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Sur les routes du comté de Vaudémont

17 Juin 2023 , Rédigé par japprendslechinois

Nous proposons au lecteur un aperçu des richesses découvertes au cours d'une promenade patrimoniale organisée le 10 juin dernier par la Société d'Émulation du département des Vosges, sous la houlette de son vice-président, notre ami Jean-Pierre Doyen.

Elle débutait dans la petite ville de Vézelise, avec son église Saint Côme et Saint Damien, construite entre 1428 et 1521, chef d'œuvre du gothique flamboyant lorrain. 

Son clocher à la flèche torse si particulière, son chevet aux contreforts qui présentent une succession de larmiers.

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

Son grand portail de style renaissance, extrêmement ouvragé

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

Quelques détails des vantaux du portail

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

L'architecture intérieure, de la nef au chœur, présente une belle unité de style flamboyant. On aperçoit au fond un orgue, commandé en 1772 au facteur nancéien Georges Küttinger pour l'abbaye cistercienne de Beaupré, près de Lunéville et acheté en juin 1792 par le maire de Vézelise, ainsi que la tribune qui le soutient.

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

On trouve dans les bas-côtés des clés de voûte qui rappellent les corporations qui y avaient leurs chapelles : de haut en bas les bouchers, les bonnetiers, les cordonniers.

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

Les vitraux du chœur forment un ensemble Renaissance unique, même s'ils ont subi quelques remaniements au cours des siècles.

Quelques scènes :

Sur la baie axiale n°0, un décor de putti dans le registre supérieur ; plus bas un registre avec Saint-Jean-Baptiste et la décollation de Sainte Barbe ; au registre en bas, le duc Antoine dit Le Bon, duc de Lorraine et de Bar de 1508 à 1544, et sainte Marguerite d'Antioche, sortant du dragon diabolique qui l'avait avalée.

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

Dans la baie n°1, un registre avec Sainte Barbe et Saint Roch, qui montre son bubon pesteux à la cuisse , un autre avec Saint Nicolas et un Christ au manteau.

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

En haut de la baie N°2, une nativité  avec sur la droite une saynète en grisaille figurant l'appel aux bergers

Sur les routes du comté de Vaudémont

Dans la baie n°3, une très belle fuite en Égypte, agrémentée d'une saynète du Miracle des Blés à gauche de la tête de Saint Joseph

Sur les routes du comté de Vaudémont

Terminons avec trois registres de la baie n°6, où l'on remarquera, dans le registre le plus haut, à gauche la lactation de Saint Bernard de Clairvaux (*) et à droite l'Annonciation, et dans celui immédiatement inférieur Saint Pierre tenant une énorme clé avec le donateur Pierre Thélod et Sainte Marie-Madeleine avec la donatrice Madeleine Symier, épouse de Pierre Thélod, 

(*) Saint Bernard demande à la Vierge de montrer qu'elle est mère. Celle-ci presse son sein et le filet de lait qui en sort se pose sur les lèvres du saint.

Sur les routes du comté de Vaudémont

Un petit tour en ville : dans le prolongement même de l'hôtel de ville du XVIIIe siècle, de magnifiques halles en bois du XVIe siècle construites par Nicolas La Hière sous l'ordre de Charles III (ne pas confondre !) duc de Lorraine et de Bar de 1545 à 1608. L'animation du samedi matin montre qu'elles ont conservé leur fonction première.

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

Un chef d'œuvre de l'architecture de la Renaissance lorraine, malheureusement en mauvais état, l'hôtel que fit construire en 1546 François de Tavagny, jeune cavalcadeur milanais entré au service du duc Antoine de Lorraine après la bataille de Marignan et fait bailli du comté de Vaudémont, qu'on retrouvera plus loin dans ce billet.

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

Quelques détails 

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

Quittons Vézelise avec un coup d'œil sur un hôtel du XVIIIe moins intéressant mais en bien meilleur état et qui nous rappelle la demeure de notre enfance... 

Sur les routes du comté de Vaudémont

et poursuivons avec quelques images des étapes suivante de ce beau circuit au pied de la Colline inspirée...

Sur les routes du comté de Vaudémont

Ormes

Son église Saint-Rémi, avec son clocher-tour roman et son portail certes plus rustique que celui de Vézelise

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

Les saints de vantaux du portail ont été "décapités" à la Révolution, mais on a tenu à garder leur fonction décorative...

Sur les routes du comté de Vaudémont

Des détails intéressants : 

- Le plafond de la chapelle castrale - aujourd'hui sacristie - avec ses médaillons
- les stalles du XVIIIe siècle récupérées d'un couvent voisin
- un tableau classé de 1613, Notre-Dame des Ermites
- une vierge de piété de la deuxième moitié du XVIe siècle, peinte
- un beau Christ en croix du premier quart du XVIIe siècle, en bois peint
 

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
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Forcelles Saint-Gorgon

L'église de la Conversion-de-Saint-Paul 
Le chœur à deux travées, une droite voûtée d'ogives et une voûtée en cul-de-four, l'abside polygonale à cinq pans, et le clocher datent du XIIe siècle ; la nef est du XVIe siècle ; le clocher fut restauré en 1725.

 

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

La nef, même modeste, est encore un bel exemple de gothique flamboyant lorrain.

Sur les routes du comté de Vaudémont

Le chœur, même avec ses couleurs un peu criardes, est d'un beau roman, notamment les chapiteaux ornés de palmettes.

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

Château d'Étreval

"Afin de s’y réfugier en temps de peste", François de Tavagny, dont nous avons parlé plus haut à propos de son hôtel à Vézelise, avait fait bâtir dès 1532 deux corps de logis (au Nord et à l’Ouest) dans un ouvrage plus ancien datant probablement de la fin du XVème.

Sa façade Renaissance est d'une grande harmonie

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

Quelques détails où on retrouve les gargouilles de l'hôtel de Tavagny à Vézelise - du moins celles qui ont survécu...

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

Sur le côté, on aperçoit une des tours de la façade Nord, austère et à caractère défensif. Cette façade fait l'objet d'une campagne de restauration supportée par la Fondation du Patrimoine : n'hésitez pas à soutenir ce beau projet et la famille Martin qui conserve ce joyau du patrimoine lorrain depuis 1841.

Sur les routes du comté de Vaudémont

Puxe

Ici encore, une église romane lorraine, remaniée à l'époque du gothique flamboyant.

Sur les routes du comté de Vaudémont
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Très beau portail roman, au tympan curieusement orné, avec des chapiteaux très ouvragés malgré leur état assez dégradé.

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
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Belle nef gothique flamboyante, que les statues saint-sulpiciennes et les suspensions "modernes" peinent à enlaidir, et beau chœur roman (du moins à la base) 

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

Les décorations romanes de la partie inférieure du chœur sont particulièrement élégantes. 

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

Fin et point d'orgue de cette belle journée, Battigny

Son église Saint-Germain, baignée par la lumière du soleil couchant, domine le village et la plaine, avec la colline de Sion-Vaudémont en arrière-plan.

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

De beaux décors romans courent encore le long des murs de la nef

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

Mais c'est surtout les peintures murales du XVIe siècle qui retiennent l'attention. Sur la face nord de le nef, Le Dit des trois Morts et des trois Vifs (on voit surtout les vifs !)

Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont
Sur les routes du comté de Vaudémont

Saint Côme et Saint Damien

Sur les routes du comté de Vaudémont

Une Annonciation

Sur les routes du comté de Vaudémont

Saint Nicolas et Saint Éloi

Sur les routes du comté de Vaudémont

Et pour conclure ce billet, l'ensemble figurant sur la voûte du chœur : 

Sur les routes du comté de Vaudémont

Les quatre évangélistes dans trois des intrados :

Luc et Marc
Jean
Mathieu

et dans celui du fond, un Christ en majesté.

Sur les routes du comté de Vaudémont
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Sur les routes du comté de Vaudémont
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Manet / Degas au musée d'Orsay

10 Juin 2023 , Rédigé par japprendslechinois

Nous n'avons pas encore rendu compte de la grande exposition de ce printemps au musée d'Orsay. Très riche, son parcours complexe est annoncé dès l'entrée : 
Rapprocher Édouard Manet (1832-1883) et Edgar Degas (1834-1917), c'est chercher à comprendre l'un à partir de l'autre, en examinant autant leurs ressemblances que leurs différences, voire leurs divergences. Acteurs essentiels de la « Nouvelle Peinture » des années 1860-1880, ils ont bien des points communs : sujets et options stylistiques, lieux de vie ou d'exposition, marchands et collectionneurs sur lesquels ils appuient leurs carrières. La biographie signale d'autres proximités, depuis le cercle de Berthe Morisot et l'expérience de la guerre de 1870-1871, jusqu'à la Nouvelle-Athènes, ce café de la place Pigalle, lieu de discussions et d'apaisement de tensions. Car disputes il y eut. Les choix de carrière de Manet s'opposent à la logique collective de l'impressionnisme. Degas lui-même, s'il croit à la force collective, se garde de peindre comme Claude Monet. En éclairant les contrastes entre Manet et Degas, cette exposition oblige à porter un nouveau regard sur la complicité et la durable rivalité de ces deux créateurs.

Nous en donnons un aperçu.

Deux autoportraits  :

-Degas : Portrait de l'artiste, 1855, huile sur toile (vers 20 ans)
- Manet : Autoportrait à la palette, vers 1878-1879, huile sur toile (vers 45 ans)

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Les familles des artistes sont évoquées au début du parcours : assez succinctement pour Degas, avec deux toiles de l'artiste représentant son grand-père banquier :

Hilaire Degas, 1857, huile sur toile

et son père lui aussi banquier, en compagnie d'un guitariste et chanteur  :

Lorenzo Pagans et Auguste De Gas, 1871-1872, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Pour Manet, c'est un peu plus complexe : son père, haut-fonctionnaire et magistrat, et sa mère dans deux tableaux :

Portrait de M. et Mme M., 1860, huile sur toile
Portrait de Mme Manet mère, 1863, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

et son épouse, née Suzanne Leenhoff (1830-1906), talentueuse musicienne qu'il avait rencontrée alors qu'elle enseignait le piano à ses jeunes frères.
Manet n'a épousé Suzanne Leenhoff qu'après la mort de son père en 1864. Le modèle du tableau suivant est Léon, né en 1852, présenté par convenance comme le jeune frère de Suzanne, et dont on ne sait pas exactement s'il était le fils de Manet ou de son père...

Édouard Manet :

Tête de femme (Suzanne Leenhoff) de profil à droite, vers 1859-1861, sanguine, traces de craie noire sur papier
Madame Manet au piano, vers 1868-1869, huile sur toile
Les Bulles de savon, 1867, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

La plus belle partie de l'exposition, à notre sens, présente en regard de célèbres tableaux des deux artistes, qu'on prend plaisir à voir - et surtout à revoir - dans ce contexte. Au centre de cette section, d'Édouard Manet : 

Olympia, 1863-65, huile sur toile

Olympia peut se lire comme l'apothéose insolente d'une prostituée, qui prend la pose des nudités de la Renaissance. Lors du Salon de 1865, à peu d'exceptions, un cri d'horreur accueille le tableau et son double crime : il aborde le monde du sexe tarifé ; aucun artifice de représentation, aucune fable ne vient masquer la crudité érotique. Aux innombrables Vénus du Salon, protégées par leurs corps asexués, Manet substitue l'apparition d'une  « invisible » au corps sacrilège et au regard souverain.

Manet / Degas au musée d'Orsay

Edgar Degas :
Sémiramis construisant Babylone, 1861, huile sur toile
Scène de guerre au moyen âge [dit à tort Les Malheurs de la ville d'Orléans], vers 1865, peinture à l'huile et à l'essence sur papier marouflé sur toile
Portrait de Mlle Eugénie Fiocre ; à propos du ballet « La Source », 1867-1868, huile sur toile
 

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Édouard Manet :
Le Christ aux anges, 1864, huile sur toile
La Pêche, vers 1862-1863, huile sur toile
Le Chanteur espagnol [dit aussi Espagnol jouant de la guitare], 1860, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Edgar Degas :
Portrait de famille [dit aussi La Famille Bellelli], 1858-1869, huile sur toile
Mme Lisle et Mme Loubens, 1866-1870, huile sur toile
Lola de Valence, 1862, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Édouard Manet :
La Femme au perroquet, 1866, huile sur toile
La Lecture, vers 1866 (sans doute repris vers 1873), huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Edgar Degas :
Femme sur une terrasse [dit aussi Femme aux Ibis], 1857-1858, retravaillé par l'artiste ensuite (vers 1866-1868 ?), huile sur toile
Femme accoudée près d'un vase de fleurs (Madame Paul Valpinçon ?), 1865, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Édouard Manet :
Portrait de Zacharie Astruc, 1866, huile sur toile
Portrait de M. Émile Zola, 1868, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Edgar Degas :
Edmond et Thérèse Morbilli, vers 1865, huile sur toile
L'Amateur d'estampes, 1866, huile sur toile
Portrait du peintre James Tissot, vers 1867-1868, huile sur toile
 

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Une section est intitulée Le cercle Morisot

Le salon que les parents de Berthe Morisot ouvrent aux artistes, musiciens et écrivains, sous le Second Empire, est un foyer de modernité. Femmes et hommes y parlent d'art ou de politique sur un pied d'égalité. Les divergences esthétiques s'effacent devant le plaisir d'en discuter. Berthe et sa sœur Edma, formées à la peinture et dotées d'un atelier familial, débutent au Salon en 1864. Mais c'est la fréquentation de Fantin-Latour, puis de Manet et Degas, qui pousse la première à sauter le pas et à entamer une véritable carrière, fût-elle contrainte par les règles sociales du temps.

Edgar Degas :
Eugène Manet, 1874, huile sur toile
Madame Yves Gobillard, née Morisot, 1869, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Édouard Manet :
Le Repos, vers 1871, huile sur toile
Portrait de Berthe Morisot étendue, 1873, huile sur toile
Berthe Morisot au bouquet de violettes, 1872, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Aux courses.
L'essor des courses hippiques venues d'Angleterre rejoint les aspirations de la modernité parisienne des années 1860 : éclat social, intérêt d'argent, compétition sportive, expérience de la vitesse. Toute une imagerie de presse répète les mêmes scènes et effets - galop volant et foule en émoi. Plus que la cavalcade, Degas dépeint le moment qui précède le départ, la danse des montures, le frisson lumineux sur leur robe, souligne le délié des pattes. Manet, lui, n'est que galop, explosion visuelle, temps accéléré. [ci - contre Edgar Degas : Édouard Manet aux courses, vers 1868, mine graphite et fusain sur papier]

En regard l'un de l'autre : 
Degas : Scène de steeple-chase [dit aussi Aux courses, le jockey blessé], 1866 (retravaillé en 1880-1881 et 1897), huile sur toile
Manet : L'Homme mort [dit aussi Le Torero mort], 1864, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Édouard Manet :
Courses à Longchamp, 1866, huile sur toile
Les Courses au bois de Boulogne, 1872, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Edgar Degas :
Aux courses (Jockeys amateurs (près d'une voiture), 1876-1887, huile sur toile
Le Faux Départ, 1869-1872, huile sur bois
Chevaux de course, devant les tribunes, 1866-1868, huile sur papier marouflé sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Dans la section D'une guerre à l'autre, quelques œuvres de Manet évoquent la période de la guerre de 1870 et de la Commune :

La Barricade, 1871, pointe d'argent, encre noire, aquarelle, gouache sur papier
La Barricade, 1871, lithographie sur chine collé, tirage de 1884
Guerre civile, 1871-1973, lithographie sur chine collé
La Queue devant la boucherie, vers 1870-1871, eau-forte, 1er état

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Deux toiles où Manet évoque un épisode de la guerre de Sécession survenu au large de Cherbourg :

Le combat du "Kerseage" et de l'"Alabama", 1964, huile sur toile
Le "Kerseage" à Boulogne, 1964, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Quelques tableaux de Degas évoquent son séjour à la Nouvelle-Orléans, où il avait de la famille dans l'industrie.

Portraits dans un bureau (Nouvelle-Orléans) [dit aussi Un bureau de coton à La Nouvelle-Orléans], 1873, huile sur toile
Cour d'une maison (Nouvelle-Orléans, esquisse), 1873, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Impressionnismes

L'histoire de l'impressionnisme est riche d'un amusant chassé-croisé: Manet s'est tenu à distance du mouvement dissident, alors même que sa peinture semble évoluer vers plus de clarté et de vivacité. Inversement, Degas prend la tête du groupe sans conformer sa peinture à l'esthétique de Claude Monet et Auguste Renoir. Pour autant, Degas et Manet n'ignorent pas la poussée d'un «paysagisme de plein air » reposant sur l'unité du motif et la mobilité de la perception. Marines et scènes de plage les retiennent autour de 1870.
« Rendre son impression » apparaît comme une nécessité à Manet, mais comme Degas, il forge un impressionnisme à part.

Les toiles de cette section sont pour la plupart de Manet :

Enfants aux Tuileries, vers 1861-1862, huile sur toile
La Famille Monet au jardin, 1874, huile sur toile
En bateau, 1874, huile sur toile
Bateaux en mer. Soleil couchant, vers 1868, huile sur toile
Sur la plage de Boulogne, 1868, huile sur toile
 

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Edgar Degas :
Bains de mer. Petite fille peignée par sa bonne, 1869-1870, huile sur toile
Au bord de la mer, 1869, pastel sur papier

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Réseaux croisés

Peintre savant et lettré, Manet a fréquenté Charles Baudelaire, Émile Zola et Stéphane Mallarmé, et les a portraiturés. Plus il prétend à l'indépendance vis-à-vis des institutions, plus il doit se lier avec les intermédiaires du marché de l'art et de la presse pour obtenir une médiation publicitaire. N'entend-il pas exposer au Salon jusqu'à sa mort, sous tous les régimes et tous les jurys?
Degas fait moins étalage de ses goûts et de ses relations littéraires avant les années 1870. Pour les remercier de leur soutien, il livre des portraits mordants d'Edmond Duranty ou de Diego Martelli, critiques d'art.

Édouard Manet :
L'Artiste (Portrait de Marcellin Desboutin), 1875, huile sur toile
George Moore au café, 1878 ou 1879, huile sur toile
Portrait de Stéphane Mallarmé, 1876, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Edgar Degas :
Portrait de M. Diego Martelli, 1879, huile sur toile
Marcellin Desboutin et Ludovic Lepic, 1876-1877, huile sur toile
Mary Cassatt au musée du Louvre, 1885, pastel sur eau-forte, aquatinte, pointe sèche et crayon
Edmond Duranty (1834-1917), 1879, crayon Conté rehaussé de craie blanche sur papier

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Parisiennes
Manet et Degas sont très attachés à Paris. À travers des figures de Parisiennes se noue un dialogue étroit entre les deux artistes, dont les sujets et l'approche font écho aux romans naturalistes des frères Goncourt ou de Zola. Dans la « Nouvelle Peinture » de Manet et Degas, la représentation des femmes de différentes catégories sociales, évoquant la vie moderne, joue un rôle déterminant. Autour de sujets semblables, ils cherchent à insuffler à leurs œuvres, posées et exécutées en atelier, la spontanéité de scènes prises sur le vif.

Edgar Degas :

Blanchisseuse (silhouette), 1873, huile sur toile
Repasseuses, 1884-1886, huile sur toile
La Chanteuse du café-concert [dit aussi Au café des Ambassadeurs], 1885, pastel sur gravure à l'eau-forte
Femmes devant un café, le soir, 1877, pastel sur monotype
Madame Jeantaud devant un miroir, vers 1875, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Deux autres œuvres de Degas, pour lesquelles on trouvera ensuite deux Manet assez similaires...

Dans un café [dit aussi L'Absinthe], 1875-1876, huile sur toile
Chez la modiste, 1879-1886, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Édouard Manet :

La Prune, vers 1877, huile sur toile
Chez la modiste, 1881, huile sur toile
La Serveuse de bocks, 1878-1879, huile sur toile

Pour l'anecdote, les commissaires américains de l'exposition, qui sera présentée au MOMA à New-York à partir de septembre 2023, ont choisi pour leur affiche non pas Femme aux ibis et Portrait de Berthe Morizot étendue comme leurs collègues français, mais L'Absinthe et La Prune...

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Masculin-féminin 

Les relations avec les femmes distinguent Manet et Degas. Décrit comme un séducteur, Manet n'est jamais aussi à l'aise qu'en compagnie féminine. À l'inverse, la vie de Degas « fut toujours mystérieuse au point de vue sentimental ». Ces différences de tempérament se retrouvent en partie dans leurs œuvres : tandis que Manet dépeint des femmes dont la pose et le regard traduisent l'assurance, les relations entre hommes et femmes semblent chez Degas presque toujours troublées ou déséquilibrées.
 

Édouard Manet :

La Leçon de musique, 1870, huile sur toile
Nana, 1877, hulle sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Edgar Degas :

Violoniste et jeune femme (Raoul Madier de Montjau et sa femme, la cantatrice Émilie Fursch-Madier), vers 1871, huile et crayon sur toile
Bouderie, vers 1870, huile sur toile
Intérieur [dit aussi Le Viol], 1868-1869, huile sur toile

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Terminons avec la section Du nu

Depuis la Renaissance et la réappropriation de l'héritage gréco-romain, le nu jouissait d'un rôle central dans l'apprentissage des arts du dessin. La théorie dite « classique » fait du corps idéalisé, plus ou moins sensuel, le canon de son esthétique et de son enseignement. Contester ce principe revenait à renverser tout un ordre de valeurs. Romantiques, comme Delacroix, et réalistes, comme Courbet, s'y emploient au début du XIXe siècle, avant que la photographie et la Nouvelle Peinture ne dissolvent les canons de beauté. D'Olympia aux « baigneuses en chambre » de Degas, la nudité féminine affiche une vérité aussi engageante que dérangeante.

Édouard Manet :

Femme dans un tub, 1878, pastel sur toile
Étude de nu assis (La Toilette ou Après le bain), 1858-1860, craie rouge sur papier
Étude de femme nue étendue, tournée vers la droite, vers 1862-1863, sanguine sur papier
Femme en costume oriental étendue sur un lit, vers 1862-1868, aquarelle et encre de Chine avec rehauts de gouache sur papier

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay

Edgar Degas :

Femme nue debout, bras levé (étude pour Scène de guerre au Moyen  Âge), 1864-1865, crayon noir et estompe sur papier
Admiration, vers 1877-1880, monotype rehaussé de pastel
Femme nue accroupie, de dos, vers 1876, pastel sur monotype
Le Tub, 1886, pastel sur carton

Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
Manet / Degas au musée d'Orsay
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Images du Val de Loire

3 Juin 2023 , Rédigé par japprendslechinois

Entre deux expositions, quelques images d'un long week-end dans le Val-de-Loire, en commençant par Beaugency et son pont aux 23 arches, long de 460 mètres, dont les éléments les plus anciens remontent au XIVe siècle.

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Son donjon, dit Tour César, emmotté à l'origine et ceint d'une chemise, édifié par Lancelin 1er, seigneur de Beaugency, entre 1015 et 1030 avec 3 niveaux...

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et l'église Notre-Dame, ancienne abbatiale construite au XIIe siècle et restaurée en 1642, avec son chevet roman et sa belle gloire presque dissimulée au fond d'un des bas-côtés.

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Le bourg de Montlivault, avec son église Saint-Pierre du XIIe siècle, avec un clocher du XVe autrefois fortifié...

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et son château construit vers 1610 par Jacques Lemaire , trésorier des menus plaisirs du roi Henri IV. Un petit pont surplombe la rue pour rejoindre la partie sud du parc.

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Sur la rive opposée du fleuve, le château de Ménard, construit au XVIIe siècle, remanié au XVIIIe notamment lorsqu'il a appartenu à Mme de Pompadour qui y a fait intervenir l'architecte Gabriel. Jacques-Germain Soufflot y est aussi intervenu, lorsque le château est passé entre les mains du frère de la marquise de Pompadour. Ce domaine très beau, mais aussi véritable gouffre financier, a souvent changé de mains depuis, la dernière fois en 2022.

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En nous éloignant un peu des bords de Loire sur la rive gauche, un regard sur le château de Fougères-sur-Bièvre, au coeur du bourg, demeure seigneuriale de la fin de l'époque gothique très peu remaniée. De la première construction en date du XIe siècle, ne reste que le donjon. Il fut reconstruit de 1475 à 1483 et constitue un bel ensemble.

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La courtine d'entrée est une imposante porte fortifiée prise entre deux tours rondes.

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En s'éloignant encore un peu plus du fleuve, cette fois sur le rive droite, poussons jusqu'à Sargé-sur-Braye, au coeur du pays du Roussard.

Le grès roussard est un grès grossier à ciment ferrugineux issu de la cimentation des Sables du Maine après le retrait de la mer à la fin du Crétacé. Sa couleur caractéristique marque les bâtiments de cette petite zone située autour de Mondoubleau (Loir-et-Cher) et leur donne une touche particulière.

Sargé-sur-Braye comporte deux belles églises : l'église Saint-Cyr (XIIe-XVIe siècle) avec un cadran solaire sur la façade un campanile au curieux jaquemard, et des contreforts en grès roussard.

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Mais c'est surtout la petite église Saint-Martin qui va retenir notre attention : le village était divisé en deux paroisses bien distinctes, du moins jusqu'à la Révolution française : Saint-Cyr, sur la rive gauche s'étendait sur le bourg lui même. Saint-Martin, dont l'église est pourtant bâtie coté bourg, administrait la campagne.

De son origine carolingienne, Saint-Martin n'a conservé qu'un reste de mur au nord-est et la moitié d'une étroite fenêtre. L'édifice roman du Xle siècle a lui-même été remanié et agrandi au Xlle. La façade s'orne d'une grande et belle fenêtre percée au XVe siècle et d'un charmant caquetoire plus récent.

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L'intérieur du sanctuaire, d'architecture très simple, abrite des fresques de la fin du XIVe siècle, début du XVe. S'y tient une intéressante exposition sur le "Pays du Roussard".

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La nef est couverte d'un lambris à entraits et poinçons apparents et sculptés qui a conservé sa décoration peinte d'arabesques

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Peint sur la voûte du chœur, un Christ en majesté, et un calendrier naïf remarquable, évoquant "les travaux et les jours" de cette époque.

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Janvier à Juin

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Juillet à Décembre

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Quelques autre images du Pays du Roussard :

- les contreforts de l'église Saint-Germain de Rahay 
- la façade de l'église Saint-Médard de Saint-Marc du Cor
- le château de Baillou, avec les chaînages et les encadrements en roussard de son aile droite

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et toujours à Baillou, l'église Saint-Jean-Baptiste

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et son beau portail Renaissance

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Terminons en revenant sur les rives de la Loire, à Amboise, où le château royal semble veiller sur le fleuve.

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Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)

27 Mai 2023 , Rédigé par japprendslechinois

Poursuivons la visite de la rétrospective de l'œuvre d'Anna-Eva Bergman amorcée dans notre billet du 20 mai dernier : la section  Naissance des formes, qui détermine tout le reste de sa production ultérieure, comporte encore d'autres œuvres de la fin des années 1950 :

N° 11-1960 Grande vallée, 1960, huile et feuille de métal sur toile
N° 6-1960 Pyramide, 1960, huile et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)

N° 7-1960 Grand tombeau, 1960, huile et feuille de métal sur toile
N° 13-1960 Le Tombeau de Théodoric, 1960, huile et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)

N° 14-1956 Le grand nord, 1956, tempera et feuille de métal sur toile
N° 3-1955 Forme noire, 1955, huile sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)

N° 11-1957 Holme [Îlot], 1957, tempera et feuille de métal sur toile
N° 1954-1956 Forme orange, 1955, huile et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)

N° 55-1959 Double mur, 1959, huile et feuille de métal sur toile
N° 53-1959 Comète, 1959, huile et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)

Alphabet

En 1958, Anna-Eva Bergman présente pour la première fois, dans une série d’oeuvres sur papier à la tempera et feuilles métalliques, les bases du répertoire de formes qu’elle a développé depuis 1952 : pierre, lune, planète, arbre, montagne, tombeau, vallée, barque, miroir, etc. Elle les compilera en une liste exhaustive à la fin des années 1960 pour détailler les thèmes qui lui permettent de créer une sorte d’alphabet, développant des catégories et précisant leurs développements et leurs transformations successifs dans ses peintures et estampes. À chacune des grandes étapes de son évolution artistique, Bergman effectuera le point sur ce vocabulaire symbolique qui irrigue toute son oeuvre.

10N° 42-1958 Forme sombre sans métal, 1958, tempera sur papier
N° 71-1958 Morceau de montagne, 1958, tempera et feuille de métal sur papier

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)

N° 105-1958 Barque, 1958, tempera et feuille de métal sur papier Rives
N° 104-1958 Proue, 1958, tempera et feuille de métal sur papier Rives

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)

N° 40-1958 Planète éclatée, 1958, tempera et feuille de métal sur papier
N° 79-1958 Pierre, 1958, tempera et feuille de métal sur papier

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)

N° 88-1958 Lumière boréale, 1958, tempera et feuille de métal sur papier
N° 75-1958 Tombeau, 1958, tempera et feuille de métal sur papier

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)

Dans l’atelier

Bergman utilise la feuille de métal (or, argent, aluminium, cuivre, étain, plomb, bismuth) dès les années 1940, inspirée par les retables des églises norvégiennes du Moyen-Âge. Elle n’a de cesse de personnaliser cette technique, employant d’abord le bol d’Arménie (préparation argileuse colorée) sur lequel les feuilles sont polies avec une pierre d’agate, puis la dorure à la mixtion, vernis gras qui facilite l’adhésion du métal. À partir de 1950, elle peint principalement à la tempera. Dans les années 1960, elle opte pour une peinture vinylique, puis pour l’acrylique la décennie suivante. L’évaporation de la phase aqueuse contenue dans ces préparations requiert des gestes directs. Ces procédés sont tout sauf spontanés et exigent la maîtrise de plusieurs étapes, toutes interdépendantes et soigneusement préparées. Les fonds préparatoires sont très colorés, ainsi que les vernis et les glacis qu’elle applique sur le métal afin d’en diversifier les reflets. À partir des années 1960, elle travaille dans la matière même de l’oeuvre en arrachant les feuilles de métal pour faire apparaître des strates sous-jacentes ou en apportant du volume et de la texture à la matière picturale avec la modeling paste. Dans le domaine de l’estampe, elle maîtrise la lithographie et les traditionnelles techniques sur cuivre (eau-forte, aquatinte, vernis mou, taille douce). Elle a une prédilection pour la gravure sur bois. Elle y excelle, jouant avec les veines et les stries naturelles du matériau, sublimé par des tirages réalisés à l’or, à l’argent ou au bleu manganèse.

GB 40-1970 Terre vue de la lune, 1970, gravure sur bois sur vélin BFK de Rives
GB 64-1976 Bois III, 1976, gravure sur bois sur vélin BFK de Rives
G45-1987 Montagne, 1987, eau-forte sur zinc, tirage négatif en bleu nuit sur vélin BFK de Rives

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)

GB 14-1957 Rocher, 1957, gravure sur bois sur vélin d'Arches
GB 20-1957 Barque sous l'eau, 1957, gravure sur bois sur vélin d'Arches

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)

G 31-1958 Rochers, 1958, eau-forte sur zinc, et roulette sur vergé d'Auvergne filigrané Richar de Bas
G 12-1953 Quatre formes pierres, 1953, eau-forte sur cuivre et aquatinte sur vélin d'Arches

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)

Cosmogonies, transcriptions paysagères

En 1964, Anna-Eva Bergman et Hans Hartung voyagent le long de la côte nord de la Norvège jusqu’au cap Nord et en rapportent près d’un millier de photographies. Pendant de nombreuses années, Bergman puisera son inspiration dans les esquisses et les images de ce voyage. À la même époque, elle achète un terrain en Espagne, à Carboneras. Elle y projette une maison-atelier (non réalisée) orientée en cinq parties autour d’un patio, à partir du dessin d’un pentagramme issu de ses recherches des années 1948-1949. De nombreuses œuvres portent la trace de ce tropisme Nord-Sud qui, loin de s’opposer entre ce qui serait prétendument froid et polaire d’un côté, chaud et solaire de l’autre, se confond souvent, notamment dans l’expression d’immensités désertiques. Bergman ne se contente pas de retranscriptions paysagères brutes, purement inspirées du motif naturel. Elle se passionne à la fois pour les systèmes de représentation du monde issus des mythes anciens et pour les plus récentes avancées scientifiques de son temps, notamment en matière d’archéologie et d’astronomie. Elle s’imprègne ainsi de nombreuses visions cosmogoniques, depuis les classiques de la littérature (L’Épopée de Gilgamesh, l’Ancien et le Nouveau Testament, Dante et même Howard Phillips Lovecraft…) jusqu’aux découvertes astrophysiques modernes. Dans les années 1950-1960, elle lit par exemple des ouvrages d’Einstein, s’enthousiasme pour la conquête spatiale et s’abonne à la revue Planète.

N°34-1961 Château de Sade, 1961, huile sur toile
N°7-1963, 1963, huile et feuille de métal sur panneau de bois contreplaqué
N°18-1964 Mur, 1964, vinylique et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)

N°6-1963 Carboneras, 1963, huile et feuille de métal sur toile
N°63-1961 Grand univers aux petits carrés, 1961, huile et feuille de métal sur toile
N°12-1967 Grand Finnmark rouge, 1967, vinylique et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
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N°26-1962 Feu, 1962, huile et feuille de métal sur toile
N°67-1966 Grand océan, 1966, vinylique et feuille de métal sur toile
N°2-1964 Stèle, 1964, vinylique et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
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N°34-1965 Montagne sombre, 1965, huile et feuille de métal sur toile
N°36-1965 Falaise, 1965, vinylique et feuille de métal sur toile
N°1-1967 Fjord, 1967, vinylique et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
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N°4-1967 Montagne transparente, 1967, vinylique et feuille de métal sur toile
N°11-1968 Grand rond, 1968,  vinylique et feuille de métal sur toile
N°2-1966 Finnmark Hiver (Hiver horizon du Nord), 1966, vinylique et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
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Épures, captations atmosphériques

Anna-Eva Bergman et Hans Hartung s’installent à Antibes en 1973 dans une villa qu’ils ont fait édifier au milieu d’un champ d’oliviers centenaires. Leurs ateliers respectifs reflètent leur vision de l’espace, nourrie de toutes leurs précédentes maisons-ateliers. L’oeuvre de Bergman y évolue vers l’expression de formes simples et monumentales, aux couleurs restreintes, témoignant d’un minimalisme presque solennel. Elle poursuit la révision de ses thématiques et, sensible aux aléas météorologiques de la Côte d’Azur, se lance dans l’étonnante captation atmosphérique de « pluies » et de « vagues ». Elle alterne des formats très petits – qu’elle qualifie de mini-peintures – et très grands.
Toujours perceptibles, les motifs et les paysages sont suggérés par la création d’une ambiance et par l’expression de sensations captées dans la réalité environnante, mais ils sont concentrés en de majestueux signaux : sensation du reflet de la lumière sur une étendue glacée ; vision d’un pan de montagne ou d’une proue se découpant sur la nuit polaire ; lac ou étendue d’eau miroitant à l’aube ; terre aride brûlée par le soleil ; ciel blanchi par le blizzard ou la chaleur ; horizon paraissant démultiplié dans la superposition des effets de lointains ou tranché net entre le sol et le ciel ; barque ou planète glissant dans l’espace. Comme le montre dans sa peinture la récurrence du thème funèbre de la demi-barque, symbole de danger et de mort, l’artiste apparaît consciente d’une certaine finitude : la sienne et celle du monde.

N°13-1976 Deux Nunataks, 1976, acrylique et feuille de métal sur toile
N°2-1968 Fjord, 1968, huile et feuille de métal sur toile
N°17-1968 Paysage jour et N°16-1968 Paysage nuit, 1968, vinylique et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
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N°49-1969 Paysage nordique, 1969, vinylique et feuille de métal sur panneau de bois contreplaqué
N°55-1969 Autre terre, autre lune, 1969, vinylique et feuille de métal
Demi-terre-1974-1975, 1975, tapisserie (chaîne de coton, trame de laine et louisor argent, basse lisse)

Entre janvier 1971 et août 1972, sept tapisseries issues de trois maquettes réalisées par Bergman sont tissées dans les manufactures des Gobelins et de Beauvais, puis six autres productions seront lancées entre 1972 et 1974. Cette Demi-terre est l'un des premiers tissages de 1975 réalisés dans le cadre de cette collaboration.

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
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N°45-1971 Crête de montagne, 1971, acrylique, modeling paste et feuille de métal sur toile
N°49-1973 Vague baroque, 1973, acrylique, modeling paste et feuille de métal sur toile
N°19-1974 Vague I, 1974, acrylique, modeling paste et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
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N°21-1974 Pluie, 1974, acrylique, modeling paste et feuille de métal sur toile
N°17-1974 Pluie, 1974, acrylique, modeling paste et feuille de métal sur toile
N°14-1975 Mistral, 1975, acrylique, modeling paste et feuille de métal sur toile
N°18-1974 Cap d'Antibes, 1974, acrylique et feuille de cuivre oxydé sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
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N°41-1977 Tronc d'olivier I, 1977, acrylique et feuille de métal sur papier
N°8-1969 Grand horizon bleu, 1969, vinylique et feuille de métal sur toile
N°37-1973 Multihorizon ciel rouge, 1973, acrylique et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
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N°32-1973 Ciel noir, 1973, acrylique et feuille de métal sur toile
N°25-1981 Lac II, 1981, acrylique et feuille de métal sur toile
N°57-1978 Montagne en une ligne, 1978, acrylique sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
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N°39-1983, 1983, acrylique sur toile
N°18-1976 Montagne rouge, 1976, acrylique et feuille de métal sur toile
N°15-1975 Rocher sauvage, 1975, acrylique et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
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N°23-1981 Entre les deux montagnes, 1981, acrylique et feuille de métal sur toile
N°21-1981 Pic de montagne II, 1981, acrylique et feuille de métal sur toile

et sans doute une des dernières œuvres d'Anna-Eva Bergman, décédée en juillet 1987 à Grasse : 
 
N°20-1987, 1987, acrylique, modeling paste et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (II/II)
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Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)

20 Mai 2023 , Rédigé par japprendslechinois

Encore une grande rétrospective au Musée d'Art Moderne de Paris : Anna-Eva Bergman (1909-1987) artiste franco-norvégienne relativement peu connue du grand public, mariée deux fois (en 1929 puis en 1957 après un divorce en 1939) au peintre franco-allemand) Hans Hartung, dont nous avons présenté à nos lecteurs la rétrospective qui s'est tenue dans les mêmes lieux l'hiver 2019-2020 (nos billets du 15 février et du 25 février 2020)

Une jeunesse européenne

Anna-Eva Bergman grandit en Norvège, où elle développe très vite une grande faculté d’observation ; elle croque des saynètes avec un sens de l’humour tranchant, à la fois à l’écrit et par le dessin. Elle suit une formation artistique à Oslo qu’elle complète à Vienne en 1928. À Paris en 1929, elle rencontre Hans Hartung, jeune peintre abstrait alors inconnu. Elle l’épouse aussitôt en Allemagne et fréquente les cercles d’artistes engagés de Dresde. En 1933-1934, Bergman vit comme un « paradis » son installation sur l’île de Minorque, aux Baléares, dans une maison qu’elle fait construire avec Hartung en bord de mer.
Devenue allemande par son mariage, Bergman connaît plusieurs démêlés avec les autorités du IIIe Reich et hait ce régime qu’elle brocardera dans une autobiographie non publiée écrite entre 1940 et 1945 : Une bagatelle suédo-norvégienne. Elle signe à cette période des articles et des dessins pour la presse et séjourne, au gré des contraintes matérielles et des occasions, à Berlin, Oslo, Paris, puis en Italie.

[Non-titré], vers 1927, encre de Chine sur papier
[Non-titré], vers 1927, aquarelle sur papier
Le Mendiant à "La Colle", France, 1931, huile sur panneau de bois contreplaqué

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)

[Autoportrait], vers 1946, huile sur panneau de bois Isorel

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)

Dresde, 1930, marché, 1930, mine de plomb sur papier
Les Immigrés allemands, 1932, aquarelle sur papier
Les Frères de Skat, 1932, aquarelle sur papier

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)

Futur national-socialiste, vers 1933, encre de Chine sur papier
El generalissimo, vers 1935, mine de plomb sur papier
[Non-titré], 1931, tempera sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
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[Non-titré], Minorque, vers 1933, huile sur toile
[Non-titré], Minorque, vers 1933, huile sur toile
St Paul Alpes Maritimes, 1930, aquarelle sur papier

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)

[Non-titré], vers 1932, aquarelle sur papier
[Homgorøya], 1932, aquarelle sur papier
N° 33-1947 Maison - "Ensomhet", 1947, tempera sur panneau de bois Isorel

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)

Fragments d’une île en Norvège

Anna-Eva Bergman est fascinée par les beautés géologiques de la nature. Elle porte une attention toute particulière aux pierres, aux galets, aux failles et aux entailles dans la roche, aux plissures et aux textures des minéraux. Lors des étés 1949, 1950 et 1951, elle se rend à Citadelløya, dans le sud de la Norvège. Ces séjours occasionnent un profond renouvellement de son vocabulaire artistique avec la série des Fragments d’une île en Norvège, véritable acte de naissance dans sa maturité de peintre. Il faut ajouter dans ce processus l’importance cruciale d’un voyage dans le nord du pays lors de l’été 1950, où elle fait l’expérience du soleil de minuit le long des îles Lofoten.

N°58-1949 Regn [Pluie], 1949, tempera sur panneau de bois Isorel
Komposisjion [Composition], 1951, tempera et feuille de métal sur panneau de bois contreplaqué
N°-1951, 1951, huile et feuille de métal sur panneau de bois Isorel
N° ca-1948-50, 1950, huile et feuille de métal sur panneau de bois Isorel

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
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Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
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N° 34-1951 Blå Drømmer [Rêves bleus], 1951, tempera à la caséine sur panneau de bois Isorel
[Non-titré], 1950, tempera et encre de Chine sur panneau de bois Isorel
[Finnmarks Impression], 1950, tempera, encre de Chine et mine de plomb sur papier
[Non-titré], 1950, tempera sur papier

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
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[Arktisk Komposisjon], 1950, tempera et encre de Chine sur papier
N° 27-1951 Phare (conventions), 1951, tempera sur panneau de bois Isorel
N° 35b-51 Composition de la Citadelle, 1951, tempera sur panneau de bois Isorel

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
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N° 20-1951 Citadelle noire et macabre, 1951, tempera sur panneau de bois Isorel
N° 31-1951 Noir stylistique (noir blanc ocre), 1951, tempera sur panneau de bois Isorel
N° 32-1951 Fragment d'une île en Norvège (Gris solitude (noir blanc ocre)), 1951, tempera sur panneau de bois Isorel

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
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N° 35C-1951 Fragment Randsholmen, 1951, tempera sur panneau de bois Isorel
N° 2-1952, 1952, huile sur toile
Citadellet, août 1950, 1950, mine de plomb sur papier

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)

[Non-titré], 1951, encre de Chine et gouache sur papier
Fragment d'une île en Norvège I, 1951, mine de plomb sur papier
Fragment d'une île en Norvège , vers 1951, tempera et encre de Chine sur papier

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)

Naissance des formes

Anna-Eva Bergman développe dans les années 1950 une œuvre d’une singularité difficile à situer dans l’histoire de l’art traditionnelle. C’est « une peinture originale qui ne doit rien aux modes », résume le critique Michel Ragon. Ses thèmes archétypiques – pierres, univers, arbres, astres – écartent désormais toute représentation anthropomorphique et tendent à l’abstraction mais sans s’arracher complètement à toute référence. D’ailleurs, elle préfère parler de « non-figuratif » ou d’« art d’abstraire ». Bergman élabore une sorte d’alphabet visuel en mutation constante. C’est une perpétuelle « naissance des formes » dans le sens où chaque forme est susceptible d’en engendrer d’autres par variations graphiques et chromatiques d’un tableau à l’autre. L’usage de la feuille de métal est, en outre, de plus en plus courant dans sa production : doté de qualités luminescentes, le tableau invite implicitement le regardeur à être mobile, à se déplacer devant sa surface.

N° 5-1952 Deux formes noires, 1952, huile sur toile
N° 2-1953 Stèle avec lune, 1953, tempera et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)

N° 1-1954 Un univers, 1954, huile et feuille de métal sur toile
N° 1-1953 La Griffe, 1953, tempera sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
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N° 5-1954 Pierre horizontale, 1954, huile et feuille de métal sur toile
N° 7-1952, 1952, huile sur panneau de bois contreplaqué

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)

[Non-titré], vers 1952, tempera sur papier
N° XB-1956 Icare, 1956, tempera et feuille de métal sur panneau de bois contreplaqué

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)

N° 20-1955 Die Hochschwebende, 1955, huile et feuille de métal sur toile
N° 18-1956 Grand soleil, 1956, huile et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
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N° 1-1956 Arbre d'argent, 1956, huile et feuille de métal sur toile
N° 29-1955 Crabe d'argent, 1955, tempera à la caséine et feuille de métal sur toile

Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)
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N° 4-1957 La Grande montagne, 1957, huile et feuille de métal sur toile
N° 10-1957 (Moïse ou) Grand arbre, 1957, tempera et feuille de métal sur toile

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Anna-Eva Bergman - Voyage vers l'intérieur (I/II)

Nous poursuivrons dans un prochain billet la découverte de cette artiste à l'œuvre si originale et variée.

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Vacances de printemps

13 Mai 2023 , Rédigé par japprendslechinois

Avant de reprendre la série des expositions parisiennes, encore un billet d'images des vacances de printemps, en trois temps.

La Citadelle de Brouage

Lieu un peu irréel, au milieu des marais et dont on peine à penser qu'il était l'un des plus grands ports européens de négoce de sel au XVIe siècle, et dont les imposantes fortifications ont été voulues pour constituer une forteresse catholique face à celle, huguenotte, de La Rochelle.

Promenade sur les remparts au petit matin. En contrebas, la poudrière Saint-Luc.

Vacances de printemps
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Vacances de printemps
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Vacances de printemps
Vacances de printemps

Au milieu de ce qui est à présent un village, devant l'église, un rassemblement de voitures anciennes.

Vacances de printemps
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L'île de Bréhat 

Un autre lieu un peu hors du temps, bien qu'à quelques kilomètres à peine de la côte.

 

 

 

 

Arrivée au Port-Clos, côté à contre-jour et côté ensoleillé.

Vacances de printemps
Vacances de printemps
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Les paysages depuis la Chapelle Saint-Michel

Vacances de printemps
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Les cheminements fleuris

Vacances de printemps

La marée basse côté ouest...

Vacances de printemps
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comme côté est

Vacances de printemps
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Vacances de printemps
Vacances de printemps

Même le mauvais temps, au moment de réembarquer, a son charme.

Vacances de printemps

Et pour terminer :

La course du Tro Bro Leon

Devenue un classique international, cette course traverse tout l'ouest du département du Finistère :  partant de Plouguerneau, elle va vers Le Folgouët, descend par l'intérieur jusqu'à la Pointe Sant-Mathieu et Le Conquet, remonte le long de la côte par Lampaul-Plouarzel, Lanildut, Porspoder, et passe par la villégiature de l'auteur un peu avant son arrivée à Lannilis.

Posté en haut d'une côte, avec la mer en contrebas, on peut voir la file des coureurs sur un des chemins de terre qui jalonnent la parcours (appelés ribinoù) puis l'attaque de la côte sur la route goudronnée

Vacances de printemps
Vacances de printemps
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Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

6 Mai 2023 , Rédigé par japprendslechinois

Très belle rétrospective au Centre Pompidou de l'œuvre de Germaine Richier, que les organisateurs présentent ainsi :

Formée à la tradition de la statuaire en bronze d'Auguste Rodin et d'Antoine Bourdelle, Germaine Richier occupe une place incontournable dans l'histoire de la sculpture moderne. Des années 1930 à sa disparition précoce en 1959, elle crée un univers profondément original et invente de nouvelles images de l'humain, jouant des hybridations avec les mondes animal et végétal. Connue essentiellement pour ses dix dernières années, sa sculpture a parfois été réduite à l'image d'une époque troublée, à l'étrangeté surréaliste ou à l'expressionnisme informel. Cette exposition porte un regard nouveau et global sur le travail de cette artiste majeure. Son travail vibrant de la terre, son expérimentation sur les matériaux, la couleur et l'espace disent sa volonté de créer des sculptures vivantes, à même de saisir l'humain dans sa violence et sa fragilité, de révéler sa vie intérieure et les métamorphoses qui le traversent.

À ses débuts dans les années 1920-1930, les portraits constituent la part majeure de l'œuvre de Germaine Richier et lui assurent ses premiers succès. Travaillant d'après modèle vivant, Richier ne cessera de revenir au portrait tout au long de sa vie, comme un pianiste « fait ses gammes ». L'exercice du nu et du buste lui permet de saisir l'intensité de l'humain par le modelage expressif de la terre. Son exil en Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale constitue à la fois une rupture et un catalyseur pour son œuvre, qui délaisse le réalisme au profit d'un expressionnisme exacerbé. La noirceur de l'époque s'imprime sur les corps déformés, écorchés. Son geste traduit sa volonté de régénérer la figure humaine.
« Mes statues ne sont pas inachevées. [...] Je les ai creusées, déchirées pour qu'elles soient variées de tous les côtés, et qu'elles aient un aspect changeant et vivant. »

Loretto I, 1934, bronze patiné foncé
Méditerranée, 1937, bronze patiné foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Le Faune, 1916, terre crue, peinte en doré

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Juin 40, 1940, bronze patiné foncé
Sava Alexandra, 1944, bronze patiné brun

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Nu ou La Grosse, 1939/1942, bronze patiné foncé
Torse II [Torse de femme, Muhletahler] , 1941, bronze patiné foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Toute une collection de bustes, des années 1930 jusqu'aux années 1950

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Charles Hug, 1933, plâtre original
Rémi Coutin enfant, 1927-1928, plâtre original patiné

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

La Régodias [Renée Régodias], 1938, bronze patiné brun
Buste n° 26, 1937-1938, bronze patiné foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Fernand Fleuret, 1935-1937, plâtre original
La Chinoise, 1939, bronze patiné foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Le Prestidigitateur, 1945, plâtre original
Buste de Nardone, 1947, plâtre original

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Françoise Cachin, 1950, plâtre original
Dominique Aury, 1955-1956, bronze patiné foncé
Marguerite Lamy, 1955-1956, bronze patiné foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

L'Escrimeuse (sans masque), 1943, bronze patiné foncé
L'Escrimeuse avec masque, 1945, bronze patiné foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Deux des statues les plus célèbres de Germaine Richer :

L'Orage, 1947-1948, bronze patiné foncé
L'Ouragane, 1948-1949, bronze patiné foncé

et en arrière-plan  :

Le Tombeau de l'Orage et L'Ombre de l'Ouragane

taillés en 1956 en pierre des Soignies (Flandres belges) par Eugène Dodeigne à la demande de Germaine Richier pour sa rétrospective.

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

La Vierge folle, 1946, bronze patiné foncé sur socle en calcaire gris
Sans titre [L'Ouragane], vers 1948-1949, crayon sur papier
L'Ouragane, 1955, eau-forte et aquatinte sur papier

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Nature et hybridation
Pour Germaine Richier, fascinée dès l'enfance par les insectes de la campagne méditerranéenne, la régénération de la figure humaine passe par son hybridation avec les formes de la nature. Son atelier se peuple d'êtres composites: sauterelle, mante, chauve-souris et autres animaux méprisés. Ces êtres hybrides semblent toujours prêts à bondir ou à s'envoler. 

La Sauterelle, petite, 1944, bronze patiné foncé
La Sauterelle, moyenne, 1945, bronze patiné foncé
La Sauterelle, grande, 1955-1956, bronze patiné foncé

La Sauterelle, petite est le premier être hybride créé par Germaine Richier, qui l'agrandira à deux reprises jusqu'à dépasser la taille humaine. Ses bras levés, doigts écartés, forment un geste à la fois de menace et de défense. Le corps de cette femme-sauterelle est creusé d'anfractuosités, un étrange sourire lui lacère le visage, mais dans la paume de La Sauterelle, grande est gravé un petit cœur, comme un talisman caché par l'artiste.

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Le Crapaud, 1940, bronze patiné brun

À première vue, cette figure féminine accroupie n'est pas sans rappeler les petites sculptures d'Aristide Maillol, comme La Femme au crabe (1930). Seul son titre suggère une analogie avec un crapaud, animal méprisé s'il en est. Sa taille réduite et sa posture inconfortable, tendue vers l'avant, évoquent celles de l'amphibien, prêt à bondir. S'affirme ici la première trace d'hybridation humain-animal qui caractérise son œuvre après la guerre.

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

La Mante, grande,1946, bronze patiné foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

La Forêt, 1946, bronze patiné sur base en pierre
La Feuille, 1948, bronze patiné foncé
Le Grain, 1955, bronze patiné foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

La Chauve-souris, 1946, bronze naturel nettoyé

Richier introduit ici pour la première fois de la filasse au sein du plâtre qui recouvre l'armature de fer, renforçant ainsi l'aspect déchiqueté et accidenté de la surface. Cette technique expérimentale constitue un vrai défi technique pour son fondeur, Lucien Thinot. La fonte en bronze naturel nettoyé, non patiné, confère à cet homme chauve-souris une animation baroque et une sacralité inédite.

La Mandoline [La Cigale], 1954-1955, bronze naturel nettoyé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Le Berger des Landes, 1951, bronze patiné foncé

Lors d'une balade à Varengeville, Richier ramasse un bloc de brique et de ciment poli par la mer, dans lequel elle creuse deux trous ronds. Cette tête hallucinée surmonte un corps éventré aux jambes filiformes montées sur des échasses, comme celles des bergers landais. Promenant son regard d'outre-tombe, la créature évoque la tradition antique du berger psychopompe guidant les âmes vers le monde souterrain.

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Le Cheval à six têtes, grand, 1954-1956, bronze naturel nettoyé

Le Cheval à six têtes évoque autant les cavaliers de l'Apocalypse que l'atmosphère des férias et des courses de chevaux qui ont imprégné l'enfance de Richier. Cette pièce rappelle aussi son intérêt pour l'expression du mouvement : l'agitation de l'animal se voit démultipliée par la juxtaposition des têtes, traduisant par ses positions successives la tension de la cavalcade et la secousse des hennissements.

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

La Tauromachie, 1953, bronze naturel nettoyé

La Tauromachie demeure l'une des œuvres de Richier les plus énigmatiques. Un personnage s'avance, solennel, corps ovoïde éventré sur des jambes  grêles. Il tient la pique qui a triomphé du taureau dont le crâne repose au sol. À la place de sa tête un trident des gardians de Camargue le pare de petites cornes. C'est moins le combat qui intéresse Richier que la parenté entre l'homme et la bête, unis par la brillance du bronze.

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

La Montagne, 1955-1956, bronze naturel nettoyé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

L'Eau, 1953-1954, bronze patiné foncé
La Spirale, 1957, bronze
La Vrille, 1956, bronze naturel nettoyé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Mythe et sacré
L'art de Richier est empreint d'un sentiment panthéiste du monde et d'un imaginaire pétri de mythes archaïques. Ses créatures hybrides (ogre, cheval à six têtes et autres monstres fabuleux) renvoient aux récits des origines, aux contes et légendes. La sculptrice a été associée malgré elle à la « querelle de l'art sacré », violente polémique suscité par le Christ qu'elle crée en 1950 pour l'église du plateau d'Assy (Haute-Savoie). Jugé blasphématoire par certains groupes traditionnalistes et banni malgré les protestations, cet humble Christ en croix ne retrouvera sa place qu'en 1969.

Christ d'Assy, 1950, bronze naturel nettoyé
L'Homme de la nuit, grand, 1954, bronze patiné foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Le Pentacle, 1954, bronze patiné foncé
L'Ogre, 1949, bronze patiné foncé
L'Hydre, 1954, bronze patiné foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Le Griffu, 1952, bronze patiné foncé

D'abord intitulé Le Diable, puis renommé d'après la serre d'aigle fichée dans son coude droit, Le Griffu s'inspire des croyances populaires de la tarasque, animal fantastique issu du folklore provençal. L'ouverture à l'espace du spectateur, induit par les réseaux de fils entrelacés, est exacerbée par l'artiste qui expose la sculpture suspendue au plafond en 1954 à Bále.

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

L'Araignée II, moyenne, 1956, bronze patiné foncé
Don Quichotte, 1950-1951, bronze patiné foncé
Diabolo, 1950, bronze patiné foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
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Trio I ou La Place, 1954, bronze patiné foncé

À l'instar de La Place d'Alberto Giacometti (1948), Richier organise une étrange rencontre sur un plateau. Elle met en relation trois formes incertaines, issues d'expérimentations sur des objets : un piolet enchâssé dans un creuset de fonderie, une herminette, un chenet de cheminée. S'affirme ici une recherche nouvelle sur l'espace et la mise en relation des formes entre elles.

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
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Le Sablier III, 1953, bronze à patine foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
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Le Diabolo, 1950, bronze patiné foncé
L'Araignée I, 1946, bronze patiné foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
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La Fourmi, 1953, bronze patiné foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Un éclairage sur le travail de Richier :

Brassaï (1899-1984) : Germaine Richier à sa presse, vers 1950, épreuve gélatino-argentique
Cheval à six têtes, petit, 1955 ou 1956, plâtre et filasse
La Régodias, 1938-1939, plâtre de travail avec triangulation

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Un ensemble de "petits formats" :

Femme-sein, 1955, bronze patiné foncé
Chauve-souris, 1955, bronze patiné foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
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L'Os, 1956, bronze patiné foncé mobile sur socle et L'Os, petit, 1956, bronze naturel nettoyé
Seiche, 1954, bronze naturel nettoyé
Seiche sur équerre de bronze, 1955, bronze naturel nettoyé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

La Porte de bronze, 1955, bronze naturel nettoyé
La Croix avec verres de couleurs, 1953, plomb et verres colorés jaune et bleu

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

La Ville, 1952, œuvre en collaboration avec Maria Helena Viera da Silva, plomb et huile sur plomb

«Germaine me fit asseoir devant sa statue et elle partit. (...) Durant une semaine, je suivais plan par plan sa sculpture et je cherchais à faire une peinture avec ce qui se trouvait devant mes yeux. » C'est ainsi que Vieira da Silva raconte l'invitation faite par son amie de peindre l'écran qui sert de fond à La Ville. Elle éclaire le dialogue entre l'œuvre de Richier et l'abstraction lyrique, alors dominante à Paris.

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

L'Échelle, 1956, œuvre en collaboration avec Zao Wou-Ki, plomb et huile sur plomb

Après Maria Helena Vieira da Silva, c'est au peintre chinois Zao Wou-Ki que Richier fait appel pour peindre le fond et le socle, de L'Échelle. Cette petite sculpture en plomb aux formes végétales se déploie sur une structure en équerre. Le paysage abstrait, ponctué de signes calligraphiques, peint par Zao Wou-Ki enveloppe entièrement la sculpture dans un halo rouge lumineux.

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Plomb avec verres de couleurs n° 63, 1953-1959, plomb et verres colorés monté sur ardoise

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

L'Échiquier, grand, 1959, plâtre original peint
Pièce unique, en 5 éléments
Le roi: 209 × 51 x 32,5 cm
La reine: 228,5 x 44,5 x 33,5 cm
Le cavalier: 169,5 x 37,5 x 41,5 cm
La tour: 200 x 40,5 x 29,5 cm
Le fou: 175,5 x 62 x 33,5 cm

Dernière œuvre majeure de l'artiste, L'Échiquier, grand constitue une formidable synthèse de sa création. S'y manifestent le procédé de l'agrandissement (à partir de la petite version créée en 1955), la thématique du jeu, le surgissement du fantastique, l'hybridation de l'humain avec le monde animal et végétal, l'intégration d'objets, l'animation de la sculpture par la couleur, la libre disposition suggérant la possible mobilité des pièces. Perchés sur de grands socles à hauteur de regard, les cinq pièces traditionnelles du jeu d'échecs sont métamorphosées: le roi à la tête d'arête tient un compas de sculpteur, la reine lève des bras-branches, le fou est doté de cornes et d'une petite queue, le cavalier d'un visage d'hippocampe, et la tour est posée sur un trépied.

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

La Parade peinte, 1959, bronze peint
Le Chardon peint sur équerre ardoise, 1959, bronze peint, équerre d'ardoise
L'Araignée II, petite, sur pierre émaillée, 1956, bronze émaillé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

Le Couple peint, 1959, bronze peint

Les derniers mois de sa vie, trop faible pour modeler, Richier se consacre à la peinture. Pour Le Couple peint, fondu trois ans plus tôt, elle procède par touches de couleurs vives, blanc, bleu, jaune et violet. La peinture éclaire les personnages, souligne et dynamise leurs formes, apportant joie et vitalité à ce couple uni, les mains jointes dans un geste de tendresse.

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou

En sortant de l'exposition, sur la terrasse du Centre Pompidou :

Le Coureur, 1955, bronze patiné foncé

Germaine Richier (1902-1959) au Centre Pompidou
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Cartes postales de Charente Maritime

29 Avril 2023 , Rédigé par japprendslechinois

Comme de coutume en cette période de vacances de printemps, un billet de cartes postales, malgré le temps maussade de ces derniers jours.

La Rochelle et ses tours : la tour de la Chaîne et la tour Saint-Nicolas, qui assuraient la défense de l'entrée du port, et la tour de la Lanterne, au bout de la Rue-sur-les-murs.

Cartes postales de Charente Maritime
Cartes postales de Charente Maritime
Cartes postales de Charente Maritime
Cartes postales de Charente Maritime
Cartes postales de Charente Maritime

Sous un temps plus clément, elles sont plus photogéniques...

Cartes postales de Charente Maritime
Cartes postales de Charente Maritime
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L'approche de la frégate russe Shtandart, construite entre 1994 et 2000 par son capitaine Vladimir Martus, réplique du premier navire de la flotte de la Baltique mis en construction en 1703 par Pierre le Grand.

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Le navire à quai. Une pancarte précise que son capitaine "soutient le peuple ukrainien". Ce point fait polémique :

 https://bernardgrua.net/shtandart/vladimir-martus/

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Un autre voilier,  à la beauté plus sobre, le cotre Lola.

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La cathédrale Saint-Louis, commencée en 1742, inachevée faute de moyens mais ouverte au culte en 1784.

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Le palais de justice : reconstruit au XVIIIème siècle sur l’emplacement de l’ancien Palais de Justice érigé par Henri IV, il est achevé au début de la Révolution qui inscrivit sur la façade, après avoir gratté les fleurs de lys, l’inscription encore visible : «Temple de la Justice sous le règne de la Liberté et de l’Égalité, an II de la République Française».

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La Grosse Horloge.

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L'Hôtel de ville, le plus ancien de France encore en service, restauré après l'incendie qui l'a ravagé en 2013, et pavoisé aux couleurs du Stade Rochelais.

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Le Marché.

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Quelques vieilles maisons.

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Des hôtels : Hôtel Leclerc anciennement Garesché,

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Hôtel de Fleuriau, qui abrite le Musée du Nouveau Monde, avec dans la cour la statue monumentale de Toussaint Louverture par Ousmane Sow.

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La porte Royale...

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et la porte Maubec, dont les voûtes abritent une exposition d'art.

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L'île de Ré, avec le port de Saint-Martin :

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fortifié par Vauban côté mer...

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...comme côté terre.

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Son vignoble de cognac.

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Le petit village de Loix...

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et ses marais salants.

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Au dernier jour, le soleil brille enfin sur Rochefort et ses demoiselles.

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Si l'Hermione est en grand carénage au bord de l'Adour à Anglet, le bassin de radoub de l'Arsenal, où elle a été construite, est occupé par un spectaculaire "Accro-mâts".

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Terminons avec la spectaculaire Corderie royale, longue de 374 m, dont une vue panoramique ornait le début de ce billet.

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Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

22 Avril 2023 , Rédigé par japprendslechinois

Belle exposition à l'Orangerie, centrée exclusivement sur l'œuvre de Matisse dans la décennie 1930-1940.
" C’est à travers le prisme de Cahiers d’art, grande revue d’avant-garde créée par Christian Zervos en 1926, que l’exposition aborde l’œuvre de Matisse dans les années 1930. Porte-voix du modernisme international et des courants esthétiques de son temps, la revue rend compte de la production de l’artiste tout au long de l’entre-deux-guerres.
L'exposition permet de voir plusieurs œuvres exceptionnelles, très rarement exposées en France, comme Le Grand nu couché de Baltimore, Le Chant de Houston et d'autres toiles conservées dans différents musées américains.

À l'entrée de la première salle, un tableau des collections permanentes de l'Orangerie, Les Trois soeurs, 1917, huile sur toile.
Ce triple portrait réalisé d'après un unique modèle, Lorette, appartient à un moment charnière de la production de Matisse, vers 1916-1917. Le marchand et collectionneur Paul Guillaume acquiert cette œuvre en 1926. Pièce maîtresse de sa collection, elle est visible dans Cahiers d'art 1927 n°I et reproduite dans l'encart publicitaire de sa galerie, dans le numéro 1931 n°V-VI.

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Dans cette salle introductive, trois autres toiles de la deuxième moitié des années 1920 :

Odalisque à la culotte grise, 1926-1927, huile sur toile
Femme à la voilette, 1927, huile sur toile
Odalisque au coffret rouge, 1927, huile sur toile

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Une des nombreuses pages présentées de la revue Cahiers d'Art reproduisant des tableaux et des dessins de Matisse...

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Trois gravures :

Figure endormie sur fond moucharabieh, 1929, eau forte
Nu accroupi, main sur l'épaule, 1929, eau forte
Nu assis, mains aux genoux, 1929, eau forte

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

avec, en contrepoint, une eau-forte sur cuivre (19 octobre 1929) de Pablo Picasso, Femme nue assise couronnée de fleurs.

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

En 1930, Matisse quitte la France pour un voyage à Tahiti, marquant ainsi volontairement une pause dans sa création, et engageant un tournant dans son œuvre. La salle suivante évoque ce voyage, avec des toiles réalisées plusieurs années plus tard :

Fenêtre à Tahiti ou Tahiti I, 1935, huile sur toile
Fenêtre à Tahiti ou Tahiti II, 1935-1936, gouache et tempera sur toile

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

et ce dessin, réalisé sur place : Tahitiennes, 1930, crayon et encre sur papier.

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

En septembre 1930, il se rend à nouveau aux États-Unis qu'il avait traversés en train en mars pour se rendre à Tahiti et rencontre le collectionneur Albert C. Barnes qui lui passe commande d’une décoration murale pour sa fondation à Merion, près de Philadelphie.

Une photographie in-situ de The Dance, été 1932-avril 1933, huile sur toile à la Fondation Barnes, à Merion :

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

La Danse, harmonie grise, 1930-1931, huile sur toile
La Danse, harmonie bleue, 1930-1931, huile sur toile
La Danse, harmonie ocre, 1930-1931, huile sur toile

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Étude pour "La Danse", panneau de gauche, novembre 1932, crayon graphite sur papier
Étude pour "La Danse", panneau de gauche, 20 février 1932, crayon graphite sur papier

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Une étude pour La Danse, avril 1932, papiers gouachés, découpés et collés sur papier, présentée à l'exposition
La Danse dite de Paris, huile sur toile, photographiée au Musée d'Art Moderne de Paris le 27 janvier dernier
La Danse inachevée, 1931, huile sur toile, photographiée au Musée d'Art Moderne de Paris le 13 avril dernier.

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

La suite du parcours mêle dessins, tableaux, sculptures des années 1930, une découverte pour beaucoup d'entre eux issus de collections américaines.

Nymphe dans la forêt (La Verdure), 1935-1942/1943, huile sur toile

Ce panneau inachevé, initié pour un projet de tapisserie, mêle des motifs de faunes et de forêts, inspirés de ses illustrations pour Poésies de Stéphane Mallarmé et Ulysse de James Joyce. Resté longtemps accroché sur les murs de l'atelier du Regina à Nice, il ne cesse d'être retouché par le peintre, en recouvrements et effacements successifs.

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Nu accroupi, 1936, fusain sur papier
Nu renversé et feuillage, 1936, fusain et estompe sur papier

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Nu au collier (Lydia), 1935, encre de Chine sur papier
Nu couché aux coussins fleuris, sur fond de plantes vertes (Lydia), 1936, encre de Chine sur papier

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Grand nu couché (Nu rose), 1935, huile sur toile

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Grand nu assis, 1922-1929, bronze

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Henriette I, 1925, bronze, fonte à la cire perdue
Henriette II, 1927, bronze, fonte à la cire perdue
Henriette III, 1929, bronze, fonte à la cire perdue

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Le Chant, 1938, huile sur toile

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Portrait au manteau bleu, 1935, huile sur toile
La grande robe bleue et mimosas, 1937, huile sur toile

Dès 1936, Matisse réalise plusieurs portraits de Lydia, parée de colliers et vêtue d'une robe bleue à jabot, confectionnée par ses soins pour les besoins de la peinture. Ce tableau résulte d'une lente genèse, un processus de sublimation au cours duquel la figure devient une icône hiératique qui flotte, très droite, auréolée d'une couronne dorée de mimosas dans un espace de plans colorés symétriques.

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

La Blouse verte, 1936, huile sur toile
Corselet sur fond de "Tahiti" (La Biche), 1936, huile sur toile

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Nu dans un fauteuil, plante verte, 1936-1937, huile sur toile
Femme nue drapée, 1936, huile sur toile
Nu au peignoir, 1933, huile sur toile

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

La Robe rayée, 1938, huile sur toile
Danseuse au repos, 1940, huile sur toile

Dans l'atelier de Matisse, où l'on distingue à l'arrière-plan le dessin de Nymphe et faune, une jeune femme pose vêtue d'une blouse roumaine, tenue à la mode dans les années 1930 sur la Côte d'Azur. Matisse s'intéresse à la beauté graphique des blouses, à leurs broderies stylisées et à la disposition de leurs détails, qu'il transcrit dans des compositions épurées jusqu'à la version parachevée de La Blouse roumaine de 1939-1940.

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Robe rayée, fruits et anémones, 1940, huile sur toile
Odalisque à la robe persane jaune, anémones, 1937, huile sur toile
Intérieur au vase étrusque, 1940, huile sur toile

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

Femme assise dans un fauteuil, 1940, huile sur toile
Nature morte à la dormeuse, 1940, huile sur toile

Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30
Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30

À la sortie de l'exposition, en écho aux blouses roumaines portées par les modèles de nombre de tableaux de la fin du parcours, nous retrouvons un tableau bien connu de la collection du Musée national d'art moderne au centre Pompidou, La Blouse roumaine, 1940, huile sur toile.

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Les Choses : une histoire de la nature morte

15 Avril 2023 , Rédigé par japprendslechinois

Nous revenons dans ce billet sur une exposition assez atypique pour le Louvre, terminée depuis déjà quelque temps, mais dont le foisonnement (de l'antiquité à l'art contemporain) et l'intérêt inégal des œuvres présentées nous avait peu enclins à en faire la relation.

Il serait cependant dommage de ne pas faire partager au lecteur les belles images que nous y avions récoltées, sans suivre nécessairement l'argumentaire parfois complexe des commissaires de l'exposition.

Dès l'entrée, des œuvres d'art contemporain...
Christian Boltanski (Paris, 1944 - Paris, 2021) :
Les Habits de François C., 1971-1972, tirages noir et blanc encadrés de fer blanc
Vitrine de référence, 1971, bois, plexiglas, photos, cheveux, tissus, papier, terre, fil de fer

Daniel Spoerri (né à Galaţi, Roumanie, 1930) :
Le Repas hongrois, tableau-piège, 1963, métal, verre, porcelaine, tissu sur aggloméré peint, vaisselle, bouteilles, restes de repas, objets divers

Les Choses : une histoire de la nature morte
Les Choses : une histoire de la nature morte

...voisinent avec des œuvres antiques...

Stèle funéraire de l'intendant du trésor Sénouseret, Moyen empire, début de la 12e dynastie (-1963/-1862), calcaire avec restes de polychromie
Flacon en forme de grenade, Chypre, Enkomi, tombe n°5, 14e-15e siècles avant notre ère (bronze récent), verre polychrome fondu sur noyau de sable
Nature morte avec fruits et gibier, Italie, Herculanum, 50-79 de notre ère, peintures murales
Mosaïque avec poissons et oiseaux, Italie, Pompéi, maison
du Grand-Duc de Toscane, 1er siècle avant notre ère

Les Choses : une histoire de la nature morte
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...et, sans que le lien soit évident :

Georges de La Tour (1593-1652) : La Madeleine à la veilleuse, 1642-1644, huile sur toile

Les Choses : une histoire de la nature morte

Vient ensuite une section sur les objets de la foi que nous épargnons au lecteur, suivie d'une autre intitulée Accumulation, échange, marché, pillage, très abondante et intéressante :

Pieter Aertsen (Amsterdam, 1508 - Amsterdam, 1575) : Fermière hollandaise, 1543, huile sur bois
Joachim Beuckelaer (Anvers, vers 1533 - Anvers, vers 1574) : 
La Boutique du boucher, 1568, huile sur bois
Marché aux poissons, 1570, huile sur toile
Scène de cuisine, avec Jésus dans la maison de Marthe et Marie à l'arrière-plan, 1589, huile sur bois
Frans Snyders (Anvers, 1579 - Anvers, 1657) : Nature morte aux légumes, vers 1610, huile sur toile

Les Choses : une histoire de la nature morte
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avec en contrepoint contemporain : 
Erró (né à Ólafsvík, 1932) : Foodscape [Paysage de nourriture], 1964, collage marouflé sur toile

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Jan Davidsz de Heem (Utrecht, 1606 - Anvers, 1684) : La Desserte [Fruits et riche vaisselle sur une table], 1640, huile sur toile

avec en contrepoint :

Henri Matisse (Le Cateau-Cambrésis, 1869 - Nice, 1954) : Nature morte d'après « La Desserte » de Davidsz. de Heem, fin août - début novembre 1915, huile sur toile
 

Les Choses : une histoire de la nature morte
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Attribué à Hieronymus Francken II (Anvers, 1578 - Anvers, 1625) : Les Richesses de l'avare et sa mort, vers 1600, huile sur bois

avec en contrepoint :

Esther Ferrer (née à San Sebastián, 1937) : Europortrait, 2002, photographie
Gilles Barbier (né à Port Vila, Vanuatu, 1965) : The Treasure Room II [Salle du Trésor II], 2019, gouache sur papier (4 panneaux)
 

Les Choses : une histoire de la nature morte
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Dans la section Sélectionner, collectionner, classer :

Anne Vallayer-Coster (Paris, 1744 - Paris, 1818) : Panaches de mer, lithophytes et coquilles, 1769, huile sur toile
Adriaen Coorte (Ysendyck, 1659-1664 - Flessingue, 1707) : Six coquillages sur une table de pierre, 1696, huile sur papier collé sur bois

Les Choses : une histoire de la nature morte
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Atelier de Frans II Francken, dit le Jeune (Anvers, 1581 - Anvers, 1642) :  Ulysse reconnaissant Achille (déguisé en femme) parmi les filles de Lycomède, fin des années 1620, huile sur bois
Peintre anonyme néerlandais : Intérieur d'un magasin de porcelaines et d'objets chinois, 1680-1700, feuille d'éventail, gouache sur papier, montée sur panneau de bois

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Louise Moillon (Paris, 1610 - Paris, 1696) : Coupe de cerises, prunes et melon, vers 1633, huile sur bois
Juan Sánchez Cotán (Orgaz, Tolède, 1560 - Grenade, 1627) : Fenêtre, fruits et légumes, vers 1602, huile sur toile
Lubin Baugin (Pithiviers, vers 1610 - Paris, 1663) : Nature morte à l'échiquier, vers 1630, huile sur bois

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Jacques Linard (Troyes, 1597- Paris, 1645) : Les Cinq Sens et les Quatre Éléments, 1627, huile sur bois
Clara Peeters (Anvers, vers 1588 - La Haye, 1636?) : Nature morte à l'épervier, oiseaux, porcelaines et coquillages, 1611, huile sur bois
Sébastien Stoskopff (Strasbourg, 1597 - Idstein, 1657) : Corbeille de verres et pâté, vers 1630-1640, huile sur toile

en contrepoint :

Salvador Dalí (Figueras, 1904 - Figueras, 1989) : Nature morte vivante, 1956, huile sur toile

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Dans la section suivante, intitulée de façon curieuse Tout reclasser :

Giuseppe Arcimboldo (Milan, 1526 - Milan, 1593) :
L'Hiver, 1573, huile sur toile
L'Automne, 1573, huile sur toile

en regard :

Joel Peter Witkin (né à Brooklyn, New York, 1939) : Harvest, Philadelphia [Moisson, Philadelphie], 1983,  photographie argentique

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Séraphine Louis dite Séraphine de Senlis (Arsy, 1864 - Villers-sous-Erquery, 1942) : Fleurs ou Grand Bouquet au vase noir et fond bleu ou Fleurs et fruits, 1929, huile sur toile

Les Choses : une histoire de la nature morte

Luis Egidio Meléndez (Naples, 1716 - Madrid, 1780) : Nature morte avec pastèques et pommes dans un paysage, 1638, huile sur toile
Willem Ormea (Utrecht, 1611 - Utrecht, 1673) : Nature morte aux poissons, 1638, huile sur bois

Les Choses : une histoire de la nature morte
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Jean Siméon Chardin (Paris, 1699 - Paris, 1779) :
Pipes et vases à boire, dit La Tabagie, vers 1737, huile sur toile
Un lapin, deux grives mortes et quelques brins de paille sur une table de pierre, vers 1755, huile sur toile

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François Desportes (Champigneulle, 1661 - Paris, 1743) : Nature morte de gibier prêt à mettre en broche, 1716, huile sur toile
Eugène Delacroix (Charenton-Saint-Maurice, 1798 - Paris, 1863) : Nature morte au homard, 1827, huile sur toile
Balthasar van der Ast (Middelbourg, 1593-1594 - Delft, 1657) : Fruits et Coquillages, 1623, huile sur bois
 

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Une section consacrée aux vanités :

Sébastien Bonnecroy (Flandres, vers 1618-1676) : Vanité. Nature morte, 2e quart du 17e siècle, huile sur toile
Franciscus Gijsbrechts (Anvers, 1649 - Anvers, après 1677) : Vanité, vers 1670?, huile sur toile

Les vanités modernes exposées ne sont pas toujours du meilleur goût, aussi nous contenterons-nous du rappel de la mosaïque romaine exposée au début du parcours : Memento Mori, 1er siècle avant JC

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Dans la section La bête humaine, des auteurs variés pour des tableaux où prédominent les animaux morts...

Francisco de Goya y Lucientes (Fuentetodos, Saragosse, 1746- Bordeaux, 1828) : Nature morte à la tête de mouton, 1808-1812, huile sur toile
Bernard Buffet (Paris, 1928-Tourtour, 1999) : Nature morte à la tête de mouton, 1952, huile sur toile [en hommage à la toile de Goya]
Théodore Géricault (Rouen, 1791 - Paris, 1824) : Chat mort, vers 1820, huile sur toile

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Gustave Courbet (Ornans, 1819 -La Tour-de-Peilz, Suisse, 1877) :
Les Trois Truites de la Loue, 1872, huile sur toile
La Truite, 1873, huile sur toile

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Francisco de Zurbarán (Fuente de Cantos, Badajoz, 1598- Madrid, 1664) : Agnus Dei, 1635-1640, huile sur toile
Rembrandt Harmenszoon van Rijn dit Rembrandt (Leyde, 1606-Amsterdam, 1669) : Le Bœuf écorché, 1655, huile sur bois

Les Choses : une histoire de la nature morte
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Dans la section La vie simple :

Édouard Manet (Paris, 1832- Paris, 1883) :
Anguille et Rouget, 1864, huile sur toile
Botte d'asperges, 1880, huile sur toile

Les quatre petits tableaux :

Adriaen Coorte (vers 1659 - 1707) : Nature morte aux asperges, 1697, huile sur papier, sur bois
Odilon Redon (Bordeaux, 1840 - Paris, 1916) : Navet, vers 1875, huile sur carton
et de nouveau Édouard Manet : 
L'Asperge, 1880, huile sur toile
Le Citron, 1880, huile sur toile

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Vincent Van Gogh (Groot-Zundert, 1853- Auvers-sur-Oise, 1890) : La Chambre de Van Gogh à Arles, 1889, huile sur toile
Samuel van Hoogstraten (Dordrecht, 1627 - Dordrecht, 1678) : Intérieur hollandais, dit Les Pantoufles, vers 1655-1662, huile sur toile

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Paul Cézanne (Aix-en-Provence, 1839- Aix-en-Provence, 1906) : La Table de cuisine, 1888-1890, huile sur toile
Pierre Bonnard (Fontenay-aux-Roses, 1867 - Le Cannet, 1947) : Coin de table, 1934, huile sur toile
Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau (Laval, 1844 - Paris, 1910) : La Bougie rose, vers 1908, huile sur toile

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Paul Gauguin (Paris, 1848 - Atuona, îles Marquises, 1903) :
Mandoline et Pivoines de Chine, 1885, huile sur toile
Le Jambon, 1889, huile sur toile

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Henri Matisse : Nature morte aux oranges, début mars - mi-avril 1912, huile sur toile
Émile Bernard (Lille, 1868 - Paris, 1941) : Pots de grès aux pommes, 1887, huile sur toile

Les Choses : une histoire de la nature morte
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Et deux peintres de la "Nouvelle objectivité" (nos billets des 25 juin et du 2 juillet 2022) :

Alexander Kanoldt (Karlsruhe, 1881 - Berlin, 1939) : Nature morte au caoutchouc (Nature morte III), 1921, huile sur toile
Erich Wegner (Altenbögge bei Unna, 1905 - Herssching am Ammersee, 1976) : Wirtshaustheke (Stilleben) [Comptoir d'auberge (Nature morte)], vers 1927, panneau de particules sur contreplaqué
 

Les Choses : une histoire de la nature morte
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En se rapprochant de la fin du parcours, les noms des sections sont de plus en plus ésotériques. Nous nous contenterons de présenter les œuvres.

Emil Nolde (Hans Emil Hansen) (Nolde, 1867 - Seebüll, 1956) : Nature morte aux danseuses, 1914, huile sur toile
Foujita Tsuguharu (Léonard Foujita) (Tokyo, 1886 - Zurich, 1968) : Mon intérieur, Paris. Nature morte au réveil-matin, 1921, huile sur toile collée sur panneau de bois parqueté
Giorgio De Chirico (Volos, 1888 - Rome, 1978) : Mélancolie d'un après-midi, 1915, huile sur toile

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Les Choses : une histoire de la nature morte

Fernand Léger (Argentan, 1881 - Gif-sur-Yvette, 1955) : Le Réveille-matin, 1914, huile sur toile
Georges Braque (Argenteuil, 1882 - Paris, 1963) : Nature morte à la bouteille, 1910-1911, huile sur toile

Les Choses : une histoire de la nature morte
Les Choses : une histoire de la nature morte

René Magritte (Lessines, 1898 - Bruxelles, 1967) : Le Modèle rouge, 1935, huile sur toile marouflée sur carton
Konrad Klapheck (né à Düsseldorf, 1935) : Les Ambitieux, 1959, huile sur toile

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Les Choses : une histoire de la nature morte

Thomas Schütte (né à Oldenbourg, 1954) : No Title x3 [Sans titre x3], 2001, résine, tissu, papiers imprimés, ficelle, ruban adhésif, plâtre, bois, verre, plastique
Niki de Saint Phalle (Neuilly-sur-Seine, 1930- La Jolla, Californie, 2002) : Sans titre, 1959, objets et huile sur plâtre

Les Choses : une histoire de la nature morte
Les Choses : une histoire de la nature morte

Alberto Giacometti (Borgonovo, 1901 - Coire, 1966) : Table, dit aussi La Table surréaliste, 1933, bronze

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Les Choses : une histoire de la nature morte

Louise Nevelson (Pereïaslav, 1899- New York, 1988) : Bagage de Lune, 1959, assemblage: coffret, fragments de bois noirci trouvés, collés et cloués
Jean-Pierre Raynaud (né à Courbevoie, 1939) : Croix rouge, 1991, porte d'ambulance militaire

Les Choses : une histoire de la nature morte
Les Choses : une histoire de la nature morte

Tetsumi Kudo (Osaka, 1935 - Osaka ou Tokyo, 1990) : Pollution-cultivation-nouvelle écologie, 1971, fleurs et objets divers en plastique, carton et cellulose

Les Choses : une histoire de la nature morte
Les Choses : une histoire de la nature morte

Marcel Broodthaers (Bruxelles, 1924 - Cologne, 1976) : Casserole and Closed Mussels [Cocotte de moules fermées], 1964, coquilles de moules, pigments, résine polyester et cocotte en fer avec poignées en bois
Ron Mueck (né à Melbourne, 1958) : Still Life [Nature morte], 2009, édition 1/1, matériaux divers

Les Choses : une histoire de la nature morte
Les Choses : une histoire de la nature morte

Jean-Jacques Lebel (né à Paris, 1936) : Vénus endormie de Giorgione rêvant de B. H. (Bernard Heidsieck) et de F. D. (François Dufrêne), 1970-1980, cuir, cuivre, métaux, caoutchouc, système d'éclairage avec deux spots
Glenn Brown (né à Hexham, 1966) : Burlesque, 2008, huile sur toile

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Terminons par quelques noms plus connus :

Miquel Barceló (né à Felanitx, 1957) : Grisaille à l'espadon, 2021, huile et fusain sur toile
Joan Miró (Barcelone, 1893 - Palma de Majorque, 1983) : Nature morte au vieux soulier, 24 janvier - 29 mai 1937, huile sur toile
Pablo Picasso (Malaga, 1881 - Mougins, 1973) : Grande Nature morte
au guéridon
, 11 mars 1931, huile sur toile
 

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