quitte le champ rationnel pour des champs « magnétiques »; ses aventures s'orientent vers une quête alchimique, poétique. David B. s'inspire du roman de Breton, Nadja, qui repose sur « la rencontre fortuite, le hasard et la poésie, le merveilleux et le goût pour les péripéties ». La quête fondamentale du personnage - comme celle de l'auteur - est énoncée à la toute dernière ligne du livre : « continuer à parcourir les chemins d'ici-bas et de l'au-delà à la recherche de l'or du temps ».
Arrivés à la mi-parcours de cette exposition, qui marque la fin de ce premier billet, nous donnons au lecteur un aperçu conséquent de cet ouvrage (19 tableaux, que nous avons classés selon les numéros qui y apparaissent, sans être certain qu'ils correspondent au récit).
Concluons par une œuvre de l'auteur, David B. , né en 1959 : Un Rêve, 2009, encre de Chine et encres de couleur sur papier
En Espagne au printemps : Saragosse, Tarragone
Quelques images de deux belles villes espagnoles au soleil du printemps : Saragosse, au bord de l'Èbre, capitale de l'Aragon, et Tarragone, en Catalogne au bord de la Méditerranée, au riche passé romain sous les noms de Caesaraugusta et Tarraco.
Tout d'abord, Sarragosse, avec sa basilique Notre-Dame du Pilier - la colonne sur laquelle la Vierge Marie serait apparue à l'apôtre Jacques le Majeur en 40 apr. J.-C - lieu de pèlerinage pour tout le monde hispanique. Édifié de 1680 à 1754 pour le gros-œuvre, cet imposant bâtiment de style baroque a continué à être aménagé durant les siècles suivants : la couverture totale est terminée en 1872 avec l'achèvement de la coupole centrale et de la première tour, et les trois autres tours seront élevées en 1907 et 1961. L'édifice mesure 130 mètres de long, pour 67 de large. Il est couronné de onze coupoles, dix lanternes et quatre tours.
L'intérieur aux vastes allées baroques aux toits en coupole, avec en son centre la chapelle du Pilar.
Le jeune Goya, né en 1746 à Fuendetodos, à quelques lieues au sud de Saragosse, a participé à la décoration, avec notamment cette fresque Adoration du nom de Dieu, de 1772
Tous les drapeaux du monde hispanique sont présents dans la basilique...
Sur l'immense esplanade devant la basilique et l'hôtel de ville de Saragosse...
...une petite fontaine du sculpteur saragossan Francisco Rallo Lahoz (1924-2007) et un monument à la gloire de Goya.
À une extrémité de l'esplanade, l'église San Juan de los Panetes et la tour de la Zuda, seul vestige d'une forteresse qui abritait le gouvernement musulman jusqu'à la prise de contrôle chrétienne de la ville en 1118 par les troupes d'Alphonse Ier le Batailleur, et les restes de la muraille romaine, avec une statue d'Auguste, en l'honneur de qui fut nommée la ville.
À l'autre extrémité, la cathédrale Saint-Sauveur, la Seo (siège de l'archidiocèse de Saragosse), dont l'extérieur mêle le style baroque (pour la façade et la tour) et le style mudéjar (produit de la cohabitation culturelle des Juifs, des Musulmans et des Chrétiens, référence architecturale au XIIe siècle en péninsule Ibérique)
Quelques beaux détails de style mudéjar.
L'intérieur, en revanche, est un bel ensemble gothique, avec un mobilier plus tardif d'une grande exubérance.
Un peu plus loin, l'église Saint Marie-Madeleine offre un bel exemple d'architecture mudéjar.
Parmi les vestiges romains de Caesaraugusta, un grand théâtre et un bain romain.
Avant de quitter Saragosse, traversons l'Èbre sur le vieux pont de pierre, premier pont fixe à avoir été bâti à Saragosse, construit entre 1336 et 1437...
avec encore un regard sur la basilique de Nuestra Señora del Pilar.
Tarragone est une grande ville portuaire de Catalogne aux multiples aspects. Un peu d'air marin pour commencer. À l'extrémité de la grande avenue qui traverse la ville moderne, le Balcon de la Méditerranée domine la mer, ou plus exactement la voie ferrée qui longe la côte. sur le balcon, une statue colossale de Roger de Llúria (1245-1305), dit Le Grand capitaine, amiral qui s'illustra surtout par nombre de défaites infligées aux flottes françaises des Anjou à qui les rois d'Aragon disputaient la Sicile et par de multiples pillages sanglants dans les îles grecques. Au nord, des plages ; au sud, la zone portuaire.
À l'extrême sud de la ville, le quartier du port a des allures de village de pêcheurs, avec de jolies barques catalanes...
...qui contrastent avec les super-yachts amarrés entre le port de pêche et la ville, comme ce voilier SYL de 44m (construit en 2003 à Tarragone par le chantier Barcos Deportivos - à vendre pour 3 500 000 € si le cœur vous en dit), ou, à quai, le yacht DAR de 90m (construit en 2018 par le constructeur hollandais Oceanco, à louer à partir de 1 200 000 € par mois plus dépenses) sous son beau pavillon des îles Caïman.
Restons en bord de mer pour aborder le passé romain de Tarragone, avec son amphithéâtre construit au IIe siècle.
Un peu plus haut, à la lisière de la vieille ville, le cirque, construit à la fin du Ier siècle sous le règne de Domitien
Encore quelques images des vestiges de la Tarragone romaine, et de ses murailles reprises et fortifiées à l'époque médiévale...
Un autre monument intéressant de Tarragone, un peu plus tardif : le marché central (1915), dû à l'architecte Josep Maria Pujol de Barberà (1871-1949).
Enfin, perchée dans la vieille ville, en haut d'une rampe d'escalier bordée de fontaines antiques, la cathédrale Sainte Thècle, construite entre 1170 et 1331 dans le style roman puis gothique, et son magnifique portail central.
La nef principale est d'une grande sobriété
Au milieu de la nef centrale, un orgue monumental, muni de riches sculptures et de panneaux peints qui peuvent se refermer sur le buffet, de la deuxième moitié du XVIe siècle, et des stalles de la même facture
Le retable du grand autel, réalisé entre 1426 et 1434 par le sculpteur Pere Joan, qui est également l'auteur du retable du grand autel du Seo de Saragosse, vu un peu plus haut dans ce billet.
Des chapelles romanes...
gothiques...
baroques, comme celle de Sainte Thècle, patronne de la cathédrale
Terminons par un havre de beauté et de paix, le cloître.
son jardin ombragé par des orangers, d'où l'on a un aperçu de tous les bâtiments de cet ensemble complexe,
rafraîchi par des fontaines où paressent des tortues.
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