La Martyre (Ar Merzher)

A l'intention des nombreux lecteurs qui ont apprécié la découverte de l'enclos paroissial de la Roche Maurice (notre billet du 24 août 2019), nous en proposons un autre à quelques kilomètres...
La Martyre (Ar Merzher en breton) est comme La Roche Maurice une ancienne trève de Ploudiry, au cœur du Pays Chelgen, pays traditionnel du Haut-Léon. On retrouve sur son blason celui de Rohan, car la richesse de son église est due à la foire qui a fait la prospérité de La Martyre. Même si elle se tenait bien avant cette date, c'est le 4 août 1476 que Jehan, duc de Rohan « se démunit en faveur de l'église N.D. de La Martyre des droits d'applacements et étaux qu'il levait de tout tems sur les marchands qui venaient débiter vins et breuvages et étalaient marchandises aux foires et assemblées qui se tenaient au bourg ». Au XIXe siècle, la foire de La Martyre était encore la plus importante de tout l'Ouest de la France et, à partir du 14 juillet 1843, jour de l'inauguration du premier hippodrome du département du Finistère, des courses célèbres de chevaux y furent organisées.
L'entrée dans l'enclos se fait par une porte triomphale du XV-XVIème siècle, surmontée d'un calvaire à trois croix et d'un chemin de ronde.
Passé la porte, on se trouve face à un insolite double portail : à droite, il s'agit du porche de l'église Saint-Salomon, qui date de 1450-1455 et qui célèbre la Nativité. A gauche, il s'agit de la façade de l'ossuaire, qui date de 1619. Deux anges y tiennent des banderoles où sont gravées des inscriptions bretonnes "Fol est, si son esprit ne prend garde de voir qu'il faut mourir".
Faisons le tour de l'ensemble : la façade ouest de l'ossuaire, très sobre, du début du XVIIème siècle et la tour du XIII-XIVème siècle.
Vers l'est, une sacristie de style jésuite édifiée en 1697 donne à l'ensemble une allure singulière. On remarque aussi que le chevet de la nef sud a été repris en 1530 sur le modèle à pans et pignons multiples dit "Beaumanoir".
Quelques détails extérieurs : la belle nativité du tympan du porche de l'église...
...quelques détails des montants...
...un bénitier avec l'Ankou.
Côté ossuaire, détails de la façade avec les angelots porteurs de devises bretonnes...
...et une belle cariatide.
L'église comprend deux nefs, pour accueillir les villageois mais aussi les nombreux visiteurs des foires. La nef principale avec sa porte triomphale intérieure...
conduisant à un imposant autel du XVIIIème siècle.
et la nef nord , plus sobre, qui se termine sur un chevet plat.
Comme à La Roche Maurice, les sablières sont ornées d'un riche décor.
Sur certaines parois subsistent des restes d'intéressantes peintures murales
Côté mobilier, un beau baptistère baroque...
Des statues de saints dont bien sûr Saint Yves, Sainte Anne (trinitaire) et le patron de l'église, Saint Salomon, roi de Bretagne de 857 au 25 juin 874, date de son sauvage assassinat qui aurait eu lieu à La Martyre, événement auquel la bourgade devrait son nom...
Les vitraux du chœur de la nef principale représentent des scènes de la passion et du crucifiement, datés de 1535-1540.
On reconnaît dans le panneau de gauche - à ses armes - le vicomte René Ier de Rohan (1516-1552, fils de Pierre, maréchal de Gié) et sa femme Isabeau d'Albret, fille de Jean, roi de Navarre, et de Catherine de Foix. L'importance de ces commanditaires justifie la qualité remarquable de leur don. " Les modèles utilisés sont en partie identiques à ceux de la verrière de La Roche-Maurice (1539) mais l'exécution est ici bien plus soignée."
La baie au fond de la deuxième nef (nord), haute de 5,85 m et large de 3,00 m, est occupée par une verrière composite - en bas - de la Dormition de la Vierge (3e quart XVIe siècle) et - en haut - du Jugement Dernier (1562).
Terminons cette visite avec le très bel arbre de Jessé de 1562, qui occupe la baie de la façade nord du choeur de la deuxième nef.
Préhistoire, une énigme moderne

Il ne vous reste que quelques jours pour découvrir au Centre Pompidou une exposition un peu singulière, ainsi présentée par l'institution :
Voyagez dans une histoire de regards et de fascination, en présence d’icônes préhistoriques, modernes et contemporaines ! Du Mammouth de la Madeleine à Dove Allouche en passant par Louise Bourgeois, cette exposition originale met en lumière le lien qui unit la préhistoire à l’art moderne et contemporain.
Au cours d’un parcours chronologique, découvrez comment les artistes et la société ont subi l’attrait des origines pendant la modernité, cédant à une vision fantasmée de ce qui était avant l’histoire. Cette véritable machine à remuer le temps n’a cessé de modeler les horizons mentaux de la modernité et de fournir des modèles concrets pour des expérimentations de tous ordres.
Sans trop de considération métaphysiques ni archéologiques, nous nous attacherons surtout à présenter au lecteur les œuvres que nous avons vues - ou revues - au passage...
En commençant par Cézanne, avec trois tableaux autour des carrières de Bibemus :
Dans les carrières de Bibemus, vers 1895
Le Rocher rouge, vers 1895
La Montagne Sainte-Victoire vue des carrières de Bibemus, 1899-1900
Graham Sutherland : The Origins of the Land [Les origines du territoire], (huile sur toile, 1950-1951)
Alberto Savinio (1891-1952) :
Nella Foresta (1928)
Souvenir d'un monde disparu (1928)
Giorgio De Chirico : Melanconia delle partenza [Mélancolie du départ], 1916
Max Ernst est très présent, avec :
Eislandschaften, Eiszapfen und Gesteinsarten des weiblichen Körpers [Paysages glaciaires, stalactites et minéraux du corps féminin], Gouache et crayon sur papier, 1920
Der grosse Wald [La grande forêt], huile sur toile de 1927
Un peu malade le cheval patte pelu la fleur blonde qui tourmente les tourterons (Mine graphite, aquarelle, et collage sur papier aplliqué sur carton, 1920)
et six planches du Portfolio Histoire naturelle, 1926
Planche III : Petites tables autour de la Terre
Planche V : Le tremblement de terre
Planche XXVIII : Le repas du mort
Planche IV : Le châle à fleurs de givres
Planche XI : Coups de fouet ou ficelles de lave
Planche XV : Les cicatrices
Otto Dix (1891-1969) : Steinkohlenzeit. Steinkohlenlandschaft [Le Carbonifère. Paysage carbonifère] (1922)
Au passages, quelques figurines du XIXème siècle d'animaux plus ou moins préhistoriques...Ce ne seront pas les derniers du parcours...
Yves Klein : Anthropométrie-ANT 84 (Pigment pur et résine synthétique sur papier marouflé sur toile, 1960)
Nous retrouvons les Femmes encerclées par le vol d'un oiseau (26 avril 1941) de Joan Miró (cf notre billet du 24 novembre 2018)
De Picasso, cette Femme nue couchée, huile sur toile de 1936 inspiré par une sculpture préhistorique dont une reproduction était toujours présente dans son atelier...
...ce Minotaure blessé (plâtre gravé, 1933-1934)...
...et ce Buste de femme (plâtre original de 1931).
André Masson : La Terre (sable et huile sur contreplaqué, 1939)
Des fragments de peinture murale sur panneau d'André Giacometti (vers 1949-1950)
Deux sculptures de Jean Arp :
Coquille formée par une main humaine (plâtre original, 1935)
Torse préadamite (moulage original en plâtre, 1938)
Deux sculptures de Louise Bourgeois :
Harmless Woman [Femme inoffensive] (bronze, patine dorée, 1969)
Fragile Goddess [Déesse fragile] (bronze, patine dorée, 1970)
Benjamin Palencia : Composition préhstorique (huile et sable sur toile, 1933)
Joan Miró : Peinture, 8 mars 1933
Paul Klee : Zeichen verdichten sich [Les signes s'épaississent] (pinceau sur papier sur carton, 1932)
Jean Dubuffet : Le Cours des choses - Mire G 174 (Boléro) - 22 décembre 1983
Oscar Dominguez : Cueva de Guanches [Grotte de Guanches] (huile sur toile, 1935)
Amédé Ozenfant : La Grotte aux baigneurs (huile et plâtre sur toile, 1930-1931)
Pinot Gallizio : La notte cieca [La nuit aveugle] (huile sur toile libre, 1962)
Des œuvres "préhistoriques" en provenance de grottes du Zimbabwe :
Relevé par Joachim Lutz pour Leo Frobenius (1929)
Relevés par Henri Breuil (1959-1960)
Au centre de l'exposition, une création originale de Miquel Barceló (à qui une salle des cabinets de curiosités de Landerneau était consacrée (cf. notre billet du 17 août dernier) :
Il trionfo della morte (argile sur verrières, 2019)
entoure une sculpture de Louise Bourgeois :
Cumul I (sculpture en marbre blanc posée sur un socle de bois en deux parties, 1968)
Deux photo-montages de 1963 par Robert Smithson
Marcel Gromaire : Dolmen à Carnac (Huile sur toile, 1953)
Barbara Hepworth : Single Form (Eikon), Bronze, 1937-1938 et Two Figures (Menhirs), Ardoise sur socle de bois, 1964
Alberto Giacometti : Femme (plâtre original, 1928)
Jacques Lipsghitz : Ploumanac'h (plâtre, 1926)
Robert Morris : Model of Observatory (bronze martelé sur bois, 1971-1972)
Robert Delaunay : Relief blanc (plâtre et caséine sur toile métallique, 1935)
Richard Long : Snake Circle [ Cercle-serpent] (Gneiss [pierre], 1991)
Jean-Pascal Flavien : Viewer Small (Climate) (bois peint, ventilateur, système audio 5.1, 2008)
Une série de statues réalisées en 2018 par Marguerite Humeau, jeune artiste française formée et établie à Londres, qui a déjà exposé à la Tate Modern et que le centre Pompidou semble beaucoup apprécier (prix Marcel Duchamp 2019, entrée envisagée dans les collections,...)
Ne manquons pas au passage cette vitrine d'objets réalisés par Ami Drach et Dov Ganchrow en 2011, où figure celui retenu pour l'affiche de l'exposition !
Juste avant la sortie, une installation de 70 petites effigies de dinausaures, au moment de leur extinction par une météorite.
Jake et Dinos Chapman : Hell Sixty-Five Millions Years BC (papier toilette, carton, papier journal, colle et bronze, 2004-2005)
La Roche Maurice (Roc'h Morvan)

A quelques kilomètres de Landerneau, après la visite de l'exposition à la fondation Leclerc (nos billets des 10 août 2019 et 17 août 2019), ne manquez pas de passer à La Roche Maurice, bourgade dominée par la ruine d'une forteresse impressionnante du XIIIème siècle, ancienne résidence des vicomtes du Léon.
Elle recèle un enclos paroissial (cf. pour ce terme notre billet du 28 avril 2016) d'une grande originalité, où le calvaire, réduit aux trois grandes croix du Christ et des larrons est en bordure de la clôture et apparaît aux regards en premier.
En contournant l'ossuaire, on accède à l'intérieur de l'enclos...
entre l'église bâtie de 1509 à 1589, avec son impressionnant clocher de près de 60 m et sa porte aux colonnes ioniques , accostée et surmontée de niches abritant les statues de saint Yves, saint Pascal Baylon et saint Vincent Ferrier....
...et l'ossuaire un peu plus récent (1639-1640)...
au soubassement orné de personnages représentant les différentes conditions sociales, égales devant la mort...
En pénétrant dans l'église, on est aussitôt saisi par l'importance du jubé en chêne polychrome du XVIème siècle...
...se détachant sur la la voûte lambrissée d'azur constellée d'étoiles et d'angelots.
La riche décoration du jubé comporte saints et papes, à l'avers...
comme au revers...
De part et d'autre du jubé, côté nef, Sainte Marguerite et sainte Anne...
Saint-Yves, patron de l'église, figure naturellement lui aussi en bonne place, entouré de plaideurs...
Tout le jubé est richement décoré...
et l'on remarquera la probable influence de récits de navigateurs avec la représentation d'épis de maïs...
...et même de figures qui évoquent les statues aztèques...
Les sablières sont également richement sculptées et dignes d'intérêt...
Le vitrail, daté de 1539, provient de l'atelier de Laurent Sodec à Quimper. Il a une surface de 21 m2 et comporte 15 scènes représentant la Passion et la Résurrection du Christ. On remarquera les armes de la famille de Rohan, de gueules à macles d'or posées, sur le manteau du cavalier au pied de la croix du mauvais larron, à la gauche du Christ.
En sortant de l'église par le petit portail de la face sud, daté de 1550,
...on peut aller au chevet plat de l'église, puis revenir vers le calvaire qui dresse vers le ciel ses croix impressionnantes devant l'ossuaire...
Terminons sur cette image qui résume la beauté sévère de ce site, avec le donjon de la forteresse en arrière-plan.
Cabinets de Curiosités à Landerneau (2/2)

Nous poursuivons la visite commencée dans notre billet du 10 août dernier avec la salle [C3].
Collectionneur et mécène, Antoine de Galbert a créé et présidé pendant 14 ans La Maison rouge (cf. notre billet du11 janvier 2017), fondation d’art contemporain à Paris qui a dorénavant réorienté ses actions de mécénat. Parallèlement il collectionne depuis une trentaine d’années l’art contemporain, brut, primitif, populaire, et religieux. Il propose ici une sélection d’œuvres traitant de la condition animale, dans un esprit de cabinet de curiosités contemporaines, une nouvelle arche de Noé.
Dans la perspective du Caducée artiologique de François Courbe, dit Docteur Courbe (1995)...
Ces tableaux de Friedrich Schröder-Sonnenstern (Der Friedens Habicht , 1960) et, dessous, Kwame Akoto dit Almighty God.
Dans cette vitrine, où l'on remarque le serpent à pattes de Joan Fontcuberta,...
Deux poissons éclopés, l'un de Magritte...
et l'autre de Hans-Peter Feldman (2010)
Dans l'installation centrale...
...on remarque Sans titre (2009) de Nicolas Milhé (hyène naturalisée, dents en or)...
Mouton autruche de Thomas Grünfeld, avec au mur Milka-Kuh de Damien Deroubaix (2003)
et ce magnifique Renard au bouquet de Benoît Huot.
Passons à la salle [B3] Théo Mercier
Artiste plasticien né en 1984 à Paris, Théo Mercier place au cœur de son processus de travail la collecte d’objets, fruit de ses voyages dans le monde entier. L’artiste réunit ici minutieusement des objets hétéroclites de sa collection aux côtés de productions et de reproductions d’objets aux formats disproportionnés, pour proposer deux visions du monde à travers deux ensembles de collections qui se font face.
Les deux "visions du monde" en question...
Pour ceux à qui - comme moi - l'opposition entre ces visions aurait échappé, quelques détails de l'une...
...et de l'autre.
Sur les deux autres parois de la salle, d'un côté...
et de l'autre.

Et en hauteur, dans un renfoncement, trônant sur une étagère, une installation sibylline...

Passons à la salle [D3]
Né en 1957, Miquel Barceló est un peintre, sculpteur et céramiste, originaire de l’île de Majorque en Espagne. Passionné par les cavités, hanté par les éléments naturels, son travail se nourrit notamment de la rencontre avec l’objet ethnographique. Des figurines miniatures aux monstres marins séchés, Miquel Barceló dresse un inventaire du monde qu’il revisite et remodèle. Il puis alors son inspiration dans cette collection d'animaux, de végétaux et de matière minérale.
Des figurines miniatures...
...aux monstres marins séchés...
Collections d'animaux, de végétaux...
...et de matière minérale.
Poursuivons notre parcours un peu erratique par la salle [D1] Musée de la Chasse et de la Nature, Paris.
Au cœur du Marais à Paris, ce musée, initié en 1967 par François et Jacqueline Sommer, propose une exceptionnelle galerie animalière où l’art est venu parfaire la nature. Dans le décor profus et théâtralisé des hôtel de Guénégaud et de Mongelas datant du XVIIe et XVIIIe siècle, le visiteur peut s’égarer comme dans cette salle.
Des vitrines de trophées classiques, surréalistes ou baroques...
Une installation centrale avec un Dieu de la forêt de Janine Janet (1957, plâtre et écorce de bouleau), un Sanglier avec deux faisans sur le dos de Julien Salaud et une Tête de licorne avec une défense de narval de Saint Clair Cernin (bronze, dent de narval)
Sur deux parois opposées, deux Diane et Actéon, l'une de Karen Knorr (photographie) et l'autre,anonyme du début du XVIème siècle (tapisserie)
La salle [E1] Andreas Gursky François Curiel présente, sans souci d'unité, une photo de Andreas Gursky, Amazon (2016)...
...la collection de marteaux d'enchères de François Curiel, directeur général "monde" de Christies ...
...et, cerise sur le gâteau, la propre collection de boîtes de sardines de Michel-Edouard Leclec !
Salle [E2] Mucem Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée
Georges Henri Rivière est un ethnologue collectionnant les objets du quotidien. Fin regardeur de l’art populaire, il a été un muséographe d’exception dans l’histoire des expositions. Au sein de son musée des arts et traditions populaires, dont les collections appartiennent depuis sa fermeture en 2005 au MUCEM, la galerie d’études de Georges Henri Rivière offre en 1972 une présentation inédite.
Avec des vitrines de boules et quilles de jeu à neuf (milieu XXème), de hautbois d'écorce et hautbois (1er tiers et milieu du XXème siècle), de Colliers et sonnailles d'ovins ou caprins, coudés de type alpin ou ronds de type pyrénéens (2ème moitié du XIXème siècle, 1ère moitié du XXème siècle) et d' Outils à bras à percussion posée et à percussion lancée (1ère moitié du XXème siècle).

Salle [E3] :
Laissons Jean-Jacques Lebel la présenter lui-même : ce morceau de bravoure est à notre sens une des "curiosités" de l'exposition.
"La soixantaine de visages de provenance, d’époque et de type très divers réunie ici, envisage d’élaboration d’une riposte collective, à la fois artistique et politique, au contrôle permanent des identités. Cette sélection s’inscrit en faux contre l’omniprésence des caméras espions électroniques, le repérage par algorithmes, le stockage illimité des données informatiques. Facebook annonce l'ère du totalitarisme identificatoire globalisant. Ce montrage à contre-courant se situe hors norme et hors champ donc du panopticum. Il préconise ouvertement l'imprescriptibilité et la fluidité des visages, l'ingouvernabilité des identités en transition, l'avènement des voyants en lieu et place des voyeurs, dans le champ artistique et dans le champ social."
Un panneau de photos et vidéos :
Une installation centrale haute en couleurs :
Des accrochages divers...
Parmi lesquels cette Vanité de Stéphane Pencreac'h...
...une sculture, Mécamask, de Guðmundur Guðmundsson, dit Erró...
...Lénine et le porc poignardé, micro-installation de Jean-Jacques Lebel (métaux, bois, plastique)...
...deux scuptures en bois ethnique Songye (Congo)...
....Tête à yeux multiples, huile sur toile d'Alberto Martini...
...Edgar Poe, gravure de Vallotton...
...Dora Maar, huile sur toile d'Antonio Saura.
Au fonds du bâtiment d'exposition, la salle, ou plutôt le couloir [F] Jacques Attali présente la collection de sabliers de ce dernier, sur fond d'aphorismes réunis par son propriétaire.
La seule chose vraiment rare, c'est le temps.
Le propre de l'homme,
c'est qu'il a conscience du temps.
Si le temps a un commencement, que se passait-il avant?
Et s'il n'en a pas, que s'est-il passé pendant tout ce temps?
Penser à ce que le temps
fera de notre passage sur cette planète
est à la fois la plus vaine,
la plus folle, et la plus sage des ambitions.

Terminons avec un espace jamais ouvert jusqu'à présent dans le cadre d'une exposition de la fondation.
Achevée en 1642, la chapelle du couvent des Capucins est un lieu chargé d’histoire(s) . Après la Révolution elle devient prison, puis école, avant d’accueillir diverses industries. Dans les années 1960, Hélène et Édouard Leclerc acquièrent une partie du couvent et se lancent dans l’aventure qui les mène en 1965 à ouvrir le premier supermarché de l’enseigne pour lequel la chapelle tient lieu de réserve. Le magasin déménage au nord de landerneau en 1986 et de très importantes restaurations sont menées dans la chapelle. Le couple y dépose alors sa collection d’art sacré, passionnément constituée au fil des années : des objets de toutes époques et provenances acquis au coup de cœur. Ensemble ils ont veillé à l’ordonnancement des pièces pour créer une atmosphère qui leur convienne et qu’ils aient envie de partager.
Cabinets de Curiosités à Landerneau (1/2)

L'exposition d'été proposée cette année par la fondation Hélène et Edouard Leclerc à Landerneau est bien différente de cette la la saison d'hiver (notre billet du 4 mars dernier). Laissons parler son commissaire Laurent Le Bon :
Lieu essentiel de la culture renaissante et baroque, instrument de savoir autant que de plaisir esthétique, au carrefour de l'art et de la science, le cabinet de curiosités fut la victime du siècle des Lumières.
Il suscita, au XXème siècle, l'intérêt des historiens, des amateurs de bizarre et des artistes, notamment des surréalistes qui en apprécièrent l'étrangeté et la poésie. Devenu source d'inspiration, aussi bien que tendance du goût, il fait désormais partie de l'imaginaire contemporain. Prenant acte de ce renouveau, cette exposition se propose d'en montrer différentes expressions, échos et interprétations.
En prélude, un trompe-l’œil (Scarabattolo) de Domenico Remps :
puis la salle [A2] Florence, Galerie des Offices, Trésor des Grands-Ducs - Galerie Kugel,
avec une maquette du Saint-Sépulcre de Jérusalem (XVIIème siècle) en bois d'olivier, nacre, ébène, ivoire
une broderie en papier Ex-voto du coeur de Jésus de la fin XVIIème,
quelques livres : Cabinet de la bibliothèque Sainte-Genevière du P. Claude du Moulinet (1620-1687) et des monstres issus des Œuvres d'Ambroise Paré (Paris, 1585)
Mais on retiendra surtout de cette salle les bronzes dorés dont Augsbourg s'était fait une spécialité à la fin du XVIème et au début du XVIIème siècle...
La salle [A3] Rouen, Musée des Arts du Fer Le Secq des Tournelles évoque la collection de Henry Le Secq des Tournelles ...
qui avait consacré sa vie à rassembler ce qui avait trait à l'art de la ferronnerie.
Heurtoirs et anneau de portes...
Coffret inscrit "Seres Bacchus" et entrée de serrure aux armes et devise de Henri II (France, deuxième moitié du XVIème siècle)
Matrice pour le sceau de Marie-Antoinette (Pierre-Joseph Lortior, 1779)
Corps, dit "corset de fer", France, fin du XVIème siècle et Masque d'infamie, France, XVIème ou XVIIème siècle
Lanterne magique, France, deuxième moitié du XVIIIème siècle
Briquet-pistolet (France, vers 1999) et Clé à systèmes - clé-pistolet à percussion (France, vers 1860)
Ciseaux de couturière en forme d'oiseau et autres petits objets divers... s
Couteau-souvenir révolutionnaire, dit "Palloy", du nom de l'entrepreneur qui fut chargé des travaux de démolition de la Bastille
Grille d'oculus, Amiens, fin du XVIIIème siècle
Enseigne de notaire "Au roi de la basoche", France, XVIIIème siècle
Couronne d'épines (ancienne enseigne de cabaretier), Le Mont-Valérien, France, XVIIème siècle
Au passage, une salle un peu particulière où le commissaire de l'exposition s'exprime,
...en illustrant son propos d'un bric à brac rassemblé dans un cube aux parois un peu opaques.
Nichée au milieu de l'exposition, la salle [D2] Collection Émile Hermès :
La collection initiée par Émile Hermès dès la fin du XIXe siècle a été transmise et enrichie depuis par trois générations de ses descendants. Elle dissimule aujourd’hui dans les étages de la maison parisienne un microcosme foisonnant aux allures de caverne d’Ali Baba, presque entièrement dédié au cheval et au voyage.
Donnons en un aperçu un peu hétéroclite :
[B1 & B2] Muséum national d'Histoire Naturelle
Émerveiller pour instruire . Dès sa fondation, le Jardin du Roi, ancienne appellation du Jardin des Plantes, site historique du Muséum, était doté d'un cabinet de curiosités. Y étaient conservés des insectes, herbiers, fossiles (...)
Insectes...
...et leur habitat...
Herbiers...
...dont des carporamas de Louis Marc Antoine Robillard d'Argentelle (1777-1828)
Minéraux...
Objets de la mer, coquillages, fossiles ou autres...
Effectuons une transition entre naturalisme et surréalisme - qui sera plus présent dans notre prochain billet -avec la salle [C2] Faculté de Médecine de l'Université de Montpellier - Conservatoire d'anatomie
Utérus avec foetus au 7ème mois (XIXème siècle, papier mâché)
Un impressionnant écorché partiel en résine...
Une planche illustrant diverses "maladies des yeux"
Au chapitre des "curiosités foraines" de l'ancien musée Spitzner, cette Femme à barbe "Buste momifié grandeur nature de Germaine D..., monté sous globe" (XIXème siècle, textile, cire, verre, métal, restes organiques, support bois)
et les frères siamois Giacomo et Giovanni-Battista Tocci (XIXème siècle, cire, cheveux, textile, bois, velours)
Terminons la première partie de ce parcours, avec, au centre de la salle, cette magnifique Vénus anatomique (XIXème siècle, cire, cheveux naturels, yeux en verre soufflé).
Berthe Morisot (1841-1895) - 2/2

Avec ce portrait de Berthe Morisot par Edouard Manet - qui ne figure pas dans l'exposition - nous terminons la visite de la rétrospective qui lui est consacrée au Musée d'Orsay (notre billet du 27 juillet).
Fini/non-fini : "Fixer quelque chose de ce qui passe"
"La question du fini traverse l'entière production de Berthe Morisot et, plus généralement, se situe au coeur des débats sur l'impressionnisme. Elle est certainement l'artiste qui mène à cet égard les expérimentations les plus radicales, en particulier à partir de la fin des années 1870, tant dans les scènes de plein air que d'intérieur. La recherche d'un effet d'instantanéité la conduit alors à adopter une touche de plus en plus rapide et esquissée, fusionnant figure et fond dans un all-over privé de repères spatiaux."
Sur la Plage dit aussi Plage de Nice, 1882
Jeune femme cousant au jardin, vers 1883
Au Jardin dit aussi Dames cueillant des fleurs ou Dans le bois de Boulogne, 1879
Le Lac du bois de Boulogne dit aussi Jour d'été, vers 1879
Eugène Manet et sa fille au jardin, 1883
M. Manet et sa fille dans le jardin de Bougival, 1881
La leçon au jardin, 1886
Sur le lac dit aussi Petite fillz au cygne, 1883
Les pâtés de sable, 1882
La Jatte de lait, 1890
La Barrière à Bougival, 1884
Le Jardin de Maurecourt, 1884
Enfant au fauteuil dit aussi Jeune Fille à la poupée, 1884
Jeune Fille au manteau vert, 1894
Jeune fille à la potiche,, 1889
Portrait de Mlle L.(ambert) dit aussi Isabelle au jardin, 1885
Femmes au travail
"Servantes, bonnes et nourrices sont des modèles de prédilection pour Morisot.
Au cœur de la maison, elles sont aussi un autre indice de cette peinture de l'intime à l'oeuvre chez l'artiste. Ce travail silencieux et invisible, cantonné à la sphère privée, n'a pas la dimension politique ou naturaliste des représentations des mondes paysan, artisan et ouvrier qui abondent au Salon à partir des années 1880, mais Morisot leur donne dignité et poésie."
La Nourrice dit aussi Nourrice et bébé, vers 1880
Dans la salle à manger, 1880
Autoportrait, 1885
Cousant dans le jardin dit aussi Pasie cousant dans le jardin de Bougival, 1881
Blanchisseuse dit aussi Paysanne étendant du linge, 1881
La Fable, 1883
La Petite Servante, 1886
Fenêtres et seuils
A bien y regarder, les espaces dépeints par Berthe Morisot sont souvent des seuils, des espaces liminaires où l'intérieur est ouvert vers l'extérieur et en lien avec lui. Morisot affectionne les balcons, fenêtres, vérandas et jardins d'hiver, particulièrement mis à l'honneur par l'architecture domestique de la seconde moitié du XIXe siècle. Elle privilégie ces lieux de perméabilité entre extérieur et intérieur, indéterminés, à une époque où, précisément, les espaces se différencient sexuellement et se spécialisent au sein de la maison selon les usages et rituels sociaux.
Enfant au tablier rouge , 1886
Intérieur de cottage, 1886
La Lecture, 1888
Dans la véranda, 1884
Jeune Femme assise sur un sofa, vers 1879
A la campagne dit aussi Après le déjeuner, 1881
Sur le banc dit aussi Jeune Fille dans un parc, 1888-1893
Un atelier à soi
Le titre de cette [dernière] section renvoie à un texte de la romancière anglaise Virginia Woolf qui soulignait l'importance d' "une chambre à soi si [une femme] veut écrire une oeuvre de fiction".
Si Berthe Morisot n'a pas toujours eu un atelier à proprement parler, elle a pu se ménager des espaces de création que l'on retrouve dans ses tableaux. En 1883, elle créé un salon-atelier dans l'immeuble qu'elle fait construire avec son mari rue de Villejust, actuelle rue Paul Valéry, à Paris.
On retrouve les murs rosés ou le porte-dessins dans plusieurs compositions du début des années 1890. Mais c'est bien l'intérieur dans son ensemble qui semble se saturer d'art et qui en devient le miroir.
A la fin de sa vie, Morisot multiplie en effet les compositions où sa fille Julie, ses nièces ou quelques modèles professionnels sont occupés à jouer de la musique, dessiner ou peindre.
Fillette au chien [second fragment], 1886
Lucie Léon au piano, 1892
Fillette assise dit aussi Julie Manet tenant un livre, 1889
Fillette à la mandoline, 1890
La Mandoline, 1889
Jeune Fille au lévrier, 1893
Portrait de Mlle J.[ulie] M.[anet] dit aussi Julie réveuse, 1894
Le Violon dit aussi Julie Manet au violon, 1893
Jeune Fille en blanc, 1891
et pour finir, une dernière image de sa fille Julie Manet jouant au violon en robe blanche, 1894
Berthe Morisot (1841-1895) - 1/2

Avant de partir pour notre villégiature bretonne, nous avons visité une dernière exposition parisienne dont nous tenons à vous faire profiter. Comme l'avouent les organisateurs :
Pour la première fois depuis son ouverture en 1986, le musée d'Orsay consacre une exposition à l'une des figures majeures de l'impressionnisme, Berthe Morisot (1841-1895). C'est aussi la première manifestation monographique dédiée à cette artiste par un musée national depuis la rétrospective organisée en 1941 au musée de l'Orangerie.
C'est dire combien cette artiste a été éclipsée - bien injustement - par ses amis et contemporains masculins : ce phénomène est d'ailleurs très français, car la plupart des œuvres exposées viennent de musées étrangers : les collectionneurs hors de France, notamment les américains, avaient reconnu depuis longtemps le talent de Berthe Morizot.
Le premier tableau de l'exposition est le seul qui ne soit pas d'elle, mais de sa sœur ainée Edma, épouse Pontillon, (1839-1921), représentant Berthe Morisot en 1865 :
Dans cette première section, Peindre la vie moderne, Edma est d'ailleurs très présente comme modèle, avec sa fille Blanche dans Le Berceau, 1862
ou dans Jeune femme à se fenêtre dit aussi Portrait de Mme Pontillon ,1969
ou encore Portrait de Mme E.P. ,1871
Dans la même section, Les Sœurs dit aussi Deux sœurs sur un canapé , 1869
Intérieur, 1872
Dans la section "Mettre une figure en plein air", on voit que Berthe Morisot a très tôt intégré à sa formation le travail en extérieur.
Vue du petit port de Lorient dit aussi Marine, 1869
Marine dit aussi Le Port de Cherbourg, 1871
Femme et enfant au balcon, 1871-1872
Cache-cache, 1873
La Lecture, 1873
Les Papillons, dit aussi La Chasse aux papillons, 1874
Femmes et enfants sur le gazon, dit aussi Les Lilas à Maurecourt, 1874
La Terrrasse, 1874
En Angleterre (Eugène Manet à l'île de Wight), 1875
Dans les blés,1875
Vue d'Angleterre dit aussi Enfants dans l'herbe en Angleterre, 1875
Sur l'herbe dit aussi Sur la pelouse ou Dans le parc, vers 1874
Marine en Angleterre, 1875
Vue d'Angleterre, dit aussi Vue du Solent (Île de Wight) ou Marine en Angleterre, 1875
Changement de décor avec la section suivante Femmes à leur toilette.
Cette peinture de l'intimité chez Berthe Morisot, qui met en scène son propre cadre de vie privé, a eu un destin public. Elle a exposé deux tableaux sur le sujet à l'exposition impressionniste de 1876, introduisant la première ce thème dans les expositions du groupe.
Devant la Psyché, 1890
La Psyché, 1876
Nu de dos, 1885
Jeune femme se poudrant, 1877
Jeune femme de dos à sa toilette, 1875
Le lever, 1885
Modèle au repos, 1887
Cette section se poursuit avec des jeunes femmes illustrant La "beauté de l'être en toilette" :
Pour les impressionnistes, la mode et le vêtement moderne sont des éléments essentiels de la "nouvelle peinture". La mode des tableaux de Morisot n'est pas celle des grands couturiers : elle dépeint les robes élégantes, adaptées par des couturières ou des magasins de prêt-à-porter, pour des jeunes femmes de la grande bourgeoisie parisienne, qui, comme l'artiste, ne font peut-être pas la mode, mais la suivent.
Jeune fille au chien, 1887
Portrait dit aussi Jeune femme en toilette de bal, 1879
Figure de femme dit aussi Femme en noir (Avant le théâtre), 1875
Jeune femme au divan, 1885
Eté dit aussi Jeune femme près d'une fenêtre, 1879
Hiver, 1880
Paule Gobillard en robe de bal, 1887
Jeune femme en gris étendue, 1879
Nous poursuivrons dans un prochain billet le parcours de cette belle rétrospective.
La balade de Tugdual - Jean-Yves André à Saint-Pabu
Comme chaque année depuis quelque temps, Saint Pabu s'orne pendant l'été d'installations artistiques (cf. nos billets du 29 juillet 2016 et du 18 juillet 2018).
C'est cette année le peintre Jean-Yves André qui en est la vedette. Il vit et travaille à Brest et Argenton-Landunvez, passant du dessin à la gravure, de l'illustration à la peinture, variant aussi les supports: papier, bois, toile, mur, faïence...Son art est marqué par ses voyages au Moyen-Orient, en Australie et ses racines bretonnes...
L'exposition est répartie sur cinq sites de la commune, que nous parcourerons tour à tour.
Commençons par la mairie :
Mandala cornouaillais- Mandala Bro Gernev
Bleu comme un poisson - Glas evel ur pesk
Bigoudènerie en ut majeur - Kan Bro Vigoudenn
Croix celtique - Kroaz Keltiek
Arbre du Léon - Gwezenn Bro Leon
Sur la place Teven-Ar-Reut, nouvellement aménagée autour d'une reproduction "stylisée" de la balise (danger isolé) du Chien, devenue emblème de Saint-Pabu à l'instar de celle (cardinale Est) du Petit Pot de Beurre pour l'Aber Wrac'h...
Cinq œuvres dépourvues de titre...
Surplombant la plage de Korn-ar-Gazel, au pied de la maison des Abers...
Des poissons et autres animaux marins sans titre...
Lézards jumeaux - Glazarded gevell
Mandala glazig - Mandala glazig
Papillon de joie - Balafenn al levenez
Quatre oiseaux - Pevar labous
Une quatrième installation sur le quai du Stellac'h, ornant les toutes nouvelles installations du port...
De gauche à droite, Arbre de vie [Gwezenn ar vuhez] et Poule de Plouescat [Yar Plouescad]
La coupe est pleine - Leun an hanaf
Deux poissons sans titre...
Toute voile dehors - Hatoup
Terminons par l'nstallation réalisée autour de l'église du bourg....
Deux oiseaux sans titre...
Fantaisie quimperoise - Faltazi Kemper
Coeur de Plobalannec - Kalon Pornaleg
Et, pour finir, Le cœur est orange - Orañjez eo ar galon
Je ne voudrais pas terminer ce billet en évoquant l'église de Saint-Pabu, dédiée à Saint-Tugdual (autre nom de Pabu) sans parler de la collecte en cours pour aider la municipalité à la restaurer, comme l’indiquent les banderoles placées sur sa clôture...
Si vous n'avez pas vidé votre tirelire pour Notre-Dame de Paris :
Le « Talisman » de Paul Sérusier - Une prophétie de la couleur

Ce petit tableau de Paul Sérusier autour duquel s'articule l'exposition présentée ce printemps au Musée d'Orsay est aujourd'hui investi, comme l'indiquaient les organisateurs, d'un étrange statut : celui d'une oeuvre que l'on regarde moins pour elle-même que comme une icône de l'histoire de la peinture.
Cette petite étude de plein-air réalisée en Bretagne dans le petit village de Pont-Aven, en octobre 1888, "sous la direction de Gauguin", devient bientôt pour les Nabis (prophètes en hébreu) le symbole d'une véritable révolution esthétique.
Lorsque Sérusier, de retour à l'Académie Julian, présente au groupe de jeunes artistes ce paysage synthétique aux couleurs pures et aux formes simplifiées, ceux-ci en font leur "talisman". Ce dernier rejoint plus tard la collection de Maurice Denis, qui a contribué à en faire une oeuvre fondatrice en livrant le récit de sa création dans un texte publié dans la revue L'Occident en 1903.
L'exposition est introduite par ce petit tableau, avec pour l'anecdote son revers,...
...aux côtés de Intérieur à Pont-Aven, peint à peine quelques mois plus tôt dans cette année 1888 où il rencontre Gauguin...
L'éclosion du synthétisme
Durant l'été 1888, Paul Gauguin et Emile Bernard se retrouvent à Pont-Aven. Commence alors une période d'intense émulation entre les deux artistes qui aboutit à l'éclosion du synthétisme.
Cette quête d'une nouvelle manière de représenter le sujet amène les peintres à rompre définitivement avec l'espace illusionniste.
Ce style novateur se traduit par des procédés picturaux inédits : simplification des formes, utilisation de couleurs pures posées en aplats, emploi d'un cerne foncé pour délimiter les masses.
Charles Laval : Paysage, entre 1889 et 1890
Paul Gauguin : Au-dessus du gouffre, dit aussi Marine avec vache, 1888
Paul Gauguin : Fête Gloanec, dit aussi Nature morte "fête Gloanec", 1888
Emile Bernard : Madeleine au Bois d'Amour, 1888
Emile Bernard : L'Arbre jaune, vers 1888
Emile Bernard : Trois Bretonnes en coiffe de veuve, 1888
Emile Bernard : Le Repos sur la falaise, vers 1890
Emile Bernard : Le Gaulage des pommes, 1890
La Confrérie des Nabis
"Lorsqu'il rentre à Paris après son séjour à Pont-Aven en octobre 1888, Paul Sérusier montre à ses camarades de l'Académie Julian le petit paysage qu'il a peint au Bois d'Amour en compagnie de Gauguin. Son caractère extrêmement novateur est un véritable catalyseur pour ce groupe de jeunes peintres désirant ardemment renouveler le langage artistique.
Ils inventent ensemble le nom de Nabi. Les premiers membres, Sérusier, Denis, Ranson, Piot, Ibels et Bonnard sont bientôt rejoints par Vuillard, Roussel, Verkade, Ballin, Vallotton et Lacombe.
Ils prennent l'habitude de se retrouver régulièrement lors de dîners qu'ils transforment rapidement en simulacres de cérémonies religieuses. Quelques portraits attestent ainsi leurs liens d'amitié. On remarque également dans certains tableaux leur intérêt marqué pour l'ésotérisme et les sciences occultes."
Paul Sérusier : Portrait de Paul Ranson en tenue nabique, 1890
Georges Lacombe : Le Nabi à la barbe rutilante (Portrait de Paul Sérusier), vers 1894
Edouard Vuillard : Le Liseur, dit aussi Portrait de K.-X. Roussel, vers 1890
Paul-Elie Ranson : Le Paysage nabique, dit aussi Le Nabi, 1890
Les icônes des Nabis
Maurice Denis : Le Christ vert, 1890
Maurice Denis : L' Offrande au calvaire, vers 1890
Maurice Denis : Montée au calvaire, dit aussi Le Calvaire, 1889
Maurice Denis : Les Fées, vers 1891
Maurice Denis : La Messe, vers 1890
Maurice Denis :
L' Autel Jaune
La Prière au livre jaune
L'enfant de choeur au cierge
La Cène
1889-1890
Maurice Denis : Taches de soleil sur la terrasse, 1890
Ker-Xavier Roussel : Femme devant un portail vert, vers 1891-1893
"Comment voyez-vous cet arbre ?"
Le Bois d'Amour est depuis longtemps un site d'inspiration privilégié par les artistes résidant à Pont-Aven. Connu pour ses effets pittoresques, il rejoint les aspirations des peintres à se rapprocher d'une nature authentique, investie par les légendes bretonnes d'une aura mystique.
« Comment voyez-vous cet arbre, avait dit Gauguin devant un coin du Bois d'Amour : il est bien vert ? Mettez donc du vert, le plus beau vert de votre palette ; et cette ombre, plutôt bleue ? Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que possible. »
Maurice Denis, "L'influence de Paul Gauguin", L'Occident, octobre 1903
Jan Verkade : Paysage décoratif, vers 1891-1892
Maurice Denis : Les arbres verts, dit aussi Les Hêtres de Kerduel, 1893
Paul Sérusier : La Pluie sur la route, 1893
Paul Sérusier : La Barrière fleurie, Le Pouldu, 1889
Georges Lacombe : Les Pins rouges, vers 1894-1895
Paul Sérusier : Le Bois rouge, vers 1895
Paul Sérusier : Arbres rouges et fougères en automne, vers 1905
Paul Sérusier : Le Champ de blé d'or et de sarrasin, vers 1900
"Une surface plane recouverte de couleurs"
Avec Le Talisman, Gauguin et Sérusier affirment l'importance de la couleur pure et de sa valeur expressive.
Ce tableau "synthétique" aux formes simplifiées propose une nouvelle forme de représentation du paysage, privilégiant la perception visuelle à l'exactitude du rendu.
Les principaux éléments de paysage représentés restent cependant bien identifiables, que ce soient de grandes étendues d'eau ou de verdure.
« Se rappeler qu'un tableau – avant d'être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote – est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées »
Pierre Louis [Maurice Denis], "Notes d'art. Définition du néo-traditionnisme", Art et critique, 23 août 1890
Paul Sérusier : Les Laveuses à la Laïta, 1892
Paul Sérusier : Eve bretonne, dit aussi Mélancolie, 1890
Paul Sérusier : Les Blés verts au Pouldu, 1890
Paul Sérusier : Route dorée, dit aussi La Route de Châteauneuf-du-Faou, ou Le Chemin jaune, vers 1903
Mogens Ballin : L'Eglise à Saint-Nolff, vers 1892
Charles Filiger : Paysage rocheux, vers 1891
Georges Lacombe : Marine bleue, effet de vagues, vers 1893
Maurice Denis : Femmes sur le balcon, 1912
Pierre Bonnard : Les Voiliers, régates, vers 1932
Sérusier, peintre et théoricien
Tout au long de sa carrière de peintre, Sérusier mène des recherches plastiques qui le conduisent à établir une véritable théorie du bon usage des couleurs en peinture.
Il livre une grande partie de ses réflexions dans son ouvrage ABC de la peinture publié en 1921. Il y expose ses conclusions sur la relativité des couleurs et les contrastes entre tons chauds et tons froids.(...) Il produit vers 1910 une série de toiles composées de formes géométriques sur des fonds abstraits. Ces œuvres radicales d'une abstraction surprenante mettent en images les interrogations du peintre sur les origines du monde.
Paul Sérusier : Tétraèdres, 1910
Paul Sérusier :
Cercle chromatique
Dissonance chaude/Dissonance froide
vers 1921
Paul Sérusier : Le Cylindre d'or, vers 1910
Charles Filiger : Notations chromatiques, 1915-1928
Du même Charles Filiger, né à Thann en 1863, mort à Brest en 1928 : La Montagne Noire de Thann, vers 1900-1914
et dans la même section consacrée à Sérusier théoricien, une oeuvre de Kandinsky qu'on ne s'attendrait pas à trouver là : Etude pour Schwarz und Weiss, premier Tableau - étude de décor pour le premier tableau d'une pièce de théâtre composée par l'artiste, 1909.
ROUGE - art et utopie au pays des Soviets (2ème partie)

Comme promis dans notre billet du 29 juin, nous terminons la présentation de l'exposition qui vient de fermer ses portes au grand palais, avec sa
2ème partie : La vie rêvée dans l’art : vers le réalisme socialiste
Elle commence par une section consacrée à la répression, aux grands procès, ...
Ennemis de classe et ennemis du peuple
Salomon Nikritine : Le tribunal du peuple (1934)
M. Reïkh : Pour une plus grande sévérité contre les dilapidateurs et les fumistes (1933)
Bruni Tatiana (1902 – 2001) :
Études de costume d’homme pour Le Boulon, ballet de D. Chostakovitch.
L'ouvrier instable, l’ouvrier tire-au-flanc, l’ivrogne.
Théâtre académique d’État d’opéra et de ballet (GATOB), Leningrad. (1931, aquarelle et gouache sur papier)
Une culture de la vigueur
Alexandre Samokhvalov : Komsomol militarisé (1932-1933)
Alexandre Deïneka : Donbass, la pause-déjeuner (1935)
Alexeï Pakhomov : Le bain des matelots de la flotte rouge du bord d’un bateau (1933)
Alexandre Deïneka : Baigneuse (1951)
Alexandre Samokhvalov : La sportive au bouquet (1935)
Gustav Klutsis : Les hirondelles (plongeon), esquisse pour carte postale (1928)
La ville stalinienne
Youri Pimenov : La nouvelle Moscou (1937)
On se croirait aux Etats-Unis !
Dmitri Tchetchouline et Andreï Rostkovsky : Gratte-ciel résidentiel sur le quai Kotelnitcheskaïa, vue perspective depuis la Moskova à Moscou (1947-1949)
Alabian Iofan : Pavillon de l’URSS pour l’exposition universelle de Paris (maquette, 1937)
D'après le catalogue qu'en avait ramené mon grand-père, il faisait face à celui de l'Allemagne nazie, d'une architecture similaire...
Gustav Klucis : Tout Moscou construit le métro : livrons pour le 17e anniversaire de la révolution d’Octobre la première ligne du meilleur métro du monde (affiche de 1934)
Iofan, Chtchuko, Gelfreikh : Moscou, Projet de Palais des Soviets. Élaboration de la version définitive. Panorama à vol d’oiseau englobant les constructions avoisinantes.
1932
L’Internationale des arts
Renato Guttuso (1912-1987, Italie) Travailleurs journaliers, 1949
Boris Taslitzky (1911-2005, France) Escalator dans le métro parisien, 1935
Jacob Burck (1907, Pologne - 1982, Etats-Unis) :
Morgan and Co.
Heil!
Années 1930, crayon lithographique, encre sur papier
Fred Ellis (1886-1965, Etats-Unis)
L’obésité dorée du capitalisme américain
La journée de la femme dans l’Allemagne fasciste
Années 1930, crayon lithographique, encre sur papier
Ernst Neuschul (1895, Autriche-Hongrie-1968, Royaume-Uni)
Chômeurs, 1931
Bela Uitz (1887, Roumanie-1972, Hongrie)
Travailleurs allemands (Pastel sur papier de journal, 1930)
Diego Rivera (1886-1957, Mexique)
Soldat de l'Armée Rouge (encre noire et encre de couleur sur papier, 1928)
Frans Masereel (1889, Belgique-1972, France)
Dans le parc de la culture et des loisirs [Gorki]
La fin de la manifestation
(Pinceau, encre sur papier, 1937)
Frans Masereel : Place rouge, 1935
Avenir radieux
Georgy Nissky : Saut en parachute (1933)
Alexandre Deïneka : Pleine liberté (1944)
Alexandre Deïneka : V. I. Lénine en promenade avec des enfants (1938)
Vassily Kuptsov : Dirigeable (1933)
Et pour faire la transition avec la prochaine et dernière section :
Vassily Svarog : Staline et les membres du Politburo parmi les enfants au Parc Gorki (1939 - tableau retouché la même année pour effacer Piotr Smirnov, commissaire du peuple à la Marine de guerre, fusillé au début de l'année...)
Peinture d’histoire et mythification
A. lar-Kravchenko : 11 September 1931. Gorky lit à Staline Molotov et K. E. Voroshilov son conte “La jeune fille et la mort” (1941)
Vassily Efanov : J.V. Staline, V. M. Molotov et K. E. Vorochilov au chevet de A. M. Gorki malade. (1940-1944)
Alexandre Guerassimov : Staline devant le cercueil de Jdanov (1948)
V. I Govorkov : Au Kremlin, Staline se soucie de chacun de nous (Chromolithographie, 1940)
Pour le lecteur qui souhaiterait une analyse moins artistique et plus critique de cette expo, voir ce billet d'humeur de Laurent Bloch, ou, comme il le recommande, cet article de Rachel Mazui dans Histoire@Politique.













































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