Christian Boltanski - Faire son temps

Comme le souligne le commissaire de l'exposition, Bernard Blistène, directeur du Musée national d'art moderne, "trente-cinq années se sont écoulées depuis la première exposition de Christian Boltanski au Centre Pompidou. Conçue par Boltanski lui-même comme une vaste déambulation au cœur de son œuvre, cette nouvelle exposition se veut moins une rétrospective qu’une suite de séquences marquant les étapes et les métamorphoses de son propos.
En quelque cinquante œuvres rythmant le parcours de Christian Boltanski, cette ample traversée de l’œuvre d’une des plus grandes figures de la création de notre temps permet d’en mesurer l’ampleur et l’ambition marquées par son histoire et un demi-siècle de méditations sur la fonction et la parole de l’artiste dans nos sociétés." Sans forcément partager l'enthousiasme de Bernard Blistène, qui organisa d'ailleurs, jeune conservateur, cette première exposition en 1983, nous nous devions d'en rendre compte à nos lecteurs, en en suivant le parcours.
27 possibilités d'autoportraits, 2007
Cette oeuvre propose toutes les combinaisons possibles à partir de trois ou quatre photographies de l'artiste, prises à différents âges et coupés en trois morceaux.
La Chambre ovale, 1967, peinture acrylique sur isorel
L'Homme qui tousse, film 16 mm, couleur, sonore de 2 mn 44 s
Essai de reconstitution, 1970-1971, fer blanc, bois, grillage, pâte à modeler
Boltanski a cherché à se remémorer les objets de son enfance en pâte à modeler (avions en papier, bouillotte, rails de chemin de fer jouet - voir les étiquettes)
Les 62 membres du club Mickey en 1955, les photos préférées des enfants, 1972, photographies en noir et blanc encadrées, cadre en fer blanc
L'œuvre réunit plusieurs portraits d’enfants publiés dans le magazine Club Mickey, que Boltanski a coservé depuis sa jeunesse
Albums de photos de la famille D., 1939-1964, 1971
Ces photographies, tirées de l'album de famille de Michel Durand, sont légèrement agrandies et floues. (présenté à la Documenta de Cassel en 1972)
Vitrine de référence, 1972, Bois, Plexiglas, photos, cheveux, tissus, papier, terre fil de fer (12 x 120 x 59,5 cm)
Boîte en bois peinte sous plexiglas et contenant 15 éléments de la vie de l'artiste : photos noir et blanc, cheveux, bribes de vêtements de l'artiste, échantillon de son écriture, page de son livre de lecture, entassement de 14 boulettes de terre, un piège composé de trois objets faits de morceaux de tissu, fil de fer, épingles
La Mort du grand-père, 1974, 4 photographies noir et blanc rehaussées de pastel sur papier et légendes
Les Habits de François C., 1971, tirages noir et blanc encadrés de fer blanc
"Boltanski photographie les habits de son neveu âgé de six ans. Ce portrait en creux est prémonitoire des inventaires réalisés par la suite et de toutes les pièces qui dans les années 90 impliquent des vêtements usagés comme trace d'un corps humain disparu"
Entre-temps, 2003, vidéoprojection noir et blanc sur rideau de cordes
On le traverse pour atteindre la suite de l'exposition.
Théâtre d'ombres, 1984-1977, figurines en carton, projecteurs, plate-forme mobile, structures en métal, ventilateurs, dimensions variables
Miroirs noirs, 2005, miroirs peints en noir de plusieurs dimensions
entourant
Cœur, 2005, ampoule, amplificateurs, boîtier pour transformer le son des battements de cœur en lumière clignotante, enregistrements
Réserve des Suisses morts, 1990, photographies, lampes à pinces, fils électriques, échelles en bois, linge blanc
A partir de 1990, Boltanski commence à utiliser les photographies des défunts parues dans les pages nécrologiques du journal suisse Le Nouvelliste du Valais ...
Le Manteau, 1991, manteau noir, ampoules LED, câbles noirs
Monument collège d'Hulst, 1986, Photographies, douilles, ampoules, fil électrique
Dans salle 21 Les Reliquaires, plusieurs installations de 1988-1990 avec des caractéristiques très boltanskiennes comme les photographies, les lampes de bureau qui éblouissent les personnages comme dans les interrogatoires policiers, les boîtes à biscuit rouillées qui représentent à la fois la boîte à trésors de l'enfance et l'urne funéraire...C'est la première fois que Boltanski se sert de documents ayant un lien direct avec la Shoah
Aux murs du couloir qui mène à l'installation suivante, Les Portraits noirs, 1993, photographies d'enfants souriants en train d'assister à un spectacle...
Les Regards, 2011, Voiles, filins métalliques, ampoules, ventilateur, dimensions variables
Une installation qui a eu plusieurs variantes, en particulier de grand format dispersés dans des villes
Réserve : Les Suisses Morts, 1991, boîtes en métal, photographies noir et blanc
Boltanski a réalisé plusieurs compositions autour des Suisses morts, en particulier en collant des photographies sur des boites empilées sous forme de tours qui, à l'image de l'existence, peuvent s'écrouler à tout instant.
Le Vie impossible de C. B., 2001, bois, grillage métallique, tubes fluorescents, papier, photographies
Cette œuvre est l'unique autobiographie de Boltanski. Elle est emblématique de l'illusion de représenter sa vie à travers des restes dérisoires. Les vitrines contiennent des pièces lisibles et illisibles : tickets de train, photographies de personnes que Boltanski a aimées, lettres de gens chers à l'artiste ou de conservateurs de musée.
Misterios, 2007, vidéoprojection sur 3 écrans, format 19/9, son stéréo, couleur, 720 mn
À la recherche d'une réponse à la question de la destinée, Boltanski s'est rendu au nord de la Patagonie, où les baleines, dont la légende dit qu'elles recèlent les secrets de l'univers, se réunissent à certains moments de l'année. Avec l'aide d'ingénieurs acousticiens, il y a installé des trompes dont la forme a été étudiée pour que le vent s'y engouffre et émettent des sons très proches du chant des baleines. Ces objets sonores, situés dans un désert, sont voués à la disparition : il n'en restera que le récit. Les écrans synthétisent trois concepts : le questionnement (les baleines), le vide (le manque de réponse) et l'image de la mort (la carcasse).
Mes Morts, 2002, panneaux métalliques, tubes fluorescents, câbles électriques
Il s'agit des portraits de personnes disparues, chères à Boltanski. Les plaques contiennent deux dates : celle de la naissance et celle de la mort, séparées par un tiret qui symbolise lui seul une vie entière.
Dans une salle, l'installation Les Concessions, 1996, (des photographies de cadavres tirées du magazine El Caso sont accrochées au mur et recouvertes d'un tissu noir que les visiteurs soulèvent pour apercevoir ce qui est caché) entoure une installation de la même année, Les Tombeaux (de hauteurs différentes, recouverts de tissu noir, ces tombeaux sont éclairés par des ampoules à filament qui descendent sur chaque pièce, renforçant leur individualité)
Après, 2016, photographies imprimées sur voile, plexiglas, ampoules transparentes, lampes à pince
Tirés d'après la photographie dite de la Hamburger Strasse, les visages de ces jeunes filles sont imprimés sur des voiles très fins qui sont déchirés et abîmés, comme pour signaler les transformations inéluctables causées par le temps.
Crépuscule, 2005
Chaque jour une des ampoules composant l'installation s'éteint. Le temps d'une exposition, l'œuvre, qui au début est très éclairée, s'assombrit progressivement. Avec cette œuvre, Boltanski apporte une autre image à sa réflexion sur le passage du temps et la précarité de l'existence
Dans le passage qui débouche sur la dernière grande salle de l'exposition,
Menschlich, 1994
Menschlich comprend 1200 photographies en noir et blanc prises entre 1970 et 1994, représentant des gens d'âge, de sexe ou d'origine différents et dont on ne discerne que le visage. Cette œuvre emblématique a été exposée pour la première fois à Aix-la-chapelle en 1994.
Le centre de la dernière salle de l'exposition est occupé par
Le Terril Grand-Hornu, 2015, vêtements noir en tissu, lampe, dimension variable
Créée pour le musée des arts contemporains du Grand-Hornu, cette œuvre, composée d'un tas de manteaux noirs et d'une lampe, fait référence aux mineurs de cette région belge.
Autour,
Les Registres du Grand-Hornu, 1997, boîtes en fer blanc, étiquettes, photographies noir et blanc, lampes de bureau
Pour cette commande, Boltanski a réuni des documents d'archives relatifs aux ouvriers travaillant dans les mines du Grand-Hornu en Belgique 1920 à 1940 : des milliers de fiches comportant un nom et la date d'engagement, parfois accompagnées d'une photographie.
et, disséminés dans la salle,
Prendre la parole, 2015
Chaque personnage composé de planches de bois, pourtant un manteau et une lampe, est muni d'un boitier où sont enregistrés des mots et qui se déclenche quand un visiteur s'approche. Rappelant L'homme qui marche (1962) d'Alberto Giacometti, ils posent des questions sur la vie et son passage.
De chaque côté de la sortie, deux vidéos de Boltanski :
Animitas Chili, 2014 (vidéo) et Animitas blanc, 2017 (photo)
C'est dans le désert d'Atacama, lieu historiquement chargé, que Boltanski crée Animitas dont le titre vient du nom donné par les chiliens aux autels religieux édifiés au bord des routes à l'endroit des accidents. De petites clochettes accrochées à de longues tiges bougent et sonnent au rythme du vent.
Degas à l'Opéra

Nous n'avions pas encore rendu compte de l'exposition organisée jusqu'au 19 janvier 2020 à l'occasion du trois cent cinquantième anniversaire de l'Opéra de Paris par les musées d'Orsay et de l'Orangerie, Paris - et la National Gallery of Art, Washington où elle sera présentée du 1er mars au 5 juillet 2020.
Comme le précise le commissariat, aucune exposition jusqu'ici n'a envisagé l'Opéra globalement, étudiant tout à la fois le lien passionné que Degas avait avec cette maison, ses goûts musicaux, mais aussi les infinies ressources de cette merveilleuse "boîte à outils". A travers l'oeuvre d'un immense artiste, le portrait de l'Opéra de Paris au XIXe siècle.
Si les danseuses sont naturellement très présentes, surtout à la fin du parcours, c'est aussi l'occasion de (re?)découvrir de très belles œuvres de jeunesse, comme, à l'entrée de l'exposition, ces Petites filles spartiates provoquant des garçons (vers 1860-1862),
Portrait de Mlle E(ugénie) F(iocre) à propos du ballet de "La Source" (1867-1868), et un tableau représentant Lorenzo Pagans et Auguste De Gas (son père), vers 1871-1872,
ou La Répétition de chant, vers 1869, avec deux dessins d'esquisses préparatoires.
Joséphine Gaujelin, 1867
Mademoiselle Dihan au piano, vers 1870
Le Violoncelliste Louis-Marie Pillet, vers 1868-1869
Musiciens à l'orchestre, vers 1870
L'Orchestre de l'Opéra, 1870
Les Musiciens, 1872-1873
Le Ballet de Robert le Diable : deux tableaux, l'un de 1871-1872, conservé au MOMA à New York, l'autre de 1876 conservé au Victoria & Albert, à Londres, et un dessin sur le même thème.
Beaucoup d'objets sur l'Opéra à l'époque de Degas : la grande maquette de l'Opéra Garnier conservée à Orsay, des dessins de costumes comme ceux d'Alfred Albert (1814-1879) pour le ballet "La Source" de Ludwig Minkus et Léo Delibes, 1866, des maquettes de décors comme celle de Jean-Louis Chéret (1820-1882) pour l'acte I de l'opéra "La Favorite" de Donizetti, 1875.
Violoniste assis (étude pour La Leçon de danse du MOMA) vers 1878-1879
Le Violoniste, 1879
La suite de l'exposition fait la part très belle à la danse - et surtout aux danseuses - à commencer par La Classe de danse, 1873-1876, une esquisse du maître Jules Perrot pour ce tableau, Répétition au foyer de la danse, 1873-1875
D'autres tableaux dans la même veine...
Des danseuses en coulisses...
Des études et dessins de 1873...
Quelques tableaux évoquant le côté interlope du milieu qui gravite autour des danseuses...
Toujours des années 1870, ses amis Ludovic Halévy, Albert Boulanger-Cavé, des petites danseuses avec leurs "protectrices", la petite danseuse à l'éventail, pastel de 1879...
La célèbre statue de la Petite danseuse de quatorze ans et une étude pour cette statue (vers 1878-1879), devant une vitrine d'autres bronzes.
Encore quelques vues de la scène ou évocations de l'Opéra, avec ou sans danseuses...
Une série de tableaux en longueur, des années 1880-1890...
Des dessins et esquisses de danseuses plus ou moins vêtues...
Des dessins rehaussés et des pastels...
Quelques huiles des années 1890-1900
Et terminons ce tourbillon étourdissant avec une petite huile sur bois de 1891, Danseuse bleue et contrebasses.
Champagne !

En cette période des fêtes de fin d'année, nous vous proposons un peu de Champagne, non pas de vin mais de province profonde, au sud est de Troyes.
Avec ses 866 ha de vignes, la commune des Riceys, dans l'Aube, est celle qui possède la plus importante superficie viticole de toute la Champagne. Outre notre producteur préféré - ce n'est pas celui de l'affiche, déjà servie dans notre billet sur Mucha - elle recèle des merveilles patrimoniales, comme son Eglise Saint-Pierre-ès-Liens, classée monument historique dès 1840.
Elle était malheureusement fermée, et nous avons été éconduits par la mairie lorsque nous avons dès la veille au téléphone demandé s'il était possible d'en avoir la clé, ce qui interroge sur la capacité de l'administration communale à promouvoir le tourisme dans une commune qui compte pourtant beaucoup de producteurs à vivre de la vente directe...
Selon la base Mérimée, "l'église date des 15ème et 16ème siècles et comporte les éléments de deux édifices différents. La partie du chœur, élevée au 15ème siècle, est assez modeste dans sa composition. La nef, les bas-côtés et le portail datent de la Renaissance. A l'intersection des nefs, s'élève une tour supportée par quatre gros piliers et couronnée par une flèche en charpente de 42 mètres de haut, flanquée de quatre clochetons également en bois".
La façade Renaissance...
...avec la voûte à caissons du portail et une statuaire intéressante.
Face à l'église, de vieilles maisons pittoresques
et à deux pas, le château de Riceys-Bas, dit aussi de Taisne, partiellement classé, et qui se visite en été ou sur rendez-vous.
Le pavillon de l'entrée et les bâtiments les plus anciens, au bord de la Laigne.
Sur la route de Chaource, une petite halte à Pargues, avec sa curieuse église de la Nativité de la Vierge.
Là encore, mélange des époques : un clocher trapu du 13ème siècle voisine avec une abside des 17-18ème siècles, surmontée d'une coupole flanquée de quatre tourelles.
Autre monument remarquable de Pargues, la pompe communale de 15 mètres de haut, conclue par une éolienne. Selon la base Mérimée :
"Le château d'eau et l'éolienne ont été construits entre 1901 et 1903 par la commune pour fournir une eau propre aux abreuvoirs du village toute l'année. L'architecte Ludovic Sot conçoit un bâtiment pourvu d'un décor de pierre de taille et arcatures en brique. L'éolienne, fournie par le fabricant Henri David d'Orléans, présentait une grande roue aux ailettes de bois de 9,50 mètres de large. Le système fut entièrement refait en 1923, en utilisant une machine dite " aermotor ", fournie par la société belge Van Sante-Baëtens. La roue est plus petite (4,50 mètres de diamètre), en acier, avec un mécanisme de graissage automatique."
Nous terminerons avec Chaource, commune connue pour son fromage (AOP) célébré dans un musée, et pour son église Saint-Jean_Baptiste, remarquable édifice du 16ème siècle classé lui aussi dès 1840. (ici, le portail latéral nord)
L'église est un véritable musée, rempli d'objets - statues, tableaux - plus remarquables les uns que les autres.
L'heure tardive et l'obscurité qui gagnait rendent difficile de faire partager au lecteur cette richesse et nous contenterons des plus importantes.
Dans une chapelle latérale, une remarquable crèche du 16ème siècle. A gauche, l'adoration des bergers, à droite, celle des mages, et quelques détails, comme ce chameau qui tient du dinosaure...
Les vitraux de la chapelle...
et en face de la crèche, un magnifique retable en pierre sculptée
Dans une crypte, une impressionnante mise au tombeau
surveillée par des gardes non moins imposants.
Parmi les statues qu'un peu de lumière nous a permis de photographier, une Vierge et Sainte Barbe..
et de très belles piétas...
Quelque vitraux pour finir, recueillant les derniers rayons du soleil...
Le monde nouveau de Charlotte Perriand (II)

Nous poursuivons la visite de l'exposition consacrée par la Fondation Louis Vuitton à Charlotte Perriand, commencée dans notre billet du 7 décembre dernier.

Le dialogue des cultures
Début 1940, Charlotte Perriand reçoit une invitation du gouvernement japonais, encore neutre, à venir conseiller la production industrielle du Pays. Quand elle arrive, le pays a rejoint l'Axe et la situation devient compliquée : elle rejoindra l’Indochine en 1942. Entre temps, elle parcourra le pays en se formant et en donnant des conférences. Une exposition, synthèse de ses recherches, aura lieu en 1941 à Tokyo et Osaka (affiche ci-contre et présentation ci-dessous)
Lit bambou et bois avec appuie-tête
Lampe sur pied en bambou
Tabouret-table de chevet
(1940)
Devant une tapisserie Un Enfant de Saburo Hasegawa (1940) choisie par Charlotte Perriand,
Chaise longue basculante bambou,
Chaise bambou à porte-à-faux, placet standard lattes de bambou,
Table à plateau en planches de pin rouge montées sur châssis, piétement fuselé en cerisier,
Fauteuil bambou à porte-à-faux, placet standard lattes de bambou
(1940)
Détail de la chaise longue et d'une chaise en lattes de bambou (1940)
Dans le mur du fond de cette salle, Composition aux deux perroquets (1935-1939), huile sur toile de Fernand Léger
Repenser le monde
Cette section, qui évoque le retour en France de Charlotte Perriand après six années passées au Japon puis en Indochine, s'ouvre sur un clin d’œil, Le Ministère des femmes, gouvernement entièrement féminin imaginé en 1947 par le magazine Elle : on lui a attribué le ministère de la reconstruction et de l'urbanisme (n° 15)
Reconstitution d'une chambre d'étudiant de la Maison du Mexique à la Cité Internationale Universitaire de Paris. (architectes : Jorge et Roberto Medellin, aménagement intérieur : Charlotte Perriand et Jean Prouvé, 1953)
Reconstitution d'une chambre d'étudiant de la Maison de la Tunisie à la Cité Internationale Universitaire de Paris aménagée par Charlotte Perriand. (architecte : Jean Sebag, 1953)
Dans la salle, une affiche de Jacques Nathan-Garamond pour l'exposition de l'Union des artistes modernes de 1949-1950 (Cf notre billet du 11 août 2018)
Dans cette section, des œuvres de Fernand Léger :
Élément mécanique dans l'espace, huile sur toile,1951
Deux maquettes pour la mosaïque de l'hôpital de Saint-Lô, vers 1953 et 1955
La Danseuse au cheval, huile sur toile,1953
Les Boucliers, mobile sur pied d'Alexander Calder, 1944
et deux tapisseries:
Le Corbusier : Nature morte, 1954
Joan Miró : Hirondelle d'amour, 1980

Synthèse des arts
Cette section est avant tout une reconstitution de l'exposition Proposition pour une synthèse des arts, Paris 1955 organisée à Tokyo en 1955 par Charlotte Perriand, Le Corbusier et Fernand Léger.
Elle présente des créations de Charlotte Perriand, des aménagements intérieurs sur une grande plate-forme située au centre de la salle, et de très nombreuses peintures, sculptures et tapisseries...
Ci-contre, une Bibliothèque / Meuble écran de 1954.
Ci_dessous, Plots aluminium laqué, 1952
Fauteuil empilable, 1954
Guéridon Air France, 1954
Double chaise longue, 1953
Bureau...
Salle à manger
Salon, bibliothèque
Des céramiques polychromes de Fernand Léger :
La Fleur qui marche, 1952
Sans titre. Les Femmes au perroquet sur fond rouge, vers 1953
Visage à la main sur fond rouge, vers 1954
Sans titre. L'Oiseau à la Fleur, L'Oiseau et la fleur, 1953
Composition végétale 2ème état (Le Tournesol), 1952
D'autres œuvres de Fernand Léger :
Une huile sur toile de 1942-1946, Les Plongeurs polychromes
Une tapisserie de 1951, L'Homme à la pastèque ou Personnage et Nature morte
Un projet de vitrail pour l'église d'Audincourt, gouache sur papier, vers 1950
Des toiles du Corbusier :
Arbalète Londres II (1953)
Taureau VII (1954)
Taureau V (1954)
De nombreuses tapisseries du même auteur ;
Les Huit, 1963
Présence, 1951
Et l'ennui régnait au-dehors, 1954
Les Musiciennes (2ème version), 1953
Deux bouteilles et compagnie, 1953
et des artistes moins présents dans le reste de l'exposition, Hans Hartung et Pierre Soulages.
Le catalogue de l'exposition de 1955 à Tokyo :
Un nouvel art de vivre
Cette petite section évoque la galerie Steph Simon, qui à partir des années 50, sur le Boulevard Saint Germain, joua pendant une dizaine d'années un rôle de premier plan dans le mobilier design, avec comme têtes d'affiche Charlotte Perriand et Jean Prouvé.
Isamu Nogusci : Luminaires, vers 1958
Charlotte Perriand : Table de forme libre, 1956
Hisao Domoto : Peinture, 1962
Charlotte Perriand : Bibliothèque Nuage, édition Steph Simon, vers 1958
Charlotte Perriand :
Appliques à volet orientable, édition Steph Simon, 1962
Applique à volet orientable double ou Lampe de chevet, 1963
Bahut Bloc, édition Steph Simon, vers 1960
Bahut en forme, édition Steph Simon, vers 1958
Vivre au Brésil
Charlotte Perriand, pour meubler l'appartement de fonction de son mari à Rio, où il représentait Air France pour l'Amérique du Sud, adapta ses créations à l'ambiance et aux matériaux locaux.

Habiter la montagne
A partir de 1934, Charlotte Perriand conçut avec Pierre Jeanneret des constructions préfabriquées pour les loisirs. La Maison au bord de l'eau en est un exemple.
Savoyarde d'origine, alpiniste chevronnée, elle conçut plusieurs projets de refuges de taille et de forme variables. Ce Refuge Tonneau (1938), non réalisé à l'époque, est dans doute le plus remarquable.
Les visiteurs de l'exposition peuvent y pénétrer pour en apprécier l'ingéniosité des détails, et l'esthétisme...
Voir et montrer les arts
Cette section montre à travers trois exemples comment Charlotte Perriand mettait l'architecture au service de l'art.
L'aménagement de l'appartement parisien d'un collectionneur, Maurice Jadot, en réduisant au minimum le mobilier pour mettre en valeur les œuvres.
Buffet pour Maurice Jardot de Charlotte Perriand, 1977
Sur le buffet, bronzes de Henri Laurens, vers 1945
Au dessus du buffet, Paysage romantique, toile de Fernand Léger, 1946
Autour du lit de Charlotte Perriand pour Maurice Jadot (1939), des toiles de 1961 de Fernand Léger et de Picasso
Ornant le meuble à classeurs de Charlotte Perriand pour l'appartement de Maurice Jadot, des dessins, lavis et gouaches de Picasso, de 1965 à 1972
Parmi les œuvres présentes dans l'appartement, plusieurs tableaux de Fernand Léger :
Feuilles de Houx, étude, 1930
Composition au compas, 1932
Composition Bleu et jaune, 1929
Le deuxième exemple est la nouvelle conception de la galerie Louise Leiris (1986). Il sera évoqué ici avec quatre œuvres de l’exposition inaugurale de cet aménagement, consacrée à Pisasso. Les visiteurs de la fondation Louis Vuitton peuvent les admirer assis dans de confortables fauteuils de Charlotte Perriand.
La Pisseuse, 16 avril 1965
Femme couchée sur un divan bleu, 20 avril 1960
Les Femmes d'Alger (Version "M"), 1955
Le déjeuner sur l'herbe d'après Manet, Mougins, 12 juillet 1961
Le troisième exemple est la mission d'aménagement de l'entrée du Musée National d'Art Moderne, alors abrité par le Palais de Tokyo, confiée à Charlotte Perriand en 1965.
Banquettes réparties dans tous les espaces d'exposition, et notamment dans le hall d'accueil muni d'un grand comptoir de 7 m de long. Derrière le comptoir, Tabula,, #135, bleu, de Simon Hantaï, 1976. Sur les côtés, Relief pour l'escalier du Palais des Chemins de Fer (panneaux 1, 2, 4), 1937 de Robert Delaunay, et un grand panneau réalisé par Fernand Léger pour la Triennale de Milan de 1950. Suspendu, un mobile de Calder, 1961.
Construire la montagne
C’est avec l’opération des Arcs que Charlotte Perriand réalise sa plus grande œuvre. Cette opération complexe d’urbanisme et d’architecture en site vierge est celle qui l’a mobilisé le plus et le plus longtemps, puisqu'elle y consacre vingt ans de sa vie, entre 1967 et 1989. La station des Arcs s’appuie sur les principes de la « zone de loisirs de haute montagne » développée dans la période pionnière de l’avant-guerre pour répondre aux préoccupations d’une société d’abondance confrontée aux besoins nouveaux issus des loisirs de masse.
Salle de bains et cuisine préfabriquées, 1975
(réalisées aux chantiers de Saint_Nazaire, montées aux Arcs en containers)
Les principaux bâtiments de la station sont présentés sur une immense maquette au dessus de laquelle est projeté un film de vues aériennes.
Charlotte Perriand et Gaston Regairaz : Maquette du projet de Chantal-Haut, Arcs 1800 / Chantal-Haut, Résidence hôtelière, non réalisé, 1980

Harmonie et Paix
En 1993, Charlotte Perriand réalisa dans les jardins de l'Unesco cet espace thé, dans le cadre de la manifestation japonaise Dialogue des cultures coordonnée par Hiroshi Teshigahara. C’est avec cette installation que nous conclurons cette visite.
Le monde nouveau de Charlotte Perriand (I)

A l’occasion du vingtième anniversaire de sa disparition, la fondation Louis Vuitton présente cet automne une grande exposition consacrée à Charlotte Perriand (1903-1999). L'exposition entend aborder les liens entre art, architecture et design, en retraçant le travail de cette architecte, en présentant des reconstitutions, et en intégrant de nombreuses œuvres d’arts de ses contemporains et amis (notamment Léger, Le Corbusier, ...) afin d’incarner sa "vision de la synthèse des arts".
Nous avons commencé la visite par La maison au bord de l'eau, projet de maison préfabriquée dessiné par Charlotte Perriand en 1934 et jamais réalisé jusque là, posée à l'extérieur du bâtiment de Gehry au bord de la cascade.
Les deux corps du bâtiment encadrent un patio, muni d'un dispositif pour recueillir les eaux de pluie...
D'un côté, chambres et salle d'eau
de l'autre pièces à vivre et cuisine
L'art d'habiter
L'accueil de l'exposition, dans un grande salle dominée par le monumental Transport des forces réalisé par Fernand Léger pour l'exposition internationale de 1937 à Paris, sous lequel sont posés le Fauteuil pivotant (1927) de Charlotte Perriand et la Chaise longue basculante B 306 (1928) qu'elle a réalisé avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret.
Devant la verrière, sous Noir, bleu, rouge (1954) d'Alexander Calder, le Guéridon Air France (1953) et la Chaise Ombre (1954) de Charlotte Perriand.
Sur les deux autres murs de la salle, Les Mains (1951), tapisserie de Le Corbusier et Femmes devant la mer, 16 février, 1956 de Pablo Picasso.
Construire la modernité
L'atelier Saint-Sulpice (1927) : dans la salle à manger reconstituée, une sculpture de Jacques Lipschitz Homme assis à la guitare (1920), le phonographe intégré au décor...
Fernand Léger : Femme sur fond rouge. Femme assise (1926) et Nature morte (Le roulement à billes) - 1926
Pablo Picasso : Dora Maar à la plage (1936)
Alexander Calder : Joséphine Baker (III), vers 1927 - fil de fer
La très belle reconstitution de l'appartement modèle conçu pour le salon de 1929...
Si certains meubles originaux sont seulement pour la vue, les rééditions du living de l'appartement du salon de 1929 sont à la disposition des visiteurs...
Une Femme engagée
La maison du jeune homme, exposition internationale de Bruxelles, 1935
Charlotte Perriand, René Herbst et Louis Sognot ont imaginé ce studio de 63 mètres carrés. Sont reconstituées ici les salles d'études et de gymnastique, surplombées par l'immense peinture réalisée par Fernand léger à la demande Charles Perriand.
Bureau Boomerang pour Jean-Richard Bloch, Charlotte Perriand, 1938
Pablo Picasso : Cabeza de caballo, Boceto para Guernica, 1937
Au mur, une copie du tableau entier
La France Industrielle, panneau réalisé par Charlotte Perriand et Fernand Léger pour l’Exposition universelle, Paris, 1937.
La Grande Misère de Paris
Sur une douzaine de mètres, une reproduction à 80% de l'original d'une grande fresque réalisée par Charlotte Perriand avec la collaboration de Jean Bossu, Emile Enci, Jacques Woog et Georges Pollack pour le Pavillon des arts ménagers en 1936, qui dénonce dans un langage proche des photomontages soviétiques un urbanisme favorisant l'insalubrité.
Se ressourcer dans la nature
Cette section, la dernière du rez-de chaussée du bâtiment de la Fondation, et aussi de ce billet, est inspirée par une sorte de retour à la nature qu'effectua Charlotte Perriand dans les années 30, avec ses expéditions avec Pierre Jeanneret et quelquefois Fernand Léger pour photographier et ramener des "trésors"...
Dans cette section, à la fois des créations de Perriand où domine le bois :
Bureau en forme (1939)
Bahut en Forme ou Étagère casier mural (1939)
Console sous fenêtre avec tiroirs de rangement, Coquatrix, 1950
Table en forme ou table à six pans, Montparnasse, 1938
On remarquera à droite sur la photo la pierre de grès modelée par le vent, trouvée dans la carrière de sable de Bourron, près de Fontainebleau, un des objets fétiches de Charlotte Perriand
Table basse ovale, conçue pour l'exposition Charlotte Perriand au Musée des arts décoratifs, 1984
Tapis (Billy) conçu par Charlotte Perriand pour la même exposition.
Table Éventail , 1972, prototype en bois massif ayant appartenu à Charlotte Perriand
Table basse Tranche, vers 1950
Beaucoup de toiles et divers objets d'art aussi. Fernand Léger :
Composition avec des troncs d'arbre, 1933
La Baigneuse, 1932
Tronc d'arbre, 1931
Les Troncs d'arbre sur fond gris, 1952
Composition au parapluie, 1932
et un Paravent, Composition sur fond marron, vers 1930
De nombreuses toiles de Le Corbusier :
Le Bûcheron, 1931
Le Déjeuner près du phare, 1928
Harmonie périlleuse à la lanterne, 1931 (tableau qui a appartenu à Charlotte Perriand)
Nature morte à la racine et au cordage jaune, 1930
Deux femmes, la corde et le chien, 1935
et des sculptures :
La Mer (1964) bois naturel et métal
Ozon, Opus I (1947) bois peint
Nous poursuivrons dans un prochain billet la visite des autres étages de l'exposition.
Moderne Maharajah, un mécène des années 1930

Le Musée des Arts Décoratifs met à l’honneur l’extraordinaire figure du maharajah d’Indore qui donne libre cours à son goût d’avant-garde artistique et décorative en créant, en Inde, un univers moderne unique. Personnalité visionnaire du milieu culturel européen des années 1920-1930, Yeshwant Rao Holkar II (1908-1961), plus connu sous le nom de maharajah d’Indore, est le commanditaire de la toute première construction moderniste de son pays : le palais Manik Bagh (1930-1933), témoignage de l’effervescence de la scène artistique de l’époque.
Pendant les années 1920, est envoyé très jeune faire ses études à Oxford en Angleterre. Un précepteur francophone, le Dr. Marcel Hardy, aiguise sa curiosité en l’introduisant au milieu culturel européen. Sous la coupe de son mentor, il fait la connaissance de deux personnalités qui seront déterminantes dans sa démarche : l’architecte berlinois Eckart Muthesius, proche de l’avant-garde, et Henri-Pierre Roché, conseiller artistique et écrivain. Des séjours en Angleterre, en Allemagne et en France essentiellement, où il fréquente les différents salons, expositions et ateliers d’artiste, font naître en lui un réel intérêt pour les arts modernes.
Quelques objets modernes des années 20...
Fauteuil en bois exotique d'Hermann Muthésius (1861-1927 - père d'Eckart) conçu pour l'aménagement de sa villa à Nikolassee (Berlin), vers 1906-1908 (photo en arrière-plan) et un fauteuil (1904) de Charles Rennie Mackintosh (1868-1928), auteur de cette affiche d'une exposition du Glasgow Institute of Fine Arts (1895)
Divers meubles (meuble d'appui réalisé avec Gustave Milos, 1921-1923, lampadaire, vers 1925, chaise africaine, vers 1924) de Pierre Legrain (1889-1929) ainsi qu'un tapis (vers 1925) de Gustave Miklos ( 1888-1967), en provenance de l'intérieur de Jacques Doucet (photo en arrière-plan).
Deux maquettes de la maison d'été conçue pour le maharajah par Eckart Muthesius et Heribert Neuwöhner (non réalisée)
Eckart Muthesius (1904-1989) : plans du palais Manik Bagh, rez-de-chaussée et premier étage, vers 1930
Deux photos du Palais Manik Bagh
Eckart Muthesius : caravane de chasse aménagée pour le maharajah avec du mobilier anglais PEL (Practical Equipment Ltd) vers 1938
Eckart Muthesius : vue extérieure et intérieures du wagon de chemin de fer aménagé pour le maharajah, vers 1937
Dans un mode intimiste, des photos du maraharajah et de son épouse, par Man Ray, vers 1927-1930
Du même Man Ray, plus étonnant, un jeu d'échecs en laiton, argent et or, 1927
Quelques objets de Clément Nauny (1900-1969) de la boutique Desny (1927-1933) au 122 de l'avenue des Champs-Elysées
Bernard Boutet de Monvel (1881-1949), peintre, illustrateur de mode et décorateur, occupe une place particulière dans l'exposition. Particulièrement reconnu pour ses portraits dans les milieux mondains franco-américains de l’entre-deux guerres, il explorait aussi des sujets novateurs pour l’époque, comme l’architecture industrielle, avec cette usine, vers 1928.
Cette vision artistique fondamentalement moderne, proche des peintres précisionnistes américains, suscite le plus grand intérêt du maharajah et de la maharani dès la fin des années 1920. Avant de rencontrer Eckart Muthesius en 1929, le couple envisage d’engager Boutet de Monvel pour décorer leur palais. Même si cette initiative ne se concrétisera jamais, l’artiste les accueille à plusieurs reprises entre 1929 et 1934 dans son studio à Paris, pour réaliser quatre de leurs portraits en tenues occidentales et traditionnelles. Quelques esquisses et une étude entre 1929 et 1934 :
Les quatre grands portraits du maharajah et de la maharani, en tenue occidentale et en tenue traditionnelle, par Boutet de Monvel occupent le centre de l'exposition, derrière de grands voiles translucides...
Devant une photo du hall d'entrée du palais de Manik Bagh, une paire de fauteuils (vers 1930) de Michel Dufet (1888-1985), une table et un meuble de rangement (vers 1930) d'Eckart Muthesius.
Une chaise longue de René Herbst (1891-1982), vers 1931
Un fauteuil rouge avec éclairage intégré et des meubles consoles conçus pour la bibliothèque du palais de Manik Bagh par Eckart Muthesius, vers 1930
Le mobilier de Jacques-Emile Ruhlmann (1879-1933) - meuble à tiroirs, canapé - et le tapis de Ivan Da Silva Bruhns (1881-1980) du cabinet de travail du maharajah.
Les chambres à coucher de la maharani et du maharajah, avec les lits en métal et verre conçus par Louis Sognot (1892-1970) et Charlotte Alix (1897-1987). Dans la chambre de la maharani, on remarquera une coiffeuse mobile éléctrifiée de Eckart Muthesius et dans celle du maharajah une chaise basculante de Le Corbusier, Charlotte Perriand et Pierre Janneret (vers 1931) et le fauteuil Transat (1929) de Eileen Grey (1878-1976)
Le mobilier du cabinet du Dr Hardy au palais Manik Bagh, fauteuils, canapé et appliques de Eckart Muthesius (vers 1930-1933)
Toujours de Eckart Muthesius, un fauteuil et une enfilade conçus pour la salle à manger du palais Manik Bagh (vers 1930) et des pupitres à musique ajustables, posés avec une chaise à assise basculante modèle ST14 éditée par Desta (1931) de Hans et Wassili Luckhardt devant le paravent Le Jazz (vers 1930) d'Etienne Drian (1885-1961) en verre églomisé et peinture sur métal.
Quelques bibelots : Trois Poissons en matériaux divers d'Etienne Cournaut (1891-1948) entre 1926 et 1929, des Danseurs espagnols (vers 1930) en céramique, de la maison Robj.
Des éléments d'un service de table de Jean Lucé (1895-1964) commandé en juillet 1931 pour le palais de Manik Bagh.
Un service et une série de verres (vers 1930-1934) de Jean Puiforcat (1897-1945), toujours pour le palais de Manik Bagh.
Terminons cette visite avec des objets plus importants :
Une glace peinte avec réserve de miroir Femme se poursuivant devant une glace (1927) d'Etienne Cournault
Un Oiseau dans l'espace (1936) en marbre blanc de Constantin Bracusi (1876-1957) que le maharajah acheta à l'artiste alors qu'il souhaitait lui commander un prestigieux projet de Temple de la Méditation, qui fut abandonné sans doute à cause du décès soudain de la marahani en 1937
Un grand tapis de Ivan Da Silva Bruhns destiné à la chambre du maharajah.
Laon (Aisne)

A 130 km de Paris, Laon est un but d'excursion unique : cette ville fortifiée sur un plateau bénéficiant du plus vaste secteur sauvegardé de France et possède de nombreux monuments médiévaux, des hôtels particuliers, des maisons anciennes, sans parler de sa cathédrale. Edifiée de 1155 à 1235, après l'église abbatiale de Saint-Denis, la cathédrale Notre-Dame de Noyon et la cathédrale Saint-Étienne de Sens, elle est contemporaine de Notre-Dame de Paris et représentative du premier art gothique pour l'élévation intérieure et du gothique dit « classique » pour les parties supérieures des façades et pour les tours.
Nous approuvons Victor Hugo qui a écrit dans une lettre à son épouse : « Tout est beau à Laon, les églises, les maisons, les environs, tout…».
Le plan-relief du XIXème siècle visible à l'office de tourisme au pied de la cathédrale permet de prendre la mesure du site, mieux que, de l'extérieur, le temps maussade de ce début novembre.
Après avoir gravi les pentes de la colline où s'élève la cité, nous entrons par la porte d'Ardon,
et nous parcourons les rues vers la cathédrale dont nous apercevons les tours. Après avoir contourné l'anien hôtel-dieu qui abrite à présent l'office de tourisme, nous débouchons sur le parvis.
Un coup d’œil sur l'imposante façade avec ses tours curieusement ornées d'animaux...
Le côté nord et la forêt des arc-boutants
Sur le côté sud, les vestiges d'un cloître...
L'intérieur est d'une grande unité et d'une harmonie parfaite
Passée la belle grille du XVIIIème qui ne dépare pas l'ensemble gothique...
Quelque beaux vitraux anciens reconstitués après l'explosion du 9 septembre 1870, quand la poudrière de la ville explosa après le geste désespéré du garde Henriot au moment de la capitulation de la ville...
Un bâtiment médiéval sur la place du parvis...
En parcourant les rues, désertes en ce dimanche après-midi, ou animées d'originales décorations...
partout des détails architecturaux attirent le regard...
A l'extrémité ouest du plateau, le très bel ensemble constitué par l'abbaye Saint-Vincent de Laon : deuxième abbaye de l'ordre des Prémontrés, elle a été fondée quatre ans après que cet ordre soit né à une vingtaine de kilomètres de Laon, au lieu dit "Présmontré", sur un terrain donné en 1120 à Saint-Norbert de Xanten par Barthélemy de Jur, évêque de Laon. L'abbatiale, antérieure à l'installation des Norbertins, est romane, mais était fermée ce dimanche après-midi...
Le logis de l'Abbé (1620) a accueilli l'hôtel-dieu en 1820 et fait toujours partie des bâtiments de l'Hôpital de Laon...
Les bâtiments abbatiaux construits à partir de 1736 abritent la bibliothèque municipale, elle aussi fermée le dimanche...
Nous avons terminé notre périple sur le côté opposé de la colline, en parcourant dans le quartier paisible et élégant qui entoure le chevet de la cathédrale, et en débouchant sur le rempart nord de la ville.
Prenons congé avec une vue de la plaine picarde....
et un dernier regard sur la cité.
Greco au Grand Palais

Exposition rare au Grand Palais cet automne, avec une rétrospective d'un des talents les plus originaux de l'histoire de l'art dont on a pu considérer qu'il était un prophète de la modernité en peinture et que Picasso considérait bien au-dessus de Velázquez.
Doménikos Theotokópoulos dit Greco, né en Crète en 1541 et mort à Tolède en 1614, n'avait pourtant jamais fait l'objet d'une rétrospective ou d'une exposition de grande ampleur en France, où d'ailleurs peu de ses œuvres sont visibles.
De Crète en Italie - 1560-1576
Formé dans la tradition byzantine des peintres d'icones, comme en témoignent une des premières œuvres de Greco, Saint-Luc peignant la Vierge, tempera et or surtoile marouflée sur bois, 1560-1566 ou encore L'Adoration des Mages, tempera sur panneau, vers 1560-1568
Greco alla d'abord tenter de se faire une place à Venise, où il découvrit Titien, son modèle, et sans doute Tintoret, et Jacopo Bassano dont il retiendra toute sa vie le clair-obscur. Il alla ensuite à Rome.
il pratique alors un style hybride, comme dans cette autre Adoration des Mages, huile sur panneau, 1568-1570, La Cène, dit aussi Le Dernier Repas du Christ, huile sur panneau, 1568-1570
ou encore La Mise au tombeau du Christ, huile et tempera sur panneau, 1568-1570.
Cet Autel portatif, dit Tryptique de Modène, tempera sur panneau, 1567-1569, est la pierre angulaire de la conversion de Gréco de l'art de l'icone à celui de la Renaissance.
L'Annonciation, huile sur panneau de 1569-1570
Saint François recevant les stigmates, huile sur panneau vers 1568-1570, première occurence d'un thème sur lequel Greco reviendra toute sa carrière
Deux huiles sur panneau vers 1570-1575, une Pietà et une Mise au tombeau du Christ
Terminons cette période italienne avec cette Annonciation, vers 1576, probablement la dernière toile peinte par Greco en Italie ou la première peinte en Espagne, où l'artiste "témoigne de son appartenance à l'école vénitienne mais sait aussi donner aux figures une force plastique issue de son observation de Michel-Ange"
Les Portraits
Les portraits - genre où Greco excellait - exposés dans l'exposition remontent pour les premiers à se période romaine (1570-1576), comme ce Portrait d'un homme de 1970 et ce Portrait d'un architecte (peint à Rome vers 1575-1576)
On passe à la période espagnole avec ce Portrait d'un Sculpteur (Pompeo Leoni ?) vers 1977-1980 et ce Portrait d'un gentilhomme de la maison de Leiva (vers 1580)
Restons dans la maison de Leiva avec deux frères, Antonio de Diego de Covarrubias y Leiva, respectivement peints vers 1597-1600 et vers 1602-1605
et terminons cette galerie de portraits avec quelques ecclésiastiques, le Portrait du cardinal Niño de Guevara, vers 1600, dont le cartel souligne qu'il inspira autant Velázquez que Francis Bacon...
Portrait d'un Trinitaire, vers 1609-1611 et Portrait du frère Hortensio Félix Paravicino, vers 1609-1611
Les premières grandes commandes
Tout comme Venise, Rome reste relativement fermée à Greco. Le roi Philippe II, grand admirateur du Titien, cherche des peintres pour décorer l’Escorial. C’est grâce un ami espagnol rencontré à Rome, Luis de Castilla, que Greco se rendra à Tolède où il fera la carrière que l’on sait.
Une de ses premières commandes pour la cathédrale de Tolède est Le partage de la tunique du Christ (El Expolio), vers 1579-1580, ci-dessous avec une autre version réalisée vers 1580-1585.
L’Adoration du nom de Jésus, dit,aussi Le Songe de Philippe II, vers 1578–1579. Offert par Greco au roi Philippe II ; le souverain fut séduit et commanda à l’artiste une grande toile pour l’Escorial mais il n’en fut pas satisfait et ne fit plus jamais appel aux services de Greco.
L’Assomption de la Vierge, 1577–1579. Cette gigantesque toile formait la partie principale du maître autel de l’église de Santo Domingo el Antiguo, l’une des premières réalisations de Gréco à son arrivée à Tolède.
La Sainte Face, huile sur panneau, 1579–1584. À la fois peinte et sculptée, l’œuvre prenait place au-dessus de l’Assomption dans l’église de Santo Domingo el Antiguo. Une Sainte Véronique, huile sur toile de 1580, avec la même Sainte Face.
L’Adoration des bergers, huile sur toile, vers 1579, toujours peint pour la même église de Tolède.
Saint Martin et le mendiant, 1597–1599 et Le Christ en Croix adoré par deux donateurs, 1595
L’Agonie du Christ au jardin des Oliviers, vers 1579 et Le Christ en Croix, vers 1600
Greco et Tolède
En-dehors de ces grandes commandes, le succès de Gréco lui procure de nombreuses commandes « ordinaires » et il se dote bientôt d’un atelier pour pouvoir y répondre tandis que lui-même travaille aux marchés les plus importants.
Saint François en prière, vers 1590 et Saint François et frère Léon, vers 1600–1605.
Saint Louis et son page, 1585–1590 et Saint Luc, vers 1605.
Saint Pierre et Saint Paul, vers 1595-1600 et 1600-1605, et Saint Paul en motif isolé, vers 1595
Jeune garçon soufflant sur une braise (El Soplón), sans doute peint à Venise vers 1569-1570, thème repris plusieurs fois, par exemple dans La Fable, vers 1585.
Saint François recevant les stigmates, vers 1585 et Saint Pierre pénitent, vers 1595-1600.
Deux Sainte Madeleine pénitente, l'une de 1576-1577, l'autre vers 1584.
La Vierge Marie, vers 1590 et Le Christ sur le chemin du Calvaire, vers 1585.
Saint Joseph, vers 1576-1577 et Saint Dominique en prière, vers 1585-1590.
Une très belle Pietà, 1580-1590, issue d'une collection particulière et très rarement présentée au public.
Architecte et sculpteur
Bien que l'intérêt de Greco pour l'architecture soit certain, il ne réalisa que des œuvres éphémères. Un des rares témoignages en est ce tabernacle bois doré réalisé pour l'hôpital de Tavera, qui abrite une des rares sculptures de la main de Greco qui nous soit parvenue, ce Christ ressuscité en bois doré, vers 1595-1598.
L'Atelier
A partir de 1585, Greco installe sa famille et son atelier dans trois appartements qu'il loue au marquis de Villena. Il intervient dans la finition des œuvres, qu'il signe même parfois, et peut ainsi satisfaire aux nombreuses commandes qu'il reçoit.
Ci-dessous, deux tableaux représentant Le Repas chez Simon. L'un (vers 1610-1614) est de "Greco et son atelier", l'autre (vers 1614 - date de la mort de Greco - 1621) en est une réinterprétation, mais la composition et la finition trahissent d'autre mains.
Le Christ chassant les marchands du Temple
Emblématique, la série du Christ chassant les marchands du Temple permet, autour d'un même thème et d'une même composition, de suivre Greco de ses premières années italiennes à ses dernières années tolédanes.
Les 4 quatre versions rassemblées dans l'exposition sont une huile sur panneau vers 1570, peinte sans doute à Venise, une huile sur toile peinte à Rome vers 1575, chef d'oeuvre de jeunesse, et deux plus tardives, vers 1600 et vers 1600-1614.
Les derniers feux
L' Annonciation (vers 1600-1605) et Le Mariage de la Vierge (vers 1600)
Cette magnifique rétrospective s'achève en apothéose sur L'Ouverture du cinquième sceau, dit aussi La Vision de Saint Jean, vers 1600-1614.
Aujourd'hui amputée dans sa partie haute, la toile était destinée à un retable de l'hôpital de Tavera, à Tolède. Restée inachevée à la mort de l'artiste en 1614, elle ne fut jamais mise en place. Présente à Paris au début du XXème siècle, elle inspira de nombreux artistes, dont Picasso.
Félix Fénéon. Les temps nouveaux, de Seurat à Matisse

Nous proposons au lecteur une exposition du musée de l'Orangerie qui nous a fait découvrir un personnage hors du commun, auquel aucune exposition n’avait encore rendu hommage.
Félix Fénéon (1861-1944) est en effet un acteur majeur de la scène artistique de la fin du XIXe siècle et du tournant du XXe siècle. Critique d'art, collectionneur, anarchiste, mais aussi éditeur et directeur de galerie, il a été un soutien inconditionnel du néo-impressionnisme avec Seurat, Signac. Il a aussi comme directeur artistique de la galerie Bernheim-Jeune défendu le fauvisme, le futurisme et Matisse.

Il a aussi été un des premiers collectionneurs d’art africain et océanien, et le Musée du Quai Branly-Jacques Chirac lui avait consacré une exposition du 28 mai au 29 septembre derniers, Félix Fénéon. Les Arts lointains.
Dès l'entrée, un portrait de 1903 de Félix Fénéon par son ami anarchiste le peintre Maximilien Luce (1858-1941), et, issues de sa collection,...
...les petites Poseuses de Georges Seurat, huile sur bois de 1897...
et de belles statues et masques africains.
De Paul Signac : Opus 217. Sur l’émail d’un fonds rythmique de mesures et d’angles, de tons et de teintes, portrait de Monsieur Félix Fénéon en 1890 (huile sur toile, 1891) et deux études pour ce portrait.
Le passé anarchiste de Fénéon (soupçonné d'avoir participé à l'organisation de l'attentat à la bombe du restaurant Foyot, il fut arrêté le 29 avril 1894, révoqué de ses fonctions au ministère de la Guerre, placé en détention préventive et finalement acquitté le 12 août à l'issue du procès) est illustré avec ces deux lithographies de 1894 de Maximilien Luce extraites du livre de Jules Vallès, Mazas : Dans la cellule [Félix Fénéon en prison] et Dans la cour de Mazas, Fénéon en prison.
et par ces deux deux gravures sur bois de Félix Valloton, L'Anarchiste (1892) et La Manifestation (1893)
Un grand nombre de tableaux néo-impressionnistes, le plus souvent pointillistes, illustrent le rôle de Fénéon dans leur découverte et leur promotion.
Une réplique par l'auteur (huile sur toile, 1896) de la grande toile de Paul Signac (3x4 m) offerte par sa veuve en 1938 à la mairie de Montreuil où elle est conservée à l'hôtel de ville, Au temps d'harmonie : l'âge d'or n'est pas dans le passé, il est dans l'avenir
Paul Signac : Un Dimanche, huile sur toile, octobre 1888 - 13 mars 1890
Paul Signac : Concarneau. Pêche à la sardine. Opus 221 (Adagio) , huile sur toile, 1891
Paul Signac : La route de Pontoise - L'Embranchement de Bois-Colombes (Opus 130), huile sur toile, 1886
Maximilien Luce : L'Homme à sa toilette, huile sur toile, 1887
Albert Dubois-Pillet : Forges à Ivry, huile sur toile, 1887
Henri-Edmond Cross : Les Îles d'Or, huile sur toile, 1881-92
Georges Seurat est également très présent, à travers une série de petits dessin au crayon Conté : Le Marchand d'oranges, 1881, Le Fourneau, vers 1883, Le Poulain, 1882-83, Courbevoie : usines sous la lune, 1882-83
Georges Seurat : Étude pour "Un dimanche à la Grande Jatte", huile sur toile, 1884
Georges Seurat : Le Cirque, esquisse, huile sur toile, 1891
Georges Seurat : Le Canal de Gravelines, soir. Marine avec des ancres, huile sur toile, Eté 1890
Georges Seurat : Grandcamp, un soir, huile sur toile, 1885, bordure peinte vers 1888-89
Georges Seurat : Le Bec du Hocq, Grandcamp, huile sur toile, 1885
Georges Seurat : Paysage à Port-en-Bessin, Normandie, huile sur toile, 1888
Georges Seurat : Le Pont et les quais à Port-en-Bessin, huile sur toile, 1888
Georges Seurat : La Banlieue, huile sur toile, 1882
Terminons la présentation des œuvres de Signac avec une série de petites huiles sur bois (sauf la première, sur toile) toutes issues de ventes de la collection Fénéon dans les années 1940 : Le Petit Paysan Bleu, vers 1882, Paysage avec "Le Pauvre Pêcheur" de Puvis de Chavannes, vers 1881, Ruines à Grandcamp, 1885, Lisière de bois au printemps, 1883, Arbres, Hiver, vers 1883, Le Faucheur dit aussi Champs, Été, 1881-82
Passons à l'époque de La Revue Blanche, dont Fénéon est devenu directeur en 1896
Félix Vallotton : Félix Fénéon à la Revue Blanche , huile sur carton, 1896
Au passage, toujours de Vallotton, un portrait de Félix Fénéon publié dans Le Livre des masques (1898) de Rémy de Gourmont et un dessin, Incendie (Les Rassemblements, 22)
Théo van Rysselberghe : La Lecture par Émile Verhaeren , huile sur toile, 1903
Édouard Vuillard : La Porte entrebâillée , huile sur carton, 1891
Pierre Bonnard : Femme assoupie sur un lit ou L'indolente , huile sur toile, 1899
Pierre Bonnard a aussi réalisé des affiches, pour la Revue Blanche (1891), pour une marque de Champagne (1894).
Dans un accrochage qui rappelle la collection de Fénéon à qui elle appartenait, Portrait de Jeanne Hébuterne, huile sur toile (1918) d'Amedeo Modigliani.
Encore de très beaux tableaux de Pierre Bonnard :
Le Joueur de banjo, huile sur bois, 1895
Bord de mer, sous les pins, huile sur toile, 1921
La Symphonie pastorale dit aussi Campagne, huile sur toile, 1916-1920
Henri Matisse :
Intérieur à la fillette (La Lecture), huile sur toile, 1905-1906
L'Algérienne, huile sur toile, printemps 1909
Nu assis, huile sur toile, 1909
La dernière salle, derrière une vitrine de la collection d'arts "premiers" - le terme n'était pas encore inventé - de Fénéon, ...
...est consacrée aux futuristes italiens, dont Fénéon a organisé la première exposition en France en 1912 à la galerie Bernheim-Jeune dont il était devenu directeur artistique en 1908.
Giacomo Balla, Lampe à arc, huile sur toile, 1909
Umberto Boccioni, Le Rire, huile sur toile, 1911
Carlo Carrà, Les Funérailles de l'anarchiste Galli, huile sur toile, 1910-1911
Luigi Russolo, La Révolte, huile sur toile, vers 1911
Léonard de Vinci au Louvre - sections 3 & 4

Nous poursuivons et terminons dans ce billet la visite de l'exposition organisée par le musée du Louvre à l'occasion des 500 ans de la mort du maître. (voir notre billet du 2 novembre dernier pour les deux premières sections)
3. SCIENCE
Dans une grande salle sont réunis sous des vitrines des dizaines de dessins de Léonard en provenance du monde entier sur les sujets les plus divers : géométrie, anatomie, botanique, zoologie, architecture...
Nous nous contenterons d'en donner quelques aperçus, à commencer par le dessin de la Galerie dell'Accademia de Venise, dont quelques jours avant notre visite, la venue à Paris faisait encore l'objet d'un litige devant un tribunal italien,
L'homme de Vitruve, pointe métallique, plume et encre brune, lavis brun sur papier préparé blanc, vers 1489-1490.
Il s'agit d'une interprétation figurale d'un passage du canon du 3ème livre de Vitruve, théoricien romain de l'architecture. il articule,ce que Vitruve ne fait pas, la relation au cercle et la relation au carré, et corrige les valeurs de l'architecte en fonction de sa propre expérience des données anthropologiques.
Étude des proportions du corps humain, pointe métallique, plume et encre brune, sur papier préparé blanc, vers 1489-1490, Bibliothèque royale de Turin
Anatomie. Études des muscles du cou, quatre études des muscles du cou, de l'épaule, du bras et des muscles pectoraux, diagramme géométrique de la rotation du bras, pierre noire, plume, encre brune et lavis brun sur papier, vers 1510-1511, Windsor, The Royal Collection
Zoologie. Ours, pointe métallique sur papier préparé rose, vers 1482-1485, The Metropolitan Museum of Art, New York
Zoologie. Études de pattes de chien, pointe métallique sur papier préparé rose pale, vers 1490-1495, Edimbourg, The National Gallery of Scotland
et enfin un dessin d'architecture, une des faces remarquables de l'incesante activité graphique de Léonard de Vinci, qui n'a pourtant jamais rien construit, du moins que nous sachions.
Étude d'architecture. Fortifications. Escalier à multiples révolutions, plume et encre brune, 1483-1499, musée du Louvre
4. VIE
Cette dernière section s'ouvre sur la grande toile placée sur le mur du fond de la salle des vitrines des dessins scientifiques, une copie de La Cène, peinture murale à la détrempe réalisée par Léonard de Vinci de 1495 à 1498 pour le réfectoire du couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie à Milan.
Cette copie a été réalisée entre 1506 et 1509, du vivant de Léonard et alors qu'il résidait à Milan, par son disciple Marco d'Oggiono. (Musée du Louvre, en dépôt au musée national de la Renaissance à Écouen).
Étude pour l'apôtre Jacques le Majeur dans La Cène. Étude architecturale, sanguine, plume et encre brune, vers 1494-1496
Portrait d'Isabelle d'Este, pointe métallique, charbon de bois, sanguine, ocre jaune, vers 1499-1500...
...à mettre en rapport avec ce buste en terre en terre cuite, traces de polychromie, vers 1500 attribué à Gian Cristoforo Romano, Portrait présumé d'Isabelle d'Este, marquise de Mantoue.
À défaut du Portrait de Lisa del Giocondo, dit La Joconde, huile sur bois de peuplier, vers 1503-1519, qui n'a pas quitté son emplacement dans le musée pour rejoindre les salles de l'exposition, on peut en voir la réflectographie infrarouge...
Côte à côte, deux versions de La Vierge à l'Enfant dite Vierge au dévidoir réalisées vers 1501-1510 dans l'atelier de Léonard de Vinci, sur lesquelles le maître est plus ou moins intervenu, la première dite aussi Madone Lansdowne, huile sur bois transposée sur toile, collection particulière, la seconde dite aussi Madone Buccleuch, huile sur bois, collection du duc de Buccleuch, en dépôt à la National Gallerie of Scotland à Edimbourg...
...et leurs réflectographies infrarouge.
Un ensemble d’œuvres à propos des deux immenses peintures que commanda le gonfalonier Piero Soderini, pour la salle du Grand Conseil de Florence, à Léonard de Vinci en 1503 sur la Bataille d'Anghiari et à Michel-Ange en 1504 sur la Bataille de Cascina, destinées à exalter deux victoires des Florentins sur les Milanais et les Pisans.
Copie anonyme de l’immense carton préparatoire de La Bataille d'Anghiari (18m x 7m) conçu et exécuté par Léonard de Vinci entre 1503 et 1505, pierre noire, plume et encre brune et grise, pinceau et encre brune et grise,lavis gris, rehauts de blanc et gris-bleu : acquis par Pierre-Paul Rubens, celui-ci le rehaussa lourdement à la plume et à l'aquarelle.
Une huile sur bois du XVIème siècle, copie de la lutte pour l'étendard de La Bataille d'Anghiari, dans l'état laissé inachevé par Léonard de Vinci.
La Bataille de Cascina, huile sur bois vers 1542 de Arostile da Sangallo, d'après le carton réalisé par Michel-Ange en 1504
Inspiré par la bataille d'Anghiari et des nombreux dessins préparatoires de Léonard, dont il était un ami proche, le sculpteur Giovanfrancesco Rustici (1474-1554) réalise :
Scène de combat : cavalier luttant contre quatre fantassins, terre cuite, traces de patine de couleur brune, vers 1503-1520
Étude pour Léda agenouillée , pierre noire, plume et encre brune, vers 1504–1505 et un marbre du deuxième siècle après J-C, d’après un original grec du troisième ou du deuxième siècle avant J-C, Aphrodite accroupie dite Vénus de Vienne, qui l’aurait inspiré.
Atelier de Léonard de Vinci : Léda, huile sur bois, vers 1505–1510, et un marbre de Thasos du deuxième siècle après J-C, Torse du type de l’Aphrodite de Cnide, d’après un original de Praxitèle, qui l’aurait inspiré.
Études de la tête de Léda, pierre noire, plume et encre brune, vers 1505–1506
Tête de femme, dite La Scapiliata - L’Échevelée, terre d’ombre, rehauts de blanc sur bois, vers 1500–1510, joyau de la Galerie nationale de Parme
Sainte Anne, la Vierge, l’Enfant Jésus et saint Jean Baptiste, pierre noire, rehauts de blanc, vers 1500.
Ce grand carton conservé à Londres (National Gallery) constitue le premier projet de Léonard pour la composition d’une Sainte-Anne trinitaire.
Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant Jésus jouant avec un agneau, dite La Sainte Anne, huile sur bois de peuplier, vers 1503–1519 et sa réflectographie infrarouge.
Commencé à la date d’octobre 1503, la Sainte-Anne fut le fruit d’un processus de création sans fin interrompu seulement par la mort, Léonard ne cessant de le perfectionner.
À défaut du Salvator Mundi dont on a beaucoup parlé et dont la localisation actuelle reste inconnue, une version peinte dans l’atelier de Léonard sous la direction du maître, huile sur bois de noyer, vers 1505–1515 dite version Ganay (collection particulière, ancienne collection du marquis de Ganay) et sa réflectographie infrarouge.
Terminons sur le Saint Jean Baptiste du Louvre, huile sur bois de noyer, vers 1509–1519, sur lequel le maître travailla aussi jusqu’à ses derniers instants.


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