Gertrude Stein et Pablo Picasso - L'invention du langage
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Au musée du Luxembourg, une exposition organisée en collaboration avec le musée national Picasso-Paris dans le cadre de la Célébration Picasso 1973-2023, à l’occasion des cinquante ans de la disparition du peintre.
Gertrude Stein (1874-1946), première collectionneuse de Pablo Picasso (1881-1973), est une des grandes figures de la littérature d’avant-garde américaine du XXe siècle. Le portrait que Picasso réalise en 1906, quelques mois après leur rencontre, scelle aux yeux de la postérité leur alliance amicale et artistique autour du cubisme, entre peinture et écriture. L’histoire de leur amitié est bien connue, grâce notamment au récit de Gertrude Stein dans l’Autobiographie d’Alice Toklas (1933). L'exposition est organisée en deux parties :
1. « Paris Moment »
1.1 Portraits cubistes
America is my country and Paris is my hometown.
L’Amérique est mon pays et Paris est ma ville.
G. Stein, 1936
Andy Warhol (1928-1987) : Gertrude Stein, 1980, acrylique et sérigraphie sur toile
Henri Matisse (1869-1954) : Nature morte aux oranges, début 1912, huile sur toile
Jacques Lipchitz (1891-1973) : Gertrude Stein, 1920, bronze
Georges Braque (1882-1963) : Cinq Bananes et deux poires, printemps-été 1908, huile sur toile
Pablo Picasso : Pomme, automne-hiver 1909, plâtre
Paul Cézanne (1839-1906) : Pommes et biscuits, 1880, huile sur toile
Pablo Picasso :
Buste (étude pour Les Demoiselles d'Avignon), Paris, printemps 1907, huile sur toile
Femme aux mains jointes (étude pour Les Demoiselles d'Avignon), Paris, printemps 1907, huile sur toile
L'imposant tableau Les Demoiselles d'Avignon (1907, New York, MoMA) et ses innombrables études préparatoires forment un tournant dans l'œuvre de Picasso. Stein acquiert avec son frère un carnet d'études proche de ce travail, le carnet n° 10, ainsi que les grands tableaux qui suivent: Nu à la serviette (1907, coll. part.) et Trois femmes (1908, Saint-Pétersbourg, musée de L'Ermitage). Elle reprend alors la rédaction de The Making of Americans, son roman majeur qui dépeint l'histoire de deux familles sur quatre générations. Tous deux inventent un nouveau langage : les éléments de la composition sont traités de manière épurée et uniforme par une stylisation géométrique des figures selon un système de courbes et de hachures, pour le peintre, et d'une narration non linéaire fondée sur la répétition, pour la poète.
Pablo Picasso :
Trois Figures sous un arbre, Paris, hiver 1907-1908, huile sur toile
Tête d'homme, Paris, printemps 1909, gouache sur bois
Tête d'homme, Paris, automne 1908, gouache sur bois
Georges Braque : Paysage de Carrières-Saint-Denis, octobre 1909, huile sur toile
Pablo Picasso :
Tête de femme (Fernande), Paris, automne 1909, bronze, épreuve pour le marchand Ambroise Vollard
Paysage aux deux figures, Paris, automne 1908, huile sur toile
Braque et Picasso, dès 1908, construisent leur œuvre cubiste à travers un dialogue étroit, une « cordée ». Durant l'été 1908, alors que le premier séjourne à l'Estaque, le second réalise une série de paysages de La Rue-des-Bois dans l'Oise. Le Paysage aux deux figures est acquis par Léo et Gertrude Stein à l'automne 1908 avec trois autres paysages, reconstituant ainsi au sein de leur collection des séries cohérentes. Dans ce tableau, s'engage la transformation cubiste de l'espace pictural en volumes géométriques, imbriqués les uns dans les autres. Stein se confronte elle aussi au genre du paysage ; dans Tender Buttons, elle consacre la troisième partie de son recueil aux « Rooms » (« espaces »).
1.2 Portraits de choses
Juan Gris (1887-1927) :
Nature morte au livre, décembre 1913, huile sur toile
La Bouteille d'anis, 1914, huile, collage et crayon graphite sur toile
Verres, journal et bouteille de vin, 1913, collage, crayon de couleur, gouache et fusain sur papier collé sur carton
Gertrude Stein découvre en 1914 la peinture de Juan Gris à la galerie Kahnweiler. Peintre espagnol, cubiste, il lui semble incarner la relève alors que les œuvres très cotées de Picasso lui sont désormais inaccessibles. Elle acquiert ainsi plusieurs tableaux et l'artiste illustre un de ses ouvrages, A Book Concluding with As a Wife Has a Cow: A Love Story (1926). Dans le Word Portrait qu'elle lui consacre en 1924, « Pictures of Juan Gris », elle souligne ses qualités d'équilibre, de clarté, de perfection picturale et lui rend un ultime hommage avec « The Life and Death of Juan Gris », au moment de sa disparition prématurée en 1927.
Pablo Picasso :
Homme à la moustache, Paris, printemps 1914, huile et textile imprimé collé sur toile
Verre, journal et dé, Avignon, été 1914, tableau-relief : éléments de bois et
de fer-blanc découpé peints, fil de fer, sur fond de bois peint à l'huile
Verre et paquet de tabac, Paris, printemps 1914, huile et perles collées sur bois
Verre et paquet de tabac, Avignon, été 1914, huile et sable sur bois
Verre, journal et dé, Avignon, été 1914, tableau-relief: éléments de bois peints et sable sur fond de bois peint à l'huile
Pablo Picasso :
Verre et paquet de tabac, Paris, 1921, tôle découpée, pliée, peinte et fil de fer
Violon et bouteille sur une table, Paris, automne 1915, éléments de bois de sapin, ficelle, clous, avec peinture et traits au fusain
Verre et dé, Paris, printemps 1914, construction : éléments de bois de pin peints
Guitare, Paris, décembre 1912, carton découpé, papier collé, toile, ficelle et crayon
Guitare, Paris, décembre 1912, carton découpé, papier collé, toile, ficelle, huile et crayon
« Picasso faisait pour se divertir des tableaux avec du zinc, du fer blanc, du papier collé. De tout ce qu'il a fait en papier, il ne reste qu'un exemplaire qu'il me donna un jour [L'Homme au livre, 1913]. Je l'ai fait encadrer dans une boîte. » Gertrude Stein évoque, en 1938, soit plus de 25 ans après, ces fragiles sculptures qu'elle découvre et observe avant-guerre dans les ateliers de Picasso, boulevard de Clichy et boulevard Raspail. Les rares exemplaires subsistant sont conservés au musée national Picasso, comme les deux exceptionnelles Guitares de 1912, présentées dans cette exposition. Picasso convoque le réel par le jeu, dans ces assemblages, petits bricolages délicats. Il fait écho à l'univers domestique déplié par Stein dans Tender Buttons, où défilent « côtelette, guitare, parapluie, pomme de terre... », selon une même esthétique du collage, sans hiérarchie ni centre.
Georges Braque : Compotier, bouteille et verre, Sorgues, août-septembre 1912, huile et sable sur toile
Pablo Picasso :
Grenade, verre et pipe, Paris, 1911, huile sur toile collée sur carton
Verre, pommes, livres, Paris, printemps 1911, huile sur toile
Journal, porte-allumettes, pipe et verre, Paris, 1911, huile sur toile
Pablo Picasso :
Guitare, Paris, printemps 1926, tableau-relief : cordes, papier journal, serpillière et clous sur toile peinte
Guitare, Paris, printemps 1926, tableau-relief : toile, bois, corde, clous et pitons sur panneau peint
Le tableau-relief Guitare est réalisé par Picasso à partir d'objets de rebut, une serpillière, une corde, des clous, du papier journal... Il renoue avec le thème cubiste de la guitare dans un assemblage rendu subversif par la pauvreté et la trivialité des matériaux, par la brutalité de l'épure, qui évoquent certaines œuvres dada. L'oeuvre est reproduite dans la revue La Révolution surréaliste d'André Breton. C'est toutefois la simplicité fruste et radicale de l'œuvre, génial précèdent de l'esthétique « néo-dada » d'un Rauschenberg, qui forme le trait d'union avec l'écriture de Gertrude Stein, propre à marquer la création du jeune compositeur américain John Cage.
Pablo Picasso : Homme à la cheminée, Paris, 1916, huile sur toile
Dans cette œuvre de transition, Picasso transpose en peinture le procédé du papier collé par une alternance d'aplats unis et ornés, pointillistes, et par une complexité de découpes qui créent l'illusion d'un relief cubiste. Stein avait dans sa collection deux natures mortes qui annoncent ce style et surtout deux portraits en pied qu'elle appréciait beaucoup : Homme à la guitare (1913, coll. part.) et Femme à la guitare (1913-14, New York, MOMA) qui semblent préfigurer, comme cette peinture, les costumes des managers français et américains, dessinés par Picasso pour le ballet Parade en 1917, véritables incarnations cubistes de la modernité. Stein mettra son écriture au service du théâtre et de l'opéra quelques années plus tard, alors qu'elle écrit de nombreux romans et pièces chorales, où se mêlent saints, personnages réels et imaginaires dans une forme litanique, presque musicale.
2. « American Moment »
La radicalité poétique de Gertrude Stein, qui s’est élaborée à travers un dialogue avec la peinture et surtout avec Picasso, est la pierre angulaire des premières avant-gardes de la culture américaine sur laquelle se fondent les mouvements expérimentaux performatifs et musicaux des années 1950 et 1960, autour de John Cage et de Merce Cunningham, du Living Theater, de Fluxus, du Pop Art, de l’art minimal.
Jusqu’à aujourd’hui, Gertrude Stein, qui a ouvertement affirmé son homosexualité, fait figure d’icône et irrigue des relectures conceptuelles et queer très actuelles, depuis Warhol jusqu’à Felix Gonzalez-Torres, Ellen Gallagher ou Glenn Ligon.
Couverture de Time Magazine, 11 septembre 1933
Carl Van Vechten (1880-1964) : Gertrude Stein, 1934, épreuve gélatino-argentique
Cecil Beaton (1904-1980) :
Gertrude Stein au premier plan, Alice B. Toklas en costume de tweed à l'arrière-plan, vers 1937, épreuve gélatino-argentique
Gertrude Stein, portant un manteau, au premier plan et sans manteau, en surimpression à l'arrière-plan, vers 1937, épreuve gélatino-argentique
Gertrude Stein et Alice B. Toklas se faisant face, tirage triple exposition réalisé par Cecil Beaton en superposant des négatifs, vers 1937, épreuve gélatino-argentique
2.1 Grammaire
À la suite des expérimentations initiées au Black Mountain College par le couple Cage-Cunningham, Stein s'impose comme modèle de référence de l'avant- garde américaine du théâtre, de la musique et de la danse, celle de l'anti-art et de la contre-culture du New York des années 1950-1960. Dans un contexte d'effervescence artistique, sociale et politique contestataire émerge une constellation de lieux, resserré autour de Greenwich Village - notablement le Living Theatre, le Judson Poets' Theater et le Judson Dance Theater, foyer de la danse postmoderne - et de mouvements tels que Fluxus et le Pop Art. Ses écrits sont diffusés par le biais de performances théâtrales ou musicales (Geography and Plays, 1922).
2.1 Géographie et jeux
À partir de la fin des années 1950, les artistes de l'avant-garde new-yorkaise, ceux qui gravitent à Greenwich Village, autour de Cage-Cunningham et de la Judson Memorial Church, cherchent à remettre l'art au cœur de la vie et de la société en s'interrogeant sur la capacité du langage visuel à saisir le réel. Robert Rauschenberg, Jasper Johns, Ray Johnson, parmi d'autres, prônent une esthétique du collage, parfois qualifiée de néo-dada : une hybridation de techniques de création et de matériaux non artistiques – objets du quotidien et images de la culture populaire - selon une approche non hiérarchisante, ludique et, bien souvent, ironique de la société de consommation et de spectacle américaine. Cette conception de l'art où s'affirme la réalité matérielle, en opposition à l'expressionnisme abstrait, prend ses sources tant dans les collages et assemblages cubistes de Picasso, les ready-mades de Marcel Duchamp et les inventions dadaïstes que dans les écrits de Stein.
Nam June Paik (1932-2006) : Gertrude Stein, 1990, installation de moniteurs de télévision anciens, techniques mixtes, deux canaux vidéo
Ancien collaborateur du Judson et membre de la nébuleuse Fluxus, Nam June Paik a réalisé la série « Robots », des sculptures vidéo à l'allure anthropomorphe, pour honorer ses héros et héroïnes, dont Gertrude Stein. Reconnaissable à sa longue jupe caractéristique, la poète est représentée par un empilement de moniteurs avec des bras en forme de corne de phonographe Victrola et des seins-disques, clin d'œil à la dimension performative et sonore de ses écrits.
Robert Rauschenberg (1925-2008) :
Front Roll, 1964, technique mixte et collage sur papier cartonné
Centennial Certificate MMA, 1969, lithographie couleur
Étudiant au Black Mountain College, principal collaborateur de Cage-Cunningham et du Judson, Rauschenberg place également parmi les inspirations majeures de son œuvre plastique protéiforme néo-dada, ses « Combine Paintings », la poésie de Stein.
Jasper Johns (né en 1930) :
Flags, 1968, lithographie
Targets, 1967-1968, lithographie
Untitled, 1984, lithographie
Compagnon de Rauschenberg dans les années 1950, Jasper Johns, intégré au cercle Cage-Cunningham, développe une approche conceptuelle de l'œuvre d'art, interrogeant sa nature et son fonctionnement.
2.3 Cercles et mots
Les formes et procédés institués par l'écriture épurée, répétitive, sérielle et circulaire de Stein (A Circular Play, 1920, The World is Round, 1939 ou son ex-libris) trouvent de nombreuses affinités avec les œuvres minimalistes de Carl Andre, de Sol LeWitt ou de Bruce Nauman, dans lesquelles l'effet de présence réelle recherché tente ainsi de faire acte de résistance à la marchandisation de l'œuvre.
Marcel Duchamp (1887-1968) : Fac-similés des Rotoreliefs nos 1, 3, 6, 8, 10, 12 (1-Corolles, 3-Lanterne chinoise, 6-Escargot, 8-Cerceaux, 10-Cage, 12-Spirale blanche), 2010 (série originale de 1935), papier collé sur Plexiglas
Bruce Nauman (né en 1941) :
Good Boy, Bad Boy, 1985-1986, installation vidéo : deux moniteurs, deux bandes vidéo NTSC, couleur, son (anglais), 60'52'', deux socles
Study for Pleasure, Pain, Life, Death, Love, Hate, 1983, marqueur et encre sur papier
Carl André (né en 1935) : Silver Ribbon, 2002, feuille d'argent
James Lee Byars (1932-1997) :
Is, 1989, marbre doré
The Halo, 1985, cuivre plaqué or
L'artiste conceptuel James Lee Byars affirmait avec esprit que seuls comptent « Stein, Einstein et Wittgenstein ».
Joseph Kosuth (né en 1945) :
Self-defined in five colors, 1966, néons
Quoted Clocks #14, #12, #11, #10, #9, #8, #7, #13, #6, #5, #3, #1, #16, #15 (A.R.), 2022, horloges et vinyle
Gary Hill (né en 1951) :
She/He (Engender Project), 2022, sérigraphie couleur
ELLE/IL (ELLE-IL), ELLE/IL (AND), ELLE/IL (IL-ELLE), ELLE/IL (OR), ELLE/IL (XOR) (Engender Project), 2022, polyptyque de cinq pièces uniques, aquarelle sur papier
THEY-HE, XOR, AND, HE-THEY, OR (Engender Project), 2022, plastique PVC
Et en conclusion de cette exposition très originale, où la figure de Picasso est très anecdotique par rapport à celle de Stein, la dernière section :
2.4 Conceptuelle excentrique
Les questions autour de la représentation, et par extension de la représentativité, fondent autant les recherches de Stein et Picasso que les démarches conceptuelles et post-conceptuelles qui se développent depuis les années 1970- 1980. Jouissant d'une aura incontestable depuis son portrait peint par Picasso, Stein est devenue une véritable icône pop américaine et juive, immortalisée par Andy Warhol et érigée en héroïne féministe, homosexuelle et queer. Si son influence peut se faire parfois plus diffuse, parfaitement assimilée dans les sources de l'art contemporain par le prisme de John Cage (Gary Hill), nombre d'artistes continuent de se confronter à son œuvre et à sa figure. Qu'ils s'emparent directement et plastiquement de ses écrits (Glenn Ligon, Roni Horn) ou revendiquent clairement la filiation (Hanne Darboven, Felix Gonzalez-Torres, Deborah Kass, Ellen Gallagher), tous attestent de l'actualité de son œuvre et de sa place tutélaire dans l'art américain.
Glenn Ligon (né en 1960)
Warm Broad Glow II, 2011, néon, peinture et aluminium thermolaqué
Study for Negro Sunshine #139, #140, #141, #142, #143, #144, #145, #146, #147, #148, 2023, bâton de peinture à l'huile, poussière de charbon et gesso sur papier
Dans la nouvelle « Melanctha » de Three Lives (1909), Gertrude Stein utilise une expression stéréotypée raciste « negro sunshine » (« soleil nègre ») pour décrire le sourire des Africains-Américains et, à force de répétitions et de variations, dévie du préjugé raciste en ajoutant de la complexité à son personnage, contredisant ainsi tout projet essentialiste de catégorisation.
Andy Warhol :
Ten Portraits of Jews of the Twentieth Century, 1980, sérigraphie couleur
Acteur incontournable de la contre-culture new-yorkaise depuis les années 1950, Andy Warhol a notamment collaboré avec Cunningham et exposé à la Judson Gallery, où Gertrude Stein est érigée en modèle de l'avant-garde américaine. En 1980, il réalise le portrait peint de Gertrude Stein. À la manière du visage-masque composé par Picasso et en affirmant la dualité de genre du modèle, Warhol transforme Stein en une figure pop, à la fois icône américaine et icône queer. Puis, il l'intègre à son polyptyque Ten Portraits of Jews of the Twentieth Century aux côtés de celles et ceux qu'il surnomme les Jewish Geniuses (« génies juifs »). Warhol confère une nouvelle dimension à la postérité de Stein, une identité juive, représentée et valorisée à travers un panthéon intellectuel et artistique du XXe siècle.
Deborah Kass (née en 1952) : Let Us Now Praise Famous Women #2, vers 1944-1945, sérigraphie et acrylique sur toile
Hanne Darboven (née en 1935) : Quartet >88<, ensemble de six tirages offset avec photographies montées et livre dans un coffret portfolio en lin rouge
Et pour finir,
Felix Gonzalez-Torres (1957-1996) : Untitled (Alice B. Toklas' and Gertrude Stein's Grave, Paris), vers 1992, C-print contrecollé sur carton
La photographie saisit, dans un cadrage resserré, les fleurs sur la pierre tombale de Gertrude Stein et de sa compagne, Alice Toklas, au cimetière du Père-Lachaise. Ainsi uni dans la mort, leur couple devient un symbole politique de la lutte pour les droits des personnes homosexuelles, source d'un renouveau de vie, comme le suggère la végétation croissante.
Peter Doig : Reflets du siècle
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Une petite mais intéressante exposition au musée d'Orsay : figure de proue du renouveau de la peinture figurative, Peter Doig, né à Edimbourg en 1959, a été invité à présenter dans l'une des salles à coupole du musée, une sélection de grandes toiles réalisées au cours des vingt dernières années que l'artiste a passées sur l’île de Trinidad dans les Caraïbes.
Dans un espace adjacent, Peter Doig a conçu un accrochage à partir de l’ensemble des œuvres du musée qu'il considère les plus emblématiques et propres à en donner un résumé de la collection. Selon les organisateurs : "Faisant fi des normes de lectures chronologiques et catégorisations habituelles, cette sélection, que seul un artiste de son envergure pouvait imaginer, transforme le regard du spectateur sur les collections pour revenir à l’essence-même de notre rapport émotionnel aux œuvres".
La grande salle des oeuvres de Peter Doig :
Bather (Night Wave), 2019, huile sur toile
Music Shop, 2023, huile sur toile
Two Trees, 2017, huile sur toile
Soca Boat, 2023, huile sur toile
Paragon, 2006, huile sur toile
100 Years Ago, 2000, huile sur toile
Untitled (Ping-Pong), 2006-2008, huile sur toile
Night Studio (Studio Film and Racquet Club), 2015, huile sur toile
Night Bathers, 2019, huile sur toile
Spearfishing, 2013, huile sur toile
Bather, 2023, huile sur toile
Dans les deux salles adjacentes est présentée la sélection d'œuvres du Musée d'Orsay effectuée par Peter Doig. Nous les décrivons ci-dessous avec les commentaires de l'artiste.
Jean-Léon Gérôme (1824 - 1904) : Jeunes Grecs faisant battre des coqs, 1846, huile sur toile
« Le tableau de Gérôme dégage une impression de cinéma d’anticipation, et m’évoque l'atmosphère de la photographie de mode, en particulier dans la représentation des jeunes gens presque nus. Ce qui m'a captivé, c'est le contraste frappant entre l'image figée des coqs - leurs becs, leurs griffes, leurs yeux perçants et leurs plumes - et la peau radieuse des beaux protagonistes. Ils les regardent d'un air amusé, quelques instants avant l'inévitable éruption de violence et l'effusion de sang. »
Gustave Courbet (1819 - 1877) : Chasseurs dans la neige, vers 1864, huile sur toile
Paul Gauguin (1848 - 1903) : Le Cheval blanc, 1898, huile sur toile
« J'aime la quiétude qui émane de ce paysage sous la neige de Courbet. Il capture la sensation tangible du froid et les sons distincts qui y sont associés. Malgré leur statut de chasseurs, leur langage corporel rappelle celui des skieurs, donnant une touche contemporaine à la scène. Les vêtements d’époque que choisit de peindre Courbet ajoutent à l'authenticité de la scène. J'aime la façon dont cette scène ordinaire s’anime, sans être trop bruyante. Le tableau de Gauguin, réalisé 34 ans après celui de Courbet, exprime une forme personnelle de poésie. Il est possible que Gauguin se soit laissé envoûter par le paysage tropical et qu'il ait peint sa scène comme s'il était perdu dans une rêverie. Je suis fasciné par la possibilité d’exposer ces deux œuvres côte à côte dans l’idée d’explorer plutôt leurs affinités que leurs distinctions. »
Henri Rousseau, dit Le Douanier (1844 - 1910) : La Guerre, vers 1894, huile sur toile
« Rousseau était un artiste en avance sur son temps, utilisant des techniques d'une remarquable modernité. Son processus créatif repose sur le collage et l'assemblage d'albums contenant diverses illustrations, gravures et photographies, qui alimentent son imagination.
Dans son tableau "La Guerre", il présente une scène austère décrivant le chaos, la mort et la dévastation. Un enfant guerrier aux traits expressionnistes est perché au sommet d'une créature difforme, semblable à un cheval d'un autre monde, créant ainsi une image troublante. Cette œuvre a marqué ma propre peinture, "Two Trees", m'incitant à réfléchir à la manière dont les paysages témoignent de la capacité des Hommes à se montrer cruels les uns envers les autres. La puissante déclaration anti-guerre de Rousseau, présentée presque comme une affiche, reste pertinente et obsédante aujourd'hui, nous faisant réfléchir à l'impact durable des conflits.»
Camille Pissarro (1830 - 1903) : Portrait de l'artiste, 1873, huile sur toile
Auguste Renoir (1841 - 1919) : Jeune femme à la voilette, vers 1875, huile sur toile
Georges Seurat (1859 - 1891) : Le Petit Paysan en bleu, vers 1882, huile sur toile
Edouard Manet (1832 - 1883) : Berthe Morisot à l'éventail, 1872, huile sur toile
Edouard Vuillard (1868 - 1940) : Félix Vallotton, vers 1900, huile sur carton, contrecollé sur panneau parqueté
« Les correspondances entre ces peintures m’intéressent tout autant que leurs différences. Elles rendent toutes compte d’une utilisation très singulière de la peinture - abondante et fluide, douce et vaporeuse, étudiée et directe, voilée et mystérieuse, plâtrée et rayée. Chaque peinture nous plonge dans sa propre matérialité, et dans les mystères du sujet peint. Finalement nous n’apprenons pas grand-chose à propos d’eux, et c’est peut-être là que réside l’intérêt de ces portraits : ils sont tout simplement fascinants, et les différences dans leurs processus de création ne compromettent en rien le dialogue qui s’engage entre eux. Chaque portrait présente des jeux de dissimulation, à l'exception de celui de Pissarro, dont le regard perspicace assure la cohésion de l'ensemble. »
Honoré Daumier (1808 - 1879) : Crispin et Scapin, vers 1864, huile sur toile
Claude Monet (1840 - 1926) : Camille sur son lit de mort, 1879, huile sur toile
« Avec ces deux œuvres, j'ai voulu créer un dialogue, non seulement entre les sujets - les acteurs bavards et la belle jeune femme sur son lit de mort - mais aussi entre la façon concrète dont les artistes ont utilisé la peinture pour décrire deux sentiments différents : la vie animée, pleine d’échanges vifs et de nuances suggestives, et la vision poignante d'un peintre cherchant désespérément à capturer les derniers souvenirs de sa femme. Les deux tableaux rendent manifeste une maîtrise virtuose sans amoindrir la profonde intimité inhérente aux deux compositions. »
Paul Cézanne (1839-1906) : Le Christ aux limbes, vers 1867, fresque transposée sur toile, copie d'après Sebastiano del Piombo
« Je suis fasciné par cette période dans l’œuvre de Cézanne parce qu'il jette un regard en arrière tout en progressant à une vitesse vertigineuse. Au passé, il emprunte des sujets et s’inspire d’artistes qu'il admire ; vers l’avenir, il se tourne à mesure que sa technique se perfectionne, à un rythme si rapide qu’il semble en perdre la mesure - et le résultat en est formidable. Dans ce tableau fascinant, il saisit ce qui est nécessaire et esquisse ce qui doit être implicite. Le tableau est si vivant qu'il envahit presque la pièce qu'il occupe. »
et pour finir,
Edgar Degas, (1834-1917) : Ensemble de sculptures de danseuses et de femmes nues, entre 1921 et 1931, statuettes en bronze patiné
« J'ai voulu présenter ces sculptures de Degas de la même manière qu'elles me sont apparues lorsque je les ai vues pour la première fois dans les réserves du musée. Elles sont comme des esquisses sur une page, un ensemble d'idées qui ont pris forme grâce aux yeux, à l'esprit et aux mains de l'artiste. Ces silhouettes, façonnées à l'origine dans la cire, n'ont jamais été destinées à être exposées, ni achevées comme des œuvres. Elles ont été créées pour servir de support aux peintures de l'artiste. Transformées en bronze après la mort de l’artiste, elles gardent une telle spontanéité et une telle énergie vitale qu’elles pourraient se trouver encore dans l'atelier de Degas. »
Gilles Aillaud, animal politique
Encore une exposition au Centre Pompidou qui nous permet de découvrir un artiste hors des courants, Gilles Aillaud (1928-2005).
Faute d'avoir pu être philosophe, Gilles Aillaud est devenu peintre. De sa première formation, sa peinture a hérité une nature hybride, l'équivalent de ce que la tradition chinoise nommait une peinture lettrée. Ses représentations des parcs zoologiques sont contemporaines de Surveiller et punir de Michel Foucault (1975) et de La Société du spectacle de Guy Debord (1967), en lesquels se résumaient les questions que sa génération adressait aux formes du pouvoir et à l'artificialisation du monde.
Plutôt que de peindre une philosophie, Aillaud s'applique à « peindre philosophiquement ». Laissant croire qu'il représentait des animaux, c'est notre relation à la nature qui s'impose comme seul et véritable sujet. Loin des villes et de leur « jungle » de béton, Aillaud retrouve en Afrique une nature dont les animaux dupliquent couleurs et contours jusqu'à disparaître en elle. Avec les moyens de son art, il s'efforce d'atteindre cet « effacement ». Son respect religieux du réel, son « humilité » technique donnent forme au songe d'une réconciliation, loin, au plus loin de tout projet de « maîtrise » et de « possession » du monde.
Vol d'oiseaux, 2000, huile sur toile
Oiseaux du lac Nakuru, 1990, huile sur toile
Éléphant après la pluie, 1991, huile sur toile
Girafes, 1989, huile sur toile
Rhinocéros, 1979, huile sur toile
Cage aux lions, 1967, huile sur toile
Grille et grillage, 1971, huile sur toile
Orang-outang, 1967, huile sur toile
Désert nocturne, 1976, huile sur toile
Trous dans la nuit (Chiens de prairie), 1976, huile sur toile
Mangouste nuit rouge, 1976, huile sur toile
Rhinocéros de dos, 1966, huile sur toile
Rhinocéros, 1972, huile sur toile
Éléphants et clous, 1970, huile sur toile
Intérieur et hippopotame, 1970, huile sur toile
Intérieur vert, 1964, huile sur toile
Un an après son accession à la Présidence du très politique Salon de la Jeune Peinture, Gilles Aillaud et les membres du comité du Salon décident de tourner en dérision la couleur fétiche des peintres paysagistes qui y exposent majoritairement jusqu'alors. Leur « hommage au vert » prend la forme de tableaux monochromatiques d'un format uniforme de 2 x 2 mètres.
Otarie et jet d'eau, 1971, huile sur toile
Otarie endormie, 1965, huile sur toile
Eau et crocodile, 1971, acrylique sur toile
Python et tuyau, 1970, huile sur toile
Serpent dans l'eau, 1967, huile sur toile
Nuit vivarium, serpent, crapauds, 1972, huile sur toile
Python, 1975, huile sur toile
Ibis, 1987, huile sur toile
Les Pingouins, 1972, huile sur toile
Perroquets, 1974, huile sur toile
Le Judas (mur jaune), 1969, huile sur toile
La Fosse, 1969, huile sur toile
Piscine vide, 1974, huile sur toile
Intérieur jaune et bûches, 1973, huile sur toile
Panthères, 1977, huile sur toile
L'Arbre aux singes, 1980, huile sur toile
Fourmiliers, 1967, huile sur toile
Tuyau et porcs-épics, 1976, huile sur toile
Ours noir, 1982, huile sur toile
Les deux seules toiles de l'exposition avec des figures humaines :
Réalité quotidienne des travailleurs de la mine (Fouquières-lès-Lens) n°6, 1971, huile sur toile
Cette toile est inspirée par la catastrophe minière de Fourquières-lès-Lens, lorsque le 4 février 1970 un coup de grisou tue 16 mineurs dans la fosse 6. Elle s’inscrit dans la lignée des travaux collectifs et politiques des protagonistes de la Jeune Peinture, mouvement où Gilles Aillaud était actif.
La Bataille du riz, 1968, huile sur toile
Dans la suite des événements de Mai 1968, pour manifester son opposition à l'« impérialisme américain », le 19e Salon de la Jeune peinture consacre une « salle rouge » à « la lutte victorieuse du peuple vietnamien ». Gilles Aillaud y présente la Bataille du riz, directement inspiré d'une photographie de la propagande vietnamienne. Il donne à son tableau un titre inspiré d'une citation de Pham Van Dong, Premier ministre de la République démocratique du Vietnam : « Il faut se battre pour préserver la production et il faut produire pour assurer la victoire au combat».
En prélude à un des grands ouvrages de Gilles Aillaud, L'encyclopédie de tous les animaux y compris les minéraux, une photo de l'auteur à dix ans, et des cahiers de la même époque où sa vocation s'affichait déjà...
En conclusion de ce billet :
L'ENCYCLOPEDIE DE TOUS LES ANIMAUX
Y COMPRIS LES MINERAUX
1988-2000
En 1988, Gilles Aillaud et l'éditeur Franck Bordas initient un vaste projet d'encyclopédie des animaux, clin d'œil au Comte de Buffon, intendant du Jardin du roi devenu Jardin des plantes où le jeune Aillaud a dessiné ses premiers animaux, et auteur, entre 1749 et 1789, d'une Histoire naturelle, générale et particulière en 36 volumes. Pour le second volume, réalisé au Kenya, Bordas crée pour Gilles Aillaud un véritable atelier de campagne, installant au cœur de la savane ses pierres lithographiques. Chaque jour, le peintre conçoit une image consacrée à un animal. L'écrivain Jean-Christophe Bailly qui les accompagne compose sur sa machine à écrire un texte pour chacune des lithographies. Deux autres recueils seront publiés en 1990 et 2000.
Jardin des serres d'Auteuil
Pour la trêve des confiseurs, entre deux expositions, un billet surtout photographique pour évoquer un jardin qui même en hiver offre au visiteur de belles scènes colorées et un dépaysement certain.
Comme l'indique le site de la ville de Paris, le jardin des Serres-d'Auteuil propose aux visiteurs un voyage insolite à travers l'espace et le temps. Il réunit tout à la fois l'élégance d'un jardin régulier, le charme d'une architecture de la fin du XIXe siècle, l'exotisme des plantes tropicales originaires de pays lointains et la richesse végétale d'un jardin botanique. Il fait partie, avec le parc de Bagatelle , le Parc Floral et l'Arboretum, du Jardin Botanique de Paris.
En entrant du côté de l'Orangerie, à proximité du stade Rolland-Garros,
on arrive aux serres "historiques", et notamment à la grande serre, la plus spectaculaire.
À l'intérieur, de vastes espaces de promenade (au chaud!)...
On y trouve une pièce d'eau très animée...
et une volière non moins peuplée.
Au hasard de la promenade...
Les autres serres historiques...
sont constituées de couloirs sur lesquels donnent des "chapelles" :
Au hasard des chapelles...
Les serres historiques sont réparties autour d'un jardin à la française...
Au hasard des jardins...
Le jardin a aussi permis au stade Roland-Garros de s'agrandir avec un court semi-enterré de 5000 places, le Simonne-Mathieu :
Le court est entouré sur ses quatre côtés de serres "modernes", moins pittoresques que les serres historiques, mais qui présentent d'aussi belles plantes, sur lesquelles nous terminerons ce billet.
Louis Janmot : Le Poème de l'âme
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Exposition un peu atypique au musée d'Orsay, consacrée à l'oeuvre d'un artiste sans doute inconnu de bien de nos lecteurs - et de l'auteur!
Commencé à Rome en 1835 et poursuivi jusqu’en 1881, Le Poème de l’âme est le grand œuvre de l’artiste lyonnais Louis Janmot (1814-1892), à la fois pictural et littéraire. Il illustre en 34 compositions accompagnées d’un long poème le parcours initiatique d’une âme sur la Terre. Formé de deux cycles respectivement composés de 18 peintures et de 16 grands dessins, il fut qualifié par Henri Focillon, directeur du musée des Beaux-Arts de Lyon de 1913 à 1924, « d’ensemble le plus remarquable, le plus cohérent et le plus étrange du spiritualisme romantique ».
Nous nous contenterons de son aspect graphique : tout au long de l'exposition, les alexandrins du poème, diffusés en sourdine par des enceintes, rythment la visite. Dans des cabinets attenant aux salles présentant les 34 compositions, des œuvres de Janmot et d'autres artistes en proposent un contexte.
Quelques éléments de contexte au début de l'exposition :
Louis Janmot :
La Famille de l'artiste, 1868, crayon graphite et rehauts de craie blanche sur papier
Autoportrait, 1832, huile sur toile
Eugène Delacroix (1798-1863) :
Faust cherchant à séduire Marguerite
L'Ombre de Marguerite apparaissant à Faust
1827, lithographies sur vélin
Paul Chenavard (1807-1895) : La Philosophie chrétienne, étude d'ensemble pour Divina Tragedia, vers 1865-1869, plume, encre brune et noire, lavis brun et peinture sur carton
Premier cycle
Les vingt années d’élaboration du premier cycle du Poème de l’âme auraient pu donner lieu à un ensemble stylistiquement très disparate. Il se dégage pourtant de cette série de dix-huit tableaux une grande cohérence visuelle. Les fonds évoquent des décors de théâtre devant lesquels les personnages se déplacent latéralement, comme sur une scène, renforçant de la sorte l’impression de continuité. Le peintre-poète raconte ainsi le parcours initiatique d’une âme, sous les traits d’un jeune garçon vêtu de rose que l’on voit grandir et évoluer de tableau en tableau. Sa quête existentielle passe par la rencontre avec son âme sœur – une jeune fille vêtue de blanc – qui, comme lui, aspire au ciel, à la pureté et à l’harmonie. On suit les étapes et les vicissitudes de leur parcours : naissance, petite enfance, éducation, amours naissantes et rêve d’idéal. L’apparente quiétude de cette première série, en contraste avec la seconde, est souvent contredite par des détails nichés dans les œuvres ainsi que par les poèmes en vers qui soulignent à chaque étape le caractère tragique du destin de l’âme.
I. Génération divine, vers 1844-1845, huile sur toile
II. Le Passage des âmes, vers 1838-1845, huile sur toile
III. L'Ange et la mère, vers 1836-1847, huile sur toile
IV. Le Printemps, vers 1850, huile sur toile
En contexte :
Maurice Denis (1870-1943) : L'Histoire de Psyché : enlèvement de Psyché, esquisse pour la décoration du salon de musique d'Ivan Morozov à Moscou, 1909, huile sur toile
Benjamin Spence (1822-1866) : Le Murmure de l'ange, vers 1857, marbre
Louis Janmot : Le Père Lacordaire, 1846, huile sur toile
William Blake (1757-1827) : Le Cercle des luxurieux, illustration pour la Divine Comédie de Dante, 1827, eau-forte et burin
V. Souvenir du ciel, vers 1835-1847, huile sur toile
VI. Le Toit paternel, vers 1848-1849, huile et tracé au crayon graphite sur toile
VII. Le Mauvais Sentier, 1850, huile et tracé au crayon graphite sur toile
VIII. Cauchemar, vers 1849-1850, huile et tracé au crayon graphite sur toile
IX. Le Grain de blé, 1851, huile sur toile
X. Première communion, 1850, huile et tracé au crayon graphite sur toile
XI. Virginitas, vers 1849-1852, huile sur toile
XII. L'Échelle d'or, 1850-1851, huile et tracé au crayon graphite sur toile
XIII. Rayons de soleil, vers 1854, huile sur toile
En contexte :
Alexandre Séon (1855-1917) : Le Récit, vers 1912, huile sur toile
Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867) : La Vierge adorant l'hostie, 1854, huile sur toile
Louis Janmot : La Sainte Famille, 1844-1867, huile sur bois et La Ronde, première version pour Rayons de soleil, vers 1844, huile sur toile
Edward Burne-Jones (1833-1898) :
L'Archange Chamuel, étude pour le décor de l'église San Paolo dentro le Mura à Rome, vers 1883-1884, plume et encre noire sur tracé au crayon graphite, aquarelle, gouache, pastel et rehauts d'or au pinceau sur carton
Princesse Sabra, 1865, huile sur toile
Joseph Fabisch (1812-1886) : Beatrix, 1854, marbre
XIV. Sur la montagne, vers 1851-1852, huile sur toile
XV. Un Soir, vers 1851-1852, huile sur toile
XVI. Le Vol de l'âme, vers 1852, huile sur toile
XVII. L'Idéal, vers 1850-1853, huile sur toile
XVIII. Réalité, vers 1851, huile sur toile
Second cycle
Pour le second cycle du Poème de l’âme, Janmot abandonne la peinture pour le dessin. Le fusain est associé à des rehauts colorés, sur des feuilles de dimensions similaires à celles des tableaux. L’atmosphère est plus sombre, ce qui est renforcé par le médium. Marqué par la perte de la femme qu’il aimait, le jeune homme affronte le désespoir. Il cherche une issue dans les plaisirs, cède à la tentation et au doute mais ne trouve que la souffrance. Une fin heureuse, mais ambiguë, marque l’aboutissement de ce parcours initiatique: il retrouve au ciel sa bien-aimée. Le ton pessimiste fait écho aux épreuves que Janmot rencontre lui-même dans sa vie personnelle. La tonalité est également plus politique, en phase avec l’évolution conservatrice des milieux catholiques des années 1860-1870.
I. Solitude, 1861, fusain et rehauts de craie blanche sur papier beige
II. L'Infini, 1861, fusain et rehauts de craie blanche sur papier beige
III. Rêve de feu, 1861, fusain et rehauts de craie blanche sur papier beige
IV. Amour, vers 1856-1861, fusain et rehauts de craie blanche sur papier beige
V. Adieu, 1861, fusain et rehauts de craie blanche sur papier beige
VI. Le Doute, 1861, fusain sur papier beige
VII. L'Esprit du mal, vers 1859-1861, fusain sur papier beige
VIII. L'Orgie, 1861, fusain, pierre noire, crayon graphite, rehauts de craie blanche et estompe sur papier beige
En contexte :
Joseph Guichard (1806-1880) : La Mauvaise Pensée, 1832, huile sur toile
Salvador Dali (1904-1989) : L'Ange de la mélancolie, illustration pour Aurélia de Gérard de Nerval, 1972, pointe sèche et eau-forte en couleurs
Odilon Redon (1840-1916) : Les Yeux clos, 1890, huile sur toile marouflée sur carton
Georges de Feure (1868-1943) : L'Abîme, 1893-1894, huile sur bois
Florentin Servan (1811-1879) : Madeleine au désert, 1852, huile sur toile
Paul Flandrin (1811-1902) : Pins maritimes à la villa Pamphilj, vers 1837, huile sur papier marouflé sur toile
Louis Janmot : Le Supplice de Mézence, 1865, huile sur toile
IX. Sans Dieu, vers 1866-1867, fusain et rehauts de gouache blanche et rose sur papier
X. Le Fantôme, 1867, fusain, lavis noir, rehauts de craie blanche et estompe sur papier bleu
XI. Chute fatale, vers 1871-1872, fusain, pierre noire, estompe, rehauts de craie blanche et de pastel sec et lavis noir sur papier bleu
XII. Le Supplice de Mézence, vers 1865-1877, fusain, rehauts de craie blanche, pastel et lavis noir sur papier bleu
Terminons ce billet avec les quatre derniers tableaux de cette seconde série :
XIII. Les Générations du mal, vers 1877-1879, fusain, pierre noire, estompe,
rehauts de craie blanche et pastel sec sur papier rose
XIV. Intercession maternelle, vers 1878-1879, fusain, pierre noire, lavis noir, rehauts de craie blanche et pastel sec sur papier rose
XV. La Délivrance ou Vision de l'avenir, 1872, fusain, pierre noire, rehauts
de craie blanche et pastel sur papier bleu avec mise au carreau
XVI. Sursum corda!, 1879, fusain, pierre noire, craie blanche et pastel sur papier rose
Azzedine Alaïa, couturier collectionneur
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Dix ans après la grande rétrospective consacrée au couturier au Palais Galliera, Azzedine Alaïa (1935-2017) est de nouveau mis en lumière à travers une exposition qui présente, pour la première fois, sa collection patrimoniale exceptionnelle qu’il a réunie au fil du temps.
Azzedine Alaïa était un grand virtuose de la coupe. Sa technicité lui venait de la profonde admiration qu’il avait pour les couturiers du passé et d’une longue pratique acquise auprès de ses clientes qu’il a habilement servies.
Alaïa était aussi un remarquable collectionneur. Il débute sa collection en 1968, à la fermeture de la maison Balenciaga dont il récupère de précieuses pièces. Captivé par l’étude des créations haute couture du maître espagnol, il développe, dès lors, une passion pour l’histoire de sa propre discipline.
Alaïa a réuni plus de 20 000 pièces témoins de l’art de ses prédécesseurs, depuis la naissance de la haute couture à la fin du XIXe siècle jusqu’à certains de ses contemporains. Il est ainsi le plus grand collectionneur de pièces de couturiers parmi les plus prestigieux : Worth, Jeanne Lanvin, Jean Patou, Cristóbal Balenciaga, Madame Grès, Paul Poiret, Gabrielle Chanel, Madeleine Vionnet, Elsa Schiaparelli, ou encore Christian Dior... Réunissant près de 140 pièces parmi les plus exceptionnelles, le parcours de l’exposition retrace l’histoire de cette inestimable collection qu’Alaïa a constituée dans le plus grand secret et qui n’a jamais été dévoilée de son vivant, en France comme à l’international.
Cristóbal Balenciaga (1895-1972) : robes de la fin des années 1940 au début des années 1960
Charles James (1906-1978) : robes de 1947
Adrian Adolph Greenberg, dit Adrian (1903-1959) surtout connu comme costumier de cinéma : À la recherche du glamour hollywoodien
Marie-Louise Jeanne Carmen de Tommaso, dite Carven (1909-2015)
MAD CARPENTIER, maison fondée en 1940 par Madeleine Maltézos et Adèle Carpentier et qui ferma en 1957
Claire McCardell (1905–1958 ), créatrice américaine active entre 1940 et 1958
Les modèles, œuvres des créatrices Carven, Mad Carpentier et McCardell, sont exposés ici pour leur communauté d'esprit pratique et d'époque, sous le titre Mademoiselle de Paris
MADAME GRÈS
Connue pour ses créations sous le nom d'Alix en 1934, Germaine Émilie Krebs, dite Grès (1903-1993), fonda en 1942 la maison Grès, anagramme du prénom de son mari Serge. Des années 1930 aux débuts des années 1980, Madame Grès édifia une œuvre intemporelle, faite de robes drapées à l'antique, de plissés savants et de volumes découpés et aériens.
MADELEINE VIONNET
La technique à l'œuvre
Dans les années 1980, Azzedine Alaïa fit beaucoup pour la reconnaissance et l'appréciation de Madeleine Vionnet (1876-1975), couturière des années 1920 et 1930, dont seuls se souvenaient quelques historiens.
GABRIELLE CHANEL
L'épure en élégance
Mademoiselle Chanel (1883-1971) a inversé le cours solennel de l'histoire de la mode à deux reprises. En 1926, sa petite robe noire est un manifeste radical qui renvoie les couturiers ampoulés au rang des souvenirs. En 1954, son tailleur en tweed oriente la mode vers un futur définitif. Alaïa reconnaissait en Chanel une visionnaire géniale, une précurseure sans équivalent qui sut édifier un style au-delà des modes.
ELSA SCHIAPARELLI
L'art de l'ornement
Dans les années 1930, Elsa Schiaparelli (1890-1973) fut considérée comme la plus surréaliste de toutes les couturières. Son goût de la provocation et de l'insolite la conduisit à faire d'une chaussure un chapeau (1937) et à collaborer avec Salvador Dalí à la création de motifs imprimés inédits.
PAUL POIRET
Un couturier en affection
Paul Poiret (1879-1944) occupe une place de choix dans les collections rassemblées par Alaïa. Ses créations des années 1910, qui libèrent les femmes du corset et s'inspirent de la mode Empire, celles des années 1920, où résonne l'exotisme à la mode, côtoient des vêtements d'enfant et des pièces textiles.
BUSVINE, JACQUES GRIFFE, BRUYÈRE, CHARLES JAMES
Manteaux, un sujet d'étude permanent
Azzedine Alaïa était célèbre pour la qualité de ses manteaux et tailleurs. Toute sa vie durant, il collecta non seulement les robes du soir qui le fascinaient, mais aussi les manteaux de jour qui pouvaient l'instruire sur les variations d'un thème vestimentaire. Les tenues d'amazone comme celle de la maison Busvine (1881-1951), les manteaux architecturés de Charles James (1906-1978), Marie-Louise Bruyère (1884-1959) ou Jacques Griffe (1909-1996) nourrissaient cette passion pour les ensembles de jour.
CHARLES FREDERICK WORTH, JOHN REDFERN, JACQUES DOUCET
Aux origines de la haute couture
Si Alaia collectionnait notablement les créations de mode du XXe siècle, il fut aussi attentif aux pères fondateurs de la haute couture. Soucieux que sa collection patrimoniale reflète au plus près les évolutions des modes, il eut à cœur de préserver les griffes anciennes incontournables :
Charles Frederick Worth (1825-1895), qui avait inventé à la fin du XIXe siècle le système de la mode avec le principe des défilés, le renouvellement des collections saisonnières et le statut même du couturier, créateur inspiré
John Redfern (1853-1929), dont les tailleurs de plein air et de sport ont inventé une silhouette
Jacques Doucet (1853-1929), qui forma Paul Poiret (1898-1901) et eut Madeleine Vionnet parmi ses assistantes.
JENNY, BOUÉ Sœurs, Jeanne PAQUIN
Jeanne Sacerdote, dite Jenny (1872-1962), formée chez Paquin, inaugure sa maison en 1909
Sylvie Montégut (1872- 1953) et la baronne Jeanne d’Étreillis (1876- 1957), connues comme les sœurs Boué, créent leur maison de couture en 1899. La maison, qui fermera en 1935, est appréciée pour l’emploi des dentelles, des rubans de couleur, des broderies et des passementeries qu’elles parsèment sur les tissus or ou argent
Jeanne Paquin (1869-1936) créé sa maison de mode en 1891 rue de la Paix, à Paris. Elle surprend par ses intuitions commerciales hors du commun, multipliant les succursales dans le monde.
MYRBOR, Mariano FORTUNY, CALLOTS sœurs, André LENIEF
Maison de mode, de tapis et de décoration fondée en 1922 par Marie Cuttoli (1879-1973), Myrbor est à l’origine de la création de robes rares et recherchées dont certaines furent imaginées par Natalia Goncharova.
Au début des années 1910, Mariano Fortuny (1871-1949) séduit une clientèle nouvelle et raffinée.
Les quatre sœurs Callot – Marie Gerber (1857- 1927), Marthe Bertrand, Regina Tennyson-Chantrell et Joséphine Crimont – avaient le goût pour la dentelle, la passementerie et les tissus anciens. Madeleine Vionnet avait travaillé au sein de la maison Callot (1895-1954) en qualité de première.
Les créations de Lenief (1890- ?) attestent d’un grand raffinement et d’un sens de la dramaturgie. Son style se situe à la suite de Paul Poiret, chez qui il fut modéliste deux années.
Jeanne LANVIN
Un exemple d'élégance
Depuis 1885, Jeanne Lanvin (1867-1946) a développé un style de création intemporel où les lignes sobres privilégient la retenue à l’exubérance. Le travail de surpiqûre et de broderie qui caractérise certains de ses modèles se devine sans s’imposer. Les tissus raffinés, les couleurs modérées favorisent l’épanouissement des formes simples. Jeanne Lanvin brille dans les années 1910 et 1920, qu’elle gratifie de l’invention de la « robe de style », dont les jupes amples jusqu’à l’excès, réminiscence des paniers du XVIIIe siècle, sont une alternative aux robes tout en verticalité de l’époque. Dans les années 1930, elle surpasse ses contemporains par des robes longues du soir, noires et ivoire, aux coupes majestueuses. Grand admirateur, Alaïa possède plusieurs centaines de modèles de Jeanne Lanvin.
Jean PATOU
Un couturier visionnaire
Jean Patou (1887-1936) s’installe rue Saint-Florentin, à Paris, en 1914
et séduit d’emblée par une mode aussi sophistiquée le soir qu’elle est
pragmatique le jour. Des Années folles aux années 1930,
ses robes courtes ou longues du soir sont l’expression ultime de la mode
française ; il brille sur les cours en habillant la joueuse de tennis Suzanne Lenglen.
JACQUES FATH, CHRISTIAN DIOR
Les maîtres des années 1950
On oppose souvent Christian Dior et Jacques Fath, mais leur style partage une communauté d'esprit.
L'influence de Jacques Fath (1912-1954) sur l'histoire de la haute couture après-guerre est déterminante. Depuis la création de sa maison de mode en 1936, ses idées devancent souvent de plusieurs saisons celles de ses contemporains.
En moins de dix années, entre la création de sa maison en 1947 et son décès soudain en 1957, Christian Dior (1905-1957) bouleverse l'histoire de la mode. Ses collections, depuis la révolution New Look, impriment à la silhouette de la femme des formes nouvelles : tailles étranglées, jupes épanouies, hanches développées et épaules marquées.
Pour ne pas lasser le lecteur, mais ne pas le priver de belles photos, pêle-mêle : Jacques Griffe (1909-1996), Pierre Balmain (1914-1982), Jean Dessès (1904-1970), Hubert de Givenchy (1927-2018), Yves Saint Laurent (1936-2008), André Courrèges (1923-2016), Pierre Cardin (1922-2020), Rudi Gernreich (1922-1985), Nina Ricci, née Maria Nielli (1883-1970), Edward Molyneux (1891-1974), et d'autres.
L'exposition se termine par des œuvres des créateurs contemporains d'Azzedine Alaïa.
Thierry Mugler (1945-2022), pour qui il avait réalisé une série de smokings applaudie en 1979 et qui l’avait encouragé à ses débuts, est particulièrement illustré dans la collection. Jean-Paul Gaultier (1952) l’est autant par des modèles iconoclastes et rares, de prêt-à-porter ou de haute couture. John Galliano (1960) et Vivienne Westwood (1941-2022), dont il avait accueilli les défilés chez lui, rue de la Verrerie, sont également richement représentés. Ce fonds contemporain se distingue aussi par les modèles de Nicolas Ghesquière (1971), avec qui il partageait une réciprocité de création et une amitié sincère.
Les créateurs japonais sont sans doute les plus représentés dans sa collection : il n’était pas rare de voir Azzedine Alaïa au premier rang de leurs défilés : Issey Miyake (1938-2022), Yohji Yamamoto (1943), Rei Kawakubo (1942) chez Comme des Garçons, Junya Watanabe (1961).
Une journée à Munich
Continuons l'alternance entre expositions parisiennes et tourisme avec un dernier billet sur les vacances de Toussaint. Faute d'avoir le temps d'aller jusqu'à Vienne, nous nous sommes plus modestement arrêtés à Munich : à défaut de capitale impériale, celle de l'État libre de Bavière (Freistaat Bayern), fédéré au sein du Reich puis de la République fédérale d'Allemagne depuis l'abdication de son dernier roi, Louis III, le 13 novembre 1918.
Commençons avec quelques images de la ville, comme les tours de la Frauenkirche, la cathédrale Notre-Dame construite de 1468 à 1525, aux tours jumelles de 99 m de haut. Ses tours caractéristiques de nuit, et de jour depuis l'ancien jardin botanique.
Au hasard des rues en ce jour ensoleillé de Toussaint, autour de l'imposant palais de justice
Le Propylée, porte monumentale située au fond de la Königsplatz, inaugurée en 1862, commémorant l'élection du prince Othon de Bavière au trône de Grèce en 1832.
Autre porte d'un autre style et d'une autre époque, Sendlinger Tor, construite entre 1285 et 1347
La place de l'Odéon, avec la Theatinerkirche et la Feldherrnhalle qui rappelle la Loggia dei Lanzi de la place de la Seigneurie à Florence...
Au milieu du Hofgarten, jardin du palais de la Résidence des rois de Bavière, le temple de Diane et ses fontaines de rocaille
La chancellerie, siège du gouvernement de l'État bavarois, longé par un petit canal
canal qui débouche sur le Jardin anglais, oasis de verdure de 375 hectares au coeur de la cité.
À l'ouest de la ville, à l'extrémité d'un très long canal, le château de Nymphenburg, résidence d’été des princes-électeurs puis rois de Bavière de la maison de Wittelsbach. Construit à partir de 1664 à l’écart de la ville de l’époque, le palais, avec son parc de 180 hectares et une largeur totale de 632 mètres dépasse en taille le château de Versailles, dont la construction était contemporaine.
Le bâtiment central, côté ville et côté jardin (cherchez la différence...)
L'escalier côté jardin et ses lanternes monumentales
L'empaquetage hivernal de toutes les statues du parc lui retire un peu de sa majesté
mais le charme de la promenade est indéniable
Le parc est parsemé de folies, comme le Pagodenburg, pavillon de thé construit entre 1716 et 1719.
Terminons ce patchwork d'images de Munich avec un aperçu d'une des gloires de la ville, l’Alte Pinakothek (Ancienne Pinacothèque) dont les galeries sont essentiellement consacrées à l'art européen du XIIIe au XVIIIe siècle. L’Alte Pinakothek forme avec la Neue Pinakothek (XVIIIe – XIXe siècles) et la Pinakothek der Moderne (XXe siècle) un gigantesque complexe muséographique.
Commençons naturellement avec des maîtres allemands : Albrecht Dürer (1471-1528)
Hans Baldung-Grien (1484/85-1545)
Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553)
Hans Wertinger (1466-1533)
Albrecht Althofer (1482/85-1538)
Mathias Grünewald (1475/80-1528)
et le maître de la vie de Marie (actif vers 1460-1460)
Les maîtres italiens sont également très bien représentés : Raphaël, Léonard de Vinci, Boticelli, Le Tintoret
Deux tableaux de Fra Filippo Lippi, un de Fra Bartolommeo
Des flamands, avec Rogier van der Weyden, Pieter Brueghel l'Ancien, Jan Brueghel l'Ancien, Hendrik Goltzius, Jacob Jordaens,
Terminons cet aperçu des collections de l'Alte Pinakothek avec un Poussin, un Murillo, deux Canaletto et un Guardi
La Neue Pinakothek étant fermée pour rénovation, la pinacothèque ancienne abrite aussi en ce moment des œuvres plus récentes. Nous terminerons ce billet avec quelques-uns de ces tableaux.
Des peintres allemands :
Friedrich Overbeck (1789-1869) : Italia et Germania, 1828
Carl Schuch (1846-1903) : Nature morte avec pommes, verre de vin et pot d'étain, vers 1876
Max Liebermann (1847-1935) : Jardin de bière à Munich, 1884, et Femme avec chèvres dans les dunes, 1890
Max Slevogt (1868-1932) : Feierstunde, 1900
Au passage, plus international :
Thomas Lawrence, Francisco de Goya, Gustav Klimt, Ferdinand Hodler, Édouard Manet
Trois Cézanne,
Deux Gauguin,
Des Van Gogh
et pour conclure en faisant la transition avec notre dernier billet du 25 novembre, un tableau qui aurait pu figurer dans l'exposition d'Orsay : Plaine près d'Auvers, 1890.
Van Gogh à Auvers-sur-Oise - Les derniers mois
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Exposition exceptionnelle au musée d'Orsay cet automne, la première consacrée exclusivement à la dernière période de sa vie, entre son arrivée à Auvers-sur-Oise le 20 mai 1890 et sa mort le 29 juillet suite à une tentative de suicide.
En deux mois, le peintre a produit 74 tableaux et 33 dessins, parmi lesquels des œuvres iconiques comme Le Dr Gachet, L’Église d’Auvers-sur-Oise, ou encore Champ de blé aux corbeaux. L'exposition présente une cinquantaine de tableaux et une vingtaine de dessins réalisés dans ce village où Van Gogh est venu en sortant de l'asile de Saint-Rémy-de-Provence pour se rapprocher de Paris et de son frère Theo et pour trouver un nouvel élan créatif.
Le choix d’Auvers tient à la présence du Dr Gachet, médecin spécialisé dans le traitement de la mélancolie, et par ailleurs ami des impressionnistes, collectionneur et peintre amateur.
À l'entrée de l'exposition, deux tableaux antérieurs à son séjour
- un Autoportrait exécuté en septembre 1889 à Saint-Rémy, l'avant-dernier de se 35 autoportraits, qu'il emporte à Auvers avec quelques autres toiles
- une Pietà d'après Delacroix, peinte aussi à Saint-Rémy en septembre 1889 d'après une gravure, qui plaça dans sa chambre à Auvers
Dans la même salle, un des deux portraits du docteur Gachet (6-7 juin 1890) qu'il réalisa peu après son arrivée, et Les Vaches (d'après Jordaens), exercice d'interprétation d'après une gravure, comme Van Gogh aime en faire depuis son internement à Saint-Rémy. La composition reprend une gravure de 1873 par Gachet d'après une peinture de Jacob Jordaens (1593-1678). Van Gogh l'offre à son hôte. Il l'exécute rapidement, conserve les maladresses de dessin de son modèle, et lui donne des couleurs audacieuses, animées par une touche enlevée. Il y ajoute le motif du corbeau et des fleurs.
Un cabinet attenant présente des œuvres du docteur Paul Gachet, lui-même graveur, qui signait ses œuvres sous le nom de Paul Van Ryssel, pseudonyme faisant allusion à ses origines flamandes.
Van Gogh s'initia à la gravure avec lui : de lui, ce Portrait du docteur Gachet, vers le 10 juin 1890, eau-forte, plume et encre sur papier
De Paul van Ryssel (Paul Gachet) : Hirondelle, 1886, eau-forte, et Mme Gachet au piano, 1873, eau-forte, aquarelle
Adoptant un principe de présentation thématique, l'exposition se poursuit par les premiers paysages figurant le village sous la citation du peintre Auvers est gravement beau…
À son arrivée, Van Gogh se dit charmé par le village et son environnement. Comme le lui a recommandé le Dr Gachet, il se « jette dans le travail », pour se « distraire », oublier son mal et la menace d’une récidive. Installé à l’auberge Ravoux, au centre du village, il va peindre dans un rayon limité
et s’attache à toutes sortes de sujets, interprétant librement la réalité des lieux.
Bords de l'Oise à Auvers-sur-Oise, seconde moitié de juin1890, huile sur toile
La Maison du père Pilon, 25-26 mai 1890, huile sur toile
Ferme, fin mai - mi -juin 1890, huile sur toile
Un escalier à Auvers-sur-Oise, fin mai - mi -juin 1890, huile sur toile
L'Oise à Auvers-sur-Oise, juin1890, mine de plomb, plume et encre, aquarelle et huile sur papier vergé
La Ferme du père Éloi, juin1890, mine de plomb, plume de roseau et encre sur papier vergé
Impasse avec maisons, 1890, mine de plomb sur papier vergé
Paysage avec maisons, 1890, mine de plomb, plume et encre, aquarelle et huile sur papier vergé
Rue de village, 1890, mine de plomb sur papier vergé
L'Église d'Auvers-sur-Oise, 4-5 juin1890, huile sur toile
Deux tableaux intitulés Maisons à Auvers-sur-Oise, 9-10 juin1890, huile sur toile
Chaumes de Cordeville à Auvers-sur-Oise, fin mai - début juin1890, huile sur toile
Fermes à Auvers-sur-Oise, fin mai - début juin1890, huile sur toile
Champ près d'Auvers-sur-Oise, fin mai - début juin1890, huile sur toile
Deux tableaux intitulés Vue d'Auvers-sur-Oise, fin mai - mi juin1890, huile sur toile
Jardin à Auvers-sur-Oise, 18-20 juin 1890, huile sur toile
Le tableau représente une vue du jardin du peintre Daubigny, auquel Van Gogh a consacré quatre toiles.
Mademoiselle Gachet dans son jardin, 31 mai -1er juin1890, huile sur toile
Marronniers en fleurs, fin mai 1890, huile sur toile
Dans le jardin du Dr Gachet, 27 mai 1890, huile sur toile
Le portrait moderne
Peindre les gens est « la seule chose en peinture qui m’émeut le plus profondément et me fait ressentir l’infini, plus que toute autre chose ».
Mais à Auvers comme auparavant, Van Gogh peine à trouver des modèles, sinon dans son entourage immédiat : Gachet, sa fille Marguerite, la fille de son aubergiste, Adeline Ravoux, des enfants...
Il déploie dans ces portraits des expérimentations plastiques parfois étonnantes, par le format carré, les fonds tramés, des jeux de couleur ton sur ton, un dessin simplifié à l’extrême.
Deux fillettes, juin - début juillet 1890, huile sur toile
Portrait de jeune femme, 24-29 juin 1890, huile sur toile
Adeline Ravoux, 24-29 juin 1890, huile sur toile
Adeline Ravoux, 22 juin 1890, huile sur toile
Bouquets et études de plantes
À Auvers, Van Gogh peint 9 natures mortes de fleurs, dans l’intention probable de les vendre ou de les donner. Leur production s’étend de son arrivée, mi-mai, à la mi-juin. Plusieurs sont exécutées chez le Dr Gachet, à son intention, et dialoguent avec des tableaux de sa collection, ceux de Cézanne notamment.
Tous ces bouquets frappent par l’audace d’une touche manifeste, une composition très simple jouant sur la géométrie de la table et des vases, et des arrangements de fleurs champêtres sans apprêt.
Épis de blé, 17 juin 1890, huile sur torchon
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Cette étude d'épis de blés, vus en plongée de façon à former un motif sans espace, a servi de fond à deux portraits peints par Van Gogh d'une jeune paysanne coiffée d'un chapeau de paille, dont la robe blanc-rose offre la couleur complémentaire au vert pâle. Le blé y forme une sorte d'arrière-plan décoratif, comme dans une tapisserie médiévale au motif « mille fleurs »
Branches d'acacia en fleur, 7 juin 1890, huile sur toile
Vases aux fleurs, première moitié de juin 1890, huile sur toile
Verre avec oeillets, première moitié de juin 1890, huile sur toile
Roses et renoncules, vers le Ier - 3 juin1890, huile sur toile
Ce tableau est très révélateur du désaccord chromatique provoqué par la décoloration de la laque rouge, à base d'éosine, qui se dégrade à la lumière. Les renoncules bleues étaient violettes, et le fond, plus mauve. Néanmoins, la composition sophistiquée de la toile conserve toute sa force. Elle inscrit en effet dans un strict carré un bouillonnement de rondeurs qui contrastent avec les diagonales fortes de la table et du vase japonisant.
Le vase en grès avec couverte céladon, qui appartenait au docteur Gachet, est présenté à côté du tableau où il a servi de modèle.
Études graphiques
À peine arrivé à Auvers, plein d’une énergie retrouvée, Van Gogh réclame du
papier à Theo. Il se lance dans des expérimentations de dessins rehaussés
au pinceau d’une huile bleue, mélangés d’aquarelle, sur des papiers gris-bleu
ou rosé. La plume et l’encre s’y mêlent à la craie noire, bleue ou brune, ou au crayon. Il multiplie des essais, d’étonnants griffonnages et des notations fugaces aux résultats éblouissants de vivacité.
Avec ces dessins, Van Gogh s’occupe entre deux tableaux, comme pour conjurer une peur du vide ou d’une crise toujours menaçante.
Marguerite Gachet au piano, craie sur papier vergé
Deux paysannes dans les champs, craie sur papier vergé
Paysan avec une faux, craie sur papier vergé gris-bleu
Paysage avec des paysannes récoltant, craie sur papier vergé
Paysage avec des paysans récoltant, craie sur papier vergé
Intérieur avec tables et chaises et un croquis de "La Chambre", mine de plomb sur papier
Femme élégante, de dos, portant une robe à carreaux, fusain sur papier quadrillé et mine de plomb sur papier
Tête de jeune homme coiffé d'un grand chapeau, fusain sur papier quadrillé et mine de plomb sur papier
Paysage avec maisons et une femme au travail, craie noire et craie blanche, pastel bleu, plume de roseau et pinceau avec encre sur papier vergé
Deux femmes à travers champs, vers le 1er juillet 1890, huile sur papier
Cette étude de paysage est atypique dans la production d'Auvers, qui compte peu de figures. Peinte sur une grande feuille de papier, elle mêle technique graphique et peinture, et prépare sans doute une toile au format double carré
Champ de blé avec gerbes, craie noire et pinceau avec encre sur papier vergé
De la pleine campagne caractéristique et pittoresque…
Sur les 74 toiles peintes à Auvers, environ 20 sont consacrées à des paysages « naturels », sans maisons ou presque, nombre d’entre eux réalisés sur le plateau au-dessus du village. La plupart sont peintes durant la seconde partie du séjour de Van Gogh. Ces vues de champs, où se juxtaposent parcelles de céréales, choux, luzerne ou pommes de terre, sont rarement accompagnées de figures d’ouvriers agricoles, alors qu’ils devaient être nombreux en cette saison. C’est probablement, chez Van Gogh, un signe du désir d’exprimer son sentiment de solitude.
Champs de blé avec moissonneur, mi-juillet 1890, huile sur toile
Champ de coquelicots, 14 juin 1890, huile sur toile
Vignes à Auvers-sur-Oise, vers le 12 juin 1890, huile sur toile
Champ de blé avec bleuets, mi-juin 1890, huile sur toile
Maison à Auvers-sur-Oise, vers le 11 juin 1890, huile sur toile
Les Champs, 11 juillet 1890, huile sur toile
Cette toile lumineuse, dominée par la triade des primaires rouge-jaune-bleu, et aux couleurs inhabituellement vives et chaudes pour la période d'Auvers, est pourtant l'un des derniers paysages de l'artiste.
Terminons ce billet par sans doute le plus beau :
Les formats en double carré
Parmi les 74 tableaux peints à Auvers se distinguent 13 toiles au format
« double carré », d’un format allongé de 50 cm sur 1 m, unique dans l’oeuvre de Van Gogh. L’exposition rassemble pour la première fois 11 de ces œuvres.
Cet ensemble est d’autant plus significatif qu’il s’agit d’un format choisi par l’artiste et non d’un format commercial, et qu’il comprend ses 3 derniers tableaux. Leur réalisation s’étale sur un peu plus d’un mois, entre le 20 juin et la mort du peintre : il ne s’agit pas d’une série peinte dans un jet créatif, mais d’une recherche pensée, reprise, approfondie.
Ces toiles révèlent assurément des explorations plastiques d’une grande liberté, d’un artiste au seuil d’une « nouvelle peinture ».
Champs de blé près d'Auvers-sur-Oise, 20-22 juin 1890, huile sur toile
Pluie - Auvers-sur-Oise, 18 juillet 1890, huile sur toile
Champs aux meules de blé, juillet 1890, huile sur toile
Gerbes de blé, mi-juillet 1890, huile sur toile
Racines d'arbres, 27 juillet 1890, huile sur toile
Andries Bonger, beau-frère de Theo, mentionne ce tableau comme le dernier de Van Gogh. Cet entrelacs de racines dénudées, cadré très près comme un gros plan de photographe, présente une composition presque abstraite. Paradoxalement, c'est aussi l'image que l'on peut associer le plus directement à un motif réel récemment identifié. Ce sujet, peint le jour même du suicide, porte de toute évidence une charge symbolique : « ma vie à moi aussi est attaquée à la racine même », écrivait-il le 10 juillet.
Sous-bois avec deux personnages, 20-22 juin 1890, huile sur toile
Paysage au crépuscule, 20-22 juin 1890, huile sur toile
Champ de blé aux corbeaux, 8 juillet 1890, huile sur toile
Champ de blé sous des nuages d'orage, 9 juillet 1890, huile sur toile
Fermes près d'Auvers-sur-Oise, 25-26 juillet 1890, huile sur toile
Le Jardin de Daubigny, vers le 10 juillet 1890, huile sur toile
Le long du Rhin
Entre deux expositions parisiennes, un billet de cartes postales de vacances de la Toussaint, avec pour fil conducteur le Rhin.
Commençons par Strasbourg :
D'un pont sur l'Ill, à droite l'ancienne commanderie Saint-Jean, qui abrita une prison de la fin du XVIIIe siècle à 1988, puis, à partir de 1993, l'École Nationale d'Administration, puis l'Institut national du service public qui l'a remplacée ; au fond, le Barrage Vauban, pont-écluse construit de 1681 à 1688 par l'ingénieur Jean Tarade (1640-1722) sur les plans de Vauban.
Nous empruntons les ponts-couverts, ensemble de trois ponts enjambant l'Ill. Entre les XIIIe et XVIIIe siècles, il y avait à cet endroit quatre ponts couverts. Les ponts actuels ne sont plus couverts mais en ont conservé le nom. Ils sont jalonnés par quatre tours fortifiées — cinq à l'origine. Ils offrent de belles vues sur le quartier de la Petite France, avec au loin la cathédrale.
C'est depuis la terrasse qui surplombe le barrage Vauban que la vue sur les ponts-couverts et leurs tours est la plus belle.
Au bout de la terrasse, on surplombe la commanderie Saint-Jean.
À l'intérieur, du barrage, un passage public
où on peut voir le mécanisme des portes qui étaient prévues pour être fermées pour inonder la campagne en amont et protéger la ville.
Dans le passage sont exposés des statues et des moulages en plâtre des statues de la cathédrale.
Entre les ponts-couverts et la Petite France...
Au cœur de la Petite France...
La nuit est tombée lorsque nous arrivons à la cathédrale
Sur la place qui flanque la cathédrale au sud, les pignons jumeaux du musée de l'Œuvre Notre-Dame, l'entrée plongée dans l'obscurité du palais Rohan, construit entre 1732 et 1742 par l'architecte Robert de Cotte pour le prince-évêque Armand-Gaston-Maximilien de Rohan, pour remplacer le précédent palais épiscopal, et qui abrite à présent trois musées.
En revanche, la majestueuse façade sud, au bord de l'Ill, bénéficie d'un bel éclairage.
Terminons cette promenade place Broglie avec l'hôtel de ville, édifié pour le comte Régnier III de Hanau-Lichtenberg, entre 1731 et 1736 selon des plans élaborés par le même Robert de Cotte, premier architecte du roi. C'est en 1806 que s'y établit la municipalité de Strasbourg.
Sur la même place, l'Opéra national du Rhin, édifié entre 1804 et 1821 par l'architecte Nicolas Jean Villot (1782-1857).
Remontons le Rhin jusqu'à Bâle, avec son hôtel de ville, qui n'abrite pas sa municipalité, puisque Bâle n'en possède pas, mais l'exécutif du canton suisse de Bâle-Ville, c'est à dire son Conseil d'Etat et son Grand Conseil.
Sa cour, toute enluminée, dominée par la statue de Lucius Munatius Plancus (87 av. JC-15 ap. JC), proconsul de Gaule en 43 av. JC, réalisée en 1580 par Hans Michel.
Quelques détails
En traversant le Rhin sur le Mittlere Brücke (le plus vieux pont rhénan entre le lac de Constance et la mer du Nord)
une promenade le long de la rive droite
d'où l'on découvre la vielle ville, sur les hauteurs qui dominent la rive gauche, avec la cathédrale protestante Notre-Dame, et un petit bac qui traverse le fleuve.
Nous repassons le Rhin sur le pont Wettstein pour atteindre la vieille ville
avec ses maisons bourgeoise anciennes dont beaucoup accueillent les ministères du canton.
On peut déambuler dans le cloître aux cours multiples de la cathédrale...
où on peut faire d'étranges découvertes, comme ces sculptures en bronze Markttisch (étal de marché) de Bettina Eichin (née en 1942 à Berne). Commandées en 1986 par la société pharmaceutique Sandoz pour célébrer son 100ème anniversaire, elles devaient être placés à l'origine sur la Marktplatz.
Nous débouchons sur un petit square qui domine le Rhin, la rive droite, le Mittlere Brücke.
À cette époque de l'année, une grande fête foraine envahit le cœur de la vieille ville
jusqu'à la nuit tombée
Quittons Bâle avec quelques images du charmant quartier du Lohnhof
En continuant à remonter le Rhin, un coup d'œil à la spectaculaire chute du Rhin, à Schaffhouse
Terminons ce billet au bord du lac de Constance, où au milieu du vignoble qui domine le lac...
...se dresse la basilique de Birnau, église priorale de style rococo construite entre 1747 et 1750 par l’architecte autrichien Peter Thumb, pour l’abbaye impériale de Salem.
Chagall à l'œuvre : dessins, céramiques et sculptures 1945-1970
À l'intérieur même du Musée national d'art moderne, au centre Pompidou, une exposition de taille modeste mais très riche réunit un ensemble d'œuvres entrées en collection en 2022 grâce à la générosité de Bella et Meret Meyer. Cent-vingt-sept dessins, cinq céramiques et sept sculptures de Marc Chagall sont venus enrichir la collection du Centre Pompidou, l'une des plus représentatives et des plus importantes de l’œuvre de l'artiste, surtout pour les œuvres d’avant-guerre.
Ces dons ont été constitués autour de trois thématiques : les dessins préparatoires aux costumes et rideaux de scène du ballet l’Oiseau de feu d’Igor Stravinsky repris par le Ballet Theater de New York en 1945, les esquisses et maquettes pour la décoration du plafond de l’Opéra commandée à l’artiste en 1962, ainsi qu’un ensemble de céramiques, collages et sculptures réalisés des années 1950 à l’aube des années 1970.
Costumes et rideaux de scène
Nous présentons une trentaine de dessins réalisés en 1945 pour les costumes d'une représentation du ballet de l'Oiseau de feu, en donnant quelques-uns des titres.
Princesse en robe mauve, gouache et mine graphite sur papier
Une princesse au feuillage jaune, gouache, encre et mine graphite sur papier
Un garde avec chapeau tête de coq, gouache, mine graphite et pastel sur papier
Princesse à la jupe fleurie, pastel et mine graphite sur papier
Une paysanne sur fond bleu, gouache, pastel et mine graphite sur papier
Personnage ailé, gouache, encre et mine graphite sur papier
Monstre à tête d'âne, gouache et mine graphite sur papier
La Chasse, gouache et mine graphite sur papier, doublé sur papier Japon
Jeune garçon tenant un arbre, gouache et mine graphite, doublé sur papier Japon
Un garde au drapeau, gouache, pastel et mine graphite sur papier
Un garde au drapeau, gouache et mine graphite sur papier
Paysan portant un gâteau d'anniversaire, aquarelle, gouache et mine graphite sur papier
Maquette de costume sur fond rose, gouache, mine graphique et pastel sur papier
Princesse rouge, gouache, mine graphique et papier collé sur papier
Femme avec enfant, gouache et mine graphite sur papier
Costumes de l'oiseau de feu et d'une princesse au voile rouge, gouache, encre, mine graphite et pastel sur papier
Danseuse violette, gouache, encre de Chine et pastel sur papier
Un démon, gouache, crayon et papier collé sur papier
Le monstre jaune au double profil, Encre de Chine, aquarelle, crayon et gouache sur papier
Musicien à la cymbale, gouache, pastel, encre de Chine et mine graphite sur papier
Homme à la cruche, gouache, mine graphite et encre de couleur de papier
Des réalisations pour divers spectacles :
Danseuse ailée, 1945, gouache, aquarelle, mine graphite, peinture métallique et collage de papier métallique sur papier
Danseuse au voile, 1945, gouache, aquarelle et mine de plomb sur papier
Masque du coq pour le ballet Aleko, 1942, textile et papier mâché sur armature
Masque de renard pour le ballet Aleko, scène III, 1942, papier mâché sur armature
Projet pour le rideau d'une scène de L'Oiseau de feu, 1945, gouache sur papier
Maquette pour le rideau de scène de l'acte III: La Fête du mariage, 1945, gouache et mine graphite sur papier
Trois maquettes de décors de scène, 1945, gouache et mine graphite sur papier avec mise au carreau
Princesse en robe de couleurs, 1945, gouache, pastel et mine graphite sur papier
Maquette de costume pour «L'Oiseau de feu»: une princesse, 1945, gouache, encre de couleur et mine graphite sur papier collé sur carton
Trois maquettes pour le rideau de scène de «L'Oiseau de feu», 1945, gouache et mine graphite sur papier
Maquette pour la toile de fond de l'acte II: Le Palais enchanté, 1945, gouache, collage de papiers métalliques et mine graphite sur papier
Maquette pour le rideau de scène de l'acte I: La Forêt enchantée, 1945, gouache, mine graphite et peinture métallique sur papier
Deux maquettes de décors de scène, 1945, gouache et mine graphite sur papier avec mise au carreau
Maquette pour la toile de fond de scène : l'Oiseau de feu, 1945, gouache, encre de Chine, pastel, crayon de couleur et collage de papier doré sur papier contrecollé sur carton
La décoration du plafond de l’Opéra
Durant l'été 1962, André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, propose à son ami Marc Chagall de réaliser une décoration pour le plafond de l'Opéra du Palais Garnier qui remplacera celle d'origine, peinte par Jules-Eugène Lenepveu. L'annonce fait polémique: on reproche à Malraux son geste régalien et son incompréhension du programme architectural de Garnier tandis qu'on conteste à Chagall, dans des critiques souvent teintées d'antisémitisme, sa capacité à intervenir dans un cadre aussi prestigieux. L'artiste a refusé d'être rémunéré pour cette commande.
Trois maquettes préparatoires pour le plafond de l'Opéra Garnier, 1963.
Deux maquettes définitives pour le plafond de l'Opéra Garnier, 1963
Douze dessins pour les maquettes préparatoires :
Le Lac des Cygnes (deux dessins)
La Tour Eiffel
Boris Goudounov
Pelléas et Mélisande
La Tour Eiffel
Giuseppe Verdi
La Flûte enchantée
L'ange rouge
L'ange bleu au bouquet
L'ange bleu flûtiste
Couple au bouquet
Troisième et dernière section de cette exposition :
Céramiques, collages et sculptures
Maquette pour La Sirène ou Le Cantique, vers 1967, galet peint à l'encre de Chine et à la gouache, socle en calcaire
Visage double profil, sans date, os peint
Maquette pour La Madone à l'âne, 1968-1971, galet en calcaire peint, céramique peinte, bois contreplaqué et gouache
La Chimère, 1954, pièce coulée, terre colorée, décor à l'émail blanc et aux oxydes
Vase noir, 1955, pièce tournée, décor aux oxydes sur engobes noirs, sous couverte
Les Amoureux et la Bête (version ocre), 1957, pièce coulée, décor aux engobes et aux oxydes, gravée à la pointe sèche
Vase sculpté, 1952, pièce tournée, découpée au couteau, terre colorée, gravure au couteau, oxydes et émail au pinceau
Vase à la main, 1953, pièce tournée, terre colorée, décor aux oxydes sur émail blanc, décor à la paraffine, gravure au couteau
La Bête fantastique, 1952, plâtre sur armature en métal
Paysage et couple à l'oiseau, 1952, pierre de Rognes
Deux nus ou Adam et Eve, 1953, marbre
Terminons le parcours avec un feu d'artifice de collages, tous plus colorés les uns que les autres :
Profil d'Arlequin au cheval vert, circa 1968, aquarelle, gouache, encre de Chine, crayon et collage sur papier
Esquisse pour Le Rappel, 1968-1971, gouache, encre de Chine, pastel, mine graphite et collages sur papier
Esquisse pour Le Village fantastique, 1968-1971, collages et encre de Chine sur papier
Esquisse pour un tableau, 1976, gouache, crayon de couleur, pastel sur papier
L'Apparition bleue, circa 1970, gouache, encre de Chine, crayon et collage sur papier
Couple à la chèvre rouge, vers 1970, gouache, encre de Chine, collage de papier et d'aiguilles de pin sur papier
Danseuse sur fond mauve, vers 1970, collages de tissus et papier, aquarelle, encre de Chine, gouache et pastel sur papier
Esquisse pour Nu mauve, vers 1967, gouache, encre de Chine, pastel et collages sur papier
Esquisse pour Le Repos, 1968, gouache, encre de Chine, pastel et collages sur papier
Esquisse pour Parade, 1968, encre de Chine, pastel, mine graphite et collage sur papier
Jongleur au double profil, vers 1968, gouache, encre de Chine, pastel et collages sur papier
Hymne au quai de l'Horloge, vers 1968, gouache, encre de Chine, crayon lithographique, pastel et collages sur papier
Écuyère multicolore, vers 1970, gouache, encre de Chine, crayon, pastel et collages sur papier
Mariée à la dentelle, 1968, collage de papier et dentelle, gouache et encre de Chine sur papier
Écuyère au cheval rouge, vers 1970, gouache, encre de Chine, crayon de couleur et collage sur papier
Esquisse pour Nu mauve ou Clown à la chèvre verte, vers 1967, gouache, encre de Chine et collage sur papier
Femme aux mains rouges et vertes, vers 1970, collage de tissus et papiers imprimés redessinés, gouache, feutre et encre de Chine sur papier imprimé
L'Envolée de la mariée à la dentelle, vers 1970, gouache, crayon, encre et collage sur papier
Esquisse pour Le Cavalier, 1966, gouache et tissus imprimé peint sur papier
Esquisse pour Arlequin, 1968-1971, collage de tissus et papier, gouache, crayons de couleur et encre sur papier
Esquisse pour La Tour de David, 1968, gouache, pastel et collages sur papier
Couple double-profil et animal vert, vers 1970, gouache, encre de Chine, mine graphite et collage sur papier
Clown multicolore, vers 1970, encre de Chine, mine graphite, crayon de couleur et collage sur papier
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