Le Paris de la modernité, 1905-1925 (II/II)
Nous poursuivons dans ce billet le parcours de l'exposition au Petit Palais entamé dans notre billet du 9 mars dernier.
« Poiret le magnifique »
Fils de drapier, Paul Poiret fonde très jeune une maison de couture, en 1903. L'histoire retiendra qu'il a « libéré » la femme du corset en 1906. Poiret insuffle surtout de la souplesse à ses modèles, tout en s'inspirant des Fauves et de l'esthétique orientale. Génie du « marketing », il invente le concept de produit dérivé, lançant dès 1911 le premier parfum de couturier. Sur le modèle des ateliers viennois, le Wiener Werkstätte, il fonde la même année l'Atelier Martine, où de jeunes apprenties créent des objets et accessoires d'art décoratif. Confortant sa réputation grâce aux « stars » de l'époque, comme les actrices. Réjane et Mistinguett, Poiret perçoit rapidement l'importance des nouveaux médiums que sont le film, la presse et la photographie pour diffuser ses modèles. Il est aussi parmi les premiers couturiers à s'installer dans le quartier des Champs-Élysées. Dans son hôtel particulier, il orchestre de mémorables fêtes costumées, aux mises en scène spectaculaires.
Marie Laurencin (1883-1959) : La Songeuse, 1910-1911, huile sur toile
Robert Delaunay (1885-1941) : Portrait d'Henri Cartier, 1906, huile sur toile
Paul Poiret (1879-1944) (et atelier Martine) :
Robe Directoire, années 1910, crêpe de soie, broderie au point de chaînette, perles de verre
Robe Delphinium, dite « Robe Bonheur » avec fond de robe, 1912, taffetas de soie crêpé ivoire, toile de coton crêpé, broderies en fils de coton, lainage bleu marine, dentelle aux fuseaux
Robe estivale, vers 1911, crêpe de coton ivoire, velours bouclé vert, broderies de fil de soie rouge, vert et blanc, ruban en satin vert foncé, pongé de soie ivoire
Corsage Les fleurs et faluche, vers 1915, filet en coton rose brodé de fil de soie polychrome à motifs floraux
Tenue Minaret comprenant un turban à aigrette, une tunique, une culotte bouffante façon sarouel, une combinaison de dessous (mannequinage moderne), un face-à-main miroir, une paire de souliers, 1913
Turban : satin de soie vert drapé, fond de tarlatane et toile de coton avec aigrette et ornement de perle
Tunique « abat-jour » : satin de soie vert bordé de galons et franges métalliques
Face-à-main: plumes bleues et brunes tachetées, rubans de filés métalliques, taffetas bleu marine, manche en bois
Souliers: toile argentée et cuir, brodés de strass vert
Dans la vitrine, Georges Lepape (1887-1971) : Femme au turban persan, 1911, gravure rehaussée au pochoir
Paul Iribe (1883-1935) : Planches extraites de l'album Les Robes de Paul Poiret racontées par Paul Iribe, 1908, gravure rehaussée au pochoir
Georges Lepape : Planches extraites de l'album Les Choses de Paul Poiret vues par Georges Lepape, 1911, gravure rehaussée au pochoir
Paul Poiret et atelier Martine : Paravent à trois feuilles, vers 1912-1913, bois, broderie en application sur fond de soie Paris
Naissance du Théâtre des Champs-Élysées
À son ouverture en 1913, le Théâtre des Champs-Élysées est à la pointe de la modernité. Construit par Auguste et Gustave Perret, le bâtiment en béton armé allie des technologies innovantes à une esthétique épurée, qui annonce l'Art déco. Le sculpteur Antoine Bourdelle conçoit le décor de la façade et supervise la décoration intérieure, à laquelle participent divers artistes, dont Maurice Denis, Édouard Vuillard ou Jacqueline Marval.
La programmation novatrice est inaugurée par les Ballets russes, que dirige Serge Diaghilev. Le Sacre du printemps, d'après une partition d'Igor Stravinsky et avec Vaslav Nijinski en danseur vedette, déchaîne un scandale le 29 mai 1913, faisant entrer l'œuvre et le Théâtre des Champs-Élysées dans la légende. Les ballets hauts en couleur qui y sont donnés, arborant des costumes souvent inspirés du folklore traditionnel russe, suscitent un véritable engouement et influencent à la fois la mode et la joaillerie de l'époque.
Auguste Perret (1874-1954) : Théâtre des Champs-Elysées, avenue Montaigne, Paris 8
- élévation de la façade principale, encre de Chine et aquarelle sur papier
- axonométrie éclatée de l'ossature en béton armé, 1913, encre et lavis rehaussé de blanc sur papier
Antoine Bourdelle (1861-1929) : Onzième étude de la deuxième façade, crayon au graphite, plume et encre brune, aquarelle sur papier vélin
Jacqueline Marval (1866-1932) : La Danse bleue, 1913, huile sur toile marouflée sur panneau
(d'un ensemble de dix tableaux pour le Foyer de la danse, situé dans les coulisses, autour du thème de Daphnis et Chloé)
Cartier :
Montre bracelet Santos-Dumont, 1912, or jaune, or rose, saphir, bracelet cuir
Bijoux divers
(d'après) Nicolas Roerich (1874-1947) :
Costume pour une jeune femme rouge dans Le Sacre du printemps, ballet de Vaslav Nijinski, reprise à l'opéra de Paris en 1991, tissu, coton, cuir
Costume pour L'Élue dans Le Sacre du printemps, ballet de Vaslav Nijinski, reprise à l'opéra de Paris en 1991, tissu, cuir
Jacques-Emile Blanche (1861-1942) :
Igor Stravinsky, 1915, huile sur toile
Tamara Karsavina dansant L'Oiseau de Feu, 1910, huile sur toile
Jacqueline Marval : Nijinski et la Karsavina, vers 1910, huile sur toile
SEM (Georges Goursat, dit) ,1863-1934, Le Massacre du printemps [Gabriel Astruc, Vaslav Nijinski, Frédéric Madrazzo], planche XXXVI, extraite du portfolio 19, Tangoville-sur-Mer, 1913, lithographie en couleurs
La France en guerre
Le 3 août 1914, l'Allemagne déclare la guerre Les artistes engagés pour la France à la France. La vie de tout un peuple bascule : 72 millions d'hommes sont mobilisés et beaucoup connaissent bientôt l'enfer des tranchées. Le Grand Palais sert de caserne, puis d'hôpital militaire, dépendant du Val-de-Grâce. Il accueille les soldats estropiés et soigne les « gueules cassées », victimes de cette guerre scientifique menée avec des armes modernes. Les femmes s'engagent comme infirmières, remplacent les hommes aux postes laissés vacants, et gagnent notamment leur vie dans des usines d'armement, où elles ne perçoivent néanmoins que la moitié du salaire des hommes. Les enfants, parfois eux aussi amenés à travailler, sont nombreux à se retrouver orphelins, «pupilles de la nation ».
Le 29 juillet 1914, le poète suisse Blaise Cendrars, l'écrivain italien Ricciotto Canudo et le sculpteur lituanien Jacques Lipchitz lancent « l'appel aux étrangers vivant en France ». Il s'agit d'inciter les créateurs d'origine étrangère, par définition non concernés par la mobilisation générale, à se joindre aux Français mobilisés, tel Fernand Léger, pour défendre le pays. Ossip Zadkine ou Guillaume Apollinaire s'engagent et obtiendront ainsi la nationalité française. Gravement blessé, Apollinaire sera trépané à deux reprises, tandis que Cendrars perdra un bras dans la bataille. Marie Vassiliev se forme comme infirmière mais, n'étant pas appelée, crée à Paris une soupe populaire pour les artistes. Jean Cocteau devient infirmier auprès de la Croix- Rouge. Enfin, Amedeo Modigliani est réformé pour raisons de santé, malgré son souhait de s'engager.
Paul Poiret : Capote de troupe en drap bleu horizon, fermée par six boutons métalliques gris, 1915, drap, métal, cuir, coton
Mobilisé le 14 août 1914, Paul Poiret intègre l'infanterie territoriale. Jaugeant sa tenue militaire d'un œil expert, il suggère à l'armée certaines améliorations, en particulier concernant la capote. Son modèle simplifié nécessite moins de tissu et de main-d'œuvre ; il est adopté en septembre 1914. A l'usage, il se révèle peu satisfaisant: les poches font défaut pour les munitions, les jambes sont insuffisamment couvertes, et le haut du corps n'est pas assez protégé contre le froid et l'humidité. Un autre modèle lui est préféré dès 1915.
Alfred Roll (1846-1919) : Soldat et infirmière, étude pour l'affiche Les Blessés de la tuberculose, 1916, pastel sur papier contrecollé sur toile
François Flameng (1856-1923) : Les Masques, août 1917, aquarelle, gouache et crayon graphite sur papier vergé
Félix Vallotton (1865-1925) :
Soldats sénégalais au camp de Mailly, 1917, huile sur toile
Église des Hurlus en ruines, 1917, huile sur toile
Félix Vallotton fait partie des peintres aux armées qui se voient investis d'une mission officielle pour traduire en peinture « l'atmosphère du front ». Il réalise ainsi en 1917 une tournée de trois semaines sur le front de Champagne. Les deux œuvres présentées dans cette salle datent de cette période. L'Église des Hurlus en ruines montre un paysage dévasté, traversé par un chemin boueux menant vers un horizon hérissé de ruines. Plutôt que de montrer la crudité de l'horreur, Vallotton exprime une trouble mélancolie.
Jacqueline Marval : Poupées patriotiques, 1915, huile sur toile
Jean Cocteau (1889-1963) : Guillaume Apollinaire, 1917, stylo-feutre noir sur papier
Mela Muter (Marie-Melania Klingsland, dite) 1876-1967, Les Soudanais, vers 1919, huile sur toile
Ossip Zadkine (1888-1967) : L'Escalier, 1918, issu d'un ensemble de 20 eayx-fortes
Loin du front, la vie reprend
La vie culturelle parisienne s'interrompt brutalement lorsque la capitale est déclarée en état de siège en août 1914. Elle reprend progressivement à la fin de l'année 1915. L'association Lyre et Palette propose des lectures, des concerts, mais aussi la première exposition française d'art africain et océanien, en novembre 1916, dans l'atelier du peintre Émile Lejeune. Dans le « Salon d'Antin » chez Paul Poiret, André Salmon organise en juillet 1916 « L'Art moderne en France », où Pablo Picasso expose pour la première fois ses Demoiselles d'Avignon. L'année suivante, des tableaux d'Amedeo Modigliani présentés à la galerie Berthe Weill doivent être décrochés pour «atteinte à la pudeur », ses Nus affichant des poils sur certaines parties du corps! Les théâtres et salles de spectacle rouvrent peu à peu, et le cinéma offre au public un nouveau divertissement. Comme l'illustre la création du ballet Parade en 1917, cette période connaît, paradoxalement, une effervescence culturelle et des innovations artistiques majeures.
Jacqueline Marval : Jeune fille assise, vers 1918, huile sur toile
Marevna (Marie Vorobieff, dite), 1892-1976 : La Mort et la Femme, 1917, huile sur bois
André Derain (1880-1954) : Portrait de Paul Poiret, 1915, huile sur toile
Léonard Foujita (1886-1968) : Fillette, 1917, huile sur toile
Amadeo Modigliani (1884-1920) : Portrait de Dédie [Odette Hayden], 1918, huile sur toile
Jeanne Hébuterne (1898-1920) : Autoportrait, 1916, huile sur carton
Jeanne Hébuterne, à la fois peintre et modèle, étudie à l'académie Colarossi lorsqu'elle réalise cet autoportrait. Les teintes bleues font ressortir la pâleur de son teint, qui lui vaut le surnom de « noix de coco ». À tout juste 18 ans, elle pose, à l'occasion, pour Foujita. Peu de temps après, la sculptrice Chana Orloff lui présentera Amedeo Modigliani, avec qui elle formera le couple sans doute le plus célèbre des Montparnos.
Kies Van Dongen (1877-1968) : La Vasque fleurie, 1917, huile sur toile
Tullio Garbari (1892-1931) : Les Intellectuels au café, 1916, huile sur toile
Marie Vassilieff (1884-1957) : Le Banquet de Braque, 1917, gouache sur carton
Pendant la guerre, Marie Vassilieff crée une «cantine » pour artistes. Dans cette œuvre, elle immortalise le banquet qu'elle y a donné le 14 janvier 1917 en l'honneur de Georges Braque, revenu du front (ici, couronné de lauriers). Marie Vassilieff coupe une dinde, Henri Matisse fait le service, Blaise Cendrars (amputé du bras droit) est attablé face à Picasso. Au fond, Modigliani fait irruption, ivre: il n'avait pas été invité, afin d'éviter la confrontation avec son ancienne maîtresse, Béatrice Hastings (en haut à droite). Le nouvel amant, furieux, se lève et pointe sur lui un pistolet.
Pablo Picasso : Costumes du ballet Parade : le Manager new-yorkais et Le Cheval
Refaits en 1979 d'après l'original de 1917. Structure : bois, toile de coton peinte; porte-voix: bois, papier mâché
Pour les personnages des managers, Picasso imagine un costume imposant, de près de trois mètres de haut. Construit en bois, toile peinte et papier mâché, il entrave les danseurs et leur confère des allures d'automate. Le manager américain est équipé d'un mégaphone et porte sur le dos des gratte-ciel new-yorkais, sur lesquels flottent des fanions de paquebot.
Le costume du cheval est prévu pour deux danseurs et leur donne une grande liberté de mouvement.
Picasso applique à ces costumes les codes esthétiques du cubisme et semble donner vie aux personnages de ses tableaux.
Pablo Picasso :
L'Atelier de l'artiste rue La Boétie, 12 juin 1920, crayon graphite et fusain sur papier
Portrait d'Olga dans un fauteuil, Montrouge, printemps 1918, huile sur toile
André Derain : Portrait de jeune fille, 1914, huile sur toile (probablement acheté par Picasso lors d'une exposition de soutien consacré à ce peintre, qui passe quasiment toute la guerre sur le front)
Jean Leprince (actif au début du XXe siècle) : Le Boulevard et la Porte de Saint-Denis, 11 novembre 1918, huile sur toile
Les années folles : Montparnasse, carrefour du monde
La paix retrouvée voit arriver les « Années folles », caractérisées par une intense activité artistique, sociale et culturelle. Des myriades d'artistes arrivent du monde entier et se ruent sur Montparnasse. Ils constituent ce que le critique André Warnod nommera en 1925 l'« École de Paris ». Les Salons, les galeries, les académies libres se réorganisent. Lieux de rencontre, les cafés accueillent aussi, à l'occasion, des expositions. Des artistes comme Chaïm Soutine ou Tsugouharu Foujita connaissent un véritable succès.
Kiki de Montparnasse est l'égérie de ce Paris des années 1920, qui vit également la nuit grâce à ses premiers dancings. Les Américains, nombreux à venir en Europe pour échapper à la prohibition qui sévit aux États-Unis ou pour fuir les lois ségrégationnistes, y importent le jazz. Se multipliant, les bals concrétisent «l'union des arts ». Ceux des Martiniquais, dont le Bal colonial (plus tard renommé Bal nègre), attirent également le Tout-Paris.
Félix Vallotton : Portrait d'Aïcha Goblet, 1922, huile sur toile
Chana Orloff (1888-1968) : David Ossipovitch Widhopff, dit aussi D.O. Widhopff, 1923, bronze
Léonard Foujita :
Mon intérieur (Nature morte au réveille-matin), Paris, 1921, huile sur toile collée sur panneau de bois marqueté
Nu, 1925, huile sur toile
Amedeo Modigliani : Maternité, 1919, huile sur toile
Chaïm Soutine (1893-1943) :
La Fiancée, 1923, huile sur toile
Portrait d'homme ( Émile Lejeune), [vers 1922-1923], huile sur toile
Pablo Gargallo (1881-1934) : Kiki de Montparnasse, 1928, laiton
Tarsila (Tarsila de Amaral, dite), 1186-1973 : A Cuca, vers février 1924, huile sur toile, cadre de Pierre Legrain
Francis Picabia (1879-1963) :
Portrait de Simone Breton, 1922, encre et aquarelle sur papier brun
Les Masques, 1923-1924, crayon graphite et encre sur papier
Max Ernst (1891-1976) :
Aquis Submersus, 1919, huile sur toile
André Breton, 1923, encre sur carton
Fernand Léger (1881-1955) : L'Homme à la pipe, 1920, huile sur toile
Le Paris des années folles : un nouvel art de vivre
Caractérisées par une grande soif de vivre, les « Années folles » (1920-1929) célèbrent la paix retrouvée. La génération qui a vécu la Grande Guerre cherche l'oubli d'elle-même, dans l'alcool et la débauche. Comme le résumera Ernest Hemingway dans un roman publié en 1964: « Paris est une fête » ! Les tenues reflètent ce nouvel art de vivre: robes de cocktail, à paillettes et à plumes sont idéales pour danser sur les rythmes échevelés du jazz et du fox-trot. L'époque consacre la vitesse dans tous les domaines : le cinéma, les automobiles, le train, les paquebots... C'est dans ce contexte qu'apparaît la figure ambivalente de la garçonne, une « femme nouvelle » aux multiples facettes, qui fascine et dérange. Érigée en héroïne par l'écrivain Victor Margueritte, elle se diffuse à travers la littérature et gagne la presse féminine, la publicité et l'industrie cosmétique.
Tamara de Lempicka (1898-1980) :
Saint-Moritz, 1929, huile sur toile
Perspective ou Les Deux Amies, 1923, huile sur toile
Foujita : Les Deux Amies, 1926, huile sur toile
Kees Van Dongen : Autoportrait en Neptune, 1922, huile sur toile
Chana Orloff : Portrait de Romaine Brooks, 1923, bronze
Jacques-Émile Blanche : Étude pour le portrait de Raymond Radiguet, 1923, huile sur toile marouflée sur carton
Jean Cocteau : Autoportrait « Écrivez lisiblement », 1919, lithographie
Robe de cocktail et éventail pliant, 1925
Deux robes de Madeleine Vionnet (1876-1975), 1925
Un corsage (1922) de Jean Patou (1887-1936) et un chapeau cloche (vers 1925) de Lucienne Rabaté (1838-1927)
Jacques-Émile Blanche : Le Groupe des Six, 1922, huile sur toile
Raoul Dufy (1877-1953) : Le Bœuf sur le Toit, 1920, xylographie sur papier
En 1920, Raoul Dufy est chargé des décors du Bœuf sur le Toit, ballet-pantomime inventé par Jean Cocteau. Dans cette lithographie, il réunit tous les protagonistes de l'action : un barman, une dame décolletée, une dame rousse, un joueur de billard noir, un monsieur en habit, un jockey, un boxeur noir, un policeman. Les têtes disproportionnées des personnages rappellent les costumes imaginés par Guy-Pierre Fauconnet, caractérisés par une énorme tête en carton-pâte.
Jean Cocteau : Étude de mains sur papier à en-tête du Boeuf-sur-le-Toit, vers 1923, encre sur papier
Irène Lagut (1893-1994) : Les Mariés de la Tour Eiffel, 1921, huile sur toile
Cette peinture rappelle le rôle qu'Irène Lagut joua dans la création du ballet Les Mariés de la tour Eiffel, dont elle conçut les décors. La musique de ce ballet, fruit de la collaboration de Georges Auric, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre, est la seule œuvre collective du groupe des Six. Jean Cocteau en composa le livret.
Les Suédois et la Revue Nègre au Théâtre des Champs-Élysées
En 1920, le Théâtre des Champs-Élysées renouvelle son répertoire grâce aux Ballets suédois, compagnie fondée par le collectionneur Rolf de Maré. Celui-ci conçoit ses spectacles à la façon d'une œuvre d'art totale qui mettrait en scène sa propre collection. Le danseur suédois Jean Börlin en assure la chorégraphie jusqu'en 1925. Explorant les relations entre scène et tableau, il repousse les limites de la danse, en interaction avec les arts plastiques. Les compositeurs du groupe des Six (Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Germaine Tailleferre), réunis autour de Jean Cocteau, participent à certaines saisons - de même que les peintres Marie Vassilieff et Fernand Léger.
Après le départ des Ballets suédois au printemps 1925, le Théâtre des Champs-Élysées programme La Revue nègre. Arrivée des États- Unis, la jeune Joséphine Baker y fait sensation avec ses danses trépidantes, aux côtés notamment de Sidney Bechett. Accueillie à Paris dans une société non régie par des lois de ségrégation, elle adopte la France comme sa patrie de cœur.
Per Lasson Krohg (1889-1965) : Jean Börlin - Affiche de la première saison des Ballets suédois, 1920, lithographie couleur
Marie Vassilieff : Poupée des Ballets suédois, 1924, tissu, carton et Rhodoïd
Jan et Joël Martel (1896-1966) Skating Rink - Jean Börlin dans le rôle du Fou, 1922, céramique polychrome
Fernand Léger :
Couverture du programme des Ballets suédois, vers 1923
Projet de costume pour le ballet Skating Rink, vers 1921, graphite, encre de Chine et gouache sur papier
Charlot cubiste, 1924, éléments en bois peint cloués sur contreplaqué
Maquette du décor du ballet La Création du monde, 1922 (reproduction en 1995), assemblage en bois peint
Paul Colin (1892-1985) : affiche du spectacle La Revue Nègre, 1925, lithographie
Jean Dunand (1877-1942) : Joséphine Baker voilée, 1927, panneau de laque blonde, noire et argent
Kees Van Dongen : Joséphine Baker, 1925, encre de Chine et aquarelle sur papier
Jean Cocteau : Joséphine Baker, vers 1925, encre de Chine sur papier
Dernière salle de ce parcours marathon :
L'exposition internationale des Arts décoratifs de 1925
Reportée à trois reprises, l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes ouvre ses portes le 28 avril 1925. À sa clôture, le 25 octobre, elle aura accueilli plus de 15 millions de visiteurs et rencontré un immense succès populaire.
Cette manifestation d'envergure s'étend de la place de la Concorde au pont de l'Alma et du rond-point des Champs-Élysées à l'esplanade des Invalides, en passant par le pont Alexandre-III. Elle réunit vingt et une nations - l'Allemagne et les États-Unis en sont absents -, représentées par 150 galeries et pavillons éphémères, auxquels s'ajoute le Grand Palais.
Son enjeu est à la fois économique et culturel. Il s'agit de faire valoir l'excellence des traditions françaises face à l'Allemagne vaincue et à la concurrence internationale. Il faut également relancer la production industrielle et le commerce de luxe, dans une France fragilisée par l'inflation.
Dédiée à l'art, à la décoration et à la vie moderne, cette grande fête est parfois considérée comme le chant du cygne d'une esthétique du luxe. Elle signe l'apparition du terme «Art déco».
Joseph Bernard (1866-1931) : Jeune fille à la cruche ou Porteuse d’eau, 1921, plâtre ; au mur, La Danse, 1925, moulage d'après la frise en marbre de 1913, plâtre
Jacques-Émile Ruhlmann (1879-1933) : Argentier [meuble au char], 1921, ébène de Macassar, marqueterie d'ivoire et d'acajou de Cuba
Edgar Brandt (1880-1960) : Les Bouquets, porte intérieure du pavillon du Collectionneur, 1925, fer forgé et argenté
Porte en fer forgé et verre de la boutique Siégel et têtes de mannequins de la maison Siégel.
On retrouve Paul Poiret :
Fauteuil cambodgien, vers 1925, hêtre laqué rouge et noir, assise en cuir
Robe d'intérieur imprimée de rayures tabac, vers 1920, toile de lin
Dans ce salon, comme à l'exposition de 1925, trois robes de Jeanne Lanvin (1867-1946). Les mannequins sont de la maison Siégel et la chaise à dossier renversé et crosse en merisier de Armand-Albert Rateau (1882-1938) pour Lanvin-Décoration.
Terminons sur une touche animalière avec :
Panthère marchant, réalisée pour le pavillon de l'Élégance par les frères Baguès, 1925, fer forgé, socle en marbre
et le célèbre ours de François Pompon (1855-1933).
Mark Rothko (1903-1970) (II/II)
Nous terminons le parcours de la rétrospective Rothko à la Fondation Louis Vuitton, amorcée dans notre billet du 2 mars dernier.
Les années 1950
Au début des années 1950, la peinture de Rothko se fait immédiatement identifiable : deux ou trois formes rectangulaires et colorées se superposent, jouant d’une infinité de tons et de valeurs, créant la vibration si caractéristique de ses œuvres. La touche atmosphérique donne à la toile une qualité mystérieuse, quasi magique. Derrière la couleur, c’est la lumière que l’artiste dit rechercher. Les formats s’agrandissent encore, jusqu’à envelopper le spectateur. Rothko est bien conscient de l’emprise sensuelle de sa peinture, mais il refuse la qualification de « coloriste » tout comme il réfute la sérénité apparente de son œuvre : « J’ai emprisonné la violence la plus absolue dans chaque centimètre carré de leur surface ».
No. 9 (Dark over Light Earth/ Violet and Yellow in Rose), 1954, huile sur toile
Light Cloud, Dark Cloud, 1957, huile sur toile
No. 7 (Dark over Light), 1954, huile sur toile
Untitled (Red, Black, White on Yellow), 1955, huile sur toile
Yellow Band, 1956, huile sur toile
No. 13 (White, Red on Yellow), 1958, hulle et acrylique avec pigments en poudre sur toile
No. 9/No. 5/No. 18, 1952,huile sur toile
Green on Blue (Earth-Green and White), 1956, huile sur toile
Untitled, 1955, huile sur toile
No. 15, 1958, huile sur toile
No. 6 (Yellow, White, Blue over Yellow on Gray), 1954, huile sur toile
No. 10, 1957, huile et techniques mixtes sur toile
No. 14/No. 10 (Yellow Greens), 1953, huile sur toile
Untitled, 1955, huile sur toile
Seagram Murals
À partir de 1956 les couleurs s’assombrissent et les formats évoluent, comme en témoignent les trois ensembles réunis au niveau 1 du bâtimant de la Fondation Louis Vuitton :
En juin 1958, Rothko accepte la commande d’une série de peintures murales destinées au restaurant conçu par l’architecte Philip Johnson pour le nouveau gratte-ciel de Mies van der Rohe, le Seagram Building. Rothko s’enthousiasme à l’idée d’avoir la maîtrise totale d’un lieu où il cherche à créer une oeuvre indissociable de l’architecture.
Dans un nouvel atelier, il installe un échafaudage aux dimensions de la salle du restaurant. Quelque trente œuvres seront ainsi réalisées. Rothko restreint sa palette à une dualité de couleurs dans chaque panneau et privilégie les formats horizontaux ; modifiant sa composition, il passe d’une forme fermée à ouverte, dont les horizontales et les verticales peuvent suggérer une fenêtre ou un portail. Notons que les tableaux devaient être placés suffisamment haut pour rester visibles derrière les convives.
En décembre 1959, réalisant que le lieu ne correspond nullement à l’esprit du projet qu’il avait conçu, Rothko résilie le contrat. Dix ans plus tard, il sélectionne neuf de ces panneaux et en fait don à la Tate, sensible à l’idée d’une proximité avec l’œuvre de Turner qu’il admire. Les œuvres arrivent à Londres le jour de sa mort et sont exposées dans la « Rothko Room ». Leur présentation, dans le respect des directives données par l’artiste, est une occasion exceptionnelle de voir cet ensemble en dehors du Royaume-Uni.
– en préambule, cinq œuvres de 1956 à 1958 qui par leur structure et leur palette annoncent les Seagram Murals, 1958-1959, dont le No. 9 (White and Black on Wine), 1958, qui est le tout premier de la série.
The Black and the White, 1956, huile sur toile
Brown and Black in Reds, 1957, huile sur toile
No. 15, 1957, huile sur toile
Pink and White over Red, 1957, huile sur toile
Ce tableau acquis en 1958 par Phyllis Lambert, architecte et fille du propriétaire de la firme Seagram, est à l'origine de la commande pour le Seagram Building passée à Rothko cette même année.
No. 9 (White and Black on Wine), 1958, huile sur toile
– La «Rothko Room» de la Tate est ensuite présentée en totalité avec ses neuf Seagram Murals.
Ces œuvres, réalisées entre 1958 et 1959, intitulées pour les unes Black on Maroon, pour les autres Red on Maroon, sont présentées, comme à la Tate Modern de Londres, dans une lumière parcimonieuse selon les instructions qui ont accompagné le don de l'artiste.
– Le parcours se poursuit dans la salle suivante avec les Blackforms, 1964-1967.
Au cours de l’année 1964 dans la lignée des Seagram Murals, l’artiste expérimente la capacité de panneaux sombres à la limite de la monochromie à générer leur propre lumière. Mêlant au noir des bruns, des rouges et du violet, ces tableaux connus sous le nom de Blackforms exigent l’accoutumance de l’oeil avant de se révéler pleinement au regard. Ils coïncident avec le début de la réflexion de Rothko pour la chapelle de Houston, à laquelle il se consacrera jusqu’à la fin des années 1960.
Untitled, 1964, huile et acrylique sur toile
No. 8, 1964, huile, acrylique et techniques mixtes sur toile
No. 3, 1967, huile sur toile
Quelques autres toiles dans la galerie 6 :
Untitled (Black, Red over Black on Red), 1964, huile sur toile
No. 3 (Green and Blue)[Untitled], 1957, huile sur toile
et dans la petite galerie 7, toujours au niveau 1 :
La « Rothko Room » de la Phillips Collection
Emblématiques de la période classique – couleurs vibrantes et effet de sfumato d’où émergent deux rectangles distincts –, les trois peintures réunies ici proviennent de la Phillips Collection (Washington, DC) où elles sont présentées ensemble dans un espace dédié, la « Rothko Room ». Les dimensions étroites du lieu convenaient à l’artiste qui souhaitait un accrochage des œuvres proche du sol, et un éclairage tamisé. Il fit ajouter un simple banc, incitant ainsi à la contemplation. Inaugurée en 1960, la « Rothko Room » est la première salle consacrée à Rothko dans un musée et la seule ouverte au public de son vivant. Elle suscitait chez Duncan Phillips, fondateur de la Phillips Collection, une sensation de « bien-être soudain assombri par un nuage ».
Ochre, Red on Red, 1954, huile sur toile
Orange and Red on Red, 1957, huile sur toile
Green and Tangerine on Red, 1956, huile sur toile
Les années 1960
Au cours des années 1960, Rothko poursuit la réalisation de tableaux individuels. Chacun d’eux propose au visiteur à travers un « état d’intimité » une expérience immersive. Co-créateur comme le souhaite Rothko, ce
visiteur doit « prendre le risque » et « entreprendre le voyage » [sauf à] « passer réellement à côté de l’expérience essentielle du tableau ». Comme toujours chez l’artiste, les couleurs en sont le vecteur. Elles se sont alors assourdies et densifiées, les rouges, les noirs et les marron prenant une importance croissante. Associés à des bleus profonds, ils créent un contraste renforçant l’incandescence et accentuent la luminosité de l’œuvre.
No. 1, White and Red, 1962, huile sur toile
Number 207 (Red over Dark Blue on Dark Gray), 1961, hulle sur toile
Untitled, 1960, Technique mixte sur toile
Blue, Orange, Red, 1961, huile sur toile
No. 5, 1963, huile sur toile
No. 2, 1963, huile, acrylique et colle sur toile
No. 14 (Painting), 1961, huile sur toile
Untitled, 1962, huile sur toile
La couleur, encore
Rothko continue d’utiliser jusqu’à la fin des couleurs éclatantes – rose, rouge, orange et bleu – comme le montrent les trois œuvres présentées dans la salle 11
Untitled, 1967, huile sur toile
No. 3 (Untitled/Orange), 1967, huile sur toile
Untitled, 1967, huile sur toile
Comme dans chaque grande exposition de la Fondation Louis Vuitton, le parcours se termine en apothéose dans la galerie 10 :
Black and Gray, Giacometti
La série des Black and Gray, 1969-1970, se distingue par une nouvelle composition en deux parties bien définies, séparées par une ligne continue : un rectangle noir dans la zone supérieure et un rectangle gris dans la zone inférieure. Chaque peinture, sauf une, est entourée d’une bordure blanche tracée à l’aide d’un ruban adhésif enfermant les deux rectangles. Ici on regarde l’oeuvre plus qu’on n’y pénètre. Rothko utilise de l’acrylique, employée auparavant seulement dans ses œuvres sur papier de 1967-1968. Marqués par une certaine sévérité, ces tableaux ont trop souvent été rapportés aux problèmes de santé de Rothko et à un état dépressif. Une lecture plus contemporaine, portée par les artistes, fait valoir une autre interprétation les reliant au minimalisme.
Ici, la présence de Giacometti évoque la commande d’une peinture monumentale passée à Rothko en 1969 par l’Unesco, pour son nouveau siège parisien. Cette oeuvre aurait dû être présentée à proximité d’une grande figure de Giacometti, artiste dont il se sentait proche et dont la couleur des peintures aurait, selon Motherwell, inspiré les Black and Gray. Dès juillet 1969, Rothko renonce à la commande, tout en poursuivant son travail sur cette série jusqu’à sa disparition en février 1970.
Tous ces tableaux sont peints à l'acrylique sur toile, sans titre (Untitled), mention parfois suivie de Black and Gray, et datés de 1969 ou 1969-1970.
Le Paris de la modernité, 1905-1925 (I/II)
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Le Petit Palais présente depuis novembre une exposition très riche et variée, « Le Paris de la modernité (1905-1925) ».
De la Belle Époque jusqu'aux années folles, Paris continue plus que jamais d'attirer les artistes du monde entier. La Ville-Monde est à la fois une capitale au coeur de l'innovation et le foyer d'un formidable rayonnement culturel. Le parcours présente près de 400 œuvres de Robert Delaunay, Sonia Delaunay, Marcel Duchamp, Marie Laurencin, Fernand Léger, Tamara de Lempicka, Amedeo Modigliani, Chana Orloff, Pablo Picasso, Marie Vassilieff et tant d'autres. L'exposition montre également des tenues de Paul Poiret, de Jeanne Lanvin, des bijoux de la maison Cartier, un avion du musée de l'Air et de l'Espace du Bourget et même une voiture prêtée par le musée national de l'automobile à Mulhouse. À travers la mode, le cinéma, la photographie, la peinture, la sculpture, le dessin, mais aussi la danse, le design, l'architecture et l'industrie, l'exposition donne à vivre et à voir la folle créativité de ces années 1905-1925.
Montmartre et Montparnasse, viviers de la création
Au début du XXe siècle, les ateliers d'artistes sont d'abord concentrés à Montmartre puis à Montparnasse, véritables viviers de la création. Alors situés aux limites de Paris, ces quartiers offrent à la bohème artistique un cadre animé, avec leurs nombreux cafés et réseaux d'entraide.
Montmartre attire dès la fin du XIXe siècle les « rapins », ces artistes en devenir. Originaires de la capitale ou d'autres régions françaises, mais aussi d'Espagne et d'Italie, ils s'installent dans des ateliers bon marché: ceux du Bateau-Lavoir accueillent à partir de 1904 la « bande à Picasso ». Ce lieu de discussions esthétiques et artistiques passionnées devient un véritable laboratoire de la modernité. Au cabaret du Lapin agile, les artistes se mêlent aux poètes et écrivains, ainsi qu'à des « canailles crapuleuses». Cependant, les chantiers incessants, l'insécurité, l'arrivée du tourisme, l'augmentation des loyers poussent peu à peu les artistes à quitter Montmartre pour Montparnasse, sur la rive gauche de la Seine.
Marie Laurencin (1883-1959) :
Autoportrait, 1905, huile sur toile
Portrait de Max Jacob, 1908, huile sur bols
Max Jacob fréquente Le Bateau-Lavoir et soutient son ami Picasso. Excentrique personnage en redingote bretonne, le peintre, poète et écrivain y anime les soirées par ses bons mots, son talent d'imitateur et ses supposés dons de divination. Réalisé par Marie Laurencin, ce portrait reprend ses traits glabres sous la forme d'un masque. L'artiste s'est sans doute inspirée des collections d'œuvres extra-européennes de son compagnon, le critique d'art et poète Guillaume Apollinaire, ou par Les Demoiselles d'Avignon, qu'elle a pu voir dans l'atelier du Bateau-Lavoir de Picasso.
Kees Van Dongen (1877-1968) : Portrait de Fernande Olivier, 1907, pastel
Beauté vedette de Montmartre, Fernande est modèle - un métier grâce auquel elle a acquis l'indépendance financière lui permettant de s'arracher aux griffes d'un mari abusif. En ménage avec Picasso à partir de 1904, elle pose dès lors exclusivement pour lui et ses proches, comme ici le peintre hollandais Kees van Dongen. Installé au Bateau-Lavoir depuis 1903, ce dernier la représente à de nombreuses reprises, avec ses yeux en amande et ses cheveux remontés en chignon.
Jules Pascin (1885-1930) : Le Modèle, 1912, huile sur toile
André Gill (1840-1885) : Enseigne du Lapin-Agile, 1880, huile sur bois
Pablo Picasso (1881-1973) :
Buste de femme ou de marin (étude pour Les Demoiselles d'Avignon), 1907, huile sur carton
Le Repas frugal, 1904, eau-forte dur zinc
Le Fou, 1905, bronze
Michel Kikoïne (1892-1968) : La Ruche sous la neige, 1913, huile sur toile
Marc Chagall (1887-1985) :
L'Atelier, 1911, huile sur toile rentoilée sur toile fine
Ma fiancée aux gants noirs, 1909, huile sur toile
Marie Vassilieff (1884-1957) :
Projet d'affiche pour un bal à l'Académie Vassiliev, vers 1913 ou 1914, fusain sur papier
Scipion l'Africain, 1916, huile sur toile
La Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France, livre composé du poème du même nom de Blaise Cendrars et des couleurs de Sonia Delaunay, 1913, éditions Les Hommes nouveaux.
József Csáky (1888-1971) : Tête, 1914, pierre blanche
Ossip Zadkine (1888-1967) : Tête de jeune fille, 1914, marbre
Jacques Lipchitz (1891-1973) : Marin à la guitare, 1914-1915, bronze patiné
Amedeo Modigliani (1884-1920) : Tête de femme, 1911-1912, pierre
Les salons parisiens au cœur de l'échiquier artistique
Célèbres expositions artistiques héritières d'une tradition académique, les Salons parisiens demeurent des rendez-vous incontournables au début du XXe siècle. Organisés par des sociétés d'artistes, ces Salons ont toujours été ouverts aux femmes. Lieux d'exposition et de vente des œuvres au public et aux amateurs, ils revêtent une grande importance pour les artistes.
Fondé en 1884, le Salon des indépendants s'oppose au Salon des artistes français qui représente les tendances officielles.
Le Salon d'automne est créé en 1903 au Petit Palais, avant de s'établir en face, au Grand Palais, dès l'année suivante. L'objectif est d'offrir des débouchés aux jeunes artistes et de faire découvrir les nouveaux courants à un public étendu. En 1905, il est marqué par le scandale des œuvres fauves. Exposant notamment les néo-impressionnistes et les cubistes le Salon d'automne accompagne la naissance de l'art moderne.
Natalia Gontcharova (1881-1962) : Nature morte aux lilas, 1911, huile sur toile
Kees Van Dongen : Nini, danseuse aux Folies-Bergères ou La Saltimbanque au sein nu, 1907-1908, huile sur toile
Henri Matisse (1869-1954) : Marguerite lisant, 1906, huile sur toile
Henri Rousseau, dit Le Douanier Rousseau (1844-1910) : La Charmeuse de serpents, 1907, huile sur toile
Jean Puy (1876-1960) : Flânerie sous les pins, 1905, huile sur toile
Albert Marque (1872-1939) :
Buste d'enfant, 1903, terre cuite
Buste de fillette, 1906, terre cuite rouge
Le scandale créé au Salon d'automne de 1905 est tel que le président de la République Émile Loubet refuse de l'inaugurer. En cause, les œuvres d'Henri Matisse, Maurice de Vlaminck, Albert Marquet, Henri Manguin, André Derain et Charles Camoin réunies dans la salle VII, dont les teintes vives, appliquées en larges traits de pinceau, évoquent à certains critiques des « bariolages informes ». André Vauxcelles remarque au centre de la pièce un portrait d'enfant et un petit buste du sculpteur Albert Marque dont « la candeur surprend au milieu de l'orgie des tons purs : Donatello chez les fauves ». L'expression restera, faisant du fauvisme la première avant- garde du XXe siècle.
Pablo Picasso : La Femme au pot de moutarde, 1910, huile sur toile,
Georges Braque (1882-1963) : Tête de femme, 1909, huile sur toile
De 1907 à 1914, Georges Braque et Pablo Picasso travaillent conjointement, « en cordée », comme ils se plaisent à le dire, pour élaborer un nouveau langage pictural. Influencés par Paul Cézanne, « le père de l'art moderne », ils recomposent le volume en facettes, réduisant la palette des couleurs à des teintes sourdes, multipliant et combinant les points de vue. Ensemble, ils élaborent et donnent naissance au cubisme.
Fernand Léger (1881-1955) : Le Passage à niveau, 1912, huile sur toile
Piet Mondrian (1872-1944) : Paysages avec arbres, 1912, huile sur toile
Roger de la Fresnaye (1885-1925) : Cuirassier, 1910-1911, huile sur toile
Henri Le Fauconnier (1881-1946) : L'Abondance, 1910, huile sur place
Albert Gleizes (1881-1953) : Les Baigneuses, 1912, huile sur toile
Jean Metzinger (1883-1956) : L'Oiseau bleu, 1912-1913, huile sur toile
Carlo Carrà (1881-1966) : Stazione di Milano, 1911, huile sur toile
Gino Severini (1883-1966) :
Les voix de ma chambre, 1911, huile sur toile
La Danse du pan-pan au "Monico", [1909 / 1960], huile sur toile
Carrà et Severini sont deux figures du mouvement "futuriste"
Marcel Duchamp (1887-1968) : Roue de bicyclette, 1913/1964, métal, bois peint
Le « Boom » des salons du cycle, de l'automobile et de l'aviation
Le vélocipède, l'automobile et l'aviation, nouveaux modes de transport émergents, ont bientôt leurs propres Salons à Paris. Le Grand Palais accueille en 1901 le Salon international de l'automobile, du cycle et des sports, qui se tiendra ensuite chaque année, excepté en 1909 et 1911. Les visiteurs s'y pressent par centaines de milliers pour découvrir les premières automobiles Renault et Serpollet, entre autres.
En 1908, une petite partie du Salon est réservée aux aéroplanes et aux ballons : on peut y admirer l'avion de Clément Ader, l'Antoinette de Léon Levavasseur, la Demoiselle d'Alberto Santos-Dumont... Le succès est tel qu'une nouvelle manifestation spécialement dédiée aux « choses de l'air » s'impose. La première « Exposition internationale de la locomotion aérienne » est inaugurée en 1909 par le président de la République Armand Fallières.
Peugeot
Automobile Peugeot Type BP1, dite « Bébé Peugeot », torpédo, 1913, métal, cuir (classée Monument historique, Mulhouse, musée national de l'Automobile, Collection Schlumpf)
Bicyclette pliante système Gérard transformée en 1912, édition vers 1920, acier, pneus caoutchouc, selle cuir, bretelles cuir
Quelques œuvres dans ce contexte :
Le douanier Rousseau : Les Pêcheurs à la ligne, entre 1908 et 1909, huile sur toile
Robert Delaunay (1885-1941) : Hommage à Blériot, 1914, huile sur toile
Raymond Duchamp-Villon (1876-1918) : Le Cheval majeur, 1914 (épreuve de 1984), acier inoxydable brossé
Terminons ce premier volet avec ce qui est sans doute le "clou" de cette exposition :
Louis Béchereau (1880-1970), Armand Deperdussin (1864-1924) :
Aéroplane Deperdussin Type B, 1911, bois, toile enduite, peinture, métal, matériaux synthétiques, collection du musée de l'Air et de l'Espace (Le Bourget)
La première Exposition internationale de la locomotion aérienne se tient au Grand Palais en 1909. Avec son « monoplan», le constructeur et homme d'affaires Armand Deperdussin fait sensation. S'allouant les services du jeune ingénieur Louis Béchereau, l'aéroplane type B dépasse pour la première fois les 200 km/h et remporte le trophée Gordon-Bennett des éditions 1912 et 1913. Le talent de Béchereau survit à la faillite de Deperdussin et s'exerce sur les appareils destinés à la guerre aérienne.
Nous poursuivrons la visite dans un prochain billet.
Mark Rothko (1903-1970) (I/II)
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La grande exposition de la saison automne-hiver de la Fondation Louis-Vuitton est cette année consacrée au peintre américain Marc Rothko.
Né Marcus Rotkovitch en 1903 à Dvinsk dans l’Empire russe, aujourd’hui Lettonie, il émigre à 10 ans, avec sa famille, à Portland, aux États-Unis. Brillant élève, il intègre Yale qu’il quitte en 1923 pour s’installer à New York. Là, il découvre fortuitement sa vocation et intègre l’Art Students League dont il devient membre jusqu’en 1930. Naturalisé américain en 1938, il prend deux ans plus tard le nom de Mark Rothko.
Si les œuvres abstraites dites « classiques » (1950-1970), devenues iconiques, forment le cœur de l’exposition, le parcours, globalement chronologique, commence dans les années 1930 avec un ensemble de peintures figuratives.
Scènes urbaines, Métro et portraits
De ses débuts à 1940, Mark Rothko développe une œuvre figurative prenant pour sujet la figure humaine. Il représente des personnages anonymes – nus, portraits et scènes urbaines. L’artiste éprouve la plasticité des figures jusqu’aux limites de la représentation, tendant vers toujours plus de simplification et de réduction des formes. Sa touche expressionniste évolue sous l’influence de peintres particulièrement admirés, Milton Avery et Henri Matisse.
Self-portrait, 1936, huile sur toile (le seul autoportrait de l'artiste)
Nude, 1938-1939, huile sur toile
Family, vers 1936, huile sur toile
Untitled, 1939, huile sur toile
Untitled, 1938, huile sur toile
Street Scene, vers 1937, huile sur toile
Untitled, 1939, huile sur toile
Untitled, 1938-1939, huile sur toile
Untitled (The Subway), 1937, huile sur toile
Underground Fantasy, vers 1940, huile sur toile
Untitled (Subway), 1937, huile sur toile
Untitled, 1935, huile sur toile
Entrance to Subway, 1938, huile sur toile
Portrait, 1939, huile sur toile
Street Scene, 1936-1937, huile sur toile
The Road, 1932-1933, huile sur toile
Movie Palace, 1934-1935, huile sur toile
Contemplation, 1937-1938, huile sur toile
Mythologie et néo-surréalisme
Dans le contexte tragique du début des années 1940, Rothko reprend la peinture et, avec ses amis Adolph Gottlieb et Barnett Newman, cherche à inventer un « mythe contemporain ». Puisant dans les mythologies antiques et dans certaines formes totémiques, il tente d’élaborer un langage universel en réponse à la barbarie.
Son vocabulaire se peuple d’éléments biomorphiques au contact du surréalisme – dont les artistes américains sont devenus familiers depuis l’exposition du MoMA en 1936, « Fantastic Art, Dada and Surrealism » et l’exil de ses principaux représentants à New York. Peggy Guggenheim promeut cette nouvelle esthétique dans sa galerie Art of This Century où Rothko expose pour la première fois en 1944.
Untitled, 1941-1942, huile sur toile
Antigone, vers 1941, huile et fusain sur toile
Untitled, 1941-1942, huile sur toile
The Omen of the Eagle, 1942, huile et graphite sur toile
The Omen of the Eagle [Le Présage de l'aigle] s'organise autour de trois registres superposés : en haut, des têtes répétées en frise ; au milieu, des ailes - en écho au titre, lointaine évocation des anges de la première Renaissance italienne ; en bas, des formes organiques moins identifiables. Dans un de ses rares commentaires, Rothko écrit : « Le thème dérive de la trilogie d'Agamemnon d'Eschyle. La peinture ne traite pas d'une anecdote particulière, mais de l'Esprit du Mythe, générique de tous les mythes à toutes les époques ». Le titre évoque le présage annonçant la guerre de Troie ; l'ombre de la Seconde Guerre mondiale est aussi présente.
Untitled, 1941-1942, huile sur toile
Untitled, 1941-1942, huile sur toile
Sea Fantasy, 1946, huile sur toile
Aeolian Harp/No. 7, 1946, huile sur toile
Hierarchical Birds, 1944, huile sur toile
Agitation of the Archaic, 1944, huile sur toile
Gethsemane, 1944, huile et fusain sur toile
Slow Swirl at the Edge of the Sea, 1944, huile sur toile
Tiresias, 1944, huile sur toile
Sacrifice of Iphigenia, 1942, huile sur toile
Multiformes et début des œuvres dites «classiques»
À la fin de 1946, s’ouvre pour Rothko une phase de plus en plus abstraite avec les Multiformes. Si les premières compositions restent denses et organiques, à partir de 1948 elles se caractérisent par une structure plus définie, des couches plus fines et des formats verticaux qui s’agrandissent. Dès 1949, apparaît sa composition caractéristique aux rectangles superposés, dans une palette lumineuse et translucide. Rothko abandonne alors les titres pour une numérotation des œuvres.
Untitled, 1946, huile sur toile
Untitled, 1948, huile sur toile
Untitled : Abstraction Number 11, 1947, huile sur toile
Untitled, 1948, huile sur toile
Untitled, 1948, huile sur toile
Untitled, 1948, huile sur toile
Number 19, 1949, huile sur toile
No. 17 [or] No. 15, 1949, huile sur toile
No. 14 (Golden Composition), 1949, huile sur toile
No. 1, 1949, huile sur toile
No. 21 (Untitled), 1949, huile et techniques mixtes sur toile
No 11 / No 20 (Untitled), 1949 - Huile sur toile
No. 7, 1951, huile sur toile
No 16, 1951, huile sur toile
Untitled, 1949, colle de peau pigmentée et huile sur toile
No 5, 1949, huile sur toile
Untitled, 1949, huile et acrylique avec pigments en poudre sur toile
Untitled (Blue, Yellow, Green on Red), 1954, huile sur toile
Number 18, 1951, huile sur toile
No 8, 1949, huile et techniques mixtes sur toile
No 5/No 22, 1950, huile sur toile
Nous terminerons dans un prochain billet le parcours de cette magistrale rétrospective.
La Traversée des apparences (Musée national d'art moderne)
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Exposition originale en ce moment au musée national d'art moderne, au Centre Pompidou, ou plutôt une installation qui à travers tout l'étage supérieur du musée met en dialogue des œuvres et des créations de mode. En 2022 déjà, avec « Yves Saint Laurent aux Musées », le Centre Pompidou initiait une conversation chromatique et conceptuelle entre silhouettes de créateurs et œuvres de la collection du Musée national d’art moderne (notre billet du 9 avril 2022). « La Traversée des apparences » poursuit ce dialogue.
De Christian Dior à Iris van Herpen, d'Azzedine Alaïa à Thebe Magugu, de Jean Paul Gaultier à Issey Miyake en passant par Chanel ou Charles de Vilmorin, le parcours dans le Musée, jalonné par dix-sept modèles, trace des lignes de correspondance entre créateurs de mode et artistes, modernes ou contemporains.
1. Viktor&Rolf
Viktor Horsting, né en 1969 à Geldrop (Pays Bas)
Rolf Snoeren, né en 1969 à Dongen (Pays Bas)
Robe longueur genou à épaules dénudées en toile blanche et finie avec un cadre en bois. (Wearable Art Haute Couture, automne-hiver 2015)
Depuis la création de leur griffe en 1993, Viktor&Rolf n'ont cessé de bousculer les codes de la mode, entre mises en scène conceptuelles et parodies de comédies musicales. Ils envisagent la mode du côté de la distorsion, de la déconstruction, de la remise en question, au nom d'un style « maximal minimal ». Avec cette collection « d'art portable », le duo néerlandais met en abyme les prétentions « plasticiennes » et les paradoxes d'un univers tiraillé entre le bruit et le silence.
2. Thebe Magugu / Ernst Ludwig Kirchner
Thebe Magugu, née en 1993 à Kimberley, (Afrique du Sud)
«Tswana Mother and Child dress», robe en crêpe polyester recyclé, avec motifs originaux signés Phathu Nembilwi ; pièce unique réalisée en 2023 à partir de la collection « Heritage Capsule » 2020
À travers cet échange polychrome et figuratif, et à plus d'un siècle d'intervalle, deux palettes magnifient l'attitude féminine dans ses universelles différences. L'une, à Berlin, l'autre à Johannesburg. Thebe Magugu est le premier lauréat sud-africain du prix LVMH en 2019. « J'ai compris que l'urgence était d'aller chercher au fond de soi-même la lumière, l'espoir, la force », affirme-t-il. À travers l'intensité de ses couleurs, il partage avec le peintre expressionniste Ernst Ludwig Kirchner le feu des souvenirs, l'exploration intimiste du corps féminin, qu'il s'agisse de la solitude face au miroir ou de la figure maternelle glorifiée. Pour le peintre allemand,
« toutes les rencontres de la vie quotidienne ont ainsi été inscrites dans nos mémoires ».
Ernst Ludwig Kirchner (1880, Aschaffenbourg - 1938, Frauenkirch, Davos)
Toilette - Frau vor dem Spiegel [Toilette-Femme au miroir], 1913/1920
Dans la même salle, d'autres toiles de l'école expressionniste allemande :
August Macke (1887-1914) : Lautenspielerin [Joueuse de luth], 1910, huile sur toile
Emil Nolde (1867-1956) : Stilleben mit zwei Tänzerinnen [Nature morte aux danseuses], 1914, huile sur toile
Maria Marc (née Franck, 1876-1955) : Weihnachtengel mit Bethlehemszene, 2. Fassung [Ange de Noël avec scène de Bethlehem, 2e version], vers 1911-1912, huile sur toile
Gabriele Münter (1877-1962) : Drachenkampf [Combat du dragon], 1913, huile sur toile
Vassily Kandinsky (1866-1944) :
Improvisation 3, 1909, huile sur toile
Improvisation XIV, 1910, huile sur toile
3. Yves Saint-Laurent / Henri Matisse
Yves Saint Laurent (1936, Oran - 2008, Paris)
Ensemble du soir, haute couture, automne-hiver 1969, prototype réalisé dans l'atelier de Madame Esther. Robe et étole de crêpe et georgette de soie Abraham; sculpture moulée de Claude Lalanne en cuivre galvanique doré.
« Le plus beau vêtement d'une femme, c'est sa nudité » assurait Yves Saint Laurent, attentif à affranchir la mode de toutes ses entraves et de tous les tabous. En 1969, il poursuit le dialogue avec l'art initié par ses premières robes tableaux (1965) en travaillant directement dans l'atelier de son amie la sculptrice Claude Lalanne. Celle-ci réalise des moulages du corps de la mannequin Verushka. Autour de Luxe 1, la conversation se prolonge avec Henri Matisse, l'un des peintres préférés du couturier, sur le thème du mouvement et de la liberté: une leçon d'épure qui ne cherche pas à imiter la vie, mais modèle le sujet autour de la lumière.
Henri Matisse (1869, Le Cateau-Cambrésis - 1954, Nice)
Le Luxe I, été 1907, huile sur toile
Quelques autres toiles de Matisse dans la même salle :
Tête blanche et rose, 1914, huile sur toile
Marguerite au chat noir, 1910, huile sur toile
Intérieur, bocal de poissons rouges, printemps1914, huile sur toile
Porte-fenêtre à Collioure, 1914, huile sur toile
4. Comme des Garçons / Francis Picabia
Comme des Garçons [Rei Kawakubo, née en 1942, Tokyo (Japon)]
Ensemble issu de la collection Paysage d'Ombres, technique 100% coton. automne-hiver 2021-2022
« Au milieu du débordement incessant de choses diverses, du déluge de couleurs, du flot de sons et du flot d'informations... J'avais besoin de respirer dans la sérénité monochrome » assure Rei Kawakubo à propos de cette collection. Le noir dont elle a fait un étendard devient la matière de toutes les expansions millimétrées. C'est en expérimentant de nouveaux volumes qu'elle se joue de tous les stéréotypes, jusqu'à la démesure. Avec son ensemble bouffant XL, le modèle semble surgi de l'Udnie de Francis Picabia, la transe d'une danseuse dont la silhouette tourbillonne parmi les formes abstraites.
Francis Picabia (1879, Paris - 1953, Paris)
Udnie (jeune fille américaine ; danse), 1913, huile sur toile
Dans la même salle (Naissance de l'abstraction), on trouve :
Vassily Kandinsky : Mit dem schwarzen Bogen [Avec l'arc noir], 1912, huile sur toile
František Kupka (1871-1957) :
Étude pour Amorpha, Fugue à deux couleurs, 1911-1912, huile sur toile
Disques de Newton. Étude pour Fugue à deux couleurs, 1911-1912, huile sur toile
5. Popy Moreni / Georges Rouault
Popy Moreni, née en 1947, Turin (Italie)
Ensemble en velours de coton, applications de satin, organdi, broderies de paillettes et de fils multicolores, automne-hiver 1988-1989.
Arlequins, serpentins et velours multicolores témoignent chez Popy Moreni de l'insouciance des années 1980. Issue d'une famille d'artistes, elle crée à Paris ses premières collections en reprenant, de collerettes en manches bouffantes, l'inspiration de la commedia dell'arte, déjà célébrée par la créatrice Elsa Schiaparelli en 1938, avec une collection sur le thème du cirque. Une danse au-dessus d un volcan, entre lamés et paillettes, dont les écuyères, les clowns et particulièrement le pantin du peintre Georges Rouault, expriment la mélancolie derrière le masque.
Georges Rouault (1871, Paris - 1958, Paris)
Clown, 1910-1913, aquarelle et huile sur papier marouflé sur toile
Quelques autres tableaux de Rouault dans la même salle :
Passion, 1929-1945, huile, encre, gouache sur toile
L'Apprenti ouvrier, 1925, huile sur papier marouflé sur toile
Acrobate, vers 1913, encre, gouache et huile sur papier marouflé sur toile
Nu de dos, 1929-1939, huile, encre, gouache sur papier marouflé sur toile
6. Charles de Vilmorin / Sonia Delaunay
Charles de Vilmorin, né en 1996 à Saint-Germain-en-Laye
Ensemble « Robe à la française » composé d’une veste oversize à épaulettes asymétriques en taffetas peint à la main à l’acrylique, jupe à panneaux en taffetas peint à la main, crinoline en crin et baleines, bottes en collaboration avec Francesco Russo en cuir peint à la main, Haute Couture printemps été 2021
L'œuvre textile de Sonia Delaunay aurait, selon certains, disqualifié sa peinture. Et l'approche trop artistique de l'un des plus jeunes créateurs de mode français l'éloigne des standards d'un monde dans lequel il a fait irruption, sur Instagram, en plein confinement. Entre les motifs simultanéistes de l'une et les personnages « non genrés, sans origine » de l'autre, la couleur hausse le ton, libérant l'énergie d'une vision singulière, hors de toute assignation à une école. « Il faut revenir à l'essentiel de ce que nous sommes.
C'est plus frontal, plus brutal. J'ai voulu faire quelque chose de coloré. Je ne me suis pas demandé si c'était trop criard... » assure Charles de Vilmorin.
La robe de Charles de Vilmorin est placée au centre de la salle où sont accrochées des toiles de Sonia Delaunay et de son mari Richard Delaunay, sans référence à une toile particulère.
Sonia Delaunay, née Terk (1885, Gradizhsk - 1979, Paris) :
Rythme, 1938, huile sur toile
L'Hommage au donateur, 1916, peinture à la cire sur toile
Exilée au Portugal depuis le début de la Première Guerre mondiale, Sonia Delaunay reçoit cette commande au cours de l'été 1916. Il s'agit d'une étude pour le décor de la chapelle d'un couvent jésuite, la Misericordia à Valença do Minho (Portugal) jamais réalisé.
Robert Delaunay (1885, Paris - 1941, Montpellier)
Rythme, Joie de vivre, 1930, huile sur toile
Manège de cochons, 1922, huile sur toile
7. Iris van Herpen / Marc Chagall
Iris van Herpen, née en 1984 à Wamel (Pays-Bas)
Galactic Glitch' Dress, robe en organza transparent teint en dégradé dans des motifs aqua bleu ciel modélisés en trois dimensions dans un logiciel de CAO, puis découpés à la main en une centaine de fines vagues, cousues individuellement sur une tulle extensible.
Dans l'atelier d'Amsterdam, des mains découpent et simulent un corps en éclosion, en plein envol, à travers une robe. Sous ses ailes d'organza, cette « silhouette sculpturale frémissante » ainsi décrite par Iris van Herpen fait écho au tableau de Marc Chagall, Les Mariés de la Tour Eiffel : un autoportrait du peintre avec Bella, l'amour de sa vie, flottant parmi les souvenirs de Russie. Entre métamorphose et mémoire, illusion et exil, une double expression du bonheur et de sa fragilité.
Marc Chagall (1887, Vitebsk - 1985, Saint-Paul de Vence)
Les Mariés de la Tour Eiffel, 1938-1939, huile sur toile
Quelques autres Chagall dans la même salle :
L'Âme de la ville, 1945, huile sur toile
Les Toits rouges, huile sur papier marouflé sur toile de lin
Dimanche, 1952 - 1954, huile sur toile de lin
Autour d'elle, 1945, huile sur toile
A ma femme, 1933 / 1944, huile sur toile
8. Azzedine Alaïa / Marcel Breuer
Azzedine Alaïa (1935, Tunis - 2017, Paris)
Robe longue en jersey de laine noire, manches longues, col bateau, fermeture éclair en métal argenté, Azzedine Alaia haute couture 2003
Azzedine Alaïa, c'est une vie entière consacrée à un travail de coupe, associant le temps de l'Orient aux rythmes de l'Occident, dans une redéfinition anatomique du métier de couturier. Tout en collectionnant les maîtres, il observe, capte instinctivement les désirs de son temps, sculpte de ses propres mains des robes à fleur de peau. Pour sa collection automne- hiver 1981-1982, il s'inspire du modèle porté par Arletty dans Hôtel du Nord pour une robe au zip en spirale. Il revisite ce modèle vingt ans plus tard, dans un même élan. Cette démarche fait écho au Manifeste du Bauhaus par Walter Gropius en 1919: « Le monde des dessinateurs doit se tourner vers le bâtir. Il n'existe aucune différence, quant à l'essence, entre l'artiste et l'artisan. »
Marcel Breuer (1902, Pècs -1981, New York)
Salle à manger, 1926, 1 table, 3 chaises, bois laqué, acier chromé, textile
9. Chanel / Christian Schad
Gabrielle Chanel (1883, Saumur - 1971, Paris)
Haute Couture, entre 1925 et 1930. Robe du soir en dentelle de soie et taffetas de soie.
« Des centaines d'hommes en vêtements de femmes et de femmes en habits d'hommes dansaient sous les regards bienveillants de la police » : dans Le Monde d'hier, Stefan Zweig témoigne ainsi de l'atmosphère des années 1920, qui s'électrisent au rythme du jazz et de tous les travestissements. À Berlin, capitale des arts et de la fête, l'illusion de paix et de prospérité enfièvre les nuits de l'Apollo Theater ou de l'Eldorado, entre smokings et robes de lingerie. Comme échappée du tableau de Christian Schad, écrivain, peintre et poète allemand, organisateur du premier grand bal dada, une robe de Chanel la pionnière semble refléter ces nuits de champagne...
Christian Schad (1894, Miesbach - 1982, Stuttgart)
Le Comte St-Genois d'Anneaucourt, 1927, huile sur bois
Dans la même salle (Figurations Allemagne-France) :
Otto Dix (1891-1969) : Errinerungen an die Spiegelsäle von Brüssel [Souvenirs de la galerie des glaces à Bruxelles], 1920, huile et glacis sur fonds d'argent sur toile
Roger de la Fresnaye (1885-1925) : Portrait de Guynemer, 1922, huile sur toile
Max Beckmann (1884-1950) : Der kleine Fisch [Le Petit poisson], 2 juillet 1933, huile sur toile
10. Marine Serre / Marcel Duchamp
Martine Serre, née en 1991 à Brive-la-Gaillarde
Awakened Icon, défilé Marine Serre printemps-été 2021
« En inventant un langage, en privilégiant le regard porté sur l’objet trivial et banal, bicyclette, roue, urinoir, silhouettes de moulages flottant entre deux plaques de verre, Marcel Duchamp a initié de nouvelles relations entre l’art et le quotidien transfiguré en œuvre. "La collection Amor Fati est une invitation à embrasser concrètement tous les plaisirs et les adversités de la vie..." semble lui répondre la jeune créatrice française Marine Serre dans ce readymade expérimental que j’ai choisi parce qu’il associe en mode dada, le survivalisme et le recyclage. » (Laurence Benaïm, commissaire de l'exposition)
Marcel Duchamp (1887, Blainville-Crevon - 1968, Neuilly-sur-Seine)
Porte-bouteilles, 1914/1964
Marcel Duchamp :
Neuf Moules Mâlic, 1914-1915, verre, plomb, peinture à l'huile
Fontaine, 1917/1964, faïence, peinture
Fresch Widow, 1920/1964, bois peint, cuir
Le titre de cette œuvre tient à l'un de ces calembours qu'affectionne Duchamp. De French Window à Fresh Widow, cette fenêtre devient une « veuve effrontée » en référence au cuir noir de ses carreaux.
11. Jean-Paul Gauthier / Wilhelm Freddie
Jean Paul Gaultier, né en 1952 à Arcueil (France)
Corset de métal et dentelle plongé dans un bain d'argent, prêt à porter automne-hiver 1988-1989
Dans l'imaginaire surréaliste, l'anatomie se met à l'épreuve de tous les découpages qui sacralisent l'hybridité et la transgression. Ainsi en va-t-il du corps de la religieuse mis à nu par Wilhem Freddie autant que du corset « aux nénés pointus comme des cornets à la crème » celui dont Jean Paul Gaultier fera un emblème, en transformant ce vêtement de dessous en vêtement de dessus. Corset fétiche, corset talisman, perdant son image contraignante pour s'affirmer comme une arme de pouvoir. Un de ceux qu'arborera sur un costume masculin Madonna lors de sa tournée « Blond Ambition » (1990) : « La poitrine transperce la veste: c'est le pouvoir et la sensualité réunis » dira Jean Paul Gaultier.
Wilhelm Freddie (1909, Copenhague - 1995, Copenhague)
Nonnens bøn [La Prière de la religieuse], 1937, huile sur toile
12. Martin Margiela / Giorgio De Chirico
Martin Margiela, né en 1957 à Louvain (Belgique)
Robe imprimée de cheveux blonds, satin de viscose, Maison Martin Margiela, prêt à porter automne-hiver 2004-2005.
Cape artisanale» faite de 19 chapeaux en feutre récupérés, Maison Martin Margiela, prêt à porter automne-hiver 2004-2005.
Il a bâti sa propre identité, incognito, à l'image de sa griffe sans nom et blanche : « j'aime les vêtements que je n'ai pas inventés », dit-il. En mettant en avant les étapes de la fabrication (bâti, non fini, Stockman transformé en bustier), en jouant avec les tailles comme avec l'envers du décor (doublures, habits récupérés), Martin Margiela s'est imposé comme un chef de file dont la ligne artisanale a révélé l'envers de l'endroit, les jeux de trompe-l'œil. L'imaginaire se soumet à la précision anatomique, telle « l'écriture du songe » évoquée par le poète Ardengo Soffici à propos du peintre Giorgio de Chirico et de ses clairs obscurs.
Giorgio De Chirico (1888, Volos (Grèce) - 1978)
Il Ritornante, hiver 1917-1918, huile sur toile
13. Issey Miyake / Hans Hartung
Issey Miyake (1938, Hiroshima - 2022, Tokyo)
Mutants Pleats, polyester plissé, collection automne-hiver 1989-1990
À travers ses volumes poids plume issus de recherches technologiques, Issey Miyake suggère des formes primordiales et poétiques qui renvoient le futur à la nuit des temps, à l'éternel retour. Toute la mémoire se condense, fixant en apesanteur les peurs d'un enfant âgé de sept ans quand la bombe atomique explose à Hiroshima. Un temps hérissé de pointes auquel font écho les palmes noires de Hans Hartung, lui qui, petit, dessinait des éclairs. Deux corps ailés se côtoient, offrant au monde leurs blessures respectives.
Hans Hartung (1904, Leipzig - 1989, Antibes)
T 1956-14, 1956, huile sur toile
14. Yohji Yamamoto / Kazuo Shiraga
Yohji Yamamoto, né en 1943 à Tokyo (Japon)
Long manteau de drap noir doublé de soie sur un faux cul de taffetas de sole rouge, automne-hiver 1986-1987, répétition patrimoniale réalisée en exclusivité par le studio et l'atelier de Yohji Yamamoto, Tokyo pour l'exposition ; chapeau de laine, chaussures de cuir, entièrement confectionnés au Japon.
Si pour Kazuo Shiraga, la peinture est un combat physique avec la couleur, c'est dans le noir extrême et « enveloppant » que Yohji Yamamoto a trouvé l'essence de son expression. Lorsqu'il présente à Paris pour la première fois sa collection en 1981, ses mannequins sont pieds nus, les étoffes semblent usées. À la « poursuite d'une silhouette », et très inspiré par les photographies d'August Sander, il privilégie les vêtements utilitaires et ce « noir enveloppant » pour mieux les calligraphier. Relevée par un faux cul rouge, une redingote très androgyne semble se refléter dans l'une des « performance paintings » de Shiraga, peignant avec son corps.
Kazuo Shiraga (1924, Amagasaki (Japon) - 2008, Amagasaki)
Chizensei Konseimao [Planète nature], juillet 1960, huile sur toile
15. Kevin Germanier / Ulrike Ottinger
Kevin Germanier, né en 1992 à Granges (Suisse)
« Alien brodé », recyclage de trois silhouettes Germanier, printemps-été 2022, perles de plastique upcyclées de Hong- Kong, fil de pêche
À l'image des visions mosaïques d'Ulrike Ottinger, les silhouettes de Kevin Germanier sont des apparitions. L'artiste observe et raconte le Paris des années 1960 dans ses peintures comme dans ses films (Paris Calligrammes). De son côté, le créateur « surcycle » tous les déchets de la société de consommation, chutes de tissus, invendus, plumes, strass, jouets, perles, gadgets, pour raconter «la vie dans tout son éclat » La ligne se courbe, électrisant l'anatomie dégenrée dans une fiction qui se joue de l'époque et de ses tabous moralisateurs. Entre jeu d'enfant et apocalypse au bazar,
sa signature est une ode déjantée au surcyclage qui rappelle les perles d'amour multicolores et pop d'Ulrike Ottinger.
Ulrike Ottinger, née en 1942 à Constance (Allemagne)
Liebesperlen [Perles d'amour], 1967, huile sur toile
16. Lanvin / Martial Raysse
Lanvin - Alber Elbaz (1961, Casablanca - 2021, Paris)
Robe droite sans manches en soie imprimée buste antique blanc, passage 13, printemps-été 2013
« Essayer de travailler avec le corps, pas contre lui », telle est la volonté d'Alber Elbaz, directeur artistique de Lanvin de 2001 à 2015. Qu'il s'agisse de ses robes drapées, de ses vestes à bords francs, de ses robes de soie à zip industriel, l'obsession est la même : célébrer non pas une femme, mais toutes les femmes, mères, épouses, sœurs, dans un hommage renouvelé à leurs attitudes. Se jouer ici d'un corps de déesse en l'exhibant dans un imprimé trompe-l'œil. Cette déconstruction de la féminité infroissable, de la recherche de l'anatomie parfaite et refaite vient ici faire écho aux compositions de Martial Raysse et à sa critique de la société de consommation, un demi-siècle plus tôt.
Martial Raysse (né en 1936 à Golfe-Juan, vit et travaille à Issigeac)
Tableau métallique : portrait à géométrie convexe, 1964, flocage, peinture industrielle sur toile avec encadrement de bois peint
et le dernier dialogue :
17. Dior / Ellsworth Kelly
Christian Dior (1905, Granville - 1957, Montecatini)
«Bar», tailleur d'après-midi, veste en shantung naturel, jupe corolle en lainage plissé, haute-couture printemps-été 1947, ligne Corolle
Le 12 février 1947, Christian Dior lance au 30 avenue Montaigne à Paris, sa première collection. Quatre-vingt-dix modèles, taille fine et cintrée, buste souligné. Parmi tous les modèles, le tailleur Bar marque le « retour du joli, et du seyant » mais également « d'un idéal de bonheur civilisé » selon le couturier. Avec Dior, la haute couture se condense dans une science de l'aplomb, des volumes. Tout semble opposer cet artificier de la ligne et le peintre américain minimaliste Ellsworth Kelly. Tout sépare le couturier du bonheur et celui qui, en 1951, expose des tableaux qui « ne décrivent plus rien ». Il reste qu'au-delà des formes, figuratives ou impersonnelles, chacun défend à sa manière l'éloquence du silence, celui des lignes.
Ellsworth Kelly (1923, Newburgh (États Unis) - 2015, Spencertown)
White Over Black III, 2015, huile sur toile, deux panneaux joints
Chana Orloff - sculpter l'époque
Le musée Zadkine, un des plus petits de Paris, installé dans l'ancienne maison du sculpteur et son atelier, rue d'Assas, abrite en ce moment une grande (par le nombre et la qualité des œuvres) exposition consacrée à une autre sculptrice, Chana Orloff (1888-1968), dont l'atelier était à deux pas, dans la même rue, au début des années 1920.
Nous avions déjà eu l'occasion de découvrir certaines de ses œuvres dans l'exposition Pionnières au Musée du Luxembourg en 2022 (nos billets des 23 avril et 30 avril 2022).
Née dans une localité ukrainienne actuellement occupée par la Russie depuis l'invasion de février 2022, elle l'avait quittée avec sa famille en 1905 pour la Palestine, qui faisait alors partie de l'Empire ottoman, à la suite de pogroms. Venue à Paris en 1910, à vingt-deux ans, pour étudier et travailler dans la haute couture, elle se tourna vers la sculpture et devint une membre active des cercles artistiques de l'époque, aux côtés de Marc Chagall, Chaim Jacob Lipchitz, Amedeo Modigliani, Pascin, Chaïm Soutine, Ossip Zadkine. Naturalisée française en 1926, elle mena une brillante carrière en France et aux USA, jusqu'à la deuxième guerre mondiale où elle échappa à la rafle du Vel d'Hiv et put se réfugier à Genève. Elle revint en France en 1945 pour y trouver son atelier dévasté et pillé. Elle partagea ensuite sa vie entre la France et Israël, où elle mourut en 1968 lors d'un séjour à Tel Aviv.
Salle 1 : La portraitiste de Montparnasse
Maria Lani, modèle et actrice, 1928, plâtre doré
Auguste Perret, architecte, 1923-1924, bronze
Pierre Chareau, architecte et décorateur, 1921, plâtre
Madame Fleg, épouse de l'écrivain Edmond Fleg, 1920, bois
Maria Lani
Andrée (Andrée Justman, née André Marie, belle-fille de l'artiste), 1948, bronze
Anaïs Nin, écrivaine et poétesse, 1934, plâtre
Francis Jourdain, architecte, 1927, plâtre
Lucien Vogel, éditeur, 1922, ciment teinté
Le Peintre juif, portrait présumé de l'écrivain Abraham Resin, 1920, bronze
Femme au turban, portrait de la peintre, sculptrice et décoratrice Sarah Lipska, 1925, plâtre
Didi (Élie Justman, fils de l'artiste), 1919, bronze doré
Alexandre Iacovleff, 1921,ciment
Gaston Picard, 1920, bois
Georges Lepape, dessinateur, affichiste et illustrateur, 1924, plâtre
Victor Rey, fondateur du journal Le Chat noir, administrateur colonial et père du critique d'art Robert Rey, 1924, plâtre
M. Kundig, libraire, 1943, plâtre
Otto Rank, psychanalyste, 1927, plâtre peint
Le Peintre Reuven Rubin, 1926, bronze
Autoportrait, 1940, plâtre
Portrait de l'auteur, 1919, gravure sur bois sur papier vélin
Au milieu de la pièce :
Per Krohg, 1924, bronze
Le peintre et musicien norvégien Per Krohg (1889-1965) est représenté ici en train de jouer de l'accordéon.
Nadine, 1921, bois
Ce portrait de Nadine Vogel fut commandé à Orloff par son père, l'éditeur Lucien Vogel, en même temps que le sien et celui de son épouse.
Le Peintre Widhopff ou L'Homme à la pipe, 1924, plâtre peint
Né à Odessa (actuelle Ukraine), le peintre et dessinateur David Ossipovitch Widhopff (1867-1933) émigre en 1887 à Paris. Il se fait surtout connaître pour sa collaboration avec Le Courrier français, quotidien dont il est, à partir de 1896, le principal illustrateur.
Deux portraits par Amedeo Modigliani :
Chana Orloff, vers 1916, plume et encre brune
Ary Justman (mari de Chana Orloff), 1918, graphite
En dialogue :
Ossip Zadkine : La Sainte Famille, 1912-1913, mortier de plâtre, pigments
Chana Orloff : Le Baiser ou La Famille, 1916, bronze
Chana Orloff : Sérénité, 1916, bois
en regard de :
Ossip Zadkine : Tête d'homme, 1922, bois doré à la feuille et Masque, 1924, bois de buis
et sous le regard de la même tête en bois doré de Zadkine : Torse, 1912, ciment.
Composé de façon frontale et tout en sinuosité, le Torse est l'une des premières sculptures de Chana Orloff et montre son penchant pour la simplification des formes. Il rappelle l'art des Cyclades et la statuaire égyptienne, pour laquelle la sculptrice éprouve un « coup de foudre ». Le Torse est néanmoins d'une grande modernité car Orloff a choisi de le réaliser en ciment, matériau plutôt associé à l'architecture et encore très peu utilisé pour la sculpture.
Salle 2 : Femmes en mouvement
Femme à la cruche ou Porteuse d'eau, 1923, bois de noyer
Ruth et Noémie, 1928, plâtre peint
Georgette Gagneux, 1931, plâtre
Le premier monument commandé à Orloff est consacré à Georgette Gagneux. Aussi précoce que talentueuse, la jeune athlète s'illustre dans différentes disciplines: sprint, saut en longueur et lancer de poids. Six fois championne de France, elle bat plusieurs records, mais, épuisée par la tuberculose et la compétition, elle meurt à l'âge de 23 ans. Sur sa stèle funéraire, Orloff lui fait reprendre vie en la représentant en plein élan et la bouche ouverte, comme si elle voulait prendre une grande inspiration ou crier.
Ida Chagall, 1923, bronze
L'artiste représente ici la fille du peintre Marc Chagall, Ida, à l'âge de 7 ans. Chana Orloff connaissait la famille Chagall, et Ida était l'une des compagnes de jeu de son fils Élie. Volontairement, la sculptrice accentue ici la rondeur des formes du corps de la fillette, saisie dans un moment d'intimité et dont le visage poupin et joufflu respire la joie de vivre. Sa chevelure bouclée, traitée en masse triangulaire, évoque la statuaire égyptienne.
Madone, 1914, terre cuite
Pauline Lindelfeld, amie polonaise d'Orloff, a servi de modèle pour ce buste. Bien qu'exécuté à sa sortie de l'École des arts décoratifs, il témoigne déjà de la maturité du langage plastique de la sculptrice.
Dame à l'éventail, 1920, bronze
Ce buste représente la peintre Ivanna Lemaître (1893-1973), aristocrate russe réfugiée en France lors de la révolution de 1917, qui épouse le peintre André Lemaître et réalise avec lui de nombreux décors monumentaux
Les Danseurs, 1923, bronze
Chana Orloff a sculpté des danseuses toute sa carrière, presque toujours seules, parfois en duo ou en trio. Le couple de Danseurs, qui connaît un grand succès au Salon d'automne de 1923, fait exception. La tenue de marin évoque les bals costumés prisés à l'époque. Les deux corps imbriqués miment les nouvelles danses comme le tango ou le fox-trot qui arrivent d'outre-Atlantique et rythment les soirées parisiennes, dans l'entre-deux-guerres.
Danseuse au voile, 1960, bois
Danseuse au disque, 1914, bois
Amazone, 1915, bronze
En intitulant sa sculpture Amazone, Orloff désigne la posture de la cavalière avec les deux jambes sur le même flanc. Elle fait aussi référence au peuple de guerrières de la mythologie grecque, qui seraient originaires d'une région correspondant à l'Ukraine, d'où vient sa famille.
Deux danseuses, 1914, bois
Buste de femme, 1918, bois
et en regard, d'Ossip Zadkine :
Buste de jeune femme, 1914, ciment
Virginité ou Hermaphrodite, 1926, bronze
Salle 3. Maternités
Grand-mère et petite-fille, 1918, bois
Maternité, 1924, bois
Dame enceinte, 1916, plâtre peint
La Dame enceinte, Revue SIC, no 14, février 1917, pl. VIII
Moi et mon fils, 1927, bronze
Femme allongée et Didi sur la plage, 1919, bois gravé
Maternité allaitant, 1949, bronze
Maternité, 1924, bronze
Mère d'un fils né en 1918, Orloff revendique l'importance de la maternité dans sa création : « Je suis convaincue que pour une créatrice, la maternité est nécessaire, puisque tout art trouve dans la vie sa source profonde. » Sur ce thème traditionnel, elle propose de nombreuses variations. La Renaissance italienne inspire ici la sculptrice, qui fréquente le Louvre depuis ses études et connaît l'art ancien. Le style d'Orloff demeure néanmoins reconnaissable, notamment dans les traits ronds de l'enfant qui ressemble à son fils Élie, surnommé Didi.
Portrait de Didi, 1919-1920, bois gravé
Maternité, 1922, plâtre
Guenon avec son petit, 1922, plâtre
et en majesté dans le bow-window :
Grande baigneuse accroupie, 1925, bronze
En contrepoint, d'Ossip Zadkine :
Maternité, 1919, marbre partiellement peint
Sculpture ou Femme debout, 1922, bronze
4. Bestiaire
Sauterelle, 1939, bronze
Le corps de cette Sauterelle rappelle les chars d'assaut allemands, et ses ailes le symbole des divisions d'infanterie SS, en forme de crochet. Mais l'insecte est aussi porteur d'un sens symbolique puisque la nuée de sauterelles est, dans la Bible hébraïque, l'une des sept plaies infligées à l'Égypte par le dieu des Hébreux, retenus en esclavage. La propagande antisémite nazie recourt à l'image du nuage de sauterelles pour assimiler les juifs à des insectes ravageurs. Orloff renverse ici la métaphore, en désignant la machine de guerre nazie comme le véritable danger.
Poisson fontaine, 1929, bronze doré
Poisson, 1922, plâtre
avec en contrepoint, d'Ossip Zadkine :
Poisson, 1927, albâtre, verre
Dindon, 1925, bronze doré
Inséparables II, 1955, bronze doré
Oiseau 14-18, 1923-1924, plâtre peint
avec, en contrepoint, d'Ossip Zadkine :
Oiseau d'or, 1924, plâtre peint et doré à la feuille
Près de la porte de sortie de la maison, donnant accès au jardin où se trouve l'atelier de Zadkine, une vitrine avec encore quelques statues d'animaux :
Autruche, 1941, plâtre
Caniche assis, 1941, plâtre
Caniche debout, 1941, plâtre
Dans le jardin, encore quelques statues de Chana Orloff :
Chèvre, 1958, bronze
Oiseau en marche, 1958, bronze doré
Héron, 1957, bronze doré
Monina Farr, 1926, ciment
Mon fils marin, 1927, pierre
Terminons ce billet avec l'atelier de Zadkine, qui accueille pour cette exposition quelques œuvres de Chana Orloff, autour d'un exemplaire en plâtre grandeur nature de Maternité Ein-Gev (1952), monument en mémoire de Chana Tuckman morte durant la guerre d'indépendance d'Israël.
Oiseau blessé, 1955, plâtre peint
Recueillement, 1963, bois
David Ben Gourion, 1949, plâtre
Le Retour, 1945, bronze
Chana Orloff réalise cette sculpture au retour de son exil suisse. Inspirée de portraits de survivants du camp de Buchenwald, elle incarne la désillusion et la blessure d'Orloff, qui vit alors - comme de nombreux artistes - un moment de profonde remise en question. La sculptrice s'interroge sur la possibilité de sculpter le néant » et cherche une façon de le faire pour se libérer ». La matière accidentée du Retour, comme déchiquetée, est en complète rupture avec le style d'avant- guerre de l'artiste. Il s'agit de l'une des rares expressions de douleur dans son œuvre.
Trois études pour Le Retour, vers 1945, plume et encre brune.
et enfin des carnets de Chana Orloff et des photographies de l'artiste avec des amis autour du modèle du monument Ein-Guev.
Picasso : dessiner à l'infini (II/II)
Nous poursuivons dans ce billet la déambulation parmi les près de mille œuvres rassemblées dans l'exposition qui vient de se terminer au Centre Pompidou (cf. notre billet du 21 janvier dernier)
Étude pour Femme en chemise dans un fauteuil, Paris, automne 1913, gouache, aquarelle, crayon graphite et crayon Conté dur papier
Olga à la couronne de fleurs, Paris, 1920, fusain sur papier
Deux jeunes saltimbanques ou danseurs, 1917-1919, crayon graphite sur papier
Olga dans un fauteuil, Paris, fin 1919, encre sur papier
Tête d'Arlequin, Paris, 1916, crayon graphite sur papier
Grande baigneuse couchée, Juan-les-Pins, 1920, crayon sur papier
Femme se reposant, 1931, pointe sèche sur papier vergé
Sur la plage II (trois nus), Paris, 8 Mars 1921, crayon lithographique sur papier report décalqué sur pierre
Trois nus, Antibes, été 1923, encre sur papier à entête de l'« Hôtel du Cap d'Antibes »
Deux nus, Antibes, 1923, encre sur papier à entête de l'« Hôtel du Cap d'Antibes »
Homme endormi et nymphe debout, Antibes, 1er novembre 1946, crayon graphique sur papier
Jean Cocteau, 8 avril 1917, crayon graphique sur papier
Portrait de Guillaume Apollinaire de profil, la tête bandée, Paris, 1916, crayon graphique et crayon Conté sur papier
Portrait de Jacques Prévert, 26 septembre 1956, crayon de couleur sur papier
Portrait de Francis Poulenc, 13 mars 1957, crayon graphique sur papier
Le Peintre et son modèle, Paris, 12 février 1928, encre sur papier
Femme assise dans un fauteuil, 1926-1927, encre sur papier
Atelier de la Californie, Cannes, 29 octobre 1955, crayon graphique sur papier
L'Arbre, Paris, 4 janvier 1944, encre et grattages sur papier
Minotaure aveugle guidé par une fillette, Boisgeloup, 5 octobre 1934, encre sur papier
L'Atelier, 22 février 1933, crayon graphite sur papier
Nature morte devant une fenêtre, Paris, 1919, papiers gouachés et papier imprimé découpes et collés sur papier
La Salle à manger de l'artiste rue La Boétie, Paris, 1918-1919, gouache, encre et crayon graphite sur papier
Nature morte devant une fenêtre, 1919, aquarelle sur papier
Fenêtre ouverte sur la mer et avion dans le ciel, Saint-Raphaël, 12 Octobre 1919, gouache
Compotier, partition, bouteille et guitare devant une fenêtre, Saint-Raphaël, 1919, pochoir en couleurs
Picador et taureau, 1921-1923, encre sur papier
Cheval et son dresseur, Paris, 23 novembre 1920, crayon graphite sur papier (trois dessins)
Coq, 1918, gouache sur papier
Coq, vers 1945, encre sur carton, verso d'un carton d'invitation
Études pour un projet d'illustration du Bestiaire de Guillaume Apollinaire et études de nus aux bras levés pour Les Demoiselles d'Avignon, Paris, mai-juin 1907, feuillets extraits du carnet FCPN 2037-103, encre sur papier
Portraits de Michel Leiris, 1963, crayon graphite sur papier, crayon graphite et pastels gras sur papier
Portrait d'Erik Satie, Paris, 19 mai 1920, crayon graphite et fusain sur papier
Portrait de Léon Bakst, Paris, 1er avril 1922, crayon graphite sur papier
Un des 40 dessins de Pablo Picasso réalisé dans l'exemplaire de Buffon de Dora Maar
La Chèvre, octobre 1946, peinture oléorésineuse et fusain sur contreplaqué
Arlequin, 1923, huile sur toile
La Minotauromachie, 1935, eau-forte, grattoir et burin sur cuivre, VII" état, épreuve sur papier
L'Atelier. Le Peintre et son modèle, Nice, été 1955, encre feutre sur papier
Danse sur la plage, Nice, été 1955, encre feutre et crayon de couleur sur papier
Tête de Faune, Nice, été 1955, encre feutre sur papier
Étude pour La Fermière, La Rue des Bois, été 1908, crayon Conté sur papier
Trois études de femme de dos au chignon aux bras levés [La Rue des Bois], été 1908, crayon graphite, fusain et encre sur papier
Étude pour Les Demoiselles d'Avignon. Nu de dos aux bras levés, Paris, printemps 1907, fusain, gouache et craie blanche sur papier marouflé sur toile
Études de nu debout les bras au-dessus de la tête, Paris, 22 juin 1946, crayon de couleur sur papier
Études. Femme au vase de fleurs assise devant une table [Golfe-Juan], 7 août 1946, gouache et crayon graphite sur papier
Femme sur un canapé, Paris, 22 juin 1946, crayon de cire et crayon graphite sur papier
Intérieur à l'armoire à glace, Paris, novembre 1941, aquarelle, encre et crayon graphite sur papier
L'Aubade, Paris, 4 mai 1942, huile sur toile
Femme nue étendue les bras derrière la tête, Paris, 12 décembre 1941, pastels gras, fusain et crayon graphite sur papier
Femme nue étendue, Paris, 12 décembre 1941, pastel sur papier
Deux femmes nues, Paris, 1941, gouache et encre sur papier
Étude pour L'Aubade. Trois femmes nues, Paris, 5-6 janvier 1942, gouache sur papier
Grand nu dansant, 1962, linogravure en couleurs
Nu assis se coiffant, 7 mars 1954, crayon graphite sur papier (I et II)
Nu se coiffant, 17 mars 1954, encre sur papier
Un ensemble d'études (1906-1907-1908), notamment en préparation des Demoiselles d'Avignon et de Trois Femmes.
Le Taureau, Paris, 5 décembre 1945-17 janvier 1946, lavis, plume et grattages sur pierre, XI états, épreuves sur papier
Le Peintre et son modèle devant le tableau, Boisgeloup, 30 octobre 1930, encre sur papier
Le Peintre et son modèle, Boisgeloup, 2 novembre 1930, encre sur carton
Le Peintre masqué et son modèle, 1er février 1954, crayons de couleur sur papier
Le Peintre et son modèle, Mougins, 4 juillet 1979, crayon Conté sur carton, crayon de couleur sur carton (8 dessins de I à VIII)
Le Déjeuner sur l'herbe d'après Manet, Vauvenargues, 3 mars-20 août 1960, huile sur toile
Le Déjeuner sur l'herbe, Mougins, 19 juillet 1962, crayon graphite et craies grasses sur papier
Le Déjeuner sur l'herbe d'après Manet. I, Mougins, 26-30 janvier 1962, linoleum gravé a la gouge, I" état, épreuve sur papier réhaussée aux crayons de couleur
Variation sur Le Déjeuner sur l'herbe de Manet, Mougins, 4 juillet 1961, linoléum gravé à la gouge, 1er état, épreuve sur papier
Femme nue assise contemplant un homme endormi, 1943, encre sur papier
Les Deux Femmes nues, Paris, 31 janvier 1946, lavis et grattage sur pierre, XIVe état, épreuve sur papier rehaussée au crayon aquarelle et au vernis
Les Deux Femmes nues, Paris, 13 novembre 1945, lavis sur pierre, Ile état
Sculpteur travaillant sur le motif avec Marie-Thérèse posant, Paris, 31 mars 1933, eau-forte sur cuivre, Ile état
Femme endormie et homme assis [Boisgeloup ou Paris], 22 septembre 1931, crayon graphite sur papier
Sculpteur et son modèle avec un buste sur une colonne, Paris, 31 mars 1933, eau-forte sur cuivre, épreuve sur papier, tirée sur le vernis par l'artiste
L'Atelier du sculpteur, Juan-les-Pins, 8 août 1931, encre sur papier
Terminons sur une série de portraits, avec notamment le portrait de Françoise qui orne l'affiche de cette exposition hors normes.
Études pour autoportraits, Paris, automne 1906, crayon graphite sur papier
Portrait de Paloma, 21 décembre 1952, crayon graphite, crayons de couleur et gommage sur papier
Dora Maar au collier, Paris, 7 octobre 1937, pointe sèche sur cuivre, épreuve sur papier, tirée par l'artiste
Portrait de Dora Maar, Mougins, 15 août 1937, pointe sèche sur cuivre, épreuve sur papier
Buste de femme au chapeau, 1938, crayon graphite, encre et fusain sur papier
Femme assise dans une chaise (Dora), crayon graphite, gouache et craie de couleur sur papier
et sept Portrait de Françoise ou Françoise au bandeau, la plupart de 1946, techniques diverses.
Le souffle de l'architecte - Fondation Cartier
Comme souvent à la Fondation Cartier, une exposition originale autour de l'œuvre d'un architecte, Bijoy Jain, né en 1965 à Bombay, fondateur du Studio Mumbai en Inde. Selon les organisateurs, "il est l’auteur d’une œuvre témoignant d'une profonde préoccupation pour la relation entre l'homme et la nature, et dont le temps et le geste sont des facteurs essentiels. Explorant les liens entre l’art, l’architecture et la matière, Bijoy Jain propose à la Fondation Cartier une création totale : un espace de rêverie et de contemplation en dialogue avec le bâtiment iconique de Jean Nouvel."
Le commissaire de l’exposition et directeur général artistique de la Fondation Cartier a proposé également à Bijoy Jain de convier l’artiste chinoise vivant à Pékin Hu Liu (née en 1982 à Xinyang (Henan) et la céramiste danoise d’origine turque demeurant à Paris Alev Ebüzziya Siesbye (née en 1938 à Istambul). Accordant la même importance à la maîtrise rituelle du geste, à la résonance et au dialogue avec la matière, tous trois partagent le même éthos et la même sensibilité. Les dessins monochromes noirs de HU Liu sont entièrement réalisés au graphite, par l’itération d’un même mouvement, afin de révéler l’essence d’éléments naturels : l’herbe caressée par le vent, le ressac des vagues ou la silhouette des branches d’un arbre. Les céramiques d’Alev Ebüzziya Siesbye, comme en apesanteur, sont également le fruit d’une grande dextérité et d’un dialogue intense avec la terre.
Dans la grande salle du sous-sol, plongée dans la pénombre, les travaux du Studio Mumbai dialoguent avec les poteries d'Alev Ebüzziya Siesbye posées sur deux tables à une extrémité de la pièce.
L'exposition ne propose pour les œuvres aucun titre ni explication sur les matières employées : le lecteur est invité, comme le visiteur de l'exposition, à se laisser prendre par le cadre proposé par Bijoi Jain.
Au mur, des structures géométriques et de petits objets
Des sortes de tableaux, en matières diverses notamment textiles
Au sol, une myriade de petites statues de pierre, principalement des animaux
De très beaux sièges de bambou et de fils de soie, sur lesquels le visiteur est convié à s'asseoir, s'accordent avec les installations
Une grande structure en bambou et ficelle de soie, dite tazia occupe le fond de la salle
Les poteries d'Alev Ebüzziya Siesbye, sur deux tables devant cette structure, dialoguent avec l'ensemble.
Dans la petite salle attenante, les dessins monochromes noirs de Hu Liu, entièrement réalisés au graphite, sont accrochés aux parois
et voisinent avec des pierres sculptées et un siège du Studio Mumbai.
En montant au rez-de-jardin, de petits animaux de pierre accompagnent le visiteur
La grande salle est organisée autour de Prima Materia, réalisée en bambou puis nouée avec un fil de soie pour former une structure facettée diaphane, réfractant la lumière. La cour intérieure offre un lieu de pause et de quiétude.
Dans la cour, divers objets, des sièges et une mystérieuse grosse boule de couleur ocre elle aussi tissée
À l'extrémité de la salle, une sorte de grande tenture est tendue en toile de fond
Le long des parois, à l'extérieur, des objets et sièges divers
Une haute structure tazia
Un gong que le visiteur est invité à faire sonner, et dont le son ponctue la visite de l'exposition, une petite structure en brique, divers éléments architecturaux
L'autre salle du rez-de-jardin est organisée autour de Kayani Abstract Water Drawing, composé de craie des carrières du nord de Paris ainsi que d'un dessin réalisé à l'aide d'un pigment et représentant un plan d'un espace d'eau.
Autour de Kayani Abstract Water Drawing, aux détails harmonieux, des sièges de bambou et diverses pierres sculptées
Terminons ce parcours très zen par un tour du jardin, parsemé de diverses sculptures en matériaux variés, visibles des salles du rez-de-jardin aux parois de verre
Au fond du jardin, dominant l'amphithéâtre, une autre grande structure tazia.
Picasso : dessiner à l'infini (I/II)
Une exposition exceptionnelle vient de s'achever au Centre Pompidou : à l'occasion du cinquantenaire de la mort de Pablo Picasso (1881-1973), elle mettait en lumière la part la plus foisonnante de sa création à travers la présentation de près de mille œuvres : carnets, dessins et gravures dont la plupart sont issues de la collection du Musée Picasso-Paris.
Comme l'indique les organisateurs, « depuis les études de jeunesse jusqu’aux œuvres ultimes, le dessin est le lieu, pour Picasso, d'une invention toujours renouvelée autour des puissances du trait, allant de la ligne serpentine au dessin hachuré et aux compositions proliférantes, des nuances délicates du pastel aux noirs profonds de l’encre. Le parcours proposé, non linéaire, bousculant la stricte chronologie, permet de créer des échos entre différentes périodes et met en regard des chefs-d'œuvre reconnus et des dessins présentés pour la première fois. »
Nous proposerons nous-même au lecteur, au cours de deux billets, un parcours très libre.
Nu aux jambes croisées, Paris, 1905, crayon graphite et fusain sur toile
Buste d'homme au chapeau, 26 janvier-16 mai 1969, fusain, pastel, gouache, huile et craie sur papier
Études pour le menu des Quatre Gats. Personnages et chats, Barcelone, 1899-1900, encre sur papier
Croquis et caricatures, Barcelone, 1899-1900, encre sur papier
Croquis et caricatures, Barcelone, 1899-1900, encre sur papier
Tête d'homme aux cheveux longs et autres croquis, Barcelone, vers 1899, crayon Conté et crayon graphite sur papier
Torse d'homme nu, Paris, hiver 1906-1907, huile sur papier
L'Acrobate bleu, Paris, novembre 1929, fusain et huile sur toile
L'Acrobate, Paris, 18 janvier 1930, huile sur toile
Étude pour Figure et Portrait de Françoise, Paris, 11 juin 1946, crayon graphite sur papier
Études. Jeune fille assoupie, [Paris], 1935, crayon graphite sur papier
Danseuse et vieillard musicien, 28 janvier 1954, crayons de couleur sur papier
Portrait de Françoise, 1947, fusain sur papier
Flûtiste et dormeuse, 24 janvier 1933, pointe sèche et grattoir sur cuivre, épreuve sur papier, tirée en couleurs
Flûtiste et dormeuse (XXXVIII), Paris [février 1933], monotype sur cuivre, épreuve sur papier, tirée par l'artiste
Flûtiste et dormeuse (XLIV), Paris [février 1933], monotype sur cuivre, épreuve sur papier, tirée par l'artiste
Femme nue debout, Paris, hiver 1908-1909, fusain et crayon noir sur papier
Mère et enfants. Étude pour Femme dessinant auprès de ses enfants, Vallauris, 23 avril 1950, fusain sur papier
Jacqueline dans l'atelier, Cannes, 13 novembre 1957, gouache et encre sur une reproduction au pochoir du tableau La Femme dans l'atelier du 3 avril 1956
L'Italienne (d'après le tableau de Victor Orsel), Paris, 18-21 janvier 1953, lithographie
Portrait d'homme, Barcelone, 1899-1900, fusain et peinture à l'essence sur papier
Femme à la mèche, Barcelone, 1903, aquarelle sur papier
Au café-concert, 1902, pastel sur carton
Trois Hollandaises, Schoorl, 1905, peinture à la colle sur papier collé sur carton
Fernande à la mantille blanche, Gósol, printemps-été 1906, fusain sur papier
Étude pour Les Demoiselles d'Avignon. L'étudiant en médecine, Paris, printemps 1907, pastel et fusain sur papier
Marin roulant une cigarette, 1907, gouache sur papier
Tête de femme, Paris, été 1907, pastel sur papier
Portrait de Paul, 1922, sanguine et fusain sur papier
Figure au bord de la mer, Paris, 19 novembre 1933, pastel, encre et fusain sur papier
Buste de femme au chapeau, Paris, 27 avril 1938, encre sur papier
Tête de femme, Paris, 3 juin 1943, huile sur papier
Femme accoudée, 31 août 1950, crayon graphite et crayon de couleur sur papier
Le Visage de la Paix, Vallauris, 1951, crayon graphite sur papier
Tête d'homme, Mougins, 4 juillet 1972, crayon noir sur papier
Composition, Cannes, 26 juillet 1933, encre sur papier
L'Étreinte, Paris, automne 1900, pastel sur papier
L'Étreinte, Barcelone, printemps 1903, pastel sur papier
Dans la loge, Paris, 1900, pastel sur papier
Deux baigneuses, Paris, 24 octobre 1920, gouache, pastel, craie, sanguine et crayon Conté sur papier
Portrait d'Olga, 1921, pastel et fusain sur papier
Jeune femme au chapeau rouge, 1921, pastel sur papier
La Danse villageoise, Paris, 1922, pastel et huile sur toile
Études. Arlequins et portraits- charge de Guillaume Apollinaire et d'Henri Delormel, Paris, 24 décembre 1905, encre, grattages et incisions sur papier
Études. Écuyères au travail, Paris, 1905, encre et crayon de couleur sur papier
Famille de saltimbanques, Paris, 1905, crayon Conté, crayon graphite et crayon brun sur papier
Jeune saltimbanque agenouillée devant un saltimbanque à la couronne, Paris, 1905, encre sur papier
Étude pour Les Bateleurs avec dédicace, 1905, encre et crayon graphite sur papier
Tête de femme de profil, Paris [février 1905], pointe sèche sur cuivre, épreuve sur papier, tirée par Delâtre
La Toilette de la mère, Paris, 1905, eau-forte et grattoir sur zinc, épreuve sur papier, tirée par Delâtre
Salomé, Paris, été-automne 1905, pointe sèche sur cuivre, Ille état, épreuve sur papier, tirée par Delâtre
Le Repas frugal, Paris, septembre 1904, eau-forte et grattoir sur zinc, Ile état, épreuve sur papier, tirée par Delâtre
Tête à la pipe, 1913, fusain, craie et papiers découpés épinglés sur papier
Tête, Céret, printemps 1913, papiers d'emballage découpés, collés et épinglés sur papier, fusain et craie blanche
Feuille de musique et guitare, Paris, 1912, fusain et papiers découpés, collés ou épingles sur papier
Bouteille, journal et verre sur une table [1912], fusain, gouache et papiers collés sur papier
Guitare, journal, verre et bouteille, 1913, papiers imprimés découpés et encre sur papier
Étude de tête d'homme au chapeau, Paris, hiver 1912-1913, fusain, peinture à l'huile, encre, sable et papiers collés sur papier
Bouteille de vieux marc et journal, Céret, printemps-été 1913, papier peint découpé et épingle, fusains gras et sec, craie grasse et craie de couleur sur papier
Violon, hiver 1912, fusain et papiers collés sur papier
Bouteille de vin et dé, Paris, printemps 1914, huile gouache et crayon graphite sur papier brun découpé et épinglé sur papier blanc fusain et crayon Conté
Homme lisant un journal, Avignon, été 1914, aquarelle, gouache et crayon graphite sur papier
Le Peintre et son modèle, Avignon, été 1914, Huile et crayon sur toile
Homme attablé, Avignon, été 1914, crayon graphite sur papier
Portrait de Max Jacob, 1915, crayon graphite sur papier
Études pour le ballet "Parade", Paris - Rome, 1916-1917 :
Projet pour le rideau de scène, aquarelle, mine de plomb
Étude pour le rideau de scène, personnage féminin de droite, chapeau et bras du marin, gouache et crayon graphite sur papier
L'acrobate féminin, aquarelle et crayon graphite sur papier
Terminons cette première déambulation à travers les œuvres graphiques de Picasso sur une touche colorée et des techniques variées :
Femme aux pigeons, 1930, pastel sur papier kraft marouflé sur toile
Femme aux pigeons, 1966-1967, tapisserie de laine en basse lice, d'après le tableau de 1930, atelier Cauquil-Prince
Confidences, 1934, peinture à la colle et ensemble de papiers collés sur toile
Un prochain billet présentera d'autres œuvres de cette si riche exposition.
Trésors en noir et blanc du Petit Palais
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Une belle exposition vient de s'achever au Petit Palais, qui mettait à l’honneur son riche cabinet d’arts graphiques à travers une sélection de près de 200 feuilles de grands maîtres de l’estampe, art qui tient une place prépondérante dans sa collection. Elle est le reflet du goût de ses grands donateurs, les frères Auguste et Eugène Dutuit, et du conservateur Henry Lapauze, à l’origine du musée de l’Estampe moderne, créé en 1908 au sein même du Petit Palais.
La première partie de l’exposition présente une sélection des plus belles feuilles de la collection Dutuit, avec quatre principaux peintres graveurs : Dürer, Rembrandt, Callot et Goya.
Albrecht Dürer (1471-1528) :
Mélancholie, 1514, gravure sur cuivre
Rhinocéros, 1515, gravure sur bois
Némésis, dit aussi La Grande fortune, vers 1501-1502, burin
Les Armoiries à la tête de mort, 1503, burin
Le Monstre marin, dit aussi L'Enlèvement d'Anymone, 1498, burin
Le Songe du docteur, dit aussi La Tentation du paresseux, vers 1498, burin
Les Quatre femmes nues, dit aussi Les Quatre sorcières, 1497, burin
Adam et Ève, dit aussi La Chute de l'homme, 1504, burin
La Princesse de Babylone (L'Apocalypse), 1498, gravure sur bois
Saint Michel terrassant le dragon (L'Apocalypse), 1498, gravure sur bois
Saint Eustache, vers 1501, burin
Hercule à la croisée des chemins, dit aussi Les Effets de la jalousie, vers 1498-1499, burin
En parallèle,
Marcantonio Raimondi (v. 1480-v. 1530) ou Agostino Veneziano (v. 1490-1540), d'après Girolamo Genga (v. 1476-1551) : La Carcasse, dit aussi Lo Stregozzo, vers 1520-1530, eau-forte et burin
Antonio Pollaiolo (v. 1431-1432 - 1498) : Les Gladiateurs, dit aussi Combat d'hommes nus, vers 1460-1475, burin
Martin Schongauer (v. 1445-1491) : La Tentation de saint Antoine, vers 1470-1475, burin
Jacques Callot (1592-1635) :
Les Bohémiens en marche : l'arrière-garde ou le départ, 1621-1625, eau-forte
La Halte des bohémiens : les apprêts du festin, 1621-1625, eau-forte
La Foire de Gondreville, vers 1625, eau-forte
La Foire d'Impruneta, 1620, eau-forte
La Vieille au chat, (Les Gueux), vers 1622-1623, eau-forte
Le Gentilhomme au manteau bordé de fourrure tenant ses mains derrière le dos (La Noblesse), vers 1620-1623, eau-forte
Le Guerrier au chapeau orné d'une grande plume (La Noblesse), vers 1620-1623, eau-forte
Trois eaux fortes du recueil Les Grandes misères de la guerre, 1633
Le Brelan et Le Bénédicité, vers 1628, eau-forte
Rembrandt (1606-1669) :
Rembrandt appuyé, 1629, eau forte sur papier filigrané
Portrait de l'artiste en costume oriental, vers 1631, huile sur bois
La Femme devant le poêle, eau-forte, burin et pointe sèche sur papier filigrané, 3e état, 1658
La Femme devant le poêle, eau-forte, burin et pointe sèche sur papier Japon, 7e état, 1658
Le Vendeur de mort-aux-rats, 1632, eau-forte sur papier européen
La Femme à la flèche, 1661, eau-forte, burin et pointe sèche sur papier filigrané
Les Trois Arbres, 1643, eau-forte et pointe sèche sur papier filigrané
Francisco de Goya y Lucientes (1746-1828) :
Série Les Caprices, 1796-1799
Petits lutins, eau-forte et lavis d'aquatinte
L'Amour et la Mort, eau-forte, lavis d'aquatinte et burin
Tous tomberont, eau-forte, aquatinte et lavis d'aquatinte
Ils s'envolèrent, eau-forte, pointe sèche et aquatinte
Série Les Disparates, 1816-1823
Disparate de cheval rapteur, eau-forte, pointe sèche, brunissoir et aquatinte sur vélin
Manière de voler, eau-forte et aquatinte sur vélin
Disparate de frayeur, eau-forte, pointe sèche et aquatinte brunie sur vélin
Disparate de niais, eau-forte et aquatinte brunie sur vélin
Trois planches de la série La Tauromachie, 1815-1816
La deuxième partie de l'exposition retrace la création du musée de l'estampe moderne.
Les frères Dutuit ont assuré la place de l’estampe ancienne au Petit Palais dès 1902, mais pas celle de la création contemporaine. C’est Henry Lapauze (1867-1925), conservateur puis directeur du Petit Palais, qui s’en fait le champion. Le 27 juin 1908, il inaugure le « musée de l’Estampe moderne ». Ce nouvel espace est aménagé au rez-de-chaussée du Petit Palais, le long de l’avenue des Champs-Élysées, face à la galerie du Cours-la-Reine qui accueille les estampes de la collection Dutuit. Lapauze sollicite les artistes eux-mêmes, leurs familles et amis, les collectionneurs ainsi que les marchands et éditeurs d’estampes. La démarche est une réussite. Grâce à la force de conviction de Lapauze et à la bonne volonté de tous, une somme considérable d’estampes variées, d’artistes célèbres ou depuis oubliés, est réunie. Ce fonds s’enrichit d’un lot d’estampes éditées par la Ville de Paris, puis par des libéralités et des achats ultérieurs. Il constitue encore aujourd’hui le noyau des collections d’estampes modernes du Petit Palais.
Une galerie de portraits issue de la collection d'Henri Béraldi (1849-1931), historien de l'estampe et premier donateur du musée de l’Estampe moderne :
Léopold Massard (1812-1889) d'après Léon Bonnat (1833-1922) : Portrait de Victor Hugo, 1879, eau-forte sur papier Japon
Louis-Pierre Henriquel-Dupont (1797-1892) d'après Jean-Auguste- Dominique Ingres (1780-1867) : Portrait de Monsieur Bertin, 1844, burin sur papier Chine appliqué
Luigi Calamatta (1801-1869) d'après Jean-Auguste-Dominique Ingres : Portrait d'Ingres, 1839, gravure à la roulette sur papier Chine appliqué
David-Joseph Desvachez (1822-1902) d'après Jean-Auguste-Dominique Ingres : Le Graveur Calamatta, 1858, burin et eau-forte sur papier vélin
Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) :
Une redoute au Moulin-Rouge, 1893, lithographie au crayon et au crachis sur papier
Répétition générale aux Folies Bergère (Émilienne d’Alençon et Mariquita),1893, lithographie au crayon, au pinceau et à l’encre, et au crachis sur papier
Nicolle à la Gaieté-Rochechouart, 1893, lithographie au crayon, au pinceau et à l'encre, et au crachis sur papier vélin
Jules Chéret (1836-1932) : Carnaval, Éventail ou abat-jour, 1889, lithographie en couleurs sur papier
Théophile Alexandre Steinlen (1859-1923) :
Intérieur de tramway. Dans la diligence à chevaux, 1896, lithographie au crayon sur papier Chine
Blanchisseuses. Le linge sale et le linge propre, 1896, lithographie au crayon sur papier Chine
Edgar Chahine (1874-1947) :
Matinée d'hiver boulevard Ney ou La chiffonnière, 1901, eau-forte et aquatinte sur papier Japon
Le Tombereau, 1905, eau-forte, vernis mou, pointe sèche et aquatinte sur papier Japon
Le tombereau déchargé ou Les terrassiers, 1904, eau-forte et vernis mou sur papier Japon
Les Trotteuses, 1907, eau-forte, vernis mou et aquatinte, tirée en couleurs sur papier Japon
André Devambez (1867-1944) : L'Ėmeute ou La Charge, vers 1900, lithographie en couleurs sur papier Japon
Félix Buhot (1847-1898) :
Une matinée d'hiver au quai de l'Hôtel-Dieu, 1876, eau-forte et point sèche, aquatinte sur papier vélin
L'Hiver à Paris, 1879, eau-forte, aquatinte, pointe sèche et roulette sur papier
La Taverne du Bagne. La Place des Martyrs, 1885, eau-forte, pointe sèche et aquatinte sur papier vélin
La Place Pigalle, 1878, eau-forte, aquatinte et pointe sèche sur papier
En contrepoint de ce parcours en noir et blanc, l’estampe en couleurs vient clore l’exposition, bien représentée notamment par un bel ensemble de paysages acquis grâce au soutien du marchand d’art et éditeur Georges Petit.
Arsène Chabanian (1864-1949) :
Les Pêcheuses de crevettes, entre 1900 et 1910, eau-forte en couleurs sur papier
Le Coup de filet sur la plage ou Les Pêcheurs, entre 1900 et 1910, eau forte en couleurs sur papier
Frits Thaulow (1847-1906) : Hiver en Norvège, entre 1900 et 1910, eau-forte en couleurs et rehauts d'aquarelle et de crayon graphite sur papier vélin
Louis Abel-Truchet (1857-1918) : Le Grand Canal à Venise près du Rialto, entre 1900 et 1910, eau-forte en couleurs sur papier
Henri Jourdain (1864-1931) : Le Chemin par temps de pluie ou Sous l'averse, entre 1900 et 1910, vernis mou, eau-forte et aquatinte en couleurs sur papier
Johannes Grimelund (1842-1917) : Rue de village sous la neige au soleil couchant ou La Neige en Norvège, vers 1904, eau-forte en couleurs sur papier vélin
Alphonse Lafitte (1863-1936) : Barques au soleil couchant, entre 1900 et 1910, eau-forte et aquatinte en couleurs sur papier
Eugène Dauphin (1857-1930) : Vue du port de Toulon ou Quai de Toulon (crépuscule), entre 1900 et 1910, eau-forte en couleur sur papier
À la sortie de l'exposition sont exposées quelques nouvelles acquisitions du musée, en vue de montrer le dynamisme de la politique d’acquisition du Petit Palais.
Félix Bracquemond (1833-1914) : deux planches d'essais de motifs pour le service Rousseau, 1866, eau-forte rehaussée à l'aquarelle sur papier
Parmi ces acquisitions, un bel ensemble pour terminer ce billet, lié à L'Estampe originale, publication proposant des gravures originales sous forme d'albums, initialement créée par Auguste Lepère en mai 1888 à Paris, puis reprise par André Marty en mars 1893. Elle cessa de paraître en mars 1895.
Henri Rachou (1856-1944) : Panneau décoratif, pour la deuxième livraison de L'Estampe originale, 1893, lithographie en couleurs sur papier
Paul-Elie Ranson (1861-1909) : Tigre dans les jungles, pour la première livraison de L'Estampe originale, 1893, lithographie en couleurs sur papier vélin
Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) : La Lithographie, couverture pour la première livraison de L'Estampe originale, 1893, lithographie en couleurs sur papier
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