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George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

6 Décembre 2025 , Rédigé par japprendslechinois

Nous terminons dans ce billet le parcours de la rétrospective organisée par le Musée d'Art Moderne de Paris, avec le concours de l'artiste, sur le peintre et plasticien américain George Condo (voir notre billet du 22 novembre dernier)

L’être inhumain

Le portrait est depuis longtemps un thème majeur de l’œuvre de Condo : les personnages issus de son imagination se présentent sous de nombreuses formes, et semblent tous disposer d’une riche histoire personnelle. La beauté classique de Portrait of a Woman évoque une gamme d’émotions et de techniques traditionnelles du portrait que l’artiste s’est réappropriées. Diamétralement opposée, la figure de The Letter est inspirée du tableau de Vermeer La Femme en bleu lisant une lettre (1665). Elle est vue à travers le prisme du romancier britannique Aldous Huxley et de son essai Le Ciel et l’Enfer (1956), dans lequel figure des êtres grotesques « aux antipodes de l’esprit ». Les écrits de ce dernier ont très tôt éveillé l’intérêt de Condo pour la psychologie et la philosophie, appétence à l’origine de la création, des années plus tard, de ces êtres fictionnels que l’artiste nomme humanoïdes. 

William Tell, 2003, huile sur toile

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

The Smiling Sea Captain, 2006, huile sur toile
Portrait of a Woman, 2002, huile sur toile
The Letter, 2010, huile sur toile

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Picture Gallery, 2002, huile sur toile
Ce tableau est de ceux que Condo désigne comme des reconfigurations d'œuvres célèbres du passé. Librement inspiré par la figure féminine de l'œuvre Dans la serre d'Édouard Manet (1877-1879), il reprend dans sa composition le motif de la Vierge à l'Enfant. Classique en apparence jusque dans sa touche léchée, la peinture interroge par l'étrangeté du jeune personnage. Vraisemblablement enceinte, la future mère, assise dans une galerie d'art, semble rêver à son enfant à naître et craindre de mettre au monde un être qui lui est complètement étranger.
The Ballerina, 2002, huile sur toile

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Tableaux de compression et tableaux de dessin

Les Compression Paintings (« Peintures de compressions ») et les Drawing Paintings (« Peintures dessinées ») constituent deux séries d’œuvres qui approfondissent la notion de « questionnement psychologique », d’abord de l’individu tel qu’il apparaît dans les portraits individuels, pour l’étendre ensuite à la psyché collective dans des rassemblements grouillant d’êtres humains et d’humanoïdes. Ces compositions suscitent une écrasante impression d’énergie collective émanant de la foule, dans laquelle s’inscrit, en opposition à cette tension, l’individu isolé au sein de la cohue, assujetti et dépersonnalisé par la dynamique de groupe. Avec la série des Drawing Paintings, Condo remet délibérément en question la hiérarchie établie entre dessin et peinture, recourant aux deux procédés dans une même œuvre, leur conférant ainsi une importance égale.

Compression VI, 2011, acrylique, fusain et pastel sur toile de lin

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Rush Hour, 2010, acrylique, fusain et pastel sur toile
Central Park, 2009, huile, pastel gras et fusain sur toile de lin

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Compression IV, 2011, acrylique, fusain et pastel sur toile de lin
Compression III, 2011, acrylique, fusain et pastel sur toile de lin
Dans la série des Compression Paintings, Condo insiste davantage sur l'idée de foules rassemblées. Ces groupes figurent dans nombre de ces compositions, compactés en polygones enchevêtrés d'où semblent émerger quelques vagues signes d'humanité et de vie.

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Faces in a Crowd, 2009, acrylique, pastel, and crayon de couleur sur toile de lin
Female Figure Composition, 2009, acrylique, pastel, and fusain sur toile de lin

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Dans la même salle, cinq sculptures.

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

The American Banker, 2012, bronze nickelé
The Walrus, 2005, bronze poli
Female Bust, 2008, bronze patiné
Madame Voltaire, 2005, bronze doré
Constructed Head, 2012, bronze patiné

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Double Portraits

Avec la série des Double Portraits (« Portraits doubles ») , réalisée entre 2014 et 2015, Condo pousse plus loin son interrogation de la psyché humaine. Les deux têtes suggèrent la possibilité de plusieurs récits : le concept de contemplation d’un reflet de soi-même, sous la forme d’une introspection personnelle ou d’une analyse conduite par un tiers, voire l’examen à la loupe d’une relation affective liant deux personnes. L’artiste aborde un rapport ludique au cubisme, qui représente en deux dimensions les caractéristiques tridimensionnelles d’un visage, et l’applique à la psyché. L’arrière-plan, essentiellement gestuel et abstrait, laisse une forte impression expérimentale, et accentue l’attention portée à la profondeur mentale des personnages. Dans Self-Portraits Facing Cancer I, Condo procède sur lui-même à cette forme d’examen introspectif.

Self Portrait Facing Cancer 1, 2015, acrylique, huile et bâton pigmentaire sur toile
Dans cet autoportrait - genre rarement pratiqué par Condo -, l'artiste évoque son combat face au cancer des cordes vocales, à un moment où son pronostic était incertain. Afin de représenter les différentes émotions simultanées ressenties à ce moment particulier, l'artiste reprend la grille quadrangulaire imaginée par Andy Warhol pour sa série Death & Disaster.

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Double Heads on Red, 2014, acrylique, fusain et pastel sur toile de lin
Double Heads on Yellow, Pink and Silver, 2014, acrylique, fusain et pastel sur toile de lin
Double Heads on Midnight Blue and Silver, 2015, acrylique, fusain et pastel sur toile de lin 

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

De petites sculptures figurent également dans cette section.

The Alcoholic, 2002, bronze doré
Rodrigo, 2008, bronze doré
The Farmer's Wife, 2005, bronze poli
Delirium, 2005, bronze poli

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Being, 2009, bronze patiné et peinture acrylique,
Dionysus, 2002, bronze patiné
Playboy Bunny, 2010, bronze patiné
The Renegade, 2009, bronze patiné et peinture acrylique

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

et, un peu unique en son genre,

The Trapped Priest, 2005, bronze poli avec plaque d'acier doré

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Les toiles en expansion

Cette série d’œuvres anciennes demeure l’une des plus importantes de Condo. Elle a marqué un tournant radical dans son parcours personnel et eu un impact sur la scène artistique de l’époque. Ces toiles furent peintes à Paris et à New York. La sélection présentée ici regroupe les tableaux les plus importants de la série. Elle offre par son ampleur une meilleure compréhension de son évolution.
Avec la série des Expanding Canvases (« Toiles en expansion »), Condo opère la fusion de vignettes à peine déchiffrables et délicatement peintes en une abstraction globale, réunissant ainsi dans une même composition deux tendances « antagonistes ». Les références à différents mouvements artistiques antérieurs sont nombreuses : le cubisme et son organisation spatiale, ainsi que l’expressionnisme abstrait et sa couverture totale, « all- over », de la surface peinte.

K9 Explosion, 1986, huile sur toile

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Diaries of Milan, 1984, huile sur toile
Expanding Shrink Treatment, 1986, huile et encaustique sur toile

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Expanding Canvas, 1985, huile sur toile
Nothing Is Important, 1985, huile sur toile
Yellow Improvisation, 1985, huile et crayon sur toile

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Psycho, 1984, huile sur toile
Untitled, 1985, huile sur toile
Dancing to Miles, 1985-1986, huile sur toile
Dancing to Miles, l'une des peintures les plus emblématiques de la carrière de Condo, annonce le dialogue ininterrompu entre abstraction et figuration dans son œuvre. Cette « abstraction figurative » a été peinte dans l'atelier new-yorkais de Keith Haring, sur une grande toile - offerte par ce dernier - apprêtée avec un enduit jaune, à une époque où Condo travaillait surtout sur de plus petits formats. L'œuvre est un hommage au musicien Miles Davis et au jazz en général, genre particulièrement influent sur la pratique artistique de Condo. Le peintre s'engage ici dans une immense improvisation, où différents tempos et rythmes se conjuguent pour produire une nouvelle harmonie.

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Compositions monochromes

Au fil des décennies, Condo a travaillé sur un certain nombre de toiles de grand format où ne domine qu’une seule couleur. Cette section montre la diversité d’emplois par l’artiste du monochrome, à travers l’utilisation de trois couleurs, ici le blanc et le bleu, puis le noir.
Ces trois White Paintings de grandes dimensions éclairent sous un nouvel angle la manière avec laquelle le peintre aborde la figuration et l’abstraction. D’apparence non-figurative, elles s’inspirent des figures que l’artiste a perçues dans les drippings de Jackson Pollock.
Les Blues Paintings explorent un paysage affectif intériorisé. Elles correspondent à une période de trouble mondial, ces toiles ayant été peintes en 2021 durant la pandémie. Elles traduisent une certaine mélancolie et un sentiment d’isolement, qui trouve un écho dans les références musicales des titres.

Internal Constellation, 2001, acrylique, crayon et graphite sur toile
Linear Mass, 2001, acrylique, crayon et graphite sur toile
Elastic Forms, 2001, acrylique, crayon et graphite sur toile

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Blues in B Flat, 2021, huile sur toile de lin
Blues in C Sharp Minor, 2021, huile sur toile de lin

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Les « Peintures noires » – L’Être et le soi

« Depuis ma première visite du Prado à Madrid dans les années 1980, j’ai toujours été profondément impressionné par les Peintures noires de Goya et leur aspect effrayant. C’est une impression qui ne m’a jamais quitté, et ce ne sont pas seulement les sujets, mais aussi sa maîtrise de la couleur noire qui ont continuellement inspiré ces œuvres-ci. » George Condo 2025
Au début des années 2000, Condo a produit la série des Mental States, des toiles intenses, chaotiques et terrifiantes qui évoquent des représentations anciennes des horreurs de l’enfer. Les grandes Black Paintings qui occupent ici l’espace se révèlent presque plus inquiétantes. Le tumulte dominait les œuvres précédentes, mais l’ordre géométrique de ces tableaux récents est plus effrayant encore. 

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

The Consequence of Random Perspectives, 2019, huile et bâton pigmentaire sur huile de lin
Inhuman Being, 2019, huile et bâton pigmentaire sur huile de lin
Silence, 2019, huile et bâton pigmentaire sur huile de lin

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Evening Apparition, 1992, huile sur toile
Around Midnight, 1992, huile sur toile
The Edge of Madness, 2019, huile et bâton pigmentaire sur toile de lin
Pushed to the Edge, 2019, huile et bâton pigmentaire sur toile de lin

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Dernière section de l'exposition :

Compositions en diagonale

Dans ces œuvres, récentes, Condo s’impose ici encore de nouveaux défis visant à développer son langage artistique personnel.
« Dans la série des Diagonal Compositions (« Compositions diagonales ») , j’ai voulu m’écarter de ce que faisait Mondrian avec ses carrés, ou les expressionnistes avec leurs toiles all-over ou leur action-painting, ou même des zips de Barnett Newman, pour créer des cascades diagonales de couleurs et de formes qui contrasteraient avec un décor plus pastoral. » George Condo 2025
La ligne de conduite adoptée par Condo, qui consiste à contrecarrer en permanence les normes de son époque, a peu ou prou inspiré une nouvelle génération d’artistes plus jeunes qui se sont ralliés à son style hautement personnel. Comme l’a noté le critique d’art Holland Cotter en 2011 : « Il est le chaînon manquant, ou du moins l’un d’entre eux, entre une tradition plus ancienne de peinture figurative américaine passionnément cinglée, et la résurgence récente, actualisée, de cette même tradition. » 

Down Right Politicians, 2023, huile sur toile de lin
Consumed by the Inner Self, 2019, huile et bâton pigmentaire sur toile 
Diagonal Pink Forms, 2024, acrylique, huile et crayon sur toile de lin

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

The Human Disaster, 2023, huile et acrylique sur toile
Cette toile récente aux proportions imposantes montre la vivacité avec laquelle Condo continue à peindre et à ressentir le monde qui l'entoure. Avec cette figure hurlante jaillissant d'une explosion colorée, l'artiste concentre en une image la douleur intense provoquée par l'action humaine ainsi que les désastres qu'elle engendre.
Landslide, 2024, acrylique, huile et crayon sur toile de lin

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

The Lone Survivor, 2024, acrylique, huile et crayon sur toile de lin
Diagonal Mindscape, 2023, huile sur toile de lin

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)

Comme souvent à l'occasion des grandes rétrospectives au Musée d'Art Moderne de Paris, une toile de George Condo est exposée dans le hall d'accueil, visible par tous les visiteurs.

Extraterrestrial Improvisation (No. 3, grey), 1995, huile sur toile

Cette œuvre fait partie d'un ensemble de trois portraits monumentaux dans lesquels l'artiste opère une forme de réduction maximale. Sur un fond monochrome dénué de repère spatio-temporel, se détache une figure de femme démesurée, dont les traits ont disparu. Cette absence participe à l'impression d'étrangeté « extraterrestre » de ce portrait, qui devient une surface de projection énigmatique pour quiconque le regarde.

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (II/II)
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Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

29 Novembre 2025 , Rédigé par japprendslechinois

Au mois d'octobre s'est tenue une belle exposition, hommage à Miss.Tic organisé par la galerie parisienne Mathgoth (Mathilde et Gauthier Jourdain) avec le concours des beaux-enfants de l'artiste (Charlotte et Antoine Novat).

Radhia Novat est née à Paris en 1956. Elle a été une pionnière du Street Art en commençant à peindre sur les murs de Paris en 1985, à 29 ans, adoptant la signature de Miss.Tic, inspirée par le personnage de Walt Disney Miss Tick, une sorcière rusée mais toujours perdante face à Picsou. D'abord rien que du texte, puis des personnages féminins, autoportraits puis inspirés par les magazines, mais toujours accompagnés de textes. Très tôt reconnue par les galeries et les institutions - malgré quelques démêlés au début avec les autorités pour dégradation, qui l'ont conduite à ne plus intervenir dans l'espace public qu'avec une autorisation préalable - elle est régulièrement exposée en France comme à l'étranger. Certaines de ses œuvres ont intégré d'importantes collections publiques, dont le Victoria and Albert Museum de Londres, le Mucem à Marseille, le musée Ingres de Montauban, ainsi que, depuis février 2025, le Centre Pompidou, qui a fait l'acquisition de dix- sept de ses œuvres. Elle est décédée à Paris en mai 2022.

Quelques images de l'exposition, en suivant les sections du catalogue :

Miss.Tic et Paris : une histoire capitale

J'aime sans pitié, 2018, encre aérosol, acrylique et pochoirs sur toile
Je laisse à désirer, 2008, encre aérosol, acrylique et pochoirs sur toiles (diptyque)
Tu m'aimes en Passant, 2010, encre aérosol et pochoirs sur fragments d'affiches marouflés sur toile
Cherche beau gosse, 2017, encre aérosol et pochoirs sur toile

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

De l'Égo au logo, 2006, aérosol et pochoirs sur fragments d'affiches marouflés sur toile
Je suis une Fille formidable, 2005, encre aérosol et pochoirs sur fragments d'affiches
Je tangue sur nos Rêves dépliés, 2010, encre aérosol, acrylique et pochoirs sur palissade en bois
Parisiennes Femmes Capitales, 2008, tirage pigmentaire sur papier Fine Art Museum
Morceaux choisis, 2020, aérosol et pochoirs sur plan de Paris marouflé sur toile

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

Présidente d'une politique sans parti

Miss.Tic Présidente, 1988, encre aérosol et pochoirs sur papier journal
Des Mots pour faire bouger les Lignes, 2021, encre aérosol et pochoirs sur palissade en bois
J'ai mis les Voiles pas le Voile, 2017, encre aérosol, acrylique et pochoirs sur toile
Des Lendemains qui chantent faux, 2004, encre aérosol, acrylique et pochoirs sur toile

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

Engagez-vous !, 2010, encre aérosol et pochoirs sur fragments d'affiches marouflés sur toile
Idéaliste devenez Idéal, 2004, encre aérosol, acrylique et pochoirs sur toile
Les Lâches ne nous lâcherons pas, 2019, encre aérosol, acrylique et pochoirs sur toile

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

Assignée à Résistance, matrice originale, carton découpé à la lame et encre aérosol
L'Émotion à Bout portant, 1992, encre aérosol, acrylique et pochoirs sur toile
Le Pouvoir ne protège pas il se protège, 1999, encre aérosol et pochoirs sur toile

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

Des éclats de philo sous la peinture

Le Masculin l'emporte mais où ?, 2009, encre aérosol et pochoirs sur tôle
Maléfique, 2014, encre aérosol et pochoirs sur carton double cannelure
Le Temps est-il un Crime parfait ?, 2004, encre aérosol, pochoirs, acrylique et enduits sur toile
Je débarquerai dans les Sourires de ta Mémoire, 1991, encre aérosol, pochoirs, acrylique et enduits sur toile

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

Je revendique l'absolu Minimum, 2008, encre aérosol, acrylique et pochoirs sur toiles (diptyque)
Est-ce que devenir c'est devenir de plus en plus dense ?, 2001, encre aérosol, acrylique et pochoirs sur toile
Je sais compter jusqu'à Toi, 2021, encre aérosol, acrylique et pochoirs sur toile

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

Vous reprendrez bien une Ligne de Poésie, 2015, encre aérosol et pochoirs sur toile de lin
L'Éthique c'est l'Esthétique du Dedans, 2008, encre aérosol et pochoirs sur fragments d'affiches marouflés sur toile
Que faire du Bonheur dans un monde sans joie, 2021, encre aérosol et pochoirs sur palissade en bois

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

La charge érotique

FHM, 2008, encre aérosol et pochoirs sur papier marouflé sur aluminium
Cueillir l'Éros de la Vie, 2008, encre aérosol, acrylique et pochoirs sur toile
Prendre son Pied sans perdre Pied, 2012, encre aérosol et pochoirs sur satin de soie rose
Tête de l'Art, 1998, encre aérosol et pochoirs sur toile

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
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Tenez toujours le bon Bout, 2002, encre aérosol, acrylique et pochoirs sur toile
Arrêtez de tout avaler, 2002, encre aérosol, acrylique et pochoirs sur toile
Le Porno est le Bêtisier du Désir, 2010, encre aérosol et pochoirs sur fragments d'affiches marouflés sur toile
Je ne brise pas que les Cœurs, 2012, encre aérosol et pochoirs sur satin de soie rose

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
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Au Suivant, 2012, encre aérosol et pochoirs sur satin de soie rose
Je t'aime en Corps, 2012,  encre aérosol et pochoirs sur toile
La douce Heure d'un cinq à sept, 2012, encre aérosol et pochoirs sur satin de soie rose
Cet Instant où tout converge, 2002, encre aérosol et pochoirs sur fragments d'affiches marouflés sur toile

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
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Dernière section de l'exposition :

Imprimée dans les esprits

Tout au long de sa carrière, Miss.Tic a multiplié les collaborations et les projets, mêlant son univers à celui du cinéma, de la musique, des institutions, des collectivités ou encore de la mode. Ces incursions variées lui ont permis de diffuser son art bien au-delà des murs de l'atelier et de la rue.
L'édition a toujours occupé une place essentielle dans cette démarche. Par le biais d'objets familiers comme les briquets, les timbres-poste ou les accessoires, elle a su toucher un large public et rendre ses images immédiatement reconnaissables. Mais ce sont surtout les éditions papier, et notamment les estampes, qui ont constitué pour elle un terrain privilégié. Tirées en séries limitées, elles permettaient à chacun d'acquérir une œuvre originale, fidèle à son geste et à son esprit, pour un coût bien plus accessible que celui d'une pièce unique.
En s'ouvrant à ces supports multiples, Miss.Tic a affirmé que l'art pouvait circuler librement, franchir les cloisons sociales et se glisser dans la vie quotidienne sans perdre sa force poétique et subversive.

Trop Heureuse pour être peureuse, 2008, tirage pigmentaire sur papier Montval
Mon Regard est noir de Monde, 2021, tirage pigmentaire sur papier Fine Art Museum
Fais de Moi ce que Je veux, 2015, tirage pigmentaire sur papier Fine Art Museum
Cueillir l'Éros de la Vie, 2021, encre aérosol et pochoirs sur papier Montval

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

Je ne me suis pas laissé défaire, 2021, encre aérosol et pochoirs sur papier Montval
Il fait un Temps de Chienne, 2021, encre aérosol et pochoirs sur papier Montval
Femme de Tête mais l'Esprit de Corps, 2021, encre aérosol et pochoirs sur papier Montval
Mon Coeur penche vers les Classes dangereuses, 2020, tirage pigmentaire sur papier Fine Art Museum

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

Vivre avec des Espoirs, 2008, tirage pigmentaire sur papier Montval
Bricole moi un Été, 2021, tirage pigmentaire sur papier Fine Art Museum
Le Monde est en dérangement, 2019, tirage pigmentaire sur papier Fine Art Museum
L'Homme est un Loup pour l'Homme et un Relou pour la Femme, 2021, tirage pigmentaire sur papier Fine Art Museum

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

Désobéir pour faire Barrage à la Soumission, 2020, tirage pigmentaire sur papier Fine Art Museum
La Solitude est la Rançon de la Lucidité, 2020, tirage pigmentaire sur papier Fine Art Museum
Partir de Zéro vers l'Infini, 2020, tirage pigmentaire sur papier Fine Art Museum

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

Avis de Coup de Foudre sur mon Corps Météo, 2018, tirage pigmentaire sur papier Fine Art Museum
L'Appel du Désir pour des Rappels de Plaisir, 2016, tirage pigmentaire sur papier Fine Art Museum
Amy mon Amie aux Succès damnés, 2019, tirage pigmentaire sur papier Fine Art Museum

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

L'exposition donne aussi l'occasion de toucher du doigt la pratique de Miss.Tic, avec les instruments de travail de son atelier, des dessins préparatoires, des pochoirs, parfois présentés en vis-à-vis du "positif"

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

En guise de conclusion, "Vivre, c'est de la Bombe !", 2025, première digigraphie éditée depuis la disparition de l'artiste, spécialement réalisée par l'Atelier Miss.Tic à l'occasion de l'exposition , tirage pigmentaire sur papier.

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

L'exposition a fermé ses portes le 25 octobre dernier. Mais on peut retrouver ses graphes en se promenant dans Paris, qui a rebaptisé le jardin de l'église Saint-Médard, dans le 5e arrondissement, Square Miss.Tic....

Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth
Je suis partie pour rester - Miss.Tic à la galerie Mathgoth

...ou dans un grand format sur la résidence étudiante Léo-Ferré qu'elle a décorée avec des images du chanteur à Orly, ville où Miss.Tic a passé son enfance et où une allée porte son nom.

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George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)

22 Novembre 2025 , Rédigé par japprendslechinois

Le Musée d'Art Moderne de Paris présente cet automne la plus importante exposition à ce jour de l'œuvre de George Condo, peintre,  dessinateur et sculpteur américain. Né en 1957 à Concord, New Hampshire, George Condo s’installe à New York en 1979. Il est rapidement introduit dans la scène artistique locale, travaillant notamment pour l’atelier de sérigraphie d’Andy Warhol. Il part ensuite pour Cologne, puis Paris, qui devient son lieu principal de résidence de 1985 à 1995.
Il se fait connaître dans les milieux artistiques en 1984, à l’occasion de ses premières expositions personnelles à New York et à Cologne. À l’instar de ses amis Jean-Michel Basquiat et Keith Haring, on le considère alors comme apportant une vision aussi inédite que singulière à la scène new-yorkaise des années 1980. Depuis ses premières œuvres et tout au long des cinq décennies qui suivent, Condo a une production continue et d'une variété qui a été pour nous une véritable découverte. L'exposition, qui a été préparée par le musée d'art moderne de Paris en collaboration étroite avec George Condo, se concentre essentiellement sur la pratique picturale de l’artiste, avec des prêts provenant de musées et de collections privées du monde entier. Des dessins, des estampes et des sculptures, sont aussi présentés.

Le côté obscur de l’humanité
 

En exergue : The Murder, 1980, acrylique sur bois
Plongeant immédiatement le visiteur dans les méandres complexes de l’imaginaire et de l’exubérante créativité de George Condo, les œuvres de cette section comptent parmi les plus puissantes jamais réalisées par l’artiste sur le plan du sujet et de la représentation. Elles mettent en évidence deux préoccupations essentielles de sa pratique : établir un dialogue avec les grands peintres du passé et figurer des personnages dérivant vers les marges de la société, comme le maître d’hôtel Rodrigo mis en scène dans The Fallen Butler. qui est un personnage récurrent chez Condo. L’œuvre et la pratique de Picasso ont inspiré Condo tout au long de sa carrière. Celui-ci est directement évoqué dans Memories of Picasso. Symphony No. 1 y fait également allusion, en reprenant certains aspects du style et des compositions du peintre espagnol. Rembrandt est une autre référence : si le sujet du tableau semble ne pas s’accorder avec le maître hollandais, sa sensibilité et sa technique picturales trouvent ici un puissant écho. La première toile de la série des Mental States rappelle, quant à elle, l’impression de chaos et d’horreur que suscitent les Peintures noires de Goya.

Symphony No. I, 2005, huile sur toile
Réalisée selon une technique pointilliste, cette huile sur toile présente deux personnages s'étreignant sur scène devant un public composé de silhouettes et d'ombres menaçantes. 
Three Armed Man, 2002, huile sur toile
Birdbrain, 2018, huile et bâton pigmentaire sur toile de lin
The Actress, 2018, acrylique et bâton pigmentaire sur toile de lin

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)

Mental States 5, 2000, huile et acrylique sur toile de lin
Double Nude Composition, 2018, huile et bâton pigmentaire sur toile de lin
The Fallen Butler, 2009, huile et pastel sur toile de lin
Memories of Rembrandt, 1994, huile sur toile

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
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Dans la même salle, The Estranged Couple, 2008, bronze patiné, édition 2/3

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)

Réalisme artificiel

S’intéressant dès l’adolescence à l’histoire de l’art, Condo entreprend de retracer, à travers les siècles, les origines et la trajectoire de l’art occidental au sens large. S’inscrivant souvent dans les mêmes réseaux d’influence que ceux des modernistes, il assimile l’art européen sur les plans tant intellectuel que sensible. Il explore la notion de « fausse peinture européenne ». Une préoccupation qui a trouvé son aboutissement dans le « réalisme artificiel », le quasi-mouvement artistique individuel qu’il a fondé, accompagné d’un manifeste. Cette série fait référence à plusieurs périodes et styles artistiques du passé, notamment à la Renaissance, au baroque et au rococo, de même qu’à une grande diversité de peintres, comme Tiepolo ou Gainsborough. Condo a longtemps contesté l’idée d’un progrès en art, jugeant que des œuvres créées plusieurs siècles auparavant sont tout aussi essentielles pour les artistes contemporains que celles d’aujourd'hui. « La Renaissance, c’était hier. J’irais même jusqu’à dire que l’art rupestre préhistorique datant d’il y a 30 000 ans n’est pas moins contemporain que l’art actuel », a-t-il déclaré. The Madonna et les Name Paintings illustrent ses premières préoccupations : cherchant à réinterpréter la peinture de maîtres anciens dans le contexte de la modernité, elles anticipent les œuvres du « réalisme artificiel », toutes conçues une décennie plus tard.

The Cloud Maker, 1984, huile sur toile
Cette toile de la série des Name Paintings date de l'époque où Condo affirme sa volonté de se confronter à la peinture des maîtres anciens, commentaire humoristique à l'égard de la tradition de l'autoportrait qui rappelle également la pratique contemporaine du graffiti.
The Clown Maker, 1984, huile sur toile
The Self Creator, 1984, huile sur toile
The Great Schizoid, 1984, huile sur toile

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
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The Portable Artist, 1995, huile sur toile
The Objective Idealist, 1994, huile sur toile
Interchangeable Reality, 1994, huile sur toile
The Psychoanalytic Puppeteer Losing His Mind, 1994, huile sur toile

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
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The Madonna, 1981-1982, huile sur toile
Cette toile de format modeste s'inspire de tableaux des maîtres anciens que George Condo découvre lors de son séjour sur la côte ouest des États-Unis au début des années 1980. Réinterprétant la figure de la Madone, l'artiste a qualifié sa création d'image stéréotypée résumant toutes les Vierges à l'Enfant qu'il a pu voir dans les musées. Cette toile, qu'il considère comme son premier tableau achevé, inaugure sa série des Fake Old Masters.
The Executioner, 1984, huile sur toile
L'artiste n'avait jamais travaillé à une composition aussi grande avant celle-ci. Ses proportions ont été déterminées par le chef-d'œuvre de Thomas Gainsborough, L'Enfant bleu (The Blue Boy, 1770). A la place du gracieux jeune homme du peintre britannique, Condo représente ici un personnage bien plus robuste, vêtu de manière analogue, mais avec une étrange tête extraterrestre désolidarisée, jetée au sol sur le côté. Derrière le vortex dont les tourbillons semblent orchestrés par la figure décapitée, l'arrière-plan annonce la série d'œuvres qui suivra immédiatement celle-ci, les Expanding Canvases.
Landscape with Repeated Figure, 1993-1994, huile sur toile
High on a Hill, 1990-1991, huile sur toile

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
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Yellow and Black Composition, 1985, huile sur toile
Artificial Love 2, 1984, huile sur toile
Big Red, 1997, huile sur toile
Astroman, 1994, huile sur toile

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Collages et combinaisons

Les œuvres des séries Collages et Combinations (« Combinaisons ») constituent deux ensembles distincts réalisés respectivement à la fin des années 1980 et au début des années 1990. L’artiste y utilise deux procédés différents pour imaginer des compositions visuellement complexes, soit par l’accumulation (série des Collages), soit par juxtaposition (série des Combinations). La technique du collage fait référence au cubisme de Braque et Picasso. Condo étend et actualise la méthode, en prenant en compte les recherches de Robert Motherwell et Rauschenberg aux États-Unis dans les années 1950. Il applique également aux images le cut-up, la technique d’écriture aléatoire mise au point par son ami l’écrivain William S. Burroughs. Les aspects du cubisme synthétique ayant inspiré les Collages ne disparaissent pas complètement dans les peintures de la série Combinations, mais sont plutôt renforcés par un recours plus classique à la géométrie formelle. Outre qu’il reprend et adapte des dispositifs picturaux représentatifs de différentes époques, Condo réunit ici aussi figuration et abstraction dans une même composition, une stratégie qu’il a mise en place avec la série des Expanding Canvases, visible plus loin dans l’exposition. Cette salle présente aussi deux des premières sculptures réalisées par Condo à la même époque. Produites à partir d’objets trouvés, elles traduisent en trois dimensions des réflexions similaires à celles adressées dans les deux séries de peintures.

Spanish Head Composition, 1988, huile et collage sur papier monté sur toile
Œuvre phare de la première décennie de création de Condo, il s'agit aussi de l'un de ses collages les plus monumentaux. L'œuvre a été produite en plein dans la période picassienne de Condo. Après avoir achevé la peinture et alors qu'il séjourne à Paris, Condo décide de coller sur la toile une quarantaine de dessins, brouillant la hiérarchie entre étude préparatoire et œuvre finale.

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)

Brown Expanding Drawing Painting, 1991, huile sur toile de coton et huile sur toile de lin

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
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The Trapped Hunter, 1993, huile, pastel et collage sur toile
Collage Expanded Composition Combination, 1990, huile et collage sur toile

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
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Black Rain over New York (Hommage to Keith Haring), 1990, huile et collage sur toile
Il s'agit de l'une des premières œuvres de la série des Black Paintings, un cycle de peintures auquel l'artiste revient régulièrement, en temps de crise personnelle ou collective. Elle a été produite dans le contexte de l'épidémie du SIDA et du décès de plusieurs proches de Condo, dont l'artiste Keith Haring, à qui Black Rain over New York est dédié. Sur un fond brossé de noir, Condo a collé une trentaine de feuilles d'un carnet figurant des caricatures de Keith Haring, que ce dernier avait pu voir dans l'atelier parisien de Condo. Quelques pages blanches se mélangent aux portraits, partiellement recouverts de coulures de peinture noire. La hâte manifeste de la réalisation traduit la violence du moment et l'aspect exutoire de cette œuvre.
Tom and Jerry 2, 1986, collage d'huile et de papier avec dessins à la mine de plomb sur toile
Memories of Picasso, 1989, huile et acrylique sur toile
Cette toile condense une investigation de près de deux ans autour de l'œuvre et de la figure de Pablo Picasso. Fasciné par le maître espagnol depuis son adolescence, Condo profite de son séjour à Paris pour s'imprégner plus particulièrement de la pratique de Picasso. On retrouve associées des références à la déconstruction du portrait du moment surréaliste des années 1930 et la fantaisie décorative des portraits aristocratiques de sa dernière période. Loin du principe d'imitation, Condo expose ses références de manière explicite, pour produire une œuvre singulière.

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
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Electric Ballerina, 1989, bronze patiné et objets trouvés, édition 2/4
Cette œuvre fait partie des premières sculptures produites par George Condo. Elle s'inspire d'une peinture antérieure de l'artiste, Witchbulb (« Sorcière ampoule », 1984). Pour sa création, Condo a utilisé des éléments trouvés dans son atelier: des ampoules électriques pour la tête et les seins de la ballerine, et une hélice de ventilateur pour son tutu. L'ensemble a été fixé avec du gros scotch à des tiges métalliques qui forment le reste du corps de la figure, avant de servir à une fonte en bronze. L'artiste joue du contraste entre la spontanéité de la combinaison d'objets du quotidien et l'aspect immuable et précieux du bronze à la patine étudiée. Electric Ballerina condense par ailleurs plusieurs références à la sculpture moderne : La Petite Danseuse de quatorze ans de Degas pour le sujet ; l'art de l'assemblage; et jusqu'au lieu de production, la Fonderie Clementi, à Meudon, qui produisit de nombreuses sculptures pour des artistes de renom du XXe siècle.
Father, I Have Sinned, 1989, bronze patiné et objets trouvés, édition de 6
 

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
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Cabinet des dessins

Regroupant plus d’une centaine de dessins, cette salle atteste du rôle essentiel de cette technique dans la pratique de Condo, de son enfance jusqu’à nos jours. George Condo est également un musicien accompli; la musique occupe une place essentielle dans son existence depuis le début de l’adolescence. Outre le genre baroque et les formes musicales du début de la Renaissance, il a écouté du jazz toute sa vie d’adulte, souvent en peignant ou dessinant, laissant la musique trouver une expression dans l’œuvre en cours. Pour nourrir le sentiment de liberté qui caractérise son approche du dessin, l’artiste a souhaité imaginer un accrochage très dense et rythmé. La configuration ne tient compte ni de la chronologie ni du regroupement thématique, mais son ordonnancement est soumis à une forme de hasard qui n’est pas sans rappeler l’improvisation jazz, style musical qui inspire beaucoup Condo.

Dans le couloir qui conduit à cette salle, quelques carnets de dessins de Condo sont exposés.

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
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Quelques vues du cabinet de dessins et de son "désordre organisé" par l'artiste.

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
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Un coup de projecteur sur quelques œuvres :

The Discarded Human, 2013, encre et gesso sur papier
Untitled, 2018, crayon de couleur sur papier
Studies for Automatic Still Lifes, 1983, fusain et graphite sur papier

George Condo au Musée d'Art Moderne de Paris (I/II)
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Portrait Study, 1988, pastel et graphite sur papier
Study for The Fallen Butler, 2009, graphite et pastel sur papier
Visitation, 2004, crayon de couleur sur papier
Ballet Study, 1998, aquarelle sur papier

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Nous poursuivrons le parcours de cette exposition dans un prochain billet.

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Musée Sérusier - La Collection révélée

15 Novembre 2025 , Rédigé par japprendslechinois

Un musée d'art consacré à Paul Sérusier (1864-1927) et à son épouse Marguerite (1879-1950) vient d'ouvrir ses portes le 21 juin dernier à Châteauneuf-du-Faou, où Paul Sérusier s'était installé dès 1893, et définitivement de 1906 à sa mort. Il accueille pour son ouverture une exposition temporaire intitulée « Musée Sérusier, la collection révélée », qui met en lumière les œuvres issues de sa propre collection, permettant au public de découvrir ces pièces qui ont été progressivement acquises par la Commune depuis la fin des années 1970, avec en contrepoint des œuvres prêtées par de grandes collections publiques et privées.

Au début de la visite, le premier portait peint connu de Paul Sérusier, signé « G. Michelet », sans doute réalisé par un de ses camarades de l'Académie Julian : 

G. Michelet [Georges-Claude Michelet (1867-1946) ?] : Portrait de Paul Sérusier, 1887, huile sur panneau de bois

Musée Sérusier - La Collection révélée

Paul Sérusier :
Bretonne assise dans une chapelle, vers 1887-1888, huile sur panneau de bois
Cette petite peinture sur bois est une des premières connues de Paul Sérusier. Le jeune artiste peint alors des scènes de genre naturalistes dans des intérieurs aux tonalités sombres. L'œuvre révèle le changement radical de style qui s'opère ensuite chez l'artiste, à Pont-Aven.

La Foire à Châteauneuf-du-Faou, 1903, huile sur toile
Ce tableau témoigne de la vie sociale et économique de Châteauneuf-du-Faou au tournant du 20e siècle, où l'artiste passe presque tous ses étés depuis dix ans. Il s'agit de la première œuvre de la collection, entrée par don en 1978.

Musée Sérusier - La Collection révélée
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Quelques toiles issues du legs de Suzanne Yvinec, propriétaire de l'hôtel Bellevue de Châteauneuf-du-Faou au début du XXe siècle, qui a été au départ de la collection du musée :

Jacques Nam (Jacques Lehmann, dit), 1881-1974 : Les Deux chats au compotier, sans date, huile sur isorel
Jacques Nam étudie à l'École des beaux-arts dans l'atelier de Gérome. Il travaille comme illustrateur dans des revues ou pour des écrivains, dont Colette. En peinture, il est réputé pour ses œuvres animalières, en particulier ses chats.
Ernest Guérin (1887-1952) : Bretonnes dans la lande près de la chaumière, aux environs de St-Trémeur, sans date, graphite et gouache sur papier vélin
Ernest Guérin étudie à l'École des beaux-arts de Rennes. Il pratique principalement la gouache et l'aquarelle, mais aussi l'enluminure. Avec un trait fin et minutieux, il représente des paysages bretons animés de petites silhouettes à l'occasion de pardons.

Musée Sérusier - La Collection révélée
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Henri-Émile Vollet (1861-1945) : Les Lavandières, gouache
Pierre-Eugène Clairin (1897-1980) : Les Tours de Quimper, huile sur toile
Arthur Midy (1877-1944) : Pêcheurs et lavandières à Concarneau, huile sur toile
Henri Shick (1870-1946) : Portrait d'homme barbu dans la campagne, 1929, huile sur toile

Musée Sérusier - La Collection révélée
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Deux toiles d'Émile Bernard (1868-1941) :

Le Repos sur la falaise, 1890, huile sur toile
Portrait d'Aline Marie Chazal, mère de Paul Gauguin, 1890, huile sur toile

Musée Sérusier - La Collection révélée

Paul Séruzier :

La Vieille du Pouldu, vers 1889-1893, huile sur toile
Rochers au Pouldu, vers 1890, crayon sur papier vélin gris
Terre bretonne, dite aussi Les Glaneuses ou Le Point du jour, vers 1892-1893, lithographie sur papier
La Marchande de poterie au parapluie, 1892, huile sur papier marouflé sur toile

Musée Sérusier - La Collection révélée
Musée Sérusier - La Collection révélée
Musée Sérusier - La Collection révélée
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Au même étage, une évocation du groupe des nabis, dont Sérusier est un des membres fondateurs.

Paul Sérusier : Nature morte au livre de Platon,  vers1893, tempera sur toile
Jan Verkade (1868-1946) : Paysage décoratif, vers 1891-1892, huile sur toile
Félix Vallotton (1865-1925) : Au Français, troisième galerie, impression de théâtre, 1909, huile sur toile
Ker-Xavier Roussel (1867-1944) : Le Pêcheur, vers 1890-1891, huile sur toile

Musée Sérusier - La Collection révélée
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Maurice Denis (1870-1943) :

La Prière au livre jaune, 1890, huile sur toile
Portrait de Paul Sérusier à la barbe rutilante, vers 1906, huile sur carton

Odilon Redon (1840-1916) :

Portrait de Paul Sérusier, 1903, lithographie sur papier Chine
Portrait de Maurice Denis, 1903, lithographie sur papier Chine

Musée Sérusier - La Collection révélée
Musée Sérusier - La Collection révélée
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Parmi les nombreux programmes et illustrations diverses de Paul Sérusier : Vieille au panier, page du catalogue de la Cinquième exposition des peintres impressionnistes et symbolistes à la galerie Le Barc de Boutteville à Paris, décembre 1893, lithographie sur papier

Musée Sérusier - La Collection révélée

Côté spiritualité :

Le Prophète inspiré dit aussi Autoportrait en costume de druide, 1906, huile sur toile
Portrait de Verkade à Beuvron, vers 1907-1908, peinture à l'huile et à l'œuf sur toile
Étude de personnage : Saint à la crosse, graphite sur papier
Mère et ses enfants, vers 1893, lavis d'encre noire sur papier
Vierge au grand voile, étude pour Vierge à l'enfant, vers 1914, fusain sur papier vélin brun

Musée Sérusier - La Collection révélée
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Côté histoires et mythes :

Les Licornes, 1913, huile sur toile
Le Roi Arthur, crayon noir et pastels aquarellés sur toile
Le Concert, 1921, huile sur toile
La Fileuse aux anémones, 1922, tempera sur toile
Le Jugement de Pâris, vers 1908, huile sur carton

Musée Sérusier - La Collection révélée
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Côté japonisant :

Paul Sérusier [attribué à] : Verre peint aux capucines, verre, plomb
Marguerite Sérusier : Cerisier en fleurs près de la rivière, 1948, huile sur toile
Armand Seguin (1869-1903) : Barque sur l'Aulne, 1902, huile sur toile
Utagawa Kuniteru I, dit aussi Sadashige [attribué à] (1808-1876) : Acte IX de la pièce Un jeu de société sur la route du col d'Iga, vers 1847-1852, xylographie (Nishiki-e) sur papier japonais

Musée Sérusier - La Collection révélée
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La salle suivante du parcours est principalement consacrée à Marguerite Sérusier. Née Marguerite Gabriel-Claude le 12 mars 1879 à Lons-le-Saunier, elle est morte le 25 septembre 1950 à Châteauneuf-du-Faou. Élevée à la maison d'éducation de la Légion d'honneur, elle suit les cours aux Beaux-Arts de Paris ; elle est l'une des premières femmes à s'inscrire à l'Académie Ranson où elle rencontre en 1905 Paul Sérusier qui est son professeur ; ils se marient le 22 février 1912 à Paris. Elle est professeure de dessin des Écoles de la Ville de Paris et dirige aussi l'Atelier Martine, puis l'atelier de couture pour jeunes filles de Paul Poiret, exerçant une influence notable sur les arts de l'ornementation, en particulier sur l'art appliqué aux tapis et aux textiles avant la Première Guerre mondiale.

Travaillant les motifs fleuris, dans l'esprit des broderies et selon la mode du couturier Poiret, Marguerite s'intéresse peu à peu à travailler les paysages et à les voir avec le même regard que celui de son époux dont elle partage les inspirations graphiques.

Bouquet de dahlias, après 1909, huile sur toile
Jeune femme au bouquet, 1909, détrempe sur toile
Nature morte aux pommes, 1939, détrempe sur toile

Musée Sérusier - La Collection révélée
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Vue de Châteauneuf-du-Faou, vache dans un paysage en automne, huile sur papier fort brun
L'Aulne à Châteauneuf-du-Faou, 1942, huile sur toile
La Vallée verte enneigée, 1945, huile sur carton
Rivière à Châteauneuf-du-Faou, 1935, huile sur panneau de bois

Musée Sérusier - La Collection révélée
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Javelles de blé noir dans le jardin, 1942, huile sur carton
Le Chemin jaune, huile sur contreplaqué
L'Arbre rouge, huile sur carton

Musée Sérusier - La Collection révélée
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Les Sérusier ont une approche graphique parfois très similaire ;

Marguerite : Nature morte aux oignons, huile sur toile
Paul : Pommes, nappe jaune, 1924, huile sur toile

Musée Sérusier - La Collection révélée
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Encore quelques tableaux de Paul Sérusier, dans une section "Châteauneuf pour sujet" :

Autoportrait à la barbe rutilante, 1908, huile sur toile
La Pluie sur la route, 1893, huile sur toile
Paysage vert, dit aussi Paysage aux arbres noirs, 1906, huile sur toile
Paysage au ruisseau dans la forêt, 1917, huile sur carton

Musée Sérusier - La Collection révélée
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Arbres rouges et fougères en automne, huile sur toile
Maisons à Châteauneuf, l'ancienne route de Carhaix, 1920, graphite et pastel sec sur papier
Vers Châteauneuf-du-Faou, fougères dans un sous-bois, crayons de couleur sur papier vélin bleu
Paysage de Châteauneuf aux tas de foin, crayons de couleur sur papier

Musée Sérusier - La Collection révélée
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Paul et Marguerite participent à la vie châteauneuvienne :

Paul : Décors de théâtre, entre 1903 et 1927, huile sur toile
Marguerite : Le Pardon de Notre-Dame des Portes à Châteauneuf-du-Faou, 1933, huile sur toile
Paul : Notre-Dame des Portes, 1912, détrempe sur toile

Musée Sérusier - La Collection révélée
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En fin de parcours, en guise de conclusion : 

Paul Sérusier :

Tétraèdres, vers 1910, huile sur toile
Peuplé de formes géométriques flottant dans un espace indéfini, ce tableau énigmatique reflète l'intérêt de Sérusier pour les liens entre art, science et spiritualité. Il y met en œuvre ses recherches sur la géométrie, conçue comme fondement d'un langage pictural universel, ainsi que ses théories sur l'harmonie des couleurs.
L'Archéométrie, après 1910, huile sur toile
Paul Sérusier considère que l'art est un langage universel qui s'exprime par les symboles et repose sur la science des nombres, appliquée aux arts plastiques par la géométrie. Cette conception s'incarne dans ce tableau, tant par son sujet que par le traitement anguleux et hiératique de la figure féminine représentée. 

Pierre-Eugène Clairin : Falaises rocheuses, vers 1925, huile sur toile
Pierre-Eugène Clairin intègre l'Académie Ranson en 1919, où il devient élève de Paul Sérusier. En 1925, il séjourne à Châteauneuf-du-Faou et passe ses après-midis dans l'atelier de son maître. C'est sans doute là qu'il peint ce paysage, où de grands rochers noirs se dressent à flanc de falaise, au-dessus de l'Aulne qu'on devine en contrebas. Il y adopte la manière synthétiste des œuvres de jeunesse de Sérusier, un phénomène également visible dans les œuvres de Marguerite Gabriel-Claude pendant sa formation à l'Académie Ranson.

Maurice Denis : Portrait de Paul Sérusier, 1918, huile sur carton
Trente ans après la création du groupe des nabis, le couple Sérusier rend visite à Maurice Denis dans sa maison de Perros-Guirec, sur la côte nord de la Bretagne. L'hôte en profite pour réaliser le portrait de son ami, la main droite levée. Ce geste, qui évoque à la fois la transmission d'un enseignement et une bénédiction, ainsi que le fond doré, rappellent les icônes religieuses chères à Denis. L'artiste souligne ainsi le rôle de Sérusier en tant que Maître, voire prophète, pour toute une génération : « Nul n'a approché Sérusier sans être par lui amené à réfléchir. C'est un professeur, je l'ai dit, et je répète que je lui dois beaucoup ».

Musée Sérusier - La Collection révélée
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Musée Sérusier - La Collection révélée
Musée Sérusier - La Collection révélée

et au fond de la dernière salle quelques toiles décoratives de Paul Sérusier dans la veine historique et mythologique :

Les Métamorphoses - La Légende des papillons, des fleurs et des oiseaux (La Becquée), vers 1912, huile sur toile
Les Métamorphoses - La Légende des papillons, des fleurs et des oiseaux (Dialogue musical), vers 1912, huile sur toile
Ces deux toiles faisaient partie d'un ensemble de dix tableaux sur le même thème, formant une longue frise destinée à orner la chambre d'amis située au dernier étage de la maison de Sérusier. 
Silène sur son âne, 1908, huile sur toile
À partir de 1908, Paul Sérusier entreprend la décoration de sa salle à manger à Châteauneuf-du-Faou. Selon Maurice Denis, il réalise un cycle de sept toiles dédiées à « la légende de Bacchus et les origines fabuleuses du pain et du vin ». 

Musée Sérusier - La Collection révélée
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En sortant du musée, ne pas manquer de se rendre à l'église Saint-Julien et Notre-Dame, de l'autre côté de la place, où le baptistère a été décoté par Paul Sérusier.

Musée Sérusier - La Collection révélée
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Cartes postales de Normandie

8 Novembre 2025 , Rédigé par japprendslechinois

Entre deux expositions, un blog de belles images issues d'un petit périple en Normandie pendant les vacances de Toussaint.

Bayeux, malgré l'absence de la tapisserie en réparation avant son départ pour le Royaume-Uni, présente bien des attraits.
D'abord sa cathédrale, dont la plus grande partie de la construction est concentrée dans les années 1230-1270. Elle présente ainsi une assez grande unité de style : un édifice gothique du XIIIe siècle enveloppant la structure romane primitive de l'église dédicacée en 1077 par l'archevêque de Rouen, Jean d'Ivry, en présence de l'évêque de Bayeux Odon de Conteville, du duc-roi Guillaume dont Odon est le frère utérin et de Mathilde, son épouse, et dont susistent les deux tours du portail ouest.

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Quelques vues de la nef et du transept sud

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La crypte qui date de la cathédrale romane est surprenante, avec ses peintures du XIVe, réalisées après la "redécouverte" de cette crypte condamnée pendant les travaux de construction du XIIIe siècle.

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Beaucoup d'édifices intéressants en arpentant les rues de cette cité ancienne.

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Saint-Vaast-la-Hougue est un site majeur de l’œuvre de Vauban : les tours observatoires de Tatihou et de la Hougue, inscrites en 2008 au patrimoine mondial de l'humanité dans le cadre de l'ensemble « fortifications de Vauban ». Sur les quatre premières photos, la tour de Tatihou dans le soleil, et sur la dernière celle de la Hougue, plus lointaine.

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L'ostréiculture est une activité importante de Saint-Vaast-la-Hougue. Au milieu du ballet des tracteurs, la curieuse navette amphibie de l'Île de Tatihou.

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À l'entrée de la jetée, un chantier naval "à l'ancienne"...

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et la chapelle des marins, ancien chœur de l'église romane du village primitif 

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Au passage, dominant la mer, la chrmante petite église Notre-Dame de Jobourg 

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Depuis le cap de la Hague, le phare de Goury et un peu plus loin l'île anglo-normande d'Aurigny (Alderney), qui dépend du baillage de Guernesey. Peu de promeneurs, mais de belles vaches (normandes, bien sûr) et des gravelots qui obligent à de longs détours...

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Une plage sur la route du Nez de Jobourg

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Au Nez de Jobourg, une pensée pour nos amis de Jersey - qui ont aussi habité à Guernesey...

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Une halte s'impose au jardin botanique du château de Vauville, "jardin remarquable" créé en 1947 par Éric et Nicole Pellerin. Il occupe plus de 40 000 m2 et abrite plus de 500 espèces de l’hémisphère austral.

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Le château, en cours de travaux de réhabilitation et la petite exposition de matériel de jardinage

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Et d'autres photos pour le plaisir, sans oublier la petite touche de saison près de la sortie...

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Un bel édifice roman, l'abbaye de la Sainte Trinité, abbaye bénédictine fondée au XIe siècle, à Lessay (Manche). C'est une des rares abbayes normandes qui n'a pas subi de destruction à la Révolution, étant devenue église paroissiale en 1791. En revanche, l'église a été très gravement endommagée en 1944, minée par l'armée allemande en retraite, avant de faire l'objet d'une restauration exemplaire.

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L'église abbatiale est l'une des plus pures parmi les œuvres romanes de Normandie et elle serait le premier grand édifice qui à la fin du XIe siècle vit l'apparition de la croisée d'ogives appliquée aux travées droites du chœur et aux premières travées de la nef. Il s'agit encore d'ogives simples, un tore épais engagé dans un large bandeau aux angles vifs, qui retombent maladroitement sur la corniche. Son école architecturale, l'école de Lessay, marqun groupe d'églises où, dès le premier quart du XIIe siècle, la croisée d'ogives est appliquée aux voûtements du chœur, vingt-cinq à trente ans avant que l'Île-de-France ne l'utilise à son tour.

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Un coup d'œil sur les bâtiments conventuels du XVIIIe siècle, propriété privée.

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Terminons ce billet avec quelques images de la ville haute de Granville, avec son église Notre Dame du Cap Lihou (XVIIe siècle)

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Des pavillons de signalisation maritime donnent à l'intérieur un petit air festif

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La tempête Benjamin qui souffle ce jour-là sur la ville n'apparaît heureusement pas dur les photos.

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Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (II/II)

1 Novembre 2025 , Rédigé par japprendslechinois

Nous poursuivons dans ce billet le parcours de l'exposition au Grand Palais, consacrée à la donation Bruno Decharme au Centre Pompidou en 2021.
Nous avions interrompu notre billet du 18 octobre dernier au cours de la section Art Brut autour du monde, présentant des artistes japonais. En voici un autre :

Kömei Bekki, né en 1952 dans la préfecture de Shiga, Japon : sans titre, vers 1980-1990, ensemble de 63 éléments, terre cuite
Kömei Bekki travaille dans l'atelier d'art de Biwako Gakuen, une structure pour des personnes en situation de handicap. Chaque matin, il suit le même rituel : il entre dans l'atelier, enlève ses vêtements, s'allonge par terre puis se rhabille avant de s'atteler à ses personnages. Bekki ne peut créer que dans l'isolement, tant le regard des autres lui est insupportable.

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (II/II)

Satoshi Morita, né en 1978 dans la préfecture de  Shiga, Japon : sans titre, 2011-2013, broderie de fils de coton sur toile de coton
Satoshi Morita partage ses journées entre l'observation des nuages et sa pratique artistique. Utilisant des fils destinés au rebut, il les brode sur la toile d'un geste imperturbable. Cette apparente tranquillité contraste avec le rendu irrégulier et l'enchevêtrement des motifs de ses créations.

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (II/II)

Shinichi Sawada, né en 1982 dans la préfecture de Shiga, Japon : sans titre, vers 2000, 4 éléments en terre cuite émaillée
Autiste, Shinichi Sawada ne peut poursuivre ses études. Il se consacre alors à la poterie et travaille en pleine nature. Là, il crée ces personnages monstrueux enveloppés d'une armure de piquants.

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Masao Obata (1943, Île de Manabeshima, Japon-2010, Japon) : sans titre, vers 2000, crayon de couleur et mine graphite sur carton d'emballage (17 dessins)
Masao Obata naît dans la baie d'Hiroshima. Il a 2 ans quand l'enfer s'abat sur le Japon lors du bombardement atomique américain de 1945. Il enchaîne les petits boulots mais, trop instable, il est interné à 31 ans. Il dessine alors sur des cartons d'emballage et toujours au crayon de couleur d'un rouge de guerre.

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Hideaki Yoshikawa, né en 1970, Préfecture de Shiga, Japon : sans titre, vers 2010, 11 éléments en terre cuite
Tout d'abord, Hideaki Yoshikawa creuse des trous dans de l'argile pour faire les yeux, la bouche, le nez. L'objet qui en découle - pouvant réunir des centaines de visages - est ensuite cuit. Lorsqu'il dessine, Yoshikawa représente aussi uniquement, des visages.

 

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (II/II)

Ramón Moya Hernandez (né en 1950, San Luis de Potosí, province de Guantánamo, Cuba) : sans titre, vers 2000, ensemble 250 x 300 x 10 cm, toile de jute, bois, ficelle
Ce Cubain s’est fait apprécier d’abord par ses sculptures. Puis, il se met en marge de la société et vit dans la nature. Il a confectionné ces habits et accessoires avec de la toile à sac et des objets de récupération pour se vêtir. Cette panoplie comporte aussi un rôle spirituel et religieux pour son créateur.

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Albino Braz (1896, Italie - 1950, Franco da Rocha, hôpital psychiatrique de Juquerí, Brésil) : sans titre, 1934-1950, mine graphite et crayon de couleur sur papier (2 dessins)
De la vie d'Albino Braz avant son internement en 1934, on sait seulement qu'il fut marié et n'a reçu qu'une instruction élémentaire. Fasciné par le monde du cirque, affirmant descendre d'hommes et de femmes illustres, il revendique une intense activité intellectuelle.

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (II/II)
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Fernando Rodrigues dos Santos (1928-2009, Pão de Açúcar, Brésil) : sans titre, vers 1980-1990, ensemble de 4 éléments en bois sculpté
Fils de sabotier, Fernando Rodrigues dos Santos commence à sculpter des objets dans l'atelier de son père. À 40 ans, il réalise sa première grande pièce : une chaise longue. Il alterne ainsi entre mobilier et personnages - ceux-ci étant parfois inspirés des notables de son village.

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Jimmy Lee Sudduth (1910. Caines Ridge. Alabama - 2007, Fayette, Alabama) : sans titre, vers 2000, gouache sur contreplaqué
Jimmy Lee Sudduth travaille dans un moulin ou il effectue divers travaux de bricolage et de jardinage. Il extrait ses pigments de l'argile, des roches et des plantes, réalisant la plupart de ses peintures au doigt.

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Jaime Fernandes (1899-1968) : sans titre, 1960 - 1968, stylo à bille sur papier
On sait peu de choses de la vie de Jaime Fernandes : ouvrier agricole, il se marie à l’âge de vingt-deux ans et est interné à trente-sept pour schizophrénie. Deux décennies passent avant qu’il se mette à dessiner. Représentant surtout des personnages et des animaux, qui sont souvent imbriqués et fusionnent parfois en un être composite, ses figures sont constituées d’une multitude de lignes tracées au stylo-bille ou à la mine de plomb. Une sorte de toile d’araignée les enserre autant qu’elle les compose. À sa mort, le dossier médical de Jaime Fernandes comme ses dessins sont presque tous détruits par les autorités de l’hôpital. Quelques ensembles subsistent néanmoins.

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Scottie Wilson (Louis Freeman, dit) 1888. Glasgow, Royaume-Uni -1972, Londres . Royaume-Uni : sans titre, vers 1950, encre et crayon de couleur sur papier
Envoyé comme soldat en Irlande à la fin des années 1920, Scottie Wilson déserte pour s'enfuir au Canada ou il devient brocanteur. C'est là qu'il commence à dessiner, à l'âge de 40 ans. Revenu à Londres après 1945, il organise lui-même des petites expositions de ses dessins, dans des cinémas ou des autobus.

 

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (II/II)

Une grande vitrine, constitue la section Bris collage, remplie d'objets divers souvent construits avec des matériaux de récupération, en provenance pour la plupart d'établissements psychiatriques.

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (II/II)
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Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (II/II)
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Parmi les artistes représentés, une mention spéciale pour :

Auguste Forestier (1887, Naussac-1958, Saint-Alban-sur-Limagnole, France), réalisateur des bateaux et statuettes de militaires
Interné à l’âge de 27 ans, Forestier se met à fabriquer des objets en bois (jouets, personnages, monstres). Il sculpte et assemble des éléments de rebut (clous, couvercles de boîte, vieilles pièces de monnaie, morceaux de tissu, dents de cochon ou de cheval…). Ces pièces de bricolage au style libre sont particulièrement inventives. 

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et pour :

A.C.M (1951-2023, Hargicourt, Aisne)
A.C.M. est le nom d'artiste de Francis Marié, A pour Alfred "t'as l'bonjour d'Alfred", C pour Corinne (son épouse) et M pour Marié.
Les sculptures d'A.C.M. consistent en des assemblages minutieux de petites pièces métalliques, électroniques et plastiques extraites de machines à écrire, de transistors, de réveils, d'horloges, nettoyées, poncées, peintes puis dégradées par l'acide, la rouille et l'enduit. Il compose ainsi des machines et des architectures imaginaires peuplées de personnages étranges et d’animaux fantastiques. Souvent retravaillées, en alternant édification et oxydation, certaines de ses œuvres évoluent sans cesse et atteignent une dimension quasi organique.

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La "S", grand atelier (collectif fondé en 1992 à Vielsalm, dans les Ardennes belges, accueillant notamment des artistes mentalement déficients) : 
Sans titre, 2014, galons, boutons métalliques et broderie sur tissu (laine)
Sans titre, 2015, mitre, rubans, perles, fils synthétiques, boutons en plastique et broderie sur tissu (soie et laine)
Sans titre, 2014, chasuble brodée, rubans, fils métallisés sur tissu (soie et laine)

Dans la même vitrine, de Yvan Alagbe (né en 1971 à Paris)  avec la "S": sans titre, 2014, ensemble de 5 bouteilles en verre, papier imprimé collé et peinture

Irène Gérard, née en 1958 à Eupen (Belgique) : 
Sans titre [Nonnes], 2013, gouache, feutre, mine graphite et crayon gras sur papier
Sans titre [Cardinaux], 2013, acrylique, crayon gras et mine graphite sur carton
Irène Gérard rejoint La «S» Grand Atelier en 2007. Elle se familiarise avec la peinture et le pastel et se lance dans la production de portraits grand format qu'elle exécute à partir de photographies.

Rémy Pierlot, né en 1945 à Bastogne (Belgique) et la "S" : sans titre, 2015, squelette en résine, galons en tissu, bijoux et pendentifs en métal et plastique
Rémy Pierlot participe aux travaux de la «S» Grand Atelier depuis la fin de sa carrière d’ouvrier dans un atelier protégé.

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (II/II)
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Judith Scott (1943, Cincinnati, Ohio - 2005, Dutch Flat, Californie) : sans titre, vers 1990, assemblage d'éléments de récupération, branches de bois, cônes en carton, rubans bolduc, fils de laine
Judith Scott entre en 1987 au Creative Growth Art Center (organisation artistique à but non lucratif basée à Oakland, en Californie, qui met à disposition des ateliers, des fournitures et des espaces d'exposition aux artistes souffrant de handicaps intellectuels, mentaux ou physiques) après avoir retrouvé sa sœur jumelle qu'elle n'a pas revue depuis trente-cinq ans. Son œuvre consiste à «emballer » toutes sortes d'objets dans un réseau serré de fils de laine - une démarche sans doute en grande partie liée à ces retrouvailles.

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Un autre atelier d'accompagnement d'artistes en difficulté, en Autriche celui-ci, Haus der Küsntler (Maison des artistes) créée en 1981 à Maria Gugging près de Vienne.

Johann Hauser (1926, Bratislava-1996, Klosterneuburg, hôpital psychiatrique de Gugging, Autriche) : sans titre, 17 juin 1986, crayon de couleur et mine graphite sur papier
Johann Hauser est issu d'une relation extra-conjugale entre une veuve, dont il porte le nom, et un homme qu'il n'a jamais connu. Diagnostiqué schizophrène, il entre à l'hôpital de Gugging en 1949, où il manifeste un goût prononcé pour le dessin. Encouragé par le psychiatre Leo Navratil, il rejoint la
Maison des Artistes dès sa création en 1981.

August Walla (1936, Klosterneuburg - 2001, Klosterneuburg, hôpital psychiatrique de Gugging, Autriche) : sans titre, 1983, acrylique, encre, crayon et lavis sur papier marouflé sur aggloméré
Enfant, August Walla est habillé en fille par sa mère qui craint son enrôlement dans les Jeunesses hitlériennes. Fils et mère seront liés par un amour inconditionnel. Interné en 1970, Walla fait preuve d'une créativité intense : il dessine, peint sur les murs, invente des mots ...

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Dans une section intitulée Œuvres orphelines :

Albert (né en 1962 à Londres) : sans titre, vers 1997, mine graphite sur papier
Albert protège farouchement son identité et son histoire personnelle : il ne souhaite pas que ses antécédents médicaux orientent le jugement sur lui-même et sur son œuvre.

Pedro Alonso Ruíz (1887 ou 1888, Bargas, Espagne - 1941. Tolède) : sans titre, vers 1930, encre de couleur, aquarelle, mine graphite sur papier (2 dessins)
Forgeron, Pedro Alonso Ruíz est interné en 1916 à l'hôpital psychiatrique de Tolède, où il passe vingt-cinq ans. Il y réalise des dessins au style orientalisant. Ces œuvres ont d'abord fait partie de la collection du psychiatre espagnol Gonzalo Rodriguez Lafora.

Bridget Cronnin, 19°-20e siècle, États-Unis : sans titre, 1902, broderie, coton, perles, velours sur toile
Sur cette toile provenant d'un hôpital psychiatrique des environs de Manchester, dans le New Hampshire (États-Unis), on peut lire un nom et une date : Bridget Cronnin, 1902.

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Une des dernières sections est intitulée Danse avec les esprits.

Adéla Ducháčová (1882-1952, Železný Brod, République Tchèque) : Alfons, sans date, crayon de couleur sur papier
Adéla Ducháčová naît dans un milieu très modeste. La mort prématurée de sa mère, Anna, médium à ses heures, est un fait décisif : c'est d'elle que Duchácová dit avoir hérité de ses dons de voyance. Elle est mariée à un ouvrier également adepte du spiritisme.

Anna Vesela, dite Anna Zemánková (1908. Olomouc - 1906, Prague) :
Sans titre, vers 1960, pastel sur papier contrecollé sur carton
Sans titre, vers 1960, mine graphite, crayon de couleur, collage et perforation sur papier
Au cours des années 1950, Anna Zemánková sombre dans la dépression et, diabétique, doit être amputée des deux jambes. À 50 ans passés, elle se met alors à peindre, à dessiner, à coller des représentations de figures organiques, animaux, plantes, minéraux, grappes de fruits hybrides, corps recomposés

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Maude Ethel Eades, dite Madge Gill (1882-1961, Londres, Royaume-Uni) : sans titre, vers 1949, encre sur tissu (drap)
En 1918, Madge Gill perd l'usage de son œil gauche. La même année, elle se dit guidée par l'esprit «Myrninerest», et, à la seule lumière d'une bougie, elle commence à dessiner sur des draps, des cartes postales ... Elle reproduit son visage à l'infini, dans un jeu de miroirs vertigineux.

Catherine Élise Müller, dite Hélène Smith (1861, Martigny, Suisse - 1929. Genève) : Hélène et son ange gardien, 1912, huile sur bois
Employée de commerce, Catherine Élise Müller est initiée au spiritisme à 30 ans et devient une médium reconnue. Le psychologue Théodore Flournoy étudie ses états de transe et la rebaptise «Hélène Smith». S'éloignant ensuite des cercles spirites, Müller se tourne vers une pratique à caractère mystique.

Consuelo (dite Chelo) González Amezcua (1903, Piedras Negras, Mexique - 1975, Del Rio, Texas) : sans titre, 20 septembre 1966, encre, stylo à bille et crayon de couleur sur papier
Chelo González Amezcua a 10 ans lorsque sa famille émigre au Texas. N'ayant pas les moyens de revenir étudier au Mexique, elle travaille comme vendeuse de friandises. Dessinant sur son temps libre, elle s'inspire de la nature, des mythes mexicains et de la culture précolombienne dans son ensemble.

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Josefa Tolrà (1880, Cabrils, Espagne - 1959, Barcelone) : sans titre, mai 1946, crayon de couleur, encre, encre de Chine et mine graphite sur papier
Josefa Tolrà a 60 ans quand elle commence à dessiner, encouragée par sa famille. Elle exécute une centaine de dessins, qui unissent des scènes bibliques et des visions cosmiques à des souvenirs personnels et des représentations du quotidien.

Augustin Lesage (1876 , Saint-Pierre-lez-Auchel, France - 1954, Burbure, France) :
Tableau décoratif, vers 1927, huile sur toile
Sans titre, 1927, huile sur toile
En 1911, du fond de la mine où il travaille, Augustin Lesage entend une voix lui annoncer qu'il sera peintre. À partir de 1923, il cesse son travail pour se consacrer à la peinture. Lesage se pense dirigé par des esprits - celui de Léonard de Vinci comme celui de sa sœur Marie, décédée à l'âge de 3 ans.

Miloslava Ratzingerová (1904-1990, Litomyšl, Autriche-Hongrie /République Tchèque) : sans titre, 1935-1950, mine graphite sur papier (2 dessins)
Très jeune, Miloslava Ratzingerová rencontre à Prague une femme qui, sans rien lui remettre, lui dit : «Je te transmets le Livre blanc.» Un médecin la rassure : elle n'est pas folle, mais elle doit suivre sa vocation. Dessinatrice, douée de voyance, elle écrit aussi des poèmes.

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Une artiste emblématique dont une œuvre illustre l'affiche de l'exposition :

Aloïse Corbaz (1886, Lausanne - 1964, Gimel-sur-Morges, asile de la Rosière, Suisse)
Aloïse Corbaz rêve d'être cantatrice. Dans le même temps, elle est empêchée de vivre un amour jugé scandaleux; elle ne s'en remettra pas. Internée en 1918, elle produira durant plus de quarante ans une œuvre comportant environ 2000 pièces, dont une quarantaine de cahiers.

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Terminons avec un artiste surprenant qui occupe toute une salle de l'exposition :

Henry Darger (1892-1973. Chicago, Illinois, États-Unis)
La saga Dans les Royaumes de l'Irréel, qui compte 15 143 pages, décrit le combat des sœurs Vivian contre les Glandeliniens, des adultes coupables d'esclavage, de torture et d'assassinat envers les enfants. Le récit se termine par la victoire du Bien sur le Mal.

At Julio Callio vice norma rescuers come the wicked execution..., 
et
At Wickey San-Rinia – They are captured...1950-1960,  aquarelle, encre et mine graphite sur papier, 48 x 120,5 cm, recto et verso

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At Jennie Richee – They attempt to hide in fiddle cases of huge size...
et
At MC Hollester run second battle, they are pursued still...
1950-1960, aquarelle et mine graphite sur papier, 48 x 178 cm, recto et verso

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At Jennie Richee – Break out of prison camp killing or wounding guards
et
At Jennie Richee - Also free other child prisoner at same time
1950-1960, ronéotype, aquarelle, mine graphite et collage sur papier, 60 x 274 cm, recto et verso

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John Singer Sargent. Éblouir Paris

25 Octobre 2025 , Rédigé par japprendslechinois

Conçue en partenariat avec le Metropolitan Museum of Art de New York, l’exposition John Singer Sargent. Éblouir Paris explore pour la première fois la période la plus décisive de la carrière du peintre américain. Réunissant plus de 90 de ses œuvres qui pour beaucoup reviennent en France pour la première fois depuis leur création, elle retrace la rapide ascension  du jeune artiste dans la capitale. Arrivé à Paris en 1874 pour étudier avec Carolus-Duran, à l’âge de dix-huit ans, il y séjourne jusqu’au milieu des années 1880, lorsqu’à trente ans il s’installe à Londres, après le scandale qu’a provoqué son chef-d'œuvre au Salon, le célèbre portrait de Virginie Gautreau (Madame X). Pendant cette décennie, il réalise parmi ses plus grands chefs-d'œuvre et se distingue par son inventivité et son audace. Organisée cent ans après la mort de Sargent (1856-1925), cette exposition vise à le faire (re)découvrir en France, où il a été largement oublié, alors qu’il est célébré en Angleterre et aux États-Unis comme un des plus grands artistes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Salle 1 - L’élève prodige de Carolus-Duran

John Singer  Sargent naît en 1856 à Florence, ses parents originaires de Philadelphie ayant choisi de voyager en Europe. Enfant, il parle quatre langues, excelle au piano et, dès ses douze ans, développe une passion précoce pour le dessin et l’aquarelle, notamment lors des nombreux voyages avec ses parents et ses deux soeurs. Il copie aussi des aquarelles dans l’atelier du paysagiste Karl Welsch à Rome. Déçus par le premier enseignement artistique que John reçoit à Dresde puis à Florence, les Sargent choisissent finalement de s’installer à Paris, en mai 1874, car la capitale est réputée pour ses ateliers privés et sa prestigieuse École des Beaux-Arts. Accompagné de son père, John, frappe à dix-huit ans à la porte de Carolus-Duran, peintre « réaliste » devenu portraitiste à succès. Stupéfait par la qualité de ses dessins et esquisses, le maître invite Sargent à rejoindre son atelier, fréquenté surtout par des élèves anglais et américains. En parallèle, le jeune homme réussit le concours d’entrée à l’École des Beaux-Arts.

Autoportrait, 1886, huile sur toile,

John Singer Sargent. Éblouir Paris

Faune dansant, d'après l'Antique, vers 1873-1874, craie noire et fusain sur papier
Sargent réalise ce dessin avant son arrivée à Paris, lors de ses brèves études à l'Accademia di Belle Arti à Florence. Il l'a présenté à Carolus-Duran lors de son admission à l'atelier de ce dernier.
Dessin d'ornement, 1877, fusain et crayon noir sur papier
Sargent réussit le difficile concours d'entrée à l'École des Beaux-Arts en 1874. Il y passe trois ans avec le peintre Adolphe Yvon pour maître. Lors du concours de 1877, il arrive second, un classement encore jamais atteint par un artiste américain. Ce dessin d'un piédestal de la Renaissance, qui porte la mention « élève de Carolus-Duran », lui vaut une médaille de troisième classe (la plus haute récompense attribuée cette année-là).
Lumière et ombre, vers 1874-1877, fusain sur papier
Modèle masculin debout près d'un poêle, vers 1875-1880, huile sur toile

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris

Modèle masculin couronné de laurier, vers 1878, huile sur toile
Jeune homme en pleine rêverie, vers 1878, huile sur toile
Tête de modèle masculin, vers 1878, huile sur toile
Ayant grandi en Italie, Sargent montre une prédilection pour les modèles de type méditerranéen comme le jeune homme représenté dans ces trois œuvres, peut-être un modèle italien.
La Jeune Mendiante, dit aussi Jeune mendiante parisienne, vers 1880, huile sur toile
Gitane, 1876 ?, huile sur toile

John Singer Sargent. Éblouir Paris
John Singer Sargent. Éblouir Paris
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Étude de buste à Lille, vers 1877, huile sur panneau
En 1877, Carolus-Duran fait découvrir sa ville de naissance, Lille, à son élève Sargent. Ce dernier y peint, au Palais des Beaux-Arts, cette étude de la mystérieuse Tête de cire, l'une des attractions de la ville. Source de fascination au XIXème siècle, son attribution n'est toujours pas déterminée, mais elle était alors donnée à Raphaël ou Verrocchio, entre autres artistes.
Le Bouffon Juan de Calabazas d'après Velázquez, 1879, huile sur toile
Don Juan de Austria, d'après Velázquez, 1879, huile sur toile
Le Porte-drapeau du Banquet des officiers de la garde civile de Saint-Georges, d'après Frans Hals, vers 1880, huile sur toile
Après ses études, Sargent, comme beaucoup d'artistes de sa génération, emboîte le pas à Carolus-Duran et Édouard Manet en faisant un pèlerinage au musée du Prado à Madrid pour y copier l'œuvre de Diego Velazquez. Il se rend aussi en Hollande accompagné de son ami Paul Helleu pour étudier Frans Hals.

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François Flameng et Paul Helleu, vers 1880, huile sur toile
Dans ce double portrait d'artistes, Sargent semble se souvenir de sa copie d'après Hals. Il y rapproche le profil de Paul Helleu (1859- 1927) et le visage de François Flameng (1856-1923), qui semble nous toiser avec malice. Helleu, que Sargent rencontre peu de temps après son arrivée à Paris, restera un ami très proche tout au long de sa vie, mais peu d'informations subsistent sur les liens qui existaient entre Sargent et Flameng, à qui le tableau est dédicacé.
Vernon Lee, 1881, huile sur toile
Vernon Lee est le nom de plume de la femme de lettres et historienne de l'art britannique Violet Paget (1856-1935). Amie d'enfance de Sargent, expatriée comme lui, leur correspondance semble une chronique de la vie de l'artiste à Paris. Sargent peint son portrait, lors d'un passage à Londres, en une séance de trois heures. Il saisit son intelligence incisive et accentue le style androgyne que son amie féministe affectionne.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
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Paul César Helleu, vers 1880, huile sur toile
Albert de Belleroche, vers 1883, huile sur toile
L'artiste gallois Albert de Belleroche (1864- 1944), de huit ans le cadet de Sargent, fait un bref passage dans l'atelier de Carolus-Duran. Sargent le rencontre en 1882 lors d'un dîner en l'honneur de leur maître et ils nouent une amitié pérenne.

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Tête de jeune homme de profil (Albert de Belleroche), vers 1883, crayon, encre et fusain sur papier
Paul César Helleu, début des années 1880, mine graphite sur papier 

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Salle 2 - Sargent, Paris et le monde

Marqué par son enfance nomade, Sargent, bien que pleinement établi à Paris, reste un peintre voyageur qui trouve l’essentiel de son inspiration lors de ses multiples excursions en France ou dans le bassin méditerranéen (Italie, Espagne et Maroc). Il en rapporte des dessins et esquisses peintes en plein air qui lui servent à composer, dans son atelier parisien, d’ambitieuses compositions qu’il présente au Salon. Refusant d’emblée les sujets historiques, le jeune Sargent se définit très rapidement comme un peintre de la réalité et s’inscrit dans le courant « naturaliste » naissant. Pour autant, la vie moderne urbaine et industrielle ne l’intéresse pas.
Dans ses peintures « de voyage », l’artiste explore des univers géographiques et culturels variés, mais fait la part belle à des sujets ruraux ou traditionnels, tel que le motif de la danse folklorique. Souvent tributaire de stéréotypes à ses débuts, son regard gagne progressivement en originalité comme à Venise dont Sargent montre un autre visage, réaliste, sombre et populaire.
Reflet d’une préoccupation proprement « picturale », chaque tableau est pour lui l’occasion d’une étude précise d’un effet lumineux ou coloré particulier. Ces œuvres « de jeunesse » font progressivement connaître Sargent auprès du public et des critiques parisiens qui regardent de près l’éclosion d’un talent singulier.

Dans le jardin du Luxembourg, 1879, huile sur toile

John Singer Sargent. Éblouir Paris

Répétition de l'orchestre Pasdeloup au Cirque d'Hiver, vers 1879-1880, huile sur toile
Dans ce surprenant tableau, le noir et blanc s'enchevêtrent dans des touches rythmées et staccato qui semblent mimer les notations musicales.
Coucher de soleil sur l'Atlantique, vers 1876-1878, huile sur toile
Tempête sur l'Atlantique, 1876, huile sur toile
En mai 1876, Sargent, âgé de 20 ans, voyage pour la première fois aux États- Unis d'Amérique, en compagnie de sa mère et de sa sœur Emily. C'est sans doute lors du trajet retour qu'il peint cette étonnante composition qui défie les traditions de la peinture de marine.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
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Album d'études de marines et de croquis, vers 1874-1880, crayon et gouache sur papier
 

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En route pour la pêche, 1878, huile sur toile
Jeune fille sur la plage, étude pour En route pour la pêche et La Pêche aux huîtres à Cancale, 1877, huile sur toile
Jeune garçon sur la plage, étude pour En route pour la pêche et La Pêche aux huîtres à Cancale, 1877, huile sur toile
À la fin des années 1870, les sujets ruraux bretons et notamment celui des pêcheurs de coquillages, sont très à la mode à Paris. Sargent, qui a séjourné en Bretagne avec ses parents, y revient en 1877. Il y réalise les nombreuses études servant à composer ce grand tableau présenté au Salon de 1878 qui lui vaut un premier succès critique.

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La Table sous la tonnelle, dit aussi Les Verres de vin, vers 1875, huile sur toile
Jeune Capriote sur un toit, 1878, huile sur toile
Dans les oliviers, à Capri, 1878, huile sur toile
À l'été 1878 Sargent voyage en Italie, notamment à Naples et Capri, destinations prisées des artistes européens. Il y trouve l'inspiration pour ce tableau qu'il expose au Salon de 1879.

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Jeune femme à la jupe noire, début des années 1880, aquarelle et mine graphite sur papier vélin
Intérieur vénitien, vers 1880-1882, huile sur toile,

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Ramón Subercaseaux en gondole, 1880, huile sur toile montée sur carton
Lors de son séjour à Venise en 1880, Sargent se lie d'amitié avec Ramón Subercaseaux, diplomate chilien en poste à Paris, et peintre amateur.
Venise par temps gris, vers 1882, huile sur toile
Café sur la Riva degli Schiavoni, Venise, vers 1880-1882, aquarelle sur papier

John Singer Sargent. Éblouir Paris
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Fumée d'ambre gris, 1880, huile sur toile
À l'hiver 1879-1880, Sargent quitte l'Espagne et se rend au Maroc. Il exécute de nombreuses études et collecte des photographies « ethnographiques » sur les populations d'Afrique du nord. À partir de ces éléments, il imagine une grande composition pour le Salon, mêlant observation et invention. Dans le secret d'un patio immaculé, une jeune femme maquillée au khôl et au henné, parée de bijoux berbères en argent, capture les exhalaisons d'un brûle- parfum d'où émane une fumée d'ambre gris. Sargent compose ici une fantastique harmonie monochrome autour du blanc. Débutée à Tanger et achevée à Paris, l'œuvre est exposée au Salon de 1880.
Étude de paysanne capriote, 1879, huile sur toile
 

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Jeune Capriote sur un toit, 1878, huile sur panneau
La Danse espagnole, vers 1879-1882, huile sur toile
De son voyage en Espagne, Sargent rapporte à Paris de nombreuses études qui lui permettent de peindre une toile monumentale sur le thème de la danse gitane nocturne, El Jaleo. Ce tableau est la vedette du Salon de 1883. À la même période, il peint cette œuvre, de plus petit format, où des couples dansent le tango et le flamenco sous les étoiles, au son d'un orchestre que l'on aperçoit à l'arrière-plan dans l'obscurité.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
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Bâtiments mauresques au soleil, 1879-1880, huile sur bois
Alhambra, Patio de los Arrayanes (cour des Myrtes), 1879, juile sur toile
Cour à Tétouan, Maroc, 1879-1880, huile sur toile

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Salle 3 - Sargent portraitiste

Quelques années après son arrivée à Paris, Sargent devient portraitiste. Entre 1877 et 1884, il envoie chaque année un portrait au Salon, afin de se faire connaître des amateurs. Ce genre artistique est alors porté par l’accroissement des demandes de la bourgeoisie. Alors que décline la « Peinture d’Histoire » et que triomphe le réalisme, l’art du portrait se voit investi d’une ambition « moderne » : représenter l’époque. Le contexte est aussi marqué d’un côté par la montée en puissance du portrait photographique et de l’autre par les innovations des impressionnistes qui représentent leurs modèles dans une activité quotidienne ou en plein air.
Dans ce contexte, le talent de portraitiste de Sargent s’affirme très vite. Le jeune peintre obtient récompenses et commandes, aussi bien d’artistes bohêmes que de riches expatriés américains ou d’aristocrates français. Il sait intelligemment flatter ses modèles, mais n’hésite pas à s’émanciper des conventions artistiques et sociales qui brident souvent l’imagination des peintres de portraits. Il peint de véritables « chefs-d'œuvre » qui exigent de longs mois de travail. Au Salon, ces peintures fascinent par leur mélange de virtuosité, de sensualité et d’étrangeté.

La section s'ouvre sur un tableau de Charles Émile Auguste Durant dit Carolus-Duran, le maître de Sargent : 
La Dame au gant, 1869, huile sur toile
Quelques années avant de devenir le maître de Sargent, Carolus-Duran connaît un vif succès au Salon de 1869 avec ce tableau, récompensé d'une médaille de deuxième classe, et acheté par l'État pour le musée du Luxembourg, une première pour un portrait moderne.

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Portrait de Frances Sherborne Ridley Watts, 1877, huile sur toile
Une jeune amie de Sargent, américaine et expatriée comme lui, est le sujet de son premier envoi au Salon, en 1877. Le portrait est accepté et ses délicates harmonies orangées sont appréciées par des critiques importants.
Portrait d'Édouard Pailleron, 1879, huile sur toile
Portrait de Mme Édouard Pailleron (Marie Buloz), 1879, huile sur toile
Portraits de M. Édouard Pailleron et de Mlle Marie-Louise Pailleron, 1880-1881, huile sur toile
Édouard Pailleron est un homme de lettres et dramaturge en vogue sous la Ille République. Vraisemblablement séduit par le portrait de Carolus-Duran par Sargent, vu au Salon de 1879, il commande son portrait au jeune peintre. Sargent le représente en artiste, le vêtement et la pose empreints d'une nonchalante élégance, comme dans le portrait de Carolus-Duran. Les portraits de Madame Pailleron, puis de leurs enfants suivront. Leur luxueuse demeure, Quai Malaquais, où les trois portraits occupent une place d'honneur, tient lieu de vitrine au talent de Sargent auprès de l'élite intellectuelle parisienne.

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Portrait de Mme Ramón Subercaseaux (Amalia Errázuriz y Urmeneta), vers 1880-1881, huile sur toile
Amalia Subercaseaux et son époux Ramón, consul du Chili à Paris et peintre à ses heures, admirent Fumée d'ambre gris et Mme Pailleron au Salon de 1880. Surpris par la modestie de l'atelier de Sargent rue Notre-Dame des Champs, ils lui demandent de peindre à leur domicile le portrait de Madame Subercaseaux. Au Salon de 1881, et malgré la nationalité du modèle, le portrait est salué comme l'archétype de la parisienne et vaut à Sargent une médaille.
Portrait de Mme la Vicomtesse de Saint Périer (Marie Jeanne de Kergorlay), 1883, huile sur toile
Portrait de Mme Arthur O'Connor (Marguerite de Ganay), 1882, huile sur toile
Mme Arthur O'Connor est la fille du marquis de Ganay et de la riche héritière américaine Emily Ridgway, tous deux amateurs d'art. L'œuvre a quelques affinités avec le portrait de « Madame X » peint l'année suivante.

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Un portrait, dit aussi Le Docteur Pozzi chez lui, 1881, huile sur toile
Samuel Pozzi (1846-1918) est une figure phare du Tout-Paris de la Belle Époque. Chirurgien et pionnier de la gynécologie. esthète et collectionneur, il est aussi réputé grand séducteur.
Portraits d'enfants, dit aussi Les Filles d'Edward Darley Boit, 1882, huile sur toile
Les filles (âgées de quatre à quatorze ans) d'Edward et Mary Louisa Boit, deux expatriés américains, sont représentées dans le vestibule de leur appartement.
 

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Portrait du maître d'armes Arsène Vigeant, 1885, huile sur toile
Arsène Vigeant était le charismatique maître d'armes du Cercle de l'Union Artistique. Il comptait parmi ses élèves Sargent, le peintre Charles Giron et Carolus-Duran, escrimeur passionné.
Ernest Ange Duez, vers 1884-1886, huile sur toile
Sargent représente son ami et voisin d'atelier devant un bouquet d'hortensias, l'un des thèmes de prédilection de Duez, qui exposait également des peintures d'histoire au Salon. 
Auguste Rodin, vers 1884, huile sur toile
Sargent et Auguste Rodin, de seize ans son aîné, commencent à se côtoyer au début des années 1880. Ils exposent en 1884 à Bruxelles avec les XX (cercle artistique d'avant- garde). Sargent participe à la promotion du travail du sculpteur en Angleterre.
Louis de Fourcaud, 1884, huile sur toile
Écrivain et critique d'art, puis professeur à l'École des Beaux-Arts, Louis de Bousses de Fourcaud est une figure de premier plan du monde de l'art français de l'époque. Il est l'un des premiers à remarquer le talent de Sargent au Salon et ne cesse ensuite de le défendre, particulièrement pendant le scandale de Madame X au Salon de 1884.

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Mme Errázuriz (Eugenia Huici Arguedas), vers 1883-1884, huile sur toile
Portrait de Mme Allouard-Jouan (Emma Marie Cadiot de Montbarbon), 1882, huile sur toile
Très introduite dans les milieux politiques et artistiques, Emma Cadiot de Montbarbon est écrivaine, dramaturge, traductrice, et critique d'art sous divers pseudonymes
Un coup de vent (Judith Gautier), vers 1883-1885, huile sur toile
Ce petit tableau brossé en plein air par Sargent est l'un de ses multiples « portraits » de Judith Gauthier, fille de l'écrivain Théophile Gautier et de la chanteuse Ernesto Grisi. Poétesse, critique d'art, traductrice et spécialiste de littérature chinoise, elle défend dans la presse les envois de Sargent au Salon.

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Henrietta Reubell, vers 1884-1885, aquarelle et mine graphite sur papier
Mme Paul Escudier (Louise Lefèvre), 1882, huile sur toile
Ici, Sargent poursuit ses recherches entamées à Venise: cadrage des figures dans un intérieur, effets de lumière diffus et contrastés, influence de Velázquez.
Portrait de Mme Harry Vane Milbank (Alice Sidonie Vandenburg), vers 1883-1884, huile sur toile
Sargent fait ici le portrait d'Alice Sidonie Vandenburg, veuve du marquis de Belleroche épouse de Mr Harry Vane Milbank, et mère d'Albert, jeune ami du peintre. Installée à Paris en 1871, elle organise d'importantes réceptions dans leur demeure de l'avenue Montaigne. Ce portrait, qui anticipe par certains aspects le portrait de Virginie Gautreau, est resté inachevé.

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Un succès de scandale : le portrait de Madame X

Née à la Nouvelle-Orléans d’une famille d’anciens émigrés français, Virginie Amélie Avegno (1859–1915) s’installe en France en 1867. Elle épouse l’homme d’affaires Pierre Gautreau, devient une importante figure de la vie mondaine parisienne et est reconnue comme l’une des grandes beautés de son temps. Fasciné par sa beauté atypique et fardée, Sargent la convainc de poser. Les longues séances aboutissent à un coup de maître. Sargent a 28 ans, et son modèle, 25. Conscient d’avoir peint une œuvre exceptionnelle, mais provocante, il redoute les réactions des commentateurs et des visiteurs. Dès l’ouverture du Salon de 1884, le tableau attire tous les regards et fait scandale même si une partie de la critique en reconnaît l’importance. On considère comme inconvenants la bretelle droite descendue sur l’épaule, le décolleté plongeant, le maquillage trop prononcé du modèle et son profil jugé hautain. Sargent repeindra ultérieurement la bretelle sur l’épaule et gardera le portrait dans son atelier jusqu’à sa vente au Metropolitan Museum of Art en 1916, après le décès de Virgine Gautreau. Il rebaptise alors le tableau Madame X et le désigne comme « la meilleure chose qu’il ait faite ».

Portrait de Mme Gautreau, dit aussi Madame X (Virginie Amélie Avegno), 1883-1884, huile sur toile
Étude de Mme Gautreau (réplique inachevée de Madame X), vers 1884, huile sur toile
Ce tableau inachevé est un début de réplique et non une étude pour Madame X. Sargent avait considérablement retravaillé l'original au cours de sa conception. Au vu des craquelures déjà présentes, il est possible qu'il ait entrepris cette copie « au propre » sans pouvoir l'achever à temps pour le Salon. Elle révèle l'effet qu'avait pu avoir la bretelle abaissée dans la composition initiale, et l'hésitation du peintre quant à son positionnement.
Murmures (Virginie Amélie Avegno Gautreau et une amie), vers 1883-1884, fusain et mine graphite sur papier
Etudes pour Madame X, 1883-1884, mine graphite sur papier

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Salle 4 - Après Paris, Sargent et la France

Après une ascension fulgurante, le scandale de Madame X ébranle la trajectoire de Sargent. Pourtant, il ne quitte pas immédiatement Paris, et Mme Gautreau n’est pas ostracisée. Il achève des commandes de portraits et continue d’exposer au Salon. Sargent se partage entre Paris et Londres jusqu’en 1886, date à partir de laquelle il s’installe définitivement dans la capitale britannique. Mais ses liens avec la France restent forts : il conserve des amitiés fidèles (Helleu, Belleroche), en noue de nouvelles (Gabriel Fauré, Winaretta Singer) et se rapproche surtout de Monet.
Il voue au peintre une grande admiration et réalise pendant cette période les oeuvres parmi les plus « impressionnistes » de sa carrière : sa touche devient plus esquissée et ses couleurs plus lumineuses. En 1889, aux côtés du peintre de Giverny il mène une campagne active pour qu’Olympia de Manet soit acquis par la France. La même année, il triomphe lors de l’Exposition Universelle de Paris, à laquelle il participe dans la section américaine. Il est fait chevalier de la Légion d’Honneur et reçoit une médaille d’Honneur.


Portrait de Mme Henry White (Margaret Stuyvesant Rutherfurd), 1883, huile sur toile
« Daisy » Rutherfurd est l'épouse de Henry White, diplomate en poste à Paris. Ce portrait « en blanc » daté de 1883 est conçu en parallèle du portrait « en noir » de Virginie Gautreau. Sargent imaginait d'ailleurs de les présenter ensemble au Salon. Finalement Mrs Henry White figurera au Salon de la Royal Academy à Londres. 

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Portrait de la princesse de Scey-Montbéliard (Winnaretta Singer), 1889, huile sur toile
Lors de son séjour à Paris pour l'Exposition Universelle de 1889, Sargent peint l'américaine Winnaretta Singer, princesse de Scey-Montbéliard, héritière de la fortune de l'entreprise de machines à coudre Singer. Avec son second époux, le prince et compositeur Edmond de Polignac, elle compte parmi les plus grands mécènes des arts de l'époque et participe à la souscription pour l'Olympia de Manet.
Gabriel Fauré, vers 1889, huile sur toile
Gabriel Fauré et Sargent se rencontrent vers 1886. Sargent se passionne pour la musique du compositeur, qu'il joue avidement et qu'il soutient. Fauré lui offrira le manuscrit de son quintette pour piano et cordes n°2, op. 115 en remerciement. Ce portrait inspiré et animé de Fauré est vraisemblablement peint lors du passage de Sargent à Paris pour l'Exposition Universelle.
 

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Fête familiale, dit aussi La Fête d'anniversaire, vers 1885 (?), huile sur toile
Ce tableau étonnant de Sargent représente son ami le peintre français Albert Besnard, aux traits à peine esquissés, et sa femme, la sculptrice Charlotte Besnard, fêtant l'anniversaire de leur fils Robert.
Le Verre de porto, dit aussi Après le dîner, 1884, huile sur toile
Albert et Edith Vickers, importants commanditaires et amis de Sargent au milieu des années 1880, l'encouragent à s'installer en Angleterre. L'artiste les montre ici dans leur propriété de Lavington (West Sussex), à la fin du repas éclairé à la lampe. Sargent expose ce petit tableau à l'Exposition internationale de peinture à la galerie Georges Petit en 1885, aux côtés de Monet et Rodin.

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Portrait de Mme Kate A. Moore (Katherine Robinson), 1884, huile sur toile
Étude en plein air, dit aussi Paul Helleu dessinant auprès de son épouse, 1889, huile sur toile
Sargent restera toujours très proche de Helleu, dont il promeut l'art outre-Manche et outre-Atlantique, où l'artiste français connaîtra un certain succès. À l'été 1889, Helleu et sa femme Alice Guérin lui rendent visite à Fladbury, dans le Worcestershire, où ce double portrait est peint en plein air.
Claude Monet peignant à la lisière d'un bois, vers 1885, huile sur toile
Sargent aurait rencontré Monet pour la première fois pendant la deuxième exposition impressionniste, en 1876, date à laquelle il découvre son art avec un enthousiasme débordant. Il possédera quatre tableaux de sa main. Il le peint ici au travail, sur le motif, avec sur son chevalet Prairie et meules près de Giverny (1885, Museum of Fine Arts, Boston). Sargent qui adopte lui-même une technique impressionniste pour représenter son ami conservera ce petit tableau toute sa vie.

John Singer Sargent. Éblouir Paris
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En guise d'épilogue, l'exposition se termine sur un tableau appartenant au musée d'Orsay : au plus fort du scandale causé par Madame X au Salon de 1884, certains critiques notent : « patience, M. Sargent ne se trompera pas toujours ; il est homme à prendre avant peu une revanche éclatante ». Celle-ci survient au Salon de 1892, avec le flamboyant portrait d’une autre « femme fatale », la danseuse espagnole Carmencita. Sa pose altière et son visage maquillé, l’évocation de son numéro de danse andalouse, ravivent le souvenir des audaces de El Jaleo et de Madame X. L’œuvre est largement admirée et est finalement achetée par l’État pour le Musée du Luxembourg (« musée des artistes vivants »). Une première pour un portrait de Sargent, qui n’a alors que 36 ans, et est déjà reconnu comme un « maître » moderne.
Les années suivantes, depuis Londres, Sargent entretient encore des liens avec le monde de l’art français, participe au Salon jusqu’en 1905 et voyage en France jusqu’en 1918. Il meurt en 1925, un livre de Voltaire à la main. Sargent est alors un peu oublié à Paris. Seul Le Gaulois met sa nécrologie à la une :
« cet Américain, né à Florence, qui aimait la France et qui vécut à Londres, s’était d’ailleurs aux années de sa jeunesse bien déclaré des nôtres ».

La Carmencita, vers 1890, huile sur toile
Collection Musée d’Orsay, achat à John Singer Sargent, 1892

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Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)

18 Octobre 2025 , Rédigé par japprendslechinois

Suite à la fermeture du Centre Pompidou, le Grand Palais rénové a abrité deux expositions depuis le mois de Juin. Nous avons déjà rendu compte dans nos billets du 13 septembre  et du 27 septembre 2025 de celle consacrée à Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely et Pontus Hulten. L'autre, qui vient de s'achever, présentait des pièces de l"importante collection (mille œuvres) d'Art brut donnée au Centre Pompidou en 2021 par le cinéaste et collectionneur Bruno Decharme.

Pour le lecteur peu familier avec cette notion, "L'Art Brut" est un concept forgé par Jean Dubuffet dans les années 1940. Il désigne des œuvres créées par des artistes en dehors des circuits traditionnels de l'art, souvent issus de contextes marginaux. Ces artistes, isolés socialement ou psychiquement, n'ont pas été influencés par la culture artistique conventionnelle, mais leur production artistique porte en elle une profonde richesse symbolique et une relation particulière avec le monde. 

L'exposition propose un parcours en 11 sections, mais il nous semble au dessus de nos forces de suivre pas à pas, et nous nous contenterons de laisser le lecteur, comme nous-même, en découvrir les multiples facettes.

Hans-Jörg Georgi (Né en 1949) : sans titre, 2021-2024, carton découpé et collé, 120 × 220 × 222 cm

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)
Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)

Melina Riccio (Carmela RICCIO, dite), née en 1951 en Italie : sans titre, vers 2010, plastique, métal, papier, feutre, stylo à bille et tissu brodé
Melina Riccio est modéliste quand elle décide de rompre avec une vie qu'elle juge corrompue. Elle voyage alors de ville en ville et peint de courts poèmes sur les murs. Elle brode également certains de ses écrits sur des tissus qu'elle récupère au hasard de ses errances.

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)
Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)
Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)
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Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)
Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)

Anselme Boix-Vives (1899-1969) :
Châtelaine espagnole, 1962-1969, gouache sur carton
Sans titre, 1er avril 1969, ripolin et gouache sur toile
Né en Espagne, Anselme Boix-Vives migre en France dès ses 18 ans. Il ouvre un commerce de fruits et légumes à Moûtiers, dans la vallée de la Tarentaise en Savoie. Il commence à militer pour la paix à partir de 1957. Retraité en 1962, il peint ses sujets favoris, parmi lesquels les rois, les chatelaines, les vedettes de la télévision...

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)
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Miguel Hernández (1893, Collado del Mirón. Espagne-1957, Paris) : sans titre, 1954, huile sur toile
Miguel Hernández collabore à des revues anarchistes. La victoire de Franco le force à quitter l'Espagne, sans sa jeune épouse, à qui il demande de ne pas le suivre dans l'exil. Hernández ne la reverra jamais - cependant sa peinture l'évoque, tel un rêve obsédant.

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Fleury Joseph Crépin (1875. Hénin-Liétard-1948, Montigny-en-Gohelle) : sans titre, 1941, huile sur toile
Quincailler, plombier zingueur, mais aussi sourcier, Fleury Joseph Crépin est initié au spiritisme à l'âge de 56 ans. Un temps guérisseur, c'est en 1938 qu'il commence à peindre des temples aux allures orientalisantes. Chaque tableau est précedé d'une esquisse crayonnée qu'il transpose.

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)
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Charles A.A. Dellschau (1830, Berlin-1923, Houston. Texas) : sans titre, 1921, gouache, encre, vernis sur sachets d'emballage reliés sur onglets en papier journal et ficelle de boucher (ouvrage de 158 pages)
Charles A.A. Dellschau émigre au Texas dans les années 1850. Il se marie, a deux enfants et devient boucher. A sa retraite, il confectionne douze livres, retrouvés dans la rue dans les années 1960. Les pages de trois d'entre eux ont été éparpillées. Les neuf autres livres intacts sont conservés dans des musées, dont le dernier au Centre Pompidou.

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Emery Blagdon (1907-1986, Callaway. Nebraska. États-Unis) :
Sans titre, 1956-1986, 4 éléments, bois, métal (cuivre, aluminium), fibres végétales, ruban adhésif papier, film plastique et peinture
Sans titre, 1956-1986, clous, fils de cuivre, plastique, nacre, pierres, paillettes, boutons, peinture et crayon graphite sur contreplaqué sur podium
Rocket, 1956-1986, assemblage d'éléments de récupération, bois, métal (cuivre, aluminium), ruban adhésif papier, plastique, film plastique, verre, condensateurs chimiques, batterie
Sans titre, 1956-1986, métal (cuivre, aluminium), ruban adhésif papier, corde, plastique tissu
En 1954, Emery Blagdon hérite de la ferme de son oncle. La vente d'une partie de la propriété lui permet de travailler à son grand-œuvre, qu'il installe dans un hangar : une machine géante, «guérisseuse», faite de centaines d'assemblages et de quatre-vingts tableaux, chargée d'une énergie élec- trique d'où émane une aura salvatrice.

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)
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Harald Stoffers (né en 1961 à Hambourg. RFA) : sans titre, 2005-2012, feutres noir et rose sur papier
Harald Stoffers passe ses journées à écrire sur de petits formats aussi bien que sur des rouleaux de papier pouvant dépasser plusieurs mètres, mis à sa disposition par l'atelier qui l'accueille. La relative pauvreté de son vocabulaire l'amène à des stratagèmes de communication bien plus riches que la langue commune.

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Emmanuel Derriennic, dit Emmanuel le Calligraphe (1908, Guingamp- 1965, Quimper) :
Sans titre, vers 1960, aquarelle et encre de Chine sur carton
Sans titre, vers 1960, aquarelle et particules de produits pharmaceutiques sur toile cirée
Emmanuel Derriennic est aide-comptable lorsque, vers l'âge de 50 ans, il commence à souffrir d'hallucinations et est interné à l'hôpital de Quimper. Là, il dessinera à l'encre de Chine une centaine d œuvres qu'il définira lui-même comme « de la broderie bigoudenne qui viendrait de Mandchourie ».

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)
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Palanc (Francis Palanque, dit) (1928-2015. Vence. France) : sans titre, vers 1955, coquille d'œuf pilée, sucre et caramel sur isorel
Dès ses 16 ans, Palanc rejoint la pâtisserie familiale. Vers l'âge de 19 ans, il élabore un système alphabétique qu'il nomme « écriturisme ». Dans un petit traité, L'Autogéométrie, il met en évidence l'influence secrète de la géométrie sur la vie mentale et affective des individus.

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Laura Jo Pierce (née en 1954. à Oakland. Californie) : sans titre, sans date, bandes de tissu cousues, feutre noir, corde
Laura Jo Pierce entre au Creative Growth Art Center en 1988. Écrivant de manière compulsive, elle utilise le plus souvent le papier mais aussi, comme pour cette œuvre, des bandes de tissu, qu'elle coud entre elles pour créer un récit fractionné, à l'incohérence peut-être seulement apparente.

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Jean Fick (né en 1876 à Spittel in Lothringen - actuelle L'Hôpital, France), mort en 1958 à hôpital psychiatrique de Lorquin. France) : Fick Jean Ambasadeur Mondieu N.23 A.† L., 1941-1948, gouache, encre, mine graphite, crayon permanent, gomme arabique et collage de papier gouaché, papier couché et papier cristal coloré 
Gravement blessé à la tête en 1917, Jean Fick est interné à Sarreguemines. Il est transféré au début de la Seconde Guerre mondiale à l'hôpital de Cadillac, en Gironde, où sévit une famine meurtrière dont il sera l'un des rares pensionnaires à survivre. De cette vie de douleur, il laisse un petit carnet au contenu énigmatique.

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Auset, 19 siècle, France : sans titre, vers 1880, ardoises gravées
Six ardoises ont été retrouvées à ce jour.

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Carlo Zinelli (1916, San Giovanni Lupatoto. Italie-1974. Chievo, Italie) :
Sans titre, vers 1964, gouache sur papier
Sans titre, vers 1967, encre et gouache sur papier
Traumatisé par la guerre d'Espagne, et souffrant d'angoisses qu'avive le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Carlo Zinelli est interné en 1947. Dix ans plus tard au sein d'un atelier, il commence une longue odyssée picturale où les images de ses souvenirs se mêlent au rythme percussif des mots et des signes.

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)
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Zdeněk Košek (1949-2015, Duchcov, République Tchèque) : sans titre, vers 1990, encres noire, bleue et rouge, feutre, mine graphite, crayon de couleur et stylo à bille sur papier (70 dessins issus d'un carnet à spirale)
Zdeněk Košek est peintre. À la fin des années 1980, une grave crise psychique le conduit à penser que s'il ne note pas tout ce qui se passe autour de lui, le monde risque de s'effondrer. Il va dès lors produire une œuvre inspirée, visionnaire, radicalement différente de sa production antérieure.

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)
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L.C. Spooner (Lee Cordova Spooner, dit) 1863-1955, États-Unis :
Self-Propelling Combination Vehicle (Véhicule combiné autopropulsé), 25 avril 1914, mine graphite, encre et papier collé sur papier imprimé entoilé
Invalid Chair (Chaise d'invalide), 30 avril 1912, encre et mine graphite sur papier collé sur carton
L.C. Spooner est avocat mais également ingénieur autodidacte, comme le montre par exemple cette «machine à vendre des cigares» pour laquelle il dépose un brevet en 1904. Il colle tous les dessins de ses inventions sur les pages d'un catalogue de mode, aujourd'hui éparpillé.

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Joseph Giraudo (1904, Région du Piémont, Italie-1991. Bois-Colombes, France) :
Nouveau calcul du kilométrage de l'année en vitesse de la lumière [Rouleaux de calculs préparatoires, 1962-1975], 1962-1990, encre, mine graphite, ruban adhésif sur papier
Ensemble de pièces concernant l'établissement de salaisons Giraudo à Gennevilliers ainsi que des objets personnels, vers 1950-1960, techniques mixtes
Joseph Giraudo a 58 ans quand il découvre, stupéfait, que le calcul de l'année-lumière est approximatif : « environ » 9461 milliards de kilomètres. Bien décidé à réparer cette faute, il remplit pendant vingt-neuf ans des rouleaux de papier comprenant des milliers de calculs. Mais si ceux-ci sont exacts, leur manque de fondement scientifique les rend caducs.

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)
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Jean Perdrizet (1907, Villers-la-Faye, France-1975, Digne-les-Bains, France) : La Tour logarithmique, 27 mars 1972, ronéotype, stylo à bille, feutre, crayon de couleur et tampon sur trois feuilles de papier collées ensemble, papier plié, timbré et envoyé par courrier
Grâce à son diplôme d'adjoint technique de l'École nationale des ponts et chaussées, Jean Perdrizet intègre l'entreprise Électricité de France (EDF). Mais, trop instable, il ne peut travailler longtemps. Pour autant, les intuitions de cet inventeur « en chambre » font aujourd'hui l'admiration des cybernéticiens.

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Johannes Stek (né en 1935 en Allemagne) : sans titre, vers 2000, stylo à bille et crayon de couleur sur papier
Ouvrier métallurgiste, Johannes Stek vit dans la précarité, sans télévision ni radio. Il consacre tout son temps libre à dessiner divers moyens de locomotion dont les subtils mécanismes semblent flotter dans l'espace.

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George Widener (né en 1962 à Covington. Kentucky. États-Unis) 
Blauer Montag (Lundi bleu), 2006, encre, feutre, gouache et tampon sur papier
Sunday's Crash (Le Crash du dimanche), vers 2000, encre et gouache sur papier (nappe)
L'enfance de George Widener est marquée par le décès prématuré de son père et par l'alcoolisme de sa mère. À 17 ans, il devient technicien à l'U.S. Air force. Diagnostiqué autiste Asperger, il doit interrompre sa carrière. Mais de ce syndrome il fait une force. En jonglant avec les dates qu'il ordonne dans ses carrés magiques, il trouve une cohérence au monde.

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)
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Katsuya Kitano, né en 1976 à Kobe, Japon : ensemble de 1000 peluches, tissu polyester et coton
Katsuya Kitano est auteur de sketchs humoristiques pour la télévision. Angoissé et en continuelle quête de perfection, il soupire à longueur de journée. Il conçoit alors mille sachets pour contenir ce trouble, selon le précepte que «1000» correspond à l'achèvement d'un cycle. Hélas, à ce jour, la magie n'a pas opéré.

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Riona Morikawa, née en 1997 au Japon : sans titre, sans date, encre sur papier
Riona Morikawa note tout: les anniversaires, les voyages, mais aussi des choses prosaïques, tels les numéros de plaques d'immatriculation, qui retiennent particulièrement son attention.

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Yumiko Kawaï, née en 1979, préfecture de Shiga. Japon : sans titre, 2005-2010, broderies de fils de laine et de coton sur toile de coton et de laine
Yumiko Kawaï pratique la broderie au sein de l'atelier Yamanami. Dessinant d'abord une succession de cercles, c'est seulement ensuite qu'elle leur substitue des broderies. Ce processus peut durer des mois.

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Et puisqu'il faut marquer une pause dans ce parcours déconcertant mais riche de créativité :

Yuichi Saito, né en 1983 au Japon : sans titre, vers 2005, encre sur papier
C'est à l'âge de 19 ans que Yuichi Saito commence à recopier les titres de ses programmes de télévision préférés, les métamorphosant en fantômes, nuages ou grains de poussière.

Art brut - la donation Decharme au Centre Pompidou (I/II)

Nous poursuivrons la visite de cette exposition dans un prochain billet.

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Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

11 Octobre 2025 , Rédigé par japprendslechinois

Une très belle exposition vient d'ouvrir à l'Orangerie, dans la lignée de celles que ce musée a déjà consacrées à des marchands d'art (voir par exemple notre billet du 19 octobre 2024

En 1901, Berthe Weill ouvre une galerie au 25 rue Victor-Massé, dans le quartier de Pigalle, en bas de Montmartre. Elle choisit alors de s’engager aux côtés des artistes de son temps, en contribuant à leur révélation puis à l’essor de leur carrière, malgré des moyens limités. Parmi eux se trouvent certains des plus grands noms des avant-gardes, comme d’autres aujourd’hui moins en vue. Avec un enthousiasme et une persévérance sans faille, elle a été leur portevoix et les a soutenus pendant près de quarante ans, jusqu’à la fermeture de sa galerie en 1941, dans le contexte de la guerre et de la persécution des Juifs. Dès 1933, elle avait publié ses souvenirs de trois décennies d’activité sous le titre Pan ! Dans l’œil…, faisant œuvre de pionnière de ce genre littéraire.

Section 1 

Elle est sous-titrée comme les suivantes par une citation du livre Pan ! Dans l'œil « Ma résolution est inébranlable ; on verra bien ! »

Berthe Weill, née à Paris dans une modeste famille juive d’origine alsacienne, est placée en apprentissage, très jeune, auprès de Salvator Mayer, un marchand d’estampes renommé. Elle apprend le commerce des œuvres d’art et rencontre les différents protagonistes de la scène artistique parisienne, ainsi que de nombreux collectionneurs. Peu après le décès du marchand en 1897, elle s’associe avec l’un de ses frères pour ouvrir une boutique d’antiquités et d’objets d’art au 25 rue Victor-Massé dans le quartier de Pigalle, alors épicentre du Paris nocturne, des théâtres et des cabarets. Cette adresse se trouve en bas de Montmartre, où beaucoup d’artistes d’avant-garde vivent et travaillent, souvent dans une grande précarité. Sans ressources financières importantes, elle diversifie les activités de sa galerie pour trouver des solutions économiques viables. Elle vend des livres et expose des gravures d’artistes aux côtés d’œuvres d’illustrateurs et de caricaturistes tels Jules Chéret et Théophile Steinlen. Berthe Weill commence à se faire une réputation. Alors que l’antisémitisme virulent qui s’exprime en cette fin de XIXe siècle s’incarne dans l’affaire Dreyfus et divise dangereusement la France, elle prend position avec courage en exposant dans sa vitrine des volumes et dessins originaux en faveur d’Alfred Dreyfus et de son défenseur, Émile Zola.

Jules-Alexandre Grün (1868-1938), Chaix (imprimeur) : La Boîte à Fursy 12 rue Victor-Massé, ancien bôtel du Chat noir, 1899, lithographie
Leonetto Cappiello (1875-1942), Vercasson (imprimeur) : Odette Dulac, 1901, lithographie en couleur

Des affichistes et caricaturistes sont présentés dans la galerie qui se situe dans la même rue que la Boîte à Fursy, salle de spectacle et de fêtes ouverte en 1899.

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Section 2

« J'achète les trois premiers Picasso »

En 1900, Pere Mañach, le fils d’un industriel catalan, s’est établi comme marchand de tableaux à Paris, où il s’est donné pour mission de promouvoir la jeune génération espagnole. Il présente Berthe Weill à Picasso, tout juste arrivé de Barcelone. Elle lui achète des œuvres dès ce moment et repère dans l’atelier Le Moulin de la Galette, première grande toile que le peintre de vingt et un ans exécute à Paris. Elle la vend à un prix important pour un si jeune artiste. Ainsi, elle réalise une quinzaine de ventes, avant même l’exposition « Picasso » à la galerie d’Ambroise Vollard l’année suivante.
En 1901, à trente-six ans, Berthe Weill, aidée par Mañach, transforme sa boutique, qui devient la « Galerie B. Weill » – son prénom n’est pas mentionné, sans doute pour faire oublier qu’elle est une femme. Elle est officiellement inaugurée le 1er décembre avec une exposition qui rassemble diverses œuvres très récentes de Pierre Girieud, Fabien Launay et Raoul de Mathan, ainsi que des terres cuites d’Aristide Maillol, qui rencontre peu de temps après le succès pour ses bronzes.
Le critique d’art Gustave Coquiot signe une préface pour le premier catalogue. Berthe Weill, qui repère les talents émergents dans le vivier des Salons, les encourage à se présenter à sa galerie, se constituant ainsi une notoriété de découvreuse.

Pablo Picasso (1881-1973) : La Mère, 1901, huile sur carton monté sur panneau de bois

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Pablo Picasso :
Nature morte, 1901, huile sur toile
La Chambre bleue, 1901, huile sur toile
En 1900, Berthe Weill est la toute première marchande de Picasso

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Jacqueline Marval (1866-1932) : Minerve, 1900, huile sur toile
Victorien Fabien Vieillard dit Fabien Launay (1877-1904) : Le Tournesol, 1902, huile sur toile
Présenté en 1901 à l'exposition inaugurale de la Galerie B. Weill
Meta Daux Warrick Fuller (1877-1968) : Les Malheurs, 1901, bronze
Exposé en 1901 à la Galerie B. Weill
«Mlle Warrick expose des sculptures qui promettent... qu'est-elle devenue ? » se demande Weill lorsqu'elle rédige ses souvenirs.
Cette Africaine-américaine, originaire de Philadelphie complète sa formation à Paris entre 1899 et 1902 et rencontre Auguste Rodin dont elle reçoit les encouragements. Puis elle retourne aux États-Unis où sa reconnaissance a été tardive.

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
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Henri Matisse (1869-1954) :
Première nature morte orange, 1899, huile sur toile
Le Lit [dit aussi Ma chambre à Ajaccio], 1898, huile sur toile
« En avril 1902, je vends pour la première fois une peinture de Matisse » se souvient Berthe Weill dans ses Mémoires.
Un mot de Berthe Weill à Matisse rédigé sur une carte de la galerie.

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
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Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) : Clownesse Cha-U-Kao, 1895, huile sur carton
Weill cesse progressivement de montrer les artistes emblématiques du Montmartre de la fin du XIXe siècle mais reste attachée à l'œuvre de Toulouse-Lautrec, alors surtout célèbre pour ses affiches.
Pablo Picasso : 
La Fin du numéro, 1901, pastel sur toile
L'Hétaire [ou Courtisane au collier de gemmes], 1901, huile sur toile

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
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Paco Durrio (1868-1940) : 
Egyptienne au serpent, broche, avant 1904, argent fondu et pierre verte (amazonite ?)
Boucle de ceinture, avant 1904, argent fondu
Pendentif, avant 1904, argent fondu, décor face et revers
Pot anthropomorphe, entre 1900 et 1905, vase en grès émaillé

Aristide Maillol (1861 - 1944) : Jeunes filles portant une cruche, 1898, terre cuite

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
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Section 3

« Notre-Dame des Fauves »

La salle VII du Salon d’automne de 1905 réunit les peintures de Matisse, Maurice de Vlaminck, André Derain, Albert Marquet… Elle est jugée inacceptable par beaucoup de critiques en raison de l’affranchissement des règles de la perspective et du modelé au profit de l’exaltation des couleurs pures, ainsi que d’une simplification des formes. Un buste placé au centre de la pièce fait écrire au critique Louis Vauxcelles dans un article du Gil Blas : « C’est Donatello parmi les Fauves. » La formule plaît tellement que la salle est rebaptisée « la cage aux Fauves ».
La Galerie B. Weill prend une part importante dans la reconnaissance de ce mouvement en présentant régulièrement des expositions collectives qui rassemblent les différentes configurations du groupe, constitué principalement d’élèves de Gustave Moreau, réunis autour de Matisse. Elle commence à s’intéresser à ces artistes dès 1902, bien avant le scandale du Salon d’automne. Lorsqu’il éclate en 1905, ces peintres ont déjà été montrés plusieurs fois chez la marchande. L’année précédente elle a demandé au critique Roger Marx, fervent défenseur de cette constellation, de préfacer le catalogue d’une exposition, œuvrant ainsi stratégiquement à créer le contexte nécessaire à leur reconnaissance. De même, elle a contribué à faire de Raoul Dufy, dont elle est proche, un artiste fauve contre la volonté de Matisse, qui refuse de l’accueillir dans son cercle. Bientôt Weill constate que « les Fauves commencent à apprivoiser les amateurs ».

Robert Delaunay (1885-1941) : Paysage aux vaches, 1906, huile sur toile
Peut-être exposé en 1907 à la Galerie B. Weill

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Henri Marquet (1875-1947) : La Petite Place au réverbère, Paris, vers 1904, huile sur toile

Raoul Dufy (1877-1953) :
La Rue pavoisée, 1906, huile sur toile
Paysage de Provence, 1905, huile sur toile
L'artiste fait ses débuts sur les cimaises de Berthe Weill, à qui il vend un pastel en 1902. Il est régulièrement associé au groupe « Fauve » par la marchande, bien qu'un peu en marge de ce courant. Weill tisse avec Dufy de solides liens d'amitié et de confiance au fil d'une relation au long cours faite d'encouragements mutuels. Il est l'artiste le plus montré avec une exposition personnelle et 35 expositions collectives.

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
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Jean Metzinger (1883-1956) : Champs de pavots, 1904, huile sur toile

Pierre Girieud (1876-1948) :
Portrait de l'artiste peintre Émilie Charmy, 1908, huile sur carton
Nu au bas noir, 1905, huile sur carton
Cette œuvre est exposée à la Galerie B. Weill en décembre 1905 aux côtés d'Émilie Charmy, Othon Friesz et Jean Metzinger. Girieud vient alors de montrer cinq tableaux au Salon d'automne. Le critique Louis Vauxcelles le compte parmi les « oseurs, [les] outranciers, de qui il faut déchiffrer les intentions, en laissant aux malins et aux sots le droit de rire ». Weill montre son travail en 1901, dans l'exposition inaugurale de la galerie, puis jusqu'en 1934.

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Émilie Charmy (1878-1974) :
Autoportrait, 1906-1907, huile sur toile
Piana Corsica, 1906, huile sur carton toilé
Portrait de Berthe Weill, 1910-1914, huile sur toile
Impressionnée par les peintures d'Émilie Charmy au Salon des indépendants de 1905, Berthe Weill décide aussitôt de promouvoir son travail, louant l'indépendance d'une artiste qui ne fait partie «d'aucune chapelle». Cette rencontre marque le début d'une amitié qui unit les deux femmes jusqu'à la disparition de la marchande. Elles s'épaulent et tissent des liens quasi familiaux. Weill présente les œuvres de l'artiste pendant près de trente ans au fil de 30 expositions.

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Maurice de Vlaminck (1876-1958) :
Le Restaurant de la Machine à Bougival, 1905, huile sur toile
Le Cultivateur, 1905, huile sur toile

André Derain (1880-1954) : Pont de Charing Cross, vers 1906, huile sur toile
Derain expose à la Galerie B. Weill à partir d'octobre 1905, peu avant qu'il ne s'engage avec Ambroise Vollard qui l'encourage à effectuer deux séjours à Londres - dont est issue cette composition caractéristique du fauvisme. En 1907, il rejoint le marchand Daniel-Henry Kahnweiler cependant que Weill, qui a contribué à son éclosion, continue à vendre régulièrement ses œuvres jusqu'à la fin des années 1930.

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Béla Czóbel (1883-1976) :
Nus de garçons [dit aussi Garçons assis], 1907, huile sur toile
L'Homme au chapeau de paille, 1906, huile sur toile
Probablement exposé en 1908 à la Galerie B. Weill
L'exposition particulière de Béla Czóbel en mars 1908 a un succès moral très appréciable « [...] je le crois très doué », écrit Weill se souvenant d'avoir organisé la première exposition de l'artiste hongrois en France. Elle porte un intérêt très vif à son œuvre fortement imprégné de fauvisme. 

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Raoul de Mathan (1874-1938)
La Cour d'assises, 1908, huile sur toile
Le Cirque, 1909, huile sur toile
Raoul de Mathan, marqué par le deuxième procès d'Alfred Dreyfus auquel il a assisté en 1899, capture dans ses œuvres la théâtralité des salles d'audience. En 1908 et 1909, il peint deux toiles aux formats comparables représentant la cour d'assises puis le cirque, suivant des compositions qui se font écho. Exposé dès l'inauguration de la Galerie B.Weill en 1901, Mathan participe régulièrement, entre 1902 et 1920, à la programmation de Weill qui le qualifie de « peintre de talent ».

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Kees Van Dongen (1877-1968) : La Jarretière violette, vers 1910, huile sur toile
 

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Section 4

« Le cubisme soulève les passions »

Le rôle joué par Berthe Weill dans la présentation des œuvres cubistes a été presque oublié, bien qu’elle ait accompagné dès leurs débuts beaucoup d’artistes dont la carrière a connu une période cubiste. Ainsi, elle montre les œuvres de Jean Metzinger, qu’il soit néo-impressionniste, fauve ou cubiste, de 1903 à 1922, avant une ultime exposition en 1939. Elle contribue dans l’ombre, comme elle l’avait fait quelques années plus tôt avec les Fauves, à façonner une avant-garde qui partage la leçon de Paul Cézanne sous des formes multiples. La galeriste insiste sur les difficultés à faire apprécier cette peinture, tandis que le débat qui fait rage depuis 1912 autour de la réception du cubisme exprime souvent, sous des dehors de querelle esthétique, des considérations à caractère nationaliste. Certains réclament, sans succès, que les cubistes soient interdits d’exposition dans les bâtiments publics ; d’autres souhaitent différencier « les indépendants français et les indépendants étrangers ». Lorsque le mouvement s’éparpille, peu avant la guerre, la marchande a montré presque tous les protagonistes du cubisme. Exceptionnellement, elle programme en 1914 trois expositions
personnelles consacrées à Jean Metzinger, Alfréd Réth et Diego Rivera.
Elle porte ensuite ses efforts sur ceux que Georges Braque nommait les « cubisteurs » : André Lhote, Louis Marcoussis, Léopold Survage, Alice Halicka, Albert Gleizes ou encore Jean Metzinger.

Diego Rivera (1886-1957) : Tour Eiffel, 1914, huile sur toile
En 1914, lorsque Berthe Weill organise une exposition personnelle de peintures de Diego Rivera, c'est la première fois que l'œuvre du peintre mexicain arrivé en Europe en 1907 est montré à Paris.

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Alexander Archipenko (1887-1964) : Deux verres sur une table, 1919-1920, relief en papier mâché peint collé sur bois, nature morte [sculptopeinture]
Weill organise en 1920 l'exposition « Groupe éclectique - Fauves, cubistes & post-cubistes » qui rassemble trois générations d'artistes dont beaucoup ont débuté dans sa galerie. Elle leur associe Archipenko, venu de Kiev et installé à Paris, à la dimension internationale indéniable.

Albert Gleizes (1881-1953) : Le Port (Marseille), 1912, huile sur toile
En 1913, Weill expose ensemble Fernand Léger, Albert Gleizes et Jean Metzinger peu après que les deux derniers ont publié le traite Du cubisme.

André Lhote (1885-1962) : Le Port de Bordeaux, 1914, huile sur toile
Probablement exposé en 1920 à la Galerie B. Weill

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
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Alice Halicka (1894-1975) : Nature morte au violon, 1918, huile sur toile
Weill soutient l'œuvre d'Halicka en l'associant à quatre expositions collectives et en lui organisant en 1922 une présentation personnelle couronnée de succès. Elle montre l'œuvre de la peintre dans sa galerie jusqu'en 1926, et leur relation illustre l'exemplarité de la marchande dans la promotion des artistes femmes.
Louis Marcoussis (1878-1941) Nature morte: le bocal aux poissons rouges,  1925, huile sur carton
Jean Metzinger (1883-1956) : Nu debout, 1911, huile sur carton marouflé sur panneau

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Section 5

« Groupe des plus éclectiques »

Au début du XXe siècle, des artistes du monde entier viennent chercher l’émulation et la reconnaissance à Paris. Berthe Weill participe à cette effervescence en rendant visibles des talents qui cherchent à échapper aux discriminations ainsi qu’aux difficultés économiques. Ils sont natifs de partout en Europe, des confins de l’Empire russe, de Norvège, de Pologne, d’Espagne, d’Italie ou de Grèce jusqu’à l’Empire austro-hongrois, ou même les États-Unis. Sa curiosité la conduit à donner leur chance à des artistes, ne suivant aucun dogme, mais plutôt son instinct, son oeil et ses sympathies. Elle adopte une position engagée en participant, exposition après exposition, à la lutte contre certains défenseurs d’un bon goût français aux résonances xénophobes et antisémites. Si le nom de Berthe Weill est étroitement associé aux avant-gardes de la première moitié du XXe siècle, elle s’intéresse également à des personnalités n’appartenant à aucun courant précis. L’attention qu’elle porte aux jeunes artistes ne faillit jamais, malgré les vicissitudes, et c’est ainsi qu’elle encourage, en organisant une ou plusieurs expositions, des figures aujourd’hui dans l’ombre ou parfois tombées dans l’oubli. La galeriste insiste sur les difficultés à faire apprécier cette peinture, tandis que le débat qui fait rage depuis 1912 autour de la réception du cubisme exprime souvent, sous des dehors de querelle esthétique, des considérations à caractère nationaliste.

Georges Kars (1882-1945) : Dans le salon de peinture, 1933, huile sur contreplaqué
Édouard Goerg (1893-1969) : Portrait de Mademoiselle W [Berthe Weill], 1926, huile sur toile

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Francis Smith (1881-1961) Projet d’enseignes pour la Galerie B. Weill, vers 1930, gouache sur papier
Pan ! Dans l'œil..., le livre de Berthe Weill

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
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Raoul Dufy : Trente ans ou la Vie en rose, 1931, huile sur toile
Depuis 1925, Berthe Weill convie chaque année « ses » artistes à une exposition thématique. Ils y présentent une œuvre, exécutée pour l'occasion ou une plus ancienne. En décembre 1931, celle consacrée à « La Joie de vivre » célèbre également les trente ans d'existence de la galerie. Dufy peint alors une des représentations hédonistes qui faisaient dire à Gertrude Stein: « Dufy, c'est le plaisir ». Le tableau témoigne également de l'amitié sincère entre la marchande et l'un des artistes qu'elle a le plus montrés.

Suzanne Valadon (1865-1938) : 
La Chambre bleue, 1923, huile sur toile
Exposé en 1927 à la Galerie B. Weill
Nu à la couverture rayée [dit aussi Gilberte nue assise sur un lit], 1922, huile sur toile
Lorsqu'en 1913 Weill commence à montrer les œuvres de Valadon, celle-ci dessine et peint depuis une vingtaine d'années. L'artiste noue une relation régulière et fructueuse avec la marchande, qui contribue au développement de sa renommée et constate « le succès ascendant de Valadon. Mais que de détracteurs ! Son grand mérite est, malgré tout, de ne faire aucune concession... grande artiste! ». Les deux femmes affirment leur détermination, leur audace et leur faculté à transgresser les règles.

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
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Jules Pascin (1885-1930) :
Portrait de Mme Pascin (Hermine David), 1915-1916, huile sur toile
Claudine au repos, 1913, huile sur toile
Deux femmes couchées, 1927, huile sur toile
Après leur rencontre en 1910, Weill expose Pascin dans sa galerie à 23 reprises La présence de la marchande lors des grands moments de la vie de l'artiste atteste de leur proximité. Ainsi, elle est assise à sa droite au dîner célébrant ses quarante ans.

Paul-Elie Gernez (1888-1948) : Nature morte, 1921, huile sur toile
Exposé en 1927 à la Galerie B. Weill où il a été acheté par le musée des beaux-arts de Strasbourg

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
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Hermine David (1886-1970) :
Paris-Montparnasse, fin des années 1920, pointe sèche
Le Match de boxe, vers 1927, pointe sèche
Kiosque à Menton, 1927, pointe sèche
Le Restaurant à Menton, 1927, pointe sèche
Weill rencontre Hermine David par l'entremise de Jules Pascin, son mari. Elle organise, en 1923, la première exposition personnelle de l'artiste.

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
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En 1917, Berthe Weill inaugure, à l’instigation du poète d’origine polonaise Léopold Zborowski, la seule exposition personnelle consacrée à Modigliani organisée de son vivant. L’écrivain Blaise Cendrars, fervent admirateur du peintre, préface le catalogue avec un rapide poème intitulé « Sur un portrait de Modigliani ». Le 3 décembre 1917, trente-deux œuvres, surtout des peintures, sont dévoilées rue Taitbout, où la galerie a déménagé au cours de la même année. Quatre nus devenus emblématiques sont présentés. Leurs poils pubiens apparents déclenchent le scandale et le désordre, qui braquent le projecteur sur la Galerie B. Weill. Le commissaire du poste de police situé en face ordonne à la marchande d’« enlever toutes ces ordures ! », exerçant sa censure pour « outrage à la pudeur ». L’échec commercial de l’exposition est cuisant malgré les cinq œuvres achetées par Weill pour soutenir
Modigliani, dont elle admire la peinture. Elle note dans Pan ! dans l’oeil… :
« Nus somptueux, figures anguleuses, portraits savoureux. »

Amedeo Modigliani (1884-1920) :
Nu au collier de corail, 1917, huile sur toile
Femme au ruban de velours, vers 1915, huile sur papier collé sur carton

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
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Dernière section

« Je dois lutter seule »

À la fin des années 1930, Berthe Weill choisit de montrer des artistes qu’elle n’a pas encore promus. Elle s’attache alors à des tenants de l’abstraction, proches du groupe « Cercle et Carré », puis de l’association « Abstraction-Création ». C’est ainsi qu’elle décide en 1939 d’exposer les œuvres d’Alfréd Réth ou celles d’Otto Freundlich dans la galerie qu’elle occupe, depuis 1934, rue Saint-Dominique, et qu’elle devra bientôt fermer en conséquence des mesures antisémites prises à partir de 1940. Berthe Weill, qui ne publie plus de brochures après 1935, accompagne certains de ses cartons d’invitation de courtes pensées. Sous l’Occupation, elle échappe à la déportation mais vit dans un grand dénuement. En 1946, une vente aux enchères est organisée pour mettre fin à ses difficultés financières. Elle regroupe plus de quatre-vingts œuvres offertes par des amis de longue date, artistes et galeristes. Berthe Weill peut alors prendre sa retraite. En 1951, à sa disparition, elle a défendu plus de trois cents artistes et organisé des centaines d’expositions aux quatre adresses successives de sa galerie : 25 rue Victor-Massé ; 50 rue Taitbout à partir de 1917 ; 46 rue Laffitte de 1920 à 1934, et enfin 27 rue Saint-Dominique.
 

 

Alfréd Réth (1884-1966) :
Forme dans l'espace, 1934, huile sur bois
Les Cyclamens, 1912, huile sur toile

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Jeanne Kosnick-Kloss (1892-1966) : Composition, 1934, huile sur bois

Otto Freundlich (1878-1943) : Composition, 1939, tempera sur papier marouflé sur toile
Otto Freundlich est stigmatisé très tôt en Allemagne comme représentant de l'« art juif français ». Ses œuvres sont montrées à la Galerie B. Weill en 1939, cependant que l'une de ses sculptures a été choisie deux ans auparavant par les nazis pour illustrer la couverture du catalogue de l'exposition d'« Art dégénéré » à Munich. Freundlich est interné, dès 1939, dans un camp pour les « ressortissants de puissances ennemies », puis déporté au camp d'extermination de Sobibór, où il est assassiné le 9 mars 1943.

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Louis Cattiaux (1904-1953)  La Vierge attentive [dit aussi La Vierge à l'étoile],  1939, huile sur toile
Exposé en 1939 à la Galerie B. Weill
Entre 1936 et 1939, Weill invite Cattiaux à montrer ses œuvres dans sa galerie et lui consacre une exposition personnelle.
 

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Dans cette dernière salle, sur deux murs se faisant face, une photo agrandie sur toute la paroi :
Bal des noces d’argent de la Galerie B. Weill au restaurant Dagorno à La Villette, 28 décembre 1926  (Au centre, B. Weill porte un monocle)

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

et en face un ensemble de six tableaux représentant des portraits de femme.

Kees Van Dongen : La Femme au canapé, avant 1920, huile sur toile
Émilie Charmy : Autoportrait, vers 1906, huile sur toile
Odette des Garets (1891-1967)  : Brodeuse, 1927, huile sur toile
Georges Kars : Portrait de femme, 1926, huile sur toile
Exposé en 1928 à la Galerie B. Weill
Suzanne Valadon : Portrait de Mme Zamaron, 1922, huile sur toile
Exposé en 1927 à la Galerie B. Weill
Georges Émile Capon (1890-1980) : La Java, 1925, huile sur toile
Exposé en 1925 à la Galerie B. Weill

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
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En guise de conclusion, sont affichées des reproductions de dessins de César Abín (1892-1974), extraites de « Leurs figures », 56 portraits d’artistes, critiques et marchands d’aujourd’hui avec un commentaire de Maurice Raynal. Seule marchande d’art figurant dans l’ensemble de portraits exécutés par César Abín, Berthe Weill est distinguée des autres effigies, presque toutes solitaires, par la compagnie d’André Derain, Pablo Picasso, Fernand Léger, Georges Braque et Marc Chagall. Ils l’entourent amicalement alors qu’elle est caricaturée en mère juive. Le dessinateur livre un instantané de la scène artistique parisienne, un an avant la publication des souvenirs de Berthe Weill, écrivant tous deux la même histoire avec chacun sa propre irrévérence.


Portrait de Berthe Weill entourée de Derain, Chagall, Léger, Picasso et Braque.

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde

Pour le plaisir, quelques-uns des peintres figurant dans cet ouvrage.

Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde
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Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

4 Octobre 2025 , Rédigé par japprendslechinois

Nous avons déjà consacré un billet au peintre Pierre Soulages (1919-2022), lorsqu'il a eu de son vivant les honneurs du Louvre l'année de son centenaire (voir notre billet du 1er février 2020).

Il fait de nouveau l'actualité des expositions parisiennes avec une très belle manifestation au musée du Luxembourg, exclusivement consacrée à son œuvre sur papier, qui rassemble 130 œuvres réalisées entre les années 1940 et le début des années 2000, dont 25 inédites. On y découvre un ensemble de peintures sur papier, longtemps conservées dans l’atelier de l’artiste, qui témoignent de la constance et de la liberté avec lesquelles Soulages aborde ce support.

1. Années 1940

Né dans un milieu d’artisans, Soulages s’essaye à peindre les paysages des Causses alors qu’il est encore adolescent. Marqué par sa visite de l’abbaye Sainte-Foy de Conques, il décide de faire de la peinture mais se refuse à entrer aux Beaux-arts de Paris où il est pourtant admis car l’enseignement qui y est délivré ne lui convient pas. De retour à Montpellier, il s’inscrit à l’École des Beaux-arts où il rencontre Colette Llaurens qu’il épouse en octobre 1942. Pour échapper au service du travail obligatoire, il entre ensuite dans la clandestinité. Il s’installe à Courbevoie au printemps 1946 puis à Paris l’année suivante dans un nouvel atelier à Montparnasse. D’emblée abstraites, ses premières œuvres sont remarquées tant par d’autres artistes comme Francis Picabia ou Hans Hartung que par des critiques et écrivains tels que Michel Ragon et Roger Vailland. Si Soulages peint une quinzaine de toiles en 1946-47, ce sont surtout des peintures sur papier qui constituent le véritable début de son œuvre. Il commence par des fusains inscrits énergiquement sur la feuille. Mais ces lignes retraçant un mouvement le laissent vite insatisfait. Il opte alors pour le brou de noix, une matière ordinaire utilisée par les menuisiers pour teindre le bois. Sa tonalité sombre et chaude permet d’obtenir naturellement des transparences et des opacités au moyen d’outils de peintres en bâtiment. Les traits sont larges et affirmés, inscrivant des signes hiératiques qui occupent progressivement l’espace de la feuille.

Fusain sur papier, 1941-1942 : dessins d'après modèle réalisés lorsque Soulages était élève à l'École des Beaux-Arts de Montpellier en 1941-1942

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Fusain sur papier, 1946

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Fusain sur papier, 1946

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Fusain sur papier, 1946
Fusain sur papier marouflé sur toile, 1946
Fusain sur papier, 1946

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 1946
Brou de noix sur papier, 1946

Dernière image :
Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 1947
Brou de noix sur papier, 1947

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

2. Französiche Abstrakte Malerei, Allemagne, 1948-49

À l’initiative du docteur Ottomar Domnick, amateur d’art abstrait, une exposition itinérante de peintres abstraits français est organisée dans les musées allemands en 1948-49. Elle fait suite à la participation de peintres allemands à Paris au IIIe Salon des Réalités nouvelles rassemblant des artistes qui avaient été interdits de peindre et d’exposer par le régime nazi. L’exposition Französische Abstrakte Malerei réunit dix peintres de différentes générations, choisis par le Dr Domnick, certains figurant parmi les pionniers historiques de l’abstraction comme František Kupka ou César Domela. Elle est présentée successivement dans sept musées et constitue un évènement politique et culturel de grande importance. Soulages est de loin le plus jeune participant avec des œuvres sur toile mais aussi un ensemble de peintures sur papier qui sont remarquées pour leur puissance graphique. Sa présence dans l’exposition, alors qu’il est encore quasi inconnu, et le choix de l’un de ses brous de noix pour l’affiche, vont contribuer à sa notoriété qui dès lors ne cessera de s’affirmer.

L'affiche de l'exposition et le brou de noix sur papier, 65 x 50 cm, 1947-4.

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 1947
Brou de noix et huile sur papier marouflé sur toile, 1947
Encre d'imprimerie sur papier marouflé sur toile, 1947

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 1948

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 1947
Gouache sur papier marouflé sur toile, 1947
Brou de noix et crayon sur papier marouflé sur toile, 1947
Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 1947
Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 1948

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Encre sur papier marouflé sur toile, 1947
Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 1947

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

3. Le centre de documentation

La création d’environ huit cents peintures sur papier (1946-2004) de Pierre Soulages constitue un champ majeur de son œuvre, présent dès ses premières expositions. Selon le choix de l’artiste, les papiers sont montrés avec des tableaux, des estampes ou des bronzes, ou parfois seuls. Dès les premières rétrospectives au début des années 1960, une large part est accordée aux peintures sur papier, permettant au public de découvrir l’art de Soulages selon différents supports et techniques. Ces œuvres sont reprises dans plusieurs affiches d’exposition collective ou personnelle, ou encore d’événement culturel, leur donnant une large visibilité. Les années 2000 témoignent de leur place fondatrice dans la production de l’artiste, présentée au sein du musée Soulages à Rodez, inauguré en 2014, ainsi que dans des expositions consacrées aux peintures sur papier, dont celle au musée du Luxembourg est la première rétrospective organisée à Paris.

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

4. Années 1950

L’œuvre de Soulages connaît une visibilité internationale accrue pendant cette décennie. Dès 1954 et pendant les dix années suivantes, la Galerie Kootz à New York expose à huit reprises ses peintures récentes qui rencontrent le succès auprès des collectionneurs américains. Dans le même temps, Soulages expose peu dans son pays natal même si la Galerie Berggruen à Paris rassemble en 1957 les gouaches et les eaux-fortes qui tiennent dans ces années une place importante. Le brou de noix reste au début de la décennie un matériau privilégié avec de larges traits parfois travaillés au couteau. Matériaux et techniques se diversifient avec des rythmes variés. Certaines peintures aux traces entrecroisées sont à rapprocher des toiles de la même période dans lesquelles on retrouve parfois la même structure formelle.

Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 1949 et 1953

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 1949 et 1952
Gouache sur papier marouflé sur toile, 1949

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Encre sur papier marouflé sur toile, 1949,1950,1952
Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 1949
Encre sur papier marouflé sur toile, 1949

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Brou de noix sur papier, 1950
Brou de noix et mine de plomb sur papier marouflé sur toile, 1950
Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 1950
Gouache sur papier, 1952

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Brou de noix sur papier, 1959
Brou de noix sur papier collé sur carton, 1954
Gouache et brou de noix, 1957
Gouache sur papier marouflé sur toile, 1951 et  1954
Encre de Chine sur papier Ingres filigrané, 1955

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

5. Années 1960

Soulages travaille désormais dans deux ateliers, l’un à Paris et l’autre à Sète, dans la maison que Colette et lui ont fait construire face à la mer. Les années soixante sont celles des premières rétrospectives dans les musées, d’abord en Allemagne (Hanovre, Essen…) puis aux États-Unis (Boston, Houston) et enfin à Paris, au Musée national d’Art moderne.
Les peintures sur papier y sont présentes en grand nombre aux côtés des toiles, preuve de l’importance que le peintre leur attache. 1963 voit la première exposition consacrée exclusivement aux peintures sur papier à la Galerie de France à Paris avec une cinquantaine d’œuvres rassemblées datant de 1946 à 1963. Le critique Michel Ragon publie parallèlement le premier ouvrage consacré à ces œuvres. Durant cette décennie, Soulages privilégie l’encre et intervient souvent par contraste entre des nappes d’encre noire, parfois traitées en lavis, et le blanc du papier tandis que les formats s’agrandissent. La peinture de 1963 aux dimensions exceptionnelles est exposée à la Documenta III à Kassel en 1964.

Gouache et encre de Chine sur papier, 1961
Encre sur papier marouflé sur toile, 1951

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Encre sur papier marouflé sur toile, 1951
Gouache sur papier, 1952
Gouache et encre de chine sur papier, 1951
Encre sur papier, vers 1961

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Encre sur papier marouflé sur toile, 1950
Encre sur papier marouflé sur toile, 1961
Brou de noix sur bristol, 1974
Encre de Chine sur papier marouflé sur isorel, 1963
Encre sur papier marouflé sur toile, 1963
Encre sur papier marouflé sur toile, 1961

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

6. Années 1970

Une importante rétrospective au musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne en 1976 donne une large place aux peintures sur papier, particulièrement aux brous de noix des années 1947-51. À la même époque, de nombreuses expositions ont lieu dans les musées d’Amérique latine, confirmant la stature internationale du peintre. En 1973, puis en 1977, Soulages délaisse la toile et privilégie le papier. Tout au long de l’année 1977, il réalise une centaine de grandes gouaches vinyliques qu’il poursuivra l’année suivante. C’est à nouveau la Galerie de France qui révèle ces œuvres à l’occasion d’une double exposition à la Foire internationale d’art contemporain et dans ses propres murs. Ces nouvelles peintures se caractérisent par leur monumentalité consistant, pour certaines, en larges traits traversant le blanc du papier. Mais Soulages ne s’enferme jamais dans un style unique. Une série de gouaches laisse place à la couleur bleue souvent présente dans les toiles de la même époque. D’autres sont dominées par le noir associé à des gris subtils obtenus en lavis.

Gouache sur papier marouflé sur panneau, 1977 [4 gouaches montées sur un même panneau]

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Encre sur papier marouflé sur toile, 1977
Gouache vinylique sur papier marouflé sur toile, 1973
Gouache sur papier, 1977
Gouache sur papier, 1973
​​​​​​​Gouache sur papier, 1977
Gouache sur papier marouflé sur toile, 1977

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Gouache et encre sur papier, 1978
Gouache sur papier marouflé sur toile, 1977 (5 tableaux)

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Gouache vinylique sur papier marouflé sur toile, 1977
Gouache et encre sur papier, 1978
Gouache et encre sur papier marouflé sur toile, 1978 (2 tableaux)

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

7. Dernières peintures sur papier : 1995-2004

L’année 1979 voit les débuts d’une nouvelle phase de l’œuvre peint que Soulages nommera outrenoir, exposé pour la première fois au Centre Pompidou. Les toiles sont désormais intégralement recouvertes d’un unique pigment noir. Selon les outils employés pour appliquer la matière, la lame ou brosse, la texture de la surface, striée ou lisse, change la lumière et fait naître des valeurs différentes. Les peintures sur papier se raréfient. Pourtant, il arrive certaines années que Soulages retrouve ce support pour de grands formats traités à la mine de plomb sur fond noir (une méthode qu’il n’avait jamais employée précédemment) ou encore par contraste noir et blanc en appliquant l’encre par arrachages ou empreintes aux surfaces aléatoires comme dans certaines toiles contemporaines. Il renoue enfin avec le brou de noix en structurant l’espace en larges bandes horizontales noires ou brunes d’une grande puissance laissant place à des éclats de blanc. Après 2004, Soulages ne recourt plus au papier et se consacre uniquement aux infinies possibilités que lui permet la peinture outrenoir, et ce jusqu’à son décès en octobre 2022 à l’âge de 102 ans.

Encre sur papier, 2003

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Encre sur papier, vers 1985
Encre sur papier marouflé sur toile, 2003
Encre sur papier marouflé sur toile, 1995 (2 tableaux)

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Encre sur papier, 2003 (4 tableaux)

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Gouache et mine de plomb sur papier, vers 1999-2000 (3 tableaux)
 

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Terminons avec certains des derniers tableaux sur papier de Soulages, presque tous de 2003 et 2004, où il revient souvent au brou de noix, sans doute sa matière favorite, et où nous fait irrésistiblement penser à Rothko, sans qu'on aie envie de comparer ces deux génies de l'abstraction.

Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 1999
Brou de noix sur papier, 2003 (3 tableaux)

Soulages, une autre lumière - peintures sur papier
Soulages, une autre lumière - peintures sur papier

Et deux tableaux de 2004, la dernière année où il peint sur papier :

Brou de noix sur papier marouflé sur toile, 2004
Gouache sur papier marouflé sur toile, 2004

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